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Contenu rédigé par Eric OD Green
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Commentaires écrits par
Eric OD Green (Paris, France)
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Sigel HN682 Lot de 500 index repositionnables 50 mm x 15 mm (Différents coloris) (Import Allemagne)
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Prix : EUR 7,57

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 un bon produit à usage unique, 6 novembre 2014
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Ce produit convient très bien pour marquer un livre, en revanche sa réutilisation me paraît problématique, car le pouvoir d'adhérence de la colle me semble limité. Il faut donc acheter ce produit peu coûteux dans l'optique d'une utilisation unique. Toutefois au regard du prix modéré, le rapport qualité prix reste excellent. Et puis 500 index, cela permet quand même de voir venir...


HISTOIRE AUGUSTE - NE
HISTOIRE AUGUSTE - NE
par ANDRE CHASTAGNOL
Edition : Broché
Prix : EUR 33,00

6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage exceptionnel et une problématique historique passionnante, 6 novembre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : HISTOIRE AUGUSTE - NE (Broché)
L’histoire Auguste se présente comme un recueil de biographies des empereurs romains du II et IIIème siècle après JC, d’une manière générale les auteurs ou bien l’auteur unique que semble définir l’exégèse du texte poursuivent un travail similaire à celui de Suétone, dans ses fameuses « Vie des douze César », hors il apparaît évident que cet ouvrage a été conçu et rédigé par une sorte d’imposteur qui a pris des licences fort importantes avec l’histoire réelle, la chronologie et utilise fréquemment des sources qu’il recopie, pastiche, déforme. Lorsque les sources n’existent pas l’auteur en invente…

Cela serait sans conséquence si cet ouvrage n’était pas aussi la source d’information la plus importante pour la période considérée. On sait que cet ouvrage rempli d’incohérences et de supercheries a été utilisé fort longtemps par les meilleurs historiens de l’empire Romain. Le premier qui me vienne à l’esprit est Edward Gibbon avec son « Déclin et Chute de l’Empire Romain », hors dans son ouvrage Gibbon avait déjà inséré un appareil critique important concernant l’histoire Auguste, car il avait effectivement détecté un certain nombre d’incohérence.

En France, André Chastagnol a été le principal spécialiste de l’histoire Auguste, et il convient de se féliciter de la réédition dans la collection Bouquins en 2014.

La mise en perspective historique méthodique, l’analyse des sources historiques et littéraire de l’ouvrage sont un modèle d’étude critique des sources documentaires que bien des historiens contemporains seraient avisés de lire ou de relire…

L’histoire Auguste (HA) est un recueil de biographies d’empereurs romains qui commence avec la vie d’Hadrien et s’achève avec la mort de Carus couvrant la période qui va de 117 à 285 après JC, l’ouvrage comporte une lacune (volontaire ou non : il existe plusieurs thèses en la matière) pour les années 244-260. Les vies sont attribuées à six auteurs désignés comme : Aelius Spartanius, Julius Capitolinus, Vulcacius Gallicanus et Aelius Lampidus avant la période manquante, puis Trébellius Pollion et Flavius Vopiscus. En fait, rien n’est aussi simple, l’histoire Auguste possède elle-même un titre qui est arbitraire et qui a été attribué par Isaac Casaubon, bibliothécaire d’Henri IV, lors d’une des première éditions en 1603 en utilisant une expression qui est présente dans la vie de l’empereur Tacite.

Si l’on recherche une dénomination plus ancienne André Chastagnol montre que le Codex Palatinus Latinus 899 de la bibliothèque vaticane datant du IXème siècle comprenait une référence qui paraît être celle de l’œuvre concernée, « Vie des divers princes et tyrans du divin Hadrien à Numérien ». C’est à partir de 1889 qu’une controverse scientifique considérable s’est ouverte, sans être totalement close de nos jours. Elle a été ouverte par un jeune chercheur allemand élève de Théodore Mommsen, Herman Dessau qui publia dans la revue Hermès un article dont les conclusions étaient le fait qu’il n’existait pas six auteurs différents, mais un seul qui avait camouflé son identité derrière six pseudonymes, en outre l’auteur ne vivait nullement à l’époque qu’il désigne comme étant la sienne : fin du IIIème siècle début du IVème siècle mais dans la dernière partie du IVème siècle. Dans sa dernière contribution à l’analyse de l’histoire Auguste en 1918, Dessau indiqua une datation encore affinée soit entre 390 et 400.

Théodore Mommsen intervint en personne pour nuancer la découverte de son élève, en essayant de trouver un juste milieu, tout en faisant usage des découvertes de Dessau. Mommsen estimait qu’une partie au moins du texte avait été révisée vers la fin du règne de Constantin, et c’est ce réviseur qui aurait réuni en une collection unique. Mommsen continuait à considérer que les points communs avec les œuvres d’Aurelius Victor et Eutrope provenaient d’une source commune perdue (ce qui limitait l’anachronisme découvert par Dessau), toutefois, Mommsen estimait que Dessau avait vu juste dans un petit nombre de cas, et qu’en conséquence le texte de l’histoire Auguste avait été révisé une seconde fois à l’époque de Théodose.

Par la suite, malgré l’hostilité de nombreux historiens, sur la période 1926-1962, l’apport des anglo-saxons à l’historiographie de l’histoire Auguste allait de plus en plus dans le sens de Dessau, disons que d’une manière générale la datation de l’ouvrage était comprise entre 350 et 450 (soit une imprécision d’un siècle…). En 1932, W. Hartke soupçonnait l’utilisation par le rédacteur de l’histoire Auguste de l’abréviateur Festus (370), assez rapidement il présenta un argumentaire permettant de placer la conception de l’HA par un auteur unique immédiatement après la bataille de la rivière froide en 394, et au plus tard avant la fin de l’année 398. Hartke proposa même l’identification de l’auteur en nommant Nicomaque Flavien junior.

Depuis 1962 des colloques internationaux ont été consacrés à l’histoire Auguste afin d’en percer définitivement les mystères. André Chastagnol a défendu l’hypothèse d’une datation en 394-398 en admettant que l’œuvre pouvait avoir été terminée en 399 : le traducteur français de l’histoire Auguste a apporté une contribution significative à la datation du texte en démontrant la parenté de plusieurs passages de l’histoire Auguste avec les Césars d’Aurelius Victor.

On doit noter que l’identification des sources réelles de l’histoire Auguste doit beaucoup à un historien néo-zélandais, Ronald Syme, professeur à Oxford, qui a travaillé sur la question de 1964 à 1989. Un premier apport de Syme consiste à affirmer que l’auteur de l’histoire Auguste a connu l’Histoire d’Ammien Marcellin, au moins la partie rédigée avant 392. Un second point de l’argumentaire de Syme prend en compte les développements triviaux, anachroniques et burlesques présent dans l’histoire Auguste, et estime que ce sont ces développements qui intéressaient le plus l’auteur de l’HA et que cet auteur cherchait avant tout à s’amuser lui-même et à surprendre son lecteur. D’une manière générale, les travaux les plus récents ont tous démontrés que la rédaction de l’histoire Auguste est postérieure à 360 avec des hypothèses allant jusqu’à une date plus avancée dans le Vème siècle. L’ouvrage a fait l’objet d’une étude lexicographie conduite à l’aide d’un programme informatique, le résultat de cette étude conduit à identifier un auteur unique pour la totalité des vies.

Toujours est-il que voici un ouvrage passionnant et mystérieux, avec un dispositif critique exceptionnel contenu dans une vaste introduction générale rédigée par André Chastagnol, et qui a elle seule justifierait l’achat de l’ouvrage. Pour le reste, l’histoire Auguste est un ouvrage facile à lire, plus drôle à lire que l’ouvrage de Suétone (qui est pastiché à plusieurs reprises) et totalement accessible à un public passionné d’histoire sans être lui-même un professionnel de la question.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 16, 2014 2:59 PM CET


La guerre romaine : 58 avant J.-C. - 235 après J.-C.
La guerre romaine : 58 avant J.-C. - 235 après J.-C.
par Yann Le Bohec
Edition : Broché
Prix : EUR 25,00

10 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage majeur pour la compréhension de la puissance Romaine, 4 novembre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La guerre romaine : 58 avant J.-C. - 235 après J.-C. (Broché)
L’ouvrage de Yann Le Bohec est publié chez Tallandier dans la collection « L’art de la Guerre » se présent comme une étude des méthodes romaines de conception et de conduite des opérations militaires sur la période qui va de 58 avant JC à 235 après JC : cette période s’étend donc de la fin de la république à la période du Haut-Empire correspondant au Principat (Principat dont l’empereur Auguste fut l’initiateur). Le questionnement méthodologique de Yann Le Bohec part du constat que les historiens de l’Antiquité n’ont pas traité cette problématique d’une manière complète. Cette absence d’intérêt s’explique en France par l’école des Annales que l’auteur décrit comme « marxisante et fortement dominatrice entre les années 1950 et 1989 », cette école de pensée a donc mis l’accent sur l’étude des déterminants économiques, jugés essentiel pour la compréhension du résultat des guerres, l’étude des batailles devenaient alors inutile.

