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ZazPanzer

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Forever More
Forever More
Proposé par cdgirl666_fr
Prix : EUR 10,45

5.0 étoiles sur 5 Prozac., 14 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Forever More (CD)
La vie est dure... Si dure... D’abord elle te sourit, te met en confiance, t’encourage. Toi, forcément, tu y croies. Tu fais des projets, tu rêves, tu espères. Certains oublient même que le bonheur n’est qu’un mythe utopique, ou tout au mieux un moment éphémère dont il faut jouir sans réserve lorsqu’il se présente. Car l’histoire se termine finalement toujours de la même façon : quand tu es bien ferré, mec, la vie t’enfonce froidement dans le dos sa lame la plus affûtée, puis t’abandonne en te laissant te vider de ton sang, sans même t’accorder un dernier regard.

Tu sais que je ne te le souhaite pas, mais crois-moi mon pote, tôt ou tard, comme tout le monde, pour une raison ou une autre, tu vas morfler. Personne n’est épargné : un jour arrive ton tour.

Oh rassure toi, tu continues à te lever le matin. Mais sans envie. Tu vaques à tes occupations parce qu’il le faut bien; mais tu n'es pas vraiment là, car tu passes tes journée dans ta tête à ressasser inutilement les mêmes questions. Tu te demandes qui tu es vraiment ; et surtout comment tu en es arrivé là. Les sentiments que tu éprouves, les paroles que tu as prononcées, celles qui continuent à sortir de ta bouche sans que tu ne puisses rien y faire, les réactions que tu ne parviens plus à contrôler : tout en toi te fait honte et te dégoûte profondément. L’égoïsme avec lequel tu vivais pourtant très bien jusqu’ici t’apparaît soudain insupportable. Tu es perdu. Tu sauves plus ou moins bien les apparences en continuant à distribuer à tes proches de petits sourires affables, mais les gens qui t’aiment ne restent pas longtemps dupes : il est en effet particulièrement compliqué d’être avenant quand les seuls mots que tu as en permanence à l’esprit et qui à chaque instant deviennent plus palpables et concrets te renvoient à ton interminable nuit noire...

- Je crève. Je crève.

Lorsque l'on éprouve l'impression perpétuelle de se noyer; de s'abandonner à chaque instant aux remous d'un monstrueux naufrage en ayant la certitude absolue qu'on ne s'en sortira pas, la nature de l'Homme est telle que, mû par un réflexe de survie, on trouve rapidement une bouée de sauvetage à laquelle s’accrocher quelques instants avant de replonger, un flotteur permettant de tenir jusqu’au lendemain plutôt que de sombrer corps et bien. Certains font face à la tempête avec des médicaments et un psy, d'autres se tournent vers les plantes et autres substances chimiques plus ou moins légales. Je me suis soigné avec la Musique. En tapant un peu trop dans la gourde, pour être franc. Et «Forever More» est devenu la lumière de mon tunnel quotidien, un havre de paix dans l'enfer de mes journées. Mon Prozac.

J'ai su dès la première écoute de ce sixième Tesla que Jeff s'adressait directement à moi, que ce disque m'était destiné. Je me suis fondu en lui, m'identifiant totalement à la noirceur des textes de "Just In Case" (It's raining in my heart / I feel so incomplete / A lost and broken man), de "Falling Apart" (Another song about nothing feels right and everything is going wrong), ou encore de "In A Hole Again" (Don't want anyone to know who I really am / so they'll never see all the things I hide behind these precious walls I built just for me /so if they look into the windows of my soul all they're gonna see are my eyes starin' back and not the broken side of me).

