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Contenu rédigé par Eric OD Green
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Eric OD Green (Paris, France)
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Cinq ans au GQG d'Hitler
Cinq ans au GQG d'Hitler
par Walter WARLIMONT
Edition : Broché
Prix : EUR 23,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage à l'intérêt historique considérable : à lire avec un minimum d'esprit critique et de connaissances sur le sujet, 18 juillet 2016
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L’ouvrage du général Walter Warlimont est un témoignage tout à fait passionnant sur les méthodes de commandement utilisées par Adolf Hitler au cours de la seconde guerre mondiale : l’important reste d’avoir à l’esprit que Warlimont fut condamné lors du procès du haut commandement militaire allemand à la réclusion criminelle à perpétuité pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité : cette sentence ne fut pas appliquée, dans un premier temps elle sera réduite, et finalement en 1957 Warlimont retrouve sa liberté, ce qui est pour le moins inconvenant, mais il fut loin d’être le seul dans ce cas.

Sur le plan historique et sur la conduite des opérations l’ouvrage apporte des informations fiables dont la plupart sont vérifiables par d’autres sources, on peut donc considérer ce livre comme raisonnablement utile à des passionnés d’histoire de la seconde guerre mondiale, même si son objet n’est pas en réalité une narration détaillée des opérations militaires, mais plutôt un aperçu des difficultés absurdes que rencontra le sous-chef de l’Etat-major opération dans la conduite de ses fonctions, notamment les fonctions de planification et de conseil du haut-commandement militaire. Warlimont charge particulièrement deux hommes, d’ailleurs bien connus pour leur incompétence sordide : le maréchal Keitel, surnommé le laquais, et le sinistre imbécile et chef de l’état-major opération le général Alfred Jodl.

Toutefois, il convient de conserver un peu d’esprit critique dans la lecture de cet ouvrage, car bien que rien n’apparaissent comme foncièrement inexact on trouve des passages biaisés par un esprit de caste militaire avec notamment un passage sur les ordres criminels lors de l’opération Barbarossa qui suscite la perplexité et la méfiance…

Les « ordres criminels » (directive sur les commissaires politique et sur la justice militaire) donnés par Hiller dans le cadre de l’opération Barbarossa sont étudiés pages 148-155 et l’ouvrage donne une appréciation qui tend à dédouaner les officiers de la Wehrmacht « Aucun des officiers mêlés aux conversations et à l’élaboration des ordres ne pouvaient soupçonner le moins du monde que les détachements spéciaux de la police de sécurité (SD essentiellement) allaient entreprendre dès le début de la campagne, sous le couvert de ces conventions, et sur ordre secret de Hitler à Himmler, l’extermination massive et systématique des juifs dans les zones arrière à l’Est » .

Je tiens à préciser que j’ai eu une fonction militaire qui m’a conduit comme officier à travailler dans une division Opérations; et que par conséquent mon coup d’œil est celui d’un Ops sur le travail d’un autre Ops : le travail en état-major Ops nécessite une confiance absolu de la part de votre supérieur direct mais aussi de la part du général qui commande l’entité à laquelle vous appartenez. C’est pour cette raison que l’ouvrage de Warlimont est particulièrement pertinent : l’absence totale d’empathie d’Hitler ne permettait aucun échange avec Walter Warlimont qui était seulement considéré comme « sûr » : le travail d’un officier Ops consiste à peaufiner des décisions prises par votre commandement et à réaliser des études de faisabilité et d’adéquation des moyens aux objectifs désignés, ainsi que des études prospectives. Ce rôle de conseiller technique, très important, n’a jamais été possible pour Warlimont et montre à quel point Hitler méritait bien son surnom de « maître du chaos » que lui avait attribué la résistance allemande. Je ne doute pas un instant qu’un officier breveté d’Etat-major comme Warlimont n’est pas tenté de jouer son rôle, mais techniquement cela était impossible…

A aucun moment Warlimont ne se prononce sur les crimes commis par le IIIème Reich et se contente d’une narration technique relativement distancié, qui est souvent le propre des grands criminels de guerre qui tendent toujours à minimiser leur action : toutefois si la culpabilité de Warlimont ne fait aucun doute, il n’en demeure pas moins que sa contribution reste au niveau de la planification d’opérations militaires et rien ne prouve son consentement à des crimes de guerre. C’est sans doute cette ambiguïté des fonctions de Warlimont qui autorisera sa libération finale, ce d’autant plus que les américains l’ont largement aidé pour qu’il puisse rédiger ses mémoires en fournissant des pièces documentaires saisies par les Alliées : les Etats-Unis ont conduits un programme de conservation des connaissances qui prévoyait que tous les généraux allemands étaient fortement incités à rédiger leurs mémoires pour l’édification des militaires américains : il semble que dès cette époque les Etats-Unis cherchaient surtout à se documenter sur les capacités de combat de l’Armée Rouge dans la perspective de la guerre froide.
Je pense que la réédition en français de ce texte est un évènement majeur en 2016, à mettre une fois de plus au crédit des éditions Perrin : bien que l’ouvrage soit doté d’une introduction assez intéressante qui focalise sur les différences fondamentales entre le haut commandement allié et l’anarchie dans laquelle Hitler s’est complu par incompétence et paranoïa, il n’en est pas moins vrai que l’absence d’un réel dispositif scientifique de contextualisation, en plus du texte d’origine, aurait présenté un intérêt majeur : on pense à des commentaires qui auraient pu être réalisés par François Kersaudy ou bien François Delpa : cela eut été optimale dans les deux cas.

Walter Warlimont, qui fut aussi le conseiller militaire de Francisco Franco est un soldat professionnel qui occupa des fonctions au GQG de Hitler jusqu’en septembre 1944, comme chef adjoint de l’Etat-major Opérations des forces armées, soit comme il l’explique lui-même une fonction d’Etat-major général très élevée et indique de manière précise qu’il travailla en collaboration avec les militaires américains pendant des années, comme je l’ai précisé en préambule. Warlimont nous apprend que quand la deuxième guerre mondiale éclata il n’existait pas de GQG du commandement suprême des armées allemandes, et montre comment une troupe de bouffons et de hiérarques du parti nazi assistée par des personnels miliaires serviles allaient devenir un vrai faux GQG entourant un demi fou à l’incompétence suicidaire : sans compter le bouffon bouffi placé à la tête de la Luftwaffe et le sinistre tortionnaire et architecte de la solution finale Heinrich Himmler qui conserverait toujours la haute main sur les Waffen-SS même lorsque ceux-ci étaient articulés avec des unités régulières de la Wehrmacht sur le front de l’Est : cette homme se couvrira d’ailleurs (un peu plus, si cela est encore possible) de honte lorsque la fin approchant il se vit confier par Hitler la direction du groupe d’armée Vistule…

Warlimont indique qu’un an après la prise des pouvoirs militaires par Hitler, l’état-major Opérations de la Wehrmacht se trouvait plus ou moins écarté des leviers de commande de la Wehrmacht : les forces refusèrent de faire front commun contre le dictateur avec son état-major d’exécution et se faisant le caporal pouilleux de la première guerre mondiale se trouva conforté dans sa position de force qui consistait à séparer les pouvoirs et éparpiller les responsabilités. La décision d’attaquer la Pologne semble avoir particulièrement inquiété l’état-major opérations qui tenta de mettre au point des kriegspiel qui démontraient que les alliés disposaient d’une supériorité en armement considérable : ces tentatives furent purement et simplement écartées du processus décisionnel par Keitel. Ce type de défaut serait récurrent dans la suite des évènements et allait conduire au naufrage le IIIème Reich ; toutefois, Warlimont considère que les faits, c’est-à-dire des victoires promptes et rapides en Pologne et une stratégie française aberrante basée sur l’immobilisme à l’Ouest furent bien évidemment des éléments majeurs conduisant le GQG a surestimé ses capacités opérationnelles sans avoir eu besoin de les tester dans une situation périlleuse…Le processus décisionnel continuait à être fortement altérer au-delà de la simple action débilitante de Keitel et Jodl, puisque eux-mêmes et Warlimont n’apprirent que tardivement l’existence des accords Ribbentrop-Molotov, alors même que selon Warlimont des affrontements sanglants opposèrent les troupes allemandes aux troupes russes le 17 septembre 1939, du fait que les troupes du Reich avaient atteint des points situés jusqu’à 200 km derrière la ligne de démarcation fixée par les accords précités…

La déclaration de guerre des puissances occidentales contre l’Allemagne le 3 septembre 1939 avait fortement ébranlée la confiance des officiers qui avaient connu la première guerre mondiale et redoutaient d’être amenés à combattre sur deux fronts séparés : mais broutilles que tous cela pour Hitler qui avait déjà décidé seul durant la campagne de Pologne d’engager ses forces sur le front occidental : Warlimont fut informé en catimini par Keitel et s’efforça de faire plancher son état-major, en coordination avec celui de l’OKH sur une étude démontrant qu’une stratégie offensive allemande était vouée à l’échec. Ces actions lucides furent dépourvues de succès, en outre dès le 25 septembre 1939 Hitler fit préparer par l’OKH une brève directive prévoyant d’appliquer à l’ouest une stratégie offensive, finalement la décision irrévocable du Führer de conduire une guerre d’agression à l’Ouest fut confirmée à Warlimont et à tous les commandants en chef de la Heer de la Luftwaffe et de la Kriegsmarine.
L’Etat-major Opérations sous la direction de Jodl devenait de plus en plus ce que Warlimont décrit comme un état-major d’exécution : c’est-à-dire qu’à l’encontre de toutes les traditions militaires allemandes (mais pas seulement allemandes) Jodl ne voulait voir dans les membres de son état-major que « des organes pour la mise au point plus poussée des ordres et non des collaborateurs aptes à penser par eux-mêmes ». L’Etat-major suprême de la Wehrmacht fut constitué entre la campagne de Pologne et celle de France et ses missions furent davantage le fruit des nécessités occasionnelles que de prévisions d’état-major et il fut ainsi d’autant plus aisé pour Hitler de s’affranchir progressivement de tout conseil militaire : Hitler était prisonnier d’une vision « intuitive » de l’adversaire et d’une confiance aveugle en ses propres conceptions politiques : Warlimont insiste bien sur le fait que le führer disposait de données chiffrées très précises, sur ses propres forces , mais aussi sur celles de ses adversaires et les utilisait pour étouffer le moindre doute suggéré sur la justesse des décisions et des plans stratégiques qu’il prenait.
Initialement, Hitler s’en tenait à un vague replâtrage du plan Schlieffen avec une manœuvre destinée à attirer les forces anglo-française en Belgique et aux Pays-Bas pour les détruire : Warlimont confirme que la manœuvre fut techniquement achevée sur le plan opérationnel par Von Manstein avec le fameux coup de faucille (Winston Chrurchill) porté à partir de Sedan. L’initiative de Von Manstein était une illumination de génie qui allait effondrer le dispositif militaire de la France, Alfred Jodl eut peur et tenta de dissuader le Führer mais sans résultat concret. Suite à un emploi désordonné de l’état-major Opérations aucune étude prospective ne fut conduite sur la manière d’exploiter un éventuel succès immédiat à l’ouest, ce qui fait que concrètement il n’existait aucune étude sérieuse sur une possibilité d’invasion de la Grande-Bretagne. Le commandement suprême de la Wehrmacht alla même jusqu’à repousser des études conduites dans ce sens par la Marine et la Heer : cet élément est très parlant car il explique pourquoi une opération amphibie contre le Royaume-Uni demeura toujours très incertaine… mais outre cet aspect, il n’y avait aucune considération stratégique pour une conduite, coordonnée avec les Italiens de l’action de guerre à poursuivre en Méditerranée (même si comme le note Warlimont Mussolini était assez opposé à un partage avec l’Allemagne à cette époque). Même la préparation de la future guerre à l’est fut bâclée selon Warlimont.

Un évènement est considéré comme majeur par Warlimont dans l’altération de la conduite des opérations militaires, il s’agit de la campagne de Norvège : à partir d’une organisation foncièrement défectueuse qui aurait dû se terminer par une débâcle Hitler estime que sa contribution directe à l’opération Wesser a été déterminante et il va donc reproduire ad nausean ce mécanisme.

Selon Warlimont qui utilise de larges extraits du journal du général Jodl et des extraits des notes de Halder on assiste à un déroulement chaotique qui n’est sauvé in extremis que par les qualités militaires d’une Wehrmacht supérieurement entrainées…Mais dans cette opération norvégienne, l’Allemagne a perdu la moitié des contre-torpilleurs lourds de la marine ; si les directives de Hilter avaient été suivies Narvik qui constituait le cœur de toute l’opération aurait été évacué. Warlimont montre un Hitler indigne qui s’immisce dans toutes les décisions y compris au niveau tactique et après une période d’euphorie sombre à la première mauvaise nouvelle dans le désarroi et la prostration. Pour ce qui est de la campagne de Norvège, c’est finalement l’intervention de Jodl qui fut déterminante… mais avec quelles conséquences pour la suite !!!
Sur l’entourage du Führer dans son GQG, Warlimont indique que ce qui le caractérisait n’était pas seulement que son noyau se composait de non soldats, même si chacun disposait de l’uniforme Feldgrau avec les insignes de son choix, ni l’afflux de bonze du parti encore relativement peu nombreux à l’époque (mais qui allait s’accroître pour contrer l’élément militaire auprès du Führer), c’était la présence de Hitler lui-même qui régnait souverainement sur ce GQG : pour Warlimont malgré son expérience de la première guerre mondiale il était totalement dépourvu de tout esprit de corps militaire ; il ne souhaitait pas disposer de liens avec les officiers qui l’entourait mais préférait découvrir leurs forces et leurs faiblesses pour en jouer.