Yann Le Bohec constate que les historiens français ont alors accumulé un retard considérable sur la compréhension des phénomènes militaires, la tactique, la stratégie loin derrière les auteurs anglo-saxons, notamment. L’auteur constate qu’il existe également une difficulté majeure d’une autre nature, le fait que les écrivains de l’Antiquité, même les meilleurs ne possédaient pas les outils linguistiques pour traduire les variations subtiles de la nature des opérations militaires conduites : les commandants d’armée connaissaient donc une grande variété de type de combat, alors que les langues utilisées pour leur transcription, grec et latin ne possédaient pas beaucoup de termes pour les décrire : Yann Le Bohec cite l’exemple qu’il connaît fort bien (César chef de guerre) de l’utilisation par César dans ses écrits qui sont pourtant un modèle du genre du terme « l’autre façon » de se battre pour désigner des opérations de guérilla. Yann Le Bohec indique que la stratégie n’a jamais été clairement conceptualisée dans l’Antiquité, mais qu’elle a bien existé : l’auteur y consacre d’ailleurs un chapitre fort intéressant. D’une manière classique mais qui mérite d’être mentionnée avec force, l’auteur procède en prologue à une étude des sources disponibles afin de les jauger et d’en montrer les mérites et les limites. D’une manière assez inattendue Yann Le Bohec cite des textes juridiques qui paraissent être une source assez importante à ses yeux, autant sur le plan quantitatif que qualitatif et notamment le code théodosien qui contient des lois assez anciennes relatives au sujet traité.

Une source d’intérêt est Végèce qui a écrit à la fin du IVème siècle sur une crise grave que traversait l’Empire et pour y remédier il proposait de revenir à la légion du Haut empire, dans la mesure où celle-ci permettait de vaincre les barbares. On note que la problématique afférente à déjà été traitée par l’auteur dans un ouvrage de qualité, « l’Armée Romaine sous le Haut-Empire ». Yann Le Bohec fait le point sur les apports de l’épigraphie (qui devint un instrument majeur dans les travaux de Theodore Mommsen), sur la numismatique (qu’utilisait déjà Edward Gibbon dans son Decline and Fall traduit en français et disponible dans la collection Bouquin, pour tous les amoureux d’histoire), la papyrologie et l’archéologie complétée par la photographie aérienne et l’imagerie satellitaire. Yann Le Bohec s’interroge sur l’état des connaissances en matière militaire, en passant en revue des auteurs aussi divers que Machiavel, Clausewitz, Jomini, John Keegan (anatomie de la bataille).

Tout cela me paraît fort bien fait, la seule critique que l’on puisse formuler est sans doute l’exagération concernant B. Liddel Hart, dont on sait fort bien à quel point il fut un auteur surfait, voire même peu scrupuleux…

L’ouvrage est structuré en cinq chapitre, le premier est consacré à l’armée romaine comme institution, le second à l’environnement de la guerre (causes de la guerre, psychologie de la guerre, les religions) très complet, le troisième chapitre est consacré à la mise en condition du soldat romain au travers de la discipline, de l’équipement individuel, de l’armement collectif, du génie, de la logistique, du renseignement etc..

Le quatrième chapitre est consacré à la tactique, avec de riches développements sur l’ordre de bataille, et surtout la poliorcétique, une rubrique importante contient des informations sur les autres formes de combat, y compris les formes rudimentaires de guerre biologique et chimique. Les développements sur la contre-guérilla montrent des opérations violentes, cruelles sans nul doute, mais d’une rare efficacité

Le cinquième chapitre est consacré à la stratégie romaine, et surtout dans quelle mesure, il est possible sur le plan épistémologique de décrire une stratégie rudimentaire, sans nul doute, loin du concept de grande stratégie introduit par Edward Luttwak, mais bien réelle qui impliquait des développements qui seraient considérés comme de la géopolitique à l’époque moderne.

L’ouvrage contient 14 illustrations en noir et blanc. Sans l’ombre d’un doute, le travail de Yann le Bohec est un élément majeur pour la connaissance de la puissance et du déclin de l’Empire romain, avec une appréhension globale et systématique de la chose militaire. Un ouvrage de référence qui intéressera tous les passionnés d’histoire romaine et d’histoire militaire, bien au-delà du petit cénacle des spécialistes universitaires de la question.

L’élément fondamental dans l’évaluation donnée par l’auteur est la qualité du recrutement des légionnaires, la qualité des personnels d’encadrements et un entraînement supérieur qui leur permettait de surclasser n’importe lequel de leurs adversaires. Cette qualité des combattants était bien sûr complétée par celle des équipements militaires. Le déclin de cette puissance est fortement lié à un déclin qualitatif des troupes romaines, par ailleurs l’auteur nuance l’appréciation sur la puissance invincible que représentèrent les légions romaines sur des observateurs romains ou étrangers comme Flavius Joseph, en indiquant que les adversaires majeurs étaient nettement plus faible à l’époque de la splendeur de Rome, alors que la mort de l’armée romaine, selon la terminologie utilisée par l’auteur en conclusion résulte de l’affaiblissement des soldats romains autant que par la montée en puissance d’adversaires qui enfin structurent leurs forces et possèdent une intelligence tactique des situations (Goths et Iraniens). Finalement, comme l’écrivait Jean-Baptiste Duroselle « Tout empire périra ».


Edge of Tomorrow [Blu-ray + Copie Digitale] [Blu-ray + Copie digitale]
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DVD ~ Tom Cruise
Prix : EUR 14,99

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un excellent film avec un pitch scénaristique évolué, 25 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Edge of Tomorrow [Blu-ray + Copie Digitale] [Blu-ray + Copie digitale] (Blu-ray)
A l’énoncé du thème du film on pouvait redouter de se retrouver avec un film qui ne soit que la N+30 variation sur une invasion extraterrestre : la chute des météorites en Europe évoque la guerre des mondes. On note au passage que nos amis américains raillent l'Europe de la carte d'entrée de jeu... Pour le reste il était aussi possible de redouter un clone de l'excellent Invasion Los Angeles, mais le pitch du scénario parvient à renouveler l'approche.

Comme d'autres commentateur l'on écrit, on pense tout de suite à "un jour sans fin". Mais dans ce film, c'est la faculté de mourir et de renaître en conservant les connaissances acquises lors de la bataille antérieure qui permet aux 2 héros de ce film de faire progresser l'intrigue.

Les humains sont équipés d’exosquelettes en métal qui embarque une puissance de feu impressionnante (de telles machines sont en cours de test aux États-Unis mais seulement pour servir de mule dédié au transport de charge lourde), ces systèmes sont réalisés avec soin, ce qui renforce l"aspect réaliste du film.

Les adversaires extraterrestres sont des créatures bio-mécaniques dotées de tentacules : elles sont fort bien réalisées et leur annotation est à couper le souffle : on distingue le soldat de base, le drone, le chef de section l'alpha : plus puissant et plus gros et enfin la créature Omega qui est en quelque sorte le cerveau de l'invasion : cette idée avait été développée dans Starship Trooper, sauf que dans Edge of Tomorrow, le cerveau dispose de la capacité de maîtriser le court du temps pour connaître le potentiel de ses adversaires.

Une grande partie de l'histoire est liée à un débarquement en France, avec des scènes de combat époustouflantes qui devraient ravir les amateurs de films de science fiction.

Tom Cruise et Emily Blunt sont tous deux excellents.

La qualité HD est sans surprise, l'image est parfaite, le support Blu Ray est parfaitement exploité. Concernant la bande son en DTS Master Audio, force est de constater que la bande son originale en VO est plus puissante que la bande son française qui exploite pourtant la même technologie.


Histoire de la Russie et de son Empire
Histoire de la Russie et de son Empire
par Michel Heller
Edition : Poche

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une histoire encyclopédique de très grand style, 19 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Histoire de la Russie et de son Empire (Poche)
Mikhaïl Iacovlevitch Heller est né le 31 août 1922 dans une famille juive ouvrière de Moscou. Il fait de brillantes études à la faculté d'histoire de l'Université de Moscou, entre 1941 et 1945, et soutint une thèse consacré sur l'histoire des relations germano-russes en 1946. En 1950, il fut arrêté par les autorités soviétiques, condamné à 15 ans de travaux forcés et envoyé dans un camp de travail au nord du Kazakhstan. Libéré au terme de six ans en 1956, il émigra en Pologne puis en France, où il écrivit toute son œuvre à partir de 1968. L’ouvrage qui l’a rendu célèbre est « la machine et les rouages la formation de « l’homo soviéticus », éditée dès 1994 dans la collection TEL de Gallimard. Cet ouvrage explique comment en octobre 1917, les Russes se trouvent projetés dans l'utopie, et entrent dans « le processus pervers » de création d'un « homme nouveau ». Michel Heller, se place dans une perspective historique : depuis la révolution, on assiste à une nationalisation du temps, à une infantilisation de l'individu au moyen de la peur, de la corruption, du travail pour la fabrication d’un citoyen servile au service de l’Etat soviétique.