Renvoyé à ma déprime lors de chaque écoute, je m'y vautrai, m'apitoyant sur mon sort en y prenant presque du plaisir, me sachant enfin compris, ne doutant pas qu'à l'autre bout du Monde, en Californie, cinq mecs partageaient ma détresse. Et Jeff m'offrait ce à quoi j'aspirais cruellement : un peu d'espoir, une vision fugitive, trouble, incertaine mais possible malgré tout que demain les choses iraient mieux. J'ai donc réappris à sourire au rythme de "One Day At A time" (One day at a time / No mountains to climb but sometimes it don’t come easy / One day at a time, or I lose my mind / that’s all I can do believe me); j'ai failli tatouer "I Wanna Live", sur mon avant-bras pour m'en persuader (I wanna live before I die / Don't want the world to pass me by / There's so much more I wanna try) et j'ai surtout écouté "The First Time", en boucle et parfois en chialant comme un gosse. Je suis pourtant bien incapable de décrire cette sensation de candeur, de pureté presque enfantine, de renaissance peut-être, que ne manque pas de faire résonner au plus profond de mon âme ce titre porté par un chorus de basse qui aujourd'hui encore m'accompagne dans mes nouveaux projets et me laisse à penser qu'un second jet de dés me sera peut-être accordé.

"Be everything you wanna be, you're extraordinary
Dont waste your time with memories, you're extraordinary
Take your chances while you can
Take your own life in your hands
And you can start it all again
Like it's the first time..."

"Forever More" n'est pourtant pas exempt de tout défaut : on est (musicalement) objectivement très loin des mythiques "Mechanical Resonance" et "Great Radio Controversy" qui s'approchaient du soleil grâce au big-bang né de la rencontre entre la voix unique, éraillée et pénétrante de Jeff Keith et les monstrueux duels de guitare de Tommy Skeoch et Frank Hannon. "Forever More" est bien plus sobre, moins démonstratif, et pourrait même facilement passer pour un disque de Rock US calibré radio aux oreilles de quelqu'un qui n'en ferait qu'une écoute superficielle sans en comprendre l'essence.

Tesla retrouve en effet à la production Terry Thomas (Tommy Shaw, Bad Company, Giant, Foreigner), déjà aux manettes sur "Bust a Nut" : un musicien qui ne donne pas dans le clinquant mais plutôt dans l'efficace. Et on se retrouve au final avec un son un peu bâtard : très réussi sur les ballades et les mid-tempi où sont mis en avant la basse et les arpèges (son clair d'ailleurs très spécial), mais un peu light sur les morceaux plus méchants, la faute à un son de batterie trop old-school comparé au mordant des guitares plus actuelles, accordées quelques tons en dessous pour laisser une marge de manœuvre à Jeff qui n'a plus la voix de ses 20 ans.

Certains déploreront également l'absence de grandes envolées guitaristiques, indissociables des premiers full-lengths, et mettront peut-être en cause le new kid Dave Rude, remplaçant du génial Tommy Skeoch, toujours empêtré dans ses addictions chimiques. Ce serait une erreur. Ce disque ne donne pas dans l'esbroufe, mais c'est volontaire, et ce afin de mettre en avant l'émotion pure, la sobriété, la mise à nu.

Des morceaux moins bons, une production contestable, des guitares en retrait... Et pourtant... Pourtant... Tout au long de l'album, les sensations s'enchaînent : malaise, détresse, espoir, allégresse, partage... "Forever More", c'est la bastos qui monte dans la chambre au dernier tour d'une Roulette Russe. C'est le silence glacial qui se fait lorsqu'un joueur de Poker fait un Tapis à quatre zéros. Ce sont des tripes balancées sur la table. "Forever More" tient de la Vérité. Il y a dans ce disque quelque chose que tous les musiciens voudraient connaître un jour, qu'ils essaient perpétuellement d'atteindre en ne faisant souvent que l'effleurer. Quelque chose qui s'invite ou repart de manière autonome. Le mojo. Le frisson. La touche de Magie qui faisait d'ailleurs défaut à "Bust a Nut" et "Into the Now". Alors on pardonne sans sourciller les petites imperfections qui font d'ores et déjà partie intégrante de cette œuvre magnifique, parfaitement illustrée par la photo des amants de Valdaro, ce couple de squelettes enlacés retrouvé en Italie quelques mois avant la sortie de ce Tesla, à quelques kilomètres de Vérone, la ville de Roméo et Juliette...

L'Amour, la Mort, l'Éternité.

La Beauté, la Tristesse.

Forever More.