D’une manière générale, l’ouvrage de Walter Warlimont fourmille de détails sur les ingérences d’Hitler dans les décisions militaires, des plus complexes aux plus simples.

L’affaire de Dunkerque est explicitée de manière très pointue : Warlimont estime que le fuherer pris une décision contraire au bon sens qui impliquait de finir l’exploitation du succès au moyen des blindés, et cette désinvolture impliqua pour le sous-chef d’Etat-Major Opérations une décision contraire aux intérêts de l’Allemagne « sur l’issue de la campagne, et peut être même de la guerre ». L’épisode mis en évidence deux groupe, emmener d’un côté par Hitler et ses factotums Keitel et Jodl et bien sûr le gros Goering (qui une fois de plus allait se couvrir de honte) et les hommes de métier comme von Brauchitsch et Halder épaulés par les officiers brevetés d’Etat-major de la section L (section Opérations), mais l’affaire tourne mal et finalement Hitler prend une décision absurde motivée par le fait que les chars pouvaient connaître des difficultés sur un terrain marécageux et être détruits en enfilade etc. etc. Finalement Goering donna l’assurance que la Luftwaffe pourrait terminer seule le travail (c’est au demeurant le même homme qui donnera sa parole sur la capacité à ravitailler la VIème armée de Paulus encerclée à Stalingrad par un pont aérien, avec le résultat que nous connaissons tous…) Bien sûr l’opération est un échec qui permet aux anglais de procéder au rembarquement de l’opération Dynamo, et le 26 mai 1940, les blindés reçoivent l’ordre de progresser à nouveau, mais sans succès car il est déjà trop tard.

Il y a un passage fondamentale qui explique bien pourquoi le comportement de Hitler a toujours été incohérent dans la conduite des opérations militaires : d’une manière pratique, on peut penser que Hitler avait une connaissance très précise des capacités de l’économie allemande, que cette connaissance était supérieure à celle des généraux de la Wehrmacht et de la Heer, et on peut montrer comme l’a fait Adam Tooze dans sa monumentale histoire de l’économie du IIIème Reich en guerre : le salaire de la destruction : formation et ruine de l’économie nazie, Tempus, février 2016 que les décisions prises par Hitler était surdéterminées par de graves carences économiques qui nécessitait d’inclure des objectifs économiques de conquêtes là ou des militaires de carrière comme Von Manstein et Warlimont insistait sur la nécessité d’atteindre d’abord des objectifs militaires. Selon le témoignage de Warlimont, Hitler n’arrivait pas à comprendre « qu’un objectif territorial ne pouvait être atteint que si les forces ennemis étaient vaincues, et que tant que cette victoire militaire n’était pas acquise, la conquête de territoires économiquement importants, soit la prise d’objectifs territoriaux était problématique et leur conservation impossible à la longue ».

C’est une information qui explique pourquoi durant la définition et l’exécution de l’opération Barbarossa, des objectifs militaires et des objectifs économiques comme la possession de l’Ukraine et des puits de pétrole de Bakou étaient mélangés d’une manière anarchique sans permettre d’emporter la décision : l’exposé de l’opération Typhon contre Moscou avec une incroyable procrastination et des objections de Hitler quasi constante montre les modalités d’une nouvelle erreur stratégique, après celle de Dunkerque.

Décembre 1941 marquait une crise très grave pour l’Allemagne avec l’échec de la guerre éclaire contre l’URSS et des contre-attaques russes victorieuses qui permirent de bousculer le dispositif allemand pour la première fois : Hitler refuse à tout prix toute notion de repli tactique qui eut permis d’économiser les hommes et les matériels au profit d’une conservation de chaque parcelle du territoire conquis et après l’attaque surprise des Japonais contre Pearl Harbor il croît opportun de déclarer la guerre aux Etats-Unis : à la grande surprise de Warlimont qui apprit la nouvelle à la radio. Warlimont estime que le seul élément positif de l’entrée en guerre du Japon fut de contraindre les anglais à transférer des effectifs de la Méditerranée vers l’Extrême-Orient, ce qui combiné avec un apport allemand en sous-marin et en avion permit à Rommel de repousser à nouveau les anglais dès la fin janvier 1942 jusqu’aux abords de Tobrouk.

Toutefois, s’il y eut bien quelques améliorations conjoncturelles et temporaires il n’en demeure pas moins vrai que l’ensemble de la stratégie allemande était un château de de cartes : l’effondrement définitif de la supériorité allemande est daté par Warlimont de novembre 1942 avec un triple échec : le débarquement allié en Afrique du Nord, la défaite de Rommel à El Alamein et l’encerclement d la VIème armée de Paulus assiégeant alors Stalingrad. Toute la suite est bien connue…

Warlimont apporte un détail important concernant une éventuelle collaboration militaire entre l’Allemagne et Vichy pour la défense de l’Afrique de l’ouest française, Warlimont qui avait travaillé sur cette hypothèse de manière très précoce, estimant que lors de l’armistice avec la France, Hitler avait complétement oublié l’Empire français et son rôle militaire de glacis en Afrique. Warlimont travailla d’arrache-pied pour permettre au gouvernement de Vichy de disposer des moyens militaires supplémentaires visant à lutter contre la dissidence « anglo-gaulliste », ce qui fut imparfaitement formalisé par les fameux protocoles de Paris en 1941, mais en fait, l’indifférence de Hitler pour une collaboration militaire avec la France étouffera l’initiative, Goering étant chargé de la torpiller de manière finale avec grossièreté auprès des interlocuteurs français…


La bête d'Alaska
La bête d'Alaska
par Lincoln Child
Edition : Broché
Prix : EUR 21,00

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un thriller passionnant : un très bel hommage à the Thing, 9 juillet 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La bête d'Alaska (Broché)
Lincoln Child signe ici un très ouvrage en solitaire, qui fait intervenir le personnage de Jeremy Logan, l'énignologue dont j'ai beaucoup apprécié la personnalité dans le projet Sin du même auteur. Sauf que cette fois, Logan est presque un personnage secondaire de l'ouvrage, bien qu'il apporte quelques éléments clefs à la compréhension de l'histoire. Le personnage central est le paléo-écologiste Evan Marshall, un homme plein de mystère et de charisme.

Le scientifique est membre d'une expédition dont le sujet d'étude est le réchauffement climatique et la fonte rapide des glaciers en Arctique. Cette expédition comprend plusieurs scientifiques, qui sont des personnages intéressants mais qui seront assez peu développés dans le cours de l’histoire, c'est dommage mais c'est un peu une tendance lourde des romans de divertissement américains. Toujours est-il que les travaux sont financés par une société de réalisation de documentaire, pas forcément très reluisante. Les scientifiques vont faire une découverte stupéfiante dans un glacier : à savoir une créature prise dans les glaces et conservée dans un état de type cryogénique. Immédiatement la société de production qui finance l'expédition décide de monter un reportage ou le dégel de la créature sera le point d'orgue d'un reportage tapageur filmé par un réalisateur égocentrique : ce qui sera l'occasion d'une satyre assez cruelle de ce type de production.

Depuis Relic, il s'agit de la seconde histoire de Child faisant intervenir un vrai monstre : Relic était la première enquête de l'inspecteur Vincent D'Agosta et faisait apparaître pour la première fois le personnage de l’agent spécial du FBI Pendergast. La bête d’Alaska fait un clin d’œil appuyé à cette histoire d'anthologie en reprenant la théorie de l'effet Kalisto sur les mutations génétiques faisant intervenir des êtres uniques qui sont des aberration du processus de l'évolution : je pense sincèrement que cette référence habile sera très appréciée par les amateurs du duo Child/Preston.

L'histoire est une traque passionnante qui se déroule dans une vaste installation militaire déclassée des Etats-Unis la base d'alerte avancée du Mount Fear, un vaste complexe enterré vieux de plus de 50 ans, qui est un véritable labyrinthe, pour notre plus grande joie. La gestion de cette base gigantesque et des apparitions foudroyantes et sanglantes de la bête font de ce livre une petite merveille de terreur qui devrait combler les lecteurs habituels de Lincoln Child comme les nouveaux qui trouveront une histoire passionnante très bien gérée!!!


Les Limites de l'Empire : Les stratégies de l'impérialisme romain dans l'oeuvre de Tacite
Les Limites de l'Empire : Les stratégies de l'impérialisme romain dans l'oeuvre de Tacite
par Pierre Laederich
Edition : Broché
Prix : EUR 30,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage absolument passionant pour tous les lecteurs férus dhistoire militaire romaine, 3 juillet 2016
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« Les limites de l’empire » de Pierre Laederich est un travail monumental issu d’une thèse de doctorat sur l’analyse des informations militaires contenues dans l’œuvre de Tacite (Annales, les histoires, Vie d’Agricola et La Germanie) pour tenter d’y puiser une explication des stratégies déployées par l’Empire pour consolider et stabiliser les frontières de l’Empire. Ce travail est absolument remarquable, et le fait que je sois le premier à mettre en ligne un commentaire en juin 2016, montre à quel point notre pays connaît sur le plan universitaire et intellectuel une période de décadence sous l’emprise de marxistes odieux et de bobos dégénérés qui ont décidé une fois pour toute un nivellement par le bas, en direction de la débilité absolue qui est leur pain quotidien. L’œuvre de Tacite comprend l’étude des politiques militaires des empereurs Julio-claudiens et flaviens, c’est-à-dire le premier siècle de notre ère qui selon l’auteur est une période charnière dans l’histoire de l’impérialisme romain avec une difficile transition vers un Empire plus stabilisé, aux frontières mieux définies c’est-à-dire mieux délimitées. Tacite est né vers 55 de notre ère, après la fin tragique (et grotesque) du règne de Néron qui inaugura pour Rome une nouvelle période de guerre civile à laquelle mis fin le retour de la paix sous Vespasien. Après la tyrannie de Domitien, il connut la phase d’expansion de Trajan, l’optimus princeps avec le renouveau de l’Empire et des conquêtes, période en réalité en trompe l’œil qui se termina par un désastre en Orient et l’avènement d’Hadrien qui sera obligé d’abandonner une partie des conquêtes de Trajan pour disposer de frontières plus stables et surtout mieux défendues avec l’apparition du Limes.

On observe aussi que si l’Empire marquait l’apogée de la puissance militaire de Rome, il était beaucoup plus fragile que l’on veut bien le croire, sous Auguste, la politique d’expansion impériale se trouve mise en échec par le massacre du Teutoburg ou un proconsul, Varus trouve la mort et trois légions sont détruites suite à la trahison d’Arminius.…Ce qui pousse Tibère à se réfugier derrière l’axiome de modération prôné par Auguste au soir de sa vie et dans son présumé « testament » : après avoir laissé Germanicus lancer plusieurs campagnes de dévastation dépourvue de conquête territoriale, l’Empereur décide de le rappeler sous couvert du Triomphe et selon les interprétations de l’auteur (car il s’agit bien d’une exégèse de l’œuvre de Tacite), Tacite est intimement persuadé du caractère néfaste de l’arrêt des opérations militaires, au moins en ce qui concerne la Germanie selon ma lecture de l’ouvrage de Laederich ; pour le reste à savoir la Bretagne et le Danube je dirais que Tacite est beaucoup plus indulgent, notamment avec les opérations conduites par son beau-père Agricola en Bretagne (sans que les gains économiques ou stratégiques paraissent d’une importance majeure pour Rome qui doit supporter un fardeau toujours plus lourd…). Sur le plan de la lecture des opérations militaires conduites sur les différentes frontières de l’Empire Pierre Laederich utilise la taxinomie issue de l’œuvre du général André Beaufre : je ne doute pas que certains puristes crieront à l’ignominie d’un tel anachronisme, mais sur le plan de la méthodologie cela possède indubitablement l’intérêt d’être clair et précis. L’auteur raisonne en matière de stratégie générale et de stratégie opérationnelle ce qui apporte une grande clarté à une narration par ailleurs très savante (on discerne facilement que l’ouvrage est issu d’une thèse : mais cette utilisation est excellent pour un lecteur cultivé, féru d’histoire romaine et d’histoire militaire en générale). Sur cette question fondamentale de la stratégie sous l’Empire romain, l’auteur estime que les développements d’Edward Luttwak sont intéressants mais peut être trop sophistiqués, il indique en revanche que la Grande stratégie de l’Empire Romain est un ouvrage qui mérite vraiment la plus grande attention : nous sommes bien d’accord avec lui. L’analyse de Tacite montre selon l’auteur que le développement des stratégies militaires relevait bien d’une réflexion approfondie sur les moyens militaires dont disposait l’Empire et sur la meilleure façon de les utiliser en fonction des urgences. Une des problématiques majeures de l’Empire fut d’ailleurs d’administrer un territoire gigantesque sans forcément disposer des réserves militaires adéquates : depuis la fin du règne d’Auguste les troupes permanentes se limitaient à 25 légions soit approximativement 125.000 à 150.000 légionnaires pour un total de 250.000 à 300.000 hommes avec les auxiliaires : les troupes étaient difficiles à remplacer, les légionnaires coûtaient chers et la conscription était (déjà) impopulaire. Les Empereurs devaient aussi redouter les généraux trop valeureux qui pouvaient être tentés par la pourpre puissamment appuyés par leurs armées, ainsi comme Laederich l’explique le pouvoir central pouvait vaciller depuis les frontières : ce qui conduisit le pouvoir impérial à reconcentrer le pouvoir de décision stratégique, c’est une tendance que l’on constate dès le second siècle et qui correspond à une montée en puissance de la dimension monarchique du principat.

