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Contenu rédigé par ZazPanzer
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ZazPanzer

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WASP The Idol 1992 UK shaped picture disc RPD6314
WASP The Idol 1992 UK shaped picture disc RPD6314

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Something just to ease away the pain..., 23 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : WASP The Idol 1992 UK shaped picture disc RPD6314 (Album vinyle)
Les yeux lourds, l’esprit embrumé, trompant son impatience maladive en bouquinant furieusement, il attend.

Tel un adolescent amouraché tournant en rond avant son rencard, il savoure pourtant ce supplice car il sait la récompense à ces longues heures de veille…

Il sait, oui, que certaines œuvres sont habitées ; il sait que les ombres de leurs âmes ne se risquent à l’extérieur des jewelcases que lorsque le Silence a repris ses droits dans les maisons trop pleines de vie.

Il sait que lorsque seules ne seront encore ouvertes que la bouteille et les paupières du chat, certaines portes coulisseront, lui laissant enfin, de nouveau, entrevoir cette autre réalité à laquelle il est devenu accro depuis bien trop longtemps.

Alors il attend… La Nuit.

La Nuit noire, profonde…

Ô comme il fait bon rentrer progressivement dans ce refuge hors du Temps, là où change la perception de ce monde absurde et nauséabond. Ô comme il fait bon s’y perdre, s’y fondre, s’y oublier. Ne devenir que Musique… Se passer en boucle «The Crimson Idol» et de temps à autre dépoussiérer quelques singles, en l’occurrence ce shaped-picture-disc de «The Idol» immatriculé Parlophone ‎– RPD 6314…

De l’autre côté du miroir, dans sa tombe de vinyle, Jonathan attend, lui aussi…

Il l’attend, lui bien sûr, mais également tous les autres… Tous ceux qui, jour après jour, heure après heure, partout dans le monde, en posant ce disque sur une platine, sectionnent le nœud d’acier fatal fait des cordes de sa guitare... Jonathan attend tous ceux qui, quotidiennement, le ramènent égoïstement à sa vie de souffrance afin de panser leurs propres blessures…

Et nous voilà donc une nuit encore transportés dans la villa de rockstar où défoncé, entouré de bombasses et de vautours, Jonathan revit imperturbablement l’immortelle engueulade d’Alex Rodman, the best manager money can buy… «Groundhog Day» oblige, tout le monde se souviendra d’Alex mettant fin à la fiesta en jetant à la rue les dealers et les pique-assiettes, intimant à Jonathan de retourner en studio… Et puis, le silence, soudain. Le cœur prêt à imploser.… Seul dans son immense propriété, Jonathan trouve finalement le courage de passer le coup de fil qui aurait pu le sauver mais qui va le condamner ; sa mère lui décochant en lieu et place de retrouvailles rédemptrices un glacial "We have no son"…

Et le voyage (re)commence ; une force émotionnelle infinie se répandant encore et toujours en vagues successives dans notre corps en manque… Du chant habité de Blackie au solo solennel et enivrant d’un Bob Kulick stupéfiant, en passant par les arpèges d’ouverture désespérés qui réussissent le tour de force de nous briser le cœur à chaque écoute depuis plus de vingt ans, tout nous transporte loin, ailleurs, dans un endroit qui n’appartient qu’à nous et qu’évoquent d’ailleurs les inoubliables lyrics «Kiss away the pain and leave me lonely / being Crazy in paradise is easy». Complainte exutoire à nos souffrances personnelles conférant au mystique grâce aux parties instrumentales incroyablement poignantes du mighty Bob Kulick et aux roulements de toms du tueur Stet Howland inspiré par la folie du Grand Keith Moon, «The Idol» est une aventure spirituelle addictive dont on ne revient pas et dans laquelle Lawless touche finalement au divin en versant dans le dédoublement de personnalité, ne faisant plus qu’un avec ce qui devait à la base ne rester qu’un personnage fictif…

“Jonathan is not me, but I became him over the course of making the record and was miserable for about a year” confiait en effet Blackie à “RIP Magazine” en Novembre 1993. Peut-être faut-il avoir conscience de ce fait, qui transpire d’ailleurs de chaque pore de la Musique, pour tenter d’analyser la force indescriptible engendrée par l’alchimie de ces mots et notes sur lesquels Lawless travailla deux ans et demi durant (Septembre 1989 – Février 1992). Alors que «The Crimson Idol» devait initialement développer une trame fictive, il devint au cours de sa création, à l’instar d’un «Streets – A Rock Opera» ou en littérature d’un «On the Road» ou d’un «A Fan’s Notes», une autobiographie destructrice et bien réelle qui conduisit d’ailleurs un Blackie déprimé à annoncer la fin de l’entité WASP à Vanessa Warwick (Headbangers Ball) quelques mois après la sortie du disque... Comme les trois grands hommes précités, à savoir Jon Oliva, Jack Kerouac et Fred Exley, auxquels l’on pourrait entre autres ajouter Fish et son «Clutching At Straws», Blackie ne se remit jamais véritablement de ce Voyage au bout de la Nuit.

Contrairement à Jon dont le parcours fut parallèle mais qui trouva, lui, le courage de partir au sommet, Blackie, artistiquement brisé, recherchant désespérément l’inspiration envolée, revint hélas sur sa décision de sortir ses futurs disques sous son patronyme personnel pour au final offrir à ses fans le triste spectacle d’un homme diminué. Tâtonnant les murs tel un aveugle privé de sa canne, plagiant pathétiquement et peut-être inconsciemment ses propres compositions, Blackie vit désormais ironiquement dans l’ombre du personnage qu’il amena pourtant lui-même glorieusement à la vie, l’immortel Jonathan Aaron Steel.

En retournant délicatement ce picture-disc pour se délecter de la B-side qui comme son nom l’indique est un éloge funèbre, il arrive donc que l’on s’interroge… Est-ce bien en la mémoire de Jonathan que l’on se recueille ? Ou pense-t-on avec peine au véritable Blackie qui, avouons-le nous même si c’est dur, périt en offrant son âme à sa créature… ?

Mise en son sépulcrale de la vie de Jonathan, «The Eulogy» reprend sous la forme d’un medley emphatique et solennel les thèmes musicaux développés sur «The Crimson Idol». Piste dispensable mais paradoxalement émouvante que l’on imagine évidemment sortant des enceintes du funérarium le jour des adieux à Jonathan, «The Eulogy» nous plonge sans mal dans un état étrange de tristesse réjouie qu’il est compliqué de décrire. "La mélancolie, c'est le bonheur d'être triste" affirmait Victor Hugo, et il avait tellement raison... Alors laissons le diamant descendre sur le vinyle pour nous faire revivre en fast-forward la vie de cet ami intime, épopée introspective à la gloire du Rock ’N’ Roll…

Les yeux mouillés, l’esprit repus, il finit son verre et se ressert.

Il porte un toast muet à Steven Edward Duren aka Blackie Lawless, l’homme qui quitta sa condition de mortel pour se hisser au niveau des Dieux en offrant tel Prométhée, ou peut-être Gepetto, la Vie, sa vie, à un pantin. Il essaie d’imaginer le travail accompli depuis la première démo de «Titanic Overture» dont les prémices remontent à l’époque «Sister» (1976-1978), groupe dans lequel officiait outre Blackie les légendaires Nikki Sixx et Lizzie Grey et songe tout à coup à cette phrase terrible d’Exley : «j’avais compris sans le vouloir, que contrairement à mon père, dont le destin avait été de vivre porté par les clameurs, le mien était de rester cantonné dans les gradins avec la foule et d’acclamer les autres. C’était mon sort, mon destin, ma fin que d’être supporter»…

Et il comprend alors lui aussi pourquoi il aime à s’inventer toutes ces histoires ; pourquoi Jonathan continue à vivre en lui et en chacun des fous suffisamment abimés par la vie pour avoir fait de la Musique ou de la Littérature autre chose qu’un simple passe-temps… Prisonnier de leurs yeux, nuits dans lesquelles se rallume éternellement la flamme, Jonathan les accompagne dans l’errance absurde qu’ils appellent leurs vies… Il cherche avec eux dans les œuvres sacrées des réponses qui ne viendront jamais mais dont ils compensent l’absence en traçant avec les étoiles d’infimes parallèles à leurs vies misérables et sans intérêt…

Le soleil se lève, déjà… Il est l’heure pour Jonathan de réintégrer son cercueil diurne. Lui, fatigué mais heureux d’avoir fleuri sa tombe, quitte pour quelques heures de repos ce lieu de culte que constitue la Nuit. Il pense déjà à la prochaine.

Repose en paix… jusqu’à ce soir, frangin.

- “And if I scream, could anybody hear me ?”


J'évite le soleil
J'évite le soleil
Proposé par correspondance
Prix : EUR 35,00

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Allo, qui va là j’te prie ?, 4 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : J'évite le soleil (CD)
Qui se souvient encore des programmes de Skyrock avant que l’ex-Radio Libre se lance aux alentours de 1997, avec le succès qu’on connaît, dans la diffusion continue de titres pseudo-Rap destinée à faire rentrer au bercail les brebis décervelées égarées sur Fun Radio ? Au début des 90’s, je vous le promets, Skyrock ne s’était pas encore donnée pour mission l’extermination totale des boutons d’acné de ses auditeurs à coups fatals de bass-boosters ou l’éradication de toute forme d’intelligence humaine sur ses ondes. Pour la faire courte et facile, il y avait en 1994 encore Rock dans Skyrock.

C’est à cette époque que j’ai rencontré Daran. En comatant dans mon lit pour être plus précis, ensorcelé par le timbre grave, les propos racoleurs, démagogiques, scandaleux et ultra-pertinents de l’animateur Maurice, qui prenait la France à la gorge et nos nuits en otage. Désormais diffusé sur une radio nationale, le transfuge de Ouï FM ne se compromettait pourtant pas dans le politiquement correct, et c’était évidemment ce que la direction attendait de son recrutement : qu’il prenne pied au plancher les sens interdits, en grillant si possible quelques feux rouges au passage. En d’autres termes plus modernes, le job de Maurice consistait à faire le buzz; rien de nouveau sous le soleil dans le microcosme radiophonique, mis à part qu’aux antipodes de nombre de ses confrères de sinistre mémoire, Maurice faisait ça avec une classe et un charisme impressionnants… La liberté totale qui lui était accordée, ou plutôt qu’il s’octroyait, incluait notamment la programmation musicale de ses disques persos en lieu et place des bouses formatées ado sous contrat avec Skyrock. Paul Personne faisait partie de ses kiffs du moment. Daran aussi…

Et c’est ainsi que «Le Train Bleu» a déraillé pour venir s’écraser aux portes de mon insomnie, déclenchant immédiatement le réflexe nocturne propre aux jeunes de ma génération dès lors qu’ils entendaient à la radio quelques notes d’un titre susceptible de les faire vibrer : dégagement de la couette d’un grand coup de latte, double-salto, triple-axel, glissade et contrôle pour atterrir devant la chaîne, et, enfin, lancement de la sacro-sainte TDK D-90 toujours prête à démarrer, bloquée en Rec/Pause dans la platine B. L’étape de rigueur avant le passage chez le disquaire.

La guitare à fleur de peau, le refus des conventions, le fatalisme exacerbé, la nostalgie à cœur ouvert, le désespoir contagieux… Il arrive parfois qu’on ait l’impression de connaître intimement quelqu’un sans pourtant lui avoir jamais adressé la parole… Les mots justes ne trompent jamais. Ce mec-là me ressemblait énormément, j’en étais certain. A un moment où je traversais pourtant une phase hyper-sectaire, n’ouvrant rarement mes chakras à autre chose qu’au Heavy Metal britannique et au Thrash californien, «J’Évite Le Soleil» a été un gros coup de cœur. C’était il y a vingt ans, je l’aime toujours autant.

L’album n’est pourtant pas particulièrement ambitieux. Pochette pourrie, enregistrement bricolé sur un huit-pistes à la maison avec les copains puis mixé dans le fin fond du Val de Marne sous la direction d’Antoine Essertier, guitariste de Renaud Hantson… Tout ça sent les petits moyens, le début de l’aventure… Pourtant Daran du haut de ses 33 ans était loin d’être un perdreau de l’année (sortie de quelques 45 T dès 1985, écriture de morceaux pour Julie Pietri [sic] en 1989), et c’est justement ce contraste, quelque part entre jeunesse et maturité, qui donne à ce disque d’ado naïf mais déjà désabusé une fraîcheur éternelle.

