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Contenu rédigé par Melimelomane
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Commentaires écrits par
Melimelomane (Valréas France)
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Verdi : Don Carlo. Vargas, Kasyan, de Ana, Noseda. [Blu-ray]
Verdi : Don Carlo. Vargas, Kasyan, de Ana, Noseda. [Blu-ray]
DVD ~ Verdi
Prix : EUR 41,05

4.0 étoiles sur 5 ENCHANTEMENT DE LA VUE, DÉCEPTION DES OREILLES, 15 janvier 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Verdi : Don Carlo. Vargas, Kasyan, de Ana, Noseda. [Blu-ray] (Blu-ray)
Grâce aux talents conjugués du scénographe Hugo de Ana accompagné aux lumières par Sergio Rossi et costumé par Cristina Aceti, nous sommes plongés dans l’époque de Philippe II, qui contrairement à son ancêtre Charles Quint, l’Empereur nomade, fixa sa résidence en Espagne et s'enferma dans son austère palais de l'Escurial qu'il avait fait construire, non loin de Madrid, dans la solitude de la Sierra de Guadarrama: un véritable désert.
Cette magnifique équipe nous abime dans la fastueuse période de « l’âge d’or espagnol » qui enfanta pendant deux siècles quelques génies universels qui couvraient toutes les expressions artistiques : Cervantès pour la littérature, Tomas Luis de Victoria pour la musique El Greco, Velasquez pour la peinture, pour ne citer que les plus connus.

Cette mise en scène est totalement imprégnée par la grandeur de cette époque.
Nous ne restons pas spectateur comme dans les reconstitutions dues au grand Franco Zeffirelli, nous sommes immergés dans la richesse et l’austérité de l’Escurial.
Nous contemplons une série de tableaux qui accompagne la sublime musique de Verdi !
Dans cette volonté de grandeur la scène de l’autodafé est particulièrement impressionnante. Elle ranime les souvenirs de la beauté de « L’Enterrement du comte d’Orgaz » toile d’El Greco ou encore pour les vêtements ecclésiastiques « la vierge des abandonnés » de Tomás Yepes.
Pour conclure j’ai rarement vu une mise en scène d’une telle beauté. Certes elle est très classique ! Mais par les temps qui courent où de nombreux metteurs en scène se servent des intrigues pour imposer une vision qui trahit l’auteur ; la vision de Hugo de Ana enchante les yeux au service du génial Verdi.

Et nos oreilles ?
Là, nous sommes nettement moins gâtés.

L’orchestre et les chœurs du « Teatro Regio Torino » sont loin d’être une référence : manque de couleurs de la phalange manque d’investissements pour ne pas dire de justesse des chœurs.
Par curiosité j’ai réécouté la version du Met avec Levine à la baguette, Domingo, Freni, Bumbry, Ghiaurov et Quilico. (dans une mise en scène qui sans être aussi passionnante que celle de Turin n’en est pas moins attachante).
La comparaison est cruelle !

Ramon Vargas s’essouffle dans le rôle de Don Carlo. Il n’en a ni la voix, ni la prestance.
Après la géniale incarnation de Grace Bumbry en Princesse Eboli, que dire de Daniela Barcellona ? Elle chante avec conviction et ce n’est déjà pas si mal quand nous comparons avec la prestation de Svetlana Kasyan en Elisabeth qui avec une voix au timbre peu agréable passe complètement à coté de la majesté et de la déchirure qu’implique le rôle de la Reine.
Reste Philippe II : Ildar Abdrazakov sait traduire la majesté et les faiblesses de son personnage. Mais où sont passés les géants Boris Christoff, et Nicolai Ghiaurov ?
Seul, à mon sens, Ludovic Tézier sort son épingle de ce jeu de rôles. De sa belle voix de baryton, au souffle impressionnant, il impose un Rodrigo plein de flamme et d’autorité.

S’il fallait conclure, je dirai que ce Don Carlo est un enchantement pour les Yeux, ce qui est loin d’être le cas pour les Oreilles.


Puccini / Turandot [Blu-ray]
Puccini / Turandot [Blu-ray]
DVD ~ Puccini
Prix : EUR 45,06

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 GRANDIOSE, 23 décembre 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Puccini / Turandot [Blu-ray] (Blu-ray)
La petite ville autrichienne de Bregenz se situe sur la rive gauche du lac de Constance. Depuis 25 ans elle abrite un festival lyrique très original et très prisé. Et pour cause les opéras se jouent sur une époustouflante scène lacustre devant 7000 spectateurs.
Effet garanti !
Une production tous les deux ans
Heureusement nous possédons des témoignages de toutes les représentations depuis 2005.Après « Il Trovatore » de Verdi en 2005, 2006, mis en scène par Robert Carsen qui se perd dans un immense décor de machine à vapeur écarlate, nous avons pu apprécier une « Tosca » visionnaire suivie d'un autre Verdi : une « Aida » totalement chaotique et débridée scénarisée par Graham Vick. Un « André Chénier » souvent étonnant, précédera une mémorable « Flute enchantée » en 2014, 2015 mise espace par David Pountney.
Le Festival nous propose maintenant « Turandot » de Puccini pour les années 2015/2016 dans la vision de Marco Arturo Marelli. qui vient de nous offrir un magnifique Freischütz..

Sur un décor de muraille de Chine, aux courbes élégantes que nous retrouvons sur la couverture de la jaquette du Blue Ray, Marco Arturo Marelli va déployer dans ce grand espace une mise en scène intelligente et majestueuse qui nous plonge dans une Chine totalement onirique, une Chine réinventée à l'instar de la partition de Puccini.
Marco Arturo Marelli nous réserve une multitude de trouvailles qui vont enrichir le spectacle, dont la première et pas la moindre, se situe au tout début de l'opéra : le public se tait, nous attendons les accords initiaux. Silence. L'éclairage s'attarde sur un homme dont l'allure ressemble étrangement à celle de Puccini. Devant un petit bureau, il s'interroge, face à quelques feuilles de papier à musique restées vierges. L'artiste cherche l'inspiration, lorsqu' il voit une petite boite à musique. Il l'ouvre, elle égraine quelques notes aux fragrances chinoises qui illuminent le visage du musicien. Les premiers accords de l'opéra éclatent !

