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Contenu rédigé par Eric OD Green
Classement des meilleurs critiques: 312
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Commentaires écrits par
Eric OD Green (Paris, France)
(TOP 500 COMMENTATEURS)   

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L'Europe barbare
L'Europe barbare
par Keith LOWE
Edition : Poche
Prix : EUR 12,00

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage remarquable qui oblige à une réflexion approfondie sur la période suivant la seconde guerre mondiale, 15 janvier 2016
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L’ouvrage de Keith Lowe est une étude remarquable des violences qui ont embrasé l’Europe entre la débâcle des nazis et le reconquête de l’Armée Rouge, avec un potentiel de violence plus important dans l’Europe de l’Est, en allant à l’Est jusqu’à l’Ukraine et aux pays Baltes et dans le sud de l’Europe avec la Yougoslavie ou tant de crimes commis pendant et après la seconde guerre mondiale seront la cause directe des crimes commis dans les années 1990 après l’explosion de la Fédération Yougoslave. Il est évident que la violence fut aggravée dans les pays d’Europe de l’Est et d’Europe centrale par l’établissement de régimes totalitaires communistes totalement inféodés à Moscou. La Grèce n’échappa pas à une terrible guerre civile, qui vit l’anéantissement d’une puissante guérilla communiste par un régime de type fasciste appuyé directement par le Royaume-Uni et les puissances occidentales en règle générale : cet épisode découlait directement de l’accord passé entre Staline et Churchill qui laissait la prééminence politique en Grèce aux occidentaux en application d’un consentement mutuelle particulièrement glauque.

L’ouvrage est remarquablement conçu et montre un engrenage de la violence dont la seconde guerre mondiale ne fut en fait que le catalyseur : des haines ancestrales furent remises à jour, l’antisémitisme « ancien » fit une réapparition immédiate, y compris en Russie ou existait traditionnellement un fort sentiment antisémite : les Juifs survivant de l’holocauste nazi en firent la cruelle expérience. Ceux qui avaient survécu à la solution finale faisait lors de leur retour sur le lieu de leur vie antérieure face à une hostilité terrifiante de leurs anciens voisins, voisins qui n’avaient nul besoin d’une autorisation des nazis pour piller les biens des juifs déportés, et qui n’avaient aucune intention de restituer des biens, des maisons ou tout autre chose à leurs propriétaires légaux et légitimes… ce qui conduisit à une montée en puissance du mouvement sioniste et à la création d’un Etat juif en Palestine (initiative généreuse mais politiquement défectueuse découlant de la déclaration de Lord Balfour à l’issu de la première guerre mondiale). Même les israélites qui n’avaient pas de sympathie pour le mouvement sioniste dont le théoricien avait été Théodore Herzl dans son ouvrage « L’Etat juif » furent contraints de s’exiler pour protéger leur existence une nouvelle fois. Les israélites de l’Europe Occidentale furent beaucoup moins touchés, notamment en France ou il existait une très vieille tradition d’acceptation de l’émancipation des juifs depuis la révolution de 1789.

La création d’un Etat juif en Palestine méconnaissait totalement les règles les plus élémentaires de la géopolitique en spoliant et en expulsant les Arabes palestiniens, créant un puissant conflit dont les conséquences en termes de violence, de terrorisme et d’injustice perdurent toujours en 2016.

Il est très important de préciser que les populations allemandes civiles furent traités de manière absolument impitoyables avec des procédures d’expulsion brutale et dégradantes : on pourrait aussi insister sur les représailles contre les Allemands et les viols massifs de femmes allemandes pour montrer une véritable « barbarisation » de l’Europe, ou tout ce qui avait été combattu au nom de la lutte contre le nazisme faisait une répugnante et rapide résurgence (avec une mention spéciale pour la cruauté des Polonais à l’encontre des Allemands, certes ce qui compréhensible, mais aussi à l’encontre des Ukrainiens… mais aussi avec un fort antisémitisme traditionnel catholique conduisant à molester (le terme est faible) les juifs ayant survécu).

Selon Keith Lowe la diversité des griefs qui existaient en 1945 montre l’universalité de cette guerre, mais aussi l’inadéquation de notre mode de pensée traditionnelle pour la comprendre. La seconde guerre mondiale ne fut donc pas seulement une guerre de conquête territoriale, mais plutôt un conflit lié aux questions de race et de nationalité. Les nazis n’attaquèrent pas l’URSS seulement au nom de Lebensraum, mais surtout en termes de haine ethnique pour y détruire les sous-hommes juifs, tsiganes, et les slaves eux-mêmes. De même les soviétiques n’envahirent pas seulement les Etats Baltes et la Pologne au nom du territoire, mais aussi et surtout pour y propager le communisme.

Pour Keith Lowe , « Certains des combats les plus violents n’eurent pas lieu entre les Alliés et les forces de l’Axe, mais entre des populations locales qui saisirent l’opportunité d’une plus vaste conflagration pour se décharger de frustrations bien plus anciennes (Oustachis croates qui combattirent au nom de la pureté ethnique, Slovaques, Lituaniens et Ukrainiens qui se battirent pour leur libération nationales, Grecs et Yougoslaves qui se battirent pour mettre fin à des régimes féodaux moyenâgeux ».

De facto, comme le démontre remarquablement Keith Lowe, les Allemands ne furent qu’un ingrédient dans une multiplicité de conflits inexpiables, ce qui explique que leur défaite totale n’a pas mis fin à la violence en Europe en 1945. En ce qui concerne le communisme, Keith Lowe estime que la clef de son succès résidait dans une formidable pulsion de haine, pas seulement envers les allemands et les fascistes, mais aussi une détestation absolue de l’aristocratie, des classes moyennes : propriétaires terriens, et pseudo « koulaks ». Avec l’avènement de la guerre froide et la conversion de cette haine de class en une détestation féroce des Etats-Unis, des Etats de l’Ouest et de l’économie de marché.

On aurait pu croire que l’effondrement du communisme permettrait l’avènement d’un monde meilleur mais il n’en n’a rien été, et pratiquement toutes les haines refoulées sous la chape de plomb du communiste ont fait une résurgence spectaculaire en Europe entre 1990 et la période actuelle… Un ouvrage bien sombre, mais qui oblige fortement le lecteur à une réflexion critique, et donc forcément salutaire : c’est la marque d’un ouvrage de qualité… Bonn lecture à tous.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 28, 2016 4:35 PM CET


The Green Inferno [Blu-ray]
The Green Inferno [Blu-ray]
DVD ~ Lorenza Izzo
Prix : EUR 14,99

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une excellent variation sur le thème du film de cannibale, 10 janvier 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : The Green Inferno [Blu-ray] (Blu-ray)
Eli Roth signe ici un petit chef d’œuvre du film d'épouvante avec une histoire rondement menée reposant sur un très bon scénario. D'emblée je précise que la qualité des images HD de la version Blu Ray est absolument superbe, une gageure pour un direct to video. Forcément, lorsqu'on est en présence d'un film de "cannibale" on pense initialement à "Cannibal Holocaust" ou encore à "Welcome to the Jungle" : à mon avis le premier à représenté une transgression cinématographique majeure en termes de cruauté et de scènes abjectes et violentes, alors que le second était un film du style caméra à l'épaule, était assez sympathique, avec une tension croissante, mais pas vraiment horrifique. Personnellement, je pense, pour l'avoir revue récemment, que "Cannibal Holocaust" est un film qui a considérablement vieilli; même s'il demeure cruellement efficace. Toutefois, "The Green Inferno" sera probablement la nouvelle référence du film d’anthropophage.

L'histoire est un conte très cruel qui narre comment une jeune femme pétri d'idéalisme, et dont le père ambassadeur à l'ONU rejoint une association d'activiste, mené par un leader aussi séduisant que charismatique, mais qui se révélera être une fieffé crapule surtout en recherche de notoriété médiatique. Ces jeunes gens vont conduire une action de propagande dans le style de celles de Greenpeace sur un chantier de déforestation de la forêt vierge amazonienne du Pérou. L'action est une réussite, au moins dans un premier temps, ensuite au fil du récit vous apprendrez une vérité beaucoup moins noble sur cette action...

Toujours est-il que, suite à cette action, les activistes sont expulsés par avion, mais justement l'avion se crash en pleine jungle alors que les jeunes gens sont toujours vêtus de la tenue règlementaire des ouvriers de la firme de déboisement... Il va s'en suivre une rencontre assez impitoyable avec la tribu des Indiens qu'ils étaient venus aidés...En clair, il s’agit d'une tribu qui pratique toujours le cannibalisme et l'excision. Autant le dire tout de suite, le film est a réserver à un public averti et majeur, car aucune scène d'horreur ou de torture ne vous sera épargnée. On coupe, crève les yeux, coupe la langue, dépèce vivant, applique le supplice de la roue sur un poteau, etc etc...., avec un enchainement impitoyable.

