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Contenu rédigé par Eric OD Green
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Eric OD Green (Paris, France)
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Mahomet et Charlemagne
Mahomet et Charlemagne
par Henri PIRENNE
Edition : Poche
Prix : EUR 8,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage remarquable mais dépourvu de dispositif contextualisant moderne, 29 février 2016
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L’ouvrage d’Henri Pirenne médiéviste belge est publié tel qu’il l’a été en 1935, c’est-à-dire sans préface d’un auteur moderne, et sans dispositif scientifique qui viendrait présenter sous forme de notes de bas de page les compléments indispensables à une compréhension fine de l’ouvrage par un profane ou un amateur éclairé : c’est éminemment regrettable, d’autant plus que Pirenne par sa méthode comparatiste et sa prise en compte très sophistiquée des aspects sociaux, économiques et culturels est considéré par l’école française des annales comme le précurseur de cette école historique. En l’état, si la compréhension de la thèse centrale de l’auteur reste accessible, il existe de nombreux passages qui auraient nécessité une contextualisation moderne.

Le constat central de Pirenne concernant l’Empire Romain est son caractère méditerranéen : de ce caractère central découle une unité qui se communique par la possession de cette Mare Nostrum qui permet à l’empire de communiquer avec toutes ses provinces, en dépit du caractère Grec de l’Orient et de la prépondérance latine en Occident. Henri Pirenne estime que les provinces du Nord : Belgique, Bretagne, Germanie, Rhétie, Norique, Pannonie ne sont que des glacis avancés contre la barbarie (une comparaison avec « la géopolitique de l’Empire Romain » de Yan Le Bohec serait particulièrement intéressante et je prépare une recension de l’ouvrage de Le Bohec qui contiendra une estimation critique). Le grand lac est indispensable à l’approvisionnement de Rome en blé d’Afrique. Le caractère méditerranéen s’affirmerait davantage selon Pirenne depuis le IVème siècle, car Constantinople, la nouvelle capitale est avant tout une ville maritime, alors que Rome qui n’est que consommatrice en raison de sa nature de grand entrepôt. C’est en Orient que ce concentre la navigation, et à cette époque les Syriens sont les véritables routiers des mers. Les Syriens porteurs d’une puissante culture hellénisée sont présents un peu partout et notamment à Marseille, et il en va de même des Juifs qui sont marins mais aussi surtout courtiers et banquiers avec une influence considérable dans la vie économique.
Pour assurer la sécurité de cet Empire entouré de barbares, il a suffi pendant longtemps de la garde des légions aux frontières : le long du Sahara, sur l’Euphrate, sur le Danube, sur le Rhin. Bien sûr le IIIème siècle est celui d’une crise avec des irruptions de Francs, d’Alamans de Goths qui pillent la Gaule, la Rhétie, la Pannonie, la Thrace descendant même jusqu’en Espagne : les empereurs Illyriens refoulent les envahisseurs et rétablissent la frontière, mais du côté des Germains il ne suffit plus du limes, mais il faut maintenant une défense en profondeur : on fortifie donc les villes de l’intérieur, ces villes qui selon Pirenne sont les centres nerveux de l’Empire. Toutefois, il n’est plus question de se fermer aux barbares, la population diminue et les soldats deviennent de plus en plus des mercenaires : on aboutit à une situation dans laquelle on recrute des Germains à la fois pour la troupe mais aussi pour le travail de la terre. Ceux-ci ne demande pas mieux que des s’embaucher au service de Rome. Henri Pirenne estime que l’Empire sur ses frontières se germanise par le sang, mais pour tout ce qui y pénètre on observe un processus de romanisation.

Concernant la chute de l’Empire Pirenne estime qu’il disposait de forteresse contre lesquelles les barbares étaient impuissants, des routes stratégiques et un art militaire consommé ainsi qu’une diplomatie de qualité capable de diviser les adversaires de l’Empire. En revanche, l’Empire avait contre lui l’obligation d’avoir des armées sur ses frontières d’Afrique et d’Asie, alors qu’il devait aussi faire face à des troubles. Toutefois concernant les barbares germaniques il n’y avait selon l’auteur aucune force morale : ils n’étaient guidés par aucune haine religieuse ou ethnique, bien au contraire ils admiraient l’Empire et « voulait s’y établir et en jouir ». Toujours selon l’auteur, les barbares germaniques ne se jetèrent pas spontanément sur l’Empire : ils furent poussés par l’arrivée des Huns qui entraina le refoulement des Goths sur l’Empire de même les Ostrogoths défaits furent rejetés sur la Pannonie et les Wisigoths fuirent sur le Danube : ils furent finalement reçus avec le consentement de l’Empereur avec le statut de fédérés, mais l’opération fut bâclée et on leur assigna pas de terre, ils révoltèrent en 377 et déferlèrent sur la Méditerranée qu’ils convoitaient. Ce terrible fiasco conduisit le 9 août 379 à la bataille d’Andrinople (qu’Alexandre Barberro a étudié dans un ouvrage intitulé « le Jour des barbares » dans la collection Champ Flammarion). Au cours de la bataille d’Andrinople l’empereur Valens fut tué et les troupes impériales vaincues : le bilan fut terrible toute la Thrace fut pillée à l’exception des villes. Les barbares arrivèrent à Constantinople qui leur résista comme plus tard elle résistera aux Arabes.

L’auteur estime que sans Constantinople les barbares auraient atteint la mer une zone vitale de l’Empire, mais finalement après les avoir vaincu Théodose les installe en Mésie. Toutefois, un processus de déliquescence inexorable de l’Empire romain d’Occident est lancé : en 476 la chute de Romulus Augustule en 476 livrera la Provence aux Wisigoths : toute la méditerranée occidentale est perdue. L’Orient lui-même menacé sur le long du Danube ne pouvait rien faire : « si les barbares avaient voulu détruire l’Empire ils n’avaient qu’à s’entendre pour y réussir. Mais ils ne le voulaient pas. » Assez curieusement, si l’on met de côté les anglo-saxons qui ont conquis la Bretagne, la moins romanisée des provinces de l’Empire, tous les autres continuent à considérer l’Empereur comme un souverain éminent : Théodoric gouverne en son nom, le roi Burgonde Sigismond lui écrit en 516-518 avec la plus grande déférence et Clovis se fait gloire de recevoir le titre de Consul : pas un n’ose prendre le titre d’Empereur, pour avoir un nouvel Empereur d’Occident il faudra attendre Charlemagne. Cette situation a priori étonnante est causée selon Pirenne par le fait que la Romania, légèrement réduite vers le Nord, subsiste dans son ensemble, évidement elle est fort atteinte mais elle continue à vivre par sa masse : rien en l’a remplacée, personne ne proteste contre elle. Au milieu de la décadence il n’y a qu’une force morale qui résiste l’Eglise, et pour l’Eglise l’Empire subsiste toujours ; même si l’Eglise a des relations conflictuelles avec les empereurs de Byzance elle leur reste fidèle. Henri Pirenne considère que les Ostrogoths, Wisigoths, Vandales et Burgondes gouvernent à la romaine reprenant à leur compte des structures administratives d’une efficacité supérieure qu’ils n’ont pas la capacité de remplacer : « C’est sous ces rois nouveaux, l’ancien régime qui dure, avec bien des pertes sans doutes » (dans le domaine culturel). On constate une seule nouveauté qui est la gratuité de l’armée grâce au partage des terres : l’Etat est allégé de ce terrible budget. Pour Pirenne, il n’y a pas de plus grande erreur que de croire que l’idée impériale ait disparue avec le dépècement des provinces occidentales de l’Empire par les barbares : l’empereur de Constantinople, le Basileus exerce toujours une autorité théorique sur l’ensemble même s’il ne gouverne plus. Toutefois, Henri Pirenne narre en détail la puissante tentative de reconstitution de l’Empire par Justinien (527-565) : on peut donc considérer que la persistance de la Romania tant vantée par Pirenne n’était pas satisfaisante pour Constantinople : celle-ci dispose d’une flotte puissante et de l’appui de l’église et en Italie elle peut compter sur l’appui des grandes familles romaines, et en Afrique sur la clientèle des réfugiés de l’aristocratie Vandale. Avant d’entreprendre sa campagne de reconquête Justinien fait la paix avec l’Empire Perse en 532. Justinien dirigea son offensive contre les Vandales en 533 et en une seule campagne Bélisaire triomphe de l’usurpateur Gélimer et s’empare de toutes la côte d’Afrique jusqu’à Ceuta, Justinien se hâte d’y établir un limes et reprend immédiatement en main le gouvernement du pays au sein duquel tout le système administratif romain qui a été conservé. Après la mort du jeune roi des Ostrogoths Athalaric, immédiatement à la fin de la campagne d’Afrique Justinien décida d’intervenir et Bélisaire s’empara de la Sicile complétant ainsi la conquête de l’Afrique : acclamé par la population il marche alors sur le Nord, entre à Naples et entre à Rome en 536. L’Afrique et l’Italie reconquise, Justinien se tourne vers l’Espagne et profite de dissensions : les Romains occupent maintenant toutes les côtes de la mer Tyrrhénienne, sauf la Provence (cédée par Justinien aux Francs) et la royauté Wisigothique qui reconnaît la suzeraineté impériale est coupée de la mer : la méditerranée est redevenu un lac Romain. Toutefois, la période suivante de 565 à 610 est l’une des plus désolée de l’histoire de Byzance : la guerre sévit à toutes les frontières : les Perses, les Slaves et les Avars se jettent sur l’Empire et en 568 les Lombards envahissent l’Italie du Nord et l’Empire cède bientôt sur tous les fronts, l’évènement le plus important de cette période étant l’invasion lombarde.