L’ouvrage de Laederich consiste en une exégèse de l’œuvre de Tacite, dans sa dimension militaire, au travers de la narration des campagnes depuis le début du règne de Tibère avec bien sûr les campagnes de Germanicus et celles de Corbulon. Tacite écrivait à une époque complexe, sous le règne de l’Empereur soldat Trajan qui n’incitait guère à la bienveillance à l’égard des empereurs Julio-claudiens et flaviens, en politique extérieure, même si les réalisations de l’optimus princeps n’étaient pas inaccessibles à la critique, Tacite a connu les débuts du règne d’Hadrien dont les inflexions en matière militaire et de politique étrangères marquent déjà un reflux par rapport à la période d’expansion de l’Empire romain.
L’analyse des campagnes militaires en Germanie montre l’échec sous Auguste de la capacité de Rome à créer des provinces sous contrôle romain direct ou indirecte, et tend à montrer que le problème de la stabilisation de la frontière Nord du côté germain reste un travail qui sera inachevé, puisque ultérieurement Marc-Aurèle l’Empereur philosophe stoïcien sera contraint d’y intervenir en personne, brillamment au demeurant.

La conquête de la Bretagne est brillamment étudiée au moyen des campagnes militaires d’Agricola, mais là aussi demeure un sentiment d’inachèvement et une incertitude sur les gains réels pour Rome dans un conflit ou les légions romaines vont parfois être anéantie comme la fameuse neuvième légion Hispania, avec toute la difficulté de créer des royaumes client de Rome, notamment avec la problématique de la confédération Brigante et de sa révolte contre Rome, mais aussi et surtout de l’incapacité manifeste à vaincre en Ecosse de manière durable…Ce qui conduira au fameux mur d’Hadrien.

Les combats conduits à l’Est pour stabiliser les frontières romaines contre l’empire Parthe au moyen d’une prise de contrôle directe ou indirecte de l’Arménie montre des modalités d’actions plus brillantes de la part de Rome avec notamment les campagnes de Corbulon. L’analyse de Laederich démontre une supériorité dans la manière dont fut gérée la sécurité de l’empire Romain à l’est avec un réseau d’Etats clients de Rome, a contrario de l’échec de cette stratégie sur la frontière nord en Germanie.

L’ouvrage contient également une très intéressante analyse des méthodes utilisées par l’Empire Romain pour consolider sa frontière Sud en Afrique avec le récit détaillé et remarquable des campagnes conduites contre Tacfarinas avec des modalités de combat contre les rebelles qui ne sont pas très éloignées des méthodes qui furent employées pour la conquête de l’Algérie par Bugeaud au 19ème siècle, avec la nécessité de colonnes mobiles allégées…

Dans la mesure du possible l’auteur à systématiquement reporté les indications tacitéennes sur les campagnes militaires au moyen de petites cartes, ce qui est déjà un élément majeurs de compréhension de ces campagnes : le seul reproche à faire contre cette analyse est un reproche concernant la trop faible dimension des cartes, qui auraient dû utiliser le format d’une page complète pour permettre une meilleure lisibilité des actions par le lecteur, mais il s’agit là à mon sens d’une problème éditorial attribuable aux éditions Economica qui ont voulu réaliser des économies de bout de chandelles au détriment d’une illustration de qualité, alors que la narration de Laederich était réellement novatrice.
Les analyses de Laederich contiennent beaucoup de critiques incisives à l’encontre de l’idéologie des fleuves frontières comme le Rhin et le Danube dans la pensée stratégique Romaine.

Une dimension plus contestable de l’analyse de l’auteur est de vouloir à tout prix rechercher une critique des campagnes de l’Empereur Trajan dans la narration de Tacite des campagnes de Corbulon à l’Est, mais c’est là un détail qui n’entache nullement l’intérêt considérable et novateur de l’ouvrage de Pierre Laederich, qui mérite amplement d’être acheté et lu par des lecteurs intéressés par l’histoire militaire romaine et qui verront dans les difficultés de stabilisation des frontières nordiques de l’Empire beaucoup de signes annonciateurs des causes de la crise militaire romaine du troisième millénaire.

En bref un travail très savant et très brillant.


Bugeaud
Bugeaud
par Jean-Pierre Bois
Edition : Relié
Prix : EUR 26,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Une biographie de très haute tenue : Thomas Bugeaud un homme de fer dans un siècle de plomb, 12 juin 2016
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Thomas Bugeaud de la Piconnery duc d’Isly est un des plus grands hommes de guerre français du XIXème siècle, on peut dire que l’ouvrage de Jean-Pierre Bois lui rend hommage sans céder à une quelconque adulation et rend compte de manière factuelle des actions diverses et variées accomplies par ce grande homme qui ne se réduit pas à la conquête de l’Algérie, même s’il est certain que c’est cet évènement qui lui confère une stature historique. Après avoir été longtemps loué comme un personnage positif sous la IIIème République et jusqu’au moins dans les années 30, avec une ritournelle faisant allusion à « la casquette du père Bugeaud » l’indépendance de l’Algérie en 1962, mais plus encore l‘hostilité de marxistes à l’haleine fécale et de bobo dégénérés qui font, en 2005-2016, de ce maréchal de France un précurseur des méthodes des nazis… Rien de moins.

Personnellement, ma famille a fourni un fort contingent d’officiers et de sous-officiers à l’Armée d’Afrique jusqu’à la dissolution des zouaves en 1962. Pour autant, je ne suis pas naïf sur le personnage de Bugeaud qui comme tout homme de son envergure possède une part d’ombre : toutefois, il est bien clair que si Jean-Pierre Blois ne nous cache rien des éléments troubles associés à Bugeaud, on prend rapidement conscience que ses éléments sont relativement peu nombreux et sont liés à un contexte historique ou il eut été difficile de faire mieux. Rien n’a été facile pour Thomas Bugeaud qui est issu d’une petite noblesse de province que la révolution Française de 1789, et surtout la terreur de 1793 va ruiner : Bugeaud voit ses parents jetés en prison mais non exécutés : on peut dire que c’est déjà beaucoup de chance. C’est un homme qui hérite de son enfance une double passion qui jamais ne faiblira : une passion pour son terroir, le Limousin et le Périgord et l’agriculture et un patriotisme à toute épreuve : une volonté de servir la France dans le domaine militaire qui va le conduire d’Austerlitz à la fameuse bataille d’Isly ou les troupes du sultan du Maroc sont battues et ou Abdel Kader est définitivement poussé hors du jeu militaire politique et diplomatique et sera contraint à une reddition aux autorités militaires françaises. Bugeaud s’engage dans le corps des vélites de la garde de la grande armée de Napoléon Bonaparte et devient caporal lors de la bataille d’Austerlitz. Sous la direction de Napoléon il connaîtra ce que l’on nomme la grande guerre avec affrontement de régiments de ligne, mais c’est surtout durant la terrible guerre d’Espagne, avec le fameux siège de Saragosse que Bugeaud fait connaissance de la petite guerre, en d’autres termes de la guerre de guérilla : une insurrection totale de la population espagnol qui fait preuve d’une bravoure qui force l’admiration. Bugeaud s’affirme comme un rude soldat, plus tacticien et on exécutant que concepteur, sans jamais montrer une grande appétence pour l’analyse stratégique… Thomas Bugeaud est un homme qui franchit rapidement tous les échelons de la hiérarchie jusqu’à devenir colonel en 1815. Après la défaite de l’Empereur, Bugeaud fait par pragmatisme un ralliement assez logique à Louis XVIII, mais ne résiste pas à la tentation de participer aux cents jours de Napoléon Bonaparte, ou il obtient d’ailleurs d’assez loin la dernière victoire militaire de l’Empire. La restauration ne lui pardonne pas son incartade et le démet de son commandement en 1815, il ne retrouvera pas une fonction militaire avant 1830 lors de l’aventure algérienne de Charles X, bien que ce soit la monarchie de juillet qui lui confère à nouveau. Thomas Bugeaud se retire donc sur ces terres et devient l’archétype du gentilhomme fermier moderne passionné par les questions agricoles et persuadé qu’un accroissement de la richesse des campagnes est un élément dirimant pour permettre l’accroissement de la richesse d’une nation qu’il perçoit toujours comme fortement paysanne. Bugeaud ne semble pas s’inspirer des écrits des physiocrates, mais procède plutôt selon une méthode expérimentale qui lui réussit particulièrement bien : elle lui permet de prospérer, en produisant plus et mieux, il verse des traitements importants à ses métayers pour tenter de les convaincre, mais malgré ces encouragement très sympathiques ceux-ci semblent demeurer imperméable à la notion de progrès agricole… Cet échec le conduit à pousser à la création de comices agricoles, réunion de grands propriétaires soucieux d’améliorer la production de leurs domaines. Cet essai sera un coup de maître et Bugeaud verra enfin son prosélytisme agricole récompensé et deviendra une expert solide et reconnu du domaine qui le passionnera jusqu’au crépuscule de sa vie.
Bien sûr un homme aussi dynamique et fait pour la guerre que Bugeaud ne pouvait pas rester indéfiniment sans commandement militaire et peu à peu il va tenter de rentrer en grâce, essentiellement auprès de Louis-Philipe. Pour ce faire, il va poursuive une carrière politique honorable comme conseiller général puis comme député. L’Orléanisme possède tout pour plaire à Bugeaud, c’est un régime politique autoritaire mais sans les excès imbéciles qui entraînent la chute de Charles X… Bugeaud est depuis 1793 un partisan des régimes d’autorité tempéré par le bon sens, comme il l’explique lui-même il est contre « toute terreur rouge ou blanche ». Il sera toujours un partisan du régime du juste milieu. Mais c’est bien l’aventure déclenchée par Charles X qui va créer les conditions de son retour. L’affaire possède en fait une dimension sordide avérée, c’est la demande à la France des arriérés de dette qui remonte à la campagne d’Egypte de Bonaparte par le Dey d’Alger qui permet au très impopulaire Charles X de déclencher les hostilités avec l’envoi d’une flotte puis d’un corps expéditionnaire. La prise d’Alger est un succès toutefois, elle n’est guidée par aucune directive politique pour la suite des évènements, il va s’écouler 10 ans avant que la France n’adopte une attitude volontaire face à une situation stérile et couteuse.