Il vous suffira, si vous avez la chance de trouver à un prix décent ce petit bijou désormais épuisé et non réédité, d’appuyer sur Play pour être envouté en quelques mesures dès le riff entêtant de l’opener se voulant un hommage à l’ex-pompiste australien Johnny Diesel mais plus largement un hymne à la vraie Liberté, celle qui se rie des protocoles, de la pensée unique, de la stabilité et de toutes ces règles qui empoisonnent en permanence nos existences. Ce thème revient d’ailleurs comme un leitmotiv tout au long de l’opus, notamment sur le jouissif down-tempo acoustique «Y’a Des Chaises Pour S’asseoir» ou le terrible Classic Rock «Strict Nécessaire».

«Ne me demande pas toujours où je vais, je ne sais pas moi-même où la route m’emmène»; «Moi je voyage avec mon cuir et mon vieux Jean’s, ça devrait bien suffire pour séduire la voisine», le genre de lyrics qui me cause encore malgré mon âge avancé mais dont on peut, j’imagine, également se lasser. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles, malgré un succès allant grandissant, Daran est subitement, après un excellent second album avec les Chaises, passé à autre chose, abandonnant le Rock Bluesy pour retourner vers la Variété et d’autres thèmes plus graves… Le mec a dû devenir adulte, dommage. Parions que les nostalgiques des Chaises soient quant à eux encore bloqués dans les 90s, pour toujours ados attardés dans l’âme, ayant soif de rêves et de rébellion, si utopique et cliché soit-elle… Pas étonnant donc que ces Peter Pan apprécient comme il se doit le «Train Bleu», titre magique de nostalgie qui nous renvoie forcément à nos propres souvenirs d’enfance et notre éducation; ou qu’ils frissonnent à chaque écoute du minimaliste «Tous Ces gens Qui S’Aiment», véritable tour de force qui parvient à nous emmener très loin avec une voix, mon Dieu quelle voix, quelques malheureuses notes et un texte désespéré et transperçant. Combien de temps dure véritablement une histoire d’amour ?

Même si Daran signe lui-même les dix perles de ce premier opus des Chaises, on n’oubliera pas de saluer pour autant le boulot admirable abattu par sa parolière et compagne Alana Filippi, ainsi que le talent de ses zicos, des pointures de la scène Rock/Variété parisienne : Éric Sauviat (ex-Niagara période «Religion») aux guitares, Roberto Briot (Johnny Halliday, Bernard Lavilliers, Alain Bashung, Axel Bauer) à la 4-cordes, et Jean-Michel Groix à la batterie (ex-Michel Sardou !! - je vous ai entendu ricaner…)

Naviguant entre Rock, Blues et Variété, témoignage touchant d’une période sur laquelle son créateur a désormais fait un trait, glorieusement associé aux fantastiques 90s et dans mon cœur au controversé agitateur des ondes Maurice chez qui Daran était d’ailleurs venu jouer un soir, «J’Évite Le Soleil» est un opus éclectique encore frais et presque innocent qu’il fait bon écouter la nuit en pensant à la vie et au temps qui passe en nous éteignant chaque jour un peu plus.

Salut les parigots, salut les campagnards !


The Grand Illusion
The Grand Illusion
Prix : EUR 8,99

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Songe d’une nuit d’été…, 26 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Grand Illusion (Téléchargement MP3)
Il est tard, je trace la route.

Je double des camions. J'allume une cigarette. Je monte le son de l'autoradio...

Mais cet album de Kiss censé me maintenir éveillé n'a plus de secrets à me révéler : entre nous deux, ce soir, c'est la routine. Je l'écoute sans l'écouter. Et mes pensées se perdent le long des ombres dessinées sur la route par les phares des quelques voitures que je croise... C'est dans ces moments hors du temps que les questions existentielles m'assaillent, et, en passant à côté d’une camionnette blanche devant laquelle j'ai le temps d'apercevoir une junkie peinturlurée au regard vide, j’ai un flash et je m'interroge...

Reste-t-il encore quelques fans de Styx sur cette planète ?

Même si elle ne devient véritablement sérieuse qu’en 1972, l’aventure du combo débute dès 1961, lorsque les jumeaux Panozzo, alors âgés de 13 ans, s’acoquinent avec leur voisin Dennis DeYoung, 14 ans, pour former un «vrai groupe de Rock». Les frangins, qui pratiquent leurs instruments depuis l’âge de 7 ans, jouissent alors d’une solide réputation dans le circuit des mariages / birthday-parties de Chicago-Sud, mais le temps est désormais venu de laisser tomber les reprises de Frank Sinatra pour passer la vitesse supérieure… Chuck tient la guitare et John martèle les fûts, tandis que Dennis, chanteur-claviériste, fronte le teenage-band. Le groupe suit le parcours du combattant des rockstars-en-devenir en affrontant les habituels changements de nom («The Tradewinds» puis «TW4») et de line-up… Chuck, adolescent mal dans sa peau, s’exile notamment une année dans un séminaire, et renonce finalement à la prêtrise pour devenir bassiste en 1964, sa place de guitariste ayant été offerte à Tom Nardini durant son absence.

Les années passent mais les jeunes s’accrochent, si bien qu’ils enregistrent à partir de 1972 une série d’albums sous contrat local avec Wooden Nickel Records, disques qui passeront quasiment inaperçus. Il leur faudra attendre 1975 pour que «Lady» se hisse à la sixième place des charts US grâce à des passages radio récurrents. Ce succès inespéré deux ans après la sortie du morceau permet aux illinoisais de décrocher un nouveau contrat chez A&M et de relancer une carrière au point mort. Il est pourtant fort probable que Styx aurait rapidement sombré dans l’oubli si leur soliste JC, de son vrai nom John Curulewsky (RIP 1950-1988), n’avait pris en décembre 1975 la difficile décision de quitter le groupe afin de se consacrer à sa famille.

Ce départ imprévu tombe très mal car les musiciens, décidés à s’imposer à l’Amérique, doivent partir en tournée dans les jours qui viennent : il leur faut donc trouver d’urgence un guitariste doué capable de surcroît d’assurer des harmonies vocales complexes... «Rester calme, ne pas paniquer, réfléchir… Hey ! MS Funk ! Oui, c’est ce mec de MS Funk qui va nous sauver, vous vous rappelez les gars, ce groupe en résidence au «Rush Up» qui cassait la baraque le mois dernier ? Le soliste chantait aussi bien que le frontman !» C’est grosso modo les mots qu’échangent Chuck, John, Dennis et leur guitariste James Young avant de passer quelques coups de fil pour apprendre le split de ce combo désormais oublié dans lequel le regretté Fergie Frederiksen (RIP 1951-2014 / Toto, LeRoux) tenait le micro. Renseignements supplémentaires pris, le jeune axeman qui a marqué les esprits se nomme Tommy Shaw, et il est reparti dans son Alabama natal pour y fonder un nouveau band du nom d’Harmony. Un coup de bigophone plus tard, Tommy saute dans un avion et revient à Chicago avec son flightcase. Il ne l’ouvrira même pas lors de la courte audition durant laquelle Dennis lui fera simplement chanter «Lady». Le newkid peut atteindre les notes les plus aigües, il peut monter dans le bus !

Cette redistribution des cartes à priori insignifiante va faire basculer la destinée de Styx : les frères Panozzo viennent de piocher l’atout qui leur manquait pour créer de grandes choses. Tommy va en effet sensiblement, finement, faire évoluer Styx en insufflant un sens du morceau, un soupçon d’énergie et peut-être même une pointe de magie à la déjà-inimitable trademark Dennis DeYoung. Les compositions du groupe, jusqu’alors trop pompeuses et, avouons-le, finalement un peu ennuyeuses, décollent enfin; preuve s’il en faut le palier franchi par «Crystal Ball» (1976), premier opus du nouveau line-up. Le talent exceptionnel de Tommy pour arranger des morceaux et en faire des hits ne restera d’ailleurs pas très longtemps méconnu et il utilisera son temps libre dans les 90s à écrire pour les autres. Certains noms vous diront peut-être vaguement quelque chose , je citerai entre autres Alice Cooper («It’s Me» – 1994, tiré de «The Last Temptation»), Aerosmith («Shut Up And Dance» - 1993, tiré de «Get A Grip» et «Walk On Water», issu de la même session mais sorti en 1994 sur la compilation «Big Ones»), Vince Neil («You're Invited But Your Friend Can't Come» – 1993, tiré d’«Exposed») ou encore le Prince Of Darkness himself avec qui il écrira «Whole World's Falling Down», titre finalement écarté de la tracklist finale d’«Ozzmosis» en 1995…

Mais nous sommes pour l’instant en 1977, année musicalement marquée par deux mouvements radicalement antithétiques puisque le raz de marée Punk («Never Mind The Bollocks », «L.A.M.F.», «Damned Damned Damned», «The Clash », «Leave Home» / «Rocket To Russia»…) crache à la face du Rock Prog à son apogée (Yes-«Going For The One», Genesis-«Seconds Out (Live)», Camel-«Rain Dances», Kansas-«Point Of Know Return» et surtout les über-référentiels «A Farewell To Kings» et «Animals» de Rush et Pink Floyd)… C’est le 7/7/77 -bien vu- qui est choisi pour officialiser la sortie du septième opus de Styx, qui n’a évidemment rien de Punk mais qu’il est impossible de classer dans le Prog par purisme, les musiciens s’abaissant lamentablement à tenter de vendre des disques ! Quelle idée franchement ! Les journaleux, désemparés, inventent même une nouvelle étiquette pour désigner ce Rock-progressif-mais-commercial : le… «Pomp Rock»... Faut-il se fendre d’une description ou tout le monde imagine, mis à part le gars qui regarde son écran en pensant à une basket Nike ? Allez rien que pour lui, on fait l’effort ! C’est simple : des titres épiques, techniques, englués sous une épaisse couche de synthé, progressifs en somme, mais pourtant facilement mémorisables grâce à un feeling pop très prononcé. Inutile d’ajouter que les chanteurs sont des ténors et qu’ils placent des harmonies vocales partout où il est possible d’en mettre, si ? Et j’allais oublier le plus beau (ou le plus étrange peut-être) : ces disques sont en 1977 susceptibles de cartonner auprès du public mainstream… Et c’est ce qui arrive d’ailleurs à Styx après seize années de galères puisque «The Grand Illusion» s’incruste dans le foyer de plus de 3 millions d’américains, atteignant ainsi la sixième place du Billboard 200…

OK. Tu veux des explications. Je te connais, tu viens d’aller écouter un morceau sur YouTube qui t’a fait sursauter, t’as peut-être même été voir la gueule des gars à cette époque, et t’as besoin d’en parler pour éviter le trauma psy. Faut bien avouer que la back-cover en plus d’être un montage photo catastrophique apparemment conçu au ciseau et à la colle sur une table de cuisine est particulièrement effrayante… Le look «Petite Maison Dans La Prairie» de Tommy, les bottes d’équitation de James, le nœud pap’ de Dennis et la boule afro de John; tout ça ajouté au fait que les gars sont cachés derrière des arbres sortis d’un mauvais décor de kermesse, ce qui laisse immanquablement penser de nos jours à un rassemblement de pédophiles à l’affût dans la forêt; ouais ça fait beaucoup. Et puis tu te dis qu’à première écoute, la musique semble avoir été écrite pour quatre catégories de personnes seulement : les filles / les mecs assis à côté d’elles qui font semblant de kiffer pour conclure / les gays / les romantiques incurables (non ils ne sont pas tous gays)… Mais tout ça, c’est parce qu’on est en 2014, parce que tu n’as pas de cœur et parce que tu ne comprends rien ! Il faut que tu saches qu’écouter «The Grand Illusion», pour quelques cas que la médecine étudiera probablement un jour, c’est l’équivalent musical de la position fœtale : un bond en arrière vers un monde différent, celui dans lequel tu commençais à remplacer les carambars par des Marlboro, celui dans lequel tu devenais le King dès que tu avais un Quentin de La Tour dans ton portefeuille Tann’s ou un nouveau CD à ajouter aux douze ou treize qui constituaient ton malheureux début de collection, celui dans lequel chaque premier samedi du mois tu arpentais le centre-ville tête haute en parlant trop fort, accompagné de tes voyous de copains qui pensaient être lookés comme Slash ou Axl Rose mais qui, avec le recul, ressemblaient plutôt à des gitans hirsutes qui auraient réussi à chouraver des santiags Go West et des Nike montantes, un monde dans lequel une nouvelle cassette de Hard FM, une barre de Yes et un Newlook suffisaient à ton bonheur...