A cette continuité de l’idéal et de l’idée impériale Romaine, même réduire à un magistère moral et à des échanges commerciaux jamais interrompus en méditerranée, Henri Pirenne estime que l’expansion de l’Islam au VIIème siècle. Au demeurant cette percée militaire foudroyante est surprenante, car comme l’Empire Romain, l’Empire Perse a pris des mesures défensives minimales contre des tribus de bédouins provenant de la péninsule Arabique sans estimer qu’ils représentaient une réelle menace militaire. Pour Pirenne le succès de l’attaque Arabe en 634 s’explique par l’épuisement des deux empires précités à la suite de la longue lutte qui les a opposé et qui est couronné par la victoire d’Héraclius sur Chosroês, mais cette remontée en puissance de l’empire romain d’Orient a pour corollaire l’épuisement. Et c’est par pan entier que l’empire croule devant les Arabes. Se pose alors de savoir qu’elle est la différence avec les Germains qui ont été absorbés par le monde Romain, si l’on considère comme le fait l’honneur que les effectifs étaient similaires, avec les Arabes qui ne le seront pas. Selon Pirenne les Germains n’avaient rien à opposer au christianisme de l’Empire tandis que les Arabes sont poussés par une foi nouvelle qui les rend inassimilables : mais pour le reste les Arabes n’ont pas plus de préventions que les Germains à l’encontre de l’Empire et vont assimiler rapidement les aspects scientifiques Grecs et les arts Perses : cette réponse de Pirenne est toutefois ambiguë et l’auteur nuance son propos en considérant que « Islam veut dire soumission à Dieu et Musulman veut dire soumis. Allah est un et il est logique dès lors que tous ses serviteurs aient pour devoir de l’imposer aux incroyants, aux infidèles » (pp 128-129). Quant à la soi-disant tolérance à l’égard des gens du livre Chrétiens et Juifs : « (L’Islam) n’exige que l’obéissance à Allah, obéissance extérieure d’êtres inférieurs, dégradés, méprisables, qu’on tolère mais qui vivent dans l’abjection » c’est en ignorant la foi des infidèles que l’on peut les en détacher et que l’on peut les amener à Allah : donc là où le Germain se romanise en entrant dans la Romania, le Romain au contraire s’arabise dès qu’il est conquis par l’Islam (Pirenne pp 129-130). En se christianisant l’Empire avait changé d’âme et en s’islamisant, il change à la fois de corps et d’esprits. L’Islam introduit un nouveau monde sur les rivages de la méditerranée où Rome avait répandu le syncrétisme de sa civilisation. Une coupure géopolitique et culturelle est introduite « aux bords du Mare Nostrum avec désormais deux civilisations différentes et hostiles ». Henri Pirenne constatait qu’au début du XXième siècle la civilisation européenne avait réussi à se subordonner la civilisation Orientale, elle ne l’a pas assimilé : on retrouve des arguments très proche du choc des civilisations de Samuel Huntington.

Un élément majeur de la thèse de Pirenne est que la mer qui était le centre de la Chrétienté en devient la frontière : l’unité de la Méditerranée est brisée. L’auteur fait une chronologie très pointue des campagnes militaires musulmanes : et c’est très bien car cet aspect est souvent traité de manière subalterne ou bien pas traité du tout.

La conséquence de tout cela est que cette interruption des échanges par la méditerranée va entraîner un déplacement de l’activité politique et économique vers le Nord et créer les conditions nécessaires à l’émergence d’un nouvel Empire d’occident dont les carolingiens seront le centre. Il me semble que Pirenne sous-estime beaucoup la dynastie mérovingienne et attribue un rôle très secondaire à Clovis qui sur le plan militaire a été pourtant un allié précieux de l’église gallo-romaine. De même, il se montre assez cassant avec la personnalité de Charles Martel, qui est finalement réduit à un simple usurpateur, mais dont les campagnes militaires (pas toujours couvertes de succès) sont reconnues. Le rôle de Byzance est bien décrit et je m’en félicite, même si les querelles théologiques dont parle Pirenne sont essentiellement devenus des questions de spécialistes pointus.

En 800 Charles (Carolus Magnus) a conquis la Saxe, la Bavière, anéanti les Avars et attaqué l’Espagne (avec des résultats qui demeurent modestes…), mais presque toute la chrétienté occidentale est en ses mains. Le 25 décembre 800, Charles coiffe la couronne impériale et le pape consacre cet empire chrétien. Charlemagne y reçoit son titre suivant la procédure en vigueur à Byzance, par l’acclamation : mais sur le fond le nouveau souverain n’est pas un empereur de plus avec celui de Byzance : sur le plan formel il devient le seul véritable empereur. Pour Henri Pirenne l’Empire de Charlemagne est le point d’aboutissement de la rupture par l’Islam de l’équilibre européen l’autorité de pape ne s’étend plus au-delà de l’Europe Occidentale, et en outre la conquête de l’Espagne et de l’Afrique par l’Islam fait du roi des Francs le maitre de l’Occident chrétien.


Le Chant des dunes
Le Chant des dunes
par John CONNOLLY
Edition : Broché
Prix : EUR 22,00

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un roman particulièrement sombre : un grand cru des aventures de Charlie Parker, 20 février 2016
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Le détective Charlie Parker se trouve en convalescence après avoir été quasiment laissé pour mort par les tueurs de l'Homme Vert.

Le nouvel épisode aurait pu être une simple transition la longue série de ses aventures. Charlie Parker décide de trouver refuge dans une petite localité, sans doute plus accueillante, la petite ville de Boreas. Les débuts de la convalescence de Parker sont laborieux, même avec le soutien de ses amis Louis et Angel. Toutefois, cet opus possède une force magistrale : le détective au repos va devoir se confronter à une des incarnations du mal les plus odieuses du début du XXème siècle qui selon Friedrich Nietzsche "devait être l'âge classique de la guerre". Une série de meurtres ,a priori sans grand intérêt, va réveiller les instincts professionnels de Parker : on peut dire que cela sera une partie importante de sa thérapie.

Car en vérité, la petite localité de Boreas cache de bien noirs secrets. Au cours de son aventure Parker va être confronté à des tueurs vicieux autant qu’impitoyables qui vont raviver les instincts de chasseur et de justicier de Parker que l'on pouvait penser bien émoussé.

Cet opus fait intervenir des personnages récurrents de l'univers de Charlie Parker avec notamment ses inséparables amis Louis et Angel qui plus que jamais seront ses anges gardiens, mais aussi l'effrayant et ambiguë "collectionneur".

Le texte de John Connolly possède une trame historique en relations avec la seconde guerre mondiale très bien intégrée dans l'intrigue et ayant fait l'objet d'une recherche documentaire minutieuse, ce qui doit être souligné.

Tous les éléments sont réunis pour faire de ce livre une aventure passionnante de Charlie Parker. Un grand cru à consommer sans modération...

Bonne lecture à tous.


Spartacus, chef de guerre
Spartacus, chef de guerre
par Yann Le Bohec
Edition : Broché
Prix : EUR 17,90

4 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une étude remarquable avec un traitement critique de l'information, 20 février 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Spartacus, chef de guerre (Broché)
L’ouvrage de Yann Le Bohec consacré à Spartacus est un travail remarquable d’analyse des données historiques et de réfutations des mythes à vocation politique qui ont été développés par une historiographie marxiste d’obédience soviétique, plus éprise de lutte des classes que de vérité historique. Selon Le Bohec la vulgate marxo-hollywoodienne a donné naissance à plusieurs erreurs : Spartacus aurait été un bon tacticien et un fin stratège parce qu’il aurait servi dans l’armée romaine et les premiers révoltés auraient été d’excellents combattant en raison de leur métier de gladiateurs. Sur le premier point, Le Bohec estime que la preuve de l’appartenance de Spartacus à l’armée romaine est loin d’être acquise, en tant que Thrace il n’aurait pu au mieux être un officier subalterne dans les rangs des alliés (socii). De même, les gladiateurs étaient formés pour conduire un combat individuel et il est hautement improbable qu’ils aient pu vaincre des légionnaires (forme d’escrime différente et armes de spectacle pour les gladiateurs).

Pour Yann Le Bohec l’analyse du mythe de Spartacus et des éléments authentiques a été négligé parce que l’aspect militaire de l’aventure de Spartacus a été oublié et négligée. L’aspect documentaire fait, comme souvent chez Le Bohec l’objet d’une analyse critique : les histoires de Salluste sont intéressantes dans la mesure où Salluste est « une source primaire indirecte » qu’il est nécessaire de compléter par des sources secondaires comme Caecilius de Kalé Akté auteur d’un ouvrage intitulé les guerres serviles, mais dont il ne subsiste pas grand-chose, Le Bohec espère que les écrivains de l’Antiquité l’ai connu et utilisé. Il subsiste trois auteurs du IIème siècle avant JC, siècle des Antonins : Florus un latin, Plutarque et Appien d’Alexandrie, deux grecs qui adoptent un style relativement neutre pour traiter des évènements. Appien est considéré comme un vrai historien avec une division originale de son œuvre sous un aspect géographique. Les guerres civiles romaines ont été placées à part et il a placé l’épisode de Spartacus dans cette subdivision.

Son origine est bien la Thrace selon Le Bohec qui indique que ceux-ci par leur culture et leur langue appartenaient au monde indo-européen et étaient apparentés aux Illyriens habitants de l’ex-Yougoslavie. Les Thraces étaient des guerriers réputés qui combattaient avec une lance et un poignard et se protégeaient avec un petit bouclier de cuir appelé pelte. Ils étaient de bons cavaliers et avaient intégré à leur panthéon un dieu appelé par les archéologues « le cavalier Thrace ». Ils sont entrés en conflits avec Rome à plusieurs reprises. L’ensemble des Thraces a appuyé en 88 Mithridate roi du Pont (partie nord de l’Anatolie) et c’est pour cette raison que Scylla les a combattue et les a vaincus en 86 avant JC. De 84 à 74, ils ont de nouveau apporté leur soutien à Mithridate et ils n’ont été soumis que provisoirement en 72/71. Rome les a ensuite confiés à des rois issus de leurs ranges leur imposant un protectorat avant de créer officiellement une province de Thrace en 46 après JC. Le Bohec examine les différentes hypothèses sur la carrière de Spartacus et estime qu’il est né vers 93 et a été capturé vers 75, injustement puisqu’il était un homme libre, puis transféré à Rome et malgré ses protestations vendu comme esclave et enfermé dans une caserne pour gladiateurs. Spartacus avait rencontré à Rome une femme originaire du même pays que lui et elle aussi esclave : il en fit sa compagne et elle put le suivre tout le reste de sa brève existence. Cette femme était une prophétesse et une adepte du culte de Dionysos.

Pour Le Bohec le portrait physique de Spartacus ne pose aucun problème dans la mesure où personne ne sait à quoi il ressemblait, mais puisque il a été acheté pour être gladiateur on peut simplement estimer qu’il devait être très fort. Il possédait des qualités de chef de guerre, du courage de l’autorité et de l’intelligence.