Pour la jeune femme que j'ai évoqué au début, et qui est le personnage central du film, le pire était envisagé, mais finalement le pitch de fin est assez surprenant.


14
14
par Peter Clines
Edition : Broché
Prix : EUR 18,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un excellent ouvrage de science fiction à la construction minutieuse, 28 décembre 2015
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Bien que l'accent soit mis en quatrième de couverture sur une parenté avec Lost et la 4ème dimension, ainsi que l’œuvre de Lovecraft il est sans doute nécessaire de préciser d’emblée afin de ne pas induire en erreur les lecteurs que le roman de Peter Clines est avant toute chose un thriller qui est construit autour d'une investigation des mystères d'un immeuble, l'immeuble Kavach par des locataires qui tous à des degrés divers ont pris connaissance d'anomalies architecturales ou autres (cafards mutants). Donc pour l'essentiel du texte il s'agit d'un récit passionnant concernant, les origines mystérieuse de ce bâtiment qui remonte à 1894. La narration est très fouillée et elle prend bien le temps de poser le décors et d'étudier les personnages, ce qui est devenu rare.

Les investigations conduites par les locataires vont permettre de mettre à jour les secrets de l'immeuble Kavach, de son concepteur serbe et de Nicolas Tesla, graduellement les lecteurs sont conduits à découvrir que l'immeuble Kavach est dans son ensemble une gigantesque machine, une sorte de clef dimensionnelle alimentée de manière autonome par l'énergie géothermique puisée dans un faille de l'écorce terrestre. Cette énergie considérable alimente des générateurs dont la fonction est d'alimenter de manière constante la machine qui est dissimulée dans les entrailles de l'immeuble Kavach.

L'immeuble Kalach sert de système de verrouillage entre plusieurs dimensions de l'espace temps : la dimension verrouillée par le fonctionnement normale de la machine est une dimension peuplée par des êtres gigantesques provenant du Mythe de Chtulhu : l'univers Howard Phillips Lovecraft est extrêmement bien utilisé, mais cette utilisation est limitée aux 70 dernières pages de l'ouvrage, lorsque l'immeuble Kavach et ses locataires est brusquement projeté dans l'univers imaginé par Lovecraft du fait de l'intervention de fanatiques adorateurs du dieu Chthonien. Il s'en suit une formidable confrontation entre les locataires et les créatures du bestiaire lovecratien.

Donc, pour résumer, un livre très bien écrit, dont l'essentiel est l'éclaircissement de divers mystères, avec la découverte progressive d'une machine gigantesque qui emprunte beaucoup au genre steampunk, avec en point d'orgue final une confrontation avec des entités monstrueuses : donc un très bon ouvrage, mais pas du tout un ouvrage au rythme effréné. Tous les lecteurs qui auront la patience de lire cet ouvrage de qualité seront largement récompensés par cette aventure.


Projet Sin
Projet Sin
par Lincoln Child
Edition : Broché
Prix : EUR 21,00

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un excellent ouvrage de distraction, 24 décembre 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Projet Sin (Broché)
Lincoln Child est un auteur bien connu pour sa propension à utiliser une trame scientifique teintée de suggestions paranormales. Cette nouvelle aventure de l'égnimologue Jeremy Logan est particulièrement réussie avec un texte intense qui est un véritable pageturner, dans le sens le plus noble du terme : un ouvrage que l'on ne quitte qu'une fois l'énigme élucidée.

Dans cet opus Logan, qui est aussi historien à l'université de Yale, est mandaté par le directeur d'un prestigieux Think Tank américain dénommé Lux et dont le siège se trouve dans un gigantesque manoir Dark Gable. L'objectif de Logan est d'enquêter sur le suicide dans d'étranges conditions d'un information du nom de Willard Strachey qui aurait été poussé à accomplir son terrible geste dans des conditions indiquant un cas de hantise. On découvre que Strachey avait été chargé de rénover l'aile ouest de Dark Gable qui était jusqu'à lors inutilisée depuis les années 1950.

Logan va s’efforcer de cerner les travaux de Strachey dans l'aile ouest et de déterminer dans qu'elle mesure les travaux de rénovation ont pu altérer les facultés mentales de l'informaticien. Logan va assez vite mettre en évidence un secret tapis dans une pièce close de l'aile ouest. Il va devoir à l'aide de la descendante de l'architecte qui a construit Dark Gable vérifier certaines données relatifs à un espace dissimulé dans l'aile abandonnée.

Logan va découvrir un énigmatique projet de recherche abandonné en 1935. Le projet Sin dont la nature est énigmatique avec un équipement scientifique soigneusement conservé. Toujours est-il que le projet Sin et ses applications pas réellement bénéfique vont mettre au prise Jeremy Logan à une personne malveillante ayant infiltré le personnel de recherche de Lux et aux gros bras d'une firme de défense Iron Hand qui ne reculent devant aucun moyen pour atteindre leurs objectifs. Le dénouement de l'enquête sera particulièrement haletant et fertile en rebondissement. Une fois de plus on retrouve l'opposition de principe de Child à l'utilisation militaire de travaux scientifiques particulièrement dangereux... Bonne lecture.


LE PROJET K
LE PROJET K
par Douglas Preston
Edition : Broché
Prix : EUR 22,00

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un excellent ouvrage de pure distraction, 22 décembre 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : LE PROJET K (Broché)
Douglas Preston signe un nouvel opus des aventures de Wyman Ford l'ancien agent de la CIA qui est devenu un personnage récurrent des ouvrage en solo de Preston. Comme à l'accoutumé c'est dans le domaine scientifique que se déroule l'aventure : il est question d'une IA sophistiquée qui a été conçue selon des algorithmes complexes (logiques floues et capacité à modifier ses propres codes sources) dans le but de conduire une mission scientifique sur Titan à la surface d'un mer de méthane dénommée Kraken.

L'essai de la sonde spatial dans le laboratoire de la NASA tourne au désastre lorsque celle-ci s'engage réellement dans un mode défensif et parvient à rompre étanchéité de l’installation dans laquelle elle était testée. L'IA parvient à gagner Internet et se trouve plongée dans un monde de violence et de pornographie ou elle a bien du mal à discerner la fiction de la réalité. De manière très crédible la sous-culture Internet plonge Dorothy (l'IA possède le même prénom que l'héroïne de OZ) dans un dilemme sur la nature humaine qu'elle perçoit d'abord comme foncièrement mauvaise. Ce qui va la conduire à menacer sa créatrice de procéder à l'extermination de l'espèce humaine en procédant à des frappes nucléaires...

Mais peu à peu l'IA Dorothy va évoluer comme son concept lui permet et découvrir qu'il existe une part de bonté foncière dans l'espèce humaine... Le thriller est particulièrement bien ficelé avec l'intervention d'un trader pourri (c'est presque une affirmation tautologique) de Wall Street qui utilise des programmes automatiques Algos pour faire des profits spéculatifs sans aucune déontologie... Le programme informatique préféré du Trader, Black Manba est lui même victime d'un programme plus sophistiqué, qui parvient à le dépouiller lui et son "associé" informaticien. Le trader apprend l'existence de Dorothy via une personne peu scrupuleuse de l'équipe de programmation de la NASA et décide de mettre à tout prix la main sur Dorothy à des fins bassement commerciales. Ce qui fait que Dorothy est finalement recherchée par Wyman Ford et Melissa Sheperd la femme qui a créé Dorothy, le FBI, et le Trader qui ayant décidé d'y aller à la manière forte s'est assuré le concours de deux tueurs à gage Kirghizes. Dans cette océan de noirceur Dorothy fera la connaissance d'un adolescent de 14 ans en grande difficulté, cette rencontre impromptue évoque ET dans une version robotisée. C'est un ouvrage fort bien écrit et fort bien documenté, avec un plaidoyer très convaincant pour la non exploitation à des fins militaires de systèmes IA dont le contrôle est susceptible d'échapper à l'homme.


Les derniers secrets du IIIe Reich
Les derniers secrets du IIIe Reich
par François KERSAUDY
Edition : Broché
Prix : EUR 20,00

12 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un excellent opus réellement passionnant, 6 décembre 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Les derniers secrets du IIIe Reich (Broché)
Le professeur Kersaudy et Yannis Kadari cosignent ici un ouvrage qui est une sorte de polar historique absolument passionnant. Disons que la qualité universitaire des récits est soigneusement contrebalancée, lorsque cela est nécessaire par une bonne dose d'humour, avec bien souvent le rappel de quelques éléments qui rendent la situation décrite encore plus tragique ou encore plus drôle.

