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Contenu rédigé par Nicolas
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Commentaires écrits par
Nicolas
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Obras DE Musica - Orgelwerke/Organ Works
Obras DE Musica - Orgelwerke/Organ Works
Proposé par culturefactory
Prix : EUR 10,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Un enregistrement pionnier duquel on peut encore apprendre, 26 mai 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Obras DE Musica - Orgelwerke/Organ Works (CD)
Les anciens enregistrements d'orgue renaissance voire baroque s'avèrent souvent datés au niveau du son, manquent parfois d'une certaine souplesse dans le phrasé mais ils sont très instructifs voire par moments enthousiasmants.

Tel est le cas de cet album de Gertrud Mersiovsky, cette femme portugaise au prénom allemand, au nom polonais et ayant fini sa carriére au Brésil, qui brille par son sens de la métrique, une hauteur de vue et un sens architectural pas si éloignés de ceux d'un Helmut Walcha mais aussi par ces changements de rythmes, ces arrêts secs et ces relances toniques qui donnent cette vitalité particulière cette à la musique ibérique pour clavier de cette époque.

Elle a aussi une manière, sinon datée, du moins plus très usuelle de registrer son instrument d'une manière contrastée (avec notamment des différences de volumes de son marquées entre les claviers) mais aussi parfois presque agressive, aspect renforcé par des registres cuivrés de cette orgue de Tolède qui tiennent moyennement bien la note, la tenue prolongée de certaines notes superposées assez dissonantes et une prise de son proche.

On peut rêver plus soyeux au niveau du son, plus souple au niveau du phrasé, mais il y a une vraie autorité qui se dégage de cette performance pionnière, une vraie fièreté de ce patrimoine musical et une vraie compréhension de ses ressorts profonds.

Il y a aussi et surtout, une dimension fantastique voire diabolique, un peu "Deus ex Machina" dans cette approche laquelle me semble unique dans son esprit et dans la précision de son exécution et qui pourrait encore inspirer certains de nos interprètes actuels dans ce répertoire.


Jeu d'orgue et de voix, Préludes, Magnificat et Motets du 16ème siècle
Jeu d'orgue et de voix, Préludes, Magnificat et Motets du 16ème siècle
Prix : EUR 18,29

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Pierre atteignant les sommets, 26 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Jeu d'orgue et de voix, Préludes, Magnificat et Motets du 16ème siècle (CD)
Pour découvrir l'oeuvre composée, ou du moins publiée, par Pierre Attaingnant, il y a , pour le luth, l'album d'Hopkinson Smith (sans oublier une partie de l'anthologie du luth francais de la renaissance de Christopher Wilson intitulé "La Magdalena"), pour le clavecin, l'album récent de Pierre Gallon ("auprès de vous"), et pour l'orgue, cet album de Jean-Patrice Brosse, rassemblant quelques unes des meilleures pièces vocales des trois recueils de musique pour orgue et vocale sacrée édités en 1531.

Comme le dit si bien Jean-Patrice Brosse dans la notice, si on peut légitimement considérer , d'un point de vue chronologique, les pièces d'Attaignant comme fondatrice d'une certaine école pour clavier francaise, ce que cet album confirme plutôt, c'est qu'il s'agit ici d'un des sommets d'un art largement parvenu à maturité au XVIe siècle: celui de la polyphonie hérité de Josquin Desprez et que l'on retrouve aussi bien dans les recueils francais, italiens, anglais, allemands, espagnols en ce XVIe siècle, selon un langage étonamment semblable.

Si les oeuvres vocales présentées ici ne sont pas de Pierre Attaingnant, le prélude, l'alternance instrumentale et l'accompagnement semble bien l'être et leur agencement, ou plutôt leur entremêlement, est magnifiquement fait, peut-être sans équivalent dans ce que je connais de ce répertoire du XVIe siècle.

Le travail de sélection parmi ces trois livres, réputés de qualité inégale (Pierre Gallon mentionne la même chose en ouverture de son album), semble être réussi tant ce disque ne semblent contenir que des chefs d'oeuvre.

Peut-on mieux chanter ces oeuvres que Vox Cantoris dans cette éloquence maitrisée, cette maitrise collective des intonations, combinant clarté polyphonique et unité de timbres étonamment homogène?