SLAVE TO THE GRIND 12" SINGLE UK ATLANTIC 1991 3 TRACK LIMITED EDITION RUBBER SLEEVE B/W CREEPSHOW AND BEGGAR'S DAY (A7603TX) PIC SLEEVE
SLAVE TO THE GRIND 12" SINGLE UK ATLANTIC 1991 3 TRACK LIMITED EDITION RUBBER SLEEVE B/W CREEPSHOW AND BEGGAR'S DAY (A7603TX) PIC SLEEVE

4.0 étoiles sur 5 Plus loin que la nuit et le jour…, 16 mars 2013
J'aime beaucoup ce que Kessel disait des voyages : ils "ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant le départ même. On ouvre les atlas, on rêve sur les cartes. On répète les noms magnifiques des villes inconnues..."

C'est beau.

En réalité, le metalhead est de nos jours bien plus pragmatique. A peine son billet d’avion réservé, trop excité pour se laisser aller au rêve, il ouvre immédiatement plusieurs fenêtres sur Google : il répertorie dans la première les disquaires de la ville dans laquelle il se rend, les situe par rapport à son hôtel dans la seconde et consulte évidemment dans la dernière ses contacts étrangers pour aller à la pêche aux infos sur d'éventuelles petites boutiques impossibles à trouver sur le Net.

Si la destination ne lui est pas inconnue, il s’accorde généralement une pause nostalgique en ouvrant le tiroir dans lequel il conserve les traces de ses passages précédents, jette tristement un œil sur les flyers des merveilleuses boutiques poussiéreuses qui faisaient autrefois son bonheur et repense aux disques qu'il associe à ses voyages. C’est d’ailleurs en retrouvant les pages jaunes recensant les disquaires londoniens, arrachées dans l'annuaire d'une chambre d'hôtel à une époque où Internet n’existait pas, que j’ai subitement eu envie de ressortir ce single de Skid Row, de palper sa pochette en skaï, et surtout de sentir ce parfum de faux-cuir mêlé à l'odeur du disque, ce parfum qui me rappellera toujours les minuscules sous-sols de Camden, les Music & Video Exchange de Notting Hill, mais aussi Hanway Street où je pouvais rester la journée entière à Vinyl Experience; et bien évidemment Soho, Berwick Street et ses incroyables échoppes coincées entre des épiceries asiatiques qu'étaient entre autres Reckless Records et Sister Ray...

Sister Ray... Sister Ray n'est malheureusement plus aujourd'hui qu'une vulgaire et sinistre boutique mainstream qui fait tragiquement honte à son glorieux passé : jusqu'à la fin des 90s le propriétaire mit en effet un point d'honneur à bannir de ses bacs les albums courants pour les remplir uniquement de raretés, picture-discs, bootlegs et autres singles à tirage limité qui procuraient une joie intense et surréaliste aux collectionneurs acharnés. Inutile de vous dire que je faisais souvent la fermeture, me torturant le cerveau parce que mon portefeuille n'était pas à la hauteur de mes ambitions et reposant au dernier moment tel disque qu'il était pourtant inconcevable de laisser s'envoler, sachant très bien que je ne le reverrai peut-être jamais... Le patron, blasé par cette scène shakespearienne qu'il voyait rejoué en boucle quotidiennement, attendait poliment, patiemment, que j'étale sur le comptoir mes trésors, les bébés que je venais d'adopter pour la vie, dont ce "Slave to the Grind", petit frère dans l'âme du mythique pressage similicuir de "No Remorse" de Motörhead et donc achat incontournable, puisque la beauté d'un single réside évidemment dans son esthétisme et qu'il n'y a pas plus esthétique que Skid Row.

Parce que Skid Row, c’est avant tout visuel et instantané. Skid Row, c’est un coup de foudre, un gang dont le jeune hardos de 14 ans tombe amoureux en hallucinant sur une photo de Ross Halfin. Skid Row, c’est le tatouage «Youth Gone Wild» de Baz qui t'annonce la couleur, toi non plus tu ne rentreras jamais dans leur système et tu enverras bouler ton boss en costard-cravate; Skid Row c’est la chaîne de Bolan reliant son oreille à son nez sur laquelle tu fantasmes pendant la récré; promis juré, quand tu seras grand tu auras la même; Skid Row c’est la bad-boy-attitude ultime, le refus du compromis, l’adolescence éternelle, l’irresponsabilité personnifiée, la fête qui ne se termine pas; Skid Row c’est l’impressionnante personnalité de Baz qui te pousse à croire qu'avec des cheveux un peu plus longs tu pourras toi aussi déchaîner les ardeurs de la gente féminine; Skid Row, c’est le groupe qui te fait acheter HRM deux fois le même mois pour pouvoir archiver le premier et découper les photos du second pour les coller sur tes classeurs. Skid Row tu sens bien que c'est dangereux et que de toutes façons des potes de Mötley et des Guns respirent forcément la sincérité. Skid Row, c'est juste la vie dont tu rêves; le Jack qui se boit au goulot au petit matin, les filles faciles et surtout des riffs qui te collent la tête dans le mur et un chanteur ultra-charismatique qui sait porter le fute en cuir.