Le premier chapitre est sans doute la meilleure synthèse en français concernant le programme d'euthanasie Aktion/T4 : le récit montre des personnages qui décident qu'il existe des vies qui sont indignes d'être vécues, enfants handicapés et malades mentaux. Les protagonistes de cette sinistre histoire qui verra la mort de plus de 250 000 victimes sont montrés comme ce qu'ils sont des médecins dépravés. On comprend bien l'importance du courant eugéniste comme filiation intellectuelle à cette monstruosité que Hitler c'est d'ailleurs approprié très tôt. Le rôle de l'église et de l’évêque Clemens August Von Galen sont forts biens rappelés. Toutefois, le programme T4 a permis de tester des moyens comme l'asphyxie par monoxyde de carbone et incinération des corps qui constituent une répétition générale de "la solution finale du problème juif en Europe" : on y retrouvera d'ailleurs les mêmes personnes qui fortes de leur expérience de tueur de masse vont à nouveau jouer un rôle abjecte.

Le second chapitre est consacré aux délires architecturaux de Hitler en compagnie de son protégé Albert Speer visant à créer une nouvelle capitale du Reich, Germania : la description est tout à fait saisissante. On voit très bien la volonté de créer une capitale qui a vocation à régner sur l'Europe, et peut être même sur le monde ( présence d'un aigle gigantesque enserrant le globe terrestre. On reste halluciné par une telle dépense d'énergie intellectuel, mais aussi par les premières réalisations comme la nouvelle Chancellerie du Reich. D'une manière générale le gigantisme néo-classique est conçu comme une fin en soi : les études d'ingénieries concernant la construction des bâtiments considérés montre bien que des limites physiques étaient atteintes (sol marécageux). Le texte restitue à merveille cette sensation de malaise et de démesure qui était le rêverie d'un fou...

Le troisième chapitre narre les aventures grotesques d'un commando de pied nickelés envoyé aux Etats-Unis pour y mettre à bas l'économie : on reste stupéfait devant la méconnaissance crasse d'un Hitler qui ne comprend rien à ce pays et refuse d'écouter ses conseillers : il est convaincu que les Etats-Unis sont peuplés de dégénérés incapables de ce battre... Pour le reste les moyens technologiques de frapper les Etats-Unis sont étudiés avec soin : on voit bien les limites qui furent rapidement atteintes en matière de missiles, le système A-4/V2 était relativement limité, et la mise au point d'une fusée intercontinentale n'était pas encore du domaine du possible : il n'en reste pas moins que les moyens étudiés, y compris une barge de missiles V-2 tractée par un sous-marin type XXI étaient les lointains précurseurs des systèmes d'armes qui entreront en service pendant la guerre froide. La narration du projet d'Amerika Bomber est très intéressante et montre bien les raisons bureaucratiques plus que techniques de l'échec de ce programme : et tous les bénéfices que les Américains seront en mesure d'en tirer.

Le quatrième chapitre a trait au réduit Alpin et montre de manière magistrale comment à partir d'informations fragmentaires, puis d'intoxication comment les Alliés vont imaginer une sorte de forteresse souterraine à partir de laquelle les dernières forces du 3ème Reich agonisant pourrait conduire un dernier baroud : on assiste à la modification des plans d'opération des Alliées occidentaux pour effectuer une poussée vers le Sud et le fameux réduit Alpin afin de le neutraliser le plus rapidement possible. Cette opération suscite l’enthousiasme de Joseph Staline trop content de trouver l'opportunité négocié de pouvoir pousser le plus profondément vers l'Ouest. La narration des différentes étapes, des qui-propos et du résultat final plutôt modeste font de ce texte une petite merveille.

Le cinquième chapitre traite de la question des commandos de "loup-garous" une idée géniale dont Himmler semble être l'inspirateur, le Werwolf est confié à un grand tueur de masse Hans Adolf Prüztmann qui a montré ses grandes qualités lors de l'assassinat de juifs et de populations civiles, bref un expert en exactions de toute sorte. La genèse de ce programme désespéré est fort intéressante, de même que l'expose des résultats. Je considère que ce texte est l'un des meilleurs dans la description d'un épisode relativement peu traité en langue française.

Le sixième et dernier chapitre possède l'humour décapant dont j'ai parlé en début de revue, il est consacré à l’infâme Martin Bormann dont la carrière est retracée de manière précise : c'est l'histoire d'un lourdaud opportuniste qui va réussir à capter la confiance d'Hitler et à exercer un formidable pouvoir de nuisance à l'encontre des hiérarques nazis qui lui déplaisent. Toutefois, le pouvoir de cet homme n’existe que dans la mesure ou il est perçu comme l'incarnation de la volonté du dictateur nazi, sans cet écran de fumée il n'est rien. On lui découvre un talent certain pour l'administration financière. Le plus intéressant est bien sûr l'investigation conduite sur toute les rumeurs qui veulent que Bormann ne soit pas mort en 1945 en fuyant le bunker de la Chancellerie. Tous les témoignages sont passés au crible par MM Kersaudy et Kadari et les mythos et les fous en pleine pour leur grade!!!! On constate avec affliction que des personnes ayant eut des fonctions dans le domaine du renseignement viennent aussi mystifier le sort de Bormann : il reçoivent la correction universitaire qui s'imposait. Je dois avouer avoir beaucoup ri lors de la lecture de ce chapitre.

Alors professeur Kersaudy a quand un nouvel ouvrage, personnellement j'en redemande!!!
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 20, 2016 7:49 AM CET


Journal 1934-1944
Journal 1934-1944
par Alfred Rosenberg
Edition : Broché
Prix : EUR 32,00

11 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un document historique d'un grand intérêt, 21 novembre 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Journal 1934-1944 (Broché)
Alfred Rosenberg est connu pour être l’idéologue du nazisme, c’est un allemand des pays baltes né en Estonie en 1893. Sur le plan professionnel il possède une formation d’architecte obtenue à Riga et à Moscou. Il s’installe en Allemagne en 1918, dans un pays en proie au doute suite à la défaite militaire et aux troubles révolutionnaires (divers mouvements d’obédience bolcheviks dont le plus connu est le mouvement spartakiste de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg). Rosenberg rejoint Munich et évolue au sein du mouvement nationaliste et raciste connu sous le nom générique de Volkisch. Il connaît déjà un certain succès avec des libelles de propagande antisémite et anticommuniste. Il rejoint le tout jeune parti NSDAP au sein duquel il compte bien utiliser son expérience personnel pour dénoncer la vraie nature de « la domination judéo-bolchevique » en Russie. Il parvient à entrer dans le cercle fermé d’Hitler et devient un membre important de la rédaction du quotidien nazi le Volkische Beobachter, dont il finit par prendre la direction en 1923. Si l’on analyse le contenu de ses premiers écrits l’un de ses biographes conclu à « son antisémitisme monomaniaque » avec notamment des torchons comme la « Trace du Juif à travers les époques » et « les protocoles des Sages de Sion et la politique mondiale juive ». Après l’emprisonnement de Hitler lors du « putsch de la brasserie », Rosenberg contribue à maintenir intact le NDSAP en dépit d’une multitude de tensions internes et de mouvements disparates, mais sans être capable de s’imposer comme un leader charismatique du mouvement Volkisch, on peut toutefois estimer que son travail besogneux lui vaut dès cette époque la considération sincère de Hitler.