Il fut nommé professeur émérite de l'Université Paris IV-Sorbonne, où il enseigna jusqu'en 1990. Il meurt le 2 janvier 1997, quelques mois après avoir achevé ce qui pour moi son ouvrage majeur « Histoire de la Russie et de son empire », qui lui a demandé plus de dix années de travail.

C’est un ouvrage magistral sur l’histoire de la Russie, qui montre d’une manière incroyablement pédagogique comment la narration de l’histoire, au XIXème siècle puis sous l’ère soviétique permet d’instrumentaliser le passé pour en faire un moyen de justification du présent, ou bien encore montrer comment le processus de construction étatique russe a obéît aux lois présumées du déterminisme marxiste.

Cette recension sera effectuée en deux parties, la première concerne la genèse très complexe de la Russie, la seconde se fera, ultérieurement, par actualisation de ce premier texte, et insistera sur la relation de la Russie avec son Empire.

Une origine mystérieuse et controversée : l’Empire des Rurik

Un élément fondamental de l’identité Russe repose sur un questionnement sur l’étymologie du mot Rus et sur l’origine normande-viking de la Rus de Kiev connu aussi sous le nom d’Empire des Rurik (sans s). L’empire Russe naît formellement en 1721 lorsque Pierre le Grand vainqueur de la guerre du Nord se déclare empereur. Mais comme l’indique Miche Heller dès la chute de Constantinople en 1453, Moscou possède le rêve d’être l’héritier de l’Empire Romain d’Orient, qui était essentiellement connu à l’époque comme l’empire des Grecs, d’où la fameuse prophétie sur la naissance de la 3ème Rome, Moscou, et le fait qu’il n’y en aurait point d’autre. En 1547, Ivan IV le terrible prend le titre de Tsar de toute la Russie, le mot Tsar dérive du latin César et Ivan IV le terrible se vente même d’un lien de parenté avec l’empereur Auguste (sic !). Mais lorsque Moscou subissait le joug Mongol s’était le Khan de la Horde d’Or qui possédait le titre de Tsar, on peut donc penser qu’Ivan IV le terrible se veut aussi héritier de la Horde d’Or, ce qui traduit bien toute l’ambiguïté de l’identité Russe qui paraît solidement construite sur une dimension eurasiatique.

La steppe Russe est le prolongement des steppes d’Asie et se fond avec la steppe hongroise : ce continent de steppe de la Mer Jaune au lac Balaton : selon Hérodote le premier peuple à vivre sur les rives de la mer Noire étaient les Cimmériens (1000 à 700 Av JC) qui laissent fort peu de traces, leurs successeurs les Scythes laissent des éléments archéologiques beaucoup plus tangibles : il s’agissait de cavaliers belliqueux qui ont régné en maître sur un territoire compris entre le Don et le Danube et effectuaient aussi des raids dans la région du Caucase et au-delà. Ils furent chassés par les Sarmates appartenant au même groupe indo-européen, mais disposant d’un équipement qui en faisaient sans doute des adversaires plus coriaces .Les Sarmates dominent les steppes du 3ème siècle avant notre ère jusqu’au début du au 3ème siècle après JC. L’invasion suivante est d’origine germanique et vient du Nord, il s’agit des Goths qui font mouvement des rives de la Baltique vers le sud-ouest et pour la première fois, la branche orientale de ces envahisseurs que l’on nomme Ostrogoths crée un Etat sur les rives de la mer Noire, entre le Dniestr et le Don, et pour la première fois un lien est établi entre mer Baltique et mer Noire…Ils seront ç leur tour chassé par les Huns, auxquels succéderont les Avars (Obres) qui sont des nomades turcs, mais ceux-ci disparaissent après un siècle de présence aussi subitement qu’ils étaient apparues… Michel Heller indique que le mystère reste entier sur les origines des slaves.

Le premier élément de réponse est apporté par la première histoire russe parvenue aux historiens : « la chronique du temps jadis », qui est un texte du XIIème siècle rédigé par le moine Nestor. A la suite de cette fameuse chronique du temps jadis, le territoire reconnu comme la patrie ancestrale des Slaves est celui s’étendant entre les Carpates et le Dniepr. Les historiens Procope de Césarée et Jordanès sont les premiers à désigner des tribus slaves qui sont celles des Antes, des Vénèdes et des Slavènes. Sous la pression des Avars en fuite de leur propre territoire les tribus slaves sont dispersées en Slaves de l’ouest et du sud et en Slave de l’Est.

Les Slaves de l’ouest et du sud auraient été impressionnés par « les victoires de Charlemagnes sur les Khazars » (page 20) donnent à leurs souverains le titre de roi (Kral, Kul), tandis que les slaves de l’est utilisent le mot Kagan (Khakan), dès la fin du VIème siècle au début du IXème siècle s les tribus slaves continuent à s’installer sur le territoire compris entre le lac Ilmen et la côte nord-ouest de la mer Noire. Deux faits majeurs semblent présents dans la chronique du temps jadis : la mention de la création au VIème siècle d’une grande union militaire des tribus slaves dans les Carpates sous la direction du prince des Doulèdes : il s’agit de la première tentative pour unir les slaves de l’Est, à l’occasion de conflits avec l’empire Byzantin. Le second fait majeur est l’établissement des slaves de l’Est dans une plaine dépourvue de frontières naturelles et divisée en deux parties : une zone de forêt au nord et une de steppes au sud. Un des éléments les plus énigmatiques de « la Chronique du temps jadis » est la mention, qu’en l’an 862, les slaves, après s’être délivrés des Varègues qui exigeaient d’eux un tribut, se prirent de querelles entre eux, les habitants de Novgorod décidèrent alors d’envoyer des émissaires aux Varègues (ce qui peut paraître antinomique avec le début de l’histoire) pour solliciter l’aide d’hommes capables de les gouverner…

Et c’est alors qu’en Scandinavie trois frères : Rurik, Sinéous et Trouvor accompagnés de leurs droujinas l (du mot russe droug : ami) répondirent à l’invitation : l’ainé Rurik allait devenir prince de Novgorod : la dynastie des ruriks allait régner à Kiev et à Moscou durant des centaines d’années et ne s’éteindre qu’au XVIème siècle. Cette thèse de l’origine Varègues ne fait pas l’unanimité et en la matière la controverse s’est poursuivie jusqu’au 19ème et 20ème siècle. Dans les années 30 la thèse est combattue par les historiens soviétiques qui reçoivent l’injonction d’un pouvoir totalitaire de défendre une position anti-normande, qui culmine au plus fort de la grande guerre patriotique contre les allemands, la mort de Staline ne change rien à la question, et ce passage de la chronique du temps jadis est considérée comme une imposture. Il convient de dire que la question est très complexe : selon Nestor les émissaires de Novgorod sont envoyés au-delà des mers, ce qui est plutôt vague, et en outre ils s’en vont chez des Varègues qui possèdent le nom de Rus (du moins Nestor fait-il un synonyme des deux noms). La clef de l’énigme est fournie au moins partiellement par Michel Heller qui indique que des recherches conduites sur les tribus slaves de la Baltique ont permis de découvrir que les chroniques allemandes identifiaient sur l’île de Rügen dans la Baltique à compter du VIème siècle une tribu slave identifiée sous le nom de Rus ou Russiny, Michel Heller estime que ce sont ces slaves qui sont venus à Novgorod, tout en précisant qu’ils étaient aussi accompagnés de Viking dans leur Droujina, ils descendirent le Dniepr et fondèrent l’Etat kiévien. Nous verrons infra comment Régis Boyer rétablie l’hypothèse de l’origine germano-nordique des Rus. Au IXème siècle la Rus entre enfin dans l’histoire et les chroniqueurs de l’époque ne se contentent plus de parler de tribus slaves : les Rus sont les habitants de la zone comprise entre la mer Baltique et la mer Noire : le 18 juin 860 les Russes assiègent Constantinople avec 22 navires et saccagent les environs, puis lèvent le siège et disparaissent le 24 juin 860.
Le premier Etat Rus est celui de Kiev, dont la chronique situe la fondation en 862 (« de cette mère des villes russes »). Oleg est le prince Rus qui monte sur le trône de Kiev.