Certes, «The Grand Illusion» transpire le trop propre, les beaux sentiments : c’est niais, idéaliste, trop arrangé, trop bien exécuté, démodé... Mais qu’est-ce que c’est bon ! Et ça, malheureusement, rares seront les rockheads du XXI° siècle aptes à le percevoir, la génération du futur se formatant à des sons plus rugueux qu’elle consomme par gigaoctets telle une oie au gavage. Une surculture/déculture qui rend paradoxalement les opus de Classic Rock plus inaccessibles, moins compréhensibles aux oreilles de ces mélomanes d’un genre nouveau que n’importe quel album de Death Tech’ ou de Black UG… Brave New World. Que tous ces fakes blasés, qui zapperont d’un clic méprisant le premier morceau après quelques mesures pour «découvrir» un nouveau groupe sur Deezer ou YouTube s’enfoncent leur pseudo-culture jusqu’au fond du colon et laissent aux initiés les plaisirs de ce full-length au charme suranné porté par le tandem Shaw / DeYoung. Tant pis pour vous mes gueules, vous ne connaîtrez jamais l’extase de vous identifier à l’homme égaré du sublime «Man In The Wilderness», vous ne serez jamais transportés par le rythme rampant de «Castle Walls» et son break mystique; vous ne prendrez pas la mer sous les ordres du Capitaine Dennis en chantonnant «Come Sail Away» dont l’intro rappelle d’ailleurs curieusement l’insupportable ballade «Sailing» popularisée par Rod Stewart en 1975, vous n’imaginerez pas non plus naïvement du haut de vos 12/13 ans avoir atteint le summum de la violence avec le riff teigneux de «Miss America» chanté par James Young pour plus d’agressivité et vous ne découvrirez pas ébahi en cours d’Arts Pla que la pochette de votre disque préféré était une relecture du «Blanc-Seing», illusion optique peinte en 1965 par le surréaliste René Magritte. Non vous passerez à côté de tout ça, et c’est probablement une bonne chose pour votre réputation si vous envisagez quelques séjours chez Oncle Sam dans les années à venir, puisque Styx est aux USA l’équivalent de notre Michel Sardou national, et qu’il est évidemment de bon ton de balancer des vannes sur les anciens succès du gang de Chicago, «Come Sail Away» étant à l’Amérique ce que «La Maladie D’Amour» ou «Les Lacs Du Connemara» sont à la France. On a le pays qu’on mérite…

Magritte, qu’il était très in à l’époque de détourner (Jeff Beck, les Stones, Mike Oldfield, Roger Daltrey), montre au travers du «Blanc-Seing» la duperie des images, la mystification d’une réalité qui n’est bien souvent pas celle que l’on croit être : la vérité est ailleurs, trust no one, etc…. L’artwork signé des mythiques Stanley Mouse / Alton Kelley (Hendrix, Big Brother & The Holding Company, et surtout Grateful Dead) renvoie donc un bel écho à la title-track de l’album qui reprend cette thématique par le biais de la soi-disant vie de rêve des rockstars : “Wishing secretly you were a star / But don't be fooled by the radio, the TV or the magazines / They show you photographs of how your life should be, but they're just someone else's fantasy / So if you think your life is complete confusion because you never win the game / Just remember that it's a grand illusion / And deep inside we're all the same…” Un texte on ne plus autobiographique puisque derrière les sourires de façade et les succès du groupe qui s’enchaînent aux Billboard pendant plusieurs années, les membres de Styx vivent de violents drames personnels… John (RIP 1948-1996) sombre dans l’alcoolisme qui l’emporte à 47 ans. Son frère Chuck mène quant à lui une lutte différente, intérieure, et ce depuis sa plus tendre enfance : il refoule son homosexualité (d’où son année chez les curés) qu’il mettra toute sa vie à accepter, la cachant à ses proches et surtout au public pendant plus de 30 ans pour ne sortir du placard qu’en 2001 avec le sida en poche accompagné d’un cancer de la prostate… Dennis, Tommy et James donnent pour leur part dans un Enfer ma foi plus simple mais tout aussi insupportable : ils ne peuvent tout bonnement pas se blairer, bien qu’évidemment condamnés à vivre en permanence les uns sur les autres dans des espaces restreints… Même la maturité ne viendra pas à bout de leurs querelles et rivalités puisqu’après une courte reformation au milieu des 90s, Dennis est de nouveau éjecté du groupe par ses bandmates. Il tourne d’ailleurs aujourd’hui sous un pathétique nom de seconde zone (The Music Of Styx), à l’instar des renégats de Saxon, Whitesnake ou Queensrÿche. La face cachée du Rock’N’Roll… Just remember that it's a grand illusion / And deep inside we're all the same….

Œuvre d’un autre temps pleurant sa gloire éphémère, passée des multidiffusions radio internationales à l’autoradio CD de quelques rares berlines conduites pour la plupart par des cinquantenaires obèses et chauves; conspuée mondialement dans South Park et les Simpsons, et désormais condamnée à alimenter les bacs à vinyles des second-hand-stores et autres brocantes américaines, «The Grand Illusion» est pourtant un disque fort. Il convient donc contre vents et marées de le réhabiliter pour les quelques passionnés qui pourraient réussir à gratter la couche de son vernis démodé afin de toucher du doigt l’excellence de ses titres enfantés par les bandmates / ennemis jurés Tommy Shaw et Dennis DeYoung. Que leur musique vive la tête haute ! Cols-pelle-à-tarte power !

Quant aux quelques fans de Styx encore vivants, qu’ils sortent comme Chuck du placard; vous n’êtes pas seuls les gars! (mais presque…) Et m**** tiens, je me suis encore pris un radar !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 13, 2015 9:14 AM MEST


Skyscraper
Skyscraper
Prix : EUR 11,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Now that’s entertainment !, 14 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Skyscraper (CD)
21 Janvier 1988. Le mythique Tower Records du Sunset Strip (RIP, novembre 1970 – Novembre 2012) se prépare à célébrer la sortie du nouvel album de David Lee Roth, «Skyscraper». Les fans sont agglutinés devant les portes, et une certaine tension commence à se faire sentir à l’intérieur du magasin, car ni Diamond Dave ni ses musiciens ne sont encore arrivés. Pourtant Dave est en bons termes avec la direction qui lui a fait une fleur la veille en l’autorisant à faire livrer et installer sur le toit une montagne enneigée en polystyrène haute de 8m50, spécialement fabriquée pour l’occasion par les designers du parc Disneyland californien. Le magasin ouvre mais toujours pas de nouvelles de Dave… Pourtant, 8 kilomètres plus loin, sur Broxton Avenue, c’est l’Anarchie. La célèbre fanfare de Los Angeles (University of Southern California Trojan Marching Band) vient de se mettre en marche pour rejoindre Sunset Boulevard en bloquant la circulation, provoquant bien évidemment tout le long de son périple une série d’embouteillage monstrueux et l’arrivée de plusieurs unités du LAPD. La fanfare (engagée par Dave, faut-il le préciser) arrive au pied du Tower Records dans un vacarme assourdissant, et l’ex-Van Halen surgit alors du haut de la montagne dans laquelle il était caché, entouré de petites alpinistes en bikini sexy. Les filles se trémoussent en agitant des piolets en plastique pendant que Dave, harnaché comme il se doit, descend la montagne en rappel, multiplie les poses et les cascades en saluant la foule hystérique. Magnifique.

Tower Records n’avait pas été informé de ce plan marketing purement hallucinant en plein cœur d’Hollywood. Aucune autorisation n’avait été délivrée, ni pour la pose de la montagne sur le toit, ni pour la manifestation du USC Marching Band. S’ensuivent une album-release-party phénoménale, quelques amendes et ennuis juridiques dont Dave se fiche éperdument et surtout un bel article dans le L.A. Times (800 000 abonnés). Si certains en doutent encore à ce moment, ils changent d’avis sur le champ : à l’instar de Napoléon ou d’Alexandre-Le-Grand, David Lee Roth figurera officiellement dans les manuels consacrés aux stratèges incontournables de l’Histoire, ou, a minima, sur la liste des quelques mortels dotés par la nature d’une paire de testicules XXXXXXXL.

Non, Dave n’appartient définitivement pas à notre misérable monde. C’est un artiste visionnaire qui vit dans une réalité parallèle. C’est un super-héros qui régit un univers rose fluo dans lequel évoluent des filles à poil, des guitaristes légendaires ou des bodyguards nains portant des uniformes du SWAT… Et quand parfois il nous fait l’honneur d’une visite, ce n’est pas lui qui s’adapte aux règles grisonnantes de notre société morose, mais elle qui se plie à ses extravagantes exigences colorées, et ce, depuis le tout début, bien avant que Van Halen ne connaisse la gloire et la fortune. En d’autres termes, Diamond Dave est ce qu’il est commun d’appeler un génie (ou un fou).

Certains haussent les épaules en objectant que l’argent achète tout ? Faux ! C’est depuis son enfance que Dave s’efforce de donner vie aux visions surréalistes qui l’habitent, et c’est grâce à cette personnalité larger-than-life que Van Halen connut le destin qui fut le sien. Une autre anecdote pour le plaisir ?

23 Septembre 1978, Anaheim Stadium, Californie. 45 000 rockheads sont réunies au Summer Fest pour assister aux gigs de Black Sabbath et Boston. Les opening acts ? Van Halen (et… Sammy Hagar !) Alors que la foule attend en soupirant que les premières parties expédient leurs sets vite fait bien fait pour profiter des têtes d’affiche, un bruit de moteur se fait entendre. Bientôt un avion survole le stade. Il vole très bas (sans autorisation bien entendu). Alors qu’il passe au-dessus de la scène, tous les yeux s’écarquillent pour être sûr de ne pas rêver : quatre types viennent d’être parachutés à très (trop) basse altitude et font une chute libre en gesticulant dans tous les sens. Le silence, puis les cris… Ils vont s’écraser ! Mais les gars déplient les parachutes au tout dernier moment, atterrissent en catastrophe derrière les amplis, et investissent victorieusement la scène en se débarrassant des parachutes encore accrochés sur leurs dos… Les promoteurs sont furieux, Boston et Sabbath écœurés, mais la foule exulte et mange dans la main de Dave pendant les neuf morceaux joués ce jour. Le groupe vient de gagner 45 000 die-hard fans. Ce n’est que 20 ans plus tard que le frontman avouera avoir engagé une patrouille acrobatique (les Sky Gods de Lancaster, Californie)! Les quatre parachutistes étaient soigneusement déguisés avec des perruques et les fringues de scène des musiciens; le groupe était caché derrière la scène sous une couverture avec des parachutes identiques à ceux de la patrouille. Une idée folle, absurde, mais magique, une idée parmi tant d’autres sorties de l’extraordinaire cerveau ravagé de Monsieur DLR…

Mais revenons aux sommets de nos montagnes... «Eat ‘Em And Smile» a fait un carton dans les charts US en obtenant deux fois la certification Platine, soit 2 millions de disques écoulés. La tournée (de folie) achevée, il est temps pour Steve Vai, Billy Sheehan et Gregg Bissonette de se remettre au travail afin de donner un successeur à leur génialissime premier full-length. Alors que Steve avait composé seul tous les titres de 1986 dans le sous-sol de Dave, l’écriture est cette fois partagée : les frangins Bissonette imposent l’opener «Knucklebones», tandis que Brett Tuggle, le claviériste au CV long comme le bras (Steppenwolf, Steve Lukather, Coverdale/Page, Whitesnake, Satriani, Chris Isaak, Tommy Shaw, Fleetwood Mac entre autres) engagé pour la tournée précédente propose à Dave trois morceaux très typés que ce dernier retient contre l’avis de Steve et Billy : «Just Like Paradise», «Stand Up» et «Perfect Timing». Steve déteste particulièrement «Just Like Paradise» qu’il essaie jusqu’au dernier moment de dégager de la tracklist finale sans parvenir à ses fins ! Il confirme cependant, malgré la concurrence, son statut de sous-chef en signant six brûlots de sa patte inimitable. De petites tensions apparaissent également avec Billy qui se sent mis à l’écart, aucun de ses titres n’ayant eu les faveurs du patron. Pas de portes claquées cependant : en grand professionnel, Billy reste à son poste jusqu’à la fin des sessions d’enregistrement avant de s’en aller fonder Mr Big. Le bass-hero quittera l’aventure en bons termes avec tout le monde et sera immédiatement remplacé par Matt Bissonette, le frère de Gregg, pour la tournée à suivre.

Ce métissage de compositions a bien entendu des conséquences sur la tonalité de l’album, qui prend une coloration particulièrement acidulée, très «Pop 80s», complètement en phase avec 1988. Brandon, Brenda, Kelly, Donna, ça vous dit quelque chose ? Oui, oui, bande de vieux, je parle bien de «Beverly Hills 90210» ! Le producteur qui à cette époque finalisait les premiers épisodes de la série avait contacté le management de Dave pour que «Just Like Paradise» en devienne le générique, ce qui donne une assez bonne idée du parti-pris assumé de certains titres, très «commerciaux». Pour finir l’anecdote, Dave n’apprit cette histoire que quelques années plus tard, car son manager avait estimé ridicule la somme proposée par Aaron Spelling et n’avait par conséquent pas jugé nécessaire d’en informer le boss !

