undrgrnd Cliquez ici Toys NEWNEEEW nav-sa-clothing-shoes nav-sa-clothing-shoes Cloud Drive Photos cliquez_ici Soldes Cliquez ici Achetez Kindle Paperwhite cliquez_ici Acheter Fire Jeux Vidéo Montres soldes Bijoux Soldes
Profil de Eric OD Green > Commentaires

Fiche d'identité

Contenu rédigé par Eric OD Green
Classement des meilleurs critiques: 318
Votes utiles : 468

Chez vous : découvrez nos services personnalisés en pages d'aide !

Commentaires écrits par
Eric OD Green (Paris, France)
(TOP 500 COMMENTATEURS)   

Afficher :  
Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11
pixel
Les guerres de Louis XIV
Les guerres de Louis XIV
par John A. LYNN
Edition : Poche
Prix : EUR 12,00

8 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un excellent ouvrage avec une analyse méthodique et scrupuleuse des campagnes militaires du Roi Soleil, 11 novembre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les guerres de Louis XIV (Poche)
John A. Lynn a été historien à l’université de l’Illinois-Champaign Urbana, il est né en 1943 et arrêté ses cours en 2009, mais a finalement décidé de continuer à enseigner trois années supplémentaires dans une autre université. En France, il est surtout connu pour avoir publié chez Tallandier un ouvrage dédié à l’histoire du combat qui prend le contrepied des arguments de Victor Davis Hanson sur la supériorité culturel du modèle occidentale de la guerre. C’est un historien militaire spécialisé dans l’histoire du grand Siècle.

Son ouvrage « les guerres de Louis XIV » a été publié la première fois en 1999 chez un éditeur anglais, la première version française fut celle de 2010 chez Perrin, avec une sortie au format de poche dans la collection Tempus en 2014. Son objectif est de fournir une analyse militaire des guerres de Louis XIV, avec un traitement limité sur l’aspect opérationnel et stratégique plutôt que sur une étude analytique de la totalité des combats au niveau tactique : l’analyse porte sur 50 années de guerre s’étalant de1667 à 1714. Une des thèses centrales de l’ouvrage est que les guerres à l’époque de Louis XIV étaient fondamentalement différentes de celles que conduirait Napoléon. Pour l’auteur le Roi Soleil va conduire « des guerres en continue » qui sont caractérisées par 5 éléments : - le caractère indécis d’une bataille ou d’un siège ; - la lenteur des opérations ; - le pillage des territoires ennemis pour nourrir l’armée (il s’agira dans la pratique d’une levée de contribution que Louis XIV imposera personnellement pour mettre fin au pillage des territoires ennemis par ses troupes) ; - l’épuisement progressif des combattants ; - l’importance considérable des négociations diplomatiques.

Pour l’auteur les guerres de Louis XIV ont eu une importance considérable dans la mesure ou pour une part elles modifièrent les frontières de l’Europe et de la France en particulier. Louis XIV ajouta au territoire qu’il avait reçu des portions significatives de la Flandre de l’Artois et du Hainaut, ainsi que la France Comté et l’Alsace, par ailleurs son occupation de la Lorraine permit son annexion au XVIIIème siècle. Sur le plan démographique ses conquêtes enrichir la France de centaines de milliers de personnes, qui allaient devenir des millions quelques génération plus tard. Sur le plan institutionnel et administratif, Louis XIV monarque exerçant un pouvoir absolu au moyen de ministres d’extraction modeste ou de noblesse récente (Colbert, Vauban, Louvois) mis en place une puissante bureaucratie d’Etat. D’une manière plus complexe, les guerres et la montée en puissance du centralisme étatique contribuèrent, selon John Lynn, contribua au développement de la conscience nationale française.

Lorsque le Roi Soleil monte sur le trône en 1643, à l’âge de 5 ans la France est déjà en guerre depuis 8 ans et elle le resterait jusqu’en 1659. Ce conflit n’est pas comptabilisé dans les guerres de Louis XIV par les historiens dans la mesure où il fut initié par son père Louis XIII et conduit par le cardinal Richelieu, puis son protégé Jules Mazarin. Jules Mazarin est réputé avoir fortement influencé Louis XIV en lui servant de précepteur et de père de substitution.

De son propre chef, Louis XIV s’engagea dans 5 guerres, dont deux possèdent un caractère mineur : la guerre de Dévolution (1667-1668) et la guerre des Réunions (1683-1684), tandis que 3 sont des guerres majeures : - la guerre de Hollande (1672-1678) ; - la guerre de la ligue d’Augsbourg (1688 – 1697) et la guerre de succession d’Espagne (1701-1714) visant à imposer un Bourbon sur le trône espagnol au grand déplaisir des Habsbourg.

On note que M. Lynn donne des éléments chronologiques qui permettent de comprendre le règne de Louis XIV par rapport à la guerre de 30 ans qui se termine en 1648 par les traités de Westphalie, sans mettre fin à l’hostilité entre la France et l’Espagne qui allaient continuer encore 11 ans et prend fin en 1659 un an après la victoire de Turenne sur les forces espagnoles conduites par Condé, lors de la bataille des Dunes. Sur le plan interne la France est gravement secouée par la Fronde de 1648 à 1653.
L’auteur montre comment concernant les aspects stratégiques, le roi Soleil réglementa le processus de prise de décision par une série de conseils dont il présidait les réunions. Le plus important des conseils, puisqu’il traitait des questions de guerre et de paix était le « Conseil d’en Haut » dont les membres bénéficiait du titre de ministres d’Etat. Le rôle modérateur de Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) est bien mentionné avec sa volonté d’opposer à la lutte au moyen d’une guerre sur le continent contre les Hollandais, une guerre par le commerce : Colbert avait de sérieuses difficultés dans la poursuite de ses réformes financières destinées à améliorer la situation économique de la monarchie et avait surtout besoin d’une période durable de paix ce qui ne fut jamais le cas.

L’auteur montre l’inquiétante tendance des finances publiques françaises à être en permanence au bord de la banqueroute, d’une part par le coût direct et indirect des guerres de Louis XIV, mais aussi par une mauvaise organisation de l’imposition, imposition qui allait devenir proprement écrasante pour les Français… A cette imposition exorbitante se rajoutait l’incapacité à créer une banque centrale sur le modèle hollandais et britannique permettant une juste administration du crédit… On dirait que les tares financières décrites par M. Lynn ont perduré jusqu’en 2014…

Pour le reste, M. Lynn montre un monarque soucieux de poursuivre des guerres pour sa gloire personnel, avec une propension à présenter son action de manière ostentatoire et belliqueuse de telle manière que les actions de la France ne peuvent être perçues que comme très belliqueuses par les autres pays européens. Dans une large mesure, M. Lynn démontre qu’en réalité les objectifs Français étaient de type défensif, notamment par une politique systématique de consolidation des frontières terrestres au moyen de fortifications et de places fortes remarquable due au génie de Vauban : les acquisitions territoriales limitées conduites par la France étaient destinés à ceinturer les frontières de places fortes inexpugnables essentiellement destinées à empêcher des menées offensives adverses contre la France. Dans la pratique, les réajustements territoriaux des guerres de Réunion furent considérés comme très hostiles par les adversaires de la France (non sans quelles raisons…).
Par sa puissance démographique, et par la mise sur pied d’une armée puissante dont le mode de recrutement préfigure largement les armées professionnelles, l’armée de terre de Louis XIV apparaît comme un outil redoutable, avec une modernisation du matériel qui n’est pas négligeable non plus (fusils à silex remplaçant les arquebuses à mèches, piques remplacées par des baïonnettes à douilles inventées par Vauban, artillerie de siège faisant un usage très puissant de gros mortiers à tir courbe..). Mais de cet aspect redoutable, va naître des coalitions militaires adverses très puissantes qui vont être fort difficile à vaincre sur le plan militaire et rendront illusoire la volonté de conduire des campagnes de courte durée.