Le premier élément que l’on est en droit de contester sur le plan historique est la prétendue victoire de Charlemagne contre les Khazars. L’ouvrage de Michel Heller contient un chapitre consacré aux Khazars montrant l’extraordinaire antisémitisme des historiens soviétiques qui perdure jusqu’en 1989, mais ne peut pas être considéré comme une étude complète du concept d’Empire Khazars.

Il convient de rappeler que l’essentiel des connaissances concernant l’empire Khazar se trouve dans l’ouvrage remarquable d’Arthur Koestler « La treizième tribu » actuellement disponible dans l’excellente collection Texto (des éléments complémentaires peuvent être recherchés dans la revue d’histoire des religions). Le récit d'Arthur Koestler commence par « A l'époque où Charlemagne se fit couronner empereur d'Occident, l'extrémité orientale de l'Europe, entre le Caucase et la Volga, était dominée par un Etat juif connu sous le nom d'Empire khazar… ». Sur le plan historiographique l’essentiel de la connaissance de l’Etat Khazar procède des recherches poursuites par les chercheurs russes.

Sur le plan historique l’ouvrage qui fait référence au sujet de Charlemagne est l’ouvrage de Georges Minois publié dans la collection Tempus en 2013 (N°528), Charlemagne est couronné empereur d’occident en l’an 800, et les campagnes militaires vont de l’Italie à la Saxe, de la Saxe à l’Espagne, de l’Espagne à la Bavière, de la Bavière à la Pannonie. Sur cet ensemble on compte plusieurs campagnes contre les Avars, dont l’une est une victoire définitive en 803 (guerre d’extermination, qui fait de la Pannonie la marche orientale de l’empire d’occident, et qui deviendra la future Hongrie), mais l’ouvrage de Georges Minois ne donne aucun récit d’une campagne contre les Khazars. On peut donc penser que Michel Heller fait référence aux campagnes contre les Avars, mais on ne peut pas exclure que l’historiographie russe ou soviétique, manipulatrice par essence, est inventée pour une raison ou une autre une campagne de Charlemagne contre les Khazars.

Le second élément qui mérite d’être questionné à partir d’une source différente est la naissance de la Russie Varègues, en la matière l’ouvrage de François Neveux « l’aventure des Normands VIII-XIIIème siècle », collection Tempus N° 252, indique que sur le plan linguistique le terme de Varègues a été formé pour distinguer les Scandinaves partis en direction de l’Orient surtout à partir de la Suède, et qui sont passé au travers des l’espaces de l’actuelle Russie et de l’Ukraine pour atteindre Constantinople et l’empire Byzantin : ils sont d’abord connus sous le terme grec de Rhos et de Rus (en slave), François Neveux indique que ce terme fut étendu à la totalité des habitants de l’actuelle Russie. Il précise que les historiens préfèrent le terme de Varègues qui correspond aux Scandinaves employés comme mercenaires par les princes russes et les empereurs byzantins. Mais les éléments de substances les plus significatifs sont présents dans l’ouvrage de Régis Boyer « les Vikings », collection Tempus N° 83, concernant « la chronique du temps jadis » citée par Michel Heller comme source principale, montre que la première entrée relatives aux Rus est celle de 852, il en donne la traduction suivante « en l’an 852 lors de l’accès au trône de l’empereur (de Byzance) Michel, le pays des Rus fut mentionné pour la première fois, nous en avons déduit cette date du fait que c’est pendant le règne de cet empereur que les Rus attaquèrent Tsargrad (Constantinople), comme il est écrit dans la chronique grecque » : Régis Boyer indique que « la présence d’une erreur de datation, 852 au lieu de 842 pour l’accès au trône de l’empereur Michel III Kalaphates, incite d’emblée à traiter ce texte avec circonspection ».

Toutefois, au terme d’un véritable travail de recherche, historiographique, archéologique, et linguistique, Régis Boyer parvient à trouver une solution qui vient en fait conforter « la chronique du temps jadis » et indique que le terme Rus fut utilisé par les slaves pour désigner des hommes roux, qui selon M. Boyer étaient des Goths qui une fois remis de l’effondrement causé par les Huns ont reconstitué un second grand royaume Goth, avec l’aide des Varègues leurs frères de langue et probablement d’ethnie (les goths étaient des germains orientaux). Régis Voyer conclu donc sur l’origine germano-suédoise de la dynastie des Rurik, mais aussi sur la formidable capacité d’acculturation de ces nouveaux venus, puisque en quelques décennies il n’y a plus de Rus mais des Russes. Le fils d’Igor porte un nom slave, Sviatoslav, et la dynastie Rurikovitch ainsi formée régnera sur l’axe Volkhov-Lovat-Dniepr jusqu’au XVIème siècle.

Cette validation par croisement de sources multiples montre à quelle point l’ouvrage de Michel Heller est solide et mérite d’être acheté et lu en dépit d’une typographie déplorable !!


Histoire des Gladiateurs
Histoire des Gladiateurs
par Bernet Anne
Edition : Poche
Prix : EUR 10,50

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4.0 étoiles sur 5 Un ouvrage excellent pour une introduction à la gladiature, mais des apports historiographiques qui datent un peu, 6 octobre 2014
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L’ouvrage d’Anne Bernet est la réédition d’un livre publié aux éditions Tallandier en 2002. A l’époque c’est un ouvrage qui est resté relativement peu connu, on peut espérer que sa publication en format de poche dans la collection Texto lui permettra de faire une second carrière bien méritée au regard de l’historique synoptique de la gladiature que propose Me Bernet.

Deux éléments doivent toutefois être portés préalablement à la connaissance des lecteurs : le premier est relatif à la personnalité de Me Bernet qui est avant toute chose une chrétienne, et qui comme telle prend relativement peu de recul par rapport aux martyrs chrétiens ayant trouvé la mort Ad Bestias dans l’amphithéâtre. Par rapport aux sources provenant de pères de l’église primitive, Me Bernet perd tout esprit critique et place des textes dont l’aspect historiographique (en particulier Tertullien) est sujet à caution sur le même pied que des sources primaires considérées comme majeures, qu’il s’agisse de Suétone, de Tite-Live, de Tacite et de quelques autres dont la notoriété est indiscutable (même si une fois de plus les informations de ces auteurs doivent être acceptées avec pondération).

Plus gênant, Me Bernet accorde une place centrale aux travaux de Georges Villes « la gladiature en occident, des origines à la mort de Domitien » école française de Rome, 1981.

Si cette référence a bien marqué son époque, elle est désormais en partie obsolète au regard des travaux de monsieur Eric Teissier maitres de conférence à l’université de Nîmes, qui est l’auteur d’un monumental « La mort en face le dossier gladiateur » éditions Actes Sud 2009 : ouvrage de plus de 539 pages qui est une véritable étude historique de la gladiature, mettant en jeu tous les acquis de l’archéologie. On note qu’il s’agit d’un travail complexe, mais accessible à tous ceux que le monde Romain passionne et qui montre que bien loin d’être un élément décadent la gladiature était un élément dirimant de la Pax Romana.

L’ouvrage de Me Bernet conserve l’intérêt considérable de fournir une compréhension globale de la gladiature sous un format compact.

Les combats de gladiateurs ont été introduits en – 264 à Rome lors des obsèques du chef de la gens Junia et ils disparaissent en 438 sous l’Empereur Valentinien III qui fait interdire les combats de gladiateurs en Occident : on constate que conformément au constat de M. Teissier, la disparition de la gladiature coïncide en fait avec celle de la puissance de l’Empire romain. Cette institution d’une rare violence a donc durée 7 siècles avec son cortège de mise à mort, dont le nombre peut seulement faire l’objet d’une évaluation incertaine que Me Bernet estime à quelques dizaines de milliers…

Initialement, les combats qui vont constituer l’essence même de la gladiature doivent être recherchés dans l’Italie du Sud avec les Osques et les Samnites dans la Campanie qui restera une grande pourvoyeuse de gladiateurs : à l’origine il s’agissait d’organiser des combats sportifs funéraires situés près de la tombe du défunt à honorer : a priori la forme initial de combat devait s’arrêter au premier sang versé, mais assez rapidement le public prit goût à ces combats et ne devait plus se satisfaire de quelques gouttes de sang et l’on vit apparaître des combattants professionnels, hommes libres ou esclaves qui se louaient à l’occasion des funérailles et petit à petit la valeur de la vie humaine perdait son sens et il devint admis que leur vie et leur mort ne valait plus grand-chose.