Skid Row je savais avant d'en entendre la moindre note que ça allait être à la vie à la mort.

C'est comme ça que les rockstars gagnent leur vie : en rendant heureux comme des rois et fier comme des coqs des gamins qui achètent à un prix exorbitant un 45 tours 3 titres qui ne sert à rien !

Certes «Slave to the Grind» est bien évidemment une bombe. Du genre qui t’explose à la tronche dès que le diamant touche le sillon. Pas de quartiers ! Un mur du son te saute à la gorge et instaure une tension presque insoutenable grâce à des guitares ultra lourdes accordées en Ré qui te mettent à genoux. Le stress monte encore d'un cran avec le riff thrashy du couplet, sur lequel se pose une voix toute en retenue, montrant au Monde la suprématie de Baz, qui excelle autant dans les graves que les aigus. Le nœud coulant se resserre, tu n’en peux plus, et arrive alors le pré-refrain sur lequel la rage du canadien explose, c’est le soulagement, la catharsis, c’est trop bon, et tu ne peux que reprendre en chœur avec lui le refrain peut-être simple mais tellement fédérateur : can’t be king of the world if you’re Slave to the Grind ! Tuerie. On en oublie même un solo de Snake plus que moyen, et un son de grosse caisse qui a peut-être un peu vieilli.

La face B est par contre une gentille escroquerie, puisque Atlantic nous ressort «Creepshow», l’un des deux morceaux de l’album (avec «Mudkicker»), à mon avis un peu en dessous des dix autres qui sont simplement intouchables, accompagné d'un soi-disant inédit, «Beggar’s Day», qui figure pourtant sur le pressage US de "Slave to the Grind" en lieu et place du mythique "Get the .... Out", banni du disque par Atlantic qui voulait éviter un scandale puritain, et que donc tout fan qui se respecte connaissait déjà.

Attention ! "Creepshow" est loin d'être un mauvais morceau ! L'emploi des harmoniques artificielles, le rythme up-tempo bien groovy et les chœurs over-the-top rappellent énormément le premier album, un petit côté funky en plus et une façon d'aborder le chant déjà différente. La signature old-school de Scotti Hill somme toute, qui représentait le côté conservateur du gang. "Beggar's Day" s'en rapproche d'ailleurs dans l'esprit. Composé par Baz, Bolan et Snake, le titre ne faisait pas l'unanimité dans le groupe : c'était l'un des morceaux préférés de Snake et Scotti, mais également de l'ami Phil Anselmo; et Baz le place encore régulièrement sur ses setlists aujourd'hui. Par contre Bolan ne le supportait pas et refusait catégoriquement de le jouer ! C'est à mon sens un très bon titre, mais qui m'apparaît avec "Creepshow" et "Mudkicker" comme une transition entre le Hard au son Heavy des débuts et le Heavy ultra lourd du second opus, caractérisé par une agressivité ayant sauté le Grand Canyon - même si dire que cet album flirte avec le Thrash me paraît exagéré. La musique de Skid Row évoluait, c'est un fait, et je ne serais pas surpris de savoir que cette triplette Creepshow-Mudkicker-Beggar's Day aient fait partie des premiers morceaux composés pour "Slave to the Grind", certains étant peut-être même des (excellentes) chutes de l'album éponyme. Scotti Hill appose d'ailleurs son nom sur deux de ces trois titres, alors que le reste du disque est signé par la paire de bourrins Snake/Bolan !