Yann Le Bohec donne une description très précise de l’armée romaine qui était fort bien organisée et disposait de soldats qui devenaient des professionnels : Spartacus et ses compagnons révoltés avaient peu de chance de l’emporter : pourtant comme le constante l’auteur ils ont tenu la campagne pendant près de deux ans. L’auteur rappelle que tous les gladiateurs n’étaient pas des esclaves. Si la gladiature célébrait à l’origine un mort sa nature a évoluée, le rite est devenue un spectacle offert au peuple pour le charmer et l’honorer dans le cadre de l’évergétisme : il s’agissait d’une pratique socio-politique qui a été particulièrement étudiée par Paul Veyne et qui consistait à flatter le peuple en lui offrant des spectacles et des monuments (cadeaux collectifs dénommés munera). La séance de combat était demandée par un numerarius (celui qui payait), à Rome s’était le prêteur et dans les cités d’Italie les magistrats municipaux on n’importe quel citoyen aisé qui s’adressait à un laniste, le directeur d’une école caserne prison appelé ludus. Les gladiateurs appartenaient à des origines sociales très diverses, beaucoup d’entre eux étaient des esclaves, souvent des prisonniers de guerre ou encore des condamnés, même si à leur côté on retrouvait aussi des hommes libres volontaires et à une certaine époque on vit même des femmes combattre entre elles. Leur vie était souvent courte, ajoute Le Bohec et il leur arrivait de combattre jusqu’à la mort ; certains obtenaient leur libération et portait le titre de rudiarius.

Historiquement, l’insurrection de Spartacus fut précédée par des mouvements similaires de plus ou moins grande ampleur : en 217 av JC la situation difficile de Rome face à Hannibal entraîna une conjuration d’esclaves qui fut découverte en pleine ville au Champ de Mars. En 198, la cité de Setia en Italie centrale connue une vraie révolte qui associait des esclaves africains et des otages remis par les carthaginois en vertu du traité mettant fin à la deuxième des guerres Puniques. Toutefois, c’est la Sicile qui fut la terre la plus touchée avec « deux guerres serviles » identifiées comme telles par les historiens. Le premier conflit dura de 135 à 132 et le second est attesté en 104-101. Yann Le Bohec conteste le fait qu’il s’agisse de guerres de libération nationale postulées par certains historiens.

L’insurrection déclenchée par Spartacus commença en Campanie à Capoue située à 20 km de Naples. La caserne dans laquelle vivait Spartacus appartenait à un certain Cneius Lentullus Batiatus laniste parfaitement inconnu jusqu’à ce moment. La caserne de gladiateurs comprenait 200 personnes, dont seulement 70 vont suivre Spartacus dans son échappée, peut être suggère Le Bohec en raison d’un programme « trop personnel ». Le projet de Spartacus était de quitter le ludus avec ceux de ses collègues qui accepterait de le suivre : programme qui en soit était déjà extrêmement dangereux, car Rome ne laisserait jamais impunie une telle action. Les hommes qui suivirent Spartacus se caractérisaient par une certaine diversité ethnique, il s’agissait d’une part de Thrace, tandis que les autres qui avaient une forte réputation de propension à la violence étaient des Gaulois et des Germains. Les évadés furent poursuivis à partir de Capoue et réussirent à repousser leurs assaillants malgré un armement initial de mauvaise qualité qui fut immédiatement remplacé par celui des vaincus. Spartacus et sa troupe prirent le chemin du Vésuve à 25 km dans le Sud-est.

Dès qu’ils furent sur le Vésuve les gladiateurs virent accourir à eux des esclaves en rupture de ban que les auteurs anciens appelaient des fugitivi. La troupe fut aussi rejointe par quelques hommes libres sans que leur nature ait retenu l’attention des historiens anciens. Spartacus fit conduire des raids dans la région pour pourvoir à la subsistance de ses compagnons. Spartacus obtint que le butin obtenu fût partagé entre tous de manière équitable, cette magnanimité conduisit à gonfler les rangs des fugitifs.

Le Sénat fut informé de la révolte et de l’échec de la répression et prit en main la gestion de l’affaire : il faut bien comprendre que Rome était surtout préoccupé par la rébellion de Sertorius en Espagne contre qui Pompée avait été envoyé et agression de Mithridate en Orient avec l’envoi d’un certain Lucullus. A priori une révolte servile n’était pas de nature à ébranler les fondements de la puissance de Rome et l’affaire fit d’abord jugée secondaire, bien qu’il fût absolument capital d’enrayer un désordre que les romains avaient en horreur. Le Sénat confia le règlement de l’affaire à un homme qui avait été préteur Caius Claudius Glaber qui portait sans doute le titre de propréteur. Le Sénat lui confia 3000 hommes seulement, recrutés à la hâte sans réelle homogénéité : il semble que les hommes n’appartenaient pas au milieu des citoyens romains, il est possible d’estimer qu’ils n’étaient pas des légionnaires mais plutôt des socii, peut-être même des fantassins légers. Glaber décida d’encercler le Vésuve, Spartacus parvint à contourner le dispositif de Glaber au moyen de cordage en sarments de vigne. Les assiégeants s’enfuirent et leur camp fut pris et pillé. C’est la deuxième victoire de Spartacus et une sévère défaite pour les Romains.

Par la suite Spartacus organisa des raids en Campanie et en Lucanie : une nouvelle fois le Sénat romain décide d’envoyer le préteur Publius Varinius, sur lequel il n’existe pas plus d’informations que sur Claudius Glaber. La campagne conduite par Varinius fut un nouvel échec : les Romains engagèrent au plus 6000 hommes, tandis que Spartacus avait fait des esclaves une véritable armée, organisée pour une véritable guerre : selon Le Bohec c’est à partir de ce moment que les qualités d’organisateur et de tacticien permettent de considérer Spartacus comme un chef de guerre. Les 70 gladiateurs révoltés étaient devenus 7000 esclaves insurgés, puis 60 000, 90 000 et enfin plus de 100 000. Une scission avec un autre révolté Crixus causa la perte de ce dernier et les 10 000 combattants qui survécurent au désastre rejoignirent à nouveau Spartacus.

Yann Le Bohec estime que Spartacus avait réussi à organiser une vraie armée avec infanterie lourde, légère et cavalerie avec deux lacunes qui allaient causer son échec final, son incapacité à recourir à la poliorcétique et l’absence de marine. Rome réagit une nouvelle fois en envoyant un propréteur Quintus Arrius et deux consuls Lentullus et Gellius : les moyens mis à leur disposition étaient de deux légions soit 10 000 fantassin lourds. Le propréteur parvient à infliger une lourde défaite à Crixus qui trouve la mort au cours de la bataille. De son côté Spartacus envisage d’abord une sortie d’Italie par le nord : Spartacus et son armée d’esclave affrontent le proconsul de Gaule Cisalpine, le déroulement de la bataille n’est pas connu mais son bilan montre que les Romains ont perdu 10 000 hommes sur le champ de bataille dont le gouverneur lui-même. Néanmoins, Spartacus décide de faire route vers le sud après sa victoire à Modène, ce revirement après une victoire importante est expliqué par Orose et Appien qui estiment que le chef des fugitifs était en fait pris au piège, coincé par les Apennins à l’ouest, l’Adriatique à l’est, le consul Lentulus au nord et le consul Gellius au sud.

L’hypothèse de Le Bohec est que Spartacus et les esclaves révoltés cherchaient avant toute chose à quitter l’Italie car ils ne pouvaient attendre aucun pardon et aucune pitié de la part de leurs adversaires. Le non dépassement de Modène s’explique sans doute par la difficulté de franchissement de cols bien gardés, et en outre Pompée allait revenir des Espagnes ou il finissait de vaincre Sertorius et représentait une menace très sérieuse pour les fugitifs. Le premier projet de Spartacus fut de prendre une nouvelle route pour le retour et de passer par Rome, toutefois l’absence totale de connaissance en poliorcétique ne permettait pas sérieusement d’envisager de réussir là où Hannibal avait lui-même échoué. Toutefois, il était possible de ravager la banlieue de Rome et de semer la terreur au sein des propriétaires fonciers. La menace de Pompée étant sérieuse, il ne restait qu’une voie possible le Picenum. Il est possible qu’au cours de son périple Spartacus soit parvenu à vaincre l’un des deux consuls envoyé à sa poursuite, même si les éléments font défauts.

Après l’échec du propréteur Glaber, du préteur Varinius et des Consuls Lentullus et Gellius l’affaire fut considérée comme extrêmement grave au Sénat : il était ridicule de nommer un dictateur pour résoudre l’affaire, mais il fallait désigner une personne qui aurait une prestance supérieure à celle d’un Consul : Marcus Licinius Crassus fut donc accepté pour remplir la tâche consistant à vaincre Spartacus. A l’automne 72, Crassus reçut des effectifs importants pour remplir sa mission avec une armée de six à dix légions c’est-à-dire 50 000 fantassins lourds, de l’infanterie légère, de la cavalerie et des troupes d’élite (Crassus disposait aussi d’une armée privée qu’il mit au service de la République). Les débuts furent médiocres avec la bataille qui se déroula vers la fin de l’année 72 av JC près de Fanum Fortunae et se solda par un échec. Finalement Crassus compris qu’il devait se montrer plus prudent et conduisit un coup de main contre un camp séparé ou se trouvaient 10 000 esclaves : cette fois les Romains l’emportèrent, 6000 fugitifs furent tués et 900 furent fait prisonniers.