Le spectacle de gladiateurs est le munus, c’est-à-dire au sens littéral le cadeau : très rapidement la gladiature quitte l’aspect funéraire qui était le sien pour intégrer celui du spectacle et de la politique : car des dernières années de la République romaine à l’avènement du principat d’Octave/Auguste, l’organisation de spectacles de gladiateurs fait l’objet d’une rivalité politique entre les Optimates, conservateurs et les Populares qui prétendent défendre les intérêts de la plèbe. L’organisation d’un munus devient pour les patriciens candidats à l’édilité (une magistrature) une manière d’influencer le vote de la plèbe : le cas de César est édifiant puisque ayant perdu son père à quatorze ans il choisit d’honorer sa mémoire à 36 ans, en -65 date de son édilité curule lors d’un spectacle qui voit s’affronter 320 paires de gladiateurs… Mais bientôt les gladiateurs deviennent aussi des hommes de main qui permettent aux Optimates et aux Populares de régler leurs comptes dans la rue… Cicéron tentera bien d’encadrer juridiquement ces dérives, mais en oubliant d’y inclure les chasses ou les bestiaires peuvent être remplacés par des gladiateurs.

Dans le chapitre intitulé du « Bon usage d’un mauvais plaisir », Me Bernet passe en revue la pratique institutionnelle du munus par les différents Césars d’Auguste à Commode.

L’organisation de la gladiature est étudiée en détail dans le chapitre intitulé « ceux qui vont mourir » avec les différentes modalités pour entrer en gladiature : les hommes libres peuvent effectivement y consacrer librement leur vie au moyen d’un contrat passé avec un laniste, le contrat est un auctoratio et le gladiateur de condition libre un auctoratus, c’est-à-dire un esclave temporaire de son employeur. Toutefois, même si l’homme libre survivait à son engagement en gladiature il était frappé d’infamie, à l’instar des autres gladiateurs et ne pouvait plus accéder à l’ordre équestre, ni à l’ordre sénatorial.

L’étude de la gladiature se poursuit dans un 4ème chapitre « le temps d’apprendre à vivre » avec l’étude de la fonction de laniste, et le fait que le prince est le premier laniste de l’Empire, après quoi est fournie une étude des ludus et de son personnel. L’élément fondamental qui est le choix d’une spécialité « armaturae ». A l’apogée de son perfectionnement la gladiature possède entre 15 et 20 armaturae différentes avec des variantes locales qui vont peu à peu se réduire à des typologies qui sont l’hoplomaque, le secutor (qui peut correspondre à une adaptation du Celte ou du Thrace), le mirmillon, et le rétiaire et les combattants à chevaux, et les essédaires qui mettent en œuvre le char de combat celte redoutable.

D’autres spectacles comme les naumachies, les chasses, les exécutions ad bestias de chrétiens sont évoquées en détail.

Concernant la disparition de la gladiature, on peut penser évidemment à une modification des mentalités, ou le christianisme devenu religion d’Etat depuis Constantin le grand a sans nul doute joué un rôle. Il est étrange de constater que la disparition de la Gladiature correspond en fait à l’effondrement de la puissance de Rome. Il ne faut pas se voiler la face, la violence des combats de gladiateurs et la mise à morts des vaincus étaient des éléments majeurs pour le public romain qui n’y a jamais trouver un élément abject, bien au contraire. D’ailleurs la série télévisée ultra-violente, pornographique et homo-érotique Spartacus a drainé un vaste public qui a l’évidence y trouve une source intense de jouissance. Les temps changent, c’est exact, mais pas les gens qui restent subjugués par l’ivresse du sang et du sexe, pulsion de vie et pulsion de mort étroitement imbriquée comme l’avait analysé Freud.


La première guerre d'Hitler
La première guerre d'Hitler
par Thomas WEBER
Edition : Poche
Prix : EUR 12,00

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4.0 étoiles sur 5 Une bonne monographie d'unité sur le régiment de List : des méthodes parfois contestables, 28 septembre 2014
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L’ouvrage de Thomas Weber centré sur l’analyse des archives incomplètes du régiment de List a pour objectif un double postulat, tout d’abord démystifier la conduite « héroïque » d’Adolf Hitler lors de la première guerre mondiale et d’autre part montrer que le concept de brutalisation développé par George L. Mosse ne rend pas compte des orientations politiques des conscrits autrichiens du 16ème régiment d’infanterie de réserve et de leur position ultérieure à l’égard du national-socialisme.

La brutalisation est un concept élaboré par l'historien George L. Mosse, dans son ouvrage « De la grande guerre au totalitarisme, la brutalisation des sociétés européennes » publié en 1990 (un des rares ouvrages de Mosse traduit en français aux éditions plurielles, mais indisponible depuis longtemps chez l’éditeur). Il désigne l'acceptation d'un état d'esprit issu de la Grande guerre qui entraine la poursuite d'attitudes agressives dans la vie politique en temps de paix. Dans cet ouvrage, Mosse développe deux postulats principaux. Tout d'abord celui de la « banalisation » de la violence, qui à travers la vulgarisation, la sacralisation de l'expérience de guerre aurait contribué à l'avènement des fascismes. Le second concept majeur, et sans doute le concept central de l’œuvre de Mosse est celui de « brutalisation » qui postule que l’expérience de guerre soit le catalyseur d'une résurgence nationaliste à travers le développement du « patriotisme radical » ou du « culte de la virilité ». Le concept de brutalisation se révèle fondamental pour l'historiographie de la guerre et de l'entre-deux-guerres. Il permet un éclaircissement sur les motivations de la radicalisation du champ politique européen d'après-guerre.

L’une des problèmes de l’argumentation de Mosse provient de son étude unidimensionnelle de l’Allemagne et des engagés volontaires. De ce point de vue l’ouvrage de Thomas Weber apporte une assez bonne démonstration du contraire et démontre que la première guerre mondiale a eu peu d’impact sur les bavarois en grande majorité catholiques du régiment de List. En revanche, il montre qu’un processus de radicalisation a eu lieu pour faire face à la menace communiste en Allemagne et que c’est seulement cette situation qui a conduit une partie des hommes du régiment de List à rejoindre les corps francs (organisation paramilitaire) pour réprimer l’insurrection communiste au profit des partis démocratiques qui étaient à l’origine de la République de Weimar.

Thomas Weber nous fait découvrir un Hitler pitoyable : une sorte de pleutre qui s’est trouvé un poste sans grand risque auprès du service de soutien du QG du régiment, dans cette fonction peu reluisante d’estafette, Hitler se présente donc comme « un cochon de l’arrière » selon la terminologie allemande désignant les planqués.

Ma principale critique, envers la méthode de Weber est que pour remettre en cause les éléments de propagande nazie décrivant Hitler (personnage infâme, convient-il de répéter) comme un soldat de grande valeur, Thomas Weber verse dans l’excès inverse et développe une narration haineuse, ou il remet en cause le fait que le grade de caporal ait été décerné à Hitler ; pour une raison incompréhensible il indique que le 3 novembre 1914, Hitler est nommé Gefreiter, que l’auteur traduit par « première classe Hitler », hors comme après vérification les dictionnaires sont unanimes à donner le traduction de caporal, ce qui n’implique d’ailleurs pas comme l’indique justement l’auteur que Hitler ait exercé la moindre autorité hiérarchique dans sa fonction d’estafette. Par ailleurs, M Thomas Weber reprend avec complaisance, en précisant bien que ces informations sont fausses, des allégations d’homosexualité à l’encontre d’Hitler, et le fait que la fameuse blessure de la bataille de la Somme aurait entraîné pour Hitler la perte d’un testicule.

On peut s’interroger sur de telles méthodes qui sont loin des standards universitaires et se rapprochent de la presse de caniveau britannique.

On note que la révélation de la qualité d’estafette d’Hitler date de 1976, et figure dans l’excellente biographie de John Toland : aucun scoop.

Malgré des éléments factuels qui tendent à démontrer que le caporal Hitler s’est comporté comme un soldat courageux qui se voit attribuer la croix de fer de 2ème classe et la croix de fer de 1er classe, Weber s’acharne en insistant sur le fait qu’Hitler est un lèche botte odieux qui doit ces deux décorations uniquement à la proximité et à la servilité dont il fait preuve envers les officiers du QG du 16ème RIR, dont un commandant en second Hugo Gutmann d’origine juive : tout cela est pitoyable et s’apparente à des méthodes de lyncheur… Ce n’est pas de l’histoire, c’est une surenchère dans le dénigrement impardonnable de la part d’un universitaire.

On note que Weber parle au passage d’Erich von Ludendorff, alors que celui-ci est un simple roturier dépourvu de tout titre de noblesse et de particule… ce qui tend à montrer un manque de sérieux de M. Weber.

La prétendue révélation sur l’hospitalisation en psychiatrie d’Hitler est une nouvelle fois le recyclage d’une information publiée en 1976 par John Toland : la cécité psychosomatique d’Hitler y était déjà attribuée à une pathologie de « psychopathe hystérique » : interrogé sur cette information Ian Kershaw a indiqué le faible intérêt de l’exploitation de cet aspect psychiatrique…

Ce qui sauve l’ouvrage de Weber à mes yeux est de montrer que le nazisme et la transformation de la personnalité d’Hitler en un antisémite rédempteur sont des éléments postérieurs à la période 1914-1918. M Weber, montre qu’Hitler à fleureter par conviction ou intérêt à l’idéologie socialiste et rappelle que la fameuse querelle des historiens des années 1980/1990 sur la parenté entre le national-socialisme et le communisme : finalement ce constat réhabilite les travaux d’Ernst Nolte qui avait été littéralement traîné dans la boue pour avoir apporté une explication de ce type.