Après la libération de Hitler, Rosenberg délaisse les fonctions politiques pour se consacrer à des travaux, et tout en continuant son rôle clef dans la publication des feuilles de chou nazies il rédige et termine ce qui sera son magnum opus « Le mythe du XXème siècle », un pavé indigeste de 700 pages, que j’ai dû décortiquer dans une étude sur l’idéologie dans le système totalitaire il y a déjà plus de 35 ans. Bien que cette publication ne soit pas une publication officielle du NDSAP, elle contribua à faire de Rosenberg l’idéologue du nazisme. Sur le plan du contenu, dans une formulation boursoufflée et maniérée, Rosenberg se borne en définitive à énumérer la lutte ancestrale qui opposerait les aryens foncièrement bon et leur ennemi héréditaire le Juif, être creux et véritable parasite sociétale qui profite du travail considérable des aryens et en profite pour le polluer par des miasmes raciaux. Fortement inspiré de deux théoriciens racistes bien connus (en mal) Houston Stewart Chamberlain et Paul de Lagarde : à partir de ce magma idéologique putride Rosenberg élabore un schéma idéologique dichotomique entre « race » et « contre-race » dont l’aboutissement ne peut être que l’affrontement et la victoire de l’un des deux protagonistes. Aucun autre dirigeant nazi ne bâtira un schéma conceptuel aussi ambitieux, mais parfois contradictoire avec Mein Kampf : toutefois le Mythe sera vendu à 1 million d’exemplaires jusqu’en 1945 et figure en bonne place dans les bibliothèques allemandes de l’époque. Le pire ennemi personnel d’Alfred Rosenberg est Joseph Goebbels qui qualifia le Mythe « de rot idéologique » : la lecture des mémoires permet un suivi de l’affrontement permanent entre les deux hommes. Le second pire ennemi de Rosenberg était le très incompétent Joachim Von Ribbentrop : sur ce point si Rosenberg était un antisémite compulsif et avait le charisme d’une huitre il est certain qu’il était un géopoliticien de talent, avec une capacité d’analyse de la réalité qui n’était pas totalement brouillée par l’aspect idéologique. Hitler conscient des limites de Rosenberg mais aussi de ses qualités (Rosenberg devint député au Reichstag aux élections de 1930) et permet sa reconnaissance comme l’expert du parti en matière de politique étrangère. Cette considération pas du tout misérable lui vaudra après l’accession au pouvoir d’Hitler la direction du bureau de politique étrangère du NSDAP, qu’il cumule avec celle de Reichleiter et celle de chargé de mission par le Führer pour l‘ensemble de la formation et de l’éducation idéologique du NSDAP. Sur toutes les questions relatives au judéo-bolchevisme il revendiquait une compétence personnelle et il n’était pas rare qu’il l’emporte sur de puissants concurrents. Toutefois, face à des Goebbels, Goering, Ribbentrop et Himmler il resta toujours un personnage très secondaire dans l’appareil d’Etat nazi jusqu’en 1941.

Toutefois au cours de la guerre et dès 1940 sa position personnelle fut consolidé, notamment par la création de l’Einsatzstab Reichleiter Rosenberg (ERR) qui deviendra l’officine de pillage officiel de tous les biens culturels de valeur dans toutes l’Europe : c’est au sein des vastes collections constituées par Rosenberg que viendront se servir en œuvres d’art Goering et Hitler, ainsi que de nombreux musées allemands (!!!!). Un autre évènement majeur fut sa participation à la préparation de l’opération Barbarossa. Le 20 avril 1941 il fut nommé « chargé de mission pour le traitement central des questions de l’espace est-européen », puis il obtint enfin son bâton de maréchal en devant ministre du Reich pour les territoires occupés à l’Est. Sur le papier cela faisait de Rosenberg le maître d’une région comprise entre la mer Baltique et la mer Caspienne. Toutefois, l’échec de l’offensive allemande devant Moscou en décembre 1941 allait beaucoup limiter les visées nazies et le pouvoir de Rosenberg s’étendit toutefois avec la création des commissariats Ostland et Ukraine soit plus d’un demi-million de km² et près de 30 millions d’habitant.

Le journal de Rosenberg est un élément d’un intérêt historique certain qui avait été subtilisé par un procureur peu scrupuleux lors du procès de Nuremberg et ramené aux Etats-Unis : il a fallu une enquête conduite par le Department of Homeland Security (DHS) pour récupérer le manuscrit et le confier à des universitaires allemands. Rosenberg écrivait pour lui et écrivait au demeurant fort mal : il se considérait comme trop feignant pour rédiger de manière suivi un document de ce type. De nombreuses annexes mentionnées dans le journal sont manquantes sans savoir si elles manquent d’origine ou ont été volées lors des tribulations du manuscrit. Toujours est-il que dans un souci de tessiture historique, les universitaires allemands ont décidé de compléter le texte par une dernière partie comprenant essentiellement des documents provenant des archives du ministère de l’Est, qui tendent à montrer une forte compromission de Rosenberg dans la politique de solution finale du problème juif en Europe, même s’il ne disposa en la matière jamais des moyens et des objectifs qui furent mis en œuvre par Reinhard Heydrich et Heinrich Himmler. Les pouvoirs considérables en matière de commissaire à la consolidation de la germanité dévolus à Himmler mirent en fait Rosenberg sur la touche, la réalité des pouvoirs dans les territoires de l’Est appartenait à la machinerie de l’Etat SS avec les HSSPF et les commissaires et administrateurs nommés par Rosenberg ne furent jamais en mesure de peser dans la balance des décisions criminelles qui furent prises. Rosenberg, contrairement aux hiérarques nazis était favorable à une politique différenciée en faveur des différentes ethnies non russes et prônait un traitement plus humains des personnes de manière à ne pas s’aliéner la sympathie des populations hostiles aux Russes. Bien sûr les appels à la modération de Rosenberg étaient tactiques, et opportunistes, mais même à ce niveau ils ne rencontrèrent jamais aucun écho favorable.

Finalement, celui que Hitler avait surnommé le père fondateur de l’église nationale socialiste était un antisémite impitoyable, doublé d’une détestation profonde pour le christianisme et m’église Romaine. A plusieurs reprise, le journal montre que ce looser pitoyable était capable d’éprouver de la compassion, notamment pour le maréchal Keitel lorsque celui-ci perdit son fils lors de l’opération Barbarossa. Bien que des accrochages l’ait opposé à Rudolf Hess, il écrit à plusieurs reprises qu’il était « un homme correct » (à défaut d’être avisé). Les regrets concernant les mauvais traitements sont sans doute sincères, mais sans conséquences concrètes pour les personnes concernées.
Les relations personnelles avec Hitler sont toujours présentées comme excellentes, on peut penser que Rosenberg ne ment pas, et que le Führer essayait de contenter son vieux compagnon de route dans ses déboires à l’encontre de Joseph Goebbels et de Heinrich Himmler : mais il ne faut pas se leurrer Hitler était formidablement habile pour consoler sur le ton de la confidence tous ses grands féodaux et dire pire que pendre de leurs adversaires pour les consoler…

Si vous êtes historiens professionnels, universitaire ou bien féru d’histoire de la seconde guerre mondiale, le journal de Rosenberg malgré tous ses non-dits est un document d’un grand intérêt historique et vient compléter le Journal de Joseph Goebbels en complétant la vision des choses, d’une manière certes lacunaire, mais fort instructives sur les problématiques idéologiques et les conflits d’intérêts personnels entre satrapes du IIIème Reich. Il convient toutefois d’avoir une bonne connaissance préalable du nazisme et de la chronologie des évènements. Sinon bonne lecture !!!