Peut-on rêver d'un plus bel orgue que cette orgue renaissance, magnifiquement restauré, de Saint-Savin en Lavedan, avec ses registres truculents qui vont du plus chuchotant au plus imposant, du plus harmonieux au plus exotique?

Peut-on trouver un organiste plus en phase avec cette musique que Jean Patrice Brosse dont le répertoire francais de la renaissance semble être, avec celui pré-révolutionnaire, semble être celui qui lui sied le mieux? Quel art de la registration! Quel vitalité dans les phrasés mais sans jamais en faire trop, toujours au service de la musique, sans jamais s'écouter jouer!

Peut-on imaginer une meilleure prise de son combinant chaleur, spatialité, clarté pour mettre en valeur les charmes envoutants et la clairvoyante sérénité de cette musique?

Désolé, mais je ne trouve que des qualités à cet album, pour moi un des sommets de la discographie de la renaissance et du clavier francais en général.

P.S.: J'attend avec impatience la sortie imminente d'une anthologie Attaingnant de la part de Robert Bates, dans ce répertoire national ancien si peu enregistré.


Faventina : The Liturgical Music Of Codex Faenza 117
Faventina : The Liturgical Music Of Codex Faenza 117

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Assumer complètement son parti pris, aussi contestable soit-il, est souvent la clé d'un enregistrement réussi, 25 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Faventina : The Liturgical Music Of Codex Faenza 117 (CD)
Cet album a fait l'effet d'un coup de tonnerre à sa sortie tant il a su incarner une attente en restituant toute la vitalité et la présence de cette musique de la fin du XIVe siècle, la rendant accessible à l'auditeur moderne sans pour autant lui retirer sa force exotique voire mystique (au contraire en jouant sur ces aspects pour fasciner l'auditeur).

Dés le début, il prend l'auditeur à la gorge, avec une superbe mise en scène mettant formidablement en valeur les différentes composantes et couleurs de cette musique et surtout des différents atouts de cet ensemble Mala Punica (orgue, clavicymbalum, voix ténors, sopranos, flute, vielles...) soit en les superposant soit en arrangeant de superbes transitions (notamment entre le clavicymbalum et l'orgue, puis la vielle...).

Cet ensemble sait vraiment exprimer sa passion pour cette musique par ce mélange d'urgence, de vitalité de l'instant et de connaissances musicologiques profondes et avec un parti pris, celui de la polyphonie liturgique, assumé jusqu'au bout.

Ils ont bien eu raison d'assumer leur parti pris jusqu'au bout, évitant ainsi l'écueil du juste milieu ennuyeux, mais il n'empêche que c'est celui là même, qui assure force de persuasion évidente, qui me fait lever quelques réserves, d'abord pendant l'écoute où il semble difficile de maintenir sur la durée l'impact de ce parti pris, ensuite à la réécoute ou certains mécanismes de transition et effets qui paraissent incontestables à la première écoute font appraitre un aspect construit et systématique, et enfin à l'écoute de l'album, beaucoup plus dépouillé et purement instrumental, mais dont je ne me lasse pas, de Corina Marti sorti quelques années plus tard chez Ramée.

Il est peut-être dommage de vouloir ajouter à tout prix, même si cela pouvait aussi se faire à l'époque, à cette musique instrumentale écrite en tablature pour clavier, une partie vocale et d'autres instruments en "support", lesquels renforcent l'aspect dramatique et humaniste du propos mais aussi renvoie la partie instrumentale en arrière plan, comme si elle ne pouvait pas se suffire à elle même, diluant ansi l'aspect novateur incontestable de cette partition (le fait qu'elle soit instrumentale) pour le remplacer par un autre aspect potentiellement novateur mais beaucoup plus contestable (celui de témoignage parmi les plus anciens d'un art de la polyphonie anticipant sur la polyphonie franco-flamande). C'est ainsi qu'on assiste à certains moments de flottements qui sentent la reconstruction plus ou moins inspirées même s'ils gardent leur part de fascination et de mystère.

Il n'empêche que cet album, entièrement assumé et défendu par des interprètes aussi informés que survoltés, reste une réussite majeure permettant de découvrir, de manière vivante et actuelle, la musique ce manuscrit mythique. Il est un excellent complément à la remarquable performance de Corina Marti surtout compte tenu du fait qu'il ne le recoupe pas complètement au niveau du programme et encore moins au niveau du parti pris.