Un 12 pouces qui n'amène donc rien, à part le plaisir de le posséder, de le toucher, de le regarder, de le ranger et parfois d'en parler. Les disques sont au fond comparables aux grands voyages : ils ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant l’écoute même. On ouvre les booklets, on rêve sur les photos. On répète à voix haute des paroles qu’on ne connaît parfois pas encore.

C'est beau.

Mise Aux Poings
Mise Aux Poings
Proposé par Shop-Diffusion
Prix : EUR 5,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Anger is a gift., 21 février 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mise Aux Poings (CD)
Tu les sens vivre en toi. Grandir. Elles te rongent. Lentement mais sûrement. Elles gagnent quotidiennement du terrain, gangrènent ton âme. tu voudrais réagir, mais tu restes impuissant. Alors tu les acceptes.

La Rage, la Violence, la Haine et la Colère.

Envie d'hurler pour te libérer, de flinguer sans plus te poser de questions, de frapper aveuglément jusqu'à ce que mort s'ensuive. De réveiller le Loup qui sommeille en toi.

Des sentiments légitimes auxquels tu te trouves aujourd’hui confronté de plus en plus souvent "grâce" entre autres aux merveilleuses avancées technologiques de notre société décadente qui ont réussi en quelques années à déshumaniser et déculturer toute une génération ; ou encore à la bêtise sans fond et l’incompétence de soi-disant professionnels qui transforment dans tous les domaines tes démarches les plus simples en chemins de croix sans fin. Oui, contrairement à ce qu’on essaie de nous vendre, plus rien n’est simple dans notre nouveau monde ; et tu règlerais bien ton lot d’injustices quotidiennes en faisant confiance à ton instinct le plus primaire... Oh qu'il serait jouissif de te laisser aller à l'écouter, cette voix sournoise qui te susurre insidieusement d’arrêter de parler pour fracasser la tête de ton interlocuteur qui ne comprendra visiblement jamais ce que tu te tues à lui expliquer calmement depuis des plombes; cette voix qui prône la seule solution viable pour mettre un terme à la connerie, l'incompétence, la lâcheté, l'hypocrisie, la trahison.

La voix de la Colère.

Celle qui paradoxalement te permet de tenir.

Si Bernie la personnifie jusqu'en 1981 dans le cœur de beaucoup d'entre nous, son passage à "Champs Élysées" le 15 Octobre 1983 enterre les espoirs des derniers irréductibles qui voulaient encore croire en sa sincérité : déguisé en pingouin, fixant la caméra d'un saisissant regard de faux-derche oscillant entre conviction égarée et lover-attitude, Bernie laisse ce jour la France orpheline, prête à céder aux appels de pied de la barre à mine... Et l'attente sera longue, interminable... Car c'est seulement en Mars 1987 qu'arrive dans les bacs ce furieux "Mise aux Poings" (labellisé Dream Records et distribué par CBS), chef d'œuvre qui marque le retour de la Colère française, Colère incarnée par la voix enragée du stupéfiant Serge Pujos.

Pour comprendre le trauma qui engendre la naissance sanguinaire et salvatrice de ce troisième opus de Killers, il est nécessaire de revenir en 1985, aux sessions d'enregistrement de «Danger de Vie» dans le Studio Campus du onzième arrondissement parisien. Bruno Dolheguy, leader du groupe faut-il le préciser, est absent ce jour de Novembre où Didier Deboffe met en boîte les soli du second album de nos Tueurs nationaux, et ne découvre que quelques jours plus tard ce qu’il faut bien appeler un massacre en travaillant sur le mixage. En cause non pas les soli à proprement parler, mais le son de guitare (pris en direct de la pédale de saturation à la table de mixage) choisi par Didier et l'ingé-son Laurent Thibault, son qu’on pourrait vaguement rapprocher d’une guitare-synthé, voire d'une cornemuse saturée...

Si vous connaissez un tant soit peu le caractère entier des gens du Sud, vous imaginerez facilement les tirades poétiques qui ont inévitablement dû souffler dans les bronches du soliste… Didier ne digère pas les remontrances, et une ambiance pesante s’installe quelques temps dans le local de répétition alors que «Danger de Vie» n’est même pas encore sorti. Elle ne durera pas bien longtemps : les quatre musiciens de Killers abandonnent Bruno quelques semaines plus tard en lui laissant pour toute explication un post-it sur une table. Ne pouvant s'approprier le nom "Killers" dont Bruno est dépositaire, Patrice Le Calvez, Didier Deboffe, Pierre Paul et Michel Camiade fondent un nouveau combo : Titan.