Il serait vain d'essayer de traduire par écrit toute les réussites visuelles de cette scénographie en perpétuel création. Un mot quand même sur l'immense disque lumineux qui s'élève au-dessus de la scène. Il servira de kaléidoscope où se succéderont images projetées de dragons et étoiles étincelantes.
Une réussite pour les yeux qu'en est-il des oreilles ?

LES INTERPRÈTES :
L'orchestre de Turandot est luxuriant. Le Symphonique de Vienne (qui est l'orchestre attitré du Festival) placé sous la direction de Paolo Carignani flamboie de tous ses feux. Sur un lit de cordes viennoises (c'est tout dire) éclatent les cuivres, frappent les percussions aux rythmes cardiaques.
Les chœurs de Prague ne sont pas en reste, dans une partition où Puccini leur donne un souffle exceptionnel.

Il faudrait citer tous les chanteurs tant leur investissement est total.
Riccardo Massi campe un Calaf vaillant et déterminé. C'est le rôle de ténor le plus lourd de Puccini. La voix de Massi reste conquérante donnant à l'air du III « Nissum dorma » noblesse et bravoure.
Liu est chanté par Guanqun Yu, une interprétation qui réunit dévouement, sacrifice et dignité. Une voix de soprano volontairement allégée qui contribue à préserver la pureté de son personnage.
Les chanteurs qui interprètent Ping, Pang, Pong offrent la respiration de cet opéra. Ils apportent, avec conviction, la note comique indispensable à ce drame pour lui éviter de verser dans un pathos univoque.
Je dois dire que j'ai été légèrement déçu par l'incarnation de Mlada Khudoley en Turandot. Certes, elle ne possède pas la voix puissante d'Eva Marton, entendue dans la remarquable interprétation du Met dirigée par Levine et splendidement scénarisé par Franco Zeffirelli. Mais je trouve aussi qu'elle manque de hauteur, de cruauté d'inaccessibilité, révélant un peu trop vite les failles de son personnage. Une Turandot un peu trop humaine !

Cet opéra, à mon sens le chef-d'œuvre de Puccini, a beaucoup de chances comptant de nombreuses réalisations de qualité.
Dans mon panthéon personnel, je garderais Levine/Zeffirelli évoqué plus haut, Gergiev/Pountney avec la fin apaisée de Luciano Berrio et ce témoignage grandiose de la scène lacustre de Bregenz


Bizet : Les Pêcheurs de Perles [Blu-ray]
Bizet : Les Pêcheurs de Perles [Blu-ray]
DVD ~ Patrizia Ciofi
Proposé par musicexport
Prix : EUR 29,37

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 UN ORIENT IMAGINAIRE, 21 décembre 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Bizet : Les Pêcheurs de Perles [Blu-ray] (Blu-ray)
Dans « Les pêcheurs de perles » Georges Bizet, face à une intrigue exotique très banale, compense cette pauvreté par une richesse mélodique permanente et une orchestration limpide et raffinée.
Sans parler de Leit motif Le « thème de la déesse » si caractéristique du génie de Bizet va irriguer l'ensemble de la partition imposant ainsi une belle unité.

LA MISE EN SCÈNE :
Le scénographe Fabio Sparvoli suit l'intrigue avec sobriété. Sa vision impose un Orient imaginaire.
Les personnages sont parés de riches costumes où chatoient ors et couleurs. Les décors, eux, évoquent un Orient en ruine ; un arbre desséché git sur le sol ondulé du premier acte, les vestiges d'une statue de Bouddha Khmer sont ensevelis dans les sables du deuxième acte, le trois se déroule devant l'évocation des ruines du temple d'Angkor envahi par la végétation. Il se termine par le rappel graphique de l'arbre Bo. Arbre sous lequel Bouddha reçu l'illumination.
Les scènes de groupes ne sont pas toujours traitées avec rigueur.
Petite parenthèse :
Aurais-je un problème avec les danseurs qui interviennent dans la scénographie d'un opéra ? Ici, ils représentent les esprits. Des esprits dont la chorégraphie souvent indigente n'apporte rien au déroulement de l'intrigue. La danse ne souffre pas la médiocrité.

LES INTERPRÈTES :
Parlant de médiocrité il faut aussi mentionner la prestation des chœurs du Théâtre San Carlo de Naples : des voix sans homogénéité, souvent en décalage, se perdant dans les pianissimi et déversant dans nos oreilles un sabir totalement incompréhensible.
L'orchestre, lui, sous la baguette de Gabriele Ferro est séduisant apportant à la riche partition de Bizet toute sa finesse et son éclat.

Les chanteurs sont tous excellents
Patrizia Ciofi est une merveilleuse Léïla. Une voix de soprano fluide et épurée qui sert avec raffinement la musique de Bizet.

Nadir est chanté par Dmitry Korchak. Il se sort avec vaillance d'un des airs les plus célèbres du répertoire lyrique : « la romance de Nadir ». Une voix de ténor bien timbrée qui pourrait afficher, me semble-t-il un peu plus de nuances.
Connaissant le talent de Patrizia Ciofi, la révélation de cette interprétation vient de Dario Solari, baryton uruguayen qui incarne un Zurga flamboyant, au français impeccable. Une voix puissante, une présence (comme son nom semble le suggérer) solaire.

Malgré quelques petites réserves évoquées plus haut, servie par un Blue Ray aux qualités techniques exemplaires, une interprétation qui rend justice à cette partition injustement délaissée du génial Bizet.


Tannhäuser (Bd) [Blu-ray]
Tannhäuser (Bd) [Blu-ray]
DVD ~ Wagner
Proposé par RAREWAVES USA
Prix : EUR 31,23

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 BARENBOIM, WALTZ : UN DUO DE CHOC !, 18 décembre 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Tannhäuser (Bd) [Blu-ray] (Blu-ray)
Après l’épouvantable scénographie due à l’indigente arrogance du duo Sebastien Baungartner, Joseph van Lieshout, que nous ont infligée Eva et Katharina Wagner à Bayreuth, j’attendais avec impatience cette nouvelle production qui réunissait Daniel Barenboim et Sasha Waltz.
Enfin une réalisation « moderne » qui respecte l’intrigue et nous fait rêver !