M. Lynn montre bien que Louis XIV préféra conduire des guerres de sièges, moins couteuses en vies humaines que des guerres classiques ou les troupes se mitraillent dans un processus mortifère d’attrition, ou la donnée la plus mobile réside dans des charges de cavaleries, avec souvent une grande difficulté à emporter la décision militaire au sens moderne du terme, ce qui conduisait davantage Louis XIV a conduire des négociations diplomatiques, là ou Napoléon recherchera essentiellement l’anéantissement des capacités militaires adverses, distinguo qui est l’une des thèses centrales défendue par M. Lynn.
L’analyse de M. Lynn tend à démontrer que la stratégie de Louis XIV fut en constante évolution malgré le concept de gloire royale attaché à la nature des conflits. Pour M. Lynn on distingue une première période (1661-1675), ou le roi Soleil cherche a accroître sa gloire en conquérant de nouveaux territoires pour la France. Pendant une seconde période (1677-1697), la stratégie française devient beaucoup plus défensives dans ses finalités, quoique offensive dans ses moyens, et enfin dans une troisième et dernière période (1697-1714) la lutte pour la succession espagnole domina.

L’ouvrage de M. Lynn permet de bénéficier du point de vue distancié d’un universitaire anglo-saxon sur la période concernée, ce point de vue est exprimé avec méthode et modération, il est soigneusement argumenté, et l’on peut considérer que sa connaissance par le public français féru d’histoire militaire et d’histoire du Grand Siècle est une bonne chose.


Secrets officiels : Ce que les Nazis planifiaient, ce que les Britanniques et les Américains savaient
Secrets officiels : Ce que les Nazis planifiaient, ce que les Britanniques et les Américains savaient
par Richard Breitman
Edition : Poche
Prix : EUR 10,50

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une contribution majeure à la compréhension des décisions anglosaxonnes sur la Shoah, 9 novembre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
L’ouvrage de Richard Breitman date de 1998 et a été traduit une première fois dans la collection Calmann-Lévy mémoire de la Shoah en 2005 et est réédité par Texto en 2014. Il s’agit d’un ouvrage qui a été rendu possible par l’ouverture d’une partie des archives du Cabinet britannique, et plus particulièrement des rapports émis par les services secret sur les informations collectées relatives à l’extermination des Juifs dans les territoires occupés par l’Allemagne nazi.

Les britanniques disposaient d’une capacité d’interception des messages échangées par les bataillons de police, autant que par les SS sur cette période. Le Reichsfürher-SS disposait de puissant moyen de télécommunication, les informations remontant à Himmler utilisaient différents canaux et dispositifs de transmission. Les Einsatzgruppen utilisaient l’équipement, les fréquences et les codes du RSHA, l’office central de sécurité du Reich placé sous l’autorité de Reinhard Heydrich ; les brigades de Waffen-SS employaient ceux de l’Etat-major d’Himmler. Les messages émis par les HSSPF (hauts-responsables de la police et de la SS), Prützman, Bach Zelewski, Jeckeln et Korseman passaient tous par le système de transmission de la police d’ordre de Daluege. La police d’ordre utilisait un système de codage manuel calqué sur celui utilisé pendant la première guerre mondiale par les Britanniques, tandis que le RSHA utilisait déjà la technologie complexe de la machine de cryptage Enigma.

De juillet à septembre 1941, les officiers du chiffre de la police d’ordre utilisèrent un système de code appelé « double transposition » et à partir du milieu du mois de septembre ils utilisèrent un système du type « Double Playfair » dérivé du Playfair britannique. Les Allemands, soit par le biais du système de cryptage de la police d’ordre, soit au moyen de la machine Enigma se montrèrent assez diserts sur leur activité d’exécution des Juifs. Les travaux de décryptage qui eurent lieu à Bletchley Park au cours de la seconde guerre mondiale s’appuyait en partie sur l’apport fait par les services secrets polonais concernant une recopie de la machine Enigma. Les efforts britanniques portèrent donc sur la mise en place d’une capacité de décodage qui devint connu sous la dénomination d’Ultra : ce processus de décodage dura toutes la seconde guerre mondiale, mais comme ne l’indique pas M. Breitman, il fut interrompu lorsque les Allemands utilisèrent le nouveau code Triton, qui fut à son tour brisé par les Britanniques.

Le déchiffrage des messages de la police d’ordre allemande était systématique à partir de septembre 1939 : cette action fut rendu possible par une action conjointe franco-britannique, souvent passée sous silence mais fort bien mentionnée par M. Breitman. Des synthèses des messages décryptés étaient transmises à Winston Churchill, associées aux notes des services de renseignements, ce qui conduisit malencontreusement au discours radiodiffusés du 24 août 1941 dans lequel Churchill faisait mention « de plusieurs dizaines de milliers d’exécutions perpétrées par les troupes de police allemandes contre les patriotes russes défendant leur terre natale ».

Dans l’ensemble, l’ouvrage de M. Breitman montre que les cryptographes britanniques possédèrent des informations nombreuses et précises, recoupées par des rapports de renseignements provenant notamment du gouvernement polonais en exil sur des massacres de Polonais et de Juifs, mais que ces évènements furent toujours appréhendés avec distance par les décideurs politiques anglais, qui ne souhaitèrent pas se lancer dans des politiques de communications qui auraient dénoncé de manière outrancière les massacres de Juifs au détriment d’autres catégories de personnes.

Les responsables du Foreign Office, avec au premier chef Anthony Eden se livrèrent à des calculs complexes, redoutant tout ce qui aurait pu conduire à un affaiblissement de l’Angleterre en Palestine, redoutant les mesures qui auraient conduits à un afflux massif de réfugiés Juifs, qui auraient conduits à une montée en puissance du ressentiment des populations Arabes, éléments dont étaient bien conscients les nazis qui lancèrent des opérations de propagandes massives en direction des populations Arabes avec l’aide du grand muphti de Jérusalem.

La retenue des Britanniques trouva un écho à peu près similaire aux États-Unis auprès de l’Administration, le président des Etats-Unis Franklin Roosevelt et son homme de confiance au Département d’état Sumner Wells accumulèrent de nombreuses preuves sur « la solution finale du problème Juif en Europe » via les organisations juives. A l’instar des britanniques, la question de bombardements aériens de représailles aux massacres de population juives fut posé, et ne trouva pas d’écho favorable : on doit noter toutefois que les bombardements conduits par le Royaume-Uni allaient s’intensifier, avec des objectifs dont le caractère militaire devint de plus en plus sujet à caution, on pense notamment aux bombardements de Dresde et de Nuremberg à l’aide de bombes au phosphore, qui posent un sérieux problèmes de déontologies au regard du droit de la guerre…

Le Royaume-Uni, comme les États-Unis établirent une position commune qui refusait, à de très rares exceptions près, les solutions de type humanitaire qui auraient constitué à apporter une aide alimentaires aux États neutres européens recevant des réfugiés Juifs. Les négociations avec les nazis pour évacuer le plus grand nombre de Juifs possibles, si nécessaire en payant des rançons furent évoqués, il semblerait que les nazis étaient prêts à négocier pour certains Juifs en particulier, contre espèce sonnante et trébuchante… Mais d’une manière générale les anglo-saxons estimèrent que la priorité devait être accordée à une défaite militaire totale de l’Allemagne nazi, seul moyen réaliste de mettre fin aux crimes monstrueux perpétrés par les nazis en Europe et en Russie.

D’une manière générale, les Alliés décidèrent de mettre en œuvre des campagnes de propagande destiné à faire savoir au peuple allemand qu’ils établissaient une distinction entre les citoyens ordinaires, et les criminels nazis qui feraient l’objet de poursuites judiciaires impitoyables à l’issu de la guerre. Cette position allait bien sûr conduire au tribunal pénal de Nuremberg et à la définition de la notion de crimes contre l’humanité.