Un dernier élément, est de nature à justifier l’achat et la lecture du livre de M. Weber, il s’agit de la grande qualité de la reconstitution du profil socio-psychologique des soldats ayant servi dans le régiment de List. Sur ce point le travail accompli est tout à fait remarquable et l’on possède donc une monographie d’unité d’une rare qualité qui montre bien le peu d’enthousiasme que le nazisme suscita auprès d’anciens combattants bavarois en majorité catholiques.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 6, 2014 5:51 PM CET


Frédéric II
Frédéric II
par Pierre Gaxotte
Edition : Broché
Prix : EUR 12,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un exposé d'une grande qualité pour un homme complexe, 20 septembre 2014
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La biographie de Frédéric II le Grand roi de Prusse est un ouvrage qui est paru pour la première fois en 1972 aux éditions Arthème Fayard. Cet ouvrage est à juste titre réédité en 2013 dans la collection Texto (qui avec Tempus est l’une de mes collections favorites). Pierre Gaxotte donne la pleine mesure de son talent d’historien et de prosateur au service d’un ouvrage brillant ou Frédéric II paraît au travers des ombres et des lumières de son personnage prodigieux. Assurément, si vous être déjà un admirateur de Jacques Bainville, nul doute que vous puissiez y puiser une intense jubilation intellectuelle. A l’instar de Bainville, il convient de ne pas être dupe des engagements politiques désastreux de Gaxotte, mais c’est essentiellement à l’ouvrage que je m’intéresse.

La vie de Frédéric II (1712-1786) couvre la quasi-totalité du XVIIIème siècle, une période riche en évolution de toute sorte. Frédérique II est le fils du roi de Prusse et électeur de Brandebourg Frédérique-Guillaume (à ne pas confondre avec le Grand Electeur), celui-ci est connu sous le nom du roi sergent pour l’importance accordé sous son règne à la montée en puissance de l’armée prussienne. Si Frédérique-Guillaume est un homme avisé pour la gestion de son royaume, avec un équilibre des finances que la France de 2014 pourrait envier à bien des égards, c’est aussi un excentrique qui entretien un régiment « de grenadiers géants » qui lui coute fort cher. Il est connu pour son intempérance, lors des réunions de la tabagie, ou l’on consomme force tabac, bière et nourriture, et pour sa violence ponctuelle qui lui vaut de frapper au visage de manière indifférente hommes et femmes. Pour son fils le jeune prince Frédéric c’est un véritable bourreau qui n’a pas de mots assez dur pour traiter son fils « de petit maître efféminé » et pour l’humilier constamment en public. La situation poussera Frédéric à tenter de fuir la Prusse, Frédérique-Guillaume aura vent du complot, il fera arrêté les conjurés et finalement, après avoir condamné à l’internement le futur Frédéric II dans la forteresse de Custrin, il lui offre aussi le spectacle de la décapitation de son meilleur ami, Katte. On voit combien, les circonstances adverses ne laissaient nullement présager un avenir glorieux pour le jeune prince. Mais, finalement celui-ci se révèle comme étant doté d’une volonté de fer et trouve goût au métier des armes, à la grande satisfaction de Frédérique-Guillaume.

Frédéric II est francophone et francophile, bien que cette dernière soit à géométrie variable en fonction des intérêts de la Prusse. Il entretient une relation épistolaire avec Voltaire, qui y voit surtout un titre de gloriole et utilise publiquement sa correspondance privé pour se faire valoir en France. Finalement avec l’aide de Voltaire, Frédéric II compose des vers de mirliton et surtout écrit un anti machiavel qui est un monument de candeur de la part d’un tel prince… Voltaire espère beaucoup du nouveau roi de Prusse, y compris de devenir premier-ministre… Dans sa correspondance, comme dans son comportement à la cour de Frédéric II Voltaire apparaît comme un courtisan servile et vénal : Frédéric II va superbement exploiter la situation auprès de Voltaire et de D’Alembert qui vont en quelque sorte devenir ses sycophantes attitrés en Europe.

Les premiers pas militaires : les deux guerre de Silésie

Sur le plan militaire Frédéric II, qui manque tout de même de pratique, décide de s’emparer de la Silésie, et l’action va être essentiellement conduite par Kurt-Christophe de Schwerin. L’opération profite de la mort de l’empereur (saint Empire Romain Germanique) Charles VI en 1740 et la faiblesse de Marie-Thérèse d’Autriche, d’autant que du côté français on éprouve une franche détestation de l’Autriche qui va entrainer une guerre de coalition franco-bavaroise contre l’Autriche : Frédéric II négocie avec la France, pour obtenir l’engagement d’une armée française de 40000 hommes contre l’Autriche, mais assez rapidement, il change d’Alliance, avec une habileté remarquable, arguant de la déconfiture des forces françaises (échec de De Broglie) il se sépare de la France et rentre dans le giron de l’Angleterre qui était pressée de voir l’Autriche engager toutes ses forces contre la France. Un traité définitif est signé à Berlin le 28 juillet 1742 et Frédéric reçoit le comté de Glatz, la Silésie haute et basse moins quelques broutilles. Au terme des deux guerres de Silésie, Frédéric II est l’homme qui a réussi à imposer la Prusse, petit état allemand a priori sans grand destin à négocier d’égal à égal avec l’empire des Habsbourg. Et à partir de ce jour l’étoile des Hohenzollern va briller jusqu’à l’effondrement total causé par la première guerre mondiale. On remarque, plusieurs chose, d’une part que Frédéric II est un stratège moyen peut être top impulsif, avec des périodes de doute intense, mais qu’il est en revanche un fin manœuvrier et qu’il sait tirer profit à merveille de l’opposition entre la France et l’Angleterre. Mais ce qui va faire entrer définitivement Frédéric II dans l’histoire, au panthéon des stratèges et des grands hommes d’Etat c’est la fameuse guerre de 7 au cours de laquelle selon sa propre expression « toute la boutique s’en va au diable ».

La guerre de sept ans : Frédéric II le Grand

Depuis la paix d’Aix-La Chapelle qui prévaut à la fin des guerres de Silésie était grosse d’incertitude, la France et la moitié du corps germanique avaient affronté l’Autriche et les puissances maritimes : à la différence de la Prusse toutes les parties se considéraient comme lésées, tandis que le roi de Prusse estimait qu’aucune de ses frontières n’étaient sûres étant brouillé avec la Saxe, La Russie, l’Autriche et le Hanovre (dont l’Electeur est le roi George II d’Angleterre). La guerre couve aux Amériques entre l’Angleterre et la France : les opérations sont engagées le 16 avril 1755, une escadre anglaise reçoit l’ordre d’attaquer les navires de guerre et les navires marchands français. La Prusse est courtisée par la France et le Royaume-Uni pour s’engager dans une guerre continentale, mais finalement c’est l’Angleterre qui va avoir les faveurs de Frédéric II. Le traité anglo-russe signé le 30 septembre 1755, paraît avoir forcé la décision du côté du roi de Prusse qui estime ne point être menacé, ce qui ouvre la voie au traité de Whitehall du 16 janvier 1756 par lequel, l’Angleterre s’engage à écarter de la Prusse les armées russes, tandis que la Prusse s’engage à défendre les possessions allemandes du Roi d’Angleterre… Mais cette fois Frédéric II a péché par excès d’orgueil, et finalement la France et l’Autriche concluent le traité de Versailles par lequel Vienne renonce à l’alliance anglaise et Versailles à l’alliance avec la Prusse. Et finalement c’est la coalition antiprussienne souhaitée par Marie-Thérèse d’Autriche, à laquelle vient s’associer la Russie, et corrélativement la Pologne et la Saxe. Frédéric II prend le risque d’envahir la Saxe et obtient une victoire. Mais la situation tourne mal car en 1757 les autrichiens chassent Frédéric II de Bohême et menace la Silésie et les Russes envahissent la Prusse orientale tandis que les Français occupent les possessions prussiennes du Rhin. Toutefois, au sommet de son art militaire Frédéric II parvient à renverser la situation en 3 mois et à remporter une victoire sur les alliés à Rossbach, avant de réussir à réoccuper la Silésie. Toutefois, la Prusse est sévèrement en danger, et une fois de plus c’est la chance, sous la forme du décès de la Tsarine le 5 janvier 1762, qui est remplacé par un fou, lui-même destitué par sa femme qui devient Catherine II de Russie, qui se retire du conflit entraînant le retrait de la Suède qui provoque la désorganisation de la coalition. Le nouveau roi britannique en profite pour considérer que la guerre ne peut plus continuer en Europe (l’Angleterre est désormais occupée à lutter contre la France aux Antilles), Catherine II joue les médiatrices, et finalement le traité du 31 janvier 1763 mettait fin à la guerre en Allemagne d’un commun accord entre la France et l’Angleterre, les choses étaient remises en l’état ou elles étaient en 1756, la Prusse restait maitresse de la Silésie.