Pétain
Pétain
par Marc Ferro
Edition : Poche
Prix : EUR 13,00

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5.0 étoiles sur 5 Une excellent biographie bien documenté avec des conclusions modérées, 26 octobre 2015
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Il convient de préciser d'emblée que Marc Ferro ne donne que très peu d'information sur le Pétain de la période 1914-1918, assez curieusement des éléments relatifs à Verdun sont inclus en fin d'ouvrage : ces éléments montrent que si Pétain fut bien le vainqueur de Verdun dans le cœur des soldats à qui il apporta de la considération, humaine et matériel, il est possible d'argumenter que le vainqueur militaire de la bataille fut bien le général Nivelle sur qui va porter tout le poids injuste des pertes humaines françaises. Le portrait de Philippe Pétain est donné tout en nuance, Marc Ferro montre bien les parts d'ombre et de lumière qui vont caractériser le chef de l'Etat français. Il est clairement montré que la délégation des pleins pouvoirs, dont la manœuvre fut conduite par Laval, par la Chambre des députés et le Sénat n'était pas une procédure irrégulière sauf peut être en ce qui concernait la délégation du pouvoir constituant au maréchal. Le maréchal Pétain fait parti des hommes qui à l'opposé de De Gaulle et d'un Paul Reynaud toujours hésitant considérait que la continuation du combat était impossible à partir de l'Empire français. Sur le plan géopolitique cette analyse était bien évidemment partagée par le général Weygand qui souhaitait avant toute chose sauver l'honneur de l'armée française et ne pas aboutir à une capitulation militaire. L'armistice est une solution politico-diplomatique qui permet l'arrêt des combats dans l'attente d'un traité de paix définitif. Il est certain que la rapidité fulgurante de l'effondrement de la France laissait à penser que le Royaume-Uni aller rapidement succomber sous les coups de boutoir de l'armée allemande. Du côté allemand, Hitler souhaitait surtout obtenir qu'un gouvernement légal reste en France, pour empêcher un continuation de la lutte à partir de Londres ou de l'Empire et se décharger de fonctions inhérentes à l'administration de territoires occupés. Marc Ferro montre bien que sur le principe de la collaboration entre la France et l'Allemagne nazie, il n'y avait pas de différence majeur entre Pétain et Laval. Le renvoi de Laval semble justifié par le fait qu'il aurait tenté de déposséder le maréchal de ses prérogatives en matière de relations internationales. Pétain était au moins jusqu’au 8 novembre 1942 un homme assez habile pour continuer des relations avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni. On sait par les travaux de François Kersaudy que la continuation des relations était pour Winston Churchill un expédient tactique temporaire, avec des hauts et surtout des bas avec le général de Gaulle, tandis que du côté de Roosevelt, la notion était prise plus au sérieux avec une représentant de haut niveau à Vichy en la personne de l'amiral Leahy. Toutefois, une fois réalisée l'opération Torch, il s'avéra impossible de faire venir à Alger le maréchal, qui ayant fait le don de sa personne à la France refusait de quitter la France. Les américains durent composer avec l'amiral Darlan avec l’extraordinaire "Darlan Deal", suivi d'un expédient médiocre en la personne de Giraud, dont l'absence de charisme ouvre la voie au général de Gaulle. L'action de Pierre Laval n'est pas particulièrement noircie, et c'est une bonne chose, l'ambiguïté foncière de Darlan qui tenta d'ouvrir une collaboration militaire via les protocoles de Paris est bien décrite, même si l'historiographie a réalisée d'énorme progrès dans la connaissance des ambitions de François Xavier Darlan. Les origines de l'antisémitisme de Philippe Pétain sont recherchées avec soin, mettant surtout en cause les milieux de l'Action Française qui entouraient le maréchal, la responsabilité du docteur Ménestrel est pointée du doigt, mais la aussi le rôle de ce médecin et confident intime de Pétain a été revu à la baisse par les recherches les plus récentes. On peut penser qu'il s'agissait d'un antisémitisme de type chrétien, sans lien idéologique avec le nazisme. Pétain prenait garde à montrer les connivences qui existaient entre sa pensée et celle de Salazar en faisant bien la distinction avec le fascisme et le nazisme. Pour autant, Pétain fut toujours dénué de sentiment vis-à-vis des plaintes qui lui furent adressés concernant la persécution des juifs : Marc Ferro note bien que le maréchal fit tout son possible pour éviter la déportation de la communauté juive française, mais malgré tout des israélites français, bien intégrés, parfois combattant des deux guerres mondiales et titulaires des plus hautes distinctions militaires françaises furent frappés par le malheur et passèrent par Drancy ainsi que le fait remarqué avec précision Annette Wieviorka et Michel Laffitte dans "à l'intérieur du camp de Drancy".

Pour conclure honnêtement, on peut dire que Philippe Pétain disposa de quelques cartes qui étaient l'Empire et la flotte jusqu'au 9 novembre 1942, après quoi l’invasion de la zone sud par le forces allemandes ne laissent plus qu'une souveraineté théorique à Vichy. Pétain redouta toujours la "polonisation" de la France et la nomination d'un Gauleiter : dans la pratique le Gauleiter existait déjà en la personne de Fritz Sauckel qui allait imposer des exigences de plus en plus lourde pour la France en termes de réquisition de la main d’œuvre (STO). Par ailleurs, la dérive fascisante continue du régime avec la création du Service d'Ordre Légionnaire (SOL) qui sera transformé en milice sous la direction de Darnand laissait augurer du pire. Philippe Pétain fut un homme qui tenta de venir en aide à son pays en faisant un diagnostic faux de la situation : assurer la meilleur place à la France dans une Europe dominée par l'Allemagne. Son échec politique fut terrible, à la hauteur des espérances qu'il avait fait naitre, se termine dans un Vaudeville tragique à Sigmaringen et est clos par un procès infamant. Un bien sinistre échec qui sans l'action énergique de Charles de Gaulle et le courage de tous les combattants de l'intérieur aurait conduit à une situation dans laquelle la France aurait pu être jugé comme un pays vaincu allié de l'Allemagne nazie et ne jamais s'en remettre.


De Gaulle/Pétain, règlements de comptes
De Gaulle/Pétain, règlements de comptes
par Herbert LOTTMAN
Edition : Broché
Prix : EUR 8,00

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5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage fort intéressant : les mésententes (assez peu) cordiales entre Pétain et De Gaulle, 20 juin 2015
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L’ouvrage de Herbert Lottman sur de Gaulle et Pétain est un excellent ouvrage, remarquablement bien rédigé et traduit (ce qui est rare), son propos est d’analyser les relations complexes qui existaient entre Charles de Gaulle et Philippe Pétain, sur un plan personnel et sur un plan politique. Finalement sur un sujet qui a donné lieu à toute une littérature de pensums lourds et souvent médiocre, l’auteur parvient à rédiger un livre agréable et passionnant à lire, malgré quelques erreurs mineures, mais ne boudons pas notre plaisir !!!

Lottman montre bien la relation entre les deux hommes étaient anciennes et que cette relation qui pouvait dans un premier temps être celle d’un maître prestigieux envers un disciple doué, tourne vite à une sorte de détestation cordiale et mutuellement partagée par les deux protagonistes. A la fin de 1910, Philippe Pétain était parvenu au grade de colonel et de chef de corps d’un régiment d’infanterie à Arras, au sein duquel il reçut un jeune officier de 20 ans frais émoulu de Saint Cyr et selon de Gaulle « mon premier colonel, Pétain, me demanda ce que valent le don et l’art de commander », « c’est de notre première garnison, de notre premier régiment, que nous gardons l’impression la plus durable » annonça le colonel Pétain et « nous ferons en sorte de déposer en vous les germes essentiels au développement de votre carrière ». Pétain était un homme singulier et déjà au fil des années précédant la Grande Guerre il fit état de la possibilité de nouvelles doctrines et de tactiques de bataille qui tenaient compte de la puissance de feu des mitrailleuses et d‘une artillerie de plus en plus puissante qui contredisait le doctrine en vigueur de la guerre d’offensive, et pour Pétain le feu des armes devait préparer le champ de bataille avant que ne soient lancées les troupes, en conséquence de quoi il fut au moins une fois invité à démissionner de son poste professoral à l’école normal de tir de Chalon, tandis que des notes sauvegardées datant de 1913 montre que de Gaulle restait à cette époque convaincu de la valeur de la doctrine d’offensive de l’armée française et donc à cette époque c’est Philippe Pétain qui était en avance sur son époque et non Charles de Gaulle. Toutefois, en 1913 lorsque vint le moment où Pétain devait évaluer son jeune officier il lui décerna un satisfecit indiquant que « de Gaulle s’affirmait dès le début comme un officier de réelle valeur, qui donne les plus belles espérances pour l’avenir ».

En théorie les deux hommes n’avaient aucune chance de se revoir puisque Pétain envisageait à 58 ans de prendre sa retraite, bien qu’il eut été affecté en avril 1914 au commandement d’une brigade, responsabilité normalement confiée à un général… La guerre modifia tout pour Pétain, puisque ses curieuses idées sur la manière dont la puissance de feu sauvait des vies et gagnait des batailles montra à ses supérieurs les qualités de son commandement et rapidement il fut nommé général de division, certes toujours à titre provisoire ; mais moins d’une semaine plus tard il prenait le commandement d’un corps d’armée… Lorsqu’il reçut la mission de défendre Verdun, il était à quelques semaines de son 60ème anniversaire et un an plus tard il était commandant en chef des armées, n’ayant que Foch pour supérieur… Comme quoi la vie réserve bien des surprises !!! De son côté de Gaulle connaissait une carrière normale mais moins fulgurante que celle de Pétain et servait dans l’ancien 33ème régiment d’infanterie que commanda Pétain, il fut blessé aux genoux, regagna son unité et fut blessé une seconde fois par un éclat de shrapnel qui se compliqua suite à une infection. Au début de 1916, le capitaine de Gaulle était à Verdun, ou il conduit une terrible assaut à la tête de la 10ème compagnie qui donna lieu à un combat au corps à corps d’une violence inouïe : son colonel estima qu’il avait été tué au combat et rédigea un requête visant à lui attribuer la légion d’honneur à titre militaire. Hasard ou coïncidence c’est Pétain qui reçut la demande et rédigea un vibrant éloge de son jeune collège, qui au demeurant était bien vivant, blessé pour la 3ème fois d’un coup de baïonnette, il fut d’abord conduit dans un hôpital à Mayence puis fut transféré dans un camp de prisonnier, ou il eut toute le temps de lire et de condamner à son tour les assauts désordonnés qui avaient caractérisé les actions française.