C'est, à mon avis, bien mieux réussi que la performance, au parti pris similaire, mais plus profane, et plus confuse, par l'ensemble Unicorn chez Naxos.


Relic
Relic
Prix : EUR 17,17

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Une approche nordique du luth francais du XVIIe siècle, 25 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Relic (CD)
Le programme de ce premer album d'Anders Ericson, en tant que luthiste, est original, car il comporte des compositeurs pratiquement jamais joués (à l'époque en tout cas puisque Germain Pinel a eu l'honneur d'être enregistré depuis par Miguel Yisrael) à savoir Jean Mercure et Germain Pinel, ce dernier ayant été celui qui initié l'enfant Louis XIV au luth.

Il est aussi assez original, même pour les compositeurs plus connus que sont Gallot et Dufaut, puisque Anders Ericson nous offre des suites entières, et même pas parmi les plus connues de ces compositeurs, ce qui nous change des compilations habituelles.

Au niveau de l'interprétation, on reconnait ici beaucoup des qualités qui feront le succès de son album ultérieur consacré à Mouton: un style solide, une articulation nette, une pudeur dans le lyrisme, un art de la brisure nette mais aussi bien intégrée dans l'équilibre des lignes, une superbe prise de son proche qui laisse bien sentir les pincements de cordes vibrer de différente manière (temps forts et temps faibles, notes rythmiques et mélodiques, notes "de brisure" et notes pleines d'harmonies...).

L'auditeur habitué aux sorcelleries à fleur de peau d'un Hokpinson Smith peut certes reprocher à Anders Ericson d'être un brin trop sûr de lui, de ne pas assez se mettre en danger, mais la poésie voire la douleur voilée du siècle d'or du luth francais, est pourtant là et bien là, très efficacement véhiculée par la prise de son, même si on assiste pas à une passion exacerbée mais plutôt à une intériorité maïtrisée au lyrisme dénudé, lequel convient particulièrement au langage de Francois Dufaut et de Germain Pinel, même si c'est la dynamique et la rythmique qui font l'efficacité du jeu de ce luthiste chez ce dernier.

L'étoile en moins correspond à la réussite, encore plus indiscutable, de l'album suivant consacré à Mouton (où la variété des effets est plus dévelopée et l'intimité plus évidente chez Mouton) et aussi à la relative déception concernant la suite de Jean Mercure qui était l'attraction programmatique majeure de ce disque et qui en est peut-être finalement le point faible, pour laquelle Anders Ericson aurait du prendre peut-être plus de risque en terme d'agogique et d'ornementation.


Organo historico español, Vol.1
Organo historico español, Vol.1

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Des formes et des couleurs variées, un ton direct et sans fioritures, 24 mai 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Organo historico español, Vol.1 (CD)
En 1991, Kimberly Marshall, déjà reconnue comme spécialiste de la musique instrumentale du moyen âge tardif et de la renaissance, a eu le redoutable honneur d'ouvrir une formidable série en 10 volumes entreprise par Auvidis Valois pour honorer la musique espagnole ancienne.

Compte tenu de la spécialisation de cette organiste, il était normal qu'elle joue les oeuvres du plus plus ancien de cette série, à savoir le génial organiste aveugle Antonio Cabezon qui incarne, presque à lui tout seul, le clavier espagnol à l'époque du siècle d'or suivant la découverte (peut-être redécouverte, mais c'est un autre sujet...) des amériques par Christophe Colomb.

Ce récital a été concu comme une série 3 sous récitaux, chacun enregistré sur des orgues différents du plus simple et direct au plus grandiose, des sous récitaux qui partagent en commun d'être un ouvert par un tiento dont le caractère sied à l'orgue choisi.

Le jeu de Kimberly Marshall qui aime faire frotter les registres et les notes du contrepoint sans amortir les dissonances, peut paraitre, surtout dans les premières pièces, un peu direct et droit au premier abord et je reste persuadé que l'anthologie récente de José Luis Gonzales Uriol sur l'orgue Pascual de Mallen du XVe siècle (chez Bottega Discantica) est l'introduction idéale à l'orgue de Cabezon.