Spartacus gagna Thurii qui possédait un port bien connu, il entreprit des négociations avec des pirates ciliciens pour envoyer 2000 de ses hommes en Sicile pour tenter d’y rallumer une guerre servile, la Sicile était connue pour ses esclaves rebelles et indisciplinés, mais ce projet échoua, les pirates reculèrent devant les nombreuses difficultés. Finalement, les rebelles furent rejoints par Crassus à Rhegium qui fit usage contre eux de la poliorcétique offensive qui consista en la construction d’un mur dont Spartacus essaya en vain d’empêcher la construction. Une fois le mur achevé il voulut le percer en tentant une sortie et essuya de lourdes estimées à 12 000 hommes sur une journée pour des pertes Romaines très faibles. La bataille se termine néanmoins par la rupture de l’enceinte, un pan du Vallum étant arraché : le siège de Rhegium se terminait par une victoire de Spartacus et une défaite de Crassus, mais de manière inexorable les Romains reprenaient le dessus…

Après l’épisode de Rhegium l’issue est bien connu le sort de Spartacus et des esclaves révoltés va se jouer au cours de 3 batailles. La première fut la bataille de Silarus (Sele) en Campanie dans les environs de Pestum, cette bataille serait l’antépénultième conduite par Spartacus selon l’analyse de Le Bohec. Comme pour l’épisode de Craxus se sont à nouveau des Gaulois qui sont en cause et qui se sont séparé de Spartacus pour des raisons d’approvisionnement : les hommes était placé sous la conduite de deux chefs Gannicus et Castus. Informé de leur mouvement Crassus envoya contre eux deux officiers qui commandaient douze cohortes soit environ 6000 hommes. Les Romains Pontinus et Marcus Rufus envisagèrent d’abord de tendre une embuscade mais durent renoncer : ils eurent même de la chance puisque le gros de l’armée romaine les rejoignit en prenant position sur les auteurs, les Gaulois arrivaient par un versant mal orienté et le terrain était glissant. Ce fut un désastre pour les fugitifs qui perdirent 35 000 morts sur le terrain. Cela marquait enfin une grande victoire pour les Romains et Crassus fut en mesure de récupérer un important butin et récupéra aussi les 5 aigles que ses prédécesseurs avaient perdu, et cinq faisceaux avec leur hache, preuve que des magistrats supérieurs avaient été vaincus. Les 5 aigles tendraient à démontrer que les troupes de Spartacus auraient détruit cinq légions soit 25 000 hommes perdus.

La bataille de Petellia est assez mal connu et correspondrait à un raid organisé par Spartacus, toujours est-il que Crassus envoya un légat et un questeur contre Spartacus et les Romains essuyèrent une dernière défaite…La dernière bataille entre Romains et esclaves eut lieu en mars 1971 dans la zone frontalière entre la Lucanie et l’Apulie : cette dernière bataille fut décisive dans la mesure où elle mit fin à la guerre, selon Le Bohec elle peut aussi être classée dans « les batailles d’anéantissement ». Cette ultime confrontation opposa de 40 800 à 70 000 insurgés contre l’armée de Crassus, Spartacus tua son cheval, probablement pour montrer sa détermination et conscient du fait que son histoire touchait à sa fin. Il tenta d’approcher Crassus pour le tuer, mais cela ne fut jamais possible bien qu’il réussit à tuer deux centurions. La bataille fut longue, Spartacus fut blessé par un javelot à la cuisse, et il fut tué selon Le Bohec « il mourut avec courage et honneur ; son corps ne fut pas retrouvé, et sans doute ne fut-il pas recherché ». Les auteurs anciens les plus crédibles estiment que le bilan de cette bataille fut de 60 000 morts et 6000 prisonniers chez les vaincus contre 1000 morts chez les Romains.

Crassus s’occupa des 6000 prisonniers en les faisant crucifier le long de la voie Appienne qui reliait Rome à Cordoue.
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Souvenirs d'une ambassade à Berlin 1931-1938
Souvenirs d'une ambassade à Berlin 1931-1938
par André FRANÇOIS-PONCET
Edition : Broché
Prix : EUR 24,00

12 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage exceptionnel : un ambassadeur de très haut niveau, 15 février 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Souvenirs d'une ambassade à Berlin 1931-1938 (Broché)
La réédition de l’ouvrage de André François-Poncet « souvenir d’une ambassade à Berlin : 1931-1938 » peut être à juste titre considéré comme un évènement et la lecture de cet ouvrage s’impose logiquement pour tous les passionnées d’histoire diplomatique et de compréhension des mécanismes qui ont conduit à la seconde guerre mondiale. En effet, après lecture de l’ouvrage on comprend très bien que la France était parfaitement informée des travers de voyous et des ambitions délirantes du maître du 3ème Reich. André François-Poncet était un normalien agrégé d’allemand que rien ne prédestinait à la carrière diplomatique, mais puisque n’étant pas issus du sérail du quai d’Orsay on ne peut être qu’admiratif par les qualités intellectuelles et morales de cet homme et en vouloir encore plus à l’égard des personnels politiques et militaires de la IIIème République !!!!. Jean-Paul Bled a rédigé une excellente préface et un dispositif scientifique consistant en des notes de bas de page qui viennent préciser le rôle et les fonctions de tel ou tel personnage du régime hitlérien tombé plus ou moins dans l’oubli, ce qui fait que l’ouvrage est aisément accessible à tous les lecteurs intéressés. Comme le fait remarquer Jean-Paul Bled dans sa préface « Dans l’œil du cyclone » « François-Poncet n’a cessé d’alerter sont ministre contre les menaces qui s’accumulent. Régulièrement il est revenu à la charge. Il apprend à ses dépens qu’un ambassadeur même le mieux informé, n’a que peu d’influence, voire aucune sur les prises de décision de son gouvernement ». Tout est dit. Selon André François-Poncet les rapports et télégrammes écrits au cours des sept années passées à Berlin (beaucoup de textes dépassaient les 20 à 30 pages, au mépris des convenances) ont fini par former un corpus de 40 volumes, dont une partie a périe dans la destruction des archives du quai d’Orsay le 16 mai 1940, une collection était conservée dans une petite annexe de l’ambassade de France à Berlin et a survécu aux bombardements de la capitale du Reich.

Un chapitre est consacré au chancelier Brüning, un homme que François-Poncet semble avoir apprécié et avec qui il était possible d’envisager la solution du problème franco-allemand. Toutefois, Brüning a laissé son ministre des affaires étrangères Curtius s’embarquer dans une tentative d’Anschluss économique avec l’Autriche qui était elle-même aux abois sur le plan financier (24 mars 1931) : la France s’est élevée avec force contre cette initiative et l’Allemagne et l’Autriche ont dû comparaître comme deux coupables devant la SDN et s’en remettre à l’arbitrage de la Cour de la Haye. L’action négative de la France est évidente et elle aura les plus terribles répercussions : il est évident qu’il existe des limites à l’humiliation que l’on peut imposer à une grande puissance. Le passage à la SDN conduisit les banques anglo-saxonnes à retirer leurs crédits investis en Allemagne et en dépit du fait que les banques allemandes paraissaient les plus solides, l’Allemagne faisait face à une hémorragie de capitaux et de devise que même la banque d’Empire ne pouvait combler… In extremis, c’est le président Hoover qui sous la forme d’un moratoire sauva l’Allemagne de la banqueroute, sous la pression de la France, le plan fut réduit à la dispense de paiement de l’annuité conditionnelle du plan Young, mais le Reich disposait d’un sérieux répit principalement dû au crédit du chancelier Brüning auprès des Anglo-Saxons ; en outre la France et les pays associés comme la Belgique, l’Italie, les Etats-Unis invitèrent l’Allemagne à se réunir pour une conférence à Londres pour rétablir la confiance. A cette époque Pierre Laval était en pleine ascension politique en France et témoignait d’une grande confiance en lui et aspirait à prendre la place de Briand trop vieux et à apparaître comme le « pacificateur d’un univers troublé et déchiré ». Plus hardi que Briand, il s’appuierait moins sur les commissions de la SDN et considérait que les contacts directs d’homme à homme étaient plus propice à permettre la résolution des problèmes les plus complexes : François-Poncet assassine cet opportuniste en notant « il est vrai qu’il n’était gêné ni par la connaissance de ces problèmes, ni par un penchant à en faire l’étude approfondie. Il était habile, moins toutefois qu’il ne le croyait, et d’une habileté vulgaire ». Les grandes puissances sont conscientes du risque de voir réapparaître via l’opposition de la France et de l’Allemagne un risque de guerre, et puisque les problèmes politiques ne pouvaient être résolues frontalement il fut décidé de se rabattre sur les problèmes économiques : on espérait que l’entente économique créerait les conditions propices à une entente politique, et s’est ainsi que comme François-Poncet avait été mêlé à tous les problèmes de l’Anchlusse et du moratoire en sa qualité de sous-secrétaire d’Etat à l’économie nationale les échanges de vue entre Briand, Laval et Brüning conduisirent à la nomination de François-Poncet comme ambassadeur à Berlin.
François-Poncet est témoin de la montée en puissance de Hitler dont il décrit les manœuvres grotesques pour acquérir la nationalité allemande, Hitler se présent à l’élection à la présidence de la république de Weimar contre le maréchal Hindenburg, le vainqueur de la bataille de Tannenberg : la progression en voix de Hitler est tout à fait impressionnante dans un contexte démocratique : au premier tour Hitler reçoit 4 millions de voix supplémentaire par rapport aux élections de 1930 au Reichstag et au second tour il engrange encore un renfort de 2 millions de scrutins, ce qui à l’évidence témoigne d’un terrible malaise au sien de la population Allemande. Pour François-Poncet, la chute du chancelier Brüning qui en résulte est la disparition des derniers vestiges de la démocratie parlementaire « le frein qui retardait le Reich sur le chemin de l’aventure ».

Un chapitre est consacré à Papen et Von Schleicher, François-Poncet à des mots assez dur sur Franz von Papen car il s’agit d’un personnage de second plan surtout connu pour être la risée de ses amis et de ses adversaires : il est principalement connu pour son passage malheureux comme attaché militaire à Washington d’où il fut expulsé en 1917 (il fournissait une aide à l’amirauté allemande pour torpiller les convois alliés…) C’est un catholique conservateur sans relief, un ambitieux sans scrupule peu apprécié au sein même de sa formation politique. Pour François-Poncet le véritable acteur politique central est la Reichswehr : c’est elle qui a inventé Hitler en le chargeant de la renseigner sur le mouvement politique à Munich. Et le véritable relais de la Reichswehr au sein du cabinet Papen est le général Schleicher, que François-Poncet semble avoir apprécié au moins cela n’était pas un homme malhonnête et les rares indications qu’il lui a transmise se sont toujours révélées juste : il rêvait d’un Etat socialo-militaire qui aurait enlevé sa clientèle électorale au nazisme, mais lorsqu’il devint lui-même chancelier il s’épuisera en vain dans cette chimère. L’Allemagne obtient des alliés via l’accord de Lausanne une proposition de règlement final de ses réparations de guerre avec le paiement retardé de 3 milliards de marks-or sous forme d’obligation : cette dette ne sera jamais payée. Von Neurath et von Schleicher attendent de la France plus de compréhension sur la question des armements : l’argumentation n’est pas totalement mauvaise, elle indique que le Reich ne peut pas rester indéfiniment dans une situation d’infériorité absolue et réclame une égalité des droits avec les autres puissances. L’Allemagne tente d’entraîner la France dans une démarche diplomatique bilatérale, mais celle-ci échoue dans la mesure où elle est contraire à la charte de la SDN : les conséquences sont substantielles, Papen indique à Genève, siège de la SDN que l’Allemagne ne siègera plus aux réunions de la conférence du désarmement et annonce la mise en chantier d’un cuirassé de 10000 tonnes. François-Poncet narre par le détail le déroulement des élections et des tractations de partis qui permettent à Hitler d’accéder au poste de chancelier : pour ceux qui prétendent que cette situation n’a pas été conforme à la légalité parlementaire il doit être rappelé que le mouvement nazi s’appuie alors sur un corps électoral de 13 millions de personnes, ce n’est pas rien !!!.