M. Breitman estime que les britanniques et les américains auraient pu faire plus, plus vite pour mettre un terme à la Shoah, cette conclusion nous paraît erronée au regard de la nature même du régime nazi, et a posteriori il semble toujours possible de faire mieux, mais sur ce point, M. Breitman sort de son rôle d’historien, alors qu’il a apporté une contribution majeure à laquelle nous marquons notre pleine approbation. Un livre à lire et à méditer.


Skylanders : Trap Team - pack de démarrage
Skylanders : Trap Team - pack de démarrage
Proposé par Centrale Free Agent
Prix : EUR 25,20

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un très bon jeu sur PS4, 6 novembre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Skylanders : Trap Team - pack de démarrage (Jeu vidéo)
Le jeu était destiné à mon neveu de 10 ans, le jeu fonctionne parfaitement sur PS4.

Il a donné toute satisfaction à l'utilisateur, on peut donc estimer de manière objective que c'est un bon produit.

Le seul point à nuancer est que le coût de cette version de Skylander est supérieur à ceux de ses prédécesseurs sur PS3. Il faut reconnaître que le gain qualitatif du jeu est assez impressionnant mais cela se fait toutefois avec un accroissement du prix pas forcément négligeable.

Toutefois, la satisfaction de l'intéressé est pour moi le critère absolu, mieux vaut un cadeau de qualité qui donne de la joie à un enfant qu'un produit médiocre à moindre coût.


Sigel HN682 Lot de 500 index repositionnables 50 mm x 15 mm (Différents coloris) (Import Allemagne)
Sigel HN682 Lot de 500 index repositionnables 50 mm x 15 mm (Différents coloris) (Import Allemagne)
Prix : EUR 7,57

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 un bon produit à usage unique, 6 novembre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce produit convient très bien pour marquer un livre, en revanche sa réutilisation me paraît problématique, car le pouvoir d'adhérence de la colle me semble limité. Il faut donc acheter ce produit peu coûteux dans l'optique d'une utilisation unique. Toutefois au regard du prix modéré, le rapport qualité prix reste excellent. Et puis 500 index, cela permet quand même de voir venir...


HISTOIRE AUGUSTE - NE
HISTOIRE AUGUSTE - NE
par ANDRE CHASTAGNOL
Edition : Broché
Prix : EUR 33,00

11 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage exceptionnel et une problématique historique passionnante, 6 novembre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : HISTOIRE AUGUSTE - NE (Broché)
L’histoire Auguste se présente comme un recueil de biographies des empereurs romains du II et IIIème siècle après JC, d’une manière générale les auteurs ou bien l’auteur unique que semble définir l’exégèse du texte poursuivent un travail similaire à celui de Suétone, dans ses fameuses « Vie des douze César », hors il apparaît évident que cet ouvrage a été conçu et rédigé par une sorte d’imposteur qui a pris des licences fort importantes avec l’histoire réelle, la chronologie et utilise fréquemment des sources qu’il recopie, pastiche, déforme. Lorsque les sources n’existent pas l’auteur en invente…

Cela serait sans conséquence si cet ouvrage n’était pas aussi la source d’information la plus importante pour la période considérée. On sait que cet ouvrage rempli d’incohérences et de supercheries a été utilisé fort longtemps par les meilleurs historiens de l’empire Romain. Le premier qui me vienne à l’esprit est Edward Gibbon avec son « Déclin et Chute de l’Empire Romain », hors dans son ouvrage Gibbon avait déjà inséré un appareil critique important concernant l’histoire Auguste, car il avait effectivement détecté un certain nombre d’incohérence.

En France, André Chastagnol a été le principal spécialiste de l’histoire Auguste, et il convient de se féliciter de la réédition dans la collection Bouquins en 2014.

La mise en perspective historique méthodique, l’analyse des sources historiques et littéraire de l’ouvrage sont un modèle d’étude critique des sources documentaires que bien des historiens contemporains seraient avisés de lire ou de relire…

L’histoire Auguste (HA) est un recueil de biographies d’empereurs romains qui commence avec la vie d’Hadrien et s’achève avec la mort de Carus couvrant la période qui va de 117 à 285 après JC, l’ouvrage comporte une lacune (volontaire ou non : il existe plusieurs thèses en la matière) pour les années 244-260. Les vies sont attribuées à six auteurs désignés comme : Aelius Spartanius, Julius Capitolinus, Vulcacius Gallicanus et Aelius Lampidus avant la période manquante, puis Trébellius Pollion et Flavius Vopiscus. En fait, rien n’est aussi simple, l’histoire Auguste possède elle-même un titre qui est arbitraire et qui a été attribué par Isaac Casaubon, bibliothécaire d’Henri IV, lors d’une des première éditions en 1603 en utilisant une expression qui est présente dans la vie de l’empereur Tacite.

Si l’on recherche une dénomination plus ancienne André Chastagnol montre que le Codex Palatinus Latinus 899 de la bibliothèque vaticane datant du IXème siècle comprenait une référence qui paraît être celle de l’œuvre concernée, « Vie des divers princes et tyrans du divin Hadrien à Numérien ». C’est à partir de 1889 qu’une controverse scientifique considérable s’est ouverte, sans être totalement close de nos jours. Elle a été ouverte par un jeune chercheur allemand élève de Théodore Mommsen, Herman Dessau qui publia dans la revue Hermès un article dont les conclusions étaient le fait qu’il n’existait pas six auteurs différents, mais un seul qui avait camouflé son identité derrière six pseudonymes, en outre l’auteur ne vivait nullement à l’époque qu’il désigne comme étant la sienne : fin du IIIème siècle début du IVème siècle mais dans la dernière partie du IVème siècle. Dans sa dernière contribution à l’analyse de l’histoire Auguste en 1918, Dessau indiqua une datation encore affinée soit entre 390 et 400.

Théodore Mommsen intervint en personne pour nuancer la découverte de son élève, en essayant de trouver un juste milieu, tout en faisant usage des découvertes de Dessau. Mommsen estimait qu’une partie au moins du texte avait été révisée vers la fin du règne de Constantin, et c’est ce réviseur qui aurait réuni en une collection unique. Mommsen continuait à considérer que les points communs avec les œuvres d’Aurelius Victor et Eutrope provenaient d’une source commune perdue (ce qui limitait l’anachronisme découvert par Dessau), toutefois, Mommsen estimait que Dessau avait vu juste dans un petit nombre de cas, et qu’en conséquence le texte de l’histoire Auguste avait été révisé une seconde fois à l’époque de Théodose.

Par la suite, malgré l’hostilité de nombreux historiens, sur la période 1926-1962, l’apport des anglo-saxons à l’historiographie de l’histoire Auguste allait de plus en plus dans le sens de Dessau, disons que d’une manière générale la datation de l’ouvrage était comprise entre 350 et 450 (soit une imprécision d’un siècle…). En 1932, W. Hartke soupçonnait l’utilisation par le rédacteur de l’histoire Auguste de l’abréviateur Festus (370), assez rapidement il présenta un argumentaire permettant de placer la conception de l’HA par un auteur unique immédiatement après la bataille de la rivière froide en 394, et au plus tard avant la fin de l’année 398. Hartke proposa même l’identification de l’auteur en nommant Nicomaque Flavien junior.

Depuis 1962 des colloques internationaux ont été consacrés à l’histoire Auguste afin d’en percer définitivement les mystères. André Chastagnol a défendu l’hypothèse d’une datation en 394-398 en admettant que l’œuvre pouvait avoir été terminée en 399 : le traducteur français de l’histoire Auguste a apporté une contribution significative à la datation du texte en démontrant la parenté de plusieurs passages de l’histoire Auguste avec les Césars d’Aurelius Victor.