Après deux Ring impressionnants, l’un avec les forces de Bayreuth, l’autre plus récent avec celles de la Scala, après un Tristan d’anthologie mis en scène par Patrice Chéreau et un Parsifal et des Maîtres chanteurs, à mon sens, loin du même intérêt, Daniel Barenboim s’attaque à Tannhäuser avec son orchestre de la Staatskapelle de Berlin.
Ce diable d’homme est un véritable magicien. En quelques années il a hissé cette phalange au sommet de la hiérarchie musicale. Il faut écouter son orchestre aux couleurs sombres (c’est une caractéristique de son empreinte) qui alterne murmures diaphanes et déluges telluriques, toujours au service de la partition.
Il donne au jeune Wagner toute l’ampleur des créations ultimes. Ce qui apporte noblesse et envergure à ce Tannhäuser. Il serait injuste d’oublier les chœurs qui participent avec vaillance à cette réussite.

Avant de parler des chanteurs je voudrais dire quelques mots sur le travail de Sasha Waltz. Cette artiste est une célèbre chorégraphe et il semble tout naturel qu’elle inclue des danseurs dans sa mise en scène.
Une mise en scène d’ailleurs entièrement chorégraphiée, car elle impose aux différents protagonistes une gestuelle hiératique qui accompagne et appuie l’intrigue avec pertinence créant ainsi des tableaux nourris de beauté.

Au début du 1er acte dans le Venusberg, l’antre de Vénus, ici symbolisé par un vortex géant les danseurs à demi-nus se prélassent lascivement, donnant à la scène de la bacchanale toute sa sensualité.
Au II, ils s’insèrent, de manière plus délicate lors du concours de chant, de la Wartburg, gênant parfois la vision des chanteurs ; avant de participer à un 3ème acte d’anthologie, en pèlerins habités par la foi!

Il faut souligner la pertinence des éclairages de David Finn qui sculpte les personnages et donne au dernier acte une ambiance mordorée avant de transfigurer la mort d’Elisabeth et de Tannhäuser.
Avec peu de moyens cet acte ultime est une pure merveille !

LES CHANTEURS :
Nous sommes en présence d’une distribution exceptionnelle, avec un léger bémol, à mon sens, pour la prestation de Tannhäuser. J’y reviendrai.

Venus est incarnée par Marina Prudenskaya. Une voix de mezzo-soprano chaleureuse servie par un jeu d’acteur étonnant. Elle m’avait déjà impressionné dans le rôle d’Azucena du Trovatore. Ici elle campe une Venus enjôleuse qui brusquement peut basculer dans la colère et la violence qui frisent l’hystérie. Quelle voix, quel tempérament !
Ann Petersen chante Elizabeth. Elle donne à son personnage toute la fraicheur et l’innocence souhaitées assumant avec une authentique tendresse son sacrifice final.
Wolfram est chanté par Peter Mattei. Grâce au bronze de sa voix de baryton il impose un chevalier noble et dévoué. Son « ode à l’étoile du berger » prise sur un tempo relativement lent, presque murmurée est un pur joyau.
René Pape en Landgrave impose sa présence. Un rôle un peu court pour ce magnifique chanteur.

Arrive le Tannhäuser de Peter Seiffert. Je peux difficilement cacher une légère déception lors de l’écoute des deux premiers actes : encore une voix de ténor métallique qui a des difficultés à tenir la note. Une présence un peu lourde qui impose mal le chevalier séducteur, le chanteur adulé de la Wartburg. Survient le troisième acte et tout bascule : la voix se chauffant, il est devenu Tannhäuser, se lamentant sur son sort, vociférant contre l’injustice il nous offre un acte ultime d’anthologie.

Couvert de toutes ces qualités aussi bien musicales que scénographiques nous sommes, à mon sens, en présence du Tannhäuser le plus abouti, le plus enchanteur de l’ère moderne.


Manon Lescaut [Blu-ray]
Manon Lescaut [Blu-ray]
DVD ~ Puccini
Prix : EUR 26,19

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 UNE MANON AVEC UN CHEVALIER DES GRIEUX POUR L'ÉTERNITÉ, 7 décembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Manon Lescaut [Blu-ray] (Blu-ray)
Il n'est pas nécessaire de déprécier la « Manon » de Massenet pour encenser celle de Puccini. La Manon de Massenet est plus frivole et par son insouciance, son inconstance fait souffrir cruellement le Chevalier Des Grieux. Celle de Puccini où Manon masque toutes ses faiblesses, sauf à la fin du II où elle dévoile sa cupidité dans le trio « des bijoux », garde l'image d'une femme, qui malgré un égoïsme aveugle, en particulier lors de l'abandon de Des Grieux à Paris au profit du confort offert par le riche Géronte, reste profondément amoureuse du chevalier.

« Puisqu'on ne peut éluder la question de l'adaptation, ni son pendant, la comparaison avec l'opéra de Massenet, reconnaissons un avantage certain au compositeur français. » tel est le sentiment de Piotr Kaminski que l'on ne peut taxer d'ignorance.
Dans sa volonté de resserrer l'intrigue Puccini et ses librettistes ont volontairement ignoré toute la face négative et psychologique de Manon pour préserver le caractère uniquement tragique de l'histoire.

Comme Verdi avec Nabucco Puccini marque l'histoire de l'art lyrique avec sa Manon Une façon d'intégrer les influences françaises et wagnériennes tout en amorçant une ère nouvelle. Un génie propre de l'orchestration conjugué à un sens mélodique inimitable. Certes les grands chefs-d'œuvre sont encore à venir, mais la première pierre de l'édifice est bien posée.
Je me demande par quel mystère une telle œuvre reste ignorée par les éditeurs et par les théâtres lyriques? Négligence, désaffection aveugle, manque de curiosité, de courage'
Il faut remercier « The Royal Opera House » pour son initiative !
Je note que cette mémorable institution nous gratifie depuis de nombreuses années de quelques productions exceptionnelles : « Faust », « Les Troyens » « Don Giovanni » « Parsifal » et maintenant cette « Manon Lescaut ».

LA SCÉNOGRAPHIE :
La mise en scène de Jonathan Kent est sobre et suit l'intrigue avec beaucoup de fidélité.
Muni d'un plateau tournant le décor s'adapte à la dramaturgie des différents actes, en particulier la chambre très clinquante, très nouveau riche de Géronte de Ravoir et le désert du IV aux parfums d'infini. Ces différentes atmosphères sont éclairées avec intelligence et finesse par Mark Henderson.
Il faut citer l'accoutrement que porte Manon au deuxième acte. Il signe le destin apparent de cette femme devenue une cocotte de luxe. Les actes III et IV n'arrangent rien.