La partie la plus passionnante de l’ouvrage est sans doute celle consacrée à l’idéologie hitlérienne (chapitre 3), l’analyse de François-Poncet est lucide autant qu’implacable, la doctrine de Hitler c’est ce que l’on nomme en France le racisme, même si François-Poncet admet que c’est une traduction approximative de Völkisch-Volkstum et de celui de Rasse : l’idée de base du petit caporal fangeux est dans les espèces animales, les races de pur-sang sont supérieures aux races mélangées : le premier devoir des dirigeants d’un peuple est de défendre l’intégrité de la race et de la régénérer si elle est compromise. Et parmi les races d’hommes la meilleur est celle des Aryens dont Hitler ne précise pas la nature mais dont on peut inférer qu’il s’agit de la race germanique élancée, dolichocéphale, blonde aux yeux bleus… Hitler considère le protocole des Sages de Sion comme un document authentique dans lequel un plan de domination mondiale est ourdi par les juifs et leur compagnon de route franc-maçon (eux-mêmes extrêmement enjuivés…) : dans ce contexte François-Poncet comprend que l’antisémitisme est une composante centrale de l’idéologie nazie, la race allemande doit être purifiée des juifs qui doivent être extirpés et anéantis partout où ils se trouvent, car ils conspirent en permanence contre les Aryens. En même temps Hitler étale son dégout pour la masse du peuple allemand et le nomme « le bétails électoral prolétarien ». Hitler possède une suprême confiance dans la propagande et est absolument convaincu que la propagande peut conditionner le peuple allemand et une bonne propagande est celle qui s’adresse moins à l’esprit qu’au cœur car l’important est la foi et l’hystérie collective facile à contrôler et contagieuses. Le IIIème Reich est gouverné selon « le principe du chef » le Führerprinzip : avec un chef qui exerce pleinement son autorité dans le domaine qui lui est attribué et n’est responsable que devant le chef qui l’a nommé. Sur le plan de la religion deux conceptions s’opposent dans l’entourage de Hitler, certains voudraient créer un « christianisme allemand » dans lequel la part du christianisme serait singulièrement réduit, et d’autres comme Rosenberg et Himmler qui sont de farouche anti-chrétien qui souhaitent revenir à la vieille religion des Germains et restaurer les rituels païens : Hitler laisse faire et cela sera surtout tangible au sien de l’ordre Noir des SS. Selon François-Poncet on peut dire qu’au sein du IIIème Reich « les civiles sont comme des militaires détachés à l’usine, au champ et à la boutique ou au bureau ». La tâche de l’Allemagne régénérée par le nazisme sera de se libérer des dernières entraves du Diktat de Versailles et unir en un faisceau solide les rameaux de la race germanique et notamment réintégrer l’Autriche pour disposer d’un Reich homogène peuplé de 70 millions d’allemands. L’Allemagne se heurtera à l’hostilité de ses ennemis dont la France, mais dans la vision géopolitique de Hitler le Reich peut disposer d’alliés opposés à la France qui sont le Royaume-Uni et l’Italie : le IIIème Reich devra s’allier à ses pays afin de régler une fois pour toute le problème de la France avant de pouvoir se retourner contre la Russie bolchevique : une fois victorieuse elle restaurera en Europe les fastes du Saint Empire Germanique et régnera d’abord sur l’Europe germanisée puis pourquoi pas sur le monde entier…

Le reste de l’ouvrage narre par le détail, de la part d’un témoin et acteur la montée en puissance d’Hitler, les différentes phases allant de l’incendie du Reichstag à la nuit des longs couteaux, puis l’anschluss et tous les évènements conduisant à la conférence de Munich : François-Poncet n’est pas trop sévère pour ladite conférence et estime que l’on devait tenter le tout pour le tout dans le contexte de l’époque. Il estime toutefois qu’une des erreurs diplomatiques majeures consiste à ne pas avoir réussi à détacher Mussolini d’Hitler, et notamment d’avoir stigmatisé à outrance l’Italie lors de la guerre en Erythrée : de ce point de vue Pierre Laval avait tenté de conclure un compromis avec le Duce lui donnant satisfaction aux termes de terribles contorsions : mais le compromis fut rejeté, alors que Mussolini avait toujours été un facteur de modération des ambitions hitlériennes en Europe aux côtés des démocraties. Un fois assemblé dans le pacte antikommintern et dans le pacte d’acier, la destinée de l’Italie était irrémédiablement liée à celle du IIIème Reich. Par ailleurs, François-Poncet pointe le manque de cohérence des actions diplomatiques britanniques et françaises et la propension des britanniques à accepter trop rapidement une remontée en puissance de la flotte de Guerre du Reich, sans tenir le moins du monde compte de l’encouragement donné à un fou et de l’absence de prise en compte des intérêts français… Par ailleurs la diplomatie française est décrite comme tout sauf brillante avec un invraisemblable processus de décision et un dilettantisme absurde.

Aux termes de cet ouvrage remarquable, on découvre que la France disposait d’un ambassadeur de choc à Berlin, bien loin des ronds de cuir habituels du quai d’Orsay et que les intentions allemandes étaient parfaitement comprises et disséquées dans un travail minutieux : l’indolence des différents gouvernements français de la IIIème République n’en paraît que plus infamante. Bonne lecture à tous.
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Les Limbes
Les Limbes
Prix : EUR 2,99

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage fantastique de qualité majeure : une révélation, 10 février 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Limbes (Format Kindle)
L'ouvrage d'Olivier Bal constitue une véritable révélation, car quel talent pour un premier ouvrage. Je pense que l'idée de base puise dans les programmes des années 1960/1970 de la CIA sur les pouvoirs psychiques et sur l'usage du LSD pour créer des soldats plus performants.

L'histoire est passionnante, elle commence au Vietnam, ou le héro de l'histoire James Hawkins est un jeune fantassin engagé dans son premier combat réel contre le Vietcong, il fait la connaissance d'un officier Nate Irving qui devient son ami et jouera un grand rôle tout au long de l'ouvrage. Toujours est-il que James est grièvement blessé d'une balle à la tête (à la tempe pour être précis) et reste longuement plongé dans un comas. Lors de cet épisode il fait de manière onirique la découverte d'un endroit étrange et merveilleux, la Nef qui paraît être un élément surnaturel. Par la suite lors de son réveil, James ne peut plus dormir sans être projeté dans les rêves de soldats qui sont en train de mourir dans l'hôpital militaire ou il est soigné : une expérience effrayante. James a obtenu une libération anticipée de ces obligations militaires et retourne aux Etats-Unis. Mais les rêves le poursuivent toujours et il doit s'abrutir avec des somnifères ou bien dans un travail épuisant dans une scierie. C'est alors que Irving effectue un retour dans la vie du jeune homme : il est porteur d'une offre étrange de l'armée qui propose aux deux hommes de rejoindre un programme de recherche ultra secret se déroulant sur une base en Alaska : il faut dire que l'oncle Sam à la main lourde et qu'en cas de refus des poursuites pour désertion seront entamées contre les deux hommes... Hawkins et Irving décident donc de rejoindre la station K-27 (un gigantesque complexe souterrain) qui est situé à 200 km au nord de Galena en Alaska. James Hawkins fait la connaissance du docteur Kleiner qui poursuit un programme de recherche financé par la CIA. L'objectif du programme est d'utiliser les capacités de James et de deux autres patients, dont l'un Caleb est un chaman aborigène d'Australie et le troisième un homme plongée dans le coma. Les expériences portent sur l'entrée dans les rêves d'autrui mais aussi d'une manière ultime d'une prise de contrôle du corps des personnes ainsi visitées... Une des missions confiées à James consiste à retrouver de manière onirique un officier américain détenteur d'informations très pointues et prisonnier des Vietcongs : cette mission est un succès. Toutefois, on décide d'aller plus loin et de prendre le contrôle d'un chef Vietcong pour détruire un important dépôt d'arme : à nouveau c'est un succès, toutefois James reste prisonnier du corps de son hôte au moment de l'explosion. Il se retrouve dans un endroit inquiétant et dévasté, un monde recouvert de cendres le monde des Terres Mortes ou l'attend une confrontation avec une entité maléfique... La fin de l'ouvrage est un modèle du genre avec des voyages en hélicoptères et des bases enneigées dévastées (Galena) qui font immanquablement penser à The Thing avec la propagation d'une sorte d'épidémie qui survient lorsque les gens dorment : les scènes d'actions sont haletantes et fort bien écrites. A la base K-27 le même phénomène est en cours de propagation, tous le personnel va mourir, mais James lui-même survivra et deviendra le Maitre des Limbes... Ce qui laisse furieusement penser à une suite qui devrait être au moins tout aussi passionnante. Bonne lecture à tous!!!
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Snowblind
Snowblind
par Christopher Golden
Edition : Broché
Prix : EUR 23,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un excellent roman d'angoisse, 8 février 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Snowblind (Broché)
Etant un vieux lecteur de roman fantastique anglo-saxons (depuis plus de 30 ans) j’écris ce commentaire pour remettre les choses à leur place au sujet de l'ouvrage de Christopher Golden. Je me demande dans quelle mesure les critiques négatives figurant à propos de cet ouvrage ont réellement été écrite par des personnes ayant lu le livre. Je suis dubitatif.

Snowbling est clairement un récit d'angoisse dans la grande tradition du genre, c'est un récit habilement construit, qui prend le temps de détailler la psychologie des personnages et d'établir un cadre narratif très structuré : on pense aux premiers romans du grand Stephen King. Une chose est sur, il ne faut pas s'attendre à des récits de torture et de mise à mort sanglante. J'ai l'impression que de plus en plus de personnes se tourne vers des récits qui sont un crescendo de violence et sont au fantastique ce que le "tortureporn" est au cinéma de genre, et c'est bien triste.