On doit noter que l’identification des sources réelles de l’histoire Auguste doit beaucoup à un historien néo-zélandais, Ronald Syme, professeur à Oxford, qui a travaillé sur la question de 1964 à 1989. Un premier apport de Syme consiste à affirmer que l’auteur de l’histoire Auguste a connu l’Histoire d’Ammien Marcellin, au moins la partie rédigée avant 392. Un second point de l’argumentaire de Syme prend en compte les développements triviaux, anachroniques et burlesques présent dans l’histoire Auguste, et estime que ce sont ces développements qui intéressaient le plus l’auteur de l’HA et que cet auteur cherchait avant tout à s’amuser lui-même et à surprendre son lecteur. D’une manière générale, les travaux les plus récents ont tous démontrés que la rédaction de l’histoire Auguste est postérieure à 360 avec des hypothèses allant jusqu’à une date plus avancée dans le Vème siècle. L’ouvrage a fait l’objet d’une étude lexicographie conduite à l’aide d’un programme informatique, le résultat de cette étude conduit à identifier un auteur unique pour la totalité des vies.

Toujours est-il que voici un ouvrage passionnant et mystérieux, avec un dispositif critique exceptionnel contenu dans une vaste introduction générale rédigée par André Chastagnol, et qui a elle seule justifierait l’achat de l’ouvrage. Pour le reste, l’histoire Auguste est un ouvrage facile à lire, plus drôle à lire que l’ouvrage de Suétone (qui est pastiché à plusieurs reprises) et totalement accessible à un public passionné d’histoire sans être lui-même un professionnel de la question.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 16, 2014 2:59 PM CET


La guerre romaine : 58 avant J.-C. - 235 après J.-C.
La guerre romaine : 58 avant J.-C. - 235 après J.-C.
par Yann Le Bohec
Edition : Broché
Prix : EUR 25,00

13 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage majeur pour la compréhension de la puissance Romaine, 4 novembre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : La guerre romaine : 58 avant J.-C. - 235 après J.-C. (Broché)
L’ouvrage de Yann Le Bohec est publié chez Tallandier dans la collection « L’art de la Guerre » se présent comme une étude des méthodes romaines de conception et de conduite des opérations militaires sur la période qui va de 58 avant JC à 235 après JC : cette période s’étend donc de la fin de la république à la période du Haut-Empire correspondant au Principat (Principat dont l’empereur Auguste fut l’initiateur). Le questionnement méthodologique de Yann Le Bohec part du constat que les historiens de l’Antiquité n’ont pas traité cette problématique d’une manière complète. Cette absence d’intérêt s’explique en France par l’école des Annales que l’auteur décrit comme « marxisante et fortement dominatrice entre les années 1950 et 1989 », cette école de pensée a donc mis l’accent sur l’étude des déterminants économiques, jugés essentiel pour la compréhension du résultat des guerres, l’étude des batailles devenaient alors inutile.

Yann Le Bohec constate que les historiens français ont alors accumulé un retard considérable sur la compréhension des phénomènes militaires, la tactique, la stratégie loin derrière les auteurs anglo-saxons, notamment. L’auteur constate qu’il existe également une difficulté majeure d’une autre nature, le fait que les écrivains de l’Antiquité, même les meilleurs ne possédaient pas les outils linguistiques pour traduire les variations subtiles de la nature des opérations militaires conduites : les commandants d’armée connaissaient donc une grande variété de type de combat, alors que les langues utilisées pour leur transcription, grec et latin ne possédaient pas beaucoup de termes pour les décrire : Yann Le Bohec cite l’exemple qu’il connaît fort bien (César chef de guerre) de l’utilisation par César dans ses écrits qui sont pourtant un modèle du genre du terme « l’autre façon » de se battre pour désigner des opérations de guérilla. Yann Le Bohec indique que la stratégie n’a jamais été clairement conceptualisée dans l’Antiquité, mais qu’elle a bien existé : l’auteur y consacre d’ailleurs un chapitre fort intéressant. D’une manière classique mais qui mérite d’être mentionnée avec force, l’auteur procède en prologue à une étude des sources disponibles afin de les jauger et d’en montrer les mérites et les limites. D’une manière assez inattendue Yann Le Bohec cite des textes juridiques qui paraissent être une source assez importante à ses yeux, autant sur le plan quantitatif que qualitatif et notamment le code théodosien qui contient des lois assez anciennes relatives au sujet traité.

Une source d’intérêt est Végèce qui a écrit à la fin du IVème siècle sur une crise grave que traversait l’Empire et pour y remédier il proposait de revenir à la légion du Haut empire, dans la mesure où celle-ci permettait de vaincre les barbares. On note que la problématique afférente à déjà été traitée par l’auteur dans un ouvrage de qualité, « l’Armée Romaine sous le Haut-Empire ». Yann Le Bohec fait le point sur les apports de l’épigraphie (qui devint un instrument majeur dans les travaux de Theodore Mommsen), sur la numismatique (qu’utilisait déjà Edward Gibbon dans son Decline and Fall traduit en français et disponible dans la collection Bouquin, pour tous les amoureux d’histoire), la papyrologie et l’archéologie complétée par la photographie aérienne et l’imagerie satellitaire. Yann Le Bohec s’interroge sur l’état des connaissances en matière militaire, en passant en revue des auteurs aussi divers que Machiavel, Clausewitz, Jomini, John Keegan (anatomie de la bataille).

Tout cela me paraît fort bien fait, la seule critique que l’on puisse formuler est sans doute l’exagération concernant B. Liddel Hart, dont on sait fort bien à quel point il fut un auteur surfait, voire même peu scrupuleux…

L’ouvrage est structuré en cinq chapitre, le premier est consacré à l’armée romaine comme institution, le second à l’environnement de la guerre (causes de la guerre, psychologie de la guerre, les religions) très complet, le troisième chapitre est consacré à la mise en condition du soldat romain au travers de la discipline, de l’équipement individuel, de l’armement collectif, du génie, de la logistique, du renseignement etc..

Le quatrième chapitre est consacré à la tactique, avec de riches développements sur l’ordre de bataille, et surtout la poliorcétique, une rubrique importante contient des informations sur les autres formes de combat, y compris les formes rudimentaires de guerre biologique et chimique. Les développements sur la contre-guérilla montrent des opérations violentes, cruelles sans nul doute, mais d’une rare efficacité

Le cinquième chapitre est consacré à la stratégie romaine, et surtout dans quelle mesure, il est possible sur le plan épistémologique de décrire une stratégie rudimentaire, sans nul doute, loin du concept de grande stratégie introduit par Edward Luttwak, mais bien réelle qui impliquait des développements qui seraient considérés comme de la géopolitique à l’époque moderne.

L’ouvrage contient 14 illustrations en noir et blanc. Sans l’ombre d’un doute, le travail de Yann le Bohec est un élément majeur pour la connaissance de la puissance et du déclin de l’Empire romain, avec une appréhension globale et systématique de la chose militaire. Un ouvrage de référence qui intéressera tous les passionnés d’histoire romaine et d’histoire militaire, bien au-delà du petit cénacle des spécialistes universitaires de la question.

L’élément fondamental dans l’évaluation donnée par l’auteur est la qualité du recrutement des légionnaires, la qualité des personnels d’encadrements et un entraînement supérieur qui leur permettait de surclasser n’importe lequel de leurs adversaires. Cette qualité des combattants était bien sûr complétée par celle des équipements militaires. Le déclin de cette puissance est fortement lié à un déclin qualitatif des troupes romaines, par ailleurs l’auteur nuance l’appréciation sur la puissance invincible que représentèrent les légions romaines sur des observateurs romains ou étrangers comme Flavius Joseph, en indiquant que les adversaires majeurs étaient nettement plus faible à l’époque de la splendeur de Rome, alors que la mort de l’armée romaine, selon la terminologie utilisée par l’auteur en conclusion résulte de l’affaiblissement des soldats romains autant que par la montée en puissance d’adversaires qui enfin structurent leurs forces et possèdent une intelligence tactique des situations (Goths et Iraniens). Finalement, comme l’écrivait Jean-Baptiste Duroselle « Tout empire périra ».