Il s'agit pourtant d'un des tous meilleurs disques consacrés à l'oeuvre pour orgue de Cabezon avec ceux de Jose Gonzalez Uriol et Andres Cea et, parmi ceux-ci, celui qui la relie peut-être le mieux à ses racines moyen-âgeuses, dont il ne subsiste malheureusement pas de sources musicales même si ces pratiques musicales ont été décrites. D'une certaine manière, Kimberley Marshall, qui fait remarquer que Cabezon reprend toutes formes évoquées dans les documents du XIVe siècle et seulement celles-ci, semble vouloir, à travers cet album, évoquer ce passé dont Cabezon, certes novateur et visionnaire, est aussi clairement l'héritier.

Kimberly Marshall apporte à cette musique un ton à la fois tonique, direct mais aussi simplement chaleureux et joueur, un ton qui met particulièrement en valeur les dimensions terriennes et humaniste de ces oeuvres.

L'organiste américaine sait aussi remarquablement alterner les formes (chansons, danses, tiento, variations), les influences (italiennes, flamande, du répertoire de vihuela), les registres (toujours simples mais très variées) pour nous offrir un des tous meilleurs panoramas du génie de Cabezon et du monde musical qui l'entourait, le meilleur exemple étant peut-être ces deux pièces conclusives de cet album, très longues et très différentes, avec un "motete glosado" particulièrement poétique et envoutant et une adaptation de La Guerre de Jaquenin particulièrement flamboyante et électrisante, une pièce qui conclut ce disque et ouvre la grande "tradition" des Battalia qui perdurera jusqu'à la période baroque.

Bref, un album qui monte en puissance et étonne de par sa variété et sa vitalité et qui est une mine d'or pour les passionnés de l'orgue espagnol en général et de Cabezon en particulier.


I Dilettosi Fiori, Musique Instrumentale Du 14e Siecle
I Dilettosi Fiori, Musique Instrumentale Du 14e Siecle
Prix : EUR 20,73

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Enchantement, 22 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : I Dilettosi Fiori, Musique Instrumentale Du 14e Siecle (CD)
Avec le parchemin conservé à la bibliothèque municipale de la ville de Faenza et référencé sous le numéro 117 dans la catégorie des manuscrits (d'où le terme de "Codex Faenza 117"), on tient probablement la source la plus ancienne de musique instrumentale qui nous soit parvenue à ce jour.

Il semble que la plupart de la musique instrumentale de ce manuscrit date de la fin du XIVe siècle même s'il y a eu des ajouts, notamment de texte, jusqu'au début du XVe siècle.

On sait maintenant que la tablature inhabituelle à deux portées dans laquelle cette musique est écrite est en fait une tablature pour clavier, avec une portée pour chaque main.

Restituer cette musique dans toute sa splendeur et surtout son raffinement n'est pas aisé, puisqu'il faut comme souvent dans la musique de cette époque, une rare combinaison entre un instrument adéquat et une compréhension profonde du langage musical de cette époque, ce qui demande beaucoup de temps et d'engagement, ce qui semble avoir été le cas de Corina Marti, auteur d'une superbe notice expliquant sa démarche passionante, tant le résultat est convaincant et subtil.

Aprés la première version de Marcel Pérès qui "essuya les plâtres" avec un instrument un peu ingrat et des voix un peu épaisses, et une approche impressionante de l'ensemble Mala Punica chez Ambroisie (laquelle, à la réécoute, me semble en faire un tout petit trop dans le théatre et les effets de manche, pour être complètement satisfaisante, même si elle reste diablement "efficace", ce qui lui a valu un diapason d'or), c'est donc à Corina Marti que l'on doit la première version de référence au disque de cette musique pour clavier, la plus ancienne que l'on connait.

C'est le dénuement sonore qui laisse les résonances s'épancher, la beauté des instruments alternant "clavisimbalum", clavier reconstitué de l'époque (sorte de clavecin sans étouffoir et avec une capacité de frapper aussi la corde) et flûtes (comment fait-elle pour jouer plusieurs flûtes à la fois), la respiration et l'articulation vivante du jeu de Corina Marti qui n'a pas son pareil pour délivrer des ornements fluides et déliés, qui sont les ingrédients principales de cette réussite.

Mais les ingrédients ne sont rien face à la magie qui opère, une magie qui nous élève aux cotés d'Apollon alternant l'usage de sa lyre et de ses flûtes vibrant au gré de vents solaires divins.