A ce stade de l'histoire, j'abandonne les faits pour essayer de comprendre ce que pouvait ressentir Bruno en retirant un à un les couteaux qui lui avaient été plantés dans le dos. Injustice, dégoût, solitude ? Colère ? Sans vouloir jouer les psychologues de seconde zone, on peut en tous cas le supposer après avoir pris en pleine face cette "Mise aux Poings" qui décolle le papier peint.

Car là où d'autres auraient replié les gaules, vendu le Marshall et la sono pour passer à autre chose en gardant toute leur vie un léger goût amer au fond de la bouche, Bruno a instinctivement serré les dents, pris une bonne cuite, rebranché sa guitare, affûté son crayon et passé quelques coups de fil... Ses potes du groupe bayonnais V.S.O.P. le rejoignent et c'est Serge Pujos qui s'empare donc du micro tandis que François Merle (futur Manigance) assiste Bruno aux guitares. La section rythmique est désormais assurée par le tandem Miguel Caron / Philippe Borda. Killers redresse la tête, renaît de ses cendres, plus fier et fort que jamais.

Sous la houlette de Bruno, galvanisé par cette Sainte Colère, ce besoin de revanche, cette envie de hurler qu'on ne l'enterrerait pas, la nouvelle équipe d'Assassins compose rapidement huit nouveaux titres, qu'ils enregistrent dans la foulée en Décembre 1986 au Studio Couleurs d'Auvers-Sur-Oise (95) de l'ami Laurent Thibault, qui précisons-le, n'était pas n'importe qui : après avoir fondé Magma, ce musicien / ingé-son a entre autres bossé avec Iggy Pop, David Bowie, Bad Company, Alice Cooper, Rainbow ou MSG, excusez du peu... Et la production s'avère cette fois à la hauteur : brute, rocailleuse, pure. Parfaite. Thibault qui a pleinement compris l'essence de ce disque, à savoir une claque de bûcheron dans ta face, met évidemment en avant la performance ultime de Serge au chant; Serge qui pleure de la gorge, qui saigne des cordes vocales, qui donne bien plus qu'il ne peut, qui met ses tripes sur les sillons de ton vinyle pour un résultat absolument magnifique sublimé par les lyrics extrêmes de Bruno...

Mais le génie passe souvent inaperçu; et le mixage du duo Laurent Thibault / Pascal Bodin est vivement critiqué : la voix serait trop présente et boufferait les instruments... Punaise, on n'a pas dû écouter le même disque. Si Serge tient logiquement le haut du pavé, les guitares sont pourtant juste énormes, tout comme la batterie qui te martèle la tête. Et si la basse n'occupe pas sur cet opus, c'est vrai, une place prépondérante mélodiquement parlant, elle ramène la couverture à elle de temps à autre ("Illusion" par exemple), et, loin d'être inaudible, assume surtout parfaitement son rôle crucial de rouleau-compresseur rythmique. Non, franchement, je n'adhère absolument pas à ce point de vue, bien au contraire, mais je dois être le seul, puisque Bruno ressortira cet album en 2001 en réenregistrant le chant et en le mettant plus en retrait au mixage. Je n'ai jamais voulu l'écouter.

Musicalement, les titres sont bien plus violents que par le passé, certains riffs s'inspirant clairement du Thrash, toujours cependant modérés par un fort côté mélodique Hard/Heavy (un mélange savamment dosé qui restera d'ailleurs une constante chez Killers). Et c'est cette violence particulière qui rend cette galette si profonde et savoureuse et qui en fait, vous l'aurez compris, mon album favori des basques. Alors que "Fils de la Haine" (1985) et "Danger de Vie" (1986) sentent bon l'adolescence, la génération Perfecto qui découvrait le Hard sur des Peugeot 103; que "Résistances" (1989) et surtout le sidérant "Cités Interdites" (1992) illuminent l'accomplissement du musicien; "Mise aux Poings" est une tranche de vie, un moment unique, la réaction viscérale d'un Homme blessé qui sort les griffes. Son authenticité sauvage, sa brutalité palpable qui transpire bien au delà des enceintes pour toucher la corde sensible de tous ceux qui ont pu un jour nourrir des sentiments identiques reste un trésor incomparable à mes oreilles; en témoignent par exemple les perles "Rockstar Limite", "Illusion", ou encore "Seul" et son hurlement de Loup en intro qui me met toujours le grand frisson malgré un nombre incalculable d'écoutes.

