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Contenu rédigé par Eric OD Green
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Commentaires écrits par
Eric OD Green (Paris, France)
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Bugeaud
Bugeaud
par Jean-Pierre Bois
Edition : Relié
Prix : EUR 26,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Une biographie de très haute tenue : Thomas Bugeaud un homme de fer dans un siècle de plomb, 12 juin 2016
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Thomas Bugeaud de la Piconnery duc d’Isly est un des plus grands hommes de guerre français du XIXème siècle, on peut dire que l’ouvrage de Jean-Pierre Bois lui rend hommage sans céder à une quelconque adulation et rend compte de manière factuelle des actions diverses et variées accomplies par ce grande homme qui ne se réduit pas à la conquête de l’Algérie, même s’il est certain que c’est cet évènement qui lui confère une stature historique. Après avoir été longtemps loué comme un personnage positif sous la IIIème République et jusqu’au moins dans les années 30, avec une ritournelle faisant allusion à « la casquette du père Bugeaud » l’indépendance de l’Algérie en 1962, mais plus encore l‘hostilité de marxistes à l’haleine fécale et de bobo dégénérés qui font, en 2005-2016, de ce maréchal de France un précurseur des méthodes des nazis… Rien de moins.

Personnellement, ma famille a fourni un fort contingent d’officiers et de sous-officiers à l’Armée d’Afrique jusqu’à la dissolution des zouaves en 1962. Pour autant, je ne suis pas naïf sur le personnage de Bugeaud qui comme tout homme de son envergure possède une part d’ombre : toutefois, il est bien clair que si Jean-Pierre Blois ne nous cache rien des éléments troubles associés à Bugeaud, on prend rapidement conscience que ses éléments sont relativement peu nombreux et sont liés à un contexte historique ou il eut été difficile de faire mieux. Rien n’a été facile pour Thomas Bugeaud qui est issu d’une petite noblesse de province que la révolution Française de 1789, et surtout la terreur de 1793 va ruiner : Bugeaud voit ses parents jetés en prison mais non exécutés : on peut dire que c’est déjà beaucoup de chance. C’est un homme qui hérite de son enfance une double passion qui jamais ne faiblira : une passion pour son terroir, le Limousin et le Périgord et l’agriculture et un patriotisme à toute épreuve : une volonté de servir la France dans le domaine militaire qui va le conduire d’Austerlitz à la fameuse bataille d’Isly ou les troupes du sultan du Maroc sont battues et ou Abdel Kader est définitivement poussé hors du jeu militaire politique et diplomatique et sera contraint à une reddition aux autorités militaires françaises. Bugeaud s’engage dans le corps des vélites de la garde de la grande armée de Napoléon Bonaparte et devient caporal lors de la bataille d’Austerlitz. Sous la direction de Napoléon il connaîtra ce que l’on nomme la grande guerre avec affrontement de régiments de ligne, mais c’est surtout durant la terrible guerre d’Espagne, avec le fameux siège de Saragosse que Bugeaud fait connaissance de la petite guerre, en d’autres termes de la guerre de guérilla : une insurrection totale de la population espagnol qui fait preuve d’une bravoure qui force l’admiration. Bugeaud s’affirme comme un rude soldat, plus tacticien et on exécutant que concepteur, sans jamais montrer une grande appétence pour l’analyse stratégique… Thomas Bugeaud est un homme qui franchit rapidement tous les échelons de la hiérarchie jusqu’à devenir colonel en 1815. Après la défaite de l’Empereur, Bugeaud fait par pragmatisme un ralliement assez logique à Louis XVIII, mais ne résiste pas à la tentation de participer aux cents jours de Napoléon Bonaparte, ou il obtient d’ailleurs d’assez loin la dernière victoire militaire de l’Empire. La restauration ne lui pardonne pas son incartade et le démet de son commandement en 1815, il ne retrouvera pas une fonction militaire avant 1830 lors de l’aventure algérienne de Charles X, bien que ce soit la monarchie de juillet qui lui confère à nouveau. Thomas Bugeaud se retire donc sur ces terres et devient l’archétype du gentilhomme fermier moderne passionné par les questions agricoles et persuadé qu’un accroissement de la richesse des campagnes est un élément dirimant pour permettre l’accroissement de la richesse d’une nation qu’il perçoit toujours comme fortement paysanne. Bugeaud ne semble pas s’inspirer des écrits des physiocrates, mais procède plutôt selon une méthode expérimentale qui lui réussit particulièrement bien : elle lui permet de prospérer, en produisant plus et mieux, il verse des traitements importants à ses métayers pour tenter de les convaincre, mais malgré ces encouragement très sympathiques ceux-ci semblent demeurer imperméable à la notion de progrès agricole… Cet échec le conduit à pousser à la création de comices agricoles, réunion de grands propriétaires soucieux d’améliorer la production de leurs domaines. Cet essai sera un coup de maître et Bugeaud verra enfin son prosélytisme agricole récompensé et deviendra une expert solide et reconnu du domaine qui le passionnera jusqu’au crépuscule de sa vie.
Bien sûr un homme aussi dynamique et fait pour la guerre que Bugeaud ne pouvait pas rester indéfiniment sans commandement militaire et peu à peu il va tenter de rentrer en grâce, essentiellement auprès de Louis-Philipe. Pour ce faire, il va poursuive une carrière politique honorable comme conseiller général puis comme député. L’Orléanisme possède tout pour plaire à Bugeaud, c’est un régime politique autoritaire mais sans les excès imbéciles qui entraînent la chute de Charles X… Bugeaud est depuis 1793 un partisan des régimes d’autorité tempéré par le bon sens, comme il l’explique lui-même il est contre « toute terreur rouge ou blanche ». Il sera toujours un partisan du régime du juste milieu. Mais c’est bien l’aventure déclenchée par Charles X qui va créer les conditions de son retour. L’affaire possède en fait une dimension sordide avérée, c’est la demande à la France des arriérés de dette qui remonte à la campagne d’Egypte de Bonaparte par le Dey d’Alger qui permet au très impopulaire Charles X de déclencher les hostilités avec l’envoi d’une flotte puis d’un corps expéditionnaire. La prise d’Alger est un succès toutefois, elle n’est guidée par aucune directive politique pour la suite des évènements, il va s’écouler 10 ans avant que la France n’adopte une attitude volontaire face à une situation stérile et couteuse.

Bugeaud ne se passionne guère pour la question de la prise d’Alger jusqu’à son premier commandement à Oran en 1836. Le retour à la carrière des armes est laborieuse elle s’effectue sur la période 1830-1834 par le biais d’un ralliement énergique à la monarchie de Juillet (très logique dans la perspective d’un Bugeaud, et sans rapport avec un quelconque opportunisme politique). Bugeaud devient membre du conseil général de son département en application de l’ordonnance du 26 novembre 1830 : c’est une tribune qui lui permettra d’exposer son orléanisme et son opposition au républicanisme. Le 8 septembre 1830 Bugeaud est nommé colonel du 56ème régiment de ligne à Grenoble, c’est une bonne affectation par contre sa famille traverse de sérieux problèmes de santé. Le 2 avril 1831, Bugeaud devient maréchal de camp, c’est-à-dire général, et le 31 mai 1831 suite à la dissolution de la chambre des députés Bugeaud sollicite et obtient une élection à la chambre d’Excideuil, deuxième circonscription du département de la Dordogne : désormais Bugeaud cumule des fonctions politiques et militaires. Cette fonction politique est surtout exercée pour être un tenant d’un ordre établi raisonnable et pour propager ses idées en matière d’agriculture. Il est finalement nommé commandant d’une brigade d’infanterie de la garnison de Paris, et s’implique très peu dans les débats relatifs à la duchesse du Berry. Pourtant, il va commettre la première faute de sa carrière en acceptant d’être l’homme de confiance du gouvernement et le gardien de la duchesse du Berry en acceptant le commandement de la citadelle de Blaye ou ladite duchesse va être emprisonnée. Tous les éléments raisonnables de documentation exploitée démontrent que Bugeaud ne se comporte pas comme une brute ou comme un rustre envers la duchesse : toutefois c’est indéniable, l’acceptation de cette fonction lui donne une image publique désastreuse exploitée par tous ses ennemis politiques, forts nombreux au demeurant. Dans un tout autre registre en 1834, Bugeaud va montrer le caractère sombre de sa personnalité et le caractère sourcilleux de son honneur : il est insulté publiquement par le député François Charles Dulong sur la question de ses fonctions de geôlier de la duchesse du Berry, immédiatement Bugeaud demande réparation à l’imbécile qui se voit contraint d’accepter un duel : Dulong choisi le pistolet et d’un seul coup Bugeaud fracasse la tête du cuistre… Cet évènement suscite un nouveau tollé à l’encontre de Bugeaud, même si sur le fond la pratique des duels d’honneur entre parlementaire était chose fort courante à cette époque. Beaucoup plus grave pour le général Bugeaud est l’affaire de la rue Transnonain le 14 avril 1834, Bugeaud exerce un commandement à Paris qui le conduit à réprimer les émeutiers et son nom est associé au massacre de la rue Transnonain bien qu’il ne soit ni responsable ni participant à cet évènement…En revanche la question est compliquée parce qu’il participe bien à la répression à compter du 13 avril à la demande de Thiers, Bugeaud commande 40000 hommes dans une action anti-insurrectionnelle qui se solde effectivement par le massacre de la rue Transnonain, d’où l’existence d’un lien de causalité indirecte complexe : pour l’opposition républicaine, Bugeaud devient le « boucher de la rue Transnonain » et conservera cette dénomination jusqu’en 1848 et bien au-delà puisque c’est un élément de la mémoire collective qui perdure jusqu’à l’époque moderne.
Pendant ce temps les choses évoluent pitoyablement en Algérie, l’entrée des troupes françaises à Alger le 5 juillet 1830 commandé par le comte de Bourmont, un homme détestable essentiellement connu pour sa défection à Waterloo et à un témoignage accablant contre le maréchal Ney. Le dossier de l’expédition africaine de la France passe entre les mains de Louis-Philippe qui envisage tout d’abord de procéder à l’évacuation du corps expéditionnaire, dans un contexte de très vive tension avec le Royaume-Uni. C’est dans ce contexte que le général Clauzel remplace le comte de Bourmont et commence à préparer le repli, toutefois il ne possède pas d’ordre clair concernant la politique à mener sur place : Clauzel ne fait pas de différence entre la guerre en Europe et la guerre en Afrique, il n’anticipe pas une résistance sérieuse des Arabes et se contente d’un corps expéditionnaire de 10000 hommes auxquels il adjoint des supplétifs Kabyles de la tribu des Zouâoua qui donneront les Zouaves. Clauzel possède des vues constructives et souhaite conserver Alger et pense à une installation durable : dans la pratique il doit faire face à de nombreux soulèvements et ne dispose pas des moyens pour imposer la suzeraineté de la France et ultime avanie sa tentative de conciliation diplomatique avec le bey de Tunis bien disposé à l’égard de la France est désavoué par Louis-Phillipe et qui rappelle une partie des troupes. Clauzel démissionne et le 21 février 1831, l’armée d’Afrique est réduite à une simple division d’occupation commandée par le général Berthézène. Sous Berthézène et se deux successeurs Rovigo et Voirol l’indécision tient lieu de politique et l’idée d’une colonisation de ce qui deviendra l’Algérie est une pure utopie : la situation se dégrade à Oran dont la garnison est trop faible et le sultan du Maroc s’impose habilement dans le beylik et il faut finalement envoyer une escadre pour obtenir son retrait, qui est en réalité une pure courtoisie diplomatique…Les Arabes du Beylik se donnent pour chef un vieux marabout connu pour sa sainteté, Mahi ed-Dine, il appelle les tribus à la guerre contre l’infidèle, mais trop âgé il fait admettre son fils comme chef Abd El-Kader qui prend alors le titre d’émir et va se révéler l’adversaire le plus coriace et aussi de loin le plus malin contre les ambitions françaises. Les Français sont conscients de cette évolution et le général Desmichels appelé en 1833 à la tête de la division d’Oran, décide de traiter avec Abd el-Kader en décembre 1833 dans le cadre d’une demande de restitution de prisonnier, et se faisant moyennant quelques avantages concrets armes et chevaux obtient de l’émir la reconnaissance du traité Desmichels signé le 26 février 1834 qui reconnaît à la France une autorité sur les côtes septentrionales de l’Afrique, tandis qu’Abd el-Kader possède l’autorité sur l’intérieur des terres sans soumission à la France. Du côté de Louis-Philipe l’absence d’instruction à Desmichels le dispute toujours à l’incertitude. En juillet 1833 une commission d’enquête est constituée pour tenter de sortir de l’impasse, son résultat est des plus ambiguë avec le maintien de la souveraineté Française sur l’ensemble de l’ancienne régence turc, tout en admettant que l’occupation militaire se borne aux villes d’Oran et d’Alger avec leurs avant-postes et les villes de Bougie et d’Oran et décide la nomination d’un gouverneur général chargé de l’administration des possessions françaises dans le nord de l’Afrique. Le premier gouverneur général sera le général Drouet d’Erlon âgée de 69 ans…