Le dernier opus : le partage de la Pologne.

Frédéric II réussira un dernier coup de maître, après négociations avec la Russie, il est finalement conclu que la Prusse, la Russie et l’Autriche vont se partager la Pologne : petit détail historique, la Prusse se voyait attribuer les territoires constituant ce qui sera appelé entre les deux guerres mondiales du début du XXème siècle le corridor, avec 400000 habitants à l’exception de Thorn et Dantzig (traités ratifiées en avril 1773).

Au terme de cette expansion territoriale considérable, Frédéric II va incarner le militarisme germanique, mais plutôt à partir du XIX siècle. La Prusse sera l’artisan de l’unité allemande sous l’autorité de Bismarck, mais la dérive militariste de la monarchie des Hohenzollern va conduire l’Allemagne dans un précipice béant. Pour autant, même si la personnalité de Frédéric II a été exploitée par un film de propagande sous le régime nazi, il est malhonnête et fort mal avisé de faire de Frédéric II le précurseur de Hitler.

Pour un aperçu général de l’histoire de la Prusse jusqu’à sa dissolution en tant qu’entité territoriale le 25 février 1947 on se reportera à l’ouvrage magistral de Christopher Clark « Histoire de la Prusse », Tempus N° 559, 2014.
Sur la dynastie des Hohenzollern il faut absolument se reporter à l’ouvrage d’Henry Bogdan « Les Hohenzollern », Tempus, N° 532.


Guerre sainte, jihad, croisade : Violence et religion dans le christianisme et l'islam
Guerre sainte, jihad, croisade : Violence et religion dans le christianisme et l'islam
par Jean Flori
Edition : Poche
Prix : EUR 7,90

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5.0 étoiles sur 5 Un exposé d'une grande clareté et d'une intelligence fulgurante, 13 septembre 2014
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Jean Fiori est docteur es lettre et sciences humaines et directeur de recherche honoraire au CNRS, il est l’auteur de nombreux articles et ouvrage sur les relations entre Islam et Chrétienté. Son ouvrage consacré à la comparaison de la notion de guerre sainte chrétienne et de Jihad est une étude d’une intelligence et d’une érudition fulgurantes sur une thématique complexe mais fondamentale pour comprendre le monde actuelle. Même si la période couverte par l’étude de M. Fiori correspond uniquement à la période temporelle allant de la mort de Jésus aux prémisses intellectuels et doctrinaux de la première croisade.

Un élément fondamental oppose les deux religions monothéistes, il s’agit de la nature ontologique du message délivré par leur prophète respectif Jésus et Muhammad.

De manière absolument certaine, le message spirituel délivré par Jésus est un message d’amour de son prochain, et le royaume qu’il entend bâtir avec ses disciples n’est pas de ce monde, il s’agit du Royaume de dieu, un royaume spirituel. Ce qui fait qu’en réalité, les hébreux qui attendaient un messie libérateur, un guerrier qui lèverait le glaive contre Rome, ont été foncièrement déçus par cette homme pacifique qui refusait toute forme de violence. Cette déception foncière explique pourquoi, il a été choisi d’épargner Barabbas et de laisser les Romains crucifier Jésus. Les premiers chrétiens vont refuser sous l’Empire romain de servir dans le métier des armes, ce qui vaudra à l’église primitive un grand nombre de martyrs. Sur cette dimension historique qui est seulement évoquée, il est possible d’approfondir ses connaissances à l’aide de l’ouvrage d’Anne Bernet : les Chrétiens dans l’Empire romain : des persécutions à la conversion Ier-IV siècle (collection Texto), à condition de prendre un certain recul par rapport à la narration un peu trop complaisante de l’auteur. M. Fiori montre que l’attitude des Chrétiens ne s’apparente toutefois pas à un rejet total de la puissance impériale, et que les disciples du christ peuvent aussi être des sujets loyaux. Face à la montée de la religion chrétienne dans l’Empire, l’empereur Constantin va décider de faire preuve de tolérance et d’embrasser cette religion. Certes, les raisons profondes de cette conversion qui interviendra suite à sa victoire sur les forces de son rival Maxence lors de la fameuse bataille du Pont Milvius (312).

La conversion de Constantin reste douteuse et acquière un statut mythique, au demeurant, Constantin ne se fera baptiser que sur son lit de mort en 337 (pour une narration complète de cette problématique, on se reportera avec profit à l’ouvrage de Pierre Maraval, Constantin le Grand empereur romain, empereur chrétien, disponible dans la collection Texto) Toujours est-il que l’attitude des chrétiens à l’égard d métier des armes se touve modifié et que Saint Augustin dans son ouvrage la Cité de Dieu défini le concept de guerre juste qui doit permettre de sauver l’empire et l’église chrétienne, ce concept ne doit pas être confondu avec celui de guerre sainte qui n’existe pas pour les chrétiens à cette époque. Il est sans doute utile de rappeler comment les Chrétiens qui accèdent au statut de religion d’Etat après Constantin font utiliser ce concept pour détruire le paganisme dans l’Empire (Ransay Macmullen Christianisme et paganisme du IV au VIIIè siècle, collection Tempus, N° 369) par des persécutions impitoyables.

L’effondrement de Rome va conduire les chrétiens, et surtout le clergé gallo-romain à se chercher un nouveau protecteur contre les hordes de barbares qui déferlent sur les anciennes provinces de l’Empire, cela va conduire à une acceptation toujours plus grande des valeurs guerrières : la conversion de Clovis au christianisme marque une étape majeure, il devient le glaive de l’église afin de libérer les chrétiens persécutés par les ariens. Avec l’appui du clergé, Clovis écrase les Wisigoths en Vouillé en 507. Son baptême par l’évêque Rémi de Reims a lieu entre 488 et 507. L’axe église romaine et rois francs s’accélère jusqu’au premier choc civilisationnel qui vois Charles Martel triompher d’Ab Del Rahman à Moussais en 732. Les liens entre l’église et pouvoir séculier vont se renforcer sous les pépinides puis sous Charlemagne.

Du côté de l’Islam et de son prophète Muhammad le cheminement est moins complexe. L’Islam est une religion dont Muhammad dit avoir eu la révélation par l’intercession de l’archange Gabriel (Dijbril), il s’agit d’une révélation qui permet selon Muhammad de corriger toutes les erreurs présentent dans les religions chrétienne et juive, du fait d’une corruption du message antérieurement révélé… Muhammad se trouve dans une situation très dangereuse avec laquelle il faut compter : Muhammad condamne violement les idoles adorées à La Mecque et se trouve rejeté par la population locale, en 622 il doit s’exiler dans une ville qui deviendra Médine, c’est l’hégire, l’an 1 de l’ère musulmane. Muhammad est un prophète guerrier qui entreprend des combats et des razzias contre ses ennemis, tribus arabes polythéiste et tribus de Juifs réfractaires à son enseignement. La progression de la communauté islamique originale est marquée par une suite de combats et de massacre, dont le plus célèbre est celui de la tribu Juive des Banou Qoraidza. En revanche, lors de la conquête de La Mecque il n’y a aucun massacre conformément à la parole donnée par le prophète. Le Coran parle de plusieurs sortes de Jihad qui ne se réduisent pas à une simple pulsion guerrière.

La forme guerrière est celle que l’auteur qualifie de « Jihad de l’épée ». A l’heure actuelle, les musulmans modérés estiment qu’il est souhaitable de mettre l’accent sur la dimension spirituelle et de limiter les débordements guerriers, malheureuses, les islamistes soulignent uniquement cette dimension guerrière. Pour être plus précis le Jihad a été codifié seulement au XIème siècle, à une époque où cette doctrine permettait de justifier les conquêtes arabes et l’impérialisme musulman en les attribuant à des motivations purement religieuses. Les premières conquêtes musulmanes furent l’expression même de ce Jihad, mais comme l’indique Jean Fiori, il ne s’agit nullement de guerres missionnaires : les chrétiens et les juifs ne doivent pas être convertis de force à l’Islam, comme « gens du Livre » ils possèdent la possibilité de conserver leur religion sous réserve d’acquitter ce qui s’apparente à une sorte d’impôt : ils possèdent le statut de Dhimmi, c’est-à-dire de protégés. Ce statut en fait ipso facto des citoyens de seconde zone, mais il s’agit d’une tolérance réelle, même si elle demeure limitée.