Bien sûr, le disque n'est pas parfait; et on peut lui trouver quelques petits défauts... Certainement de par sa ligne de chant trop banale sur le couplet, et un refrain trop mélodique, voire gentillet, "Les Fleurs Du Mal" ne tient pas complètement la route face aux sept autres compositions, et ce malgré un pré-refrain bien sympa. De même, la relative simplicité des soli et leur côté "candide" est un peu surprenante, surtout lorsqu'on établit un parallèle avec "Résistances" sur lequel la patte technique de Merle est omniprésente. D'un autre côté, un travail plus poussé sur les harmonies aurait certainement enlevé au disque cette spontanéité qui fait sa force; j'arrête donc ici mes inutiles élucubrations pour profiter sans plus réfléchir de cette œuvre poignante, mature et passionnée.

Alors pour ne pas céder à la tentation qui devient chaque jour plus forte de gifler ton collègue sans donner d'explications, de faire livrer une couronne mortuaire à l'artisan que tu attends depuis huit mois alors que tu l'as déjà payé, de corriger à ta façon le petit imbécile qui casse les pieds de tout le monde dans la rue mais à qui personne n'ose rien dire, de faire un stock de chaux vive dans ton sous-sol pour tenir compagnie à ta pelle, ou simplement d'arrêter d'avoir les mains qui tremblent quand tu allumes la radio le matin pour écouter les informations qui sans que tu saches pourquoi t'évoquent une sodomie non consentie, un seul remède : la Mise aux Poings. Mets la dans ta platine et prends de la distance, à l'image de ce rapace déployant ses ailes, immortalisé par Philippe Ducassou. On ne guérit pas de la Colère mais on parvient parfois à s'en servir.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 22, 2013 7:32 PM CET


Purgatory Maiden Japan
Purgatory Maiden Japan

5.0 étoiles sur 5 Madeleine Japan..., 23 décembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Purgatory Maiden Japan (CD)
Tu t'es levé un beau matin, tu n'étais encore qu'un môme, mais tu savais. Tu ne t'es pas posé de questions, tu as simplement constaté. Tu comprenais instinctivement que ce ne serait pas facile tous les jours, qu'il serait parfois difficile d'assumer, mais tu n'avais pas le choix. Quelque part, une connexion s'était établie de façon quasi-autonome, mais elle te paraissait finalement logique, naturelle. Car c'était en toi. C'était toi. Sans le formuler, tu t'étais aperçu ce jour que tu étais et serais un Hardos jusqu'à ce que tu crèves.

La Musique consumait ton âme, t'emportait si loin que tout comparé à cette expérience quotidienne paraissait fade, sans intérêt, absurde; et petit à petit tu as recentré ta vie et ton comportement autour de ce qui est inévitablement devenu une façon différente d'exister, alors tu as voulu le dire, le montrer. Et tu as commencé à faire peur à ta mère. Tout d’abord en arrachant tes posters de Ferrari F4O et de New York by night pour retapisser ta chambre avec les artworks de la Vierge de Fer qui arrivaient dans ta boite aux lettres encartés dans les divers Hard Rock Magazine Hors Série «Story» que tu commandais dès que tu avais un peu de thune ; puis en annonçant de but en blanc lors d’un repas dominical chez Mamie que tu en avais désormais fini avec les coiffeurs, et enfin en dévoilant à tous des talents insoupçonnés de couturier/styliste que tu exerçais sur tes vestes en jean en les patchant à outrance, mais également sur tes T-shirts auxquels tu enlevais systématiquement les manches.