Quelques jours après l’armistice du 11 novembre 1918, Philippe Pétain fut élevé à la dignité de maréchal de France et au début de l’année 1921 il est nommé à la vice-présidence du conseil supérieur de guerre, il fut proclamé conseiller technique du ministre de la guerre, inspecteur général de l’armée, titulaire d’une voix représentative au Conseil supérieur de la défense nationale. Pétain connaissait un succès total et d’ailleurs mérité…

De Gaulle du fait de sa capture par les allemands du repasser sur les bancs de l’école militaire pour prendre des cours de formation au commandement d’une compagnie (comme l’ensemble des officiers ayant été fait prisonnier). Il entama la formation bénévole d’officiers polonais et la qualité de ses prestations lui valurent un enseignement d’histoire comme professeur adjoint à Saint Cyr, et intégrait l’école supérieure de guerre en 1922, avec une stratégie d’ascension professionnelle basée sur l’expertise technique : hors il fut jugé moyen, et publia à son nom un livre « la discorde chez l’ennemi » qui étaient une étude des personnes et des problèmes à qui de Gaulle imputaient la défaite allemande. Le problème suivant survint et demeure controversé, de Gaulle obtint l’appréciation « assez bien » par le Jury de l’école de Guerre, et l’histoire veut que cette appréciation soit transformée en bien grâce à l’intervention du maréchal Pétain, alors que l’appréciation « très bien » aurait ouvert à de Gaulle les portes d’une carrière d’Etat-major. Il faut dire que Pétain souhaitait essentiellement recruté de Gaulle pour en faire un collaborateur, « un nègre » pour être précis. Le maréchal envisageait une œuvre littéraire et historique considérable qui devait être un panorama de l’armée française depuis l’ancien régime jusqu’à 1914/1918. C’est ainsi que de Gaulle commençait une bien modeste carrière de rédacteur dans l’ombre du maréchal, mais ce dernier appréciait beaucoup le travail de de Gaulle et le félicita par écrit à plusieurs reprises, en outre il n’est point un ingrat puisque Charles de Gaulle fut inscrit au tableau d’avancement comme chez de bataillon à la Noël 1926.

Le problème entre les deux hommes débuta en 1927, de Gaulle exprima sa frustration concernant le manuscrit qu’il estimait prêt pour une publication, alors que Pétain estimait que les chapitres sur la grande guerre devaient être retravaillés par un officier de son état-major. Cet épisode allait définitivement empoisonner leur relation. Par la suite, de Gaulle pris l’habitude de dire à ses proches que Pétain avait été un grand homme, mais qu’il était mort en 1925. Les évènements qui troublaient de Gaulle avait trait à la guerre du Rif et à la manière dont Hubert Lyautey fut démis de ses fonctions, puisque que Pétain fut envoyé sur place en juillet 1925, et fut de retour à Paris le 1er aout 1925 avec un plan de guerre devant être conduit par lui : de facto cela entraîna la disgrâce de Lyautey dans des conditions très discutables : de Gaulle estimait que Pétain avait péché par orgueil et sans doute considérait-il être lui aussi victime du même péché d’orgueil au sujet de l’ouvrage dont il voulait assumer la paternité pour des raisons à la fois personnelles mais aussi de carrière.

Pendant ce temps Pétain était absorbé par les questions liées à l’emploi des forces aériennes, il devint responsable des forces aériennes à 75 ans en 1931, il sut s’adjoindre un personnel de valeur en la personne du LCL Paul Vauthier : Pétain prenait en compte la capacité redoutable de l’arme aérienne à frapper non seulement sur le front, mais sur les arrières de l’ennemi et à porter la guerre dans la profondeur du territoire. On peut dire qu’une seconde fois Pétain avait un pressentiment qui était fort juste, comme l’avait été ses considérations sur la puissance de feu et sa supériorité sur les capacités offensives en 1914/1918. Toutefois, les conseils prodigués par Pétain aux échelons politiques et militaires restèrent lettre morte, on le considérait comme trop vieux avec des idées étranges…

Ensuite, il y eut une querelle futile sur le contenu de la dédicace faite à Pétain en début de l’ouvrage de de Gaulle « le fil de l’épée », mais ceci ressort plus de l’enfantillage que d’un problème réel. En revanche, plus sérieux fut la question de l’ouvrage « vers l’armée de métier » ou de Gaulle préconisait une armée professionnelle dotée des meilleurs équipements : chars de combat dans une optique résolument offensive, alors ce postulat de l’offensive mécanisée était considéré comme hérétique par l’armée française, avec des hommes comme Pétain, mais aussi comme Gamelin et Weygand. En revanche, de Gaulle, contrairement à Pétain sous-estimait les capacités de l’arm aérienne et l’on peut dire que la combinaison de leurs conceptions aurait conduit à une vision globale du problème identique à celle des généraux allemands. De Gaulle trouva une oreille attentive en la personne de Paul Reynaud qui fit ce qu’il était humainement possible dans le contexte français pour tenter de promouvoir le corps cuirassé de de Gaulle, soit une force de 100000 hommes répartie en 6 divisions dotées chacune de 500 chars soit 3000 chars en tout que Paul Reynaud envisageait au plus tard pour le 15 avril 1940…Finalement, de Gaulle est nommé colonel en juillet 1937 et prend la direction d’un régiment de chars de combat à Metz. En 1938, de Gaulle se décide enfin à publier l’ouvrage qu’il a écrit pour Pétain : cet ouvrage devient « La France et son armée » ce qui ouvre une ultime et assez pitoyable période de tension avec Philippe Pétain, qui s’estime floué (ce qui n’est pas totalement faux..). L’échange d’amabilité se poursuit lorsque Philippe Pétain est nommé ambassadeur de France auprès de Franco à Burgos : de Gaulle déclare à sa famille « Un maréchal de France accepter ce poste ! Le maréchal est atteint de vanité sénile ! », et devant sa sœur il développe sa thèse « le maréchal n’est plus en état d’assure des responsabilités ! C’est terrible et lamentable, maintenant il acceptera n’importe quoi tant est grande son ambition de vieillard ». La suite est connue, la France subi en juin 1940 la plus grande et la plus incontestable défaite militaire de son histoire, Gamelin est remplacé par un Weygand apeuré, qui n’arrive pas à redresser la situation militaire, mais préfère conseiller un armistice qu’une capitulation… Le débat est éphémère concernant le transfert des pouvoirs publics et de la plus grande capacité opérationnelle militaire en Afrique du Nord : De Gaulle est partisan d’une continuation de la guerre à partir de l’Afrique, tandis que Weygand et Pétain souhaitent conclure un armistice. De Gaulle rejoindra donc Londres, tandis que Pétain deviendra, légalement contrairement à ce qui peut être écrit le Chef de l’Etat Français investi du pouvoir constituant.

La rupture entre les deux hommes est définitive, puisque lors du cours des terribles évènements qui vont suivre ils vont se condamner mutuellement à mort et s’agoniser de sottises par propagande interposée.. Il est évident que l’homme de l’appel du 18 juin 1940 ne pardonnera jamais à Pétain d’avoir sollicité dans le déshonneur un armistice et d’avoir roulé la pente d’une collaboration avec l’ennemi…
De Gaulle va s’imposer très difficilement auprès des anglo-saxons en raison d’un ego hypertrophié qui incommode même Winston Churchill, et que dire des relations avec le président des Etats-Unis Franklin Roosevelt qui préfère lors du débarquement du 8 novembre 1942 au Maroc et en Tunisie s’appuyer sur un amiral Darlan mystérieusement présent, puis sur un général Giraud qui paraît être un bon substitut à l’énergumène que Charles de Gaulles est pour les Américains… De Gaulle triomphera de cette épreuve avec ruse et détermination, tandis que de son côté Philipe Pétain qui avait considéré puis refusé son départ pour Alger après l’opération Torch s’enfonce dans l’exercice du pouvoir de plus en plus fantomatique.

Il n’est pas question de revenir ici sur les évènements de cette triste période, mais disons qu’après une escapade (forcée) en Allemagne, puis en Suisse, la maréchal Pétain décide de retourner en France pour y assumer ses responsabilités, alors que Charles de Gaulle aurait de très loin préféré l’exil suisse à la procédure qui va conduire au jugement et à la condamnation à mort de Philippe Pétain. Sur ce point, la haute cours de justice va faire son travail d’une manière rigoureuse, le crime d’intelligence avec une puissance étrangère et d’atteinte à la sûreté intérieur e et extérieur de l’Etat est passible uniquement de la peine de mort à cette époque. Philippe Pétain confie à ses avocats dont Jacques Isorni, qu’il ne craignait pas l’exécution de sa peine, dans la mesure ou Charles de Gaulle ne le permettra jamais, il ajoute par ailleurs que si lui-même avait été dans la même situation il aurait épargné la vie de son ennemi.. Il a raison, fondamentalement de Gaulle ne souhaite pas l’exécution de la peine capitale à l’encontre du maréchal et compte bien faire usage de son droit de grâce, sur ce point les jurés l’ont un peu devancé et demande que la sentence ne soit pas exécutée.