Bugeaud ne se passionne guère pour la question de la prise d’Alger jusqu’à son premier commandement à Oran en 1836. Le retour à la carrière des armes est laborieuse elle s’effectue sur la période 1830-1834 par le biais d’un ralliement énergique à la monarchie de Juillet (très logique dans la perspective d’un Bugeaud, et sans rapport avec un quelconque opportunisme politique). Bugeaud devient membre du conseil général de son département en application de l’ordonnance du 26 novembre 1830 : c’est une tribune qui lui permettra d’exposer son orléanisme et son opposition au républicanisme. Le 8 septembre 1830 Bugeaud est nommé colonel du 56ème régiment de ligne à Grenoble, c’est une bonne affectation par contre sa famille traverse de sérieux problèmes de santé. Le 2 avril 1831, Bugeaud devient maréchal de camp, c’est-à-dire général, et le 31 mai 1831 suite à la dissolution de la chambre des députés Bugeaud sollicite et obtient une élection à la chambre d’Excideuil, deuxième circonscription du département de la Dordogne : désormais Bugeaud cumule des fonctions politiques et militaires. Cette fonction politique est surtout exercée pour être un tenant d’un ordre établi raisonnable et pour propager ses idées en matière d’agriculture. Il est finalement nommé commandant d’une brigade d’infanterie de la garnison de Paris, et s’implique très peu dans les débats relatifs à la duchesse du Berry. Pourtant, il va commettre la première faute de sa carrière en acceptant d’être l’homme de confiance du gouvernement et le gardien de la duchesse du Berry en acceptant le commandement de la citadelle de Blaye ou ladite duchesse va être emprisonnée. Tous les éléments raisonnables de documentation exploitée démontrent que Bugeaud ne se comporte pas comme une brute ou comme un rustre envers la duchesse : toutefois c’est indéniable, l’acceptation de cette fonction lui donne une image publique désastreuse exploitée par tous ses ennemis politiques, forts nombreux au demeurant. Dans un tout autre registre en 1834, Bugeaud va montrer le caractère sombre de sa personnalité et le caractère sourcilleux de son honneur : il est insulté publiquement par le député François Charles Dulong sur la question de ses fonctions de geôlier de la duchesse du Berry, immédiatement Bugeaud demande réparation à l’imbécile qui se voit contraint d’accepter un duel : Dulong choisi le pistolet et d’un seul coup Bugeaud fracasse la tête du cuistre… Cet évènement suscite un nouveau tollé à l’encontre de Bugeaud, même si sur le fond la pratique des duels d’honneur entre parlementaire était chose fort courante à cette époque. Beaucoup plus grave pour le général Bugeaud est l’affaire de la rue Transnonain le 14 avril 1834, Bugeaud exerce un commandement à Paris qui le conduit à réprimer les émeutiers et son nom est associé au massacre de la rue Transnonain bien qu’il ne soit ni responsable ni participant à cet évènement…En revanche la question est compliquée parce qu’il participe bien à la répression à compter du 13 avril à la demande de Thiers, Bugeaud commande 40000 hommes dans une action anti-insurrectionnelle qui se solde effectivement par le massacre de la rue Transnonain, d’où l’existence d’un lien de causalité indirecte complexe : pour l’opposition républicaine, Bugeaud devient le « boucher de la rue Transnonain » et conservera cette dénomination jusqu’en 1848 et bien au-delà puisque c’est un élément de la mémoire collective qui perdure jusqu’à l’époque moderne.
Pendant ce temps les choses évoluent pitoyablement en Algérie, l’entrée des troupes françaises à Alger le 5 juillet 1830 commandé par le comte de Bourmont, un homme détestable essentiellement connu pour sa défection à Waterloo et à un témoignage accablant contre le maréchal Ney. Le dossier de l’expédition africaine de la France passe entre les mains de Louis-Philippe qui envisage tout d’abord de procéder à l’évacuation du corps expéditionnaire, dans un contexte de très vive tension avec le Royaume-Uni. C’est dans ce contexte que le général Clauzel remplace le comte de Bourmont et commence à préparer le repli, toutefois il ne possède pas d’ordre clair concernant la politique à mener sur place : Clauzel ne fait pas de différence entre la guerre en Europe et la guerre en Afrique, il n’anticipe pas une résistance sérieuse des Arabes et se contente d’un corps expéditionnaire de 10000 hommes auxquels il adjoint des supplétifs Kabyles de la tribu des Zouâoua qui donneront les Zouaves. Clauzel possède des vues constructives et souhaite conserver Alger et pense à une installation durable : dans la pratique il doit faire face à de nombreux soulèvements et ne dispose pas des moyens pour imposer la suzeraineté de la France et ultime avanie sa tentative de conciliation diplomatique avec le bey de Tunis bien disposé à l’égard de la France est désavoué par Louis-Phillipe et qui rappelle une partie des troupes. Clauzel démissionne et le 21 février 1831, l’armée d’Afrique est réduite à une simple division d’occupation commandée par le général Berthézène. Sous Berthézène et se deux successeurs Rovigo et Voirol l’indécision tient lieu de politique et l’idée d’une colonisation de ce qui deviendra l’Algérie est une pure utopie : la situation se dégrade à Oran dont la garnison est trop faible et le sultan du Maroc s’impose habilement dans le beylik et il faut finalement envoyer une escadre pour obtenir son retrait, qui est en réalité une pure courtoisie diplomatique…Les Arabes du Beylik se donnent pour chef un vieux marabout connu pour sa sainteté, Mahi ed-Dine, il appelle les tribus à la guerre contre l’infidèle, mais trop âgé il fait admettre son fils comme chef Abd El-Kader qui prend alors le titre d’émir et va se révéler l’adversaire le plus coriace et aussi de loin le plus malin contre les ambitions françaises. Les Français sont conscients de cette évolution et le général Desmichels appelé en 1833 à la tête de la division d’Oran, décide de traiter avec Abd el-Kader en décembre 1833 dans le cadre d’une demande de restitution de prisonnier, et se faisant moyennant quelques avantages concrets armes et chevaux obtient de l’émir la reconnaissance du traité Desmichels signé le 26 février 1834 qui reconnaît à la France une autorité sur les côtes septentrionales de l’Afrique, tandis qu’Abd el-Kader possède l’autorité sur l’intérieur des terres sans soumission à la France. Du côté de Louis-Philipe l’absence d’instruction à Desmichels le dispute toujours à l’incertitude. En juillet 1833 une commission d’enquête est constituée pour tenter de sortir de l’impasse, son résultat est des plus ambiguë avec le maintien de la souveraineté Française sur l’ensemble de l’ancienne régence turc, tout en admettant que l’occupation militaire se borne aux villes d’Oran et d’Alger avec leurs avant-postes et les villes de Bougie et d’Oran et décide la nomination d’un gouverneur général chargé de l’administration des possessions françaises dans le nord de l’Afrique. Le premier gouverneur général sera le général Drouet d’Erlon âgée de 69 ans…

En 1835 ; le général Trézel qui commande la division d’Oran tente une action punitive contre Abd el-Kader qui réussit dans un premier temps, mais la colonne trop éloignée de ses bases est surprise sur le chemin du retour au défilé de la Macta, il s’en suit un combat terrible et des pertes élevées. Cet échec énerve fort le sentiment national de la France qui décide de rappeler Clauzel pour châtier Abd El-Kader. Clauzel incarne le choix de la fermeté, et c’est sans doute un tournant dans la gestion des affaires africaines. Le maréchal Clauzel échoue à l’ouest dans sa tentative d’établir un poste fortifié à l’embouchure de la Tafna mais réussi in extremis à occuper complètement Tlemcen en laissant une garnison de 500 hommes sous le commandement de Cavaignac dans la forteresse (Méchouar) qui devrait faire rapidement face aux plus grandes difficultés, tandis que l’apostat mythomane Yusuf est nommé bey de Constantine en février 1836 (il va s’illustrer par sa corruption et sa cruauté…). Bugeaud va conduire sa première campagne africaine en 1836 dans un contexte fortement dégradé, toutefois Abd el Kader affronte pour la première fois les troupes françaises lors d’une bataille rangée le 6 juillet 1836 sur les bords de la Sikkak, bien que Bugeaud présente ce succès français comme une défaite définitive d’Abd El Kader : en effet celui-ci a engagé au moins 7000 hommes et sa réserve, une très importante cavalerie, contre les tirailleurs et les Spahis et le 62ème régiment de ligne commandé par Bugeaud lui-même accompagné de la cavalerie auxiliaire de Mustafa Ben Ismaël : les pertes de l’émir sont considérables face à des troupes disciplinées… Le 2 août 1836 Thomas Bugeaud est promu lieutenant général. Mais cette victoire intervient 2 ans trop tard, et les incertitudes qui continuent à planer sur les objectifs français en Algérie, vont conduire à faire négocier par Bugeaud un traité avec l’émir Abd El Kader, il s’agit du traité de la Tafna signé le 20 mai 1837 et en fait Bugeaud accorde de larges concessions à l’émir : pour une partie il est vrai les concessions accordées sont dues à la félonie des interprètes qui induisent Bugeaud sur le contenu écrit en arabe du texte. Abd El Kader réussit à conclure un traité qui lui reconnait une assez vaste zone d’influence à l’intérieur du territoire, tandis que la souveraineté politique de la France conserve une emprise côtière incontestée au détriment d’une profondeur limitée dans le territoire. Bugeaud se retrouve très brutalement contesté et doit adopter une position défensive très difficile dans laquelle il indique « qu’une paix vaut mieux qu’une guerre mal faite », le général estime non sans raison que les moyens militaires d’une conquête complète ne sont pas disponibles en 1837, il s’en suit une affaire sordide qui fait apparaître que le général Bugeaud aurait accepté une sorte de pots de vin liés à la conclusion de la paix de la part d’un négociant espagnol qui avait de gros intérêts dans l’issu pacifique de cette affaire : Bugeaud est durablement discrédité et restera à l’écart des affaires africaines jusqu’en janvier 1840. C’est finalement un casus belli déclenché par le maréchal Valée par le franchissement des Portes des Fer qui relance le conflit avec Abd El Kader et rend nécessaire le recours à Bugeaud. Après avoir été longtemps l’adversaire d’une annexion des territoires africains de la régence d’Alger, Bugeaud devient le prometteur d’une conquête absolue : « Oui à mon avis la possession d’Alger est une faute, mais puisque vous voulez la faire il faut que vous la fassiez grandement ». Au moins Bugeaud est un homme qui assume ses opinions et il met au point un système de guerre pour la conquête qui va être basé sur la mobilité de cinq à six colonnes capables de parcourir le pays en tous sens : le processus va être impitoyable les colonnes assez puissantes pour être rapide, mais pas assez faibles pour être vaincues vont avoir pour mission de poursuivre les tribus arabes rebelles pour les contraindre à la capitulation ; cette guerre de poursuite doit être doublée par un processus de colonisation militaire avec des colons français ou européens. Bugeaud se propose donc de conduire la conquête de l’Algérie par le glaive et la charrue et finalement, les échecs du maréchal Valée aidant, Bugeaud est nommé le 28 décembre 1840 gouverneur général de l’Algérie. Le processus va être long et rude et il ne s’achèvera que lors de la bataille de L’Isly le 14 août 1844. La chute Abd El Kader se trouve précipité par la prise de sa Smala (capitale itinérante) en mai 1843 par le duc d’Aumale : si le succès est tactique, le coup portée à la crédibilité d’Abd El Kader est rude, et en juillet 1843 Bugeaud reçoit la dignité de maréchal de France et en novembre 1843 il procède à l’exploitation de la prise de la Smala en lançant une traque impitoyable de l’émir, et au cours de cette poursuite le meilleur homme de guerre d’Abd El Kader, Sidi Embarek est tué par une balle du brigadier Gérard et sa tête est coupée. Elle est envoyée à Lamoricière et promené sur la route d’Oran puis exposée trois jours à Miliana pour l’édification des populations… Toutefois, Sidi Embarek est inhumé à Koléa et Bugeaud lui fait rendre les honneurs militaires. Le problème est désormais que l’émir obtient l’asile du sultan du Maroc Moulay Abd Er Rahman, ce qui lui permet de continuer sa lutte contre les Français en prêchant la guerre sainte contre les français auprès des tribus marocaines : les facteurs géopolitiques sont complexes : l’émir souhaite entraîner le Maroc dans une guerre contre la France, tandis que le sultan du Maroc ne paraît guère enthousiaste à cette idée, et laisse l’Angleterre tancer la France sur le refus du principe d’une extension de la France dans le royaume Chérifien : un traité de paix délimitant les frontières sera conclu en 1844 entre la Franc et le Maroc, il s’agit du traité de Tanger, qui met hors la loi Abd El Kader sur le territoire marocain comme en Algérie. Bugeaud va décider d’ignorer les consignes de prudence de Paris et lancer une attaque en territoire marocain, la fameuse bataille de l’Isly qui fera de Bugeaud un duc.

Toutefois, malgré son importance, il faudra une lutte implacable en 1845-1847 pour achever la conquête de l’Algérie, avec la révolte de Bou Masa et cette fois Bugeaud donne l’ordre d’une répression impitoyable à Saint-Arnaud et à Pélissier, ce qui aboutit finalement au massacre des grottes de Dhara. Dans un premier temps Saint Arnaud se vante dans les courriers adressés à son frère du massacre des Kabyles avec une rare complaisance dans la cruauté, ces évènements terribles conduisent à l’enfumage des grottes de Dhara le 19 juin 1845 ou 500 Ouled Riah trouvent la mort : Bugeaud est informé et considère que cet ultime recours était justifié par l’absence d’autre moyen…Au moins il n’a pas l’hypocrisie de ne pas couvrir son subordonné : on peut penser que cette indulgence n’est pas étrangère à un second épisode similaire dont le responsable est Saint-Arnaud le 8 août 1845 ou 500 membres des Shébas trouvent la mort. La période 1846-1847 correspond aux dernières campagnes de Bugeaud en Algérie : 18 colonnes mobiles sont mises en action. Il est utile de rappeler aux bobos que le 27 avril 1846 Abd El Kader fait exécuter 270 prisonniers français : dans la pratique le pouvoir d’Abd el Kader s’effondre cette exécution montre l’opposition entre des fanatiques et des modérés : en France l’opinion publique se déchaîne contre la barbarie de cette guerre africaine, autant contre Bugeaud que contre Abd El Kader…Le 27 février 1847 le lieutenant d‘Abd El Kader en Kabylie, Bou Salem fait sa soumission, puis le 13 avril 1847 Bou Maza, un homme très courageux se rend à Saint-Arnaud : Bugeaud n’estime plus nécessaire de rester en Algérie. Abd El Kader va se rendre lui-même le 23 décembre 1847. Finalement, Bugeaud a vaincu non sans mal, avec des méthodes dures et des faits qui sont moralement condamnables. Mais dans une guerre de guérilla, il était à peu près impossible de vaincre d'une autre manière : dire le contraire c’est faire œuvre de révisionniste. La suite des opérations en Algérie montrera que la conquête n’est pas la pacification d’un pays, et que de toute façon la présence française, sous la forme de départements annexés à la métropole n’était pas crédible, de 1954 à 1962 beaucoup de sang va à nouveau couler. Une bien triste aventure en vérité.
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Mortel Sabbat
Mortel Sabbat
par Douglas Preston
Edition : Broché
Prix : EUR 24,00

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5.0 étoiles sur 5 Une grand cru des aventures de l'inspecteur Pendergast, 4 juin 2016
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Dans cet opus très bien écrit, Pendergast est assisté par la charmante Constance Green, sa protégée. Au départ on pense être sur une histoire assez banale de vol d'une collection de vins rares, mais finalement l'histoire est très compliqué, et elle va conduire Pendergast à enquêter sur une épouvantable affaire vieille de 130 ans : le scénario est sur un point précis très poche du film de John Carpenter "Fog", une histoire sordide est enfouie profondément dans une communauté de pécheurs et pour tout dire c'est une histoire cruelle ou la rapacité le dispute à la méchanceté. Le ressort très particulier de cet ouvrage est d'avoir imbriqué deux énigmes connexes, dont chose très rare l'une des histoires est liée à un authentique culte satanique... Parvenu au 2/3 de l'ouvrage, l'histoire est relancée d'une manière incroyablement puissante et c'est sans doute l'une des aventures les plus gore de la série des Pendergast pourtant fertile en sinistres histoires. L'inspecteur Pendergast devra utiliser toute les ressources physiques qu'il possède pour affronter un être littéralement démoniaque et à nouveau les auteurs procèdent à l'incertion d'un pitch inattendue qui semble préfigurer une suite absolument passionnante. C'est un très bon livre ami l'ecteur, je l'ai lu en quelques heures d'intense jubilation!!!!