Autre bouleversement de taille : pour la première fois de sa carrière, Dave ne fait pas appel à Ted Templeman et décide de produire «Skyscraper» avec Steve Vai. Le changement est radical : alors que les albums frappés du sceau Templeman sont caractérisés par un côté brut, live, «In Your face», Steve Vai, fidèle à son approche d’esthète perfectionniste polit le son de «Skyscraper» et le modèle à son image. Ce second opus est donc complètement surproduit, retouché de partout, regorgeant d’effets divers et de multiples couches de guitares (72 pistes sur chaque titre sauf «Two Fools A Minute»). Hey ! Tu vis à L.A., tu dois avoir un corps parfait, non ? Steve faisant partie des meilleurs chirurgiens en ville, le résultat est à la hauteur pour peu qu’on ne soit pas dérangé par le silicone. J’invite par contre les inconditionnels des poitrines naturelles et des filles légèrement maquillées à se réorienter sur le disque précédent, voire carrément à revenir aux origines du Mighty Van Halen…

Pourtant, malgré tout ce qui énoncé plus haut aurait tendance à faire fuir les bad boys que nous sommes, «Skyscraper» sonne comme du Diamond Dave pur jus. Un disque irrésistible qui donne envie de sauter partout en se soulant comme un cochon, d’enfiler un Spandex pour fracasser des télés et des tables basses, de dépasser ses limites, de franchir des cols à pic sans filet, de mourir jeune et vite, et par-dessus tout de laisser derrière soi sa vie d’avant pour la réinventer en Californie. Pourquoi ? Comment ?

Parce que.

Parce que même si le synthé de Brett Tuggle nous ramène à l’époque des B.O. des buddy-movies, le temps glorieux où Riggs et Murtaugh faisaient la loi à L.A. en compagnie d’Axel Foley, Rosewood et Taggart, il est intelligemment mixé et sait se faire oublier pour laisser la place aux guitares flamboyantes du Dieu Steve Vai qui multiplie les prouesses.

Parce qu’on garde les repères essentiels sans lesquels un album de Diamond Dave n’en serait pas vraiment un, comme le rythme à la «Hot For Teacher» typique du grand Alex Van Halen qu’on retrouve ici sur «Bottom Line», ou comme le morceau Big Band final sur lequel Dave se la joue crooner. «Two Fools A Minute» sur laquelle Steve s’est éclaté avec les cuivres ne déroge pas à la tradition, même si je la trouve moins réussie que «That’s Life» sur «Eat ‘Em And Smile», peut-être ce côté funky qui fait très «Blood Sugar Sex Magik» avant l’heure grâce aux interventions de Billy…

Parce que Dave. Sa folie contagieuse, sa gouaille, sa bonne humeur, son humour, son style, sa classe. Aidé dans sa mission par l’appui de la coach vocale Deborah Shulman, Mister Diamond en fait des tonnes sur ce disque, encore plus que d’habitude : les lignes de chant s’entrechoquent, se superposent, et les «whoa» dont il a le secret s’accumulent, mais on en redemande.

Parce que Steve. Tout le monde garde ou gardera en tête les legato de «Just Like Paradise» sur la guitare triple manche en forme de cœur (designée par le luthier Mace Bailey) ou encore ses fameux tappings et le solo de folie de "Hot Dog And A Shake" qui commence avec une seule note étirée sur plusieurs mesures, ponctuée par des pêches puis reprise avec un vibrato mémorable et un lick joué à un tempo digne de faire pâlir Michael Angelo Batio… Le mythe de la note interminable par Vai ! Différent de la fameuse version live de «Parisienne Walkways» de Gary Moore («Blues Alive» / 1993), mais tout aussi poignant… La légende veut d’ailleurs que Steve ait terminé ce solo en toute hâte parce qu’il voulait absolument se rendre à un gig d’Alice Cooper qui allait commencer ! Steve ne mise bien sûr pas tout sur la vitesse et sait se montrer d’une subtilité prodigieuse, comme le montre «Hina» (déesse de la Lune en Polynésie), morceau tout au long duquel il utilise un Delay très court qui renvoie tout ce qu’il joue de l’enceinte gauche à celle de droite avec un décalage minime, qui s’harmonise pourtant avec la piste de départ. Du grand Art. Écoute au casque indispensable pour se retourner le cerveau.

Les bijoux de ce disque combleront donc les fans de Dave mais aussi ceux de Steve. À titre personnel, j’ai un petit faible pour deux d’entre eux, peut-être ceux que l’on remarquerait le moins lors d’une écoute informelle. Le titre éponyme tout d’abord, absolument majestueux, notamment grâce à cette intro en parfait accord avec la pochette (shootée au Parc de Yosemite) qui nous entraîne dans le froid et la solitude profonde que peuvent ressentir les alpinistes, mais aussi parce que c’est l’un des morceaux dans lequel la personnalité de Steve s’exprime le plus. Et la ballade «Damn Good», que je chéris également alors que beaucoup la considèrent comme un vulgaire filler. Ce morceau, dans lequel on peut déceler un poil de Led Zep fut écrit par Steve alors qu’il n’avait que 14 printemps. Il est sublimé par les lyrics de Dave, empreints de nostalgie, qui me parlent particulièrement : “Man, we was happy In our restless hearts; It was heaven right here on Earth… Yeah, we were laughin' as we reached for the stars; and we had some for what it was worth…” Il ne fallut pas moins de 12 guitares superposées, dont un sitar, pour obtenir ce son si particulier.

Disque léger mais essentiel, accessible bien qu’extravagant et renversant techniquement, symptomatique de cette vibe 1988 en somme, «Skyscraper» arracha des sourires à d’innombrables suicidaires, fit voler des centaines de déambulateurs dans les maisons de retraites à travers le monde et relança le taux de natalité japonais, ce qui lui valut bien entendu le prix Nobel de Chimie. L’album et le single «Just Like Paradise» se hissèrent au sixième rang des charts US, et Diamond Dave fit mettre au point pour partir en tournée une série d’accessoires à son image, parmi lesquels la fameuse planche de surf de 6 mètres de long suspendue par des câbles qui lui permettait de faire un peu d’exercice pendant les soli de Vai et Bissonette. Dave, à l’instar de Paul Stanley sur «Love Gun» (qui eut l’idée le premier ?) volait en effet à travers les salles (de la scène jusqu’à la table de mixage) pendant qu’une pompe à Jack Daniel’s arrosait la fosse, et ce sous le regard médusé de C.C. DeVille et Bret Michaels qui prirent une vraie leçon de Rock’N’ Roll lors de ce Skyscraper Tour pour lequel ils eurent l’honneur d’ouvrir pour le maître. «Because we're hittin’ the road and we're pumpin' thunder ! You can feel it right down to your Knucklebones !»

Dave, you’re the man.
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Edge Of Thorns
Edge Of Thorns
Prix : EUR 17,45

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Soak Up All That I Bleed..., 7 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Edge Of Thorns (CD)
Elle est partie un matin en claquant la porte. Elle ne s'est pas retournée.

Elle faisait des compromis depuis trop longtemps déjà... Comment a-t-elle supporté nos têtes, tirées dès le réveil; nos angoisses, liées aux inévitables tracasseries quotidiennes du type réparations de voitures, pépins de santé, bêtises des enfants ou crédits à rembourser ? ...

Le temps passant, nous lui aurions sûrement causé boulot, et ça l'aurait achevé. Alors elle s'est enfuie pour être heureuse ailleurs.

Oui, l’Insouciance nous a quitté il y a longtemps; et nous n'avons rien fait pour la retenir. A vrai dire, nous ne nous en sommes même pas aperçus.

Pourtant, souvenez-vous mes amis, comme nous riions sans cesse autrefois... Actes insignifiants, rêves utopiques et grands projets rythmaient nos journées... La Vie nous paraissait alors excitante, infinie. Nos nuits, saturées de musique enivrante et d’alcools bon marché, étaient glorieuses, plus belles que leurs jours; et nous nous employions à les prolonger... Dormir, c'était mourir. Peut-être réussîmes nous à freiner imperceptiblement la roue castratrice du Temps, mais nous échouâmes à la figer éternellement... Je ne saurais dire quand la Réalité nous rattrapa mais nous fûmes finalement broyés par ses rouages. Des restless gypsies ne restent aujourd'hui que d'insignifiants average-family-men...

... A moins qu'en fouillant le fond de nos cœurs, parce que la Poésie plante ses racines plus profondément qu'on ne le pense, parce qu'il nous reste un semblant d’honneur et parce que nous n'avons pas encore balancé les armes aux pieds de cette pourriture de Jules César, nous soyons encore capables de retrouver les émotions qui nous submergeaient lorsque "Edge Of Thorns" tournait en boucle dans une Opel Kadett enfumée, QG dans lequel nuit après nuit nous refaisions le monde, garés sur un parking de supermarché désert.

Quelques notes de piano s'égrènent, cristallines. Le frisson monte en anticipant l'Accord, l'unique, celui qui les gouverne tous... L'ambiance se prête déjà au solennel lorsque Zak s'empare du micro comme si depuis la nuit des temps il lui appartenait, et c'est majestueusement qu'il pose sur ce riff lourd et hypnotique des lyrics impénétrables qui explosent paradoxalement de pure Beauté. La machine à rêver est lancée et c'est sans retenue aucune que l'on s'enfonce dans le marécage des Everglades éternisé par Gary Smith sur une pochette fascinante. L'inoubliable refrain de ce titre éponyme nous conduit tout droit au break d'anthologie qui rendit Criss immortel et, renvoyé à notre humilité, encore secoué par le son de basse de Johnny Lee et l'insolente suprématie de Criss, nous poursuivons notre route sinueuse et onirique à travers la mangrove floridienne pour jeter l'ancre aux côtés d'autres titres savoureux...

Caractérisées par un retour à une certaine simplicité et par l'abandon des arrangements dont avaient bénéficié les deux albums précédents, les nouvelles compositions du trio Oliva / Oliva / O'Neill semblent cette fois surtout prétexte à mettre en valeur des parties de guitare incroyables, signature incontestable de ce cru 1993, faisant de "Edge Of Thorns" l'album-testament de Criss au même titre que "Streets" fut celui de Jon. Il suffit pour s'en persuader d'écouter le fameux break du titre éponyme évoqué plus haut, ou bien, entre autres, le somptueux final de "He Carves His Stone". On notera également le retour des purs "rocknrollers" comme "Lights Out", uniquement destiné à faire secouer les tignasses et taper les santiags. "Miles Away" et "He Carves His Stone" représentent plutôt bien ce huitième opus des floridiens : deux titres catchy à souhait construits sur la même structure : la voix charismatique de Zak se greffe à un son clair chargé en chorus et reverb' et sert de préliminaire aux saillies en règle qui suivent : gros riffs imparables, couplets / refrains mémorisables à la première écoute, et bien entendu soli mélodiques de toute première classe pour se finir ! Direct et sans chichis !

Cachés dans quelque recoin du Marais, peut-être protégés par la jolie gardienne des lieux, se trouvent dans ce disque riche et varié trois trésors à déterrer... Stratégiquement placée entre "Labyrinths" et "Exit Music", deux pièces instrumentales particulièrement mélancoliques typiques du gang de Tampa, "Follow Me" se démarque de ses frères et sœurs grâce à sa structure atypique (ah ce refrain en arpèges...) et se révèle tout simplement à pleurer de par l'émotion qu'elle dégage musicalement, notamment avec ce break planant qui n'est pas sans rappeler le solo de Monsieur Adrian Smith sur "Stranger In A Strange Land" mais aussi grâce à cette accélération finale accompagnée d'un nouveau solo d'anthologie. On appréciera bien entendu à leurs justes valeurs les lyrics qui ajoutent à la beauté de l'œuvre, dévoilant l'enfermement d'un homme dans une vie intérieure afin d'échapper à sa sordide réalité quotidienne... "Conversation Piece" et "All That I Bleed" forment quant à elles un diptyque, l'histoire d'une lettre qui n'aurait pas dû être envoyée... S'il est inutile d'évoquer "Conversation Piece", son refrain fabuleux mettant tout le monde d'accord sans discussion possible, "All That I Bleed", piano/voix musicalement des plus classiques, touchera peut-être uniquement quelques écorchés, ceux d'entre nous qui connaissent la douleur d'avoir été trahis par un être cher, ceux qui savent que, jusqu'au bout, ils sentiront ces blessures en apparence refermées, que toujours elle suinteront, engendrant Dégoût, Colère et Haine. Touchés par cette compréhension absolue de ce qu'ils éprouvent depuis si longtemps, leur sang se glacera en lisant les lyrics. La lumière n'a jamais existé ou ne reviendra pas, et la Nuit les enveloppera de son voile jusqu'à ce que l'irréparable soit commis. Soulagés, libérés par le court solo final, ils reprendront un peu de souffle pour éponger ce sang si mauvais qu'à jamais ils continueront de perdre goutte à goutte...