De Gaulle envisage qu’après deux ans de captivité, il sera en mesure de lui permettre de finir sa vie dans des conditions humaines à son domicile méridionale. Mais on le sait bien, de Gaulle quittera le pouvoir politique presque aussi vite qu’il s’est imposé et ne sera plus en mesure d’aider son adversaire qui terminera sa vie en exil à l’île d’Yeu.

D’une manière générale, lorsque Charles de Gaulle parlait du maréchal le constat était souvent que « la vieillesse est un naufrage ». Après une traversée du désert qui va durer de 1946 à 1958, Charles de Gaulle revient au pouvoir pour instaurer un nouveau régime, la Vème République, mais lui aussi, pour des raisons totalement différentes, connaîtra la doute et l’incertitude après les évènements de mai 1968. Il constatera une nouvelle fois que « la vieillesse est un naufrage », même pour lui, et après le vrai/faux référendum de 1969, il quittera définitivement la scène politique, d’un pays qui décidément n’a pas beaucoup de considération pour les grands hommes…


Ordre du jour : Génocide, le 20 janvier 1942
Ordre du jour : Génocide, le 20 janvier 1942
par Mark Roseman
Edition : Broché

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5.0 étoiles sur 5 Une remarquable étude de la conférence de Wannsee : une étude magistrale, 14 juin 2015
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L’ouvrage de Marc Roseman est une synthèse qui procède à l’analyse de la conférence dite de Wannsee du 20 janvier 1942, dont le compte rendu désormais connu sous le nom de protocole de Wannsee fut découvert en mars 1947 par les services du procureur américain à la recherche de document pour le procès de Nuremberg. Il s’agissait d’un document qui était conservé dans les archives du ministère des affaires étrangères (exemplaire 16 sur 30 d’un document classifié secret du Reich), le seul ayant échappé à a destruction. Ce document comprend essentiellement un exposé fait par le chef de l’office central de sécurité du Reich, le RSHA, Reinhard Heydrich qui passe en revue les différentes mesures adoptées jusqu’en 1941 à l’encontre des Juifs, avec une estimation du nombre de juifs restant en Europe aussi bien sous le contrôle de l’Allemagne Nazie que dans les territoires neutres et ennemis, et esquisse dans ses grandes lignes un plan destiné à les « évacuer » vers l’Est. Une problématique longuement abordée est celle du devenir des demi-juifs et des quart de juifs mariés à un « aryen », et tandis que Heydrich proposait de passer au peigne fin l’Europe d’Ouest en Est, le représentant de l’administration allemande en Pologne (le gouvernement général placé sous la direction de Hans Frank) demande à ce que l’opération commence chez lui : car il a tant de juifs inutiles en Pologne !!!.
En dépit de l’utilisation de l’euphémisme « évacuation » il est bien question d’un plan de génocide. Lorsque le protocole fut découvert par le procureur chargé d’instruire le cas des anciens ministères allemands, ce dernier était Robert Kempner, il se précipita chez son chef le général Telford Taylor et tous deux comprirent qu’ils avaient sans doute découvert « le document le plus honteux de l’histoire moderne » qui est l’expression la plus programmatique du génocide des juifs opéré par les nazis. Pourtant, le protocole demeure un document profondément mystérieux, car si à première vue il marque le moment où les nazis décidèrent d’éliminer les juifs, et si le document conserve cette image dans l’imaginaire collectif selon Marc Roseman, les historiens refusent depuis longtemps cette interprétation pour deux raisons : la première est que Hitler que l’on peut considérer comme l’instigateur de ce que Saul Friedlander a dénommé « l’antisémitisme rédempteur » n’était pas présent, et que les participants à cette réunion n’étaient pas assez important pour décider du génocide, la seconde est que la chronologie ainsi obtenue paraît fausse dans la mesure ou le meurtre de masse des juifs soviétiques a déjà commencé six mois auparavant et que des juifs ont été gazés à Chelmno dès le début de décembre 1941, et que la construction du camp d’extermination de Belzec est déjà elle-même commencée.

La plupart des historiens ont interprété la conférence de Wannsee comme un effort d’autopromotion de Reinhard Heydrich, toutefois cette interprétation bute sur le fait que le protocole la présente comme nécessaire « pour apporter une solution d’ensemble à la question juive », et surtout qu’au moment de la conférence cette solution n’avait pas encore commencée. Il existait donc un très large consensus entre historien jusqu’à il y a peu de temps, pour dire selon la formulation D’Eberhard Jäckel « ce que la conférence de Wannsee a de plus remarquable est que nous ne savons pas pourquoi elle a eu lieu ». Une interrogation fondamentale demeure la mise en place progressive du génocide : celui-ci résulte-t-il d’un programme établi de longue date ou d’une structure chaotique et partiellement stochastique ? Cette question a donné lieu dans les années 1970 et au début des années 1980 à un débat entre « intentionnalistes » et « structuraliste » : les premiers soulignaient la précision des plans de Hitler, tandis que les seconds estimaient que ces sont les luttes pour le pouvoir de ses subordonnés dans le cadre d’un régime politique chaotique qui a fait basculer ce dernier dans l’horreur.

Des auteurs comme Saul Friedlander et Ian Kershaw ont décrit de manière subtile et pénétrante l’équilibre entre chefs et subordonnés ; entre contrôle et improvisation et de mieux comprendre le mélange de planification et de désordre. Toutefois, des travaux conduits notamment par Ulrich Herbert et Peter Longerich ont contribué à redécouvrir les valeurs communes à Hitler et à ses partisans, des valeurs qui selon Roseman n’étaient pas porteuses de génocide au départ, mais sans lesquelles Wannsee n’aurait jamais pu avoir lieu. L’ouverture des archives de la Pologne et surtout de l’ex-URSS a montré à des auteurs comme Christian Gerlach que le fait de commettre des meurtres de masse à l’Est engendra l’idée de génocide. Wannsee apparaît comme une sorte de point final dans le processus par lequel le meurtre de masse se changea en génocide.

Roseman considère que Hitler fut beaucoup plus préoccupé dans les années 1920 par le problème juif que par le bolchevisme ou le marxisme. L’idéologie raciste de Hitler prenait aussi comme cible les syphilitiques, les alcooliques et les criminels qui devaient être isolés et stérilisés, seuls les juifs étaient considérés comme des ennemis complotant contre la Nation allemande ; ils étaient un ennemi plutôt racial que religieux : leur conversion au christianisme était inutile. Du début des années 20 jusqu’à sa mort Hitler demeura persuadé que « Juda » était le fléau du monde et que la santé future de l’Allemagne dépendait de son éradication. Marc Roseman rappel fort opportunément que dans Mein Kampf, Hitler parlait déjà d’exterminer les juifs et même de les gazer. Roseman considère que Hitler ne croyait pas à la possibilité de réaliser un génocide, pour des raisons de réalisme, et notamment en 1925, il fit allusion à son antisémitisme comme un élément tactique. Et la notion « d’extermination » elle-même est sujette à caution, puisque en 1919 Hitler estimait que le but suprême était « l’expulsion totale des juifs » on avait donc une sorte de logorrhée qui combinait menaces de gangster et délires meurtriers qui vont aboutir à une catastrophe. Roseman réfute l’idée d’un déterminisme absolu vers l’anéantissement des juifs d’Europe et fait remarquer que jusqu’en 1940 que les éléments les plus durs du RSHA voyaient la solution du problème juif dans un processus d’immigration forcé…

Par ailleurs, l’explication du processus décisionnel conduisant à la Shoah comme étant quasiment la résultante d’une concurrence entre grouillots et satrapes hitlériens n’est pas satisfaisante selon Roseman pour deux raisons. D’une part, l’influence de Hitler était considérable et le système politique du 3ème Reich était centré autour de sa personne : il était le chef du parti, le chancelier puis après 1934 il exerça lui-même les fonctions présidentielles. Hitler agissait lentement, mais le système s’ajusta à ce style décisionnel, il était très prudent et tentait d’associer le moins possible son nom aux mesures antisémite, mais n’avait aucun rôle modérateur, bien au contraire ce fut lui qui fit échouer les tentatives du ministère de l’intérieur visant à exempter de l’application des lois raciales de Nuremberg les demi-juif et les quart de juif. Mais d’autre part et surtout, c’est sa personnalité qui fit de la seconde moitié des années 1930 une période de tensions extrêmes : Hitler se mit de plus en plus à souligner aux membres du parti comme aux cercles officiels plus larges la nécessité absolue de chasser les juifs d’Allemagne, mais aussi de toute l’Europe… En outre, un élément qui est trop souvent oublié est qu’Herman Goering devint dans la seconde moitié des années 30, le principal responsable de facto de la politique liée à la question juive. C’est lui qui après le célèbre pogrom antisémite de la nuit de Cristal tint une réunion au cours de laquelle Heydrich fut officiellement chargé de mettre en place une politique d’émigration systématique des juifs : dans la pratique, c’est l’empire policier et SS de Himmler qui allait, avec le RSHA dont celui-ci était une émanation, prestigieuse en raison de la personnalité de Heydrich et de son rôle dans le SD qui était officiellement le service de renseignement de la SS. Toujours est-t-il que ce fut le mandat confié à Heydrich par Goering, ou pour être précis l’extension de ce dernier en juillet 1941 qui permit au chef du RSHA de se prévaloir de cette légitimité pour convoquer la conférence de Wannsee.