LES INTERPRÈTES :
Une fois de plus la phalange du « Royal Opera House » se couvre de gloire sous la baguette de son chef Antonio Pappano. Il faut voir cet homme diriger : d'un air gourmand, il déguste la musique. Avec ses mains sans baguette il la façonne, la caresse, l'électrise, la contient, la concentre avant de la faire exploser ! Un véritable régal pour les couleurs raffinées et étincelantes de Puccini.
En dehors des deux héros, à mon sens il n'y a pas grand-chose à dire du reste de la distribution qui demeure assez anonyme. Que dire de la prestation de Maurizio Muraro en Géronte de Ravoir, une voix de basse sans présence. Même Lescaut, qui pourtant occupe un rôle important dans le déroulement de l'intrigue n'a pas l'impact souhaité. Une voix de baryton lisse et sans grain.

Arrivent nos deux héros. Avec eux il est nécessaire d'élaborer toutes les hyperboles, d'astiquer tous les superlatifs, car nous sommes confrontés à un miracle.
Manon est incarnée par Kristine Opolais. Outre le fait d'une plastique de rêve (ce qui ne gâche rien pour le rôle de Manon) cette femme possède une voix de soprano qui convient parfaitement au personnage qu'elle interprète. Déjà repérée en Rusalka j'avais remarqué ses dons d'actrice. Ici, c'est une Manon particulièrement sensuelle qu'elle impose au public. Elle oscille entre « Lolita », et « La Chatte sur un toit brûlant » et distille, avec une voix où la jeune femme un peu naïve se mélange avec la femme mure désenchantée, une Manon totalement déchirante. Les différents duos avec le Chevalier font déjà partie de l'Histoire du DVD. La mort de Manon est un moment bouleversant avec un Chevalier déchiré par le désespoir et une Manon totalement résignée.

Que dire du miracle Jonas Kaufmann ? Cet homme transfigure tous les rôles qu'il aborde. Au gré de sa fantaisie il butine dans le répertoire et coup sur coup affiche deux rôles de Puccini peu joués, l'un avec ce « Des Grieux » l'autre avec « La Fiancée du Far West. »

« Pourquoi se spécialiser » déclare-t-il « alors que les styles s'enrichissent les uns les autres, que la pratique du bel canto italien assouplit les lignes germaniques. Pourquoi se priver de la mélodie intimiste qui garantit la santé de la voix ' mieux qu'un mois de vacances'! ', la profondeur et le raffinement de la musicalité, à mettre ensuite au service du grand opéra'? »
C'est le credo d'une carrière menée avec une rare intelligence. Il n'en reste pas moins que nombre de mélomanes attendent avec impatience son Otello, son Tristan, son Siegfried'.

Pour dire l'impact stupéfiant de sa voix ; juste un exemple : avant sa première intervention, Edmond, un autre ténor, Benjamin Hulettil chante un madrigal : « Preparo un madrigale. » La comparaison est cruelle !
Jonas Kaufmann est un ténor dramatique. Il n'a peut-être jamais maîtrisé son art avec autant d'éclat. : sa voix aux reflets de bronze revêt la couleur sombre d'un baryton avec des aigus lumineux Son incarnation se fonde aussi bien sur cette voix d'airain au son rutilant qui fait trembler la salle, que sur un sens aigu de la nuance qui lui fait rechercher - et obtenir - sans cesse les raffinements les plus audacieux. Son Chevalier des Grieux, passionné et désespéré, fébrile et ardent, crée une intense émotion.
Sans oublier que doté d'un physique de jeune premier, il est également un acteur né !
C'est dire que chaque prise de rôle est une découverte passionnante.

Cette Manon en est une preuve flamboyante.


Mozart : Don Giovanni. Kwiecien, Esposito, Tsymbalyuk, Gens, Holten, Luisotti. [Blu-ray]
Mozart : Don Giovanni. Kwiecien, Esposito, Tsymbalyuk, Gens, Holten, Luisotti. [Blu-ray]
DVD ~ Mariusz Kwiecien
Prix : EUR 37,51

5.0 étoiles sur 5 MÉMORABLE !, 2 décembre 2015
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Don Giovanni de Mozart est un chef d’œuvre universel.
Il plonge ses racines dans « la condition humaine », dans ce qu’elle a de plus intime, de plus troublant, de plus métaphysique : une sorte d’absolu du genre, où le haut et le bas de la nature humaine se côtoient, où flirtent le tragique et le grotesque, le sublime et le dérisoire, les élans spirituels et les plaisirs de la chair.
Le philosophe danois Søren Kierkegaard lui consacra un long passage parlant d'« une œuvre sans défaut, d'une perfection ininterrompue ».
L’action est cadenassée entre deux morts : prisonnière entre la mort du Commandeur et celle du héros, elle interroge le surnaturel, et l’au-delà, évoque l’amour teintée d’une goutte de tendresse et d’un océan de cynisme qui n’engendre que vengeance et MORT !
Il est évident qu’une trame aussi riche peut susciter un grand nombre de visions différentes.

Ce Don Giovanni du Royal Opera House dirigé par Nicola Luisotti et scénarisé par Kasper Holten est un des plus beaux, sinon le plus beau des Don Giovanni réalisés récemment. Il renoue par ses qualités musicales aussi bien que théâtrales avec les icônes que représentent les représentations de la Scala avec Giorgio Strehler à la mise en scène et Riccardo Muti à la baguette et celle de Karajan et Michael Hampe. En outre, ce n’est pas négligeable, il bénéficie d’une qualité technique exceptionnelle.
Certes Don Giovanni n’a pas subi une traversée du désert éditoriale. Quelques productions ont attiré notre attention pour le meilleur comme pour le pire. Le pire est endossé par Dmitri Tcherniakov, le meilleur assumé par D’Archangello et Pizzi qui imposent un Don Giovanni sensuel. Le mi-figue mi-raisin est réservé à la réalisation avec Anna Nétrébko.