"Lord bring on the Night,
Wrap it all around me,
Let it hold me tight,
Soak up all that I bleed."

Noir, puissant, magique.

L'album est également historique car il est l'écrin des dernières notes de Criss (percuté le 17 octobre 1993 par un chauffard alcoolique récidiviste alors qu'il se rendait au Livestock Festival au nord de Tampa); mais aussi des premières de Zak au sein du combo. Rappelons qu'usé physiquement et psychologiquement, Jon annonça en septembre 1992 son départ du groupe et qu'il lui fallait donc un remplaçant au micro (le Mountain King envisageait de rester dans l'ombre du combo uniquement en studio). Ils ne cherchèrent pas longtemps... Zak Stevens, batteur depuis l'enfance mais chanteur depuis 3 ans seulement dans Wicked Witch, gang de Boston dont faisait également partie un certain Jeff Plate, avait été présenté aux membres de Savatage quatre ans auparavant par un ami commun, Dan Campbell (guitar-roadie de Criss) lors d'un gig au Palace de Los Angeles. C'est donc naturellement que Dan suggéra à Criss d'auditionner Zak. L'embauche fut confirmée après une jam à NYC, ouvrant une nouvelle ère dans l'histoire du groupe.

Bien qu'il n'ait pris part à la composition de "Edge Of Thorns" (mis à part les lyrics et la ligne vocale de "Skraggy's Tomb"), Zak s'impose dès ce premier opus comme un grand vocaliste. Sa voix, plus posée et plus chaude que celle de Jon, joue dans un registre différent. Sa personnalité déjà affirmée court-circuite donc une éventuelle comparaison avec le line-up précédent. On a affaire à un groupe nouveau, et il est bon ! (Même si l'on sent que certains morceaux ont été écrits avec les cris légendaires de Jon en tête, notamment "He Carves His Stone" qui voit Zak poussé dans ses derniers retranchements dans une imitation réussie de Big Jon.)

Les marais des Everglades étant finalement plus accessibles que les sombres rues newyorkaises de "Streets", il sera aisé de s'approprier "Edge Of Thorns", notamment grâce à l'indépendance de ses morceaux. Forcément moins subtil, moins riche en émotions et moins uni que l'opéra Rock le précédant, comportant également quelques titres passe-partout comme "Skraggy's Tomb" ou "Damien", "Edge Of Thorns" est quoi qu'il en soit marqué au fer rouge de la patte Savatage, reconnaissable entre mille. On s'apercevra par contre immédiatement qu'il souffre d'un son de batterie ayant particulièrement mal vieilli. Pourtant enregistré à la maison, au mythique Morrisound Studio par les gourous du Death Metal, à savoir les frangins Morris et leur acolyte Scott Burns, au sommet de leur art en ce début d'année 1993, le kit de Steve "Dr Killdrums" Wacholz se retrouve affublé du son "synthétique" adopté à cette époque par de nombreux groupes Hard / Heavy (Dream Theater sur "Images & Words" ou Def Leppard sur "Adrenalize" par exemple). Une erreur monumentale qu'on n'attribuera ni au budget alloué par Atlantic (50 000 $ pour 10 semaines de travail, mixage compris, même si Streets en avait coûté 250 000 !) ni aux oreilles expertes de Jim et Tom Morris, les autres bombes sortis du Temple de Tampa cette année parlant d'elles-mêmes (entre autres "Individual Thought Patterns" de Death et "Sublime Dementia" de Loudblast). La production, avouons-le, n'ayant jamais été le point fort de Savatage, on supposera que Paul O' Neill prit cette option en connaissance de cause. L'album n'en souffre heureusement pas trop, les compositions se hissant à bout de bras au dessus de ce son de toms désastreux.

Impossible de terminer cette chronique trop longue sans évoquer la minimaliste "Sleep" qui clôt ce huitième full-length des floridiens dans l'émotion pure. Criss avait de beaux jours devant lui avec ce nouveau line-up et cette orientation musicale différente, et l'on se prend de nouveau à regretter ces jours heureux... C'est vrai, la Nostalgie empoisonne le Présent; et peut être serons-nous un jour capable de dire haut et fort "I don't think about you anymore". Mais pas aujourd'hui... Alors comme le junkie qui se pique en espérant à chaque fix retrouver la jouissance de son premier trip, nous persisterons pour l'instant à nous passer et repasser "Edge Of Thorns", parce qu'il fait partie de nous, parce qu'il nous fait du bien, et parce qu'il est beau. Simplement.


No Presents For Christmas
No Presents For Christmas

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Fantasme antisocial, 24 décembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : No Presents For Christmas (Album vinyle)
Fête chrétienne commémorant depuis le IV° siècle la naissance de Jésus-Christ (les enfants le savent-ils seulement de nos jours?), Noël est aujourd'hui devenu avant tout le plus grand complot commercial jamais conçu par les Décideurs financiers de ce monde vomitif; complot auquel inéluctablement nous prendrons tous part une nouvelle fois ce soir sous peine de passer auprès de nos proches pour des marginaux dégénérés ou des parents indignes.

Qui aime encore cette "période des fêtes" au XXI° siècle ? Les quelques enfants innocents de cette Terre peut-être, qui attendent surexcités que Papa Noël vienne glisser dans leurs petits souliers des jeux vidéos ultra-violents qui les rendront enfin débiles comme leurs grands frères ? Les Édouard Leclerc en devenir, frappés de priapisme à l'idée de se faire une nouvelle fois leurs clients jusqu'à l'os via cette escroquerie parfaite, ce braquage invisible et non-violent qui oblige pourtant chaque être humain de plus de 13 ans à claquer sa paye de Novembre ou son argent de poche dans des centres commerciaux franchisés et dupliqués à l'infini sur cinq de nos continents ? Les rares âmes pures qui réussissent miraculeusement à passer outre l'hypocrisie ambiante pour ne voir en ce jour que l'occasion de retrouver une famille parfois éloignée ?

Allez, avouez, qui n'a jamais rêvé de ne plus répondre au téléphone à partir de mi-novembre pour ne pas avoir à décliner les horripilantes invitations qui se succèdent ? Qui n'a jamais eu envie de faire un carton en entrant dans son supermarché envahi par une foule de crétins remplissant les caddies de foie gras premier prix et de chocolats-Réceptions-de-l'Ambassadeur ? Qui ne se sent pas écœuré jusqu'à la nausée par la mascarade caritative qu'on nous ressort annuellement pour faire passer la pilule de la surconsommation, et ce tout en nous vendant ni vu ni connu le dernier "artiste" à la mode qui viendra pour sauver les sans-abris reprendre un titre de Goldman en duo avec Obispo sur TF1 ? Qui ne s'est jamais juré un 26 Décembre de passer le prochain Noël seul au soleil sur une plage à 10 000 bornes de cet Enfer ?

Mais puisque finalement chaque année, on se retrouve comme des imbéciles à faire comme tout le monde car on n'a pas eu le cœur à briser ceux de sa Famille, on se console traditionnellement un peu en fouillant dans sa collection pour rechercher le précieux first-press du tout premier King Diamond intitulé "No Presents For Christmas", un Maxi 45 T sorti le 25 Décembre 1985 chez Roadrunner, quelques mois avant la mythique mandale "Fatal Portrait".

Il est à ce stade peut-être utile de resituer le contexte de cette année 1985 : suite à l'odieuse trahison d'Hank Shermann qui osa proposer au King d'évoluer vers un style plus mainstream, Mercyful Fate explose en plein vol, au sommet de sa gloire et de son art (le référentiel "Don't Break The Oath" date de Septembre 1984). Le divorce est prononcé immédiatement et Hank part jouer du Hard FM dans son nouveau groupe Fate (hummm), alors que King et ses fidèles disciples Michael Denner (guitare) et Timi "Grabber" Hansen (basse) rebaptisent Mercyful Fate du nom de son charismatique leader. Pour palier au départ de Hank et de Kim Ruzz (qui abandonne la musique pour devenir facteur) sont recrutés deux musiciens absolument fantastiques qui joueront un rôle décisif dans la carrière de ce nouveau groupe : Mikkey Dee et Andy La Rocque.

Si Mikkey Dee tabasse aujourd'hui ses fûts dans Motörhead en pilotage automatique, il suffit d'écouter son chef d'œuvre personnel "Them" pour se remémorer quel batteur il était à l'époque, à la fois ultra-technique, puissant et imprévisible. Quant au génie Andy La Rocque, qui rappelons-le, fut également le soliste de Chuck Schuldiner sur "Individual Thought Patterns", il donne tout simplement une nouvelle dimension au groupe du King grâce à son jeu atypique qui s'inspire du néo-classique en ayant l'intelligence de ne pas en faire des tonnes.

Même si les albums de King Diamond marquent une rupture avec l'univers des trois Mercyful Fate (les lyrics évoluent d'un Satanisme basique vers la complexité de concept-albums développant des histoires horrifiques fictives), le single "No Presents For Christmas" reste un OVNI dans la carrière du King, son cinquante-troisième degré tranchant catégoriquement avec le reste de la sombre discographie Mercyful Fate / King Diamond... À tel point qu'on ne peut qu'imaginer notre Roi de Carreau dépouillé lorsqu'il a écrit les lyrics de ce morceau improbable dans lequel Tom et Jerry picolent alors que Donald Duck paresse au plumard. On sent clairement la rime facile téléguidée par un tsunami de vodka dans les veines du danois grimé : It's getting very, very late - St. Peter's crossed the Golden Gate - And Donald Duck is still in bed - I wonder who he's gonna help...

Oui c'est bien nul à braire, mais heureusement la Musique reste d'un autre acabit, puisqu'après le traditionnel "Jingle Bells" en guise d'introduction, Denner nous envoie direct dans la face un des riffs dont il a le secret, soutenu par l'implacable rythmique du couple Mikkey Dee / Timi Hansen. Et là, on s'en bat l'œil (celui de King pour ceux qui suivent) de Donald, Mickey et compagnie, on profite ! La prod est juste impeccable, old-school à souhait avec une grosse double-caisse qui écrase tout et nous rassure sur l'avenir musical du King : il a peut-être sombré dans l'alcool mais pas dans le Hard FM ! Le son de guitare est énorme, la ligne de chant envoutante, typique du King, les soli de toute beauté : on a bien affaire à un petite bombe Heavy / Thrash malgré le ton humoristique du morceau, ce qui nous donne ni plus ni moins la seule Christmas Song digne d'être écoutée par un Hardos en colère à quelques heures du réveillon, loin des bouses pondues par Trust, Pretty Maids, Gillan, Halford et j'en passe.

Cerise sur la bûche de Noël 1985, King offrait en B-side à ses fans inquiets et impatients un aperçu de ce qu'allait donner l'immense "Fatal Portrait" (orthographié "Fatal Portret" sur ce pressage) avec le bijou "Charon", morceau sur lequel King personnifie le nocher du Styx, chargé d'emmener sur sa barque les âmes des défunts vers les Enfers. Que dire sur cette merveille sans tomber dans la caricature ? Je suis toujours désarmé, sans voix et sans mots face à la perfection... Up-tempo conduit par la frappe magistrale, brutale et subtile à la fois, d'un Mikkey Dee étouffant, secondé par Timi qui appuie encore un peu sur ta tête pourtant déjà bien écrasée, "Charon" est construit autour d'un enchaînement riff-break hypnotique qui n'est rien d'autre qu'un cas d'école du Heavy Metal, sur lequel chaque musicien peut donner le meilleur de lui-même, s'exprimer en laissant parler son instrument. Et les gars ne se privent pas... Ainsi King nous fait par exemple le coup infaillible de la ligne de chant aigüe doublée dans les graves : I am faceless but don't fear now, I'll take you safe across the ri-iiiiiver Styyyyx, moment de grâce suivie d'une transition de Mikkey qui hérisse les poils, à écouter au casque d'urgence... On est déjà à genoux la larme à l'œil, prêt à être adoubé par le Roi, quand arrive le merveilleux et inoubliable solo final d'Andy, digne héritier de sa référence Randy Rhoads, et Mikkey derrière lui, que j'imagine headbanguant touffe au vent sur la barque de Charon, qui double le tempo pour mieux le casser juste après et finir sur un break jouissif. Parfait !