Dans les années 1930, la politique officielle du parti, de l’état, des SS et de Hitler était de mettre fin à l’influence juive en Allemagne en encourageant une émigration juive massive, mais cette politique était incohérente, car les mesures adoptées à l’encontre des juifs les appauvrissaient, et les perspectives d’émigration devenaient de plus en plus restreinte, ce qui conduisit Hitler à indiquer que si les mesures en application ne suffisaient pas, alors des mesures plus sévères seraient prises. On note la présence d’une psychose antisémite chez Hitler qui est convaincu que la politique mondiale défavorable à l’Allemagne est le fruit d’un complot juif international…Cette psychose lourde de menace se cristallise dans le fameux discours au Reichstag, le 30 janvier 1939 dans lequel il souhaite « faire une prophétie : si la juiverie internationale, européenne et mondiale, plongeait une nouvelle fois les nations dans une guerre mondiale, le résultat ne serait pas la bolchevisation du monde et la victoire des juifs, mais bien l’annihilation de la race juive d’Europe ». Cet élément est en lui-même inquiétant, même s’il était sans doute impossible à prendre au pied de la lettre à ce moment-là selon les travaux de recherche utilisés par Roseman. Au printemps 1941, les nazis sont toujours à la recherche d’un territoire pour y déporter les juifs, mais dès 1941 le niveau de violence du régime nazi franchi de nouvelles limites, l’opération Barbarossa (des antécédents très fâcheux existaient depuis la conquête de la Pologne, ou Hitler demanda à Heydrich de mettre hors d’état de nuire les élites polonaises avec des exécutions de masse visant différentes catégories de polonais parmi lesquels un certain nombre de juifs (5000 sur 16000 civils tués). Finalement le 22 juin 1941, les troupes allemandes envahir l’URSS elles étaient accompagnées de 4 Einsatzgruppen motorisés composés de 600 à 1000 hommes chacun : les exécutions de masse perpétrées représentaient environ 500000 juifs, ce qui fait dire à Roseman que « les nazis étaient entré dans l’ère du génocide ». Et il ne fait aucun doute que c’est Hitler en personne qui fut à l’origine de la radicalisation du climat qui rendit possible ces meurtres de masse, sachant qu’il était tenu régulièrement informé du « bilan » de l’action des Einsatzgruppen, avec une propagation et une amplification des massacres. Marc Roseman estime que la décision de procéder à l’extension des meurtres de masse date de juillet 1941 : c’est à cette date que Hitler convoqua Himmler et que celui-ci se mit de plus en plus à penser au gaz comme moyen d’extermination des juifs, car les fusillades entamaient beaucoup trop le potentiel affectif et psychologique des hommes qui les commettaient, et enfin le 30 juillet 1941 il a une terrible autorisation qui est donnée par Goering à Heidrych et qui concerne l’étude préalable des moyens nécessaires « à l’exécution de la solution finale de la question Juive telle qu’elle est envisagée ». On note aussi que vers la mi-septembre 1941, le bon Otto Abetz, « l’ami » de Pierre Laval demande à Hitler que tous les juifs de France occupée soient déportés. C’est à la même époque que Hitler donna le feu vert à la déportation des juifs allemands et de ceux du protectorat de Bohême-Moravie, et aussi la déportation d’autres juifs provenant d’autres pays européens. Roseman indique que la décision prise par Hitler pourrait être une mesure de représailles à la décision de Staline de déporter vers la Sibérie les allemands de la Volga. Par ailleurs, bien avant que ne vienne l’ordre de procéder à l’extermination de tous les juifs, un certain nombre de responsables intervenant à la périphérie du Reich, exécutèrent des tueries de masse : sur ce point je pense personnellement que l’accomplissement de meurtres de masse conduisait à une sorte d’émulation stimulant les chefs nazis les plus violents, qui de toute façon ne redoutaient nulle sanction pour leurs crimes, et par conséquent il est illusoire de penser que des évènements meurtriers à la périphérie aient pu dépasser le bon vouloir de Hitler. Il se rependait d’ailleurs lui-même en propos de plus en plus extrême sur les juifs, ainsi cru-t-il nécessaire de déclarer au grand muphti de Jérusalem qu’il courtisait pour tenter de provoquer un soulèvement anti-britannique en Palestine, qu’après la victoire, il n’aurait plus qu’un objectif à réaliser au Moyen-Orient : annihiler complètement les juifs vivant sous mandat britannique. On sait par de multiples travaux de recherche, qu’il ne s’agissait pas d’un fantasme, mais bien d’une promesse, des chercheurs allemands ont montré la trace dans les archives d’un Einzatsgruppe qui aurait été chargé en cas de victoire de Rommel de procéder aux exécutions des membres de la communauté juive d’Egypte, et lorsque les autorités de Vichy laissèrent tomber la Tunisie au mains des nazis, Himmler projet de faire déporter en Allemagne près de 100000 juifs sépharades pour les exterminer, mais les allemands furent finalement vaincu d’une manière humiliante en Tunisie.

L’hypothèse de Roseman, brillamment argumentée est donc que la décision d’Hitler de procéder à l’extermination des juifs date de l’été 1941, sans pouvoir prouver l’absence totale d’un acte prémédité avant cette date. Sur ce point l’auteur indique que l’historien Christian Gerlach estime que la date serait plutôt décembre 1941, en raison à cette date d’une extension des invités à la conférence de Wannsee pour inclure des personnages en charge du problème juif à l’échelle européenne. La première date de réunion fut repoussée sine die dans un premier temps en raison de la nouvelle de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor. Toujours est-il que les personnes convoquées à Wannsee étaient des personnes jeunes, dont les deux tiers environ étaient titulaires d’un doctorat (essentiellement des doctorats en droit), et avaient acquis des positions importantes au sein du parti, de la SS/SD et de l’Etat puisqu’il avait un grand nombre de secrétaires d’état, dont le représentant du ministère de l’intérieur, des représentants du ministère des territoires de l’Est et du gouvernement général de Pologne. Finalement, tous ces gens de bonne compagnie écoutèrent l’intervention d’Heydrich qui indiquait calmement que 11 millions de juifs européens (pays adverses non encore vaincu compris) seraient affectés par la solution finale…Finalement le rôle de la conférence de Wannsee apparaît être un moyen de faire sauter la plupart des inimitiés institutionnelles qui empêchaient les mesures de déportation de masse en obligeant, les autres institutions à collaborer de manière constructive avec le RSHA, avec notamment un choix définitif, pensait Heydrich d’éliminer les demi-juifs, la catégorie purement fantasmatique des Mischlinge : toutefois le ministère de la propagande et le ministère de la justice étaient inquiets de la réaction de l’église catholique en cas de dissolution des mariages mixtes et de déportation du conjoint juif, notamment en cas de condamnation du Vatican : la question fut donc transférée à la chancellerie du parti ou la question fut arbitrée par Hitler qui préconisa d’atteindre la fin de la guerre…Malgré le succès apparent de la conférence de Wannsee, il semble bien que une ou des décisions complémentaires traînèrent jusqu’en mars 1942, et des interventions à répétition de Himmler pour que la solution finale atteigne sa pleine puissance entre mai/juin/juillet 1942.

La conclusion de Mark Roseman est donc que la conférence de Wannsee du 20 janvier 1942 et son protocole, assez largement distribué par le RSHA, « traduisait une mutation décisive dans la politique allemande entre des déportations quasi génocidaires et un programme clair d’extermination » et d’ajouter « Wannsee ne fut pas le moment de la décision. Personne à Wannsee, pas même Heydrich n’était suffisamment puissant pour prendre une décision dans ce domaine ».


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