La réussite de la scénographie de Kasper Holten est, en grande partie fondée sur le décor dû à la créativité conjuguée de la décoratrice Es Devlin (à qui nous devons de mémorables Troyens) et de l’éclairagiste Bruno Poet.
Le rideau s’ouvre, nous sommes confrontés à une façade anonyme percée de fenêtres, soulignée par des projections laser graphiques qui énumèrent les prénoms des conquêtes de Don Giovanni. Après la mort du Commandeur une projection écarlate ensanglante la façade de manière fugitive.
Le mur pivote dévoilant un labyrinthe vertical d’escaliers, de portes, de balustrades, rempli de recoins. Un véritable espace mental qui va permettre à l’intrigue de se développer avec une rare dynamique, un rare instinct du drame qui se noue.
Certes nous avons quitté Séville et le XVIIème siècle, mais cette vision nous happe littéralement pour nous immerger dans le tourbillon infernal imposé par Da Ponte et Mozart ! Rarement mise en scène, orchestre et chanteurs nous ont guidés avec une telle urgence vers la catastrophe finale !
Préludant au banquet où Don Giovanni invite le Commandeur se situe la scène du cimetière. L’extérieur se couvre d’écarlate aux graphismes torturés évoquant presque les peintures de Jean-Michel Basquiat.
La scène finale nous réserve une surprise de taille nous plongeant dans le rêve et la folie de Don Giovanni.
Pas de banquet, pas de table, pas d’invité, le drame se déroule dans la tête du Grand d’Espagne, au point qu’à la fin après sa confrontation avec la statue du Commandeur au lieu de disparaître dans les flammes de l’enfer, Don Giovanni reste seul, hagard, sur scène ; prostré dans la prison de sa démence. Le quintette des autres protagonistes chante l’air ultime depuis les coulisses.
Même si cette scène ne respecte pas l’intrigue de Da Ponte, c’est peut être l’épilogue le plus bouleversant, le plus troublant auquel j’ai assisté.

LES INTERPRÈTES :
La distribution est d’une homogénéité exceptionnelle. Chaque chanteur est l’icône parfaite du personnage qu’il incarne, tant sur le plan du chant que de celui du drame. Il faut tous les citer :
Zerlina est interprétée par Elizabeth Watts, une Zerlina à la voix fraiche. Insouciante certainement, mais beaucoup plus roublarde qu’il n’y parait.
Masetto est joué par David Kimberg, un grand dadais qui protège avec conviction et acharnement sa Zerlina.
Le Commandeur est incarné par Alexander Tsymbalyuk, une voix d’outre tombe qui donne à la scène finale une force incroyable.
Don Ottavio impose une présence tendre et bienveillante auprès de Donna Anna. Par son goût raffiné et son élégance vocale il évoque les mânes de Tito Schipa. J’ai osé.
Donna Elvira est incarnée par la grande Véronique Gens. Elle assume avec une sensibilité chargée de tendresse et d’humanité les sentiments contradictoires qui la torturent. Il est inutile d’évoquer la beauté de sa voix.
Donna Anna est jouée par Malin Byström. Un volcan qui traverse l’opéra. De sa voix puissante et agile elle s’empare avec passion de son personnage d’amoureuse éconduite pour l’amener jusqu’à la cime impétueuse du chant de l’oratoire.
Le Leporello d’Alex Esposito apporte un peu d’humour à cet ensemble. D’un bout à l’autre de l’opéra il incarne le miroir humanisé de son maître. Une voix de baryton-basse bien timbrée, des dons d’acteur incontestables qui font de l’air du catalogue une réussite mémorable.

Arrive le Don Giovanni de Mariusz Kwiecleń. Je dois reconnaître que son incarnation m’a bouleversé. Ce qui caractérise son interprétation c’est avant tout l’énergie et la constante intensité qu’il insuffle à ce Grand d’Espagne.
Nous pourrions avancer que c’est ce qui définit cette vision !
Il possède une voix de baryton-basse qu’il maîtrise avec une telle aisance qu’elle lui permet de jouer les multiples facettes de son rôle. Il navigue de la tendresse au cynisme le plus condamnable avec une désinvolture redoutable. Il enjôle, séduit fustige, condamne, blasphème et va jusqu’à assumer la folie hystérique qu’engendre son égo exacerbé.
Il n’a ni la noblesse de Thomas Allen, ni le panache de Samuel Ramey, mais je me demande jusqu’à quel point il n’est pas le plus proche des idées de Mozart et de Da Ponte !

Nous connaissons les qualités de l’orchestre de « The Royal Opera House ». Il est placé sous la baguette de Nicola Luisetti. J’ai connu des Don Giovanni plus flamboyant, plus enlevé, mais j’ai aimé cette manière de ciseler la divine orchestration de Mozart.

Cette vision « moderne » rejoint les icônes citées plus haut. Elle les dépasse même par l’intensité de la dramaturgie. Aidé par une technique irréprochable un Don Giovanni capital à thésauriser avec quelques autres dans notre vidéothèque.


Krol Roger [Blu-ray]
Krol Roger [Blu-ray]
DVD ~ Iwaszkiewicz
Prix : EUR 38,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 UNE NOUVELLE PRODUCTION D'UN CHEF-D'OEUVE DÉLAISSÉ, 30 novembre 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Krol Roger [Blu-ray] (Blu-ray)
Vu le peu d'écho qu'a suscité la chronique de la production de la première parution moderne du « Roi Roger » en DVD de Szymanowski datée de 2009 sous la direction de Mark Elder et dans une scénographie de David Pountney, je me permets de reprendre le début de cette petite rubrique qui est une ouverture sur ce chef-d'œuvre à découvrir ou redécouvrir.
« De même qu'aucune musique ne ressemble véritablement à celle de Szymanowski, aucun opéra ne ressemble au roi Roi Roger. » écrit le musicologue Edward Huth.
C'est le sentiment que j'ai ressenti, à l'écoute de cette partition découverte, il y a quelques années, avec la parution, chez Naxos de la version interprétée par Karol Stryja, puis celle de Sir Simon Rattle, avant la mise en images que nous proposait justement David Pountney.

L'INTRIGUE :
Nous sommes en Sicile dans le palais du roi Roger II.
Le chœur chante la gloire du Seigneur.
Arrive « le Berger ». Il évoque son Dieu, un autre Dieu qui : « étreindra, ceux qui désirent le fruit doux de l'étreinte. »
Blasphème ! Le berger doit être jugé. (Fin de l'acte I).