En 1835 ; le général Trézel qui commande la division d’Oran tente une action punitive contre Abd el-Kader qui réussit dans un premier temps, mais la colonne trop éloignée de ses bases est surprise sur le chemin du retour au défilé de la Macta, il s’en suit un combat terrible et des pertes élevées. Cet échec énerve fort le sentiment national de la France qui décide de rappeler Clauzel pour châtier Abd El-Kader. Clauzel incarne le choix de la fermeté, et c’est sans doute un tournant dans la gestion des affaires africaines. Le maréchal Clauzel échoue à l’ouest dans sa tentative d’établir un poste fortifié à l’embouchure de la Tafna mais réussi in extremis à occuper complètement Tlemcen en laissant une garnison de 500 hommes sous le commandement de Cavaignac dans la forteresse (Méchouar) qui devrait faire rapidement face aux plus grandes difficultés, tandis que l’apostat mythomane Yusuf est nommé bey de Constantine en février 1836 (il va s’illustrer par sa corruption et sa cruauté…). Bugeaud va conduire sa première campagne africaine en 1836 dans un contexte fortement dégradé, toutefois Abd el Kader affronte pour la première fois les troupes françaises lors d’une bataille rangée le 6 juillet 1836 sur les bords de la Sikkak, bien que Bugeaud présente ce succès français comme une défaite définitive d’Abd El Kader : en effet celui-ci a engagé au moins 7000 hommes et sa réserve, une très importante cavalerie, contre les tirailleurs et les Spahis et le 62ème régiment de ligne commandé par Bugeaud lui-même accompagné de la cavalerie auxiliaire de Mustafa Ben Ismaël : les pertes de l’émir sont considérables face à des troupes disciplinées… Le 2 août 1836 Thomas Bugeaud est promu lieutenant général. Mais cette victoire intervient 2 ans trop tard, et les incertitudes qui continuent à planer sur les objectifs français en Algérie, vont conduire à faire négocier par Bugeaud un traité avec l’émir Abd El Kader, il s’agit du traité de la Tafna signé le 20 mai 1837 et en fait Bugeaud accorde de larges concessions à l’émir : pour une partie il est vrai les concessions accordées sont dues à la félonie des interprètes qui induisent Bugeaud sur le contenu écrit en arabe du texte. Abd El Kader réussit à conclure un traité qui lui reconnait une assez vaste zone d’influence à l’intérieur du territoire, tandis que la souveraineté politique de la France conserve une emprise côtière incontestée au détriment d’une profondeur limitée dans le territoire. Bugeaud se retrouve très brutalement contesté et doit adopter une position défensive très difficile dans laquelle il indique « qu’une paix vaut mieux qu’une guerre mal faite », le général estime non sans raison que les moyens militaires d’une conquête complète ne sont pas disponibles en 1837, il s’en suit une affaire sordide qui fait apparaître que le général Bugeaud aurait accepté une sorte de pots de vin liés à la conclusion de la paix de la part d’un négociant espagnol qui avait de gros intérêts dans l’issu pacifique de cette affaire : Bugeaud est durablement discrédité et restera à l’écart des affaires africaines jusqu’en janvier 1840. C’est finalement un casus belli déclenché par le maréchal Valée par le franchissement des Portes des Fer qui relance le conflit avec Abd El Kader et rend nécessaire le recours à Bugeaud. Après avoir été longtemps l’adversaire d’une annexion des territoires africains de la régence d’Alger, Bugeaud devient le prometteur d’une conquête absolue : « Oui à mon avis la possession d’Alger est une faute, mais puisque vous voulez la faire il faut que vous la fassiez grandement ». Au moins Bugeaud est un homme qui assume ses opinions et il met au point un système de guerre pour la conquête qui va être basé sur la mobilité de cinq à six colonnes capables de parcourir le pays en tous sens : le processus va être impitoyable les colonnes assez puissantes pour être rapide, mais pas assez faibles pour être vaincues vont avoir pour mission de poursuivre les tribus arabes rebelles pour les contraindre à la capitulation ; cette guerre de poursuite doit être doublée par un processus de colonisation militaire avec des colons français ou européens. Bugeaud se propose donc de conduire la conquête de l’Algérie par le glaive et la charrue et finalement, les échecs du maréchal Valée aidant, Bugeaud est nommé le 28 décembre 1840 gouverneur général de l’Algérie. Le processus va être long et rude et il ne s’achèvera que lors de la bataille de L’Isly le 14 août 1844. La chute Abd El Kader se trouve précipité par la prise de sa Smala (capitale itinérante) en mai 1843 par le duc d’Aumale : si le succès est tactique, le coup portée à la crédibilité d’Abd El Kader est rude, et en juillet 1843 Bugeaud reçoit la dignité de maréchal de France et en novembre 1843 il procède à l’exploitation de la prise de la Smala en lançant une traque impitoyable de l’émir, et au cours de cette poursuite le meilleur homme de guerre d’Abd El Kader, Sidi Embarek est tué par une balle du brigadier Gérard et sa tête est coupée. Elle est envoyée à Lamoricière et promené sur la route d’Oran puis exposée trois jours à Miliana pour l’édification des populations… Toutefois, Sidi Embarek est inhumé à Koléa et Bugeaud lui fait rendre les honneurs militaires. Le problème est désormais que l’émir obtient l’asile du sultan du Maroc Moulay Abd Er Rahman, ce qui lui permet de continuer sa lutte contre les Français en prêchant la guerre sainte contre les français auprès des tribus marocaines : les facteurs géopolitiques sont complexes : l’émir souhaite entraîner le Maroc dans une guerre contre la France, tandis que le sultan du Maroc ne paraît guère enthousiaste à cette idée, et laisse l’Angleterre tancer la France sur le refus du principe d’une extension de la France dans le royaume Chérifien : un traité de paix délimitant les frontières sera conclu en 1844 entre la Franc et le Maroc, il s’agit du traité de Tanger, qui met hors la loi Abd El Kader sur le territoire marocain comme en Algérie. Bugeaud va décider d’ignorer les consignes de prudence de Paris et lancer une attaque en territoire marocain, la fameuse bataille de l’Isly qui fera de Bugeaud un duc.

Toutefois, malgré son importance, il faudra une lutte implacable en 1845-1847 pour achever la conquête de l’Algérie, avec la révolte de Bou Masa et cette fois Bugeaud donne l’ordre d’une répression impitoyable à Saint-Arnaud et à Pélissier, ce qui aboutit finalement au massacre des grottes de Dhara. Dans un premier temps Saint Arnaud se vante dans les courriers adressés à son frère du massacre des Kabyles avec une rare complaisance dans la cruauté, ces évènements terribles conduisent à l’enfumage des grottes de Dhara le 19 juin 1845 ou 500 Ouled Riah trouvent la mort : Bugeaud est informé et considère que cet ultime recours était justifié par l’absence d’autre moyen…Au moins il n’a pas l’hypocrisie de ne pas couvrir son subordonné : on peut penser que cette indulgence n’est pas étrangère à un second épisode similaire dont le responsable est Saint-Arnaud le 8 août 1845 ou 500 membres des Shébas trouvent la mort. La période 1846-1847 correspond aux dernières campagnes de Bugeaud en Algérie : 18 colonnes mobiles sont mises en action. Il est utile de rappeler aux bobos que le 27 avril 1846 Abd El Kader fait exécuter 270 prisonniers français : dans la pratique le pouvoir d’Abd el Kader s’effondre cette exécution montre l’opposition entre des fanatiques et des modérés : en France l’opinion publique se déchaîne contre la barbarie de cette guerre africaine, autant contre Bugeaud que contre Abd El Kader…Le 27 février 1847 le lieutenant d‘Abd El Kader en Kabylie, Bou Salem fait sa soumission, puis le 13 avril 1847 Bou Maza, un homme très courageux se rend à Saint-Arnaud : Bugeaud n’estime plus nécessaire de rester en Algérie. Abd El Kader va se rendre lui-même le 23 décembre 1847. Finalement, Bugeaud a vaincu non sans mal, avec des méthodes dures et des faits qui sont moralement condamnables. Mais dans une guerre de guérilla, il était à peu près impossible de vaincre d'une autre manière : dire le contraire c’est faire œuvre de révisionniste. La suite des opérations en Algérie montrera que la conquête n’est pas la pacification d’un pays, et que de toute façon la présence française, sous la forme de départements annexés à la métropole n’était pas crédible, de 1954 à 1962 beaucoup de sang va à nouveau couler. Une bien triste aventure en vérité.


Mortel Sabbat
Mortel Sabbat
par Douglas Preston
Edition : Broché
Prix : EUR 24,00

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5.0 étoiles sur 5 Une grand cru des aventures de l'inspecteur Pendergast, 4 juin 2016
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Dans cet opus très bien écrit, Pendergast est assisté par la charmante Constance Green, sa protégée. Au départ on pense être sur une histoire assez banale de vol d'une collection de vins rares, mais finalement l'histoire est très compliqué, et elle va conduire Pendergast à enquêter sur une épouvantable affaire vieille de 130 ans : le scénario est sur un point précis très poche du film de John Carpenter "Fog", une histoire sordide est enfouie profondément dans une communauté de pécheurs et pour tout dire c'est une histoire cruelle ou la rapacité le dispute à la méchanceté. Le ressort très particulier de cet ouvrage est d'avoir imbriqué deux énigmes connexes, dont chose très rare l'une des histoires est liée à un authentique culte satanique... Parvenu au 2/3 de l'ouvrage, l'histoire est relancée d'une manière incroyablement puissante et c'est sans doute l'une des aventures les plus gore de la série des Pendergast pourtant fertile en sinistres histoires. L'inspecteur Pendergast devra utiliser toute les ressources physiques qu'il possède pour affronter un être littéralement démoniaque et à nouveau les auteurs procèdent à l'incertion d'un pitch inattendue qui semble préfigurer une suite absolument passionnante. C'est un très bon livre ami l'ecteur, je l'ai lu en quelques heures d'intense jubilation!!!!


Une petite ville nazie
Une petite ville nazie
par William S. Allen
Edition : Poche
Prix : EUR 10,50

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage capital pour comprendre la montée en puissance du nazisme et ses ressorts sociétaux, 5 mai 2016
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L’ouvrage « une petite ville nazie » de William Sheridan Allen est probablement l‘un des ouvrages les plus important jamais écrit en matière d’analyse de science politique et historique du nazisme. En ce qui me concerne, je le considère comme un classique indémodable, certes complété par les travaux de sociologie électorale du grand Ian Kershaw, mais pour autant l’ouvrage d’Allen demeure à ce jour un ouvrage d’une qualité d’analyse et d’une densité d’information. L’auteur étudie la montée en puissance du nazisme dans une petite ville au nom fictif de Thalburg, dont Alfred Grosser dans sa remarquable préface indique qu’il s’agit en fait de Northeim en Basse-Saxe, lidentité de la ville ayant été divulguée dans la fièvre qui suivie la publication de l’ouvrage de William Allen, par le quotidien Der Spiegel. Bien que cet ouvrage paraisse ardu, il s’agit en fait d’un ouvrage passionnant qu’il est impossible de reposer avant de l’avoir entièrement lu. La partie qui décrit les composants sociologiques de Thalburg est la plus difficile à lire, mais ensuite pour peu que l’on éprouve un réel intérêt pour l’histoire du nazisme on est en présence d’un véritable polar historique.

La thèse de l’auteur est extrêmement simple, en montrant l’agonie de la démocratie dans une petite ville au cours des dernières années de la République de Weimar, son objectif est de montrer que les mesures prises par les nazis sur le plan local ont joué un rôle capital dans l’établissement d’un régime totalitaire en Allemagne et que la réussite de Hitler doit beaucoup à l’efficacité du système nazi à la base et particulièrement aux échelons urbains. L’auteur est conscient des limites intrinsèques de sa méthode en sélectionnant une seule ville, car il est impossible de certifier que la ville choisie est strictement identique à d’autres villes allemandes de la même époque. William Allen indique dans sa préface que la ville étudiée est moins industrialisée, mais plus fortement bourgeoise et plus résolument luthérienne que les autres villes allemandes, et que ces caractéristiques expliquent peut être pourquoi Thalburg fut plus rapidement et profondément nazifiée.

Thalburg se présent comme une petite ville de 10 000 habitants sous la république de Weimar, soit une ville comme il en existait un millier à cette époque et ou un allemand sur 7 habitait dans l’une d’elle. Bien que la défaite de 1918 fut vécue comme un évènement cruel et incompréhensible, entraînant la disparition d’un mode de vie, toutefois la révolution de 1918 se fit en douceur à Thalburg, les soldats s’arrangeant à l’amiable avec leurs officiers, mais le soviet local des travailleurs et des soldats conduit à la démission le commandant de la garnison de Thalburg et l’armée se retire de la ville en 1920 : cet évènement va déclencher une puissante poussée nationaliste, qui fait que Thalburg devient en quelque sorte par réaction le siège de la virulente organisation de droite Jung Deutsches Orden se qui va conduire à une caractéristique récurrente de la vie politique à Thalburg un combat de rue entre les socialistes et la droite nationaliste. La récurrence des combats de vue, des injures publiques des agressions physiques, et le militarisme des Thalburgeois est un élément qui est régulièrement point du doigt dans l’ouvrage. Une chose est claire, il paraît certain que cette violence mal contenue était le symptôme d’une absence de culture démocratique, aussi bien pour les nationalistes qui disposait de leur milice le casque d’acier, auquel répondait la formation paramilitaire du SPD le Reichsbanner, et finalement les sections d’assauts des nazies (SA) : on constate donc que la possession d’un service d’ordre plus que musclé par les nazis n’était pas une particularité intrinsèque de leur mouvement, à partir du moment où la violence physique était une composante à part entière de la culture politique allemande sou la république de Weimar.

Sur le plan de la sociologie électorale, les élections présidentielles voient l’apparition en 1925 d’un clivage électorale très classique, qui par lui-même n’explique rien sur la prise du pouvoir ultérieur par les nazis, puisque Hindenburg obtint 3375 voix et le candidat socialiste 2080, les communistes recevant la portion congrue avec 19 voix.

Sur le plan confessionnel les thalbourgeois étaient luthérien à 86% et seulement 6% étaient catholiques : la forte proportion de luthérien semble être un élément qui à faciliter la montée en puissance du nazisme par une sorte de moindre antipathie que dans le cas du catholicisme : cette donnée doit être interprétée avec prudence, les nazis ayant excessivement tirés parti de la crédulité des thalbourgeois en se présentant en défenseur de l’église face à l’athéisme du SPD et des communistes…

Quand on connaît le caractère foncièrement antichrétien du nazisme, cela porte à sourire, mais surtout à conclure que les nazis disposaient d’un remarquable outil de propagande qui était capable se formater en fonction des conditions socio-politiques locales.

Sur le plan professionnel, la cité se présentait comme une ville administrative, une ville de fonctionnaire avec un tiers de ses 7000 adultes travaillant dans la fonction publique : la stabilité de l’emploi et une certaine dépendance à l’égard de l’état étaient donc un facteur connu et une chose commune.

La crise économique commença en 1930 et ses effets étaient peine perceptibles à Thalburg. L’examen détaillé des catégories socio-professionnelles par William Allen conduit à penser que la ville disposait d’une petite bourgeoise extrêmement forte, et selon Allen il s’agissait de la matière première à partir de laquelle Hitler a fabriqué son mouvement.

L’auteur note l’existence d’un très grand nombre d’associations, qui bien qu’elles fussent théoriquement apolitique possédait une puissante fibre nationaliste (jusqu’au club d’horticulture).

La presse était représentée par trois journaux d’obédience politique très variée : le Gräfische qui était au service de l’Allemagne nationaliste avec un directeur qui appartenait à l’aile droite du parti nationaliste allemand ; le second était le Volksblatt qui était un organe du parti social-démocrate (SPD) : s’était surtout une feuille à scandale qui attaquait violement l’opposition politique, l’imprimerie du Volksblatt imprimait aussi la feuille hebdomadaire du Reichsbanner : ces deux journaux titraient respectivement à 2000 et 3000 unités ; enfin le parti nazi se manifesta par un journal apparu au cours de l’été 1931 le Hört Hört, qui étaient sans doute le pire exemple d’une presse de caniveau remplie de calomnie. Le troisième et dernier journal de Thalburg le Thalburger Neueste Nachrichten avait un propriétaire issu du parti du peuple, il était un journal généralement plus complet et plus exact que les autres : il possédait une nette coloration bourgeoise et le principal souci de ses éditoriaux était que la cité fut gérée comme une affaire, il tirait à 4000 exemplaires.

Donc au total, Thalburg donne l’impression d’être une entité saine et bien gérée mais avec des clivages de classe sociale dans pratiquement tous les domaines.