Hélas c'est déjà la fin, et comme les fans du King qui durent attendre quelques mois avant de pouvoir poser "Fatal Portrait" sur leur platine, on n'a plus qu'à retourner le 45 T pour se faire plais' une seconde fois avant de descendre à la cave chercher le champagne et les huîtres.

Joyeux Noël à tous, bande de moutons !
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Live... In The Heart Of The City
Live... In The Heart Of The City
Prix : EUR 10,34

12 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Here’s a song for ya., 1 septembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Live... In The Heart Of The City (CD)
Londres n’est plus la ville que j’ai aimée.

Certes, on peut toujours y admirer les joyaux de la couronne et visiter la National Gallery, faire du shopping à Covent Garden ou traîner sur Oxford Street ; s’offrir une paire de disques à Soho ou Notting Hill et croiser toutes sortes de fêlés de la tête à Camden, mais enfin qu’est-il arrivé à Carnaby Street désormais aussi franchisée que les Champs Élysées, pourquoi a-t-on laissé les portes du Marquee et du Ruskin Arms se refermer, et à quoi pensait Tony Blair lorsqu’il a, en Juillet 2003, soutenu la loi autorisant les pubs à vendre de l’alcool après 23h ?

Certaines coutumes sont sacrées. Y toucher c’est pécher. Demande-t-on une facture à son ouvrier portugais, un sourire à son serveur parisien ou une réflexion profonde à son footballeur préféré ? Mince alors !

Priver les pubs londoniens de ce rituel consistant pour les barmen à taper sur une cloche à 22:50 précise en hurlant « the bar is closed ! », et déclencher ce faisant une mêlée surréaliste digne d’un match des All Blacks, dans laquelle il était si bon de se jeter pour commander non pas une dernière pinte, mais deux ou trois pour faire jeu égal avec les locaux, c’était évidemment assassiner l’Angleterre.

Il fallait autrefois se pointer au Toucan vers 17h pour y choper une place assise au comptoir du bar du sous-sol. Dès que vos fesses touchaient l’un des tabourets en forme de pinte, Pete, le barman, 70 piges bien tassées, vous tendait d’office un cendrier en tirant de l’autre main votre demi-litre d’Or Noir. S’il vous prenait dans la soirée l’envie subite et absurde de lui commander un breuvage autre que Guinness ou Whisky écossais, une préparation mentale s’avérait nécessaire. Coaché par votre voisin de comptoir hilare, vous rassembliez courage et détermination afin affronter le regard d’incompréhension du maître des lieux qui, pensant avoir mal entendu, ou refusant peut-être l’impensable, vous apportait finalement une nouvelle pinte (dans laquelle ne manquait jamais le trèfle dessiné sur la mousse)... C’était chouette d'arriver tôt pour regarder le bar se remplir, jusqu’à ce que ses quelques mètres carrés soient complètement saturés de cris, de rires, de fumée et de vapeurs d’alcool. Saturés de Vie. Une Vie que l'espace de quelques heures, chacun mettait d'ailleurs entre parenthèses dans ce sanctuaire inviolable, générateur de sourires et de fous rires, de moments dont nous savions, alors même que nous les vivions, qu'ils deviendraient éternels. Des petites parties de nous-mêmes auxquelles repenser avec émotion les jours de déprime.

Mais l'œuvre du Temps et les lois débiles amènent l'inéluctable Changement... Et certains soirs aujourd’hui, le sous-sol de ce pub mythique reste quasi vide. Les clients préfèrent rester dehors pour fumer. Et puis il n’y a plus d’heure pour aller boire, on peut désormais picoler à Londres jusqu’au bout de la nuit... Mais l'alcool y est bien triste, car l’ambiance irretrouvable qui régnait dans les Public Houses du Royaume de Sa Majesté a fichu le camp avec la cloche du bar.

Et les pubs de London sans cette cloche, c’est comme Whitesnake sans Moody /Marsden. Sur le papier ça semble pourtant séduisant : plus moderne, plus international, plus professionnel, plus esthétique... Mais finalement; ça ne fonctionne pas.

C’est sûr que grosses lunettes et le bob orange de Ian Paice, le ventre bedonnant de Bernie qui dépasse quasiment de son T-shirt, sans parler du chapeau de Ranger de Micky, c'est moins sexy que les abdos et le visage d'ange de Sykes ou la gratte à trois manches de Steve Vai en forme de cœur... Mais n'en déplaise à notre cher David, malgré un look incompatible avec une carrière à l'américaine, les trois musiciens britanniques maitrisaient à la perfection une chose derrière laquelle le Serpent Blanc rampe encore depuis leurs départs respectifs : le feeling.

Et quoi de plus pertinent qu'un album live pour illustrer le poids du facteur humain au sein d'un groupe ?

Arrivé dans les bacs à la fin de la sainte année 1980, ce double-vinyle gatefold se compose de deux enregistrements distincts, tous deux captés à l'Hammersmith Odeon (Novembre 1978 et Juin 1980). Alors que la face B n'est en fait qu'une réédition du "Live at Hammersmith" déjà disponible depuis 1978 (en import japonais), la face A propose un nouvel instantané du groupe en pleine tournée de promotion du chef d'œuvre "Ready an' Willing". Le groupe se compose alors de son line-up dit plus tard "classique", à savoir trois ex-Deep Purple, Jon Lord, Ian Paice (excusez du peu) et bien évidemment David Coverdale, épaulés par la paire de guitaristes (excellents chanteurs de surcroit) Micky Moody/Bernie Marsden et par l'écossais Neil Murray à la basse. Paice n'ayant rejoint le reptile qu'en Août 1979, c'est Dave Dowle qui joue sur le live de 1978. Des musiciens virtuoses et rôdés à l'improvisation, un groupe à son apogée artistique, et Martin Birch aux commandes pour la captation des concerts, ça donne... un Live historique, peut-être l'un des plus chauds de l'histoire du Rock, à ranger aux côtés des "Live And Dangerous", "Strangers In The Night" et autres "One Night At Budokan".

Et quand je dis chaud, c'est plutôt bouillant ! Pas d'échauffement ni de mise en jambes : c'est à grosses gouttes que l'on transpire dès les premières mesures du jouissif "Come On" ! On a soif ! Et cette chaleur assommante, qui nous transporte immanquablement dans l'atmosphère enfumée des débits de boissons britanniques, prend sa source directement à la sortie de l'ampli basse de Neil Murray, la star de ce disque, qui réussit l'exploit de magnifier les versions studio de chaque titre. Lourd, puissant, précis, mélodique sans être trop démonstratif, Neil porte quasiment la baraque à lui tout seul à la manière d'un Gerry McAvoy (Rory Gallagher) et emmène le groupe avec lui. Que ce soit sur cette face A très Hard ou sur le concert de 1978 plus Bluesy, Murray nous éclabousse de sa classe à chaque instant. Bien entendu, l'écossais ne serait rien sans son binôme Ian Paice, lui aussi finalement plutôt discret quand on sait de quoi le Monsieur est capable. La section rythmique est véritablement au service des chansons Hard Blues de Coverdale, même si l'on reconnaît pourtant bien la patte de l'ex-Purple. La différence entre les deux concerts saute d'ailleurs aux oreilles dès la première pêche des deux versions de "Come On". La frappe de Ian Paice est sèche et tendue, ultra-précise, là où Dave Dowle se montrait plus souple, voire un peu mou. Il n'y a pas photo, on sait qui est le patron !

Sur ce tandem invincible viennent s'ajouter un Jon Lord (RIP 1941-2012) lui aussi tout en retenue mais si majestueux dans ses interventions ("Walking In the Shadow of the Blues"), et deux guitaristes au talent incroyable, Bernie Marsden et Micky Moody. Alors oui, les mecs portent encore sûrement des sous-pulls violets, mais Coco peut également se rhabiller avant de retrouver des mecs dotés de personnalités aussi marquées qui faisaient tout le charme du véritable Whitesnake... Le solo slide de Micky Moody sur "Love Hunter" nous rappelle là encore le maître Rory... Quant aux cartouches mélodiques de Bernie, dont l'admirable solo de "Fool for Your Loving" n'est qu'un exemple parmi d'autres, elles valent bien tous les sweeps de Steve Vai et les harmoniques de John Sykes : les notes coulent de source et paraissent si évidentes que l'on sait qu'il n'aurait pu en être autrement.

Facile pour Dave avec une équipe pareille de mettre le public dans sa pogne ? Oui, mais encore faut-il se montrer à la hauteur de ses coéquipiers, et Coco relève le défi haut la main. Sans Glenn Hughes pour lui faire de l'ombre, il est plus facile pour l'auditeur d'apprécier la voix chaude et suave de notre lover préféré, et on ne se lasse pas de ses intonations brits bien typiques. Même quand il ne chante pas, on jubile de l'entendre parler, et ces "Here's a song for ya" accèdent ici à un statut aussi culte que les "Scream For Me" de Dickinson. Alors oui, on lui mange dans la main à David, et même dans son fauteuil, on tape du pied et on chante (faux). Pas étonnant donc que Martin Birch ait réussi à si bien capter la participation du public, aux anges de reprendre en chœur ces pub-songs teintées de Blues. On pouvait d'ailleurs lire sur la version originale du "Live at Hammersmith" la note suivante qui n'a pas été reprise dans la nouvelle édition : "Not only does it features the Band, it also presents the audience singing like a choir of the song "Ain't No Love in the Heart of the City"... Nice One !"

Les versions incroyables du "Walking In the Shadow of the Blues" soutenu par l'Odeon, ou de "Trouble" voyant Dave haranguer la foule avec des "Is it the same for you ? / Trouble's always comin' my way !" ayant retourné notre pauvre cerveau déjà perturbé par les émotions contradictoires engendrées par le mordant de "Sweet Talker" et la beauté à pleurer du "Ain't No Love" (reprise de la non moins excellente version de Bobby "Blue" Bland - "Dreamer", 1974), on s'envoie quand même pour la route deux covers du Mighty Purple, un "Mistreated" habité et un "Might Just Take Your Life" sur lequel l'absence de Paice se fait sentir, mais qui nous permet d'entendre Bernie se payer le luxe d'interpréter les parties vocales de Glenn...

Et gavés jusqu'à plus soif d'hymnes intemporels, on termine ce disque comme l'on sortait autrefois du Toucan à 23h, poussés par Pete vers l'escalier de la sortie de secours : ivres, heureux, hilares, chantant bras dessus bras dessous avec de parfaits inconnus un morceau universel pour lequel on gardera toujours une affection particulière :

"I was born under a bad siiigggnnn,
Left out in the cold !
I'm a lonely man who knows
Just what it means to loooose control..."

"Live In The Heart Of The City" est un Live comme on n'en fait plus, un de ces opus ayant marqué le Rock d'une empreinte indélébile. Grâce à cette merveille, Coco, malgré son bronzage et ses frasques hollywoodiennes, restera finalement dans nos cœurs le brit' provincial mal fagoté au bracelet-montre démesuré, le kid au talent fou qui a réussi dans la grande ville, et l'on ne peut que se sentir un peu triste du destin du Serpent Blanc et de son virage américain ayant rendu Whitesnake aussi formaté que l'est devenue Londres en quelques années.

Le pire étant peut-être que Dave vend aujourd'hui du pinard californien.

Miséricorde.

Non, c'est certain... Whitesnake n'est plus le groupe que j'ai aimé.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Mar 27, 2015 10:58 PM CET


Forever More
Forever More
Proposé par thebookcommunity_fr
Prix : EUR 21,15

2 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Prozac., 14 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Forever More (CD)
La vie est dure... Si dure... D’abord elle te sourit, te met en confiance, t’encourage. Toi, forcément, tu y croies. Tu fais des projets, tu rêves, tu espères. Certains oublient même que le bonheur n’est qu’un mythe utopique, ou tout au mieux un moment éphémère dont il faut jouir sans réserve lorsqu’il se présente. Car l’histoire se termine finalement toujours de la même façon : quand tu es bien ferré, mec, la vie t’enfonce froidement dans le dos sa lame la plus affûtée, puis t’abandonne en te laissant te vider de ton sang, sans même t’accorder un dernier regard.

Tu sais que je ne te le souhaite pas, mais crois-moi mon pote, tôt ou tard, comme tout le monde, pour une raison ou une autre, tu vas morfler. Personne n’est épargné : un jour arrive ton tour.