En attendant l'arrivée du Berger, l'acte II démarre par une extraordinaire évocation de la nuit. Une nuit aux parfums orientaux. Nuit chère au compositeur qui à la même période compose sa 3ème symphonie : « Chant de la nuit »
Le Berger dévoile sa véritable nature. Personnage dionysiaque, à la séduction ravageuse, il emporte tout sur son passage. Scène de Bacchanale. Roxane est conquise, le Roi s'interroge...
Le personnage du berger fait étrangement penser au héros du film de Pasolini « Théorème » qui confronte les gens qui l'entourent à leurs propres secrets, à leurs propres désirs...

L'acte III consacre la victoire du Berger, par l'adhésion au nouveau guide de Roxane, la femme de Roger. Seul le Roi dans un dernier sursaut s'éloigne de Dionysos et se tourne vers Apollon, héros solaire.
Le jour se lève, fin de l'opéra

L'ouvrage est divisé en 3 actes.
Le premier impose une vision chrétienne. Le début se passe d'ailleurs dans une église byzantine (merveilleux chœur initial).
Le deuxième nous plonge dans les parfums de l'Orient.
Le troisième évoque l'architecture de la Grèce antique.

Nous retrouvons dans ce découpage toutes les influences, toutes les sources de la musique de Karol Szymanowski. Musique suave, parfumée, diaphane, aux mélodies sinueuses et envoutantes, au souffle d'orgue. Un mélange raffiné d'Orient et d'Occident.
Je constate que le livret du Roi Roger trouve de curieux prolongements dans notre société actuelle au travers du personnage du "berger" .Guide charismatique susceptible de "radicaliser" l'ensemble de l'entourage du Roi.

Qu'apporte ce nouveau « Roi Roger » intitulé ici « Krol Roger » pour le retrouver facilement dans les parutions proposées par Amazon?

Nous sommes au « Royal opera house ». Un mot sur les chœurs et l'orchestre de cette vénérable institution. Sous la baguette inspirée de leur chef Antonio Pappano, ils nous réservent souvent des productions mémorables : « Parsifal » « Les Troyens ».
Ici encore nous sommes impressionnés par la beauté des timbres distillés par la phalange londonienne et Dieu sait si la partition de Szymanowski comporte une orchestration riche et envoutante. La subtilité des couleurs se conjugue avec une puissance quasiment tellurique de certains passages où l'orchestre déverse le feu !

LA MISE EN SCÈNE :
Nous sommes loin de la sauvagerie présentée par David Pountney. Kasper Holten nous propose une vision moins dramatique, moins violente et de ce fait l'opéra perd un peu de son impact. Nous passons d'Eschyle à Corneille. De la tragédie grecque aux tragédies classiques.
Sans jugement de valeur de ma part aimant aussi bien Eschyle que Corneille !

Le décor du premier acte est très impressionnant. Une immense tête du Dieu vénéré par la communauté du Roi trône en plein centre de la scène sur fond d'amphithéâtre de pierre, percé d'alvéoles qui permettent aux chœurs, aux différents protagonistes d'intervenir de cette couronne qui encercle le plateau. Les éclairages vigilants de John Clark jouent avec la statue lui donnant des vibrations qui soutiennent l'intrigue.
Au deuxième acte la tête pivote présentant, dans le creux du visage, un de ces innombrables praticables métalliques dont les metteurs en scène actuels sont si friands. Peut être pour leurs qualités pratiques, certainement pas pour leurs valeurs esthétiques. L'acte nocturne, handicapé par cet échafaudage métallique, perd toute poésie.
Au troisième acte il ne reste de la statue du Dieu qu'un immense tas de cendres fumantes; qui symbolise avec force la victoire du « berger » prosélyte.
Je voudrais souligner une scène qui différencie radicalement l'approche des deux scénographes. C'est la fin de Roxane, la femme du Roi de Sicile. Dans le livret, il est écrit : « Roxane court vers la foule qui suit le guide et disparait »
Aucun ne respecte cette prescription. Chez Kasper Holten, Roxane reste dans l'ombre de son époux pour assister à sa transfiguration solaire. Chez David Pountney Roxane, blottie amoureusement dans les bras du berger, accepte le sacrifice suprême, celui de sa vie.
Dans le contexte actuel, je ne sais pas si Pountney imposerai encore la même évocation !!!

LES INTERPRÈTES :
Mis à part les chœurs et l'orchestre cités plus haut, la distribution est, me semble-t-il, légèrement moins captivante que celle du Bregenzer Festspiele.
Le Roi est interprété par Mariusz Kwiecie'. Une voix de baryton qui manque de vaillance et n'impose pas vraiment la complexité de son personnage.
Roxane est campée par Georgia Jarman. Une Roxane qui, malgré une voix de soprano, se joue des flots musicaux déversés par le compositeur et n'assure pas ouvertement sa transformation, son adhésion au charme du berger.
À mon sens le berger est le point faible de cette distribution. Il faut dire que Szymanowski lui a réservé un rôle où la voix est systématiquement située dans les hauteurs du spectre. Saimir Pirgu s'égosille dans ces hauteurs et l'orchestre couvre souvent sa voix.
En outre toute l'intrigue de l'opéra tourne autour de son charisme, de l'ascendant qu'il impose à l'entourage qu'il influence. C'est le maître de ces noces sauvages ! Saimir Pirgu ne possède pas cette présence, ce don, cette force.

Il n'en reste pas moins que c'est un véritable bonheur de posséder deux versions récentes et captivantes de ce chef-d'œuvre de Szymanowski, malheureusement si peu représenté. Je garderais malgré la prestation exceptionnelle de l'orchestre de Londres, un petit faible pour la représentation de Bregenzer, pour le dramatisme de sa mise en scène et l'investissement exceptionnel de ses interprètes.


Dvorák : Rusalka [Blu-ray]
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DVD ~ Renée Flemming
Prix : EUR 26,19

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 UN CONTE POÉTIQUE, 25 novembre 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Dvorák : Rusalka [Blu-ray] (Blu-ray)
Dans cet opéra onirique, il est très délicat de faire cohabiter ondines, ondins et humains. Un mariage complexe entre l'Eau et la Terre.
La mise en images, d'un opéra s'appuyant sur de telles légendes où le rêve tient un rôle si important comme chez Weber, Rimsky-Korsakov ou Janacek doit sacrément secouer les neurones du scénographe.