L’irruption du nazisme dans la vie politique de Thalburg va se faire à compter de 1930 en raison de la crise mondiale, bien que l’auteur montre qu’en réalité l’impact de la crise fut des plus limités pour les thalbourgeois, avec même un accroissement des dépôts à la caisse d’épargne, ceux-ci étaient obnubilé par les conséquences possibles de la crise : crainte d’un déclassement et d’une paupérisation des classes moyennes qui les conduisit à prêter l’oreille à la propagande du NDSAP, même si par ailleurs à cette époque, les thalbourgeois auraient eu la plus grande difficulté. Paradoxalement, le nazi le plus connu de Thalburg était aussi un homme très aimé de ces concitoyens, il s’agissait du propriétaire d’une librairie, Walter Timmerlah qui était devenu un admirateur des théories racistes de Houston Stewart Chamberlain et s’était rangé derrière la bannière de Hitler après que Chamberlain en ait dit le plus grand bien… Timmerlah était aussi une figure importante de l’église luthérienne, il était donc une personne dont l’adhésion au nazisme pouvait servir de caution morale et intellectuelle à de nombreuses personnes.

Pour Walter Timmerlah, et pour les petits bourgeois de Thalburg, le parti nazi était essentiellement un parti antimarxiste, à Thalburg même l’idéologie antisémite des nazis ne trouva jamais réellement d’écho favorable, c’est pourquoi les nazis adaptèrent leur offre idéologique à la défense des valeurs bourgeoises, y compris dans le domaine de la religion : ils devenaient ainsi les protecteurs de l’église luthérienne contre les « rouges ». Et c’est justement là qu’il faut bien comprendre un élément centrale de l’ouvrage de William Allen, pour les bourgeois de Thalburg, les rouges n’étaient pas les communistes (certes honnis) mais surtout le SPD qui incarnait alors tout ce que les nostalgiques de l’Allemagne d’avant 1918 pouvait ailleurs.

L’ouvrage de William Allen montre quels sont les artifices qui permirent aux nazis de s’imposer à Thalburg et se faisant dans toute l’Allemagne, avec des variations sociologiques locales. Les nazis mirent en branle une formidable organisation, très bien structuré et avec une propagande souple et puissante : si les combats de rue conduits par les SA furent un élément notable pour la conquête du pouvoir, il est impossible de réduire l’action des nazis à de tels évènements : leur véritable force était d’apparaitre comme un mouvement jeune et dynamique décidé à apporter des réponses concrètes aux attentes du peuple allemand notamment en matière d’emploi.

La prise de pouvoir des nazis est remarquablement décrite, avec un purge systématique du corps social, l’interdiction des syndicats remplacés par le Front national socialiste du travail ; une intimidation de plus en plus puissante à l’égard des sociaux-démocrates : perquisitions conduites par des SA, détention provisoire, menace terrifiante d’une déportation dans un camp de concentration ; perte des emplois de valeur, pour accepter sous la contrainte des emplois très durs et peux rémunérés. En outre, on assiste à l’instauration d’une sorte de terreur douce, ou chacun soupçonne son voisin d’être un délateur au service de la Gestapo, même si comme le montre l’auteur ; il existait à Thalburg un seul personnage peu recommandable appartenant à cet instance redoutée.

L’atomisation du corps social et l’accaparement de tous les pouvoirs au niveau local démontre que c’est ce quadrillage politique de base qui fit du nazisme un mouvement politique totalitaire aussi puissant et aussi durable.

Ensuite, il faut bien le reconnaître, l’édile nazi qui devint maire de Thalburg même s’il était foncièrement un minable et un homme fait de sac et de corde a beaucoup fait pour le plein emploi dans sa ville, très rapidement, sans scrupules en reprenant des propositions de grands travaux émanant, avant la victoire des nazis, du SPD dont les efforts de redressement économiques. En outre, il fit beaucoup pour localiser à Thalburg de nouvelles activités militaires qui venaient grossir les capacités économique de la ville. Des travaux d’embellissement somptueux firent de Thalburg une petite cité sertie dans un écrin de verdure.

L’exemple de Thalburg est particulièrement instructif et inquiétant selon l’auteur, et je partage en tout point son analyse, car il montre que la montée en puissance d’un mouvement totalitaire comme le nazisme, auprès de gens normaux est une chose assez facile, et de poser la question : y aurait-il un jour un nouveau Thalburg avec une même configuration sociologique et une même conquête totalitaire du pouvoir, dans un futur proche ou éloigné : la montée en puissance des mouvements nationaux-populistes en Allemagne et en Autriche pose en 2016 cette question lancinante avec acuité.


Attila
Attila
par Marcel Brion
Edition : Poche
Prix : EUR 9,00

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5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage d'une remarquable qualité littéraire, 6 avril 2016
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Dans son ouvrage Attila Marcel Brion se livre à un formidable travail rédactionnel, c’est un prosateur d’un immense talent, qui n’est pas sans rappeler les biographies écrites par Jacques Benoist-Méchin (dont je rappelle au passage l’immonde passé de collaborateur avec l’Allemagne nazie). Les références historiques utilisées par Brion son assez anciennes et l’on pourrait dire qu’elles sont partiellement obsolète par rapport à l’état de la recherche historiographique : pour autant je balaye d’un revers de manche cette objection et j’estime que les passionnés peuvent s’autoriser sans restriction le plaisir coupable autant que jubilatoire de la lecture de la prose de Marcel Brion.

Brion part d’un terrible constat, le déclin de Rome : « Les grandes années de Rome étaient finies. La Nation qui avait fait trembler l’univers n’était plus qu’un amas de bureaucrate tatillons, d’eunuques intrigants de généraux sans caractère, d’aventuriers, d’évêques hérétiques ». Quel malheur qu’il n’y ait point un Brion pour traiter les dix dernières années de notre Vème république agonisante : on discerne néanmoins des points communs qui font que cette phrase est merveilleuse…. Toujours est-il que Rome était menacée chaque jour un peu plus par un terrible barbare Radagaise qui avait fait le serment de tuer 2 millions de romains et comme il était un homme de parole on s’attendait à un doublement de ce chiffre et les Romains désespérés avaient confié leur défense à des barbares, des Wisigoths avec leur roi Sarus mais aussi à des hommes qu’ils redoutaient par-dessus tous des Huns disposant d’une formidable cavalerie, Sarus et le roi hun Huldin sous la direction magistrale de Stilicon jouèrent un rôle déterminant dans la destruction des forces de Radagaise qui fut finalement décapité…Les Huns constituaient déjà une force considérable, on estime qu’en 374, partis depuis un temps indéterminé de l’Asie Centrale, après avoir échoué à surmonter l’obstacle de la Muraille de Chine, étaient arrivés dans la Volga qu’ils avaient franchi après quoi ils traversèrent le Dniestr et le Prut. Toujours est-il que Huldin eu les honneurs de la cour de l’empereur Honorius et que parmi les grands personnages de l’empire il distingua un groupe de jeunes gens qui étaient des otages, dont les mouvements se limitaient au palais, mais qui recevait une éducation de la part de précepteurs qui enseignaient le latin et les mœurs romaines : parmi eux figurait un personnage singulier le fils du roi des Huns Mundzuk, Attila. Cette pratique des échanges d’otages étaient courante pour la diplomatie romaine : au hasard des trocs politiques Roua le roi des Huns envoya comme otage Attila à la cour d’Honorius et reçu en échange un jeune noble originaire de Pannonie Aetius. L’alliance des Huns et des Romains était par nature une situation louche et précaire. Il est vrai que Rome déjà scindé en deux devait équilibrer ses ennemis par des alliances et maintenir assez d’opposition entre ceux-ci pour les empêcher de s’unir contre Rome. Toutefois, cette politique habile et intrigante possédait des limites : l’empire d’Orient (Constantinople) surveillait attentivement les mouvements des Huns et décida de conclure une alliance avec Roua, avec une solde annuelle payée en or et des arrangements territoriaux qui abandonnait la rive septentrionale du Danube : en contrepartie une armée hunnique partie pour Constantinople et une seconde commandée par Huldin fut envoyée en Italie, ainsi divisés les Huns cessaient être inquiétants pour l’Empire Romain et c’est cette action qui conduisit Roua à envoyer Attila à la cour d’Honorius.

Attila naquit vers 395 dans un des chariots de la Horde qui campait à cette époque dans la plaine danubienne, le nom Attila pourrait être dérivé de celui de la Volga qui était « petit père », mais que le nom pourrait aussi avoir comme étymologie le mot fer. Sur la mode des vies parallèles Brion indique qu’à la même époque naissait à Durostrorum en Silestrie une province panonnienne soumise aux Romains dans la famille du maître de la milice provinciale, un fils qui fut nommé Aetius. Les deux hommes qui allaient s’affronter dans la terrible bataille des champs catalauniques naquirent à la même époque, furent amis dans leur jeunesse, le premier allait devenir le cavalier asiatique chef des hordes prêtent à submerger l’Europe, tandis que le second fut qualifié par Stilicon « de dernier des Romains », général et sénateur romain qui allait être la clef de voute de l’empire, le bouclier de l’occident contre l’invasion orientale.

Attila fut envoyé en otage auprès de l’Empire Romain après la mort de son père par ses oncles qui voyaient en lui un possible rival et pensaient que la cour romaine aurait des effets émollients sur le jeune homme et qu’il reviendrait docile et dépourvu d’ambition. Il faut dire que depuis Balamir qui avait conduit les Huns en Europe, la politiques des chefs Huns avait toujours manquée de cohérence : ils se contentaient de petits succès obtenus sans peine tant le nom des Huns suscitait l’épouvante sur les peuples de l’Orient et de l’Occident. Bien sûr ils convoitaient la richesse de Rome et de Constantinople, mais ils n’avaient gardé aucune relation avec les Huns d’Asie qui de leur côté continuaient à tenter de s’infiltrer dans l’Empire chinois.

Lors de son séjour à Rome Brion décrit Attila comme une personne d’apparence frustre, mais doté d’une formidable capacité d’observation de la vie publique : il s’agit donc d’un homme intelligent à mille lieux des images d’Epinal en faisant un barbare (bien qu’il sut ultérieurement tirer le meilleur parti de cette réputation…). Attila fut rapidement au fait de toutes les faiblesses de l’Empire militaires et financières et voua un suprême mépris aux chefs huns qui louaient leurs services à l’empire. Selon Marcel Brion Attila envisageait déjà un vaste programme de conquêtes militaires qui ne permettait plus à un seul Hun de service de supplétif dans l’armée romaine : toutes les forces hunniques reviendraient à la nation et après avoir refait l’unité de son peuple il écraserait Rome et Byzance, puis prendrait la Perse et l’Inde pour finir par un triomphe dans l’Empire du Milieu.

Son adversaire principal, Aetius était un homme à la carrière surprenante, s’était un homme que Rome adulait tantôt, pour mieux le bannir comblé d’honneur et pourtant c’est un homme qui dans les moments de grands périls ne connaissait qu’un maître l’Empire. Son père était un Germain de Pannonie, maître de la milice et comte d’Afrique selon Brion qui fut tué en Gaule lors d’une révolte de soldats, par sa mère il descendait d’une noble et riche famille Romaine : lorsque l’Empire chercha la neutralité d’Alaric il fut envoyé trois ans auprès du roi des Goths, et lorsque Rome chercha des alliés chez les Huns il fut envoyé à la capitale danubienne de ceux-ci, il se lia d’amitié avec Roua et il fit connaissance avec Attila. Son amitié avec Roua continua à jouer un rôle dans la diplomatie de Rome vis-à-vis des Huns. Afin de tenter de consolider l’Empire en voie de délitement, Aetius décida de soutenir Johannes l’Usurpateur, en qui il vit un maître capable de balayer les vils courtisans de Rome et de Constantinople. Dans cette aventure il obtint le soutien militaire de Roua, mais appris finalement la mort de l’Usurpateur battu par Aspar, avec pour nouvel empereur Valentinien III sous la tutelle de sa mère Placidie.

En 428-429 les Vandales passèrent en Afrique avec 500 000 guerriers pour une population totale de probablement 2 millions de sujets. Pendant ce temps Aetius était occupé à combattre les soulèvements de Wisigoths, mais pendant ce temps Bonifacius pris de remords ou mal récompensé s’étaient retourné contre les vandales et fortifiés dans la ville de Carthage et tentait de rassembler les forces romaines pour tenter de réparer l’acte criminel qui avait ouvert les portes de l’Afrique à Giseric : en réalité la fin fut désastreuse pour Rome qui perdait son empire africain fut pourtant accueillie avec joie par les ennemis d’Aetius et c’est Bonifacius qui fut plébiscité comme un héros pour avoir sauvé quelques villages sans valeur. Pendant que les honneurs du triomphe furent refusés à Aetius pour ses victoires sur les Wisigoths, Bonifacius fut fait patrice… Sans qu’il y ait nulle certitude, une rencontre fortuite entre Aetius et son escorte et celle du ministre félon eut lieu et Bonifacius fut tué sans que l’on connaisse les circonstances exactes de l‘incident. Bien sûr Placidie blâma Aetius qui faisait figure de coupable idéal et déplora la mort de Bonifacius en désignant son fils Sebastianus qu’elle nomma « protecteur de Rome ». Devant la tournure de la situation, Aetius fut contraint de fuir et se réfugie auprès du roi Hun Roua, ce dernier conscient de la valeur morale et militaire de Aetius lui proposa de marcher avec lui et de chasser tous les intrigants de la cour de Ravenne qui avait remplacé Rome. La rencontre avec le prétendu « protecteur de l’Empire » se termina rapidement par la fuite de ce dernier. Placidie effrayée décida de démettre le général incapable, et manifesta la satisfaction de l’Empire à Aetius.

La situation dont hérita le « dernier romain » était catastrophique, l’empire d’occident était entouré d’ennemis et ne pouvait apporter aucun secours à Constantinople : les Burgondes restaient menaçant, les Bretons proclamaient leur indépendance, les Suèves avaient toujours des intentions indéterminées pour le moins…et les Wisigoths continuaient à s’agiter, tandis qu’en Gaule une révolte des paysans devenait inquiétante, finalement dans le contentieux qui opposa Constantinople aux Huns, Aetius conseilla à l’empereur Théodose de négocier avec souplesse avec Roua dont il connaissait la nature conciliante. Malheureusement, les ambassadeurs impériaux apprirent la mort de Roua et furent mis en présence de son successeur Attila. Et les ambassadeurs découvrirent un personnage d’une toute autre envergure, à la voix dure et net dans laquelle transparaissait « l’orgueil et la certitude de vaincre ». Le nouveau souverain des Huns exigeait de l’empereur d’orient des conditions drastiques : Constantinople devait retirer son appui aux tribus danubiennes rebelles, les déserteurs huns présents sur le territoire de l’empire seraient extradés, de même que les prisonniers romains qui s’étaient évadés, ou à défaut paiement d’une somme de 8 pièces d’or pour chacun d’eux, enfin l’empereur s’engageait, par serment, à ne jamais prêter assistance aux ennemis des Huns, et pour aggraver les choses Attila portait unilatéralement à 700 livres d’or le tribut que Roua et Théodose II avaient fixé à 350.