Né une décennie trop tard, tu as rattrapé les années perdues en dévorant les articles de James Petit, Laurence Faure, Jean-Pierre Sabouret et Phil Pestilence; et c'est certainement dans l’une de ces Bibles de l'époque (qui paraissent pourtant très light à la relecture aujourd'hui) que tu as aperçu pour la première fois cet EP Live à la pochette esthétiquement parfaite (Derek Riggs, faut-il le préciser) qui t’a instantanément subjugué. Un petit frisson t’a même parcouru l’échine en apprenant que ce disque existait dans une version plus rare comprenant un titre supplémentaire («Wrathchild» n'apparait que sur les pressages américains et australiens), réveillant une nouvelle fois ce chasseur en toi désormais insatiable qui t'obligeait à faire des détours quotidiens par chez ton disquaire de quartier, une petite boutique sombre et crasseuse embaumant le tabac froid dans laquelle chaque client passe miraculeusement encore aujourd'hui inlassablement en revue les mêmes bacs de vinyles, certainement plus pour taper la discute que par espoir d'y trouver du neuf. Mais cette fois, la chance t'avait souri, car il était là, devant toi; non pas le pressage vénézuélien avec la tête décapitée de Paul, c'eût été trop beau, mais le pressage canadien avec le sticker d'époque "Contains 5 Selections". Hallelujah.

Il te serait certainement possible aujourd’hui de décortiquer chacun de ces morceaux enregistrés au Kosei Nenkin Hall de Nagoya le 23 mai 1981; de parler de la prédominance de la basse dans les compositions mythiques du Early Maiden, à l'image de ces cinq titres, tous introduits à la 4-cordes. Tu pourrais t'extasier sur cette fureur magnifique qui sublime l'EP à l'instar du terrifiant "Killers" ou du martial "Innocent Exile" qui ne pouvaient que conduire le groupe là où il est allé; essayer de décrire l'implacable section rythmique Harris/Burr, la frappe magistrale de CLive et son jeu de cymbales, le son inimitable de Steve, la chaleur des guitares qui se répondent en harmonie et la gouaille de Paul "The Beast"...

Mais ce n’est pas du tout ce que tu ressens quand ta main s'arrête sur ce vinyle, parce qu’à l’époque tu n’avais par exemple encore jamais touché une guitare, que tes connaissances théoriques en Musique s’arrêtaient aux cours désastreux, désolants et surréalistes d’une "prof" qui pratiquait la dictée de notes sur un piano désaccordé, ou encore parce qu'il t'a fallu plusieurs années pour réaliser que le jeu de mots "Made In Japan" que tu étais si fier d'avoir compris faisait en fait référence à Deep Purple.

Non. Quand aujourd’hui, tu ressors avec tendresse le bijou noir de son écrin et que tu relis la dédicace "To all the Head Bangers, Earthdogs and Metal Merchants around the world", tu redeviens simplement le minot que tu étais à l’époque, ébloui par la magie de la Musique que tu écoutais les yeux fermés sans essayer de la comprendre ou de l'analyser; et tu te rappelles que grâce à cette phrase tu te sentais appartenir à une famille que tu ne connaissais pas encore, et que tu étais moins seul. Alors, à peine rentré du collège tu montais quatre à quatre les escaliers pour retrouver ta chaîne ou ton walkman qui était aussi épais qu’un sandwich mais que tu adorais, tu fermais les volets et tu t’écroulais sur ton pieu avec ta Musique, avec Maiden, avec Steve, avec CLive, avec Paul, Adrian et Dave, et c’était bien, c’était mieux que l’extérieur. Et tu sentais la sueur qui dégoulinait par litres de la tignasse de Paul; tu étais les doigts de Dave qui ne faisaient plus qu'un avec sa Fender sur ce solo sublime gorgé de feeling qui transperce l’hypnotique "Remember Tomorrow". Tu étais parfois dans la tête de Steve, tu ressentais sa concentration, son plaisir et tu voyais même à travers ses yeux; il regardait ses musiciens et se disait que oui, cette fois ça allait marcher mais que ce serait mieux si ce connard de Paul pouvait une fois de temps en temps se pointer clean. Ou tu étais dans le public, imaginant ton premier concert, te décapant la voix sur "Running Free" ou démontant tes cervicales sur "Wrathchild"...

En fait, quand tu réécoutes "Maiden Japan" qui est un