Amoureux de cette partition depuis sa parution en CD, datée de1998 avec Charles Mackerras à la tête du Philarmonique tchèque et René Fleming déjà en Rusalka, j'ai thésaurisé quasiment toutes les parutions en Vidéo de ce chef-d'œuvre de Dvorak.

Celle de l'opéra de Paris, mise en scène par Robert Carsen. Une vision très graphique, un peu froide où nous retrouvons en 2002 la merveilleuse Fleming, bien seule dans une distribution qui manque de présence pour ne pas dire de qualité.

En 2010,2011 la vision Martin Kusej n'opte pas, loin sans faut, pour la poésie.
Sa conception sans vouloir faire du mauvais esprit est très Terre à Terre. Une approche sans concession, ignorant le conte et favorisant le drame. Une distribution homogène soutient cette vision dominée par l'incarnation de la Rusalka de Kristïn Opolais. Une réalisation à retenir.

Arrive en 2012 la vision totalement anachronique du sarcastique Stefan Herheim. Un tourbillon incessant, une fantaisie débridée qui peut ne pas plaire aux inconditionnels d'une certaine « orthodoxie traditionnelle » Quelle tradition ? Celle de rester en permanence sur des chemins bien balisés ! Au diable ce cadenas qui verrouille toute créativité. À mon sens seul compte le respect de l'esprit de l'œuvre.
Cette vision sert pourtant fidèlement la musique de Dvorak.

Que nous propose cette nouvelle version qui nous vient du Met avec l'incontournable Renée Fleming dans ce qui paraît son rôle fétiche ?

Elle n'a peut être jamais été aussi belle, aussi habitée par le rôle de Rusalka. De sa voix de miel aidée par une ligne vocale inimitable, elle caresse les mélodies ensorcelantes de Dvorak.
Elle est accompagnée par un plateau très homogène et de grande qualité. Pas un seul rôle où l'on peut déceler la moindre faiblesse !
Quelques exemples pris au fil de l'onde :
Les dryades sont remarquables. Leurs chants dégagent insouciance et fraicheur.
Le prince est interprété par Piotr Beczala, une belle voix de ténor qui malgré quelques difficultés dans les aigus donne à son personnage la complexité voulue. Sa mort, toute en retenue est très émouvante.
La sorcière Ježibaba est incarnée par Dolora Zajick .Son rôle est souvent traité comme une entité seulement négative. Aidée par une voix d'alto aux riches couleurs, elle impose une sorcière où l'humour tient une place importante.
Il ne faut pas oublier Vodnik, l'esprit des eaux, interprété par John Relyea. Il possède une voix de basse aux graves abyssaux et donne à son personnage toute la tendresse, toute l'humanité d'un père affligé.

L'orchestre du Met est placé sous la baguette inspirée de Yannick Nézet-Séguin. C'est la première fois que je retrouve toute la richesse de la version CD dirigée par Mackerras. Une finesse, une vaillance des couleurs qui fascinent nos oreilles en s'appuyant sur un lyrisme très personnel, fidèle à l'esthétique d'une ballade populaire.

Que dire de la mise en scène qui accompagne cette somptueuse interprétation ?
La vision d'Otto Schenk s'appuie sur le conte qui inspira la musique de Dvorak.
Il déroule sous nos yeux un livre d'images dont les costumes, les décors font souvent penser aux enluminures. Certes, ici ou là, il est possible de déceler une pointe de naïveté, voire pour le décor du premier et du troisième acte une once de rétro.
Mais il faut se laisser porter par la poésie de cette vision qui nous guide au pays des contes où le rêve est roi !

S'il fallait conclure, cet opéra de Dvorak, (malheureusement le seul de ses dix productions lyriques représentées), a beaucoup de chance grâce aux différentes représentations évoquées plus haut. Mais. c'est à mon sens, la Rusalka du Met qui est la plus proche du génie de Dvorak. Génie fait de passion pudique, d'humour et d'amour de la nature qui souvent bascule dans l'invisible du songe.


Verdi / Aida
Verdi / Aida
DVD ~ Verdi
Prix : EUR 31,00

4.0 étoiles sur 5 INÉPUISABLE AIDA, 24 novembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Verdi / Aida (DVD)
La plupart des scénographies d’Aida s’appliquent à reconstituer la majesté et la splendeur de L’Egypte ancienne. Le plus bel exemple étant la réalisation mémorable de Franco Zeffirelli. Il nous reste heureusement un précieux témoignage de cette exécution donnée en 2007 sous la baguette inspirée de Ricardo Chailly.

L’Aida que nous propose le metteur en scène Peter Stein tourne complètement le dos à cette vision. Sans donner dans la grandeur débridée de la Fura dels Baus à Vérone, encore moins dans l’élucubration de Graham Vick au Bregenzer Festspiele, Peter Stein nous offre une vision d’une rare beauté, d’une rare sobriété. Nous ne sommes plus dans le péplum (sans aucune connotation péjorative de ma part) nous plongeons dans la tragédie grecque.
Un décor très graphique dessiné par le blanc et le noir où la lumière de Joachim Barth joue un rôle essentiel.
Les costumes sont aussi une véritable réussite. Sommes- nous plongés dans un lieu sacré sans origine, et sans passé où seule règne la beauté ?
C’est ce que j’ai ressenti face à ces voilages qui planent, face au hiératisme de ces grandes robes immaculées.
Pour mieux cerner le drame Peter Stein supprime le ballet. Il s’avère que cette option est d’une redoutable efficacité. Il est aidé par des chanteurs qui jouent cette tragédie avec une réelle conviction.

LES INTERPRÈTES :
Zubin Metha est à la tête de l’orchestre de la Scala qui a été façonné par les quelques années passées en compagnie de Daniel Barenboim. Je dois reconnaitre que j’ai trouvé la direction de Metha bien bruyante pour ne pas dire clinquante. Certes la scène du triomphe de Radamès est impressionnante, Metha y déverse le feu. C’est dans les passages plus intimes et, Dieu sait qu’ils sont nombreux dans cette partition, que j’aurais aimé plus de finesses.
C’est d’ailleurs, à mon sens, une constante de cette interprétation.