L’empereur Théodose fut furieux des termes du nouveau traité et accabla de reproches les négociateurs, la nouvelle du regrettable nouveau traité parvint à Rome et inquiéta fort Aetius qui connaissait la force des Huns et le danger qu’ils représentaient pour l’Europe toute entière si un chef parvenait à fédérer toutes les tribus, et savait que cet homme pouvait être Attila. Les ambassadeurs avaient dû livrer sur le champ deux transfuges, deux officiers à la solde de Constantinople qu’Attila fit immédiatement crucifier…Après le départ des ambassadeurs Attila devait mettre un peu d’ordre dans ses affaires, la route vers le pouvoir était libre après le décès de Roua, son principal concurrent eut été Bleda, mais c’était un sot qui ne pensait qu’à boire et à chasser et ne pouvait point l’embarrasser. Aebarse régnait sur les Huns du Caucase, et Rome était empêtrée dans des guerres extérieures et les révoltes des Bagaudes, tandis que Constantinople était pour l’instant rendu inoffensive par le traité de Margus. Attila pouvait donc se concentrer sur la reconstitution de l’empire hunnique, ce qui en soit n’était pas une mince tâche et nécessitait un chef aussi impitoyable qu’habile… Ce qui était le cas, même si l’aspect impitoyable fut toujours exagéré pour la plus grande satisfaction d’Attila lui-même qui se félicitait des rumeurs sur son compte. Son objectif réel et concret était la conquête de l’Europe, puis avec les trésors de Rome et de Constantinople il pourrait alors se jeter sur la Perse l’Inde et la Chine, avec probablement comme l’écrit Marcel Brion la volonté de devenir le roi du monde entier des colonnes d’Hercules à la mer de Chine en passant par l’Afrique : un très vaste programme que beaucoup de conquérants militaires vont avoir en tête sous des formes modernisées jusqu’au XXème siècle.

A contrario bien sûr se trouvait la politique d’Aetius qui visait avant toute chose à contrarier la politique d’Attila en travaillant à diviser les Huns et en attisant la jalousie d’Aebarse. Aux termes de différentes intrigues et de conflit parfois sanglant (mais beaucoup moins que la légende noire le prétend) Attila parvient à ses fins ; certes la mort a priori accidentelle de son frère Bleda est présentée comme ayant été provoquée par Attila et Rome fait tout pour propager cette interprétation des faits. Attila avait négocié avec les chinois de manière à obtenir une paix lui permettant de concentrer les moyens de la nation hunnique contre l’occident. Un prétexte fallacieux (pillage de tombes) fut utilisé par Attila pour chercher querelle à l’empereur d’orient : Théodose manquait d’argent et fit appel à l’empereur de Rome, mais valentinien avait fort à fair et ne pouvait pas distraire ses cohortes, Giseric avait attaqué la Sicile en 437 et les quelques villes que Rome possédait encore sur le littoral africain étaient prises par les Vandales. Giseric était désormais conseillé par le lâche Sebastanius battu par Aetius et dirigeait la lutte contre les possessions romaines d’Afrique.

Toutefois la poussée hunnique engagée, les deux empereurs devaient être beaucoup plus vigilant, des querelles intestines opposant Attila à des adversaires qui s’opposaient à lui pour son non-respect de la tradition. Toutefois, si par son travail obstiné Attila avait réussi à recréer une nation hunnique et disposait d’une armée puissante il lui manquait les capacités de financement nécessaires à la vaste campagne militaire qu’il envisageait. La politique financière des rois huns antérieurs avait conduit à servir Rome et Constantinople et à recevoir des tributs et à défendre les intérêts de l’Empire, toutefois cet empire déliquescent commençait à devenir mauvais payeur et Attila pu exciper d’un paiement non versé pour envahir le territoire de l’Empire d’Occident en souhaitant effrayer Théodose pour obtenir plus d’argent. Marcel Brion insiste bien sur le fait qu’Attila n’aimait pas la guerre qui ne devait intervenir qu’après avoir épuisé les ruses de la diplomatie : Attila ne participait jamais aux combats et préférait agir personnellement lors de longues négociations. Pour Attila et contrairement à une légende tenace il fallait tuer peu et de manière utile pour terroriser un ennemi en donnant la publicité nécessaire à un massacrer ponctuel qui par la déformation des faits deviendrait une action systématique dans l’esprit des hommes. Le titre de fléau de dieu lui fut octroyé par un ermite gaulois dont l’histoire ne dit pas s’il avait puisé son inspiration dans la cervoise ou le vin : Attila en fut enchanté et estima que ce surnom faisait plus pour lui qu’une nouvelle armée de 100 000 hommes. Attila trouva l’empire d’orient capable de résister à minima, mais à partir du moment où il parvint aux Thermopyles après la destruction de 70 villes, l’empire d’Orient était disposer à avaler les couleuvres qu’Attila avait préparé sous forme d’un nouveau tribut annuel de 2000 pièces d’or : l’empereur Théodose II était entouré par un grand eunuque méprisable qui avait dû payer une fortune pour obtenir le titre envié de porte-épée, Chrysaphius. Mais cela n’est qu’une étape d’un long processus de déliquescence de l’Empire, et finalement c’est la perfidie et la faiblesse de l’Empire d’Orient lors de longues tractations diplomatiques avec la nation hunnique qui donna l’occasion à Attila d’estimer qu’il lui était possible d’écraser l’Empire Romain. Le 28 juillet 450, on estime que c’est la mort de l’empereur Théodose qui décida Attila à attaquer l’empire d’Orient et au mois de janvier 451 l’armée hunnique apparut sur le Rhin. Mais du côté de l’empire d’Occident, Attila possédait un redoutable adversaire en la personne d’Aetius qui mis toute son énergie en branle pour compléter les légions romaines avec des alliés sous contrôle, de ce point de vue les Wisigoths étaient particulièrement important pour la combinatoire militaire du général et sénateur Romain qui obtiendra ce résultat au terme de moult tractations diplomatiques. Il était plus que temps puisque les Huns galopaient désormais vers la champagne. Finalement le très opportuniste Mérovée décide de rejoindre les forces impériales à la tête des Francs saliens et seront rejoints par les Gépides : les Huns s’enfuient d’Orléans dont ils ont massacré la population, le dispositif est fortement alcoolisé et place Attila en difficulté face à l’arrivé d’Aetius. Les Huns quittent donc Orléans et son poursuivit : Attila est de plus en plus inquiet il sait qu’il n’est pas un grand général et qu’il est surtout un excellent diplomate et un politique qui ose tout mais il commence à douter de faire triompher une horde impressionnante mais désordonnée face à une armée romaine qui conserve encore sa suprématie en matière d’art de la guerre.

La rencontre militaire a donc lieu près de Chalons sur les fameux champs catalauniques : les soldats latins et Francs luttent sans merci contre des adversaires dont ils n’attendent aucune mansuétude : l’armement rudimentaire d’es Huns marque le pas lors du corps à corps, l’armée romaine et ses soccii avance en rang serrés et Attila n’a pas la capacité de disloquer cette puissante formation, sont échec est complet : le bilan en termes de pertes humaines est catastrophique on dénombre selon les sources 300 000 morts ; Attila croit un moment que Aetius a été tué au cours des combats : mais c’est une erreur, ou plutôt une confusion avec la mort du chef des Wisigoths. L’échec d’Attila est un échec diplomatique : il n’est pas parvenu à dissocier les ennemis théoriques de Rome de servir aux côtés d’Aetius mais aussi une défaite militaire considérable : en tant que réformateur militaire Attila est pleinement conscient d’avoir été incapable d’amener la horde de son peuple au niveau d’excellence des Romains : il ne désespère pourtant pas et espère toujours à 60 ans avoir le temps de mener à bien cette réforme décisive…Aetius ne s’attendait pas à grand-chose de la part de la cour de Ravenne, mais désormais on le suscpect d’avoir pactisé avec les Huns… Aetius dont on disait qu’il était le dernier Romain, sera finalement assassiné par l’Empereur pour lequel il a tant fait, tandis qu’Attila poursuivant toujours ses chimères d’empire hunnique et de réformes militaires trouvera la mort probablement empoisonné…

La note finale, est que définitivement les peuples quel qu’ils soient n’ont aucune gratitude pour les grands hommes, et ce qui valait dans l’antiquité est toujours vrai de nos jours : mais il y a de moins en moins de grands hommes.


Le Terrifiant secret: La «solution finale» et l'information étouffée
Le Terrifiant secret: La «solution finale» et l'information étouffée
par Walter Laqueur
Edition : Broché
Prix : EUR 18,80

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5.0 étoiles sur 5 Un maître ouvrage : une information abondante ne fut pas comprise; tous les gens savaient, 16 mars 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Terrifiant secret: La «solution finale» et l'information étouffée (Broché)
L'ouvrage célèbre de Walter Laqueur « le terrifiant secret : la solution finale et l'information étouffée » a été publié pour la première fois aux éditions Gallimard en 1981 avec une réédition en 2010. Cette recension traite de la seconde édition qui n'a pas évoluée selon les informations figurant dans l'introduction rédigée par l'auteur pour la dernière publication. Walter Laqueur indique que s'il était impossible de reprocher à de petites communautés juives isolées de ne pas avoir opposé plus de résistance aux bourreaux nazis, puisque des millions de prisonniers de guerre russes étaient mort sans résistance majeure' En revanche, la question selon Laqueur devient plus sévère lorsqu'il est question des gouvernants anglais et américain après les années 1941-1942 (cela rejoint les préoccupations énoncées dans le Livre noir des juifs de Pologne dont j'ai effectué la recension) quand les armées nazies étaient trop puissantes pour tenter d'empêcher les massacres de masse. En revanche, comme le note l'auteur en 1943-1944, les voies ferrées menant à Auschwitz et même certains centres de mise à mort auraient pu être bombardées : mais cela n'advint jamais. L'horrible vérité est selon Walter Laqueur que « pour les gouvernements alliés, le sort des juifs n'était qu'une note de bas de page, ennuyeuse et sans grande importance, à l'effort de guerre » : c'est sordide, mais le contenu très explicite du Livre noir des Juifs de Pologne de 1943 et le témoignage de Jan Karski témoignent du fait que l'essentiel, si ce n'est la totalité des crimes accomplis étaient connus des alliées. L'auteur cite le cas tragique, parmi bien d'autre, des juifs des îles de Rhodes et de Kos occupées par les allemands en méditerranée orientale et constate qu'en juillet 1944 alors même que le monde entier était informé des massacres, ces juifs auraient pu être facilement sauvés, car la déportation de ces populations s'effectua par voie maritime puis par train à destination d'Auschwitz : une petite canonnière britannique envoyée de Chypre aurait sans doute été en mesure de stopper l'horrible convoi, rien ne fut fait et les juifs de Rhodes furent parmi les derniers à périr dans les chambres à gaz' Dans son introduction émouvante mais sobre Laqueur indique que si « les historiens rechignent si notoirement à parler de Leçons de l'Histoire c'est parce qu'ils savent que chaque situation historique est essentiellement sui generis ».

Le 15 avril 1945, l'horrible secret prend officiellement fin, lorsque des unités d'un régiment antichar britannique entrent à Bergen-Belsen le commandant de cette unité le colonel Taylor laisse un épouvantable témoignage sur un camp de concentration rempli de véritables cadavres vivants : mais Bergen-Belsen n'est même pas un camp de concentration d'extermination, c'est une unité destinée à recevoir des prisonniers malades (Krankenlager) avec pour seul traitement la mort par maladie et inanition. Selon Laqueur le spectacle de Bergen-Belsen était incroyable dans la mesure où l'on disposait depuis trois ans d'informations sur l'existence de camps d'extermination destinés aux juifs et accessoirement aux Tsiganes : le paradoxe c'est qu'alors que les camps d'extermination n'étaient plus en fonctionnement depuis des mois' Ce qui a poussé Walter Laqueur à rédiger ce livre est de savoir quand les juifs et les non-juifs ont été pour la première fois informés de la « solution finale » et par quelles voies ses informations ont été transmises et quelle fut la réaction des personnes concernées. Le travail de Walter Laqueur montre que l'Allemagne ne fut pas un pays totalement clos et qu'en dépit du secret et des faux renseignements la solution finale a été un secret largement divulgué dès le début. L'auteur s'intéresse aussi au traitement cognitif de l'information et postule que pour la cognition « savoir » n'est pas toujours équivalent à « croire ». L'étude de l'ouvrage porte sur la période qui va de juin 1941 à la fin de l'année 1942. Laqueur estime que la conférence de Wannsee ne correspond pas avec le début des meurtres de masse de juifs et que dans les six mois précédant la conférence on peut estimer que plus de 500 000 juifs avaient déjà été exterminés par les Einsatzgruppen et que le premier centre d'extermination, Chelmo, avait commencer à fonctionner. La principale question pour Walter Laqueur est de savoir si les nouvelles étaient étouffées ou non et si on y croyait. L'auteur rejette les assertions constituant à dire que tout le monde aurait dû savoir ce qui se passerait lorsque le fascisme serait au pouvoir : mais ce point de vue n'est pas historique et que le nazisme était un phénomène sans précédent, qu'il n'est pas possible de comprendre seulement par analogie avec le fascisme mussolinien.

Un des freins à a ajouter foi aux déclarations aux informations relatives au génocide en Angleterre, aux Etats-Unis et aussi en Allemagne en raison de la propagande de la première guerre mondiale concernant les atrocités commises par les Allemands, notamment après la violation de la neutralité Belge en 1914, avec notamment des allégations sur l'utilisation des cadavres de soldats pour la production de savon et de glycérine : et ces nouvelles qui étaient pour le moins une déformation monstrueuse de la vérité ont été véhiculées par les meilleures plumes et publiées dans des journaux réputés très sérieux comme le Financial Times et le Daily Telegraph.

Pour Laqueur il est probable que certains lecteurs avaient encore en mémoire ces débordements lorsqu'en juin 1942 le Daily Telegraph fut le premier journal à annoncer que 700 000 juifs avaient été envoyés à la chambre à gaz. C'est pourquoi lorsqu'à la fin de 1941 et en 1942 on n'entendit à nouveau parler de massacres généralisés, de gaz toxiques et de savons fabriqués à partir des cadavres, la tendance générale fut de ne pas ajouter foi à ces bruits. Walter Laqueur considère que bien que l'on ait reproché aux Polonais, aux alliés Occidentaux, aux dirigeants soviétiques au Vatican et à la Croix Rouge d'avoir trahi les juifs : leur but suprême était de gagner la guerre contre Hitler, tous les autres éléments étaient secondaires et en 1942 gagner la guerre n'apparaissait pas comme une sinécure.