On approche ici un idéal musical grec tel que platon l'exprimait, la musique, art global par excellence englobant et exprimant simplement tout ce que les différentes muses pouvaient inspirer à l'homme.

Etonnant de constater comment cet idéal antique que l'on croyait "spécifique" à la renaissance était déjà présent à la fin du XIVe siècle..

Un album enchanteur, entre rêve et réalité.


First Printed Organ Music
First Printed Organ Music
Prix : EUR 18,43

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 La première publication de musique pour orgue, enfin enregistrée pour son 500eme anniversaire, 20 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : First Printed Organ Music (CD)
De manière générale, j'adhère assez au principe qui veut que, plus la musique est ancienne, plus elle demande d'authentiques spécialistes pour être restituée correctement.

La musique pour orgue publiée par Arnolt Schlick en 1512 "première musique imprimée pour orgue" (ce qui ne signifie pas "plus ancienne musique pour orgue écrite qui nous soit parvenue" puisqu'on dispose de manuscrits antérieurs) demande donc un(e) vrai(e) spécialiste pour être défendue.

C'est la cas avec Kimberly Marshall, spécialiste de la musique médiévale, qui a enregistré des albums de l'époque gothique et qui est particulièrement à l'aise dans le répertoire de la Renaissance comme le prouvait déjà sa très belle anthologie Cabezon, premier volume de la série en 10 volumes "El Organo Historico Espanol", enregistré pour Auvidis Valois (code ASIN : B000026HSY), et comme le confirme ce très bel album.

Kimberly Marshall a choisi d'enregistré en 2012 cette musique pour fêter le 500eme anniversaire de sa parution après avoir longuement étudié les sources, les pratiques de l'époque, les textes y compris les goûts et recommandations d'Arnolt Schlick pour l'accord de l'instrument (précurseur du tempérament moyen modifié des orgues du XVIIe siècle), les anches, l'utilisation de la pédale pour une meilleure restitution de la polyphonie...

Compte tenu de ces paramètres (accord, étendue, besoin de pédale), Kimberly Marshall renonce aux instruments historiques pour utiliser pour cette première mondiale un très bel orgue construit en 1991 par Paul Fritts pour l'université de l'état de l'Arizona, un orgue qu'elle connait bien pour en être la titulaire depuis 1998 et qui semble être dans l'esthétique baroque du XVIIe allemand avec des sonorités "soufflées" et chantantes avec assez peu d'acidité et de mordant.

Cela renforce l'aspect choral et liturgique, de toute manière réelle, de ces pièces et rend cette musique assez facile d'écoute, j'imagine même pour les "non connaisseurs", insistant sur sa dimension chantante, sereine et optimiste même si je trouve les anches de cette orgue un peu "timides" ce qui ôte un tout petit peu de la vitalité de cette musique, malgré le jeu trés bien rythmé et articulé (je serais tenté de dire "parfait") de Kimberly Marshall.

En plus de rendre honneur à la musique d'Arnolt Schlick et de la restituer dans son contexte liturgique avec un plain chant approprié, cet album rend aussi hommage à un des ses illustres prédécesseurs, auteur du fameux Buxheimer Orgelbuch du milieu du XVe siècle, en la personne de Conrad Paumann, et cinq des contemporains d'Arnolt Schlick (Hans Kotter, Paul Hofhaimer, Heinrich Isaac, Leonhard Kleber et Hans Buchner).

Francois Couperin disait qu'il préférait ce qui le touchait à ce qui le suprenait. Peut-être aurait-il particulièrement apprécié cette émouvante restitution d'un des pans essentiels de la musique instrumentale occidentale, qui brille plus par son humilité, son humanité et son lyrisme équilibré que son impact sonore ou une quelconque virtuosité ébouriffante.

Quels que soient les avis de chacun sur les partis pris adoptés ici (éminement pertinents mais non exclusifs), il s'agit d'un album indispensable pour ceux qui s'intérèsse à la musique vraiment ancienne, celle qui nous ressource, au sens propre du terme. Un album dont la richesse et le pouvoir de fascination, immédiatement sensible, s'imposera de plus en plus au fil de ses réécoutes.