Edge of Tomorrow [Blu-ray + Copie Digitale] [Blu-ray + Copie digitale]
Edge of Tomorrow [Blu-ray + Copie Digitale] [Blu-ray + Copie digitale]
DVD ~ Tom Cruise
Proposé par Expédition sous 24H
Prix : EUR 8,78

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un excellent film avec un pitch scénaristique évolué, 25 octobre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Edge of Tomorrow [Blu-ray + Copie Digitale] [Blu-ray + Copie digitale] (Blu-ray)
A l’énoncé du thème du film on pouvait redouter de se retrouver avec un film qui ne soit que la N+30 variation sur une invasion extraterrestre : la chute des météorites en Europe évoque la guerre des mondes. On note au passage que nos amis américains raillent l'Europe de la carte d'entrée de jeu... Pour le reste il était aussi possible de redouter un clone de l'excellent Invasion Los Angeles, mais le pitch du scénario parvient à renouveler l'approche.

Comme d'autres commentateur l'on écrit, on pense tout de suite à "un jour sans fin". Mais dans ce film, c'est la faculté de mourir et de renaître en conservant les connaissances acquises lors de la bataille antérieure qui permet aux 2 héros de ce film de faire progresser l'intrigue.

Les humains sont équipés d’exosquelettes en métal qui embarque une puissance de feu impressionnante (de telles machines sont en cours de test aux États-Unis mais seulement pour servir de mule dédié au transport de charge lourde), ces systèmes sont réalisés avec soin, ce qui renforce l"aspect réaliste du film.

Les adversaires extraterrestres sont des créatures bio-mécaniques dotées de tentacules : elles sont fort bien réalisées et leur annotation est à couper le souffle : on distingue le soldat de base, le drone, le chef de section l'alpha : plus puissant et plus gros et enfin la créature Omega qui est en quelque sorte le cerveau de l'invasion : cette idée avait été développée dans Starship Trooper, sauf que dans Edge of Tomorrow, le cerveau dispose de la capacité de maîtriser le court du temps pour connaître le potentiel de ses adversaires.

Une grande partie de l'histoire est liée à un débarquement en France, avec des scènes de combat époustouflantes qui devraient ravir les amateurs de films de science fiction.

Tom Cruise et Emily Blunt sont tous deux excellents.

La qualité HD est sans surprise, l'image est parfaite, le support Blu Ray est parfaitement exploité. Concernant la bande son en DTS Master Audio, force est de constater que la bande son originale en VO est plus puissante que la bande son française qui exploite pourtant la même technologie.


Histoire de la Russie et de son Empire
Histoire de la Russie et de son Empire
par Michel Heller
Edition : Poche

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une histoire encyclopédique de très grand style, 19 octobre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Histoire de la Russie et de son Empire (Poche)
Mikhaïl Iacovlevitch Heller est né le 31 août 1922 dans une famille juive ouvrière de Moscou. Il fait de brillantes études à la faculté d'histoire de l'Université de Moscou, entre 1941 et 1945, et soutint une thèse consacré sur l'histoire des relations germano-russes en 1946. En 1950, il fut arrêté par les autorités soviétiques, condamné à 15 ans de travaux forcés et envoyé dans un camp de travail au nord du Kazakhstan. Libéré au terme de six ans en 1956, il émigra en Pologne puis en France, où il écrivit toute son œuvre à partir de 1968. L’ouvrage qui l’a rendu célèbre est « la machine et les rouages la formation de « l’homo soviéticus », éditée dès 1994 dans la collection TEL de Gallimard. Cet ouvrage explique comment en octobre 1917, les Russes se trouvent projetés dans l'utopie, et entrent dans « le processus pervers » de création d'un « homme nouveau ». Michel Heller, se place dans une perspective historique : depuis la révolution, on assiste à une nationalisation du temps, à une infantilisation de l'individu au moyen de la peur, de la corruption, du travail pour la fabrication d’un citoyen servile au service de l’Etat soviétique.

Il fut nommé professeur émérite de l'Université Paris IV-Sorbonne, où il enseigna jusqu'en 1990. Il meurt le 2 janvier 1997, quelques mois après avoir achevé ce qui pour moi son ouvrage majeur « Histoire de la Russie et de son empire », qui lui a demandé plus de dix années de travail.

C’est un ouvrage magistral sur l’histoire de la Russie, qui montre d’une manière incroyablement pédagogique comment la narration de l’histoire, au XIXème siècle puis sous l’ère soviétique permet d’instrumentaliser le passé pour en faire un moyen de justification du présent, ou bien encore montrer comment le processus de construction étatique russe a obéît aux lois présumées du déterminisme marxiste.

Cette recension sera effectuée en deux parties, la première concerne la genèse très complexe de la Russie, la seconde se fera, ultérieurement, par actualisation de ce premier texte, et insistera sur la relation de la Russie avec son Empire.

Une origine mystérieuse et controversée : l’Empire des Rurik

Un élément fondamental de l’identité Russe repose sur un questionnement sur l’étymologie du mot Rus et sur l’origine normande-viking de la Rus de Kiev connu aussi sous le nom d’Empire des Rurik (sans s). L’empire Russe naît formellement en 1721 lorsque Pierre le Grand vainqueur de la guerre du Nord se déclare empereur. Mais comme l’indique Miche Heller dès la chute de Constantinople en 1453, Moscou possède le rêve d’être l’héritier de l’Empire Romain d’Orient, qui était essentiellement connu à l’époque comme l’empire des Grecs, d’où la fameuse prophétie sur la naissance de la 3ème Rome, Moscou, et le fait qu’il n’y en aurait point d’autre. En 1547, Ivan IV le terrible prend le titre de Tsar de toute la Russie, le mot Tsar dérive du latin César et Ivan IV le terrible se vente même d’un lien de parenté avec l’empereur Auguste (sic !). Mais lorsque Moscou subissait le joug Mongol s’était le Khan de la Horde d’Or qui possédait le titre de Tsar, on peut donc penser qu’Ivan IV le terrible se veut aussi héritier de la Horde d’Or, ce qui traduit bien toute l’ambiguïté de l’identité Russe qui paraît solidement construite sur une dimension eurasiatique.

La steppe Russe est le prolongement des steppes d’Asie et se fond avec la steppe hongroise : ce continent de steppe de la Mer Jaune au lac Balaton : selon Hérodote le premier peuple à vivre sur les rives de la mer Noire étaient les Cimmériens (1000 à 700 Av JC) qui laissent fort peu de traces, leurs successeurs les Scythes laissent des éléments archéologiques beaucoup plus tangibles : il s’agissait de cavaliers belliqueux qui ont régné en maître sur un territoire compris entre le Don et le Danube et effectuaient aussi des raids dans la région du Caucase et au-delà. Ils furent chassés par les Sarmates appartenant au même groupe indo-européen, mais disposant d’un équipement qui en faisaient sans doute des adversaires plus coriaces .Les Sarmates dominent les steppes du 3ème siècle avant notre ère jusqu’au début du au 3ème siècle après JC. L’invasion suivante est d’origine germanique et vient du Nord, il s’agit des Goths qui font mouvement des rives de la Baltique vers le sud-ouest et pour la première fois, la branche orientale de ces envahisseurs que l’on nomme Ostrogoths crée un Etat sur les rives de la mer Noire, entre le Dniestr et le Don, et pour la première fois un lien est établi entre mer Baltique et mer Noire…Ils seront ç leur tour chassé par les Huns, auxquels succéderont les Avars (Obres) qui sont des nomades turcs, mais ceux-ci disparaissent après un siècle de présence aussi subitement qu’ils étaient apparues… Michel Heller indique que le mystère reste entier sur les origines des slaves.