Les preuves réunies dans l'ouvrage de Laqueur indiquent que des informations sur la solution finale avaient été reçues dans toutes l'Europe en 1942, même si tous les détails n'étaient pas connus, il en résulte les éléments suivants : 1- le fait qu'Hitler avait expressément donné l'ordre de tuer tous les Juifs ne fut pas connus pendant longtemps : cette décision a été prise peu de temps après la décision d'envahir l'URSS. Dans sa déposition à Nurenberg, Victor Brack qui travaillait à la chancellerie du Reich déclara qu'en mars 1941, ce n'était un secret pour personne dans les hautes sphères du parti que les juifs allaient être exterminés (le journal de Joseph Goebbels contredit cette affirmation et montre que le ministre de la propagande qui était pourtant un proche de Hitler n'a été informé que plus tardivement). Les premières instructions allant dans le sens d'une « solution finale du problème juif » furent données dans une lettre de Goering du 31 juillet 1941 à Reinhard Heydrich et le fait qu'un ordre est été donné par Hitler lui-même ne fut pas connu avant la fin de l'année 1942. On a beaucoup glosé sur l'absence d'un ordre écrit et cela a donné lieu à toute une littérature révisionniste, futile car en fait Hitler donnait rarement des ordres écrits pour le programme d'euthanasie T4 visant les tsiganes et les handicapés et malade mentaux dont la vie ne méritait pas d'être vécu il n'y eu pas d'ordre écrit.

L'ordre de Hitler eut des conséquences pratiques et provoqua la mort de plusieurs millions de personnes et des informations commencèrent à filtrer. Les massacres terribles commis par les Einsatzgruppen en Galicie orientale, en Biélorussie, en Ukraine et dans les pays baltes furent connus presque immédiatement en Allemagne.

L'existence de Belzec et de Treblinka et surtout leur rôle furent connus dans les milieux juifs et non juifs de Varsovie deux semaines après que les chambres à gaz furent entrées en activité : cette nouvelle entraîna le suicide du chef du Judenrat de Varsovie et fut reçue par la presse juive à l'étranger peu de temps après (cf le Livre noir des Juifs de Pologne).

La problématique pour l'auteur est donc de savoir pourquoi tant de faits connus si rapidement par des juifs d'Europe de l'Est laissèrent-elles les gens dans une telle incrédulité ? Parmi toutes les communautés juives, seuls les Slovaques semblent avoir très vite compris quelques-uns des dangers. Les responsables juifs à l'étranger et le public en général (Royaume-Uni, Etats-Unis, Palestine) eurent beaucoup de difficultés à accepter les abondantes preuves de « la solution finale », pour Walter Laqueur c'est une défaillance des capacités intellectuelles qui a conduit à sous-estimer les capacités meurtrières du nazisme (même si après le déclenchement de Barbarossa, les crimes de guerre commis par les nazis dépassaient de loin le cadre de la seule extermination des Juifs') : ces informations furent contrées par « un optimisme déplacé » et par un très fort sentiment d'impuissance : il convient de dire qu'en cas de victoire de l'Afrika Korps sur les Britanniques, un Einsaztgruppe avait été pensé pour liquider le foyer juif de Palestine, mais cette mauvaise intention resta lettre morte du fait de la tournure des évènements militaires, et il en va de même de la volonté personnel d'Heinrich Himmler de déporter la totalité de la communauté sépharade de Tunisie (Cf Peter Longerich Himmler tome 2). La résistance polonaise joua un rôle crucial dans la transmission des nouvelles à l'Ouest et disposait d'un bon réseau de renseignements ainsi que de la possibilité de transmettre ces données à l'étranger par radios à ondes courtes : les éléments majeurs obtenus sur l'entreprise d'extermination nazie atteignirent les milieux juifs à l'étranger grâce à l'action de la résistance polonaise. A la fin de 1942, des millions d'allemands savaient que les juifs avaient disparu, mais très peu de gens s'intéressaient à eux et les discussions sur le sujet étaient fortement déconseillées : l'examen de la question fut écartée pendant toute la durée de la guerre'. Les pays neutres et les organisations internationales comme le Vatican et la Croix Rouge apprirent très tôt la vérité : le Saint-Père n'estima pas pouvoir faire quelque chose pour les juifs qui après tout n'étaient pas des catholiques : toute sa politique fut dominée par la crainte des conséquences que pourrait déclencher l'octroi d'une aide aux juifs et la position de la Croix Rouge internationale fut en gros similaire. Les pays neutres reçurent un volume considérable d'information mais tous les journaux suisses ne firent pas preuve de la même compassion vis-à-vis des israélites et en Suède il existait une consigne consistant à ne pas parler des atrocités' Sur le plan des grandes puissances politiques et militaires, ni les Etats-Unis, ni le Royaume-Uni et Staline non plus ne montrèrent un grand intérêt pour les Juifs (Staline créa néanmoins un Comité antifasciste Juifs : CAJ qui rédigea un livre noir sous la direction d'Ilia Ehrenbourg et de Vassili Grossman, mais à des fins de pure propagande, en outre les membres du CAS connurent un sort tragique dans l'immédiat après-guerre : l'ouvrage est néanmoins un document très intéressant pour les historiens).
A Londres et à Washington, les faits concernant la solution finale furent connus très tôt en particulier des chefs des services secrets et des secrétaires des ministères des affaires étrangères : on ne considéra pas que ces faits ne présentaient pas un grand intérêt !!!! En fait, les éléments connus par les anglo-saxons reposaient sur la conduite de la Marine de guerre Allemande, de la Luftwaffe et de l'Afrika Korps de Rommel : des éléments qui ne permettaient pas d'argumenter en faveur de la conduite d'opérations d'extermination : la nature intrinsèquement perverse su nazisme dépassait les facultés de compréhension de ceux qui obtinrent des informations.

La conclusion de Walter Laqueur est que Mein Kampf et les discours menaçant de Hitler étaient des éléments insuffisants a priori pour démontrer l'existence d'une volonté génocidaire des nazis à l'encontre des juifs et la terminologie bureaucratique « solution de la question juive » pouvait conduire à une relégation forcée dans des ghettos, et ce n'est qu'après le déclenchement de l'opération Barbarossa « qu'il y eut des raisons de penser qu'une grande partie de la communauté juive ne survivrait pas à la guerre ». Si l'information ne manqua pas les capacités à comprendre cette dernière dans son intégralité furent largement défaillantes, y compris au niveau des victimes même, et il y eu une latence considérable entre la prise de connaissance des informations et la prise de conscience (la compréhension) de la signification de « la solution finale de la question juive » accomplie par les hordes hitlériennes.


Le Livre noir des Juifs de Pologne
Le Livre noir des Juifs de Pologne
par Jacob Apenszlak
Edition : Broché
Prix : EUR 25,90

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un document historique d'une très grande valeur documentaire, 15 mars 2016
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« Le livre noir des juifs de Pologne » rédigé sous la direction de Jacob Apenszlak et publié pour la première fois en 1943 est réédité en France en 2013 par Calmann-Lévy avec le soutien du Mémorial de la Shoah. C'est un document de premier plan pour un historien de la seconde guerre mondiale et un document très fort pour un amateur éclairé. Pendant très longtemps il a été présumé que le secret entourant l'extermination des juifs à l'Est avait été entouré du plus grande secret et que les dirigeants des pays luttant comme l'Allemagne nazie l'on appris a posteriori lors de la libération des camps par les soviétiques et les Américains : toutefois la notion de secret des exterminations, si elle existait bien avec des messages codés par le système Enigma avait fait l'objet d'un décodage très précoce par le Royaume-Uni et la France à partir de données fournies par la Pologne : donc en vérité le secret étaient bien éventé, mais il semble évident que les puissances belligérantes ne pouvaient pas distraire leur moyens militaires déjà engagés dans une lutte à mort avec le nazisme pour venir en aide aux juifs : les propositions faites a posteriori de bombardement des camps d'extermination paraissent bien incertain compte tenu de la nature même du régime hitlérien.

Ce que l'on peut dire c'est qu'entre 1939 et 1942 il existait tout de même un grand nombre de sources ouvertes : journaux allemands, presse anglo-saxonne, presse sioniste en Palestine et aux Etats-Unis, presse des pays neutres, qui publiaient des éléments ne laissant aucun doute raisonnable sur la barbarie des hordes hitlériennes à l'encontre des juifs, des polonais et des Slaves en général. Traditionnellement au sein des services de renseignements du type 2ème bureau il existe toujours des cellules de veille qui sont chargées de faire une exploitation des sources ouvertes en pondérant les informations recueillies : de mon point de vue il est hautement improbable que rien de conclusif n'ai été compilé, surtout avec le décodage par Ultra des messages adressés à l'Ordnung Polizei.

Le livre noir de 1943 est une œuvre collective de responsables politiques, d'intellectuels juifs polonais exilés à New York et à Londres. Le livre noir a été publié en octobre 1943 à un moment ou l'Aktion Reinhard touchait à sa fin, le camp de Treblinka finissait d'être démantelé et celui de Sobibor connaissait une révolte qui allait précipiter sa fermeture. On estime qu'à ce moment plus de 85% des victimes de la shoah avaient été exterminés. L'organisateur de cette publication était Jacob Apenszlak, publiciste, journaliste traducteur et militant sionsites, qui vivait à Varsovie avant la guerre et se réfugia à New York en 1940.

Le texte dont je vous propose une recension est essentiellement le chapitre VIII « L'extermination » qui par son contenu et sa déduction de la rationalité hitlérienne reste d'une actualité surprenante et inquiétante. Le texte indique que la ségrégation des juifs par l'enfermement dans des ghettos et la réduction progressive de leurs capacités physiques par la sous-alimentation, l'épuisement de leur force vitale et l'affaiblissement de leur système nerveux par l'humiliation et la terreur ne constituaient pas « la solution finale du problème juif ». Le ghetto n'était pas encore « la voie sans issue » dans laquelle était reléguée la question juive, bien que au cours des premiers mois de 1941 on avait pu penser que d'après certaines déclarations nazies l'existence des juifs de Pologne allait se stabiliser « dans le tréfonds de la misère humaine des ghettos ». Mais cette séparation physique des juifs des « aryens » et des polonais s'est modifié dès le printemps 1941 avec des actes de terreur commis contre les juifs. La terreur et la liquidation relativement lente allait céder la place à une extermination rapide et radicale : la propagande de Joseph Goebbels commença à resserrer l'étau de l'antisémitisme et dans ses discours comme dans ceux d'Hitler et de Rosenberg la prétendue responsabilité des juifs dans la guerre fut signifiée plus clairement. Alfred Rosenberg, l'immonde idéologue anti-chrétien du IIIème Reich et antisémite spasmodique présenta un programme détaillé sur l'évacuation totale des juifs du Reich et de l'Europe, plaçant la question juive au premier plan des problèmes politiques européens. Rosenberg se lança dans une logorrhée mélangeant les théories du complot juif mondial et la prétendue influence juive sur la politique de l'Angleterre et des Etats-Unis. Les discours de Goebbels et les interventions d'Hitler visaient à raviver le vieil antisémitisme protestant présentant les juifs comme une puissance internationale dangereuse tirant les ficelles du monde démocratique : ce qui devient dans l'esprit des nazis « les ploutocrates anglo-saxons enjuivés », avec la mise en accusation d'une nouvelle puissance antiallemande en la personne de l'Etat judéo-bolchevique de l'URSS'Pour l'auteur de ce texte, l'accent mis subitement sur les éléments antijuifs dans la propagande allemande montrait que la stratégie d'Hitler concevait l'évocation de la question juive comme un atout entre ces mains, d'abord dans le cadre d'une offensive diplomatique du printemps 1941 qui avait pour objectif de rallier à la croisade antibolchevique du IIIème Reich l'Angleterre. Puisque les juifs possédaient dans le modèle cognitif hitlérien un rôle majeur via les milieux financiers juifs de la City de Londres, la menace d'un sort terrible pour leurs frères d'Europe de l'Est devait inciter les juifs britanniques à faire pression sur l'opinion publique anglaise et sur le gouvernement de Winston Churchill. Il s'agissait de créer une ambiance propice à la « mission » de Rudolf Hess en Angleterre. Mais cette mission se solda par un échec grotesque et alors le monde juif libre fut associé aux nations unies (les alliés) contre les nazis.

Le 22 juin 1941, les hordes allemandes attaquèrent l'URSS et dès lors les deux spectres voués aux gémonies par Hitler les juifs et les bolcheviques étaient désormais associés par un formidable effort de propagande : il fallait préparer un chantage à l'égard du monde libre, par la menace de faire subir aux juifs toutes sortes de persécutions' Le 16 novembre 1941, dans le journal Das Reich Joseph Goebbels argumenta sur le fait que les juifs souhaitaient entraîner les Etats-Unis dans une guerre contre l'Allemagne ; le ministre de la propagande présenta à ses lecteurs un portait du juif fauteur de guerre « qui sous le nom de Baruch, Morgenthau ou Untermeyer se tient derrière M. Roosevelt afin de l'inciter à faire la guerre »' Le constat est relativement simple : dès le déclenchement de la guerre germano-soviétique les Allemands entreprirent l'extermination de la population juive de Pologne.

L'auteur note que le comportement du gouvernement Polonais en exil à Londres fut exemplaire et que tous les groupes polonais de la résistance ont condamné les monstrueux crimes des nazis.

Ce texte est très intéressant sur le plan historique puisqu'il montre qu'il existait bien une perception d'une stratégie hitlérienne dans la gestion des juifs et comme le suppose de nombreuses études historiques modernes Hitler avait bien l'intention d'utiliser les juifs comme moyen de pression sur les démocraties anglo-saxonne : l'échec de cette stratégie est datée de 1941 avec un commencement d'exécution massif des juifs polonais : sur le plan de la datation de la décision de procédé à l'extermination des juifs d'Europe on retrouve un laps de temps décisionnel qui est exactement celui retenu par l'historiographie moderne, plus ou moins quelques incertitudes sur la datation précise de la décision de tuer en masse les juifs. On peut par ailleurs renvoyer le lecteur au livre classique de Walter Laqueur sur la diffusion et la compréhension de l'information relative à la Shoah : "le terrible secret" dont j'ai effectué une recension.


The Mirror [Blu-ray]
The Mirror [Blu-ray]
DVD ~ Karen Gillan
Prix : EUR 10,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un film d'angoisse parfaitement maîtrisé : un très bon moment en perspective, 14 mars 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : The Mirror [Blu-ray] (Blu-ray)
Je me permet d'écrire cette revue parce que le film (Oculus pour la sortie américaine) fait l'objet sur ce site d'une évidence malveillance dans l'évaluation. Tout d'abord, j'ai regardé ce film à plus de 5 reprises sur un support Blu Ray et je peux attester de sa grande qualité technique ; avec comme toujours un léger plus pour la VO, mais à peine sur ce titre.

Ceux qui veulent à tout prix mesurer la qualité d'un film de genre à l'aune des pitoyables tortureporn n'ont qu'à se vautrer dans cette fange cinématographique : personnellement les deux films que je préfère dans cette mouvance décérébrée est "I spit on your graves" et "la dernière maison sur la gauche" : je considère que c'est une bonne chose pour se vider la tête, mais cela ne peut pas être la majorité des films de genre.