Un des éléments majeur du roman tourne autour du côté angoissant des tempêtes et périodes de blizzard qui sont très courantes en Nouvelle Angleterre et dans le Maine : ces événements saisonniers marque toujours une période de stress pour les personnes qui ont eu à les vivre (c'est mon cas).

Dans ce contexte anxiogène, l'auteur narre une tempête de neige qui s'est déroulée 12 ans avant les faits relatés dans l'ouvrage : le livre commence d'ailleurs par le récit de cet événement : une tempête de neige à causé la mort de 18 à 20 personnes dans la ville de Coventry. Le déroulement nous est donné par le point de vue croisé de plusieurs protagonistes, qui sont tous marqués profondément par le caractère surnaturel des forces qui cause le décès des personnes disparues.

Le récit "moderne" montre la manière dont les survivants témoins des faits ont réussi à surmonter cette épreuve et à se reconstruire : les personnages sont très humains, avec des familles brisées par le drame et un policier l'inspecteur Keenan qui ne s'est jamais réellement remis de son incapacité à venir en aide à des enfants décédés lors de la première tempête.

Ce récit introduit une nouvelle tempête de neige particulièrement violente qui s'abat à nouveau sur Conventry : au cours de ce nouvel épisode l'élément fantastique refait son apparition d'une manière feutrée puis de plus plus puissante. Les morts de la première tempête réapparaissent soit sous une forme spectrale, soit en prenant possession de corps humains, pour la plus grande joie/épouvante de leur entourage.

La force maléfique est incarnée par les hommes de glace qui sont une variété de créature qui absorbent la chaleur et l’âme des vivants et qui sont indissociable des tempêtes de neige au sein desquels ils vivent : l'affrontement avec ces créatures est le point fort de ce récit et va nous faire osciller entre merveilleux et terreur...

Donc franchement si vous êtes à la recherche d'un récit d'angoisse finement ciselé, profitez donc d'une nuit de grand vent, de préférence en hiver pour vous confronter au mystère de Coventry et aux hommes de glace, vous ne le regretterez pas. Bonne lecture à tous!!


Pétain. Les leçons de l'Histoire
Pétain. Les leçons de l'Histoire
par Marc Ferro
Edition : Poche
Prix : EUR 9,50

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage d'une exceptionnelle qualité, 6 février 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Pétain. Les leçons de l'Histoire (Poche)
L’ouvrage de Marc Ferro intitulé « Pétain les leçons de l’histoire » est la réédition chez Texto d’un ouvrage dont le titre était « Pétain en vérité », l’ouvrage est structuré sous forme de questions/réponses, les questions étant formulées par Serge de Sampigny. Cet ouvrage fait preuve d’une réelle modération et esquisse des réponses aussi complexes que les sujets abordés, on peut dire que le livre est dépourvu des aspects émotionnels et manichéistes qui ont tendance à polluer les ouvrages consacrés à Vichy et au maréchal Pétain, sans pour autant tomber dans l’indulgence.

Marc Ferro rappel à quel point le souvenir du maréchal est resté un élément constitutif de la pensée de l’extrême droite française au travers du GRECE mais aussi du Front National qui y puise toujours une partie de son identité idéologique.

Marc Ferro insiste sur le fait que l’existence de Pétain a été marquée par l’amertume et la gloire : en 1914 on lui fait savoir qu’il ne sera jamais général, et à la fin de l’année 1916 Joffre lui explique que le vainqueur de Verdun est le général Nivelle, et finalement en 1918 Foch et Weygand lui souffle une victoire qu’il souhaitait remporter en franchissant le Rhin et en portant la guerre sur le territoire allemand. En 1935, une campagne de presse tapageuse, cherche à le faire appeler au pouvoir (alors même qu’il est étranger à cet évènement), puis la victoire du front populaire en 1936 met fin à ses illusions. Arrivé au pouvoir en 1940, il voit Pierre Laval se substituer à lui pour appliquer une politique qui est aussi la sienne. Ce qui frappe Marc Ferro, c’est que Pétain, contrairement à nombre d’hommes d’état a toujours eu un questionnement inquiet vis-à-vis de son actions : il expliquera au représentant de la Suisse à Vichy Walter Stucki « j’ai trop cédé, beaucoup trop cédé ». Finalement, réfugié en Suisse, Philippe Pétain fait le choix de rentrer en France pour y répondre de son action, alors même que l’on sait pertinemment que Charles de Gaulle était tout à fait favorable à un exil suisse pour le maréchal. Pour M. Ferro Pétain n’a jamais compris la nature du régime nazi, il n’a jamais compris que le nazisme était foncièrement une idéologie raciste et y voyait seulement les ennemis de toujours « une nation de sauvage ». Ce qui fait que Pétain a toujours cru qu’il était possible de s’entendre avec Hitler, même si à Montoire en octobre 1940 les deux hommes n’ont pas eu grand-chose à se dire…

La perception par les français des actions de Pétain n’ont cessé de se durcir à, mesure que l’on a pris connaissance des fonds d’archives : on a découvert la haine que vouait Pétain aux maquis qui étaient qualifiés de terroristes, même s’il avait une fois ou deux exprimé de la compassion envers les résistants exécutés par les Allemands, en outre on n‘avait pas pris la mesure de ses initiatives d’octobre 1940 sur le statut des juifs. Un des points d’ancrage de la permanence des conflits autour de la personne et de la politique de Pétain résulte d’un armistice en juin 1940 qui paraissait inéluctable et la mise en place d’un nouveau régime qui allait mettre bas les principes de la République… D’ailleurs personne n’imaginait que la politique de collaboration voulue par Philipe Pétain ne conduirait à des violences et à des cruautés : Marc Ferro rappelle que quelques semaines après Montoire le maréchal était accueilli avec enthousiasme par des foules à Marseille, Toulouse : les français étaient donc plutôt reconnaissants et personne n’imaginait que cette collaboration conduirait à une droitisation extrême puis à une sorte de régime autoritaire proto-fasciste.

Un assez long chapitre, très intéressant au demeurant est consacré à Verdun et à l’examen des faits qui peuvent conduire à désigner Pétain comme le vainqueur de cette bataille : sur ce point précis, qui est toujours question à polémique, même si les excellents travaux de Guy Pedroncini « Pétain le Soldat tome1 » ont largement contribué à défaire les mythes et à rétablir le rôle de Pétain, Marc Ferro estime bien que Philippe Pétain est bien le vainqueur de Verdun, car pour la France l’enjeu consistait à empêcher la saignée que les Allemands souhaitaient infliger à l’armée française lors de cette bataille d’attrition : si le coup de boutoir de Nivelle et de Mangin met un coup d’arrêt aux entreprises allemandes, cette victoire a été rendue possible par le soin apporté par Pétain aux conditions de vie des soldats et à l’organisation d’un système de communication performant. Par la suite, concernant la répression des mutineries, Philippe Pétain a souhaité que celle-ci soit impitoyable, mais limitée si bien que sur 40000 mutins identifiés, 554 sont condamnés à mort par les tribunaux, 49 sont exécutés sur ordre des tribunaux et 7 sur ordre direct de Pétain : ce qui laisse penser que la répression a été bénigne. Au demeurant sur l’action de Philippe Pétain un jeune capitaine estime que celui-ci a été le seul stratège de la grande guerre a été Pétain, il s’agit évidemment de Charles de Gaulle…A la suite de la première guerre mondiale Pétain va cumuler un certain nombre de hautes fonctions et nouer une grande amitié avec Charles de Gaulle, dont il devient le protecteur attitré, les relations entre les deux hommes vont s’assombrir suite à une histoire quasiment grotesque de paternité intellectuel sur un ouvrage, d’abord destiné à paraître sous le nom du maréchal, puis publié sous le nom de Charles de Gaulle… Même si les deux hommes conserveront au-delà des aléas une réelle connivence intellectuelle ( cf le remarquable ouvrage de Herbert Lottman, « Pétain de Gaulle : règlement de compte »). On note au passage que le diagnostic portée sur la IIIème république agonisante par Pétain : dépendance trop importante à l’égard des partis politiques avec des tractations malhonnêtes d’arrière cours, sans prise en compte de l’intérêt national ; sera le même que celui porté par son ami/ennemi de Gaulle, ce que le futur fondateur de la Vème république appelle « le régime des partis ». La politique française est marquée en 1934 par quelques journées au cours desquels de soi-disant ligues fascistes auraient tenté de renverser le gouvernement républicain (sur le rôle des Croix de Feu et du Colonel de la Roque, Michel Winock a rétabli la vérité et a montré bien au contraire le légalisme de ce mouvement qui a pu soulever bien des amertumes au sein d’autres mouvements) : mais c’est surtout l’instabilité gouvernementale (trois gouvernements en quelques semaines) et la multiplication des affaires politico-financière qui créent une situation du type « tous pourris » que nous connaissons à nouveau sous notre Vème république bien fatiguée…C’est alors que ce fonde la fameuse idée par réellement neuve d’un sauveur suprême : dans un sondage publié par le Petit Journal, Philippe Pétain arrive en tête des personnes pouvant être un recours ultime et dans ce contexte, Gustave Hervé déclare « c’est Pétain qu’il nous faut ». Pétain adopte une position très modérée puisque lorsqu’il est interrogé sur la question, il indique qu’il faut en France un rassemblement national « car moi je ne fais pas de politique ». Marc Ferro indique clairement que Pétain n’a aucune sympathie pour le fascisme. Finalement il accepte de devenir ambassadeur de France en Espagne, avec confiance, car il connaît Franco depuis la guerre du Rif. En plein « drôle de guerre » (expression absurde s’il en est), Daladier demande à Philipe Pétain d’entrer au gouvernement, cette épisode est bien décrit par Marc Ferro qui démontre bien qu’il n’y point eu de complot contre la République : la débâcle des armées françaises doit tout à l’incompétence ignoble des Gamelin et autres Weygand, mais aussi à celle de tous les généraux qui se sont succédés depuis 1919 et qui ont enfermé la France dans une stratégie défensive concentrées sur des moyens purement statique comme la ligne Maginot ou bien des armements obsolètes ou avec des doctrines d’emploi périmées pour les chars en dépit de la formidable qualité des B1 Bis.