First Printed Organ Music by Schlick, Marshall, Hart [Music CD]
First Printed Organ Music by Schlick, Marshall, Hart [Music CD]
Proposé par Mega Bookstore
Prix : EUR 32,04

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 La première publication de musique pour orgue, enfin enregistrée pour son 500eme anniversaire, 20 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : First Printed Organ Music by Schlick, Marshall, Hart [Music CD] (CD)
De manière générale, j'adhère assez au principe qui veut que, plus la musique est ancienne, plus elle demande d'authentiques spécialistes pour être restituée correctement.

La musique pour orgue publiée par Arnolt Schlick en 1512 "première musique imprimée pour orgue" (ce qui ne signifie pas "plus ancienne musique pour orgue écrite qui nous soit parvenue" puisqu'on dispose de manuscrits antérieurs) demande donc un(e) vrai(e) spécialiste pour être défendue.

C'est la cas avec Kimberly Marshall, spécialiste de la musique médiévale, qui a enregistré des albums de l'époque gothique et qui est particulièrement à l'aise dans le répertoire de la Renaissance comme le prouvait déjà sa très belle anthologie Cabezon, premier volume de la série en 10 volumes "El Organo Historico Espanol", enregistré pour Auvidis Valois (code ASIN : B000026HSY), et comme le confirme ce très bel album.

Kimberly Marshall a choisi d'enregistré en 2012 cette musique pour fêter le 500eme anniversaire de sa parution après avoir longuement étudié les sources, les pratiques de l'époque, les textes y compris les goûts et recommandations d'Arnolt Schlick pour l'accord de l'instrument (précurseur du tempérament moyen modifié des orgues du XVIIe siècle), les anches, l'utilisation de la pédale pour une meilleure restitution de la polyphonie...

Compte tenu de ces paramètres (accord, étendue, besoin de pédale), Kimberly Marshall renonce aux instruments historiques pour utiliser pour cette première mondiale un très bel orgue construit en 1991 par Paul Fritts pour l'université de l'état de l'Arizona, un orgue qu'elle connait bien pour en être la titulaire depuis 1998 et qui semble être dans l'esthétique baroque du XVIIe allemand avec des sonorités "soufflées" et chantantes avec assez peu d'acidité et de mordant.

Cela renforce l'aspect choral et liturgique, de toute manière réelle, de ces pièces et rend cette musique assez facile d'écoute, j'imagine même pour les "non connaisseurs", insistant sur sa dimension chantante, sereine et optimiste même si je trouve les anches de cette orgue un peu "timides" ce qui ôte un tout petit peu de la vitalité de cette musique, malgré le jeu trés bien rythmé et articulé (je serais tenté de dire "parfait") de Kimberly Marshall.

En plus de rendre honneur à la musique d'Arnolt Schlick et de la restituer dans son contexte liturgique avec un plain chant approprié, cet album rend aussi hommage à un des ses illustres prédécesseurs, auteur du fameux Buxheimer Orgelbuch du milieu du XVe siècle, en la personne de Conrad Paumann, et cinq des contemporains d'Arnolt Schlick (Hans Kotter, Paul Hofhaimer, Heinrich Isaac, Leonhard Kleber et Hans Buchner).

Francois Couperin disait qu'il préférait ce qui le touchait à ce qui le suprenait. Peut-être aurait-il particulièrement apprécié cette émouvante restitution d'un des pans essentiels de la musique instrumentale occidentale, qui brille plus par son humilité, son humanité et son lyrisme équilibré que son impact sonore ou une quelconque virtuosité ébouriffante.

Quels que soient les avis de chacun sur les partis pris adoptés ici (éminement pertinents mais non exclusifs), il s'agit d'un album indispensable pour ceux qui s'intérèsse à la musique vraiment ancienne, celle qui nous ressource, au sens propre du terme. Un album dont la richesse et le pouvoir de fascination, immédiatement sensible, s'imposera de plus en plus au fil de ses réécoutes.


Cavazzoni - Antico : le Clavier de la Renaissance
Cavazzoni - Antico : le Clavier de la Renaissance
Prix : EUR 8,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Quand un Andrea peut en cacher un autre..., 20 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cavazzoni - Antico : le Clavier de la Renaissance (CD)
Par ignorance et facilité, j'ai longtemps considéré Andrea Gabrieli comme le fondateur de l'école vénitienne de clavier, à la fois s'émancipant du modéle vocal de l'époque tout en étant fortement sous l'influence des grands maitres franco-flamands qui visitèrent la ville dans le courant du XVIe siècle.