"Mirror" est un film d'angoisse remarquablement construit, qui fait intervenir un jeune garçon qui a été placé en institution psychiatrique pour le meurtre de son père : mais il s'agissait d'un cas de légitime défense avec une mise sous tutelle médicale dans un bon environnement. Le jour de sa majorité légal son médecin traitant propose une sortie du patient avec l'accord de toutes les personnes concernés.

Ce garçon tout à fait normal va rapidement retrouver sa sœur qui n'a pas été placée en institution psychiatrique, et a connu plusieurs familles d’accueil. La jeune femme reste obsédée par l'aspect surnaturel qu'elle attribue à un miroir maudit qui aurait jadis été un élément du mobilier de la résidence royale britannique de Balmoral. La jeune femme a constitué un dossier historique très documenté sur le miroir (miroir Lasserre) et sur le sort tragique de tous ceux qui en ont été les propriétaires.

La jeune femme qui travaille dans une galerie d'art parvient à remettre la main sur le miroir avec l'aide de son époux et décide de le réinstaller dans l'ancienne maison de ses parents pour s'y livrer à des expériences avec mesure de température, surveillance vidéo, et plante et chien servant de cobaye...sans compter un ingénieux dispositif qui en l'absence d'une remise à zéro manuel est conçu pour détruire le miroir.
Elle parvient a faire venir son frère pour l'accomplissement de l'expérience : en fait il y aura de nombreux flash back sur la période de leur enfance avec les éléments surnaturels ou présumés comme tels et la situation actuelle dans une grande maison vide et angoissante.

Le ressort du film consiste à maintenir le plus longtemps possible une incertitude sur l'aspect surnaturel et une explication plus prosaïque : psychose, folie à deux..etc.

Au cours de la progression du film ce sera au spectateur de décoder les événements : la tension est constante et le suspense est quasiment maintenu jusqu'à 15-20 minutes de la fin. Un spectacle de qualité réglé au mini-mètre avec d'excellents acteurs... A voir et à revoir pour décortiquer la complexité des informations distillées tout au long du récit.


Le grand incendie de Rome : 64 ap. J.-C.
Le grand incendie de Rome : 64 ap. J.-C.
par Catherine Salles
Edition : Poche
Prix : EUR 9,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un excellent ouvrage accessible à tous les amateurs d'histoire romaine, 13 mars 2016
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L’ouvrage de Catherine Salles relatif à l’incendie de Rome en 64 APJC est un ouvrage qui réalise la symbiose des informations scientifiques caractérisant une bonne historienne avec un talent de narration vraiment excellent : toute personne ayant un intérêt pour la Rome antique et quelques connaissances sur cette période est en mesure de lire cet excellent texte.

Madame Salles nous fait découvrir le quotidien de la ville de Rome aux côtés d’un couple fictif d’affranchis Calliopé et Abascanus qui faute de moyens financiers vivent dans une habitation à étage une Insulae. L’auteur donne d’excellents éléments d’information sur l’urbanisation de Rome avec un paradoxe certain : cette métropole siège d’une formidable puissance militaire et politique compte alors au moins un millions d’habitants sur un espace restreint 1800 hectares de superficie. La ville de Rome a été construite sur la rive gauche du Tibre dans un amphithéâtre de collines de faible hauteur (entre 45 et 60 mètres) et entourant le Palatin. Malgré ses défauts Rome possèdent certains atouts sur lesquels ont insisté les auteurs anciens, Cicéron en particulier avec une position centrale en Italie et dispose d’un port relativement proche, celui d’Ostie à 24,50 km. Toutefois, cela ne peut pas cacher que la cité a été construite sans schéma directeur d’urbanisme et la ville n’a jamais été capable de s’adapter à la progression de sa population. La ville fut prise par les Gaulois en 390 Av JC et incendiée (ce qui reste symboliquement pour les Romains le plus grand désastre de leur histoire avec justement l’incendie de 64) mais la reconstruction n’a donné lieu à aucune amélioration tangible : il est très difficile tant pour les voitures que pour les piétons de circuler dans la ville, et à l’époque néronienne seuls quatre ponts permettent de franchir le Tibre ce qui est peu pour un fleuve qui longe la citée sur 9 km. Catherine Salles indique quels sont les travaux d’amélioration prévus par Jules César à la fin de la République : il s’agissait en vérité de travaux colossaux qui nécessitaient de dévier le cours du Tibre, les ides de Mars fut fatales à César et son projet demeura purement théorique même si les études réalisées servirent à ses successeurs. Et en vérité les travaux conduits par Octave/Auguste sont considérables et il se vante « d’avoir hérité d’une ville en brique et de l’avoir rendue en marbre », le périmètre urbain de la ville est augmenté de 2,8 km. Auguste procède à la réorganisation de Rome en 14 régions, de de dimensions très variables avec des superficies très disparates, la plus petite étant celle du Palatin avec 240 000 m² et la plus étendue celle du Transtévère avec ses 4 000 000 m². Les régions sont subdivisées en 265 vici (quartier) régis par des structures administratives et religieuses. Malgré la modernisation entreprise par Auguste la vie reste très difficile à Rome surtout pour ses habitants les plus modestes avec une pollution atmosphérique générale et un terrible vacarme. Sur le plan des habitations se côtoient les Domus (villa) des Romains les plus riches sont situées sur les collines, tandis que les demeures collectives à étages, les Insulae sont construites dans les dépressions, beaucoup plus polluées et moins plaisantes à vivre. Rome est pourvu d’un corps de pompier professionnels dénommés « cordeliers » extrêmement bien formés et entraînés. Ce corps de vigiles bâtît sur un modèle militaire proche de celui des légions a été plusieurs fois démontrés avec une capacité à éteindre les étincelles dans leurs Régions respectives, mais en 64 l’incendie touche simultanément plusieurs régions et entraîne une dangereuse confusion entre les cohortes appelées à lutter contre le feu.

Pendant la journée du 19 juillet, alors que l’incendie échappe à tout contrôle on a envoyé des messagers à Néron qui se trouvent dans sa résidence d’Antium : dès qu’il a connaissance de l’évènement le Princeps décide de se rendre immédiatement à Rome et il arrive d’ailleurs deux jours plus tard le 21 juillet. Néron s’informe immédiatement auprès du préfet et des responsables des vigiles et réunit un état-major comprenant les préfets des vigiles, de l’anome (approvisionnement alimentaire de Rome) et du Prétoire et des officiers des cohortes prétoriennes et de chacune des casernes de vigiles : le prince s’entretient avec les cordeliers et les félicitent pour leur courage, compte l’écrit Me Salles le prince à un certain talent pour s’entretenir avec les hommes simples et les vigiles l’écoutent avec sympathie et reconnaissance : on est donc à mille lieux de la légende noire de Néron. On considère que les effectifs engagés pour lutter contre le feu comprennent 20 000 militaires venant renforcer le corps des vigiles, d’une manière générale le comportement de Néron est digne d’éloge puisqu’il n’hésite pas à se mêler à la foule pour calmer les Romains et fait ouvrir ses jardins du Vatican pour y recueillir les foules en fuite. Malheureusement, l’incendie étant hors de contrôle il est décidé avec l’accord de Néron d’utiliser des moyens d’exceptions et de faire la part du feu : c’est ainsi que des balistes sont utilisées pour détruire des bâtiments et mettre le feu volontairement à d’autres bâtiments pour dégager le terrain : cette politique de « la part du feu » qui n’est généralement pas employée à Rome a été très mal comprise par les Romains : la conclusion est qu’il existe des hommes qui mettent volontairement le feu pour des commanditaires puissants . C’est là l’origine de la fameuse rumeur selon laquelle Néron devient le responsable de l’incendie…

Catherine Salles introduit des éléments majeurs sur la personnalité de l’empereur, et surtout sur son mauvais entourage, constitué d’une part par une mère abusive et d’autre part par des précepteurs dont le plus célèbre est Sénèque, un homme richissime qui professe la philosophie stoïcienne : les intrigues qui vont se dérouler en permanence dans l’entourage de Néron vont induire une sorte de peur panique persistance avec pour Néron une propension à régler ses angoisses par le recours à l’élimination physique systématique de ceux qui en sont présumés coupables. Néron est le dernier empereur de la lignée des julio-claudien et selon Catherine salles il ne possède pas de pathologie mentale comme son oncle Caligula qui lui était un authentique pervers prenant plaisir à faire souffrir autrui… le principal problème du jeune empereur est qu’il se perçoit avant toute chose comme un artiste, chanteur, acteur et joueur de cithare et accessoirement conducteur de char !!! Rien de très grave sur le fond, mais sommes toutes des occupations pas forcément compatible avec les fonctions d’Empereur romain. Cette absence d’appétence pour le sérieux de la fonction, doublée d’une frivolité certaine et d’un goût pour la provocation qui le conduit à se marier à deux reprises à des gitons vont conduire Néron à sa perte. Sans compter, le mythe de Néropolis, expliqué en détail par l’auteur et qui montre que l’on a cru à un complot visant à brûler Rome pour y édifier une nouvelle capitale somptuaire dédiée à la gloire de Néron et d’un style hellénistique très poussée : l’embryon de cette nouvelle capitale est bien sur la fameuse Maison Dorée, gigantesque et somptueux palais jamais terminé qui contribuait à la ruine des finances publiques de Rome.

Pour le reste, la recherche d’un bouc émissaire parmi les chrétiens témoigne selon Me Salles d’une démarche psychologique logique et qu’il est probable que l’empereur est beaucoup hésité entre une désignation des Juifs (déjà !!!) et des premiers chrétiens, et qu’au demeurant le choix des chrétiens et leur martyre afférent fut un choix assez indécis ou n’entrait pas une grande compréhension de la religion chrétienne : en bref, à cette époque les Juifs bénéficiaient encore d’une certaine forme de protection au sein de l’Empire romain, ce qui n’était pas encore le cas des chrétiens… Le déroulement de l’histoire tient finalement à bien peu de chose…


Propos intimes et politiques
Propos intimes et politiques
par Adolf Hitler
Edition : Broché
Prix : EUR 25,00

4 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une remarquable modernisation de la traduction : un outil scientifique de référence, 10 mars 2016
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Je souhaite sincèrement tirer mon chapeau à François Delpla pour la qualité de son travail de traducteur et de commentateur avisé des « Propos intimes et Politiques de Hilter : 1941-1942 » et j’attends avec impatience la parution du second tome qui sera consacré essentiellement à l’année 1942. Je tiens d’emblée à indiquer que l’ouvrage traduit et annoté par monsieur Delpla est avant toute chose un outil de travail scientifique destiné à des spécialistes du nazisme : son exploitation ex nihilo nihil par des profanes paraît assez difficile. En revanche, comme M. Delpla l’indique fort bien lui-même dans le prologue et dans le dispositif scientifique le croisement de cette source avec des éléments majeurs comme le journal de Joseph Goebbels, le tout récemment publié en Allemand et en français, journal d’Alfred Rosenberg, complété avec l’agenda d’Heinrich Himmler publié en 1999 permet d’obtenir une contextualisation chronologique de plus en plus poussée de certains évènements majeurs. Je tiens bien à indiquer que les Propos de Hitler ne sont pas une source prioritaire pour un néophyte souhaitant disposer d’informations pointues sur le déroulement de l’opération Barbarossa en termes militaires, mais permettent de se faire une idée précise des obsessions du dictateur nazi dans le contexte de cette opération qui échoue devant Moscou, entraînant notamment le limogeage de Heinz Guderian, dont l’ouvrage Panzerleader traduit en anglais mais non en Français reste à ce titre passionnant, et il en va de même du journal du général Warlimont, une documentation de tout premier ordre, partiellement traduite (et mal) en français mais dont une version complète est disponible en anglais dans un ouvrage qui commence malheureusement à devenir rare, mais qui est indispensable à un universitaire qui se respecte ou bien à un amateur éclairé disposant de puissantes connaissances…

Toujours est-il que le travail de François Delpla porte sur un élément qui est en quelque sorte un prolongement de Mein Kampf : le flot des paroles du Führer démarre à l’été 1941 qui voit la Wehrmacht essayer de terrasser l’URSS : bien sûr en termes de guerre rapide, la formidable capacité de résistance de l’armée rouge et de ses soldats dont on ne peut que souligner le courage vont enrayer le béhémoth nazi qui avait été conçu pour conduire des opérations de quelques semaines à quelques mois probablement sans excéder six mois d’après les données opérationnelles qui sont connues. Le présent ouvrage possède une singulière histoire : de 1951 à 1980 ce texte a été connu sous le nom de Propos de table d’Hitler, libre propos sur la guerre et la paix et Monologues du quartier général-général du Führer. Pour François Delpla le texte serait essentiellement un recueil de directives. Ces directives ont été recueillies par deux secrétaires assignés à cette mission par Martin Bormann, Heinrich Heim et Henry Picker. Selon l’interprétation retenue par François Delpla le successeur de Rudolph Hess à la tête du parti a demandé aux secrétaires de procéder à un tri pour conserver une trace manuscrite des éléments pouvant être utilisés pour le mouvement nazi et la conduite de l’Etat, qui était lui-même devenu une sorte d’excroissance du parti. François Delpla fournit en introduction quelques éléments sur la personnalité de Heim et Picker. Le rôle de Martin Bormann dans cette conservation des connaissances n’est pas une grande surprise, même si ses motivations demeurent assez mystérieuses : il tenait à ses recueils au point d’en faire réaliser une version dactylographiée qu’il conservait précieusement. La première édition disponible en français était celle devenue disponible en 1952 qui a été réalisée par un homme d’affaire suisse François Genoud qui aurait acquis le texte initial auprès d’un collectionneur italien. Genoud aurait attribué un rôle considérable à Bormann. Je confirme les propos de François Delpla qui indique que la traduction était d’un médiocre niveau, pour l’avoir utilisé et les chercheurs français disposent désormais d’un texte de référence avec toute la rigueur linguistique que l’on peut espérer.

Le texte des propos d’Hitler est reproduit selon un exposé chronologique qui était le seul utilisable sur la page de gauche alors que le dispositif scientifique de contextualisation rédigé par François Delpla se trouve systématiquement sur la page de droite : une structure particulièrement opérationnelle.

Parmi les obsessions qui sont rémanentes dans le texte d’Hitler se porte sa fameuse haine du christianisme, dès la page 28 il affirme que « le coup le plus dur qui est frappé l’humanité c’est l’avènement du christianisme. Le communisme est un enfant illégitime du christianisme. L’un et l’autre sont des inventions du Juifs. (…) ». Cette thématique sera rémanente d’une manière de plus en plus violente dans l’ouvrage. On note que Hitler fait du christianisme la cause de la chute de l’Empire Romain, ce n’est pas nouveau c’est la thèse défendue par l’historien Edward Gibbon (Gibbon’s Problem), le thème du complot juif en moins bien sûr… Dans la même page Hitler parle de la soupe du Schleswig-Holstein qu’il assimile au fameux « brouet Spartiate » qui sera lui aussi évoqué à plusieurs reprises pour « prouver » l’origine Grec et aussi romaine des Germains…

En page 32, Hitler exprime son admiration apriori sincère pour Benito Mussolini dont son profil lui évoque le profil des bustes romains et par la même son, héritage des grands hommes de l’Empire romain.