Le premier élément de réponse est apporté par la première histoire russe parvenue aux historiens : « la chronique du temps jadis », qui est un texte du XIIème siècle rédigé par le moine Nestor. A la suite de cette fameuse chronique du temps jadis, le territoire reconnu comme la patrie ancestrale des Slaves est celui s’étendant entre les Carpates et le Dniepr. Les historiens Procope de Césarée et Jordanès sont les premiers à désigner des tribus slaves qui sont celles des Antes, des Vénèdes et des Slavènes. Sous la pression des Avars en fuite de leur propre territoire les tribus slaves sont dispersées en Slaves de l’ouest et du sud et en Slave de l’Est.

Les Slaves de l’ouest et du sud auraient été impressionnés par « les victoires de Charlemagnes sur les Khazars » (page 20) donnent à leurs souverains le titre de roi (Kral, Kul), tandis que les slaves de l’est utilisent le mot Kagan (Khakan), dès la fin du VIème siècle au début du IXème siècle s les tribus slaves continuent à s’installer sur le territoire compris entre le lac Ilmen et la côte nord-ouest de la mer Noire. Deux faits majeurs semblent présents dans la chronique du temps jadis : la mention de la création au VIème siècle d’une grande union militaire des tribus slaves dans les Carpates sous la direction du prince des Doulèdes : il s’agit de la première tentative pour unir les slaves de l’Est, à l’occasion de conflits avec l’empire Byzantin. Le second fait majeur est l’établissement des slaves de l’Est dans une plaine dépourvue de frontières naturelles et divisée en deux parties : une zone de forêt au nord et une de steppes au sud. Un des éléments les plus énigmatiques de « la Chronique du temps jadis » est la mention, qu’en l’an 862, les slaves, après s’être délivrés des Varègues qui exigeaient d’eux un tribut, se prirent de querelles entre eux, les habitants de Novgorod décidèrent alors d’envoyer des émissaires aux Varègues (ce qui peut paraître antinomique avec le début de l’histoire) pour solliciter l’aide d’hommes capables de les gouverner…

Et c’est alors qu’en Scandinavie trois frères : Rurik, Sinéous et Trouvor accompagnés de leurs droujinas l (du mot russe droug : ami) répondirent à l’invitation : l’ainé Rurik allait devenir prince de Novgorod : la dynastie des ruriks allait régner à Kiev et à Moscou durant des centaines d’années et ne s’éteindre qu’au XVIème siècle. Cette thèse de l’origine Varègues ne fait pas l’unanimité et en la matière la controverse s’est poursuivie jusqu’au 19ème et 20ème siècle. Dans les années 30 la thèse est combattue par les historiens soviétiques qui reçoivent l’injonction d’un pouvoir totalitaire de défendre une position anti-normande, qui culmine au plus fort de la grande guerre patriotique contre les allemands, la mort de Staline ne change rien à la question, et ce passage de la chronique du temps jadis est considérée comme une imposture. Il convient de dire que la question est très complexe : selon Nestor les émissaires de Novgorod sont envoyés au-delà des mers, ce qui est plutôt vague, et en outre ils s’en vont chez des Varègues qui possèdent le nom de Rus (du moins Nestor fait-il un synonyme des deux noms). La clef de l’énigme est fournie au moins partiellement par Michel Heller qui indique que des recherches conduites sur les tribus slaves de la Baltique ont permis de découvrir que les chroniques allemandes identifiaient sur l’île de Rügen dans la Baltique à compter du VIème siècle une tribu slave identifiée sous le nom de Rus ou Russiny, Michel Heller estime que ce sont ces slaves qui sont venus à Novgorod, tout en précisant qu’ils étaient aussi accompagnés de Viking dans leur Droujina, ils descendirent le Dniepr et fondèrent l’Etat kiévien. Nous verrons infra comment Régis Boyer rétablie l’hypothèse de l’origine germano-nordique des Rus. Au IXème siècle la Rus entre enfin dans l’histoire et les chroniqueurs de l’époque ne se contentent plus de parler de tribus slaves : les Rus sont les habitants de la zone comprise entre la mer Baltique et la mer Noire : le 18 juin 860 les Russes assiègent Constantinople avec 22 navires et saccagent les environs, puis lèvent le siège et disparaissent le 24 juin 860.
Le premier Etat Rus est celui de Kiev, dont la chronique situe la fondation en 862 (« de cette mère des villes russes »). Oleg est le prince Rus qui monte sur le trône de Kiev.

Le premier élément que l’on est en droit de contester sur le plan historique est la prétendue victoire de Charlemagne contre les Khazars. L’ouvrage de Michel Heller contient un chapitre consacré aux Khazars montrant l’extraordinaire antisémitisme des historiens soviétiques qui perdure jusqu’en 1989, mais ne peut pas être considéré comme une étude complète du concept d’Empire Khazars.

Il convient de rappeler que l’essentiel des connaissances concernant l’empire Khazar se trouve dans l’ouvrage remarquable d’Arthur Koestler « La treizième tribu » actuellement disponible dans l’excellente collection Texto (des éléments complémentaires peuvent être recherchés dans la revue d’histoire des religions). Le récit d'Arthur Koestler commence par « A l'époque où Charlemagne se fit couronner empereur d'Occident, l'extrémité orientale de l'Europe, entre le Caucase et la Volga, était dominée par un Etat juif connu sous le nom d'Empire khazar… ». Sur le plan historiographique l’essentiel de la connaissance de l’Etat Khazar procède des recherches poursuites par les chercheurs russes.

Sur le plan historique l’ouvrage qui fait référence au sujet de Charlemagne est l’ouvrage de Georges Minois publié dans la collection Tempus en 2013 (N°528), Charlemagne est couronné empereur d’occident en l’an 800, et les campagnes militaires vont de l’Italie à la Saxe, de la Saxe à l’Espagne, de l’Espagne à la Bavière, de la Bavière à la Pannonie. Sur cet ensemble on compte plusieurs campagnes contre les Avars, dont l’une est une victoire définitive en 803 (guerre d’extermination, qui fait de la Pannonie la marche orientale de l’empire d’occident, et qui deviendra la future Hongrie), mais l’ouvrage de Georges Minois ne donne aucun récit d’une campagne contre les Khazars. On peut donc penser que Michel Heller fait référence aux campagnes contre les Avars, mais on ne peut pas exclure que l’historiographie russe ou soviétique, manipulatrice par essence, est inventée pour une raison ou une autre une campagne de Charlemagne contre les Khazars.

Le second élément qui mérite d’être questionné à partir d’une source différente est la naissance de la Russie Varègues, en la matière l’ouvrage de François Neveux « l’aventure des Normands VIII-XIIIème siècle », collection Tempus N° 252, indique que sur le plan linguistique le terme de Varègues a été formé pour distinguer les Scandinaves partis en direction de l’Orient surtout à partir de la Suède, et qui sont passé au travers des l’espaces de l’actuelle Russie et de l’Ukraine pour atteindre Constantinople et l’empire Byzantin : ils sont d’abord connus sous le terme grec de Rhos et de Rus (en slave), François Neveux indique que ce terme fut étendu à la totalité des habitants de l’actuelle Russie. Il précise que les historiens préfèrent le terme de Varègues qui correspond aux Scandinaves employés comme mercenaires par les princes russes et les empereurs byzantins. Mais les éléments de substances les plus significatifs sont présents dans l’ouvrage de Régis Boyer « les Vikings », collection Tempus N° 83, concernant « la chronique du temps jadis » citée par Michel Heller comme source principale, montre que la première entrée relatives aux Rus est celle de 852, il en donne la traduction suivante « en l’an 852 lors de l’accès au trône de l’empereur (de Byzance) Michel, le pays des Rus fut mentionné pour la première fois, nous en avons déduit cette date du fait que c’est pendant le règne de cet empereur que les Rus attaquèrent Tsargrad (Constantinople), comme il est écrit dans la chronique grecque » : Régis Boyer indique que « la présence d’une erreur de datation, 852 au lieu de 842 pour l’accès au trône de l’empereur Michel III Kalaphates, incite d’emblée à traiter ce texte avec circonspection ».