Le Radamès de Fabio Sartori ne donne pas dans la nuance. Malgré ce manque de raffinement il n’impose pas pour autant la vaillance de son personnage.
George Gagnidze est Amonasro : une belle voix de baryton qui ne présente pas non plus la moindre délicatesse. Il campe un Roi d’Ethiopie tout en force, en sauvagerie.

Est-il nécessaire d’évoquer le Grand prêtre Ramfis. Ce rôle est confié à Matti Salminen qui n’est même plus, l’ombre de lui-même. C’est pathétique d’écouter cette magnifique voix de basse chevroter les « Radamès, Radamès, Radamès » au moment du jugement. Pourquoi ce grand artiste a-t-il accepté de nous infliger cette déchéance ? Mystère !

Heureusement il y a l’éternel féminin !
Kristin Lewis, cantatrice américaine interprète Aida. Elle n’a peut être pas tout a fait la voix de ce rôle, mais sa sensibilité, sa féminité, sa fraicheur compensent ce léger déficit. Son « O patria mia » est plein de grâce et de nostalgie.

Anita Rachvelishvili est la révélation de cette production. Elle incarne Amneris, la fille de pharaon. Elle avait déjà suscité notre admiration dans le « Price Igor » du Met, très récemment dans « La fille du Tsar » de Rimsky-Korsakov. Une magnifique voix de mezzo-soprano, ample, au timbre coloré par de riches nuances. Elle dispose d’un don de tragédienne incontestable qui lui permet de donner à ce rôle, souvent traité de manière négative, une grande humanité. Le public de la Scala ne s’y trompe pas lui réservant un véritable triomphe.

Au moment de conclure, je suis partagé entre la beauté de la représentation et la légère déception musicale, essentiellement due aux prestations masculines.
Avec le recul, et les visions successives, je garde le souvenir d’un moment où la grâce et la beauté se conjuguent. C’est suffisamment rare pour acquérir sans hésitation cette nouvelle Aida.


Verdi / Aida [Blu-ray]
Verdi / Aida [Blu-ray]
DVD ~ Verdi
Prix : EUR 45,06

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 INÉPUISABLE AIDA, 23 novembre 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Verdi / Aida [Blu-ray] (Blu-ray)
La plupart des scénographies d'Aida s'appliquent à reconstituer la majesté et la splendeur de L'Egypte ancienne. Le plus bel exemple étant la réalisation mémorable de Franco Zeffirelli. Il nous reste heureusement un précieux témoignage de cette exécution donnée en 2007 sous la baguette inspirée de Ricardo Chailly.

L'Aida que nous propose le metteur en scène Peter Stein tourne complètement le dos à cette vision. Sans donner dans la grandeur débridée de la Fura dels Baus à Vérone, encore moins dans l'élucubration de Graham Vick au Bregenzer Festspiele, Peter Stein nous offre une vision d'une rare beauté, d'une rare sobriété. Nous ne sommes plus dans le péplum (sans aucune connotation péjorative de ma part) nous plongeons dans la tragédie grecque.
Un décor très graphique dessiné par le blanc et le noir où la lumière de Joachim Barth joue un rôle essentiel.
Les costumes sont aussi une véritable réussite. Sommes- nous plongés dans un lieu sacré sans origine, et sans passé où seule règne la beauté ?
C'est ce que j'ai ressenti face à ces voilages qui planent, face au hiératisme de ces grandes robes immaculées.
Pour mieux cerner le drame Peter Stein supprime le ballet. Il s'avère que cette option est d'une redoutable efficacité. Il est aidé par des chanteurs qui jouent cette tragédie avec une réelle conviction.

LES INTERPRÈTES :
Zubin Metha est à la tête de l'orchestre de la Scala qui a été façonné par les quelques années passées en compagnie de Daniel Barenboim. Je dois reconnaitre que j'ai trouvé la direction de Metha bien bruyante pour ne pas dire clinquante. Peut-être cette impression vient-elle d'une balance qui favorise l'orchestre au détriment des voix.Certes la scène du triomphe de Radamès est impressionnante, Metha y déverse le feu. C'est dans les passages plus intimes et, Dieu sait qu'ils sont nombreux dans cette partition, que j'aurais aimé plus de finesses.
C'est d'ailleurs, à mon sens, une constante de cette interprétation.

Le Radamès de Fabio Sartori ne donne pas dans la nuance. Malgré ce manque de raffinement il n'impose pas pour autant la vaillance de son personnage.
George Gagnidze est Amonasro : une belle voix de baryton qui ne présente pas non plus la moindre délicatesse. Il campe un Roi d'Ethiopie tout en force, en sauvagerie.

Est-il nécessaire d'évoquer le Grand prêtre Ramfis. Ce rôle est confié à Matti Salminen qui n'est même plus, l'ombre de lui-même. C'est pathétique d'écouter cette magnifique voix de basse chevroter les « Radamès, Radamès, Radamès » au moment du jugement. Pourquoi ce grand artiste a-t-il accepté de nous infliger cette déchéance ? Mystère !

Heureusement il y a l'éternel féminin !
Kristin Lewis, cantatrice américaine interprète Aida. Elle n'a peut être pas tout a fait la voix de ce rôle, mais sa sensibilité, sa féminité, sa fraicheur compensent ce léger déficit. Son « O patria mia » est plein de grâce et de nostalgie.

Anita Rachvelishvili est la révélation de cette production. Elle incarne Amneris, la fille de pharaon. Elle avait déjà suscité notre admiration dans le « Price Igor » du Met, très récemment dans « La fille du Tsar » de Rimsky-Korsakov.Une magnifique voix de mezzo-soprano, ample, au timbre coloré par de riches nuances. Elle dispose d'un don de tragédienne incontestable qui lui permet de donner à ce rôle, souvent traité de manière négative, une grande humanité. Le public de la Scala ne s'y trompe pas lui réservant un véritable triomphe.

Au moment de conclure, je suis partagé entre la beauté de la représentation et la légère déception musicale, essentiellement due aux prestations masculines.
Avec le recul, et les visions successives, je garde le souvenir d'un moment où la grâce et la beauté se conjuguent. C'est suffisamment rare pour acquérir sans hésitation cette nouvelle Aida.


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