En page 42, Hitler évoque sa vision politique de la domination germanique de l’Est, pour cela il faudra faire en sorte qu’il n’existe jamais de pouvoir militaire résiduel de ce côté de l’Oural c’est-à-dire selon le dictateur sur une ligne située à 200-300 km à l’Est de l’Oural pour empêcher une alliance entre l’Angleterre et un éventuel potentat « asiatique ». Hitler pense que cet immense espace pourra être tenu avec 250 000 hommes et quelques bons administrateurs (on note que cette tâche embryonnaire compte tenu des revers militaires sera néanmoins confiée à Rosenberg qui deviendra ministre des territoires de l’Est) ; Hitler établit un parallèle obsessionnel entre la domination de l’Inde par le Royaume-Uni. Pour le sud de l’Ukraine, et surtout la Crimée, elle sera essentiellement peuplées de colons allemands avec une notion de paysan soldat (vétérans) : cette thématique est celle des colonies de peuplement SS développée par Heinrich Himmler (cf sa biographie par Peter Longerich).

Le 2 août 1941 on trouve évoqué la France avec les éléments suivants « Les Français par exemple doivent conserver leurs partis. Plus il y aura chez eux de mouvements sociaux-révolutionnaires, mieux cela vaudra pour nous. (…) Beaucoup de français ne désireront pas que nous quittions Paris, car du fait de leurs relations avec nous ils sont suspects aux yeux des français de Vichy. Pour une raison analogue, Vichy ne voit peut être pas d’un mauvais œil que nous soyons installés à Paris, car si nous n’étions pas là ils auraient à craindre des mouvements révolutionnaires » : en la matière outre l’excellent « Montoire » de François Delpla, dont je prépare une recension, on peut se rapporter à « la France Allemande » de Pascal Ory et à « Hitler et la France » de Jean-Paul Cointet.

On note la modernité d’un Hitler qui en 1941 est déjà favorable aux énergies renouvelables avec l’eau et le vent et aussi l’utilisation de l’hydrogène comme moyen de chauffage…Un précurseur possédant une fibre écologiste avant la lettre : mais ces propos prémonitoires ne l’empêche nullement de présumer que les « lacs souterrains de pétrole » sont capables de se reformer spontanément : tout au long de l’ouvrage on voit bien que si Hitler est un autodidacte assez sérieux, il n’en demeure pas moins quelqu’un possédant des connaissances scientifiques superficielles et des connaissances historiques ou l’ignorance et la confusion le dispute à la mauvaise foi. Sans compter l’attribution incompréhensible de l’invention de la charge creuse à l’Italie ( ?!!!).

Hitler indique en page 58 : « Ce que l’Inde a été pour l’Angleterre, l’espace orientale doit l’être pour nous. Si seulement je pouvais faire comprendre au peuple ce que cette espace représente pour nous. »

Page 62 : Hitler affiche une méconnaissance crasse des capacités industrielles des Etats-Unis en estimant qu’il lui faudrait quatre ans pour combler les pertes en matériel de la Russie : une terrible naïveté et de l’autosuggestion couplé à une méconnaissance totale de l’Amérique. Concernant les prémonitions stratégico-militaires ce n’est pas forcément mieux avec page 64 « Les armes de l’avenir, En premier lieu, l’armée de terre, en second lieu l’aviation et seulement en troisième lieu la marine ! » : dans son conflit avec l’Angleterre Hitler ne disposait pas d’une aviation suffisante, notamment une aviation de bombardement stratégique à long rayon d’action, cette carence va d’ailleurs se montrer de plus en plus en Russie ; concernant les Etats-Unis le Führer avait pourtant envisagé un temps un bombardier lourd quadrimoteurs pour couvrir 11000 km, le dossier de cette erreur technologique est traité par François Kersaudy dans « les derniers secrets du IIIème Reich ».

Page 70 : Hitler prend quand même quelques précautions : il donne l’ordre au Reichsführer SS Himmler de liquider toutes les personnes enfermées dans les camps de concentration en cas de troubles intérieures. Page 72 lors d’une péroraison sur le laxisme de la justice en Allemagne (sic !!!) Hitler compare les assassins récidivistes aux sous-hommes et « aux animaux qui peuplent nos camps de prisonniers russes » : il faut dire que 2 à 2,5 millions de prisonniers russes périront de froids et de malnutrition.

Sur le plan militaire page 74, Hitler a un commentaire juste pour cette fois : « Alors que cette fois nous n’avons pas eu à l’Ouest un adversaire supérieur en armement, on peut dire que la préparation russe à la guerre a été fantastique » : c’est totalement juste, l’ouvrage de Jean Lopez dans les développements relatifs aux armements russes et allemands montre bien que les chars russes de cette époque (T-34/76 et KV-1) avaient tout pour être les meilleurs chars du monde, alors que la supériorité technologique allemande est seulement un facteur qui va aboutir à la fabrication de chars sophistiqués très chers et peu fiables, jamais produits en nombre suffisant (Mythes de la seconde guerre mondiale).
Les diatribes sur les Slaves se poursuivent de plus belle page 76 « Il n’y a qu’à regarder ce pays primitif et on sait que rien ne s’y passe à moins qu’on force les hommes à travailler. Les Slaves constituent une masse d’esclaves nés, qui crient pour avoir un maître. Ils se demande juste quel il est ». Avec une digression vicieuse qui assimile les Hongrois « paresseux » aux Russes… Dans sa grande bonté, Hitler indique que l’Allemagne fournira aux Ukrainiens des foulards et de la verroterie « tous ce qui plaît habituellement aux peuples coloniaux ». Il faut dire que pour Hitler (page 188) l’Ukraine devient « les Indes européennes » : en permanence on observe que le Führer définit ses objectifs coloniaux par rapport à l’empire britannique, ce qui est forcément un signe d’admiration…

Le 23 septembre 1941 « il est absurde de vouloir tracer la frontière entre deux mondes, l’Europe et l’Asie, dans une chaîne de montagnes moyennes, je veux dire l’Oural (…) Non géographiquement l’Asie pénètre dans l’Europe sans solution de continuité géographie » ; Hitler poursuit son dialogue sur la géopolitique de l’Asie en page 90 en considérant que c’est un espace très dangereux, un réservoir d’hommes et la sécurité de l’Europe n’était possible qu’à condition de porter la frontière de l’Europe jusqu’à l’Europe et qu’il n’y est plus d’Etat organisé russe à l’Ouest de cette ligne : quelle merveilleuse autojustification pour la croisade antibolchevique : Hitler est le sauveur de la civilisation européenne !!!!
Dans un développement singulier en page 108, Hitler montre qu’il est conscient qu’il peut être judicieux pour un commandant militaire de ne pas laisser aller simplement des hommes aller se faire tuer et qu’il peut être nécessaire de réfléchir à un changement de tactique et à l’utilisation d’autres armes voire même décider d’abandonner rapidement une position difficile : un rare éclair de lucidité dans la pensée militaire d’un homme qui est avant toute chose un autodidacte et un pur amateur !!!! Ce développement est complété page 120 par l’interdiction, selon Hitler d’une attaque qui devait apporter aux troupes allemandes une avancée de 4 km parce qu’elle exigeait un sacrifice trop important en vies humaines : décidément un véritable humaniste notre Adolf…

En page 116, l’Ukraine sera vraiment le joyau des possessions coloniales allemandes avec un minerai de fer de haute teneur, du nickel, du charbon du manganèse et du molybdène ; sans compter l’hévéa que l’on cultivera pour produire du caoutchouc (sur 40000 hectares) un Eldorado et un pays de cocagne…

Le 14 octobre 1941 en compagnie de Himmler, Hitler estime qu’il n’est pas souhaitable de se jeter massivement dans un combat contre l’église : « le mieux est de laisser le christianisme s’éteindre doucement. Une mort lente a quelque chose d’apaisant : le dogme du christianisme s’effrite devant la science » : on peut y voir un rappel à l’ordre concernant les lubies païennes et l’anti-christianisme forcené de Himmler : les nazis n’ont pas été capables de l’emporter de manière frontale face aux églises et Hitler pense probablement qu’il est inopportun de rouvrir une telle querelle aux cours de la guerre avec l’URSS. Hitler est fortement opposé à la remise en vigueur d’un panthéon païen page 130 « Il me paraît insensé, au-delà de toute expression de faire rétablir un culte de Wotan. Notre vieux panthéon était démodé et incapable de se soutenir quand le christianisme est arrivé. »

Concernant l’organisation des régions de l’Est, celles-ci doivent perdre leur caractère de steppes asiatique et être européanisées, avec notamment de grandes voies de pénétration vers la pointe sud de la Crimée et vers le Caucase, avec des villes allemandes et tout autour l’installation de colons allemands qui seront pris en Allemagne, dans les pays scandinaves, l’Ouest et l’Amérique : pour l’Amérique François Delpla est fortement dubitatif, avec de très bonnes raisons !!!! Quant aux indigènes, il sera procédé à un tri : les juifs seront complètement éliminer : la Biélorussie donne une meilleure impression à Hitler que l’Ukraine, avec des propos sur une nécessaire dureté avec les indigènes et l’intention de réaliser une germanisation par l’immigration.

Page 148 : sur la France « Certes les Français en général se conduisent mal mais n’importe comment ils nous sont apparentés et cela m’aurait fait de la peine de devoir attaquer une ville comme Laon avec sa cathédrale » : c’est un propos qui tranche considérablement avec ceux de Mein Kampf ou Hitler parle de race dégénérée en voie de négrification…

Page 156 : Hitler bucolique « Que le monde antique ai été si beau, si serein et si léger s’explique par l’absence de ces deux fléaux : la syphilis et le christianisme. Le christianisme était un pré-bolchevisme, la mobilisation de masse d’esclaves par le juif afin de miner l’Etat (…) » et complète sa diatribe le 21 octobre 1941 « Le christianisme était un bolchevisme détruisant tout. Mais le Galiléen qu’on devait plus tard appeler le Christ avait voulu autre chose. C’était un guide du peuple qui prit position contre la juiverie. La Galilée était certainement une colonie dans laquelle les Romains avaient installé des légionnaires gaulois, et jésus n’était certainement pas juif. Les juifs le nommait d’ailleurs « fils de putain », le fils d’une prostituée et d’un soldat romain » : comme le fait remarquer François Delpla le fait de considérer le christ comme un « aryen » était un élément redondant des théories « aryanistes » du XIXème siècle. Page 160, Hitler ajoute « Paul le premier, se rendit compte de l’utilité des méthodes de propagande juive sous le masque d’une religion. En faisant de la protestation aryenne contre la juiverie en Palestine une religion chrétienne supra-étatique, le juif a détruit l’Empire romain. » On trouve une redite de l’aryanité du Christ et du dévoiement de sa doctrine par Paul en page 284 (13 décembre 1941).

Page 170, Hitler indique qu’il est un chef de guerre contre sa volonté et se consacre aux affaires militaires faute de meilleur chef indiquant qu’il voulait surtout être un bâtisseur : c’est peut-être vrai dans une certaine mesure compte tenu de son goût ancien pour l’architecture, mais vu l’état final de l’Allemagne cela paraît un peu loupé…

Concernant les élites dirigeantes, page 214, Hitler que d’ici une centaine d’année les postes de commandement seront occupés en Allemagne par des SS qui pratiquent la sélection raciale (sans tenir compte de l’origine géographique Norvège ou Autriche : comme le note François Delpla cela indique fortement une volonté d’annexer la Norvège).

Voici donc quelques perles extraites de l’ouvrage qui en compte bien d’autres ; certes François Delpla constate qu’il existe de curieux trous dans la structure narrative avec notamment une interruption de cinq jours correspondant à la crise de commandement qui oppose Hitler au général von Brauchitsch chef de l’armée, entraîne la démission de ce dernier et la nomination d’Hitler à sa place.

Donc, un formidable outil de travail à destination des universitaires ou des amateurs d’histoire de la seconde guerre mondiale disposant d’excellentes connaissances. Sinon bonne lecture à tous et vivement le second tome !!!!


La France occupée
La France occupée
par August von KAGENECK
Edition : Broché
Prix : EUR 8,00

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5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage lucide et impartial par un grand auteur : le point de vue allemand, 8 mars 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La France occupée (Broché)
« La France occupée » est le dernier ouvrage du comte August von Kageneck et le texte est celui d’un manuscrit inachevé en raison du décès de l’auteur, la narration s’achève à l’été 1942, date à laquelle Berlin décidait de faire passer la responsabilité de la sécurité intérieure du Militärbefehlshaber in Frankreich (commandement en chef de la Wehrmacht) et gouverneur militaire de Paris à la SS. August von Kageneck a été un partisan et un acteur de la réconciliation franco-allemande. Il a mené en France une carrière de journaliste pour le quotidien Die Welt. Il s’est marié à une française et a choisi de s’établir en France tout en conservant ses attaches badoise et mosellane. Initialement dans son travail d’historien, l’auteur se consacre à l’étude de la guerre à l’Est ou il a lui-même été engagé (« Lieutenant de Panzer »), puis en 1996 il publie « Examen de conscience » un ouvrage majeur ou il prend position dans la controverse qui fait alors rage en Allemagne sur la participation de la Wehrmacht à des crimes nazis : von Kageneck admet la complicité de la Wehrmacht dans l’accomplissement d’atrocités, il fait donc parti des hommes qui ont décidé de mettre un terme définitif à la légende de la Wehrmacht « propre » reléguant aux SS le monopole de la sale besogne… Le mythe de la Wehrmacht propre doit beaucoup aux mémoires d’Erich von Manstein dans l’après-guerre, mais surtout au fait que la guerre froide naissante entraîne la fin d’un processus de dénazification en Allemagne de l’Ouest avec la décision de réarmer le pays et le recyclage de nombreux personnels militaires Allemands jusqu’au plus haut niveau décisionnel de l’OTAN.

Toutefois, Kageneck se distingue par une attitude équilibré, dans laquelle les crimes commis ne doivent jamais effacer l’héroïsme de nombreux soldats allemands au cours du conflit.