Ferro montre que la nomination de Pétain doit tout à un malentendu dont la faute repose sur Paul Reynaud qui l’a rappelé pour remonter le moral du pays en raison de la faveur dont son nom bénéficie toujours ; de son côté Pétain lors de son départ d’Espagne est sincèrement convaincu qu’on l’appelle pour négocier avec l’Allemagne un armistice… En fait ce sont surtout les évènements qui vont rendre nécessaire la négociation d’une convention d’armistice : Weygand et Pétain avertissent Reynaud du fait que la bataille de Dunkerque est susceptible de sceller définitivement le sort des armées françaises, on doit noter que l’anglophobie de Pétain est très forte. Malgré les offres britanniques d’union franco-anglaise et l’insistance de Churchill pour que la France continue le combat depuis son empire colonial en utilisant sa flotte pour imposer un blocus continental, Pétain est intimement convaincu de la nécessité d’une demande d’armistice, les personnes souhaitant poursuivre la guerre à partir de l’Afrique du Nord comme Paul Reynaud et Charles de Gaulle sont rapidement mis en minorité. Le reste de l’histoire est bien connue, Weygand pleurniche et fait une crise de nerf… (Sans compter les intrigues d’Hélène de Portes la maîtresse de Paul Reynaud qui est opposée à la poursuite des combats…). On peut rappeler comme le fait M. Ferro que l’opinion de Churchill n’était pas du tout négative concernant l’armistice négocié par la France : « cette armistice est le meilleur possible », et en 1944 il continuera à affirmer que « l’armistice nous a sauvés parce que les Allemands n’ont pas voulu tout de suite occuper l’Afrique du Nord, ce qu’ils prévoyaient puisque leurs troupes étaient descendues jusqu’à Bayonne ».

Marc Ferro consacre un assez long chapitre à la révolution nationale et à son slogan « travail famille patrie » qui est le véritable « enfant » du maréchal, ce qui peut paraître d’autant plus paradoxal pour un homme n’ayant aucune expérience du monde de travail, sans enfant, séducteur impénitent marié à une divorcée… Pour autant M. Ferro se montre implacable sur le fait que l’analyse du régime de Vichy met peut d’accent sur l’occupant qui était bien le moteur négatif de la politique de collaboration, et le grand historien de dire « je cherche encore les études sur les Allemands eux-mêmes et sur leur comportement et leurs crimes en zone occupée puis en zone libre après novembre 1942 », il nuance son propos en indiquant que son travail d’historien grâce à l’accès aux fonds des archives nationales ainsi qu’aux archives des Etats-Unis et du Canada, la connivence du régime de Vichy avec les nazis le conduit « à porter un jugement beaucoup plus sévère encore » ( page 148).
L’analyse de l’ambiguïté de la collaboration et de son contrepoids théorique le double jeu est sans doute le passage le plus important de l’ouvrage avec une étude tout en nuance et en finesse. Marc Ferro indique que le contexte politique et géopolitique dans lequel a été négocié l’armistice était celui d’une situation où il paraissait évident (sauf pour de Gaulle qui appréhendez mieux l’aspect mondial du conflit) que la Grande-Bretagne allait elle aussi être contrainte de négocier un armistice qui conduirait à une pax Germania en Europe. Or le déroulement de l’histoire fut différent : Marc Ferro distingue plusieurs périodes, la première va de la signature de l’armistice à octobre 1940 et révèle un retournement des alliances ; la deuxième commence avec le renvoi de Laval et la nomination de Darlan fin décembre 1940 et pose la question du « double jeu ». La troisième période débute avec l’envahissement de la zone non occupée par les Allemands suite à l’opération Torch en Afrique du Nord le 08 novembre 1942 et montre que la collaboration est devenue un élément clef de la survie du régime de Vichy. Tout cela est très complexe, Pétain est persuadé qu’une rencontre entre deux anciens combattants de14-18, lui et Hitler est de nature à faciliter les choses… De son côté Laval s’inscrit dans la poursuite d’une tradition pacifiste débilitante destinée à assurer à la France la meilleure place possible au côté de l’Allemagne et s’efforce de tirer à lui la couverture des préparatifs de la rencontre de Montoire : Pétain fulmine et dès lors vous une haine tenace envers un homme qui veut le déposséder de sa propre politique. Contrairement à beaucoup de récit de mythos la rencontre entre le maréchal et Hitler est très froide : Pétain accepte avec gratitude l’offre de la collaboration qui lui est faite, une manière habile de dire qu’il n’est point le demandeur, et attend en échange une compensation économique. Pétain juge durement le Führer qu’il considère comme « un rien du tout » alors que Laval est enchanté par un vainqueur qui accepte une politique de collaboration… Le 30 octobre 1940 Pétain procède à un message radiodiffusé indiquant « qu’il entre dans la collaboration », ajoutant « c’est moi seul que l’histoire jugera » : certes ces paroles excluent de facto Laval, mais surtout Pétain estime bien que quoi qu’il advienne le résultat lui sera attribué…. Le renvoi de Laval le 13 décembre 1940 peut être interprété comme un rejet de la collaboration et c’est justement à ce moment que nait l’idée d’un double jeu. Cette théorie du double jeu prend appui sur des signes adressés par la maréchal Pétain à des diplomates anglo-saxons et notamment dès décembre 1940 à l’ambassadeur du canada, Pierre Dupuy mandaté par Lord Halifax, au cours de la conversation le maréchal déclare « Ah, si de Gaulle au lieu d’attaquer Dakar avait fait quelque chose contre les italiens ! ». Les signes les plus importants sont envoyés aux Américains, qui détestent particulièrement Charles de Gaulle et qui dépêchent à Vichy un ambassadeur de haut niveau en la personne de l’amiral Leahy : Roosevelt était persuadé qu’il était possible de négocier avec Philippe Pétain et de s’entendre avec lui, probablement dans la perspective d’un débarquement en Afrique du Nord (en revanche, M Ferro rejet fermement la mission Rougier comme étant un contrepoids à l’entrevue de Montoire : et toute l’historiographie moderne lui donne raison sur ce point).

En 1942, Churchill au mois de juin estime toujours nécessaire de ménager Pétain, alors même qu’Anthony Eden pense qu’il faut rompre avec lui. En outre, sous Darlan la collaboration avec les Allemands va aller plus loin encore pour atteindre même le domaine militaire… A l’été 1941, le régime de Vichy est confronté à une Allemagne en apparence surpuissante, que rien ne paraît pouvoir arrêter en URSS, Pétain se dit alors prêt à reconnaître publiquement Hitler comme chef de l’Europe… Sans compter que le maréchal à accepter de prononcer un discours en l’honneur de la légion des volontaires français qui vont aller combattre les soviétiques, et qu’a aucun moment il n’affiche son désaccord avec la politique de Pierre Pucheu qui accepte de désigner des otages destinés à être fusillés par les Allemands. Concernant le débarquement de 1942, les Allemands sont informés du déroulement prochain d’un tel évènement mais ne sont pas en mesure de le situer et dans ce contexte, Benoist-Méchin propose à Laval de monter une alliance militaire avec les Allemands à Laval, qui est furieux, il demande alors l’avis de Pétain qui accepte le principe d’une telle alliance : comme le note M. Ferro, l’historien Philippe Burrin estime qu’il s’agit pour Vichy d’une tentative de prendre pied en zone occupée. En fait, les Américains attendent beaucoup du maréchal pour le débarquement du 8 novembre 1942 et lui adressent un message qui vise à faire collaborer les délégations locales de Vichy en Afrique du Nord et donc explicitement, le message reconnaît la légitimité de Pétain… Malheureusement l’affaire sombre dans un terrible imbroglio, avec ordres et contre-ordres de l’amiral Darlan et de Philippe Pétain : les anglo-saxons ne parviennent pas à faire partir le maréchal pour Alger (même si son entourage pèse fortement en faveur de cette initiative) et sont obligés de négocier directement avec Darlan (le fameux Darlan Deal).

En France la situation est critique pour le régime de Vichy, les Allemands envahissent la zone non occupée le 12 novembre 1942. On peut dire que c’est la fin des capacités manœuvrière de Pétain : - plus de zone non occupée ; - plus d’empire, puisque ce dernier est fractionné entre les anglo-saxons, la dissidence gaullienne, une partie sous le contrôle de Darlan et une autre sous le contrôle de l’amiral Esteva ; last but not least la flotte se saborde le 17 novembre 1942. La déconfiture de Pétain est total, et toute la période qui suit consiste en sa mise à l’écart et la concentration des pouvoirs entre les mains de Laval et l’entrée de ministre pro-allemands au gouvernement (Pétain refusera de signer la nomination de Marcel Déat). On doit noter que Pétain va condamner les massacres de Tulle et d’Oradour en 1944 en convoquant Renthe-Fink. Philippe Pétain va tenter une ultime manœuvre après le débarquement de Normandie par l’intermédiaire de l’amiral Auphan pour prendre contact avec le haut commandement allié et le général de Gaulle : Auphan est éconduit par de Gaulle. Enfin, ultime avanie, Pétain est kidnappé par les Allemands pour l’amener en exil avec le fameux épisode de Sigmaringen, sur lequel Jean-Paul Cointet a rédigé un petit bijou paru dans la collection Tempus… Le procès de Pétain sera le dernier acte d’une tragédie franco-française ou de Gaulle ne pouvait être légitime que si Pétain ne l’était pas…


Visions [Blu-ray]
Visions [Blu-ray]
DVD ~ Anson Mount
Prix : EUR 14,99

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un excellent film d'angoisse, 16 janvier 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Visions [Blu-ray] (Blu-ray)
Je prends ma plume numérique pour rétablir les faits concernant ce film, sur les trois critiques qui sont actuellement en ligne, une seule, la première peut être considérée comme émanant bien d'une personne ayant vu le film et disposant de toutes ses facultés intellectuelles. Les deux autres critiques qui descendent en flèche ce film émanent manifestement de personnes "perturbées" pour exprimer les choses de manière courtoise.

Tout d’abord, sur le plan technique les images HD de ce Blu Ray sont au niveau de ce qui se fait de mieux actuellement, donc déjà pas de problème technique. La bande son original est meilleure que celle accompagnant la version française du film, mais il n'y a nul catastrophe.