La découverte de ce disque, vient confirmer que la notion de "père" ou de "fondateur" de telle ou telle école est souvent abusive, correspondant plus à une ignorance de ce qui précède qu'à une réelle vérité (Par exemple, Chambonnières, personnage essentiel de l'évolution du clavier francais, est surtout considéré comme le "fondateur" de l'école francaise pour clavecin du fait qu'aucune édition des oeuvres de ces prédécesseurs ne nous sont parvenues).

Plus que l'interprétation des oeuvres pour orgue de Cavazzoni, c'est surtout la découverte des oeuvres d'Andrea Antico qui fait, à mon avis, la vraie valeur de cet album:
- d'abord parce que cet Andrea porte bien son nom puisqu'il fut le premier à publier des oeuvres exclusivement destinées au clavier à corde pincée (clavecin, vriginal, clavicorde et non orgue), après avoir otenu le privilège d'impression de la musique, que Petrucci n'utilisa jamais pour le clavier, se cantonant à ses fameuses éditions des oeuvres pour luth de Spinacino, Dalza et Capirola.
- ensuite parce que je ne suis pas entièrement convaincu par cette version des oeuvres pour orgue de Cavazzoni, surtout du fait de registrations trop acides à mon goût avec la notable exception des intabulations de chansons flamandes en plage 6,7 et 8 qui, sur des registres plus doux, s'avèrent ravissantes. Pour les perfectionnistes, je vous conseille donc en priorité, pour découvrir les oeuvres pour orgue de Cavazzoni, l'album que Liuwe Tamminga avait précédemment enregistré.
- enfin parce que les instruments utilisés (clavecin et virginal italiens inspirés de modèles originaux du XVIe siècle) pour les oeuvres pour clavier de Andrea Antico, sorte de petites (car courtes malgré une science étonnante de la variation et du développement) merveilles anticipant, déjà le langage de Gabrieli, Merulo... et donc un peu Frescobaldi aussi, sont superbes. Ils sont superbesde par leur facture mais aussi parce que Fabio Antonio Falcone sait les faire vibrer au service de cette musique, avec ce qui faut de tonicité, d'utilisation du battement de la mesure pour structurer et relancer la phrase et ce qu'il faut de liant et de simplicité. Le résultat est une articulation extrêmement convaincante entre la dimension instrospective et poétique de cette musique sans pour autant en occulter la simplicité, la vitalité voire l'innocence qui font aussi son charme.

Une prestation très recommandable voire indispensable pour la grâce de ces très belles pièces d'un répertoire de clavecin italien vraiment ancien, qui gagnerait à être mieux partagé, ce à quoi cet album économique contribue brillamment.


Oeuvres Pour Clavier /Vol.1
Oeuvres Pour Clavier /Vol.1
Prix : EUR 7,05

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Humain, trop humain, 18 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Oeuvres Pour Clavier /Vol.1 (CD)
A vrai dire, c'est un sentiment paradoxal qui m'envahit à l'écoute de ce disque.

D'un côté, ces polonaises touchent droit au coeur par leur proximité et leur humanité, grâce au toucher subtil exaltant les nuances d'attaque qu'offre le pianoforte et à l'éloquence simple de Robert Hill. Elles brillent aussi par leur étonnante modernité, presque post-romantique, aux connotations improvisées presque jazzy.

D'un autre côté, elles dégagent un étrange et désarmant sentiment de vide métaphysique par leur caractère insaissable, désarticulé, leurs élans semblant constamment brisés par une versatilité exacerbée, comme si Wilhelm Friedemann était un individu perdu, livré à lui-même avec ses doutes et aucune certitude, oscillant entre introspection sentimentale narcissique et prise de conscience sarcastique de la vanité d'un tel exercice, alternant entre nostalgie de l'enfance et éclair visionnaire.

L'oeuvre la plus stable de ce cycle reste probablement la 10eme polonaise, la moins jazzy et la plus assumée de toute dans sa dimension romantique et instrospective avec trés peu de trait d'ironie. C'est celle qui reste gravée le plus profondément après l'écoute de ce disque très personnel, aussi touchant que troublant et déroutant, qui ouvre cette magnifique intégrale de l'oeuvre pour clavier de Wilhelm Friedemann, le fils ainé de son père, au génie peut-être le plus fulgurant mais aussi le moins stable de sa célèbre fratrie.


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