Contrairement à ses autres ouvrages (« La guerre à l’Est » et « Erbo pilote de Chasse ») pour traiter de la France occupée l’auteur ne peut faire appel que de manière secondaire à ses propres souvenirs, puisque sa période de présence en France est réduite à 4 mois en début de l’occupation : il s’appuie assez fortement sur les souvenirs d’Ernst Jünger et sur le journal du maréchal Fedor von Bock, ainsi que sur des témoignages émanant de simples soldats. Jean-Paul Bled confirme en introduction qu’Hitler n’a absolument aucune sympathie envers la France et les Français : la France est victime pour le Führer d’une double gangrène juive et nègre, dans Mien Kampf, Hitler parle de la France comme d’un pays en voie de négrification. Tous ces éléments vont dans le sens des analyses de Jean-Paul Cointet « Hitler et la France » merveilleux ouvrage dont j’ai procédé à une recension sur ce site. Selon Jean-Paul Bled qui signe une préface magistrale « Hitler n’envisage donc nullement d’accorder à la France de Vichy la place de brillant second à laquelle elle aspire. C’est la péché originel du régime, qui pris par cette illusion, va de concession en concession se laisser entraîner dans un engrenage fatal » : « la France est traitée comme un inépuisable réservoir de biens industriels, de produits agro-alimentaire et de main d’œuvre ».

L’occupation de la France par l’armée allemande, la troisième en un siècle commença à l’aube du 10 mai 1940 lorsque les premiers panzer-grenadiers du général Guderian prenaient pieds sur la rive gauche de la Meuse, appuyés par des Stuka qui mettent à mal le faible dispositif militaire français déployé à ce niveau : quarante-huit heures plus tard le fleuve était forcé sur plusieurs kilomètres, les panzers avaient traversé et venaient au secours de l’infanterie qui avait enfoncé les lignes ennemis, au soir du 14 mai 1940 la route d’Avesnes et de Saint-Quentin et par la même celle de Dunkerque était ouverte aux chars de Guderian. Les consignes adressées aux Landsers lors de la campagne de France étaient drastique « Soldats, vous vous trouvez désormais en pays ennemi. Battez-vous comme des héros, mais comportez-vous comme des chevaliers » avec de sévères condamnations à la clef pour ceux qui se conduiraient mal. Le sentiment qui domine chez les officiers qui ont vécu 14-18 est la satisfaction de voir effacée la honte du traité de Versailles. Mais cet enthousiasme des premières heures est tempéré par une très vive résistance des Français : le generaloberst Fedor von Bock qui commande le groupe d’armées B en Belgique et aux Pays-Bas est l’un des premiers à s’en apercevoir. Les chars du 16ème Corps d’armée ont été (Hoepner) ont été durement accrochés par les deux DLM (Division Légère Mécanisées) du général Prioux dans la région de Hannut. Ces combats difficiles avec les blindés français ont été surmontés grâce à l’efficacité des avions d’attaque au sol Stuka dont les bombes de 250 kg ont fait des merveilles. Un témoignage d’un lieutenant du 6ème régiment de panzers (3ème Panzerdivision) écrit à ses parents dans une lettre datée du 18 mai 1940 « nous remarquions avec effroi que nos canons de 37 n’arrivaient pas à bout des chars en face qui ne pesait que 18 tonnes mais disposaient d’une formidable armature. Il n’y avait que nos chars lourds, les Mark-IV (Panzer-IV) qui avec leur canon de 75 pouvaient s’imposer à eux et même aux chars bien plus lourds de 32 tonnes les redoutés B2 (il semble que le lieutenant évoque en fait les B1 Bis) » cela dit tout est relatif puisque le lieutenant indique que lors d’un face à face avec les chars lourds français, sur dix chars français, les Panzer-IV en éliminent six sur dix en moins de dix minutes…

Un autre élément marquant est l’absence d’antipathie foncière de la part des populations françaises qui n’hésite pas à trinquer avec du champagne avec les vainqueurs du jour, un peu surpris mais très content sur le fond : les témoignages de soldats allemands montrent bien l’absence d’antipathie à l’égard des Français. Ces phases de détente alternent avec des phases de combat intenses : les Français à partir du 5 juin 1940 se battent formidablement sur la ligne Weygand établie le long de la Somme et de l’Aisne, soit le dernier barrage avant Paris. Fedor von Bock attaque cette ligne Weygand avec trois armées et pendant trois jours des combats d’une violence inouïe se déroulent. Les Français possèdent des défenses bien installées et la ligne Maginot à l’Est est toujours opérationnelle, le 6 juin von Bock note « Lourde journée, journée de crimes il semble que nous soyons stoppés », mais en fin de journée le 6 juin il apprend finalement que l’ennemi a cédé devant la 4ème armée de Kluge et aussi devant l’aile gauche de Reichenau, au chemin des Dames. Et finalement la ligne Weygand cède après avoir fort bien combattue, mais les évènements consacre une victoire sans faute de Fedor von Bock qui est élevé par Hitler à la dignité de maréchal le 19 juin 1940 : sa carrière se terminera dans l’opprobre mis sur la touche par le Führer pour cause d’échec devant Moscou et Stalingrad.

Par la suite la résistance militaire française devient erratique un témoignage indique « nous ripostons rarement, pour ne pas pousser l’adversaire à intensifier sa résistance. Souvent il suffit de foncer sur lui en agitant des chiffons blancs. Déjà très démoralisé, il se rend ». La défaite des Français suscitent une extrême perplexité chez les généraux Allemands, selon un dialogue entre Brauchitsch et Bock « comment expliquez-vous cette incroyable célérité avec laquelle les Français se retirent devant nous ? Je crois que nous les avons battu bien plus lourdement que nous le croyons nous-mêmes ».

Le constat de von Bock se confirme par la suite dans son journal : « 21 juin : la détresse des réfugiés prend des dimensions inquiétantes. Le gouvernement français a gravement péché contre sa population en autorisant cette fuite en masse et en augmentant la panique en diffusant la propagande antiallemande ; 22 juin : les Français ont signé à Compiègne. Il paraît qu’ils s’attendaient à des conditions très dures, tout en les acceptants, car créées honnêtement par la victoire de la Wehrmacht ; 25 juin : les Français ont signé les conditions italiennes. Depuis une heure trente-cinq ce matin, les armes se sont tues. Je signe un ordre à mes armées : La guerre avec la France est terminée. En quarante-quatre jours les armées du groupe B auront défait les défenses néerlandaises et belges et écrasé les armées françaises et anglaises accourues à leur secours. Paris et les côtes françaises sont entre nos mains (…).

Pour le reste Paris fait l’émerveillement des soldats allemands, au demeurant sa réputation est depuis longtemps faite dans l’esprit des Allemands, la France c’est le paradis de l’amour : Kageneck indique que le terme « faire l’amour » est inconnu dans la langue de Goethe, mais commence à faire son entrée dans le vocabulaire du troupier allemand. Après une période rocambolesque d’aventures amoureuses stipendiées (plus ou moins), l’intervention de plusieurs oukases militaires et l’intervention d’Adolph lui-même dans le domaine des maladies vénériennes (dont les mauvaises langues disent qu’il aurait été atteint dans sa folle jeunesse…) la Wehrmacht a fini par instaurer des bordels pour la troupe placée sous son contrôle. Kageneck confirme la perception délétère de la France par Hitler avec le fameux couplet sur la décadence et la négrification de la race française. Le 19 juin 1940, deux jours après la demande d’armistice de Philipe Pétain, dans un discours au Reichstag Hitler demande des négociations de paix avec l’Angleterre : offre rejeté par lord Halifax sur instruction de Winston Churchill. Face à l’incapacité de pouvoir en terminer avec les Anglais dans le cadre de la bataille d’Angleterre, Hitler commence par murir son plan de conquête de l’espace vital à l’Est en supputant des discussions entre la Russie et la Royaume-Uni et estime que la neutralisation rapide de la Russie empêchera la Grande-Bretagne d’intervenir dans les affaires d’un continent européen dominé par l’Allemagne nazie : tout le monde connaît la suite de cette brillante cogitation stratégique…Toujours est-il que dans le monde rêvé de Hitler la France occupe selon Kageneck une toute petite place celle d’une sorte de glacis stratégique (à peine) et surtout de source biens industriels, de ressources agro-alimentaires et d’une importante main d’œuvre avec l’instauration par le gauleiter Sauckel du STO. Certains planificateurs proche de Ribbentrop rêve de la création « d’un empire colonial centrafricain » allant de l’océan Atlantique à l’océan Indien et permettant un approvisionnement en matière première d’un Empire continental nazi ; dans le désordre des élucubrations hitlériennes, cette proposition a un temps remplacé l’Ostreich (conquête coloniale de l’Est jusqu’à l’Oural et asservissement et extermination partielle des peuples slaves et « asiatiques »). Concernant la question déportation des Juifs dans un Etat Juif situé à Madagascar, Kageneck ne parvient pas à trancher si Hitler a réellement fait une proposition en ce sens au français (même si l’option Madagascar est présente dans tous les ouvrages traitant de la Shoah et des préparatifs afférents) : ce programme est d’ailleurs abandonné en juin 1940 pour cause de logistique insuffisante.

Pour ce qui est de la France continentale les Allemands mettent en place un régime d’occupation auquel seule la zone sud non occupée va échapper jusqu’au 11 novembre 1942 (après l’opération Torch déclenchée en Afrique du Nord par les Etats-Unis et le Royaume-Uni le 8 novembre 1942). Cette administration militaire de la France occupée va être logée à l’hôtel Majestic sous la dénomination de Militärbefehlshaber in Frankreich fin juin 1940 et en plus des militaires cet appareil recevait 1100 fonctionnaires (au sein desquels officiera l’infâme docteur Werner Best). Kageneck décrit les différents secteurs composant la France occupée et estime que les hommes affectés en permanence à l’occupation en France étaient compris entre 80000 et 100 000 hommes.

Le premier commandant militaire de la France occupée est le général Otto von Stülpnagel qui s’installe à Paris à l’hôtel Talleyrand le 25 octobre 1940, il prend son commandement à Paris à la suite du général Albert Streccius premier chef de l’administration militaire depuis l’armistice. L’ambiance commence à se dégrader en France vis-à-vis des autorités d’occupation selon un rapport de situation daté de décembre 1940 rédigé par l’état-major du commandement militaire en France.

Assez curieusement, en page 125, Kageneck note que « (…) les lois antijuives de Vichy n’apparaitront qu’un an plus tard. La question juive n’est pas encore d’actualité en France de 1940, mais elle est en gestation (…) » cette affirmation est fausse dans la mesure où le premier statut des juifs est adopté en France en octobre 1940. Le régime de Vichy a instauré un premier statut discriminatoire des Juifs le 3 octobre 1940 (sans demande des autorités allemandes), avec des camps de détention pour des étrangers souvent juifs : donc on peut dire que Vichy a été bien au-delà des demandes allemandes de cette époque…

La mention d’Otto Abetz comme un jeune homme idéaliste et francophile témoigne de la part d’August von Kageneck d’une certaine naïveté pour ne pas dire plus… Jean-Paul Cointet dans son ouvrage « Hitler et la France » a remarquablement démontré que Abetz était en fonction pour utiliser les milieux collaborationnistes parisiens pour mettre une pression constante sur le régime de Vichy. Les éléments relatifs à la collaboration avec les points de vue de Laval et de Darlan sont corrects dans l’ensemble, mais n’apportent strictement rien à l’historiographie moderne de cette période, la question des protocoles de Paris sur la mise à disposition de certains points d’appui stratégique dans l’Empire français en Afrique du Nord et au Levant est déjà connu avec force détails.

Un élément majeur assez peu perceptible à partir de la littérature française est la situation difficile du commandement militaire allemand en France occupée après le lancement de l’opération Barbarossa : le lancement de cette opération militaire entraîne l’entrée dans la résistance du parti communiste français, une secte d’obédience stalinienne qui va multiplier les attentats contre des personnels allemands et entraîner une spirale infernale de répression qui débute par l’assassinat de l’aspirant Kurt Moser. La situation est critique pour le commandement militaire allemand en France occupé qui se trouve obligé de riposter par une prise d’otage : le général Stülpnagel va se servir de Vichy qui au demeurant n’attend que cela, avec notamment l’immonde Pierre Pucheux qui va s’engager dans une chasse aux communistes via une législation rétroactive et des juridictions spéciales. En se défaussant habilement sur Vichy qui réclame une souveraineté juridique sur la totalité du territoire français, le commandement militaire en France va se défausser d’une partie de la responsabilité des exécutions conduites en représailles et au lieu des 200 à 300 exécutions demandées par Hitler, 98 otages furent exécutés à Nantes et à Bordeaux. Par ailleurs Stülpnagel à bien compris que la politique des otages ne fait que renforcer la détermination de la résistance… Ce faisant il propose de réduire le nombre d’otages français et en accord avec Otto Abetz il est décidé de sélectionner une nouvelle catégorie d’otages : les juifs. Pour réduire le nombre des otages français demandé par ses supérieurs le Militärbefelhaber propose la déportation de juifs français dans des camps de concentration en Allemagne : Keitel accepte et les premières déportations commencent fin août 1941 au départ de Drancy : c’est un détail fort intéressant la déportation de juifs français car cela vient clairement réduire à néant la possibilité pour Vichy de protéger cette catégorie de personne, contrairement aux thèses d’Alain Michel… mais tout cela ne met pas fin aux exécutions conduites en représailles, Otto von Stülpnagel demande à sa hiérarchie d’être le seul décideur sur le territoire français, mais il essuie un refus et décide de démissionner en mentionnant bien les conséquences néfastes des exécutions massives d’otages… Keitel nomme à sa place son cousin le général Carl-Heinrich von Stülpnagel. L’arrivée du second commandant militaire en France correspond à une césure, désormais la sécurité des troupes allemandes en France va être partagé avec la SS, en la personne du HSSPF Carl-Albrecht Oberg : il vient de Radom en Pologne ou il a participé à l’extermination des juifs ou Helmut Knochen, accessoirement docteur en philosophie, est actif en France depuis juin 1940 traite des affaires de sécurité mais dans l’ombre de l’Abwehr. Concernant les déportations rien ne permet de dire que le nouveau commandant militaire en France ait ignoré les déportations de juifs négociées par Oberg/Laval/Bousquet et notamment la fameuse rafle du Veld’hiv au cours de laquelle la police française arrête 13000 juifs en majorité étrangers et promis à la déportation.

Au demeurant Carl-Heinrich von Stülpnagel a commandé la 17ème armée sur le front de l’Est de juin à octobre 1941 et connaissait très bien les exactions de masse conduites par l’Einsatzgruppe IVb rattaché à son armée.

Le paradoxe étant que Carl-Heinrich von Stülpnagel participe à la conjuration contre Hitler le 20 juin 1944, il se tire une balle dans la tête, mais survit et est transféré à Berlin, jugé et pendu fin août 1944.

De son côté Carl Oberg sera extradé en France et condamné à mort le 9 octobre 1954 : sa peine est commuée en détention à perpétuité et sera finalement discrètement libéré, avec Helmut Knochen par décision du général de Gaulle le 28 novembre 1962 dans le cadre d’un processus de réconciliation franco-allemand….

Dans son ouvrage inachevé Kageneck fait un constat désabusé sur cette fin étrange en estimant que ce n’est pas à l’historien de répondre. Un excellent ouvrage, lucide et sans concession avec quelques petites imperfections que l’on peut attribuer à son caractère de manuscrit inachevé : d’une manière générale, personne ne sort grandi de ce texte….


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