Oh rassure toi, tu continues à te lever le matin. Mais sans envie. Tu vaques à tes occupations parce qu’il le faut bien; mais tu n'es pas vraiment là, car tu passes tes journée dans ta tête à ressasser inutilement les mêmes questions. Tu te demandes qui tu es vraiment ; et surtout comment tu en es arrivé là. Les sentiments que tu éprouves, les paroles que tu as prononcées, celles qui continuent à sortir de ta bouche sans que tu ne puisses rien y faire, les réactions que tu ne parviens plus à contrôler : tout en toi te fait honte et te dégoûte profondément. L’égoïsme avec lequel tu vivais pourtant très bien jusqu’ici t’apparaît soudain insupportable. Tu es perdu. Tu sauves plus ou moins bien les apparences en continuant à distribuer à tes proches de petits sourires affables, mais les gens qui t’aiment ne restent pas longtemps dupes : il est en effet particulièrement compliqué d’être avenant quand les seuls mots que tu as en permanence à l’esprit et qui à chaque instant deviennent plus palpables et concrets te renvoient à ton interminable nuit noire...

- Je crève. Je crève.

Lorsque l'on éprouve l'impression perpétuelle de se noyer; de s'abandonner à chaque instant aux remous d'un monstrueux naufrage en ayant la certitude absolue qu'on ne s'en sortira pas, la nature de l'Homme est telle que, mû par un réflexe de survie, on trouve rapidement une bouée de sauvetage à laquelle s’accrocher quelques instants avant de replonger, un flotteur permettant de tenir jusqu’au lendemain plutôt que de sombrer corps et bien. Certains font face à la tempête avec des médicaments et un psy, d'autres se tournent vers les plantes et autres substances chimiques plus ou moins légales. Je me suis soigné avec la Musique. En tapant un peu trop dans la gourde, pour être franc. Et «Forever More» est devenu la lumière de mon tunnel quotidien, un havre de paix dans l'enfer de mes journées. Mon Prozac.

J'ai su dès la première écoute de ce sixième Tesla que Jeff s'adressait directement à moi, que ce disque m'était destiné. Je me suis fondu en lui, m'identifiant totalement à la noirceur des textes de "Just In Case" (It's raining in my heart / I feel so incomplete / A lost and broken man), de "Falling Apart" (Another song about nothing feels right and everything is going wrong), ou encore de "In A Hole Again" (Don't want anyone to know who I really am / so they'll never see all the things I hide behind these precious walls I built just for me /so if they look into the windows of my soul all they're gonna see are my eyes starin' back and not the broken side of me).

Renvoyé à ma déprime lors de chaque écoute, je m'y vautrai, m'apitoyant sur mon sort en y prenant presque du plaisir, me sachant enfin compris, ne doutant pas qu'à l'autre bout du Monde, en Californie, cinq mecs partageaient ma détresse. Et Jeff m'offrait ce à quoi j'aspirais cruellement : un peu d'espoir, une vision fugitive, trouble, incertaine mais possible malgré tout que demain les choses iraient mieux. J'ai donc réappris à sourire au rythme de "One Day At A time" (One day at a time / No mountains to climb but sometimes it don’t come easy / One day at a time, or I lose my mind / that’s all I can do believe me); j'ai failli tatouer "I Wanna Live", sur mon avant-bras pour m'en persuader (I wanna live before I die / Don't want the world to pass me by / There's so much more I wanna try) et j'ai surtout écouté "The First Time", en boucle et parfois en chialant comme un gosse. Je suis pourtant bien incapable de décrire cette sensation de candeur, de pureté presque enfantine, de renaissance peut-être, que ne manque pas de faire résonner au plus profond de mon âme ce titre porté par un chorus de basse qui aujourd'hui encore m'accompagne dans mes nouveaux projets et me laisse à penser qu'un second jet de dés me sera peut-être accordé.

"Be everything you wanna be, you're extraordinary
Dont waste your time with memories, you're extraordinary
Take your chances while you can
Take your own life in your hands
And you can start it all again
Like it's the first time..."

"Forever More" n'est pourtant pas exempt de tout défaut : on est (musicalement) objectivement très loin des mythiques "Mechanical Resonance" et "Great Radio Controversy" qui s'approchaient du soleil grâce au big-bang né de la rencontre entre la voix unique, éraillée et pénétrante de Jeff Keith et les monstrueux duels de guitare de Tommy Skeoch et Frank Hannon. "Forever More" est bien plus sobre, moins démonstratif, et pourrait même facilement passer pour un disque de Rock US calibré radio aux oreilles de quelqu'un qui n'en ferait qu'une écoute superficielle sans en comprendre l'essence.

Tesla retrouve en effet à la production Terry Thomas (Tommy Shaw, Bad Company, Giant, Foreigner), déjà aux manettes sur "Bust a Nut" : un musicien qui ne donne pas dans le clinquant mais plutôt dans l'efficace. Et on se retrouve au final avec un son un peu bâtard : très réussi sur les ballades et les mid-tempi où sont mis en avant la basse et les arpèges (son clair d'ailleurs très spécial), mais un peu light sur les morceaux plus méchants, la faute à un son de batterie trop old-school comparé au mordant des guitares plus actuelles, accordées quelques tons en dessous pour laisser une marge de manœuvre à Jeff qui n'a plus la voix de ses 20 ans.

Certains déploreront également l'absence de grandes envolées guitaristiques, indissociables des premiers full-lengths, et mettront peut-être en cause le new kid Dave Rude, remplaçant du génial Tommy Skeoch, toujours empêtré dans ses addictions chimiques. Ce serait une erreur. Ce disque ne donne pas dans l'esbroufe, mais c'est volontaire, et ce afin de mettre en avant l'émotion pure, la sobriété, la mise à nu.

Des morceaux moins bons, une production contestable, des guitares en retrait... Et pourtant... Pourtant... Tout au long de l'album, les sensations s'enchaînent : malaise, détresse, espoir, allégresse, partage... "Forever More", c'est la bastos qui monte dans la chambre au dernier tour d'une Roulette Russe. C'est le silence glacial qui se fait lorsqu'un joueur de Poker fait un Tapis à quatre zéros. Ce sont des tripes balancées sur la table. "Forever More" tient de la Vérité. Il y a dans ce disque quelque chose que tous les musiciens voudraient connaître un jour, qu'ils essaient perpétuellement d'atteindre en ne faisant souvent que l'effleurer. Quelque chose qui s'invite ou repart de manière autonome. Le mojo. Le frisson. La touche de Magie qui faisait d'ailleurs défaut à "Bust a Nut" et "Into the Now". Alors on pardonne sans sourciller les petites imperfections qui font d'ores et déjà partie intégrante de cette œuvre magnifique, parfaitement illustrée par la photo des amants de Valdaro, ce couple de squelettes enlacés retrouvé en Italie quelques mois avant la sortie de ce Tesla, à quelques kilomètres de Vérone, la ville de Roméo et Juliette...

L'Amour, la Mort, l'Éternité.

La Beauté, la Tristesse.

Forever More.
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SLAVE TO THE GRIND 12" SINGLE UK ATLANTIC 1991 3 TRACK LIMITED EDITION RUBBER SLEEVE B/W CREEPSHOW AND BEGGAR'S DAY (A7603TX) PIC SLEEVE
SLAVE TO THE GRIND 12" SINGLE UK ATLANTIC 1991 3 TRACK LIMITED EDITION RUBBER SLEEVE B/W CREEPSHOW AND BEGGAR'S DAY (A7603TX) PIC SLEEVE

4.0 étoiles sur 5 Plus loin que la nuit et le jour…, 16 mars 2013
J'aime beaucoup ce que Kessel disait des voyages : ils "ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant le départ même. On ouvre les atlas, on rêve sur les cartes. On répète les noms magnifiques des villes inconnues..."

C'est beau.

En réalité, le metalhead est de nos jours bien plus pragmatique. A peine son billet d’avion réservé, trop excité pour se laisser aller au rêve, il ouvre immédiatement plusieurs fenêtres sur Google : il répertorie dans la première les disquaires de la ville dans laquelle il se rend, les situe par rapport à son hôtel dans la seconde et consulte évidemment dans la dernière ses contacts étrangers pour aller à la pêche aux infos sur d'éventuelles petites boutiques impossibles à trouver sur le Net.

Si la destination ne lui est pas inconnue, il s’accorde généralement une pause nostalgique en ouvrant le tiroir dans lequel il conserve les traces de ses passages précédents, jette tristement un œil sur les flyers des merveilleuses boutiques poussiéreuses qui faisaient autrefois son bonheur et repense aux disques qu'il associe à ses voyages. C’est d’ailleurs en retrouvant les pages jaunes recensant les disquaires londoniens, arrachées dans l'annuaire d'une chambre d'hôtel à une époque où Internet n’existait pas, que j’ai subitement eu envie de ressortir ce single de Skid Row, de palper sa pochette en skaï, et surtout de sentir ce parfum de faux-cuir mêlé à l'odeur du disque, ce parfum qui me rappellera toujours les minuscules sous-sols de Camden, les Music & Video Exchange de Notting Hill, mais aussi Hanway Street où je pouvais rester la journée entière à Vinyl Experience; et bien évidemment Soho, Berwick Street et ses incroyables échoppes coincées entre des épiceries asiatiques qu'étaient entre autres Reckless Records et Sister Ray...

Sister Ray... Sister Ray n'est malheureusement plus aujourd'hui qu'une vulgaire et sinistre boutique mainstream qui fait tragiquement honte à son glorieux passé : jusqu'à la fin des 90s le propriétaire mit en effet un point d'honneur à bannir de ses bacs les albums courants pour les remplir uniquement de raretés, picture-discs, bootlegs et autres singles à tirage limité qui procuraient une joie intense et surréaliste aux collectionneurs acharnés. Inutile de vous dire que je faisais souvent la fermeture, me torturant le cerveau parce que mon portefeuille n'était pas à la hauteur de mes ambitions et reposant au dernier moment tel disque qu'il était pourtant inconcevable de laisser s'envoler, sachant très bien que je ne le reverrai peut-être jamais... Le patron, blasé par cette scène shakespearienne qu'il voyait rejoué en boucle quotidiennement, attendait poliment, patiemment, que j'étale sur le comptoir mes trésors, les bébés que je venais d'adopter pour la vie, dont ce "Slave to the Grind", petit frère dans l'âme du mythique pressage similicuir de "No Remorse" de Motörhead et donc achat incontournable, puisque la beauté d'un single réside évidemment dans son esthétisme et qu'il n'y a pas plus esthétique que Skid Row.

Parce que Skid Row, c’est avant tout visuel et instantané. Skid Row, c’est un coup de foudre, un gang dont le jeune hardos de 14 ans tombe amoureux en hallucinant sur une photo de Ross Halfin. Skid Row, c’est le tatouage «Youth Gone Wild» de Baz qui t'annonce la couleur, toi non plus tu ne rentreras jamais dans leur système et tu enverras bouler ton boss en costard-cravate; Skid Row c’est la chaîne de Bolan reliant son oreille à son nez sur laquelle tu fantasmes pendant la récré; promis juré, quand tu seras grand tu auras la même; Skid Row c’est la bad-boy-attitude ultime, le refus du compromis, l’adolescence éternelle, l’irresponsabilité personnifiée, la fête qui ne se termine pas; Skid Row c’est l’impressionnante personnalité de Baz qui te pousse à croire qu'avec des cheveux un peu plus longs tu pourras toi aussi déchaîner les ardeurs de la gente féminine; Skid Row, c’est le groupe qui te fait acheter HRM deux fois le même mois pour pouvoir archiver le premier et découper les photos du second pour les coller sur tes classeurs. Skid Row tu sens bien que c'est dangereux et que de toutes façons des potes de Mötley et des Guns respirent forcément la sincérité. Skid Row, c'est juste la vie dont tu rêves; le Jack qui se boit au goulot au petit matin, les filles faciles et surtout des riffs qui te collent la tête dans le mur et un chanteur ultra-charismatique qui sait porter le fute en cuir.

Skid Row je savais avant d'en entendre la moindre note que ça allait être à la vie à la mort.

C'est comme ça que les rockstars gagnent leur vie : en rendant heureux comme des rois et fier comme des coqs des gamins qui achètent à un prix exorbitant un 45 tours 3 titres qui ne sert à rien !

Certes «Slave to the Grind» est bien évidemment une bombe. Du genre qui t’explose à la tronche dès que le diamant touche le sillon. Pas de quartiers ! Un mur du son te saute à la gorge et instaure une tension presque insoutenable grâce à des guitares ultra lourdes accordées en Ré qui te mettent à genoux. Le stress monte encore d'un cran avec le riff thrashy du couplet, sur lequel se pose une voix toute en retenue, montrant au Monde la suprématie de Baz, qui excelle autant dans les graves que les aigus. Le nœud coulant se resserre, tu n’en peux plus, et arrive alors le pré-refrain sur lequel la rage du canadien explose, c’est le soulagement, la catharsis, c’est trop bon, et tu ne peux que reprendre en chœur avec lui le refrain peut-être simple mais tellement fédérateur : can’t be king of the world if you’re Slave to the Grind ! Tuerie. On en oublie même un solo de Snake plus que moyen, et un son de grosse caisse qui a peut-être un peu vieilli.