Toutefois, au terme d’un véritable travail de recherche, historiographique, archéologique, et linguistique, Régis Boyer parvient à trouver une solution qui vient en fait conforter « la chronique du temps jadis » et indique que le terme Rus fut utilisé par les slaves pour désigner des hommes roux, qui selon M. Boyer étaient des Goths qui une fois remis de l’effondrement causé par les Huns ont reconstitué un second grand royaume Goth, avec l’aide des Varègues leurs frères de langue et probablement d’ethnie (les goths étaient des germains orientaux). Régis Voyer conclu donc sur l’origine germano-suédoise de la dynastie des Rurik, mais aussi sur la formidable capacité d’acculturation de ces nouveaux venus, puisque en quelques décennies il n’y a plus de Rus mais des Russes. Le fils d’Igor porte un nom slave, Sviatoslav, et la dynastie Rurikovitch ainsi formée régnera sur l’axe Volkhov-Lovat-Dniepr jusqu’au XVIème siècle.

Cette validation par croisement de sources multiples montre à quelle point l’ouvrage de Michel Heller est solide et mérite d’être acheté et lu en dépit d’une typographie déplorable !!


Histoire des Gladiateurs
Histoire des Gladiateurs
par Bernet Anne
Edition : Poche
Prix : EUR 12,50

7 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un ouvrage excellent pour une introduction à la gladiature, mais des apports historiographiques qui datent un peu, 6 octobre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Histoire des Gladiateurs (Poche)
L’ouvrage d’Anne Bernet est la réédition d’un livre publié aux éditions Tallandier en 2002. A l’époque c’est un ouvrage qui est resté relativement peu connu, on peut espérer que sa publication en format de poche dans la collection Texto lui permettra de faire une second carrière bien méritée au regard de l’historique synoptique de la gladiature que propose Me Bernet.

Deux éléments doivent toutefois être portés préalablement à la connaissance des lecteurs : le premier est relatif à la personnalité de Me Bernet qui est avant toute chose une chrétienne, et qui comme telle prend relativement peu de recul par rapport aux martyrs chrétiens ayant trouvé la mort Ad Bestias dans l’amphithéâtre. Par rapport aux sources provenant de pères de l’église primitive, Me Bernet perd tout esprit critique et place des textes dont l’aspect historiographique (en particulier Tertullien) est sujet à caution sur le même pied que des sources primaires considérées comme majeures, qu’il s’agisse de Suétone, de Tite-Live, de Tacite et de quelques autres dont la notoriété est indiscutable (même si une fois de plus les informations de ces auteurs doivent être acceptées avec pondération).

Plus gênant, Me Bernet accorde une place centrale aux travaux de Georges Villes « la gladiature en occident, des origines à la mort de Domitien » école française de Rome, 1981.

Si cette référence a bien marqué son époque, elle est désormais en partie obsolète au regard des travaux de monsieur Eric Teissier maitres de conférence à l’université de Nîmes, qui est l’auteur d’un monumental « La mort en face le dossier gladiateur » éditions Actes Sud 2009 : ouvrage de plus de 539 pages qui est une véritable étude historique de la gladiature, mettant en jeu tous les acquis de l’archéologie. On note qu’il s’agit d’un travail complexe, mais accessible à tous ceux que le monde Romain passionne et qui montre que bien loin d’être un élément décadent la gladiature était un élément dirimant de la Pax Romana.

L’ouvrage de Me Bernet conserve l’intérêt considérable de fournir une compréhension globale de la gladiature sous un format compact.

Les combats de gladiateurs ont été introduits en – 264 à Rome lors des obsèques du chef de la gens Junia et ils disparaissent en 438 sous l’Empereur Valentinien III qui fait interdire les combats de gladiateurs en Occident : on constate que conformément au constat de M. Teissier, la disparition de la gladiature coïncide en fait avec celle de la puissance de l’Empire romain. Cette institution d’une rare violence a donc durée 7 siècles avec son cortège de mise à mort, dont le nombre peut seulement faire l’objet d’une évaluation incertaine que Me Bernet estime à quelques dizaines de milliers…

Initialement, les combats qui vont constituer l’essence même de la gladiature doivent être recherchés dans l’Italie du Sud avec les Osques et les Samnites dans la Campanie qui restera une grande pourvoyeuse de gladiateurs : à l’origine il s’agissait d’organiser des combats sportifs funéraires situés près de la tombe du défunt à honorer : a priori la forme initial de combat devait s’arrêter au premier sang versé, mais assez rapidement le public prit goût à ces combats et ne devait plus se satisfaire de quelques gouttes de sang et l’on vit apparaître des combattants professionnels, hommes libres ou esclaves qui se louaient à l’occasion des funérailles et petit à petit la valeur de la vie humaine perdait son sens et il devint admis que leur vie et leur mort ne valait plus grand-chose.

Le spectacle de gladiateurs est le munus, c’est-à-dire au sens littéral le cadeau : très rapidement la gladiature quitte l’aspect funéraire qui était le sien pour intégrer celui du spectacle et de la politique : car des dernières années de la République romaine à l’avènement du principat d’Octave/Auguste, l’organisation de spectacles de gladiateurs fait l’objet d’une rivalité politique entre les Optimates, conservateurs et les Populares qui prétendent défendre les intérêts de la plèbe. L’organisation d’un munus devient pour les patriciens candidats à l’édilité (une magistrature) une manière d’influencer le vote de la plèbe : le cas de César est édifiant puisque ayant perdu son père à quatorze ans il choisit d’honorer sa mémoire à 36 ans, en -65 date de son édilité curule lors d’un spectacle qui voit s’affronter 320 paires de gladiateurs… Mais bientôt les gladiateurs deviennent aussi des hommes de main qui permettent aux Optimates et aux Populares de régler leurs comptes dans la rue… Cicéron tentera bien d’encadrer juridiquement ces dérives, mais en oubliant d’y inclure les chasses ou les bestiaires peuvent être remplacés par des gladiateurs.

Dans le chapitre intitulé du « Bon usage d’un mauvais plaisir », Me Bernet passe en revue la pratique institutionnelle du munus par les différents Césars d’Auguste à Commode.

L’organisation de la gladiature est étudiée en détail dans le chapitre intitulé « ceux qui vont mourir » avec les différentes modalités pour entrer en gladiature : les hommes libres peuvent effectivement y consacrer librement leur vie au moyen d’un contrat passé avec un laniste, le contrat est un auctoratio et le gladiateur de condition libre un auctoratus, c’est-à-dire un esclave temporaire de son employeur. Toutefois, même si l’homme libre survivait à son engagement en gladiature il était frappé d’infamie, à l’instar des autres gladiateurs et ne pouvait plus accéder à l’ordre équestre, ni à l’ordre sénatorial.

L’étude de la gladiature se poursuit dans un 4ème chapitre « le temps d’apprendre à vivre » avec l’étude de la fonction de laniste, et le fait que le prince est le premier laniste de l’Empire, après quoi est fournie une étude des ludus et de son personnel. L’élément fondamental qui est le choix d’une spécialité « armaturae ». A l’apogée de son perfectionnement la gladiature possède entre 15 et 20 armaturae différentes avec des variantes locales qui vont peu à peu se réduire à des typologies qui sont l’hoplomaque, le secutor (qui peut correspondre à une adaptation du Celte ou du Thrace), le mirmillon, et le rétiaire et les combattants à chevaux, et les essédaires qui mettent en œuvre le char de combat celte redoutable.