Sur le plan cinématographique, le film est un petit bijou de film d'angoisse mi mêle avec maestria le film de hantise et le film de vengeance : deux thèmes récurrents dans le cinéma américain. L'Histoire est celle d'un jeune couple, dont la femme attend un enfant qui quitte Los Angeles pour s'installer dans une vallée du Nord de la Californie afin d'y produire du vin (il existe de très bons crus californiens). Ils se portent acquéreurs d'un domaine intéressant mais un peu sinistre et très exigeant pour la production d'un vin de haute qualité. On découvre peu à peu que sur ce domaine, existait autrefois une grande maison qui a été rasée pour des raisons mystérieuses de prime abord. Anson Mount qui joue le rôle du mari est absorbé par un travail harassant, tandis que sa jeune épouse à tout le temps de flâner dans la maison qu'ils ont acheté (en fait une ancienne grange).

Au fur et à mesure de sa découverte du domaine, la jeune femme est prise de visions, qui paraissent être des flashbacks portant sur un événement particulièrement sinistre qui aurait contaminé les lieux en laissant une empreinte psychique...En fait les choses sont encore plus compliquées qu'elles le paraissent.

La gestion de la montée de l'angoisse est particulièrement bien gérée, avec un crescendo qui réserve bien des surprises aux cinéphiles qui se laisseront tenter par se film. Les scènes gores ne sont pas en fait le cœur de l'intrigue, mais servent à introduire un peu de tension dans un excellent film.

Empreinte psychique du passé ou bien prescience de l'avenir : vous serez surpris par le pitch du film qui est fort intéressant et en outre tous les éléments assemblés collent parfaitement avec le résultat final : la narration est parfaite.

Je pense que si vous aimez les films de genre bien construits, avec ce qu'il faut de violence, mais d'une manière rationnelle et justifiée, alors Visions est un film que vous trouverez très très correct. Sincèrement.


L'Europe barbare
L'Europe barbare
par Keith LOWE
Edition : Poche
Prix : EUR 12,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage remarquable qui oblige à une réflexion approfondie sur la période suivant la seconde guerre mondiale, 15 janvier 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Europe barbare (Poche)
L’ouvrage de Keith Lowe est une étude remarquable des violences qui ont embrasé l’Europe entre la débâcle des nazis et le reconquête de l’Armée Rouge, avec un potentiel de violence plus important dans l’Europe de l’Est, en allant à l’Est jusqu’à l’Ukraine et aux pays Baltes et dans le sud de l’Europe avec la Yougoslavie ou tant de crimes commis pendant et après la seconde guerre mondiale seront la cause directe des crimes commis dans les années 1990 après l’explosion de la Fédération Yougoslave. Il est évident que la violence fut aggravée dans les pays d’Europe de l’Est et d’Europe centrale par l’établissement de régimes totalitaires communistes totalement inféodés à Moscou. La Grèce n’échappa pas à une terrible guerre civile, qui vit l’anéantissement d’une puissante guérilla communiste par un régime de type fasciste appuyé directement par le Royaume-Uni et les puissances occidentales en règle générale : cet épisode découlait directement de l’accord passé entre Staline et Churchill qui laissait la prééminence politique en Grèce aux occidentaux en application d’un consentement mutuelle particulièrement glauque.

L’ouvrage est remarquablement conçu et montre un engrenage de la violence dont la seconde guerre mondiale ne fut en fait que le catalyseur : des haines ancestrales furent remises à jour, l’antisémitisme « ancien » fit une réapparition immédiate, y compris en Russie ou existait traditionnellement un fort sentiment antisémite : les Juifs survivant de l’holocauste nazi en firent la cruelle expérience. Ceux qui avaient survécu à la solution finale faisait lors de leur retour sur le lieu de leur vie antérieure face à une hostilité terrifiante de leurs anciens voisins, voisins qui n’avaient nul besoin d’une autorisation des nazis pour piller les biens des juifs déportés, et qui n’avaient aucune intention de restituer des biens, des maisons ou tout autre chose à leurs propriétaires légaux et légitimes… ce qui conduisit à une montée en puissance du mouvement sioniste et à la création d’un Etat juif en Palestine (initiative généreuse mais politiquement défectueuse découlant de la déclaration de Lord Balfour à l’issu de la première guerre mondiale). Même les israélites qui n’avaient pas de sympathie pour le mouvement sioniste dont le théoricien avait été Théodore Herzl dans son ouvrage « L’Etat juif » furent contraints de s’exiler pour protéger leur existence une nouvelle fois. Les israélites de l’Europe Occidentale furent beaucoup moins touchés, notamment en France ou il existait une très vieille tradition d’acceptation de l’émancipation des juifs depuis la révolution de 1789.

La création d’un Etat juif en Palestine méconnaissait totalement les règles les plus élémentaires de la géopolitique en spoliant et en expulsant les Arabes palestiniens, créant un puissant conflit dont les conséquences en termes de violence, de terrorisme et d’injustice perdurent toujours en 2016.

Il est très important de préciser que les populations allemandes civiles furent traités de manière absolument impitoyables avec des procédures d’expulsion brutale et dégradantes : on pourrait aussi insister sur les représailles contre les Allemands et les viols massifs de femmes allemandes pour montrer une véritable « barbarisation » de l’Europe, ou tout ce qui avait été combattu au nom de la lutte contre le nazisme faisait une répugnante et rapide résurgence (avec une mention spéciale pour la cruauté des Polonais à l’encontre des Allemands, certes ce qui compréhensible, mais aussi à l’encontre des Ukrainiens… mais aussi avec un fort antisémitisme traditionnel catholique conduisant à molester (le terme est faible) les juifs ayant survécu).

Selon Keith Lowe la diversité des griefs qui existaient en 1945 montre l’universalité de cette guerre, mais aussi l’inadéquation de notre mode de pensée traditionnelle pour la comprendre. La seconde guerre mondiale ne fut donc pas seulement une guerre de conquête territoriale, mais plutôt un conflit lié aux questions de race et de nationalité. Les nazis n’attaquèrent pas l’URSS seulement au nom de Lebensraum, mais surtout en termes de haine ethnique pour y détruire les sous-hommes juifs, tsiganes, et les slaves eux-mêmes. De même les soviétiques n’envahirent pas seulement les Etats Baltes et la Pologne au nom du territoire, mais aussi et surtout pour y propager le communisme.

Pour Keith Lowe , « Certains des combats les plus violents n’eurent pas lieu entre les Alliés et les forces de l’Axe, mais entre des populations locales qui saisirent l’opportunité d’une plus vaste conflagration pour se décharger de frustrations bien plus anciennes (Oustachis croates qui combattirent au nom de la pureté ethnique, Slovaques, Lituaniens et Ukrainiens qui se battirent pour leur libération nationales, Grecs et Yougoslaves qui se battirent pour mettre fin à des régimes féodaux moyenâgeux ».

De facto, comme le démontre remarquablement Keith Lowe, les Allemands ne furent qu’un ingrédient dans une multiplicité de conflits inexpiables, ce qui explique que leur défaite totale n’a pas mis fin à la violence en Europe en 1945. En ce qui concerne le communisme, Keith Lowe estime que la clef de son succès résidait dans une formidable pulsion de haine, pas seulement envers les allemands et les fascistes, mais aussi une détestation absolue de l’aristocratie, des classes moyennes : propriétaires terriens, et pseudo « koulaks ». Avec l’avènement de la guerre froide et la conversion de cette haine de class en une détestation féroce des Etats-Unis, des Etats de l’Ouest et de l’économie de marché.

On aurait pu croire que l’effondrement du communisme permettrait l’avènement d’un monde meilleur mais il n’en n’a rien été, et pratiquement toutes les haines refoulées sous la chape de plomb du communiste ont fait une résurgence spectaculaire en Europe entre 1990 et la période actuelle… Un ouvrage bien sombre, mais qui oblige fortement le lecteur à une réflexion critique, et donc forcément salutaire : c’est la marque d’un ouvrage de qualité… Bonn lecture à tous.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 28, 2016 4:35 PM CET


The Green Inferno [Blu-ray]
The Green Inferno [Blu-ray]
DVD ~ Lorenza Izzo
Prix : EUR 14,99

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une excellent variation sur le thème du film de cannibale, 10 janvier 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : The Green Inferno [Blu-ray] (Blu-ray)
Eli Roth signe ici un petit chef d’œuvre du film d'épouvante avec une histoire rondement menée reposant sur un très bon scénario. D'emblée je précise que la qualité des images HD de la version Blu Ray est absolument superbe, une gageure pour un direct to video. Forcément, lorsqu'on est en présence d'un film de "cannibale" on pense initialement à "Cannibal Holocaust" ou encore à "Welcome to the Jungle" : à mon avis le premier à représenté une transgression cinématographique majeure en termes de cruauté et de scènes abjectes et violentes, alors que le second était un film du style caméra à l'épaule, était assez sympathique, avec une tension croissante, mais pas vraiment horrifique. Personnellement, je pense, pour l'avoir revue récemment, que "Cannibal Holocaust" est un film qui a considérablement vieilli; même s'il demeure cruellement efficace. Toutefois, "The Green Inferno" sera probablement la nouvelle référence du film d’anthropophage.

L'histoire est un conte très cruel qui narre comment une jeune femme pétri d'idéalisme, et dont le père ambassadeur à l'ONU rejoint une association d'activiste, mené par un leader aussi séduisant que charismatique, mais qui se révélera être une fieffé crapule surtout en recherche de notoriété médiatique. Ces jeunes gens vont conduire une action de propagande dans le style de celles de Greenpeace sur un chantier de déforestation de la forêt vierge amazonienne du Pérou. L'action est une réussite, au moins dans un premier temps, ensuite au fil du récit vous apprendrez une vérité beaucoup moins noble sur cette action...

Toujours est-il que, suite à cette action, les activistes sont expulsés par avion, mais justement l'avion se crash en pleine jungle alors que les jeunes gens sont toujours vêtus de la tenue règlementaire des ouvriers de la firme de déboisement... Il va s'en suivre une rencontre assez impitoyable avec la tribu des Indiens qu'ils étaient venus aidés...En clair, il s’agit d'une tribu qui pratique toujours le cannibalisme et l'excision. Autant le dire tout de suite, le film est a réserver à un public averti et majeur, car aucune scène d'horreur ou de torture ne vous sera épargnée. On coupe, crève les yeux, coupe la langue, dépèce vivant, applique le supplice de la roue sur un poteau, etc etc...., avec un enchainement impitoyable.

Pour la jeune femme que j'ai évoqué au début, et qui est le personnage central du film, le pire était envisagé, mais finalement le pitch de fin est assez surprenant.


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