Une petite ville nazie
Une petite ville nazie
par William S. Allen
Edition : Poche
Prix : EUR 10,50

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5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage capital pour comprendre la montée en puissance du nazisme et ses ressorts sociétaux, 5 mai 2016
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L’ouvrage « une petite ville nazie » de William Sheridan Allen est probablement l‘un des ouvrages les plus important jamais écrit en matière d’analyse de science politique et historique du nazisme. En ce qui me concerne, je le considère comme un classique indémodable, certes complété par les travaux de sociologie électorale du grand Ian Kershaw, mais pour autant l’ouvrage d’Allen demeure à ce jour un ouvrage d’une qualité d’analyse et d’une densité d’information. L’auteur étudie la montée en puissance du nazisme dans une petite ville au nom fictif de Thalburg, dont Alfred Grosser dans sa remarquable préface indique qu’il s’agit en fait de Northeim en Basse-Saxe, lidentité de la ville ayant été divulguée dans la fièvre qui suivie la publication de l’ouvrage de William Allen, par le quotidien Der Spiegel. Bien que cet ouvrage paraisse ardu, il s’agit en fait d’un ouvrage passionnant qu’il est impossible de reposer avant de l’avoir entièrement lu. La partie qui décrit les composants sociologiques de Thalburg est la plus difficile à lire, mais ensuite pour peu que l’on éprouve un réel intérêt pour l’histoire du nazisme on est en présence d’un véritable polar historique.

La thèse de l’auteur est extrêmement simple, en montrant l’agonie de la démocratie dans une petite ville au cours des dernières années de la République de Weimar, son objectif est de montrer que les mesures prises par les nazis sur le plan local ont joué un rôle capital dans l’établissement d’un régime totalitaire en Allemagne et que la réussite de Hitler doit beaucoup à l’efficacité du système nazi à la base et particulièrement aux échelons urbains. L’auteur est conscient des limites intrinsèques de sa méthode en sélectionnant une seule ville, car il est impossible de certifier que la ville choisie est strictement identique à d’autres villes allemandes de la même époque. William Allen indique dans sa préface que la ville étudiée est moins industrialisée, mais plus fortement bourgeoise et plus résolument luthérienne que les autres villes allemandes, et que ces caractéristiques expliquent peut être pourquoi Thalburg fut plus rapidement et profondément nazifiée.

Thalburg se présent comme une petite ville de 10 000 habitants sous la république de Weimar, soit une ville comme il en existait un millier à cette époque et ou un allemand sur 7 habitait dans l’une d’elle. Bien que la défaite de 1918 fut vécue comme un évènement cruel et incompréhensible, entraînant la disparition d’un mode de vie, toutefois la révolution de 1918 se fit en douceur à Thalburg, les soldats s’arrangeant à l’amiable avec leurs officiers, mais le soviet local des travailleurs et des soldats conduit à la démission le commandant de la garnison de Thalburg et l’armée se retire de la ville en 1920 : cet évènement va déclencher une puissante poussée nationaliste, qui fait que Thalburg devient en quelque sorte par réaction le siège de la virulente organisation de droite Jung Deutsches Orden se qui va conduire à une caractéristique récurrente de la vie politique à Thalburg un combat de rue entre les socialistes et la droite nationaliste. La récurrence des combats de vue, des injures publiques des agressions physiques, et le militarisme des Thalburgeois est un élément qui est régulièrement point du doigt dans l’ouvrage. Une chose est claire, il paraît certain que cette violence mal contenue était le symptôme d’une absence de culture démocratique, aussi bien pour les nationalistes qui disposait de leur milice le casque d’acier, auquel répondait la formation paramilitaire du SPD le Reichsbanner, et finalement les sections d’assauts des nazies (SA) : on constate donc que la possession d’un service d’ordre plus que musclé par les nazis n’était pas une particularité intrinsèque de leur mouvement, à partir du moment où la violence physique était une composante à part entière de la culture politique allemande sou la république de Weimar.

Sur le plan de la sociologie électorale, les élections présidentielles voient l’apparition en 1925 d’un clivage électorale très classique, qui par lui-même n’explique rien sur la prise du pouvoir ultérieur par les nazis, puisque Hindenburg obtint 3375 voix et le candidat socialiste 2080, les communistes recevant la portion congrue avec 19 voix.

Sur le plan confessionnel les thalbourgeois étaient luthérien à 86% et seulement 6% étaient catholiques : la forte proportion de luthérien semble être un élément qui à faciliter la montée en puissance du nazisme par une sorte de moindre antipathie que dans le cas du catholicisme : cette donnée doit être interprétée avec prudence, les nazis ayant excessivement tirés parti de la crédulité des thalbourgeois en se présentant en défenseur de l’église face à l’athéisme du SPD et des communistes…

Quand on connaît le caractère foncièrement antichrétien du nazisme, cela porte à sourire, mais surtout à conclure que les nazis disposaient d’un remarquable outil de propagande qui était capable se formater en fonction des conditions socio-politiques locales.

Sur le plan professionnel, la cité se présentait comme une ville administrative, une ville de fonctionnaire avec un tiers de ses 7000 adultes travaillant dans la fonction publique : la stabilité de l’emploi et une certaine dépendance à l’égard de l’état étaient donc un facteur connu et une chose commune.

La crise économique commença en 1930 et ses effets étaient peine perceptibles à Thalburg. L’examen détaillé des catégories socio-professionnelles par William Allen conduit à penser que la ville disposait d’une petite bourgeoise extrêmement forte, et selon Allen il s’agissait de la matière première à partir de laquelle Hitler a fabriqué son mouvement.

L’auteur note l’existence d’un très grand nombre d’associations, qui bien qu’elles fussent théoriquement apolitique possédait une puissante fibre nationaliste (jusqu’au club d’horticulture).

La presse était représentée par trois journaux d’obédience politique très variée : le Gräfische qui était au service de l’Allemagne nationaliste avec un directeur qui appartenait à l’aile droite du parti nationaliste allemand ; le second était le Volksblatt qui était un organe du parti social-démocrate (SPD) : s’était surtout une feuille à scandale qui attaquait violement l’opposition politique, l’imprimerie du Volksblatt imprimait aussi la feuille hebdomadaire du Reichsbanner : ces deux journaux titraient respectivement à 2000 et 3000 unités ; enfin le parti nazi se manifesta par un journal apparu au cours de l’été 1931 le Hört Hört, qui étaient sans doute le pire exemple d’une presse de caniveau remplie de calomnie. Le troisième et dernier journal de Thalburg le Thalburger Neueste Nachrichten avait un propriétaire issu du parti du peuple, il était un journal généralement plus complet et plus exact que les autres : il possédait une nette coloration bourgeoise et le principal souci de ses éditoriaux était que la cité fut gérée comme une affaire, il tirait à 4000 exemplaires.

Donc au total, Thalburg donne l’impression d’être une entité saine et bien gérée mais avec des clivages de classe sociale dans pratiquement tous les domaines.

L’irruption du nazisme dans la vie politique de Thalburg va se faire à compter de 1930 en raison de la crise mondiale, bien que l’auteur montre qu’en réalité l’impact de la crise fut des plus limités pour les thalbourgeois, avec même un accroissement des dépôts à la caisse d’épargne, ceux-ci étaient obnubilé par les conséquences possibles de la crise : crainte d’un déclassement et d’une paupérisation des classes moyennes qui les conduisit à prêter l’oreille à la propagande du NDSAP, même si par ailleurs à cette époque, les thalbourgeois auraient eu la plus grande difficulté. Paradoxalement, le nazi le plus connu de Thalburg était aussi un homme très aimé de ces concitoyens, il s’agissait du propriétaire d’une librairie, Walter Timmerlah qui était devenu un admirateur des théories racistes de Houston Stewart Chamberlain et s’était rangé derrière la bannière de Hitler après que Chamberlain en ait dit le plus grand bien… Timmerlah était aussi une figure importante de l’église luthérienne, il était donc une personne dont l’adhésion au nazisme pouvait servir de caution morale et intellectuelle à de nombreuses personnes.

Pour Walter Timmerlah, et pour les petits bourgeois de Thalburg, le parti nazi était essentiellement un parti antimarxiste, à Thalburg même l’idéologie antisémite des nazis ne trouva jamais réellement d’écho favorable, c’est pourquoi les nazis adaptèrent leur offre idéologique à la défense des valeurs bourgeoises, y compris dans le domaine de la religion : ils devenaient ainsi les protecteurs de l’église luthérienne contre les « rouges ». Et c’est justement là qu’il faut bien comprendre un élément centrale de l’ouvrage de William Allen, pour les bourgeois de Thalburg, les rouges n’étaient pas les communistes (certes honnis) mais surtout le SPD qui incarnait alors tout ce que les nostalgiques de l’Allemagne d’avant 1918 pouvait ailleurs.

L’ouvrage de William Allen montre quels sont les artifices qui permirent aux nazis de s’imposer à Thalburg et se faisant dans toute l’Allemagne, avec des variations sociologiques locales. Les nazis mirent en branle une formidable organisation, très bien structuré et avec une propagande souple et puissante : si les combats de rue conduits par les SA furent un élément notable pour la conquête du pouvoir, il est impossible de réduire l’action des nazis à de tels évènements : leur véritable force était d’apparaitre comme un mouvement jeune et dynamique décidé à apporter des réponses concrètes aux attentes du peuple allemand notamment en matière d’emploi.

La prise de pouvoir des nazis est remarquablement décrite, avec un purge systématique du corps social, l’interdiction des syndicats remplacés par le Front national socialiste du travail ; une intimidation de plus en plus puissante à l’égard des sociaux-démocrates : perquisitions conduites par des SA, détention provisoire, menace terrifiante d’une déportation dans un camp de concentration ; perte des emplois de valeur, pour accepter sous la contrainte des emplois très durs et peux rémunérés. En outre, on assiste à l’instauration d’une sorte de terreur douce, ou chacun soupçonne son voisin d’être un délateur au service de la Gestapo, même si comme le montre l’auteur ; il existait à Thalburg un seul personnage peu recommandable appartenant à cet instance redoutée.

L’atomisation du corps social et l’accaparement de tous les pouvoirs au niveau local démontre que c’est ce quadrillage politique de base qui fit du nazisme un mouvement politique totalitaire aussi puissant et aussi durable.

Ensuite, il faut bien le reconnaître, l’édile nazi qui devint maire de Thalburg même s’il était foncièrement un minable et un homme fait de sac et de corde a beaucoup fait pour le plein emploi dans sa ville, très rapidement, sans scrupules en reprenant des propositions de grands travaux émanant, avant la victoire des nazis, du SPD dont les efforts de redressement économiques. En outre, il fit beaucoup pour localiser à Thalburg de nouvelles activités militaires qui venaient grossir les capacités économique de la ville. Des travaux d’embellissement somptueux firent de Thalburg une petite cité sertie dans un écrin de verdure.

L’exemple de Thalburg est particulièrement instructif et inquiétant selon l’auteur, et je partage en tout point son analyse, car il montre que la montée en puissance d’un mouvement totalitaire comme le nazisme, auprès de gens normaux est une chose assez facile, et de poser la question : y aurait-il un jour un nouveau Thalburg avec une même configuration sociologique et une même conquête totalitaire du pouvoir, dans un futur proche ou éloigné : la montée en puissance des mouvements nationaux-populistes en Allemagne et en Autriche pose en 2016 cette question lancinante avec acuité.


Attila
Attila
par Marcel Brion
Edition : Poche
Prix : EUR 9,00

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5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage d'une remarquable qualité littéraire, 6 avril 2016
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Dans son ouvrage Attila Marcel Brion se livre à un formidable travail rédactionnel, c’est un prosateur d’un immense talent, qui n’est pas sans rappeler les biographies écrites par Jacques Benoist-Méchin (dont je rappelle au passage l’immonde passé de collaborateur avec l’Allemagne nazie). Les références historiques utilisées par Brion son assez anciennes et l’on pourrait dire qu’elles sont partiellement obsolète par rapport à l’état de la recherche historiographique : pour autant je balaye d’un revers de manche cette objection et j’estime que les passionnés peuvent s’autoriser sans restriction le plaisir coupable autant que jubilatoire de la lecture de la prose de Marcel Brion.

Brion part d’un terrible constat, le déclin de Rome : « Les grandes années de Rome étaient finies. La Nation qui avait fait trembler l’univers n’était plus qu’un amas de bureaucrate tatillons, d’eunuques intrigants de généraux sans caractère, d’aventuriers, d’évêques hérétiques ». Quel malheur qu’il n’y ait point un Brion pour traiter les dix dernières années de notre Vème république agonisante : on discerne néanmoins des points communs qui font que cette phrase est merveilleuse…. Toujours est-il que Rome était menacée chaque jour un peu plus par un terrible barbare Radagaise qui avait fait le serment de tuer 2 millions de romains et comme il était un homme de parole on s’attendait à un doublement de ce chiffre et les Romains désespérés avaient confié leur défense à des barbares, des Wisigoths avec leur roi Sarus mais aussi à des hommes qu’ils redoutaient par-dessus tous des Huns disposant d’une formidable cavalerie, Sarus et le roi hun Huldin sous la direction magistrale de Stilicon jouèrent un rôle déterminant dans la destruction des forces de Radagaise qui fut finalement décapité…Les Huns constituaient déjà une force considérable, on estime qu’en 374, partis depuis un temps indéterminé de l’Asie Centrale, après avoir échoué à surmonter l’obstacle de la Muraille de Chine, étaient arrivés dans la Volga qu’ils avaient franchi après quoi ils traversèrent le Dniestr et le Prut. Toujours est-il que Huldin eu les honneurs de la cour de l’empereur Honorius et que parmi les grands personnages de l’empire il distingua un groupe de jeunes gens qui étaient des otages, dont les mouvements se limitaient au palais, mais qui recevait une éducation de la part de précepteurs qui enseignaient le latin et les mœurs romaines : parmi eux figurait un personnage singulier le fils du roi des Huns Mundzuk, Attila. Cette pratique des échanges d’otages étaient courante pour la diplomatie romaine : au hasard des trocs politiques Roua le roi des Huns envoya comme otage Attila à la cour d’Honorius et reçu en échange un jeune noble originaire de Pannonie Aetius. L’alliance des Huns et des Romains était par nature une situation louche et précaire. Il est vrai que Rome déjà scindé en deux devait équilibrer ses ennemis par des alliances et maintenir assez d’opposition entre ceux-ci pour les empêcher de s’unir contre Rome. Toutefois, cette politique habile et intrigante possédait des limites : l’empire d’Orient (Constantinople) surveillait attentivement les mouvements des Huns et décida de conclure une alliance avec Roua, avec une solde annuelle payée en or et des arrangements territoriaux qui abandonnait la rive septentrionale du Danube : en contrepartie une armée hunnique partie pour Constantinople et une seconde commandée par Huldin fut envoyée en Italie, ainsi divisés les Huns cessaient être inquiétants pour l’Empire Romain et c’est cette action qui conduisit Roua à envoyer Attila à la cour d’Honorius.

Attila naquit vers 395 dans un des chariots de la Horde qui campait à cette époque dans la plaine danubienne, le nom Attila pourrait être dérivé de celui de la Volga qui était « petit père », mais que le nom pourrait aussi avoir comme étymologie le mot fer. Sur la mode des vies parallèles Brion indique qu’à la même époque naissait à Durostrorum en Silestrie une province panonnienne soumise aux Romains dans la famille du maître de la milice provinciale, un fils qui fut nommé Aetius. Les deux hommes qui allaient s’affronter dans la terrible bataille des champs catalauniques naquirent à la même époque, furent amis dans leur jeunesse, le premier allait devenir le cavalier asiatique chef des hordes prêtent à submerger l’Europe, tandis que le second fut qualifié par Stilicon « de dernier des Romains », général et sénateur romain qui allait être la clef de voute de l’empire, le bouclier de l’occident contre l’invasion orientale.

Attila fut envoyé en otage auprès de l’Empire Romain après la mort de son père par ses oncles qui voyaient en lui un possible rival et pensaient que la cour romaine aurait des effets émollients sur le jeune homme et qu’il reviendrait docile et dépourvu d’ambition. Il faut dire que depuis Balamir qui avait conduit les Huns en Europe, la politiques des chefs Huns avait toujours manquée de cohérence : ils se contentaient de petits succès obtenus sans peine tant le nom des Huns suscitait l’épouvante sur les peuples de l’Orient et de l’Occident. Bien sûr ils convoitaient la richesse de Rome et de Constantinople, mais ils n’avaient gardé aucune relation avec les Huns d’Asie qui de leur côté continuaient à tenter de s’infiltrer dans l’Empire chinois.

Lors de son séjour à Rome Brion décrit Attila comme une personne d’apparence frustre, mais doté d’une formidable capacité d’observation de la vie publique : il s’agit donc d’un homme intelligent à mille lieux des images d’Epinal en faisant un barbare (bien qu’il sut ultérieurement tirer le meilleur parti de cette réputation…). Attila fut rapidement au fait de toutes les faiblesses de l’Empire militaires et financières et voua un suprême mépris aux chefs huns qui louaient leurs services à l’empire. Selon Marcel Brion Attila envisageait déjà un vaste programme de conquêtes militaires qui ne permettait plus à un seul Hun de service de supplétif dans l’armée romaine : toutes les forces hunniques reviendraient à la nation et après avoir refait l’unité de son peuple il écraserait Rome et Byzance, puis prendrait la Perse et l’Inde pour finir par un triomphe dans l’Empire du Milieu.

Son adversaire principal, Aetius était un homme à la carrière surprenante, s’était un homme que Rome adulait tantôt, pour mieux le bannir comblé d’honneur et pourtant c’est un homme qui dans les moments de grands périls ne connaissait qu’un maître l’Empire. Son père était un Germain de Pannonie, maître de la milice et comte d’Afrique selon Brion qui fut tué en Gaule lors d’une révolte de soldats, par sa mère il descendait d’une noble et riche famille Romaine : lorsque l’Empire chercha la neutralité d’Alaric il fut envoyé trois ans auprès du roi des Goths, et lorsque Rome chercha des alliés chez les Huns il fut envoyé à la capitale danubienne de ceux-ci, il se lia d’amitié avec Roua et il fit connaissance avec Attila. Son amitié avec Roua continua à jouer un rôle dans la diplomatie de Rome vis-à-vis des Huns. Afin de tenter de consolider l’Empire en voie de délitement, Aetius décida de soutenir Johannes l’Usurpateur, en qui il vit un maître capable de balayer les vils courtisans de Rome et de Constantinople. Dans cette aventure il obtint le soutien militaire de Roua, mais appris finalement la mort de l’Usurpateur battu par Aspar, avec pour nouvel empereur Valentinien III sous la tutelle de sa mère Placidie.

En 428-429 les Vandales passèrent en Afrique avec 500 000 guerriers pour une population totale de probablement 2 millions de sujets. Pendant ce temps Aetius était occupé à combattre les soulèvements de Wisigoths, mais pendant ce temps Bonifacius pris de remords ou mal récompensé s’étaient retourné contre les vandales et fortifiés dans la ville de Carthage et tentait de rassembler les forces romaines pour tenter de réparer l’acte criminel qui avait ouvert les portes de l’Afrique à Giseric : en réalité la fin fut désastreuse pour Rome qui perdait son empire africain fut pourtant accueillie avec joie par les ennemis d’Aetius et c’est Bonifacius qui fut plébiscité comme un héros pour avoir sauvé quelques villages sans valeur. Pendant que les honneurs du triomphe furent refusés à Aetius pour ses victoires sur les Wisigoths, Bonifacius fut fait patrice… Sans qu’il y ait nulle certitude, une rencontre fortuite entre Aetius et son escorte et celle du ministre félon eut lieu et Bonifacius fut tué sans que l’on connaisse les circonstances exactes de l‘incident. Bien sûr Placidie blâma Aetius qui faisait figure de coupable idéal et déplora la mort de Bonifacius en désignant son fils Sebastianus qu’elle nomma « protecteur de Rome ». Devant la tournure de la situation, Aetius fut contraint de fuir et se réfugie auprès du roi Hun Roua, ce dernier conscient de la valeur morale et militaire de Aetius lui proposa de marcher avec lui et de chasser tous les intrigants de la cour de Ravenne qui avait remplacé Rome. La rencontre avec le prétendu « protecteur de l’Empire » se termina rapidement par la fuite de ce dernier. Placidie effrayée décida de démettre le général incapable, et manifesta la satisfaction de l’Empire à Aetius.

La situation dont hérita le « dernier romain » était catastrophique, l’empire d’occident était entouré d’ennemis et ne pouvait apporter aucun secours à Constantinople : les Burgondes restaient menaçant, les Bretons proclamaient leur indépendance, les Suèves avaient toujours des intentions indéterminées pour le moins…et les Wisigoths continuaient à s’agiter, tandis qu’en Gaule une révolte des paysans devenait inquiétante, finalement dans le contentieux qui opposa Constantinople aux Huns, Aetius conseilla à l’empereur Théodose de négocier avec souplesse avec Roua dont il connaissait la nature conciliante. Malheureusement, les ambassadeurs impériaux apprirent la mort de Roua et furent mis en présence de son successeur Attila. Et les ambassadeurs découvrirent un personnage d’une toute autre envergure, à la voix dure et net dans laquelle transparaissait « l’orgueil et la certitude de vaincre ». Le nouveau souverain des Huns exigeait de l’empereur d’orient des conditions drastiques : Constantinople devait retirer son appui aux tribus danubiennes rebelles, les déserteurs huns présents sur le territoire de l’empire seraient extradés, de même que les prisonniers romains qui s’étaient évadés, ou à défaut paiement d’une somme de 8 pièces d’or pour chacun d’eux, enfin l’empereur s’engageait, par serment, à ne jamais prêter assistance aux ennemis des Huns, et pour aggraver les choses Attila portait unilatéralement à 700 livres d’or le tribut que Roua et Théodose II avaient fixé à 350.

L’empereur Théodose fut furieux des termes du nouveau traité et accabla de reproches les négociateurs, la nouvelle du regrettable nouveau traité parvint à Rome et inquiéta fort Aetius qui connaissait la force des Huns et le danger qu’ils représentaient pour l’Europe toute entière si un chef parvenait à fédérer toutes les tribus, et savait que cet homme pouvait être Attila. Les ambassadeurs avaient dû livrer sur le champ deux transfuges, deux officiers à la solde de Constantinople qu’Attila fit immédiatement crucifier…Après le départ des ambassadeurs Attila devait mettre un peu d’ordre dans ses affaires, la route vers le pouvoir était libre après le décès de Roua, son principal concurrent eut été Bleda, mais c’était un sot qui ne pensait qu’à boire et à chasser et ne pouvait point l’embarrasser. Aebarse régnait sur les Huns du Caucase, et Rome était empêtrée dans des guerres extérieures et les révoltes des Bagaudes, tandis que Constantinople était pour l’instant rendu inoffensive par le traité de Margus. Attila pouvait donc se concentrer sur la reconstitution de l’empire hunnique, ce qui en soit n’était pas une mince tâche et nécessitait un chef aussi impitoyable qu’habile… Ce qui était le cas, même si l’aspect impitoyable fut toujours exagéré pour la plus grande satisfaction d’Attila lui-même qui se félicitait des rumeurs sur son compte. Son objectif réel et concret était la conquête de l’Europe, puis avec les trésors de Rome et de Constantinople il pourrait alors se jeter sur la Perse l’Inde et la Chine, avec probablement comme l’écrit Marcel Brion la volonté de devenir le roi du monde entier des colonnes d’Hercules à la mer de Chine en passant par l’Afrique : un très vaste programme que beaucoup de conquérants militaires vont avoir en tête sous des formes modernisées jusqu’au XXème siècle.

A contrario bien sûr se trouvait la politique d’Aetius qui visait avant toute chose à contrarier la politique d’Attila en travaillant à diviser les Huns et en attisant la jalousie d’Aebarse. Aux termes de différentes intrigues et de conflit parfois sanglant (mais beaucoup moins que la légende noire le prétend) Attila parvient à ses fins ; certes la mort a priori accidentelle de son frère Bleda est présentée comme ayant été provoquée par Attila et Rome fait tout pour propager cette interprétation des faits. Attila avait négocié avec les chinois de manière à obtenir une paix lui permettant de concentrer les moyens de la nation hunnique contre l’occident. Un prétexte fallacieux (pillage de tombes) fut utilisé par Attila pour chercher querelle à l’empereur d’orient : Théodose manquait d’argent et fit appel à l’empereur de Rome, mais valentinien avait fort à fair et ne pouvait pas distraire ses cohortes, Giseric avait attaqué la Sicile en 437 et les quelques villes que Rome possédait encore sur le littoral africain étaient prises par les Vandales. Giseric était désormais conseillé par le lâche Sebastanius battu par Aetius et dirigeait la lutte contre les possessions romaines d’Afrique.

Toutefois la poussée hunnique engagée, les deux empereurs devaient être beaucoup plus vigilant, des querelles intestines opposant Attila à des adversaires qui s’opposaient à lui pour son non-respect de la tradition. Toutefois, si par son travail obstiné Attila avait réussi à recréer une nation hunnique et disposait d’une armée puissante il lui manquait les capacités de financement nécessaires à la vaste campagne militaire qu’il envisageait. La politique financière des rois huns antérieurs avait conduit à servir Rome et Constantinople et à recevoir des tributs et à défendre les intérêts de l’Empire, toutefois cet empire déliquescent commençait à devenir mauvais payeur et Attila pu exciper d’un paiement non versé pour envahir le territoire de l’Empire d’Occident en souhaitant effrayer Théodose pour obtenir plus d’argent. Marcel Brion insiste bien sur le fait qu’Attila n’aimait pas la guerre qui ne devait intervenir qu’après avoir épuisé les ruses de la diplomatie : Attila ne participait jamais aux combats et préférait agir personnellement lors de longues négociations. Pour Attila et contrairement à une légende tenace il fallait tuer peu et de manière utile pour terroriser un ennemi en donnant la publicité nécessaire à un massacrer ponctuel qui par la déformation des faits deviendrait une action systématique dans l’esprit des hommes. Le titre de fléau de dieu lui fut octroyé par un ermite gaulois dont l’histoire ne dit pas s’il avait puisé son inspiration dans la cervoise ou le vin : Attila en fut enchanté et estima que ce surnom faisait plus pour lui qu’une nouvelle armée de 100 000 hommes. Attila trouva l’empire d’orient capable de résister à minima, mais à partir du moment où il parvint aux Thermopyles après la destruction de 70 villes, l’empire d’Orient était disposer à avaler les couleuvres qu’Attila avait préparé sous forme d’un nouveau tribut annuel de 2000 pièces d’or : l’empereur Théodose II était entouré par un grand eunuque méprisable qui avait dû payer une fortune pour obtenir le titre envié de porte-épée, Chrysaphius. Mais cela n’est qu’une étape d’un long processus de déliquescence de l’Empire, et finalement c’est la perfidie et la faiblesse de l’Empire d’Orient lors de longues tractations diplomatiques avec la nation hunnique qui donna l’occasion à Attila d’estimer qu’il lui était possible d’écraser l’Empire Romain. Le 28 juillet 450, on estime que c’est la mort de l’empereur Théodose qui décida Attila à attaquer l’empire d’Orient et au mois de janvier 451 l’armée hunnique apparut sur le Rhin. Mais du côté de l’empire d’Occident, Attila possédait un redoutable adversaire en la personne d’Aetius qui mis toute son énergie en branle pour compléter les légions romaines avec des alliés sous contrôle, de ce point de vue les Wisigoths étaient particulièrement important pour la combinatoire militaire du général et sénateur Romain qui obtiendra ce résultat au terme de moult tractations diplomatiques. Il était plus que temps puisque les Huns galopaient désormais vers la champagne. Finalement le très opportuniste Mérovée décide de rejoindre les forces impériales à la tête des Francs saliens et seront rejoints par les Gépides : les Huns s’enfuient d’Orléans dont ils ont massacré la population, le dispositif est fortement alcoolisé et place Attila en difficulté face à l’arrivé d’Aetius. Les Huns quittent donc Orléans et son poursuivit : Attila est de plus en plus inquiet il sait qu’il n’est pas un grand général et qu’il est surtout un excellent diplomate et un politique qui ose tout mais il commence à douter de faire triompher une horde impressionnante mais désordonnée face à une armée romaine qui conserve encore sa suprématie en matière d’art de la guerre.

La rencontre militaire a donc lieu près de Chalons sur les fameux champs catalauniques : les soldats latins et Francs luttent sans merci contre des adversaires dont ils n’attendent aucune mansuétude : l’armement rudimentaire d’es Huns marque le pas lors du corps à corps, l’armée romaine et ses soccii avance en rang serrés et Attila n’a pas la capacité de disloquer cette puissante formation, sont échec est complet : le bilan en termes de pertes humaines est catastrophique on dénombre selon les sources 300 000 morts ; Attila croit un moment que Aetius a été tué au cours des combats : mais c’est une erreur, ou plutôt une confusion avec la mort du chef des Wisigoths. L’échec d’Attila est un échec diplomatique : il n’est pas parvenu à dissocier les ennemis théoriques de Rome de servir aux côtés d’Aetius mais aussi une défaite militaire considérable : en tant que réformateur militaire Attila est pleinement conscient d’avoir été incapable d’amener la horde de son peuple au niveau d’excellence des Romains : il ne désespère pourtant pas et espère toujours à 60 ans avoir le temps de mener à bien cette réforme décisive…Aetius ne s’attendait pas à grand-chose de la part de la cour de Ravenne, mais désormais on le suscpect d’avoir pactisé avec les Huns… Aetius dont on disait qu’il était le dernier Romain, sera finalement assassiné par l’Empereur pour lequel il a tant fait, tandis qu’Attila poursuivant toujours ses chimères d’empire hunnique et de réformes militaires trouvera la mort probablement empoisonné…

La note finale, est que définitivement les peuples quel qu’ils soient n’ont aucune gratitude pour les grands hommes, et ce qui valait dans l’antiquité est toujours vrai de nos jours : mais il y a de moins en moins de grands hommes.


Le Terrifiant secret: La «solution finale» et l'information étouffée
Le Terrifiant secret: La «solution finale» et l'information étouffée
par Walter Laqueur
Edition : Broché
Prix : EUR 18,80

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5.0 étoiles sur 5 Un maître ouvrage : une information abondante ne fut pas comprise; tous les gens savaient, 16 mars 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Terrifiant secret: La «solution finale» et l'information étouffée (Broché)
L'ouvrage célèbre de Walter Laqueur « le terrifiant secret : la solution finale et l'information étouffée » a été publié pour la première fois aux éditions Gallimard en 1981 avec une réédition en 2010. Cette recension traite de la seconde édition qui n'a pas évoluée selon les informations figurant dans l'introduction rédigée par l'auteur pour la dernière publication. Walter Laqueur indique que s'il était impossible de reprocher à de petites communautés juives isolées de ne pas avoir opposé plus de résistance aux bourreaux nazis, puisque des millions de prisonniers de guerre russes étaient mort sans résistance majeure' En revanche, la question selon Laqueur devient plus sévère lorsqu'il est question des gouvernants anglais et américain après les années 1941-1942 (cela rejoint les préoccupations énoncées dans le Livre noir des juifs de Pologne dont j'ai effectué la recension) quand les armées nazies étaient trop puissantes pour tenter d'empêcher les massacres de masse. En revanche, comme le note l'auteur en 1943-1944, les voies ferrées menant à Auschwitz et même certains centres de mise à mort auraient pu être bombardées : mais cela n'advint jamais. L'horrible vérité est selon Walter Laqueur que « pour les gouvernements alliés, le sort des juifs n'était qu'une note de bas de page, ennuyeuse et sans grande importance, à l'effort de guerre » : c'est sordide, mais le contenu très explicite du Livre noir des Juifs de Pologne de 1943 et le témoignage de Jan Karski témoignent du fait que l'essentiel, si ce n'est la totalité des crimes accomplis étaient connus des alliées. L'auteur cite le cas tragique, parmi bien d'autre, des juifs des îles de Rhodes et de Kos occupées par les allemands en méditerranée orientale et constate qu'en juillet 1944 alors même que le monde entier était informé des massacres, ces juifs auraient pu être facilement sauvés, car la déportation de ces populations s'effectua par voie maritime puis par train à destination d'Auschwitz : une petite canonnière britannique envoyée de Chypre aurait sans doute été en mesure de stopper l'horrible convoi, rien ne fut fait et les juifs de Rhodes furent parmi les derniers à périr dans les chambres à gaz' Dans son introduction émouvante mais sobre Laqueur indique que si « les historiens rechignent si notoirement à parler de Leçons de l'Histoire c'est parce qu'ils savent que chaque situation historique est essentiellement sui generis ».

Le 15 avril 1945, l'horrible secret prend officiellement fin, lorsque des unités d'un régiment antichar britannique entrent à Bergen-Belsen le commandant de cette unité le colonel Taylor laisse un épouvantable témoignage sur un camp de concentration rempli de véritables cadavres vivants : mais Bergen-Belsen n'est même pas un camp de concentration d'extermination, c'est une unité destinée à recevoir des prisonniers malades (Krankenlager) avec pour seul traitement la mort par maladie et inanition. Selon Laqueur le spectacle de Bergen-Belsen était incroyable dans la mesure où l'on disposait depuis trois ans d'informations sur l'existence de camps d'extermination destinés aux juifs et accessoirement aux Tsiganes : le paradoxe c'est qu'alors que les camps d'extermination n'étaient plus en fonctionnement depuis des mois' Ce qui a poussé Walter Laqueur à rédiger ce livre est de savoir quand les juifs et les non-juifs ont été pour la première fois informés de la « solution finale » et par quelles voies ses informations ont été transmises et quelle fut la réaction des personnes concernées. Le travail de Walter Laqueur montre que l'Allemagne ne fut pas un pays totalement clos et qu'en dépit du secret et des faux renseignements la solution finale a été un secret largement divulgué dès le début. L'auteur s'intéresse aussi au traitement cognitif de l'information et postule que pour la cognition « savoir » n'est pas toujours équivalent à « croire ». L'étude de l'ouvrage porte sur la période qui va de juin 1941 à la fin de l'année 1942. Laqueur estime que la conférence de Wannsee ne correspond pas avec le début des meurtres de masse de juifs et que dans les six mois précédant la conférence on peut estimer que plus de 500 000 juifs avaient déjà été exterminés par les Einsatzgruppen et que le premier centre d'extermination, Chelmo, avait commencer à fonctionner. La principale question pour Walter Laqueur est de savoir si les nouvelles étaient étouffées ou non et si on y croyait. L'auteur rejette les assertions constituant à dire que tout le monde aurait dû savoir ce qui se passerait lorsque le fascisme serait au pouvoir : mais ce point de vue n'est pas historique et que le nazisme était un phénomène sans précédent, qu'il n'est pas possible de comprendre seulement par analogie avec le fascisme mussolinien.

Un des freins à a ajouter foi aux déclarations aux informations relatives au génocide en Angleterre, aux Etats-Unis et aussi en Allemagne en raison de la propagande de la première guerre mondiale concernant les atrocités commises par les Allemands, notamment après la violation de la neutralité Belge en 1914, avec notamment des allégations sur l'utilisation des cadavres de soldats pour la production de savon et de glycérine : et ces nouvelles qui étaient pour le moins une déformation monstrueuse de la vérité ont été véhiculées par les meilleures plumes et publiées dans des journaux réputés très sérieux comme le Financial Times et le Daily Telegraph.

Pour Laqueur il est probable que certains lecteurs avaient encore en mémoire ces débordements lorsqu'en juin 1942 le Daily Telegraph fut le premier journal à annoncer que 700 000 juifs avaient été envoyés à la chambre à gaz. C'est pourquoi lorsqu'à la fin de 1941 et en 1942 on n'entendit à nouveau parler de massacres généralisés, de gaz toxiques et de savons fabriqués à partir des cadavres, la tendance générale fut de ne pas ajouter foi à ces bruits. Walter Laqueur considère que bien que l'on ait reproché aux Polonais, aux alliés Occidentaux, aux dirigeants soviétiques au Vatican et à la Croix Rouge d'avoir trahi les juifs : leur but suprême était de gagner la guerre contre Hitler, tous les autres éléments étaient secondaires et en 1942 gagner la guerre n'apparaissait pas comme une sinécure.

Les preuves réunies dans l'ouvrage de Laqueur indiquent que des informations sur la solution finale avaient été reçues dans toutes l'Europe en 1942, même si tous les détails n'étaient pas connus, il en résulte les éléments suivants : 1- le fait qu'Hitler avait expressément donné l'ordre de tuer tous les Juifs ne fut pas connus pendant longtemps : cette décision a été prise peu de temps après la décision d'envahir l'URSS. Dans sa déposition à Nurenberg, Victor Brack qui travaillait à la chancellerie du Reich déclara qu'en mars 1941, ce n'était un secret pour personne dans les hautes sphères du parti que les juifs allaient être exterminés (le journal de Joseph Goebbels contredit cette affirmation et montre que le ministre de la propagande qui était pourtant un proche de Hitler n'a été informé que plus tardivement). Les premières instructions allant dans le sens d'une « solution finale du problème juif » furent données dans une lettre de Goering du 31 juillet 1941 à Reinhard Heydrich et le fait qu'un ordre est été donné par Hitler lui-même ne fut pas connu avant la fin de l'année 1942. On a beaucoup glosé sur l'absence d'un ordre écrit et cela a donné lieu à toute une littérature révisionniste, futile car en fait Hitler donnait rarement des ordres écrits pour le programme d'euthanasie T4 visant les tsiganes et les handicapés et malade mentaux dont la vie ne méritait pas d'être vécu il n'y eu pas d'ordre écrit.

L'ordre de Hitler eut des conséquences pratiques et provoqua la mort de plusieurs millions de personnes et des informations commencèrent à filtrer. Les massacres terribles commis par les Einsatzgruppen en Galicie orientale, en Biélorussie, en Ukraine et dans les pays baltes furent connus presque immédiatement en Allemagne.

L'existence de Belzec et de Treblinka et surtout leur rôle furent connus dans les milieux juifs et non juifs de Varsovie deux semaines après que les chambres à gaz furent entrées en activité : cette nouvelle entraîna le suicide du chef du Judenrat de Varsovie et fut reçue par la presse juive à l'étranger peu de temps après (cf le Livre noir des Juifs de Pologne).

La problématique pour l'auteur est donc de savoir pourquoi tant de faits connus si rapidement par des juifs d'Europe de l'Est laissèrent-elles les gens dans une telle incrédulité ? Parmi toutes les communautés juives, seuls les Slovaques semblent avoir très vite compris quelques-uns des dangers. Les responsables juifs à l'étranger et le public en général (Royaume-Uni, Etats-Unis, Palestine) eurent beaucoup de difficultés à accepter les abondantes preuves de « la solution finale », pour Walter Laqueur c'est une défaillance des capacités intellectuelles qui a conduit à sous-estimer les capacités meurtrières du nazisme (même si après le déclenchement de Barbarossa, les crimes de guerre commis par les nazis dépassaient de loin le cadre de la seule extermination des Juifs') : ces informations furent contrées par « un optimisme déplacé » et par un très fort sentiment d'impuissance : il convient de dire qu'en cas de victoire de l'Afrika Korps sur les Britanniques, un Einsaztgruppe avait été pensé pour liquider le foyer juif de Palestine, mais cette mauvaise intention resta lettre morte du fait de la tournure des évènements militaires, et il en va de même de la volonté personnel d'Heinrich Himmler de déporter la totalité de la communauté sépharade de Tunisie (Cf Peter Longerich Himmler tome 2). La résistance polonaise joua un rôle crucial dans la transmission des nouvelles à l'Ouest et disposait d'un bon réseau de renseignements ainsi que de la possibilité de transmettre ces données à l'étranger par radios à ondes courtes : les éléments majeurs obtenus sur l'entreprise d'extermination nazie atteignirent les milieux juifs à l'étranger grâce à l'action de la résistance polonaise. A la fin de 1942, des millions d'allemands savaient que les juifs avaient disparu, mais très peu de gens s'intéressaient à eux et les discussions sur le sujet étaient fortement déconseillées : l'examen de la question fut écartée pendant toute la durée de la guerre'. Les pays neutres et les organisations internationales comme le Vatican et la Croix Rouge apprirent très tôt la vérité : le Saint-Père n'estima pas pouvoir faire quelque chose pour les juifs qui après tout n'étaient pas des catholiques : toute sa politique fut dominée par la crainte des conséquences que pourrait déclencher l'octroi d'une aide aux juifs et la position de la Croix Rouge internationale fut en gros similaire. Les pays neutres reçurent un volume considérable d'information mais tous les journaux suisses ne firent pas preuve de la même compassion vis-à-vis des israélites et en Suède il existait une consigne consistant à ne pas parler des atrocités' Sur le plan des grandes puissances politiques et militaires, ni les Etats-Unis, ni le Royaume-Uni et Staline non plus ne montrèrent un grand intérêt pour les Juifs (Staline créa néanmoins un Comité antifasciste Juifs : CAJ qui rédigea un livre noir sous la direction d'Ilia Ehrenbourg et de Vassili Grossman, mais à des fins de pure propagande, en outre les membres du CAS connurent un sort tragique dans l'immédiat après-guerre : l'ouvrage est néanmoins un document très intéressant pour les historiens).
A Londres et à Washington, les faits concernant la solution finale furent connus très tôt en particulier des chefs des services secrets et des secrétaires des ministères des affaires étrangères : on ne considéra pas que ces faits ne présentaient pas un grand intérêt !!!! En fait, les éléments connus par les anglo-saxons reposaient sur la conduite de la Marine de guerre Allemande, de la Luftwaffe et de l'Afrika Korps de Rommel : des éléments qui ne permettaient pas d'argumenter en faveur de la conduite d'opérations d'extermination : la nature intrinsèquement perverse su nazisme dépassait les facultés de compréhension de ceux qui obtinrent des informations.

La conclusion de Walter Laqueur est que Mein Kampf et les discours menaçant de Hitler étaient des éléments insuffisants a priori pour démontrer l'existence d'une volonté génocidaire des nazis à l'encontre des juifs et la terminologie bureaucratique « solution de la question juive » pouvait conduire à une relégation forcée dans des ghettos, et ce n'est qu'après le déclenchement de l'opération Barbarossa « qu'il y eut des raisons de penser qu'une grande partie de la communauté juive ne survivrait pas à la guerre ». Si l'information ne manqua pas les capacités à comprendre cette dernière dans son intégralité furent largement défaillantes, y compris au niveau des victimes même, et il y eu une latence considérable entre la prise de connaissance des informations et la prise de conscience (la compréhension) de la signification de « la solution finale de la question juive » accomplie par les hordes hitlériennes.


Le Livre noir des Juifs de Pologne
Le Livre noir des Juifs de Pologne
par Jacob Apenszlak
Edition : Broché
Prix : EUR 25,90

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un document historique d'une très grande valeur documentaire, 15 mars 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Livre noir des Juifs de Pologne (Broché)
« Le livre noir des juifs de Pologne » rédigé sous la direction de Jacob Apenszlak et publié pour la première fois en 1943 est réédité en France en 2013 par Calmann-Lévy avec le soutien du Mémorial de la Shoah. C'est un document de premier plan pour un historien de la seconde guerre mondiale et un document très fort pour un amateur éclairé. Pendant très longtemps il a été présumé que le secret entourant l'extermination des juifs à l'Est avait été entouré du plus grande secret et que les dirigeants des pays luttant comme l'Allemagne nazie l'on appris a posteriori lors de la libération des camps par les soviétiques et les Américains : toutefois la notion de secret des exterminations, si elle existait bien avec des messages codés par le système Enigma avait fait l'objet d'un décodage très précoce par le Royaume-Uni et la France à partir de données fournies par la Pologne : donc en vérité le secret étaient bien éventé, mais il semble évident que les puissances belligérantes ne pouvaient pas distraire leur moyens militaires déjà engagés dans une lutte à mort avec le nazisme pour venir en aide aux juifs : les propositions faites a posteriori de bombardement des camps d'extermination paraissent bien incertain compte tenu de la nature même du régime hitlérien.

Ce que l'on peut dire c'est qu'entre 1939 et 1942 il existait tout de même un grand nombre de sources ouvertes : journaux allemands, presse anglo-saxonne, presse sioniste en Palestine et aux Etats-Unis, presse des pays neutres, qui publiaient des éléments ne laissant aucun doute raisonnable sur la barbarie des hordes hitlériennes à l'encontre des juifs, des polonais et des Slaves en général. Traditionnellement au sein des services de renseignements du type 2ème bureau il existe toujours des cellules de veille qui sont chargées de faire une exploitation des sources ouvertes en pondérant les informations recueillies : de mon point de vue il est hautement improbable que rien de conclusif n'ai été compilé, surtout avec le décodage par Ultra des messages adressés à l'Ordnung Polizei.

Le livre noir de 1943 est une œuvre collective de responsables politiques, d'intellectuels juifs polonais exilés à New York et à Londres. Le livre noir a été publié en octobre 1943 à un moment ou l'Aktion Reinhard touchait à sa fin, le camp de Treblinka finissait d'être démantelé et celui de Sobibor connaissait une révolte qui allait précipiter sa fermeture. On estime qu'à ce moment plus de 85% des victimes de la shoah avaient été exterminés. L'organisateur de cette publication était Jacob Apenszlak, publiciste, journaliste traducteur et militant sionsites, qui vivait à Varsovie avant la guerre et se réfugia à New York en 1940.

Le texte dont je vous propose une recension est essentiellement le chapitre VIII « L'extermination » qui par son contenu et sa déduction de la rationalité hitlérienne reste d'une actualité surprenante et inquiétante. Le texte indique que la ségrégation des juifs par l'enfermement dans des ghettos et la réduction progressive de leurs capacités physiques par la sous-alimentation, l'épuisement de leur force vitale et l'affaiblissement de leur système nerveux par l'humiliation et la terreur ne constituaient pas « la solution finale du problème juif ». Le ghetto n'était pas encore « la voie sans issue » dans laquelle était reléguée la question juive, bien que au cours des premiers mois de 1941 on avait pu penser que d'après certaines déclarations nazies l'existence des juifs de Pologne allait se stabiliser « dans le tréfonds de la misère humaine des ghettos ». Mais cette séparation physique des juifs des « aryens » et des polonais s'est modifié dès le printemps 1941 avec des actes de terreur commis contre les juifs. La terreur et la liquidation relativement lente allait céder la place à une extermination rapide et radicale : la propagande de Joseph Goebbels commença à resserrer l'étau de l'antisémitisme et dans ses discours comme dans ceux d'Hitler et de Rosenberg la prétendue responsabilité des juifs dans la guerre fut signifiée plus clairement. Alfred Rosenberg, l'immonde idéologue anti-chrétien du IIIème Reich et antisémite spasmodique présenta un programme détaillé sur l'évacuation totale des juifs du Reich et de l'Europe, plaçant la question juive au premier plan des problèmes politiques européens. Rosenberg se lança dans une logorrhée mélangeant les théories du complot juif mondial et la prétendue influence juive sur la politique de l'Angleterre et des Etats-Unis. Les discours de Goebbels et les interventions d'Hitler visaient à raviver le vieil antisémitisme protestant présentant les juifs comme une puissance internationale dangereuse tirant les ficelles du monde démocratique : ce qui devient dans l'esprit des nazis « les ploutocrates anglo-saxons enjuivés », avec la mise en accusation d'une nouvelle puissance antiallemande en la personne de l'Etat judéo-bolchevique de l'URSS'Pour l'auteur de ce texte, l'accent mis subitement sur les éléments antijuifs dans la propagande allemande montrait que la stratégie d'Hitler concevait l'évocation de la question juive comme un atout entre ces mains, d'abord dans le cadre d'une offensive diplomatique du printemps 1941 qui avait pour objectif de rallier à la croisade antibolchevique du IIIème Reich l'Angleterre. Puisque les juifs possédaient dans le modèle cognitif hitlérien un rôle majeur via les milieux financiers juifs de la City de Londres, la menace d'un sort terrible pour leurs frères d'Europe de l'Est devait inciter les juifs britanniques à faire pression sur l'opinion publique anglaise et sur le gouvernement de Winston Churchill. Il s'agissait de créer une ambiance propice à la « mission » de Rudolf Hess en Angleterre. Mais cette mission se solda par un échec grotesque et alors le monde juif libre fut associé aux nations unies (les alliés) contre les nazis.

Le 22 juin 1941, les hordes allemandes attaquèrent l'URSS et dès lors les deux spectres voués aux gémonies par Hitler les juifs et les bolcheviques étaient désormais associés par un formidable effort de propagande : il fallait préparer un chantage à l'égard du monde libre, par la menace de faire subir aux juifs toutes sortes de persécutions' Le 16 novembre 1941, dans le journal Das Reich Joseph Goebbels argumenta sur le fait que les juifs souhaitaient entraîner les Etats-Unis dans une guerre contre l'Allemagne ; le ministre de la propagande présenta à ses lecteurs un portait du juif fauteur de guerre « qui sous le nom de Baruch, Morgenthau ou Untermeyer se tient derrière M. Roosevelt afin de l'inciter à faire la guerre »' Le constat est relativement simple : dès le déclenchement de la guerre germano-soviétique les Allemands entreprirent l'extermination de la population juive de Pologne.

L'auteur note que le comportement du gouvernement Polonais en exil à Londres fut exemplaire et que tous les groupes polonais de la résistance ont condamné les monstrueux crimes des nazis.

Ce texte est très intéressant sur le plan historique puisqu'il montre qu'il existait bien une perception d'une stratégie hitlérienne dans la gestion des juifs et comme le suppose de nombreuses études historiques modernes Hitler avait bien l'intention d'utiliser les juifs comme moyen de pression sur les démocraties anglo-saxonne : l'échec de cette stratégie est datée de 1941 avec un commencement d'exécution massif des juifs polonais : sur le plan de la datation de la décision de procédé à l'extermination des juifs d'Europe on retrouve un laps de temps décisionnel qui est exactement celui retenu par l'historiographie moderne, plus ou moins quelques incertitudes sur la datation précise de la décision de tuer en masse les juifs. On peut par ailleurs renvoyer le lecteur au livre classique de Walter Laqueur sur la diffusion et la compréhension de l'information relative à la Shoah : "le terrible secret" dont j'ai effectué une recension.


The Mirror [Blu-ray]
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DVD ~ Karen Gillan
Prix : EUR 10,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un film d'angoisse parfaitement maîtrisé : un très bon moment en perspective, 14 mars 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Mirror [Blu-ray] (Blu-ray)
Je me permet d'écrire cette revue parce que le film (Oculus pour la sortie américaine) fait l'objet sur ce site d'une évidence malveillance dans l'évaluation. Tout d'abord, j'ai regardé ce film à plus de 5 reprises sur un support Blu Ray et je peux attester de sa grande qualité technique ; avec comme toujours un léger plus pour la VO, mais à peine sur ce titre.

Ceux qui veulent à tout prix mesurer la qualité d'un film de genre à l'aune des pitoyables tortureporn n'ont qu'à se vautrer dans cette fange cinématographique : personnellement les deux films que je préfère dans cette mouvance décérébrée est "I spit on your graves" et "la dernière maison sur la gauche" : je considère que c'est une bonne chose pour se vider la tête, mais cela ne peut pas être la majorité des films de genre.

"Mirror" est un film d'angoisse remarquablement construit, qui fait intervenir un jeune garçon qui a été placé en institution psychiatrique pour le meurtre de son père : mais il s'agissait d'un cas de légitime défense avec une mise sous tutelle médicale dans un bon environnement. Le jour de sa majorité légal son médecin traitant propose une sortie du patient avec l'accord de toutes les personnes concernés.

Ce garçon tout à fait normal va rapidement retrouver sa sœur qui n'a pas été placée en institution psychiatrique, et a connu plusieurs familles d’accueil. La jeune femme reste obsédée par l'aspect surnaturel qu'elle attribue à un miroir maudit qui aurait jadis été un élément du mobilier de la résidence royale britannique de Balmoral. La jeune femme a constitué un dossier historique très documenté sur le miroir (miroir Lasserre) et sur le sort tragique de tous ceux qui en ont été les propriétaires.

La jeune femme qui travaille dans une galerie d'art parvient à remettre la main sur le miroir avec l'aide de son époux et décide de le réinstaller dans l'ancienne maison de ses parents pour s'y livrer à des expériences avec mesure de température, surveillance vidéo, et plante et chien servant de cobaye...sans compter un ingénieux dispositif qui en l'absence d'une remise à zéro manuel est conçu pour détruire le miroir.
Elle parvient a faire venir son frère pour l'accomplissement de l'expérience : en fait il y aura de nombreux flash back sur la période de leur enfance avec les éléments surnaturels ou présumés comme tels et la situation actuelle dans une grande maison vide et angoissante.

Le ressort du film consiste à maintenir le plus longtemps possible une incertitude sur l'aspect surnaturel et une explication plus prosaïque : psychose, folie à deux..etc.

Au cours de la progression du film ce sera au spectateur de décoder les événements : la tension est constante et le suspense est quasiment maintenu jusqu'à 15-20 minutes de la fin. Un spectacle de qualité réglé au mini-mètre avec d'excellents acteurs... A voir et à revoir pour décortiquer la complexité des informations distillées tout au long du récit.


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