D’autres spectacles comme les naumachies, les chasses, les exécutions ad bestias de chrétiens sont évoquées en détail.

Concernant la disparition de la gladiature, on peut penser évidemment à une modification des mentalités, ou le christianisme devenu religion d’Etat depuis Constantin le grand a sans nul doute joué un rôle. Il est étrange de constater que la disparition de la Gladiature correspond en fait à l’effondrement de la puissance de Rome. Il ne faut pas se voiler la face, la violence des combats de gladiateurs et la mise à morts des vaincus étaient des éléments majeurs pour le public romain qui n’y a jamais trouver un élément abject, bien au contraire. D’ailleurs la série télévisée ultra-violente, pornographique et homo-érotique Spartacus a drainé un vaste public qui a l’évidence y trouve une source intense de jouissance. Les temps changent, c’est exact, mais pas les gens qui restent subjugués par l’ivresse du sang et du sexe, pulsion de vie et pulsion de mort étroitement imbriquée comme l’avait analysé Freud.


La première guerre d'Hitler
La première guerre d'Hitler
par Thomas WEBER
Edition : Poche
Prix : EUR 12,00

6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Une bonne monographie d'unité sur le régiment de List : des méthodes parfois contestables, 28 septembre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : La première guerre d'Hitler (Poche)
L’ouvrage de Thomas Weber centré sur l’analyse des archives incomplètes du régiment de List a pour objectif un double postulat, tout d’abord démystifier la conduite « héroïque » d’Adolf Hitler lors de la première guerre mondiale et d’autre part montrer que le concept de brutalisation développé par George L. Mosse ne rend pas compte des orientations politiques des conscrits autrichiens du 16ème régiment d’infanterie de réserve et de leur position ultérieure à l’égard du national-socialisme.

La brutalisation est un concept élaboré par l'historien George L. Mosse, dans son ouvrage « De la grande guerre au totalitarisme, la brutalisation des sociétés européennes » publié en 1990 (un des rares ouvrages de Mosse traduit en français aux éditions plurielles, mais indisponible depuis longtemps chez l’éditeur). Il désigne l'acceptation d'un état d'esprit issu de la Grande guerre qui entraine la poursuite d'attitudes agressives dans la vie politique en temps de paix. Dans cet ouvrage, Mosse développe deux postulats principaux. Tout d'abord celui de la « banalisation » de la violence, qui à travers la vulgarisation, la sacralisation de l'expérience de guerre aurait contribué à l'avènement des fascismes. Le second concept majeur, et sans doute le concept central de l’œuvre de Mosse est celui de « brutalisation » qui postule que l’expérience de guerre soit le catalyseur d'une résurgence nationaliste à travers le développement du « patriotisme radical » ou du « culte de la virilité ». Le concept de brutalisation se révèle fondamental pour l'historiographie de la guerre et de l'entre-deux-guerres. Il permet un éclaircissement sur les motivations de la radicalisation du champ politique européen d'après-guerre.

L’une des problèmes de l’argumentation de Mosse provient de son étude unidimensionnelle de l’Allemagne et des engagés volontaires. De ce point de vue l’ouvrage de Thomas Weber apporte une assez bonne démonstration du contraire et démontre que la première guerre mondiale a eu peu d’impact sur les bavarois en grande majorité catholiques du régiment de List. En revanche, il montre qu’un processus de radicalisation a eu lieu pour faire face à la menace communiste en Allemagne et que c’est seulement cette situation qui a conduit une partie des hommes du régiment de List à rejoindre les corps francs (organisation paramilitaire) pour réprimer l’insurrection communiste au profit des partis démocratiques qui étaient à l’origine de la République de Weimar.

Thomas Weber nous fait découvrir un Hitler pitoyable : une sorte de pleutre qui s’est trouvé un poste sans grand risque auprès du service de soutien du QG du régiment, dans cette fonction peu reluisante d’estafette, Hitler se présente donc comme « un cochon de l’arrière » selon la terminologie allemande désignant les planqués.

Ma principale critique, envers la méthode de Weber est que pour remettre en cause les éléments de propagande nazie décrivant Hitler (personnage infâme, convient-il de répéter) comme un soldat de grande valeur, Thomas Weber verse dans l’excès inverse et développe une narration haineuse, ou il remet en cause le fait que le grade de caporal ait été décerné à Hitler ; pour une raison incompréhensible il indique que le 3 novembre 1914, Hitler est nommé Gefreiter, que l’auteur traduit par « première classe Hitler », hors comme après vérification les dictionnaires sont unanimes à donner le traduction de caporal, ce qui n’implique d’ailleurs pas comme l’indique justement l’auteur que Hitler ait exercé la moindre autorité hiérarchique dans sa fonction d’estafette. Par ailleurs, M Thomas Weber reprend avec complaisance, en précisant bien que ces informations sont fausses, des allégations d’homosexualité à l’encontre d’Hitler, et le fait que la fameuse blessure de la bataille de la Somme aurait entraîné pour Hitler la perte d’un testicule.

On peut s’interroger sur de telles méthodes qui sont loin des standards universitaires et se rapprochent de la presse de caniveau britannique.

On note que la révélation de la qualité d’estafette d’Hitler date de 1976, et figure dans l’excellente biographie de John Toland : aucun scoop.

Malgré des éléments factuels qui tendent à démontrer que le caporal Hitler s’est comporté comme un soldat courageux qui se voit attribuer la croix de fer de 2ème classe et la croix de fer de 1er classe, Weber s’acharne en insistant sur le fait qu’Hitler est un lèche botte odieux qui doit ces deux décorations uniquement à la proximité et à la servilité dont il fait preuve envers les officiers du QG du 16ème RIR, dont un commandant en second Hugo Gutmann d’origine juive : tout cela est pitoyable et s’apparente à des méthodes de lyncheur… Ce n’est pas de l’histoire, c’est une surenchère dans le dénigrement impardonnable de la part d’un universitaire.

On note que Weber parle au passage d’Erich von Ludendorff, alors que celui-ci est un simple roturier dépourvu de tout titre de noblesse et de particule… ce qui tend à montrer un manque de sérieux de M. Weber.

La prétendue révélation sur l’hospitalisation en psychiatrie d’Hitler est une nouvelle fois le recyclage d’une information publiée en 1976 par John Toland : la cécité psychosomatique d’Hitler y était déjà attribuée à une pathologie de « psychopathe hystérique » : interrogé sur cette information Ian Kershaw a indiqué le faible intérêt de l’exploitation de cet aspect psychiatrique…

Ce qui sauve l’ouvrage de Weber à mes yeux est de montrer que le nazisme et la transformation de la personnalité d’Hitler en un antisémite rédempteur sont des éléments postérieurs à la période 1914-1918. M Weber, montre qu’Hitler à fleureter par conviction ou intérêt à l’idéologie socialiste et rappelle que la fameuse querelle des historiens des années 1980/1990 sur la parenté entre le national-socialisme et le communisme : finalement ce constat réhabilite les travaux d’Ernst Nolte qui avait été littéralement traîné dans la boue pour avoir apporté une explication de ce type.

Un dernier élément, est de nature à justifier l’achat et la lecture du livre de M. Weber, il s’agit de la grande qualité de la reconstitution du profil socio-psychologique des soldats ayant servi dans le régiment de List. Sur ce point le travail accompli est tout à fait remarquable et l’on possède donc une monographie d’unité d’une rare qualité qui montre bien le peu d’enthousiasme que le nazisme suscita auprès d’anciens combattants bavarois en majorité catholiques.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 6, 2014 5:51 PM CET


Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11