L’expansion de l’Islam se fait à une époque qui lui est favorable puisqu’en 609-628 l’empire Byzantin affronte l’empire Perse dans un conflit éprouvant particulièrement pour les populations, et dans ce contexte très sombre, les premières armées musulmanes pénètrent en Palestine sans rencontrer beaucoup de résistance, voire même avec le soulagement des populations juives et chrétiennes. Dès 635, l’expansion musulmane commence et ne trouve ses limites qu’un siècle plus tard jusqu’au cœur de la France actuelle en Occident et jusqu’à Samarkand et à l’Indus en Orient.

Toute action suscite une réaction, et la réaction de la Chrétienté va être progressive mais impitoyable à son tour : les chrétiens perçoivent les invasions arabo-musulmanes comme un châtiment temporaire voulu par dieu : Muhammad est perçu comme un faux prophète, dont le succès annonce la venue prochaine de l’Antichrist (et son corollaire logique le retour du Christ et sa victoire aux termes du combat des derniers temps).

La Reconquista Espagnole et le destruction de l’église constantinienne du Saint sépulcre en 1009 par Al-Akim vont jouer un rôle majeur dans l’élaboration d’une doctrine chrétienne de la guerre sainte qui devient l’équivalent du Jihad musulman. Dans un premier temps, l’église romaine ne joue qu’un rôle modeste dans la Reconquista de l’Espagne musulmane (Al Andalus), car le pape redoute surtout une sortie de l’Espagne du giron de l’Eglise. L’accès à la papauté de Grégoire VII en 1073 change la donne, car le nouveau pape incite ses fidèles à conduire une expédition armée dans la péninsule Ibérique, tous en insistant sur la (fausse) donation de Constantin qui attribuerait l’Espagne au domaine de Saint Pierre qui entraîne une soumission de type vassalique des Rois espagnols : par cette entremise, la papauté intervient en Espagne pour y protéger ses intérêts temporels… Cette démarche spirituelle va être considérablement achevée par le pape Urbain II qui va considérer qu’une action conduite en Espagne sous forme de reconquête armée par les princes équivaut à un pèlerinage accompli en terre sainte pour la rémission de leurs péchés.

L’apport majeur de Jean Fiori est donc de démontrer que le concept de guerre sainte existe 6 ans avant le discours de Clermont qui conduira à la première Croisade : avec les deux concepts qui sont la guerre sainte méritoire et le pèlerinage pénitentiel qui seront réunis en terre sainte. Le concept de croisade n’est donc pas né en novembre 1095 au terme du Concile de Clermont organisé par Urbain II. Il est vrai que la terrible défaite des Byzantins en 1071 à Mantzikert face aux Turcs qui en profitent aussi pour prendre possession de Jérusalem, ces évènements obligent l’Empereur romain d’Orient à demander l’aide militaire de l’Occident. Pour Jean Fiori, la croisade est en occident résulte de la volonté de défendre ou de reconquérir les lieux Saints de la Chrétienté à savoir : Jérusalem, Rome et Saint Jacques de Compostelle.

Pour Jean Fiori la croisade est l’aboutissement de la notion de guerre sainte par l’Eglise chrétienne, et se rapproche donc du Jihad de l’Islam qui avait été violemment critiqué par l’église.

On doit considérer, que ce qui était un message d’amour universel et de paix et de fraternité est transformé au terme d’un processus théologique long et complexe en une caution donnée à la violence dans certaines, circonstances : toutefois, contrairement à M. Fiori, je ne considère pas cela comme « lamentable » mais plutôt comme une modalité, historiquement et socialement déterminée, destinée à restaurer la puissance de la Chrétienté. Je pense qu’il est dangereux d’y rechercher la cause de tous les maux que nous observons de nos jours. Car il convient de noter que du côté de la chrétienté la notion de guerre sainte est totalement obsolète, alors que le Jihad continue à être la justification de moult actes de violence sanguinaire…
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La fin : Allemagne (1944-1945)
La fin : Allemagne (1944-1945)
par Ian Kershaw
Edition : Poche
Prix : EUR 14,50

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4.0 étoiles sur 5 Une bonne synthèse sur l'agonie du III Reich, 6 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La fin : Allemagne (1944-1945) (Poche)
L'ouvrage de Ian Kershaw comporte comme il a été dit dans plusieurs revues antérieures, des répétions qui rendent parfois la lecture fastidieuse. Toutefois, le parti pris de la narration chronologique et les habitudes rédactionnelles des universitaires anglo-saxons rendent parfois ce type de défaut assez courant.

Pour autant, cet ouvrage fourni aux néophytes une excellente illustration de la nature du pouvoir de Hitler et des structures de gestion du III Reich . Il ne s'agit pas d'un récit de type militaire des événements, mais de la prise en compte de ceux-ci sur le front de l'Ouest et plus encore sur le front de l'Est pour expliquer pourquoi l'effondrement du régime a été aussi long. Ian Kershaw insiste toujours sur le caractère charismatique de Hitler, proche de l'exercice du pouvoir par un monarque absolu pour expliquer la persistance de son autorité quasiment jusqu'au jour de son suicide.

Ian Kershaw est l'auteur d'études de sociologie électorale remarquables, la première étant relative à la perception de Hitler comme mythe au sein de la population allemande, et la seconde étant une analyse sophistiquée de l'opinion publique en Bavière sous le nazisme.

Ces deux études mettent en exergue des éléments de consentement variable de la population du III Reich envers l'idéologie nazie, ce qui permet dans l'introduction de l'ouvrage que je commente de rejeter le modèle mécaniste de l'état totalitaire comme seule modalité d'explication du régime hitlérien.

Toutefois, une centaine de pages après le rejet du modèle totalitaire, Ian Kershaw indique que l'on trouve justement dans la chute du régime tous les éléments caractéristiques d'un état totalitaire, ce qui montre bien que même pour un universitaire aussi sérieux et reconnu que Ian Kershaw il existe probablement des éléments explicatifs contradictoires qui gêne la narration plus fluide du récit.

On note que si Ian Kershaw semble ne pas vouloir prendre en considération un consentement uniforme de la population envers le nazisme, il est obligé d'admettre, que dans le cas de la solution finale, il y a eu une indifférence, voire une certaine acceptation du sort funeste d'une petite minorité qui comme il l'indique lui même était détestée sinon haïe par les Allemands.

La peur de l'Armée Rouge sur le front de l'Est est une bonne explication pour la combativité de la Heer et de la Wehrmacht, mais il convient en la matière de renvoyer à l'ouvrage d'Omer Batov qui démontre bien que les soldats allemands engagés sur le front de l'Est ont été conditionnés dans un état décrit comme la "brutalisation" par Omer Bartov suite aux monstrueuses directives spéciales conçues pour l'accomplissement de Barbarossa. Les crimes commis par l'armée allemande en Union Soviétique sont d'une ampleur sans précédent, contre les Juifs bien sûr, mais aussi contre les populations civiles et les soldats de l'Armée Rouge.

De ce fait, il est bien évident que l'Armée Rouge allait prendre une revanche impitoyable en pénétrant sur le territoire du Reich. Il est bien sûr impossible pour moi de cautionner les pillages et les viols suivis d'exécutions sommaires, mais j'ai aussi le plus grand mal à éprouver une quelconque empathie pour les victimes allemandes...

Ian Kershaw insiste beaucoup sur la cruauté des soldats de l'Armée Rouge, mais en même temps il mentionne fort bien les bombardements aériens massifs conduits, pour la plupart par les Britanniques sur les villes allemandes : Dresde, Nuremberg, Cologne etc... Or ces bombardements contre des populations civiles constituaient purement et simplement des crimes de guerre, mais il s'agissait de crimes de guerre commis par les vainqueurs ce qui change tout.. Donc la pseudo correction des anglo-saxons évoquée régulièrement par M. Kershaw, mérite tout de même une appréciation critique...pour le moins.

Pour une raison incompréhensibles, les troupes françaises, en particulier celle provenant d'Afrique du Nord sont présentées par M. Kershaw comme un ramassis de violeurs et de pillards : il est dommage que M. Kershaw n'utilise pas les archives de la prévôté militaire américaine forts riches en viols, meurtres et rapines de toute nature accompli par les gentils GI.

Un grand mérite de Ian Kershaw est de montrer l'aveuglement de l'OKW et de l'OKH et la servilité des officiers généraux et des officiers supérieures face à des ordres absurdes. En outre, il rappelle de manière particulièrement importante les rôles criminels joués par Albert Speer, l’infâme technocrate sans conscience et du rôle fanatique du grand amiral Dönitz. Ces deux crapules qui sont responsables de la poursuites des combats, à des degrés et selon des modalités diverses, et partant de l'augmentation du nombre des victimes militaires et civiles, pourtant lors du procès de Nuremberg, au lieu de se voir promis à la potence, ils vont simplement écoper de peines de prisons.


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