La face B est par contre une gentille escroquerie, puisque Atlantic nous ressort «Creepshow», l’un des deux morceaux de l’album (avec «Mudkicker»), à mon avis un peu en dessous des dix autres qui sont simplement intouchables, accompagné d'un soi-disant inédit, «Beggar’s Day», qui figure pourtant sur le pressage US de "Slave to the Grind" en lieu et place du mythique "Get the .... Out", banni du disque par Atlantic qui voulait éviter un scandale puritain, et que donc tout fan qui se respecte connaissait déjà.

Attention ! "Creepshow" est loin d'être un mauvais morceau ! L'emploi des harmoniques artificielles, le rythme up-tempo bien groovy et les chœurs over-the-top rappellent énormément le premier album, un petit côté funky en plus et une façon d'aborder le chant déjà différente. La signature old-school de Scotti Hill somme toute, qui représentait le côté conservateur du gang. "Beggar's Day" s'en rapproche d'ailleurs dans l'esprit. Composé par Baz, Bolan et Snake, le titre ne faisait pas l'unanimité dans le groupe : c'était l'un des morceaux préférés de Snake et Scotti, mais également de l'ami Phil Anselmo; et Baz le place encore régulièrement sur ses setlists aujourd'hui. Par contre Bolan ne le supportait pas et refusait catégoriquement de le jouer ! C'est à mon sens un très bon titre, mais qui m'apparaît avec "Creepshow" et "Mudkicker" comme une transition entre le Hard au son Heavy des débuts et le Heavy ultra lourd du second opus, caractérisé par une agressivité ayant sauté le Grand Canyon - même si dire que cet album flirte avec le Thrash me paraît exagéré. La musique de Skid Row évoluait, c'est un fait, et je ne serais pas surpris de savoir que cette triplette Creepshow-Mudkicker-Beggar's Day aient fait partie des premiers morceaux composés pour "Slave to the Grind", certains étant peut-être même des (excellentes) chutes de l'album éponyme. Scotti Hill appose d'ailleurs son nom sur deux de ces trois titres, alors que le reste du disque est signé par la paire de bourrins Snake/Bolan !

Un 12 pouces qui n'amène donc rien, à part le plaisir de le posséder, de le toucher, de le regarder, de le ranger et parfois d'en parler. Les disques sont au fond comparables aux grands voyages : ils ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant l’écoute même. On ouvre les booklets, on rêve sur les photos. On répète à voix haute des paroles qu’on ne connaît parfois pas encore.

C'est beau.
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Mise Aux Poings
Mise Aux Poings
Proposé par killers
Prix : EUR 4,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Anger is a gift., 21 février 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mise Aux Poings (CD)
Tu les sens vivre en toi. Grandir. Elles te rongent. Lentement mais sûrement. Elles gagnent quotidiennement du terrain, gangrènent ton âme. tu voudrais réagir, mais tu restes impuissant. Alors tu les acceptes.

La Rage, la Violence, la Haine et la Colère.

Envie d'hurler pour te libérer, de flinguer sans plus te poser de questions, de frapper aveuglément jusqu'à ce que mort s'ensuive. De réveiller le Loup qui sommeille en toi.

Des sentiments légitimes auxquels tu te trouves aujourd’hui confronté de plus en plus souvent "grâce" entre autres aux merveilleuses avancées technologiques de notre société décadente qui ont réussi en quelques années à déshumaniser et déculturer toute une génération ; ou encore à la bêtise sans fond et l’incompétence de soi-disant professionnels qui transforment dans tous les domaines tes démarches les plus simples en chemins de croix sans fin. Oui, contrairement à ce qu’on essaie de nous vendre, plus rien n’est simple dans notre nouveau monde ; et tu règlerais bien ton lot d’injustices quotidiennes en faisant confiance à ton instinct le plus primaire... Oh qu'il serait jouissif de te laisser aller à l'écouter, cette voix sournoise qui te susurre insidieusement d’arrêter de parler pour fracasser la tête de ton interlocuteur qui ne comprendra visiblement jamais ce que tu te tues à lui expliquer calmement depuis des plombes; cette voix qui prône la seule solution viable pour mettre un terme à la connerie, l'incompétence, la lâcheté, l'hypocrisie, la trahison.

La voix de la Colère.

Celle qui paradoxalement te permet de tenir.

Si Bernie la personnifie jusqu'en 1981 dans le cœur de beaucoup d'entre nous, son passage à "Champs Élysées" le 15 Octobre 1983 enterre les espoirs des derniers irréductibles qui voulaient encore croire en sa sincérité : déguisé en pingouin, fixant la caméra d'un saisissant regard de faux-derche oscillant entre conviction égarée et lover-attitude, Bernie laisse ce jour la France orpheline, prête à céder aux appels de pied de la barre à mine... Et l'attente sera longue, interminable... Car c'est seulement en Mars 1987 qu'arrive dans les bacs ce furieux "Mise aux Poings" (labellisé Dream Records et distribué par CBS), chef d'œuvre qui marque le retour de la Colère française, Colère incarnée par la voix enragée du stupéfiant Serge Pujos.

Pour comprendre le trauma qui engendre la naissance sanguinaire et salvatrice de ce troisième opus de Killers, il est nécessaire de revenir en 1985, aux sessions d'enregistrement de «Danger de Vie» dans le Studio Campus du onzième arrondissement parisien. Bruno Dolheguy, leader du groupe faut-il le préciser, est absent ce jour de Novembre où Didier Deboffe met en boîte les soli du second album de nos Tueurs nationaux, et ne découvre que quelques jours plus tard ce qu’il faut bien appeler un massacre en travaillant sur le mixage. En cause non pas les soli à proprement parler, mais le son de guitare (pris en direct de la pédale de saturation à la table de mixage) choisi par Didier et l'ingé-son Laurent Thibault, son qu’on pourrait vaguement rapprocher d’une guitare-synthé, voire d'une cornemuse saturée...

Si vous connaissez un tant soit peu le caractère entier des gens du Sud, vous imaginerez facilement les tirades poétiques qui ont inévitablement dû souffler dans les bronches du soliste… Didier ne digère pas les remontrances, et une ambiance pesante s’installe quelques temps dans le local de répétition alors que «Danger de Vie» n’est même pas encore sorti. Elle ne durera pas bien longtemps : les quatre musiciens de Killers abandonnent Bruno quelques semaines plus tard en lui laissant pour toute explication un post-it sur une table. Ne pouvant s'approprier le nom "Killers" dont Bruno est dépositaire, Patrice Le Calvez, Didier Deboffe, Pierre Paul et Michel Camiade fondent un nouveau combo : Titan.

A ce stade de l'histoire, j'abandonne les faits pour essayer de comprendre ce que pouvait ressentir Bruno en retirant un à un les couteaux qui lui avaient été plantés dans le dos. Injustice, dégoût, solitude ? Colère ? Sans vouloir jouer les psychologues de seconde zone, on peut en tous cas le supposer après avoir pris en pleine face cette "Mise aux Poings" qui décolle le papier peint.

Car là où d'autres auraient replié les gaules, vendu le Marshall et la sono pour passer à autre chose en gardant toute leur vie un léger goût amer au fond de la bouche, Bruno a instinctivement serré les dents, pris une bonne cuite, rebranché sa guitare, affûté son crayon et passé quelques coups de fil... Ses potes du groupe bayonnais V.S.O.P. le rejoignent et c'est Serge Pujos qui s'empare donc du micro tandis que François Merle (futur Manigance) assiste Bruno aux guitares. La section rythmique est désormais assurée par le tandem Miguel Caron / Philippe Borda. Killers redresse la tête, renaît de ses cendres, plus fier et fort que jamais.

Sous la houlette de Bruno, galvanisé par cette Sainte Colère, ce besoin de revanche, cette envie de hurler qu'on ne l'enterrerait pas, la nouvelle équipe d'Assassins compose rapidement huit nouveaux titres, qu'ils enregistrent dans la foulée en Décembre 1986 au Studio Couleurs d'Auvers-Sur-Oise (95) de l'ami Laurent Thibault, qui précisons-le, n'était pas n'importe qui : après avoir fondé Magma, ce musicien / ingé-son a entre autres bossé avec Iggy Pop, David Bowie, Bad Company, Alice Cooper, Rainbow ou MSG, excusez du peu... Et la production s'avère cette fois à la hauteur : brute, rocailleuse, pure. Parfaite. Thibault qui a pleinement compris l'essence de ce disque, à savoir une claque de bûcheron dans ta face, met évidemment en avant la performance ultime de Serge au chant; Serge qui pleure de la gorge, qui saigne des cordes vocales, qui donne bien plus qu'il ne peut, qui met ses tripes sur les sillons de ton vinyle pour un résultat absolument magnifique sublimé par les lyrics extrêmes de Bruno...

Mais le génie passe souvent inaperçu; et le mixage du duo Laurent Thibault / Pascal Bodin est vivement critiqué : la voix serait trop présente et boufferait les instruments... Punaise, on n'a pas dû écouter le même disque. Si Serge tient logiquement le haut du pavé, les guitares sont pourtant juste énormes, tout comme la batterie qui te martèle la tête. Et si la basse n'occupe pas sur cet opus, c'est vrai, une place prépondérante mélodiquement parlant, elle ramène la couverture à elle de temps à autre ("Illusion" par exemple), et, loin d'être inaudible, assume surtout parfaitement son rôle crucial de rouleau-compresseur rythmique. Non, franchement, je n'adhère absolument pas à ce point de vue, bien au contraire, mais je dois être le seul, puisque Bruno ressortira cet album en 2001 en réenregistrant le chant et en le mettant plus en retrait au mixage. Je n'ai jamais voulu l'écouter.

Musicalement, les titres sont bien plus violents que par le passé, certains riffs s'inspirant clairement du Thrash, toujours cependant modérés par un fort côté mélodique Hard/Heavy (un mélange savamment dosé qui restera d'ailleurs une constante chez Killers). Et c'est cette violence particulière qui rend cette galette si profonde et savoureuse et qui en fait, vous l'aurez compris, mon album favori des basques. Alors que "Fils de la Haine" (1985) et "Danger de Vie" (1986) sentent bon l'adolescence, la génération Perfecto qui découvrait le Hard sur des Peugeot 103; que "Résistances" (1989) et surtout le sidérant "Cités Interdites" (1992) illuminent l'accomplissement du musicien; "Mise aux Poings" est une tranche de vie, un moment unique, la réaction viscérale d'un Homme blessé qui sort les griffes. Son authenticité sauvage, sa brutalité palpable qui transpire bien au delà des enceintes pour toucher la corde sensible de tous ceux qui ont pu un jour nourrir des sentiments identiques reste un trésor incomparable à mes oreilles; en témoignent par exemple les perles "Rockstar Limite", "Illusion", ou encore "Seul" et son hurlement de Loup en intro qui me met toujours le grand frisson malgré un nombre incalculable d'écoutes.

Bien sûr, le disque n'est pas parfait; et on peut lui trouver quelques petits défauts... Certainement de par sa ligne de chant trop banale sur le couplet, et un refrain trop mélodique, voire gentillet, "Les Fleurs Du Mal" ne tient pas complètement la route face aux sept autres compositions, et ce malgré un pré-refrain bien sympa. De même, la relative simplicité des soli et leur côté "candide" est un peu surprenante, surtout lorsqu'on établit un parallèle avec "Résistances" sur lequel la patte technique de Merle est omniprésente. D'un autre côté, un travail plus poussé sur les harmonies aurait certainement enlevé au disque cette spontanéité qui fait sa force; j'arrête donc ici mes inutiles élucubrations pour profiter sans plus réfléchir de cette œuvre poignante, mature et passionnée.

Alors pour ne pas céder à la tentation qui devient chaque jour plus forte de gifler ton collègue sans donner d'explications, de faire livrer une couronne mortuaire à l'artisan que tu attends depuis huit mois alors que tu l'as déjà payé, de corriger à ta façon le petit imbécile qui casse les pieds de tout le monde dans la rue mais à qui personne n'ose rien dire, de faire un stock de chaux vive dans ton sous-sol pour tenir compagnie à ta pelle, ou simplement d'arrêter d'avoir les mains qui tremblent quand tu allumes la radio le matin pour écouter les informations qui sans que tu saches pourquoi t'évoquent une sodomie non consentie, un seul remède : la Mise aux Poings. Mets la dans ta platine et prends de la distance, à l'image de ce rapace déployant ses ailes, immortalisé par Philippe Ducassou. On ne guérit pas de la Colère mais on parvient parfois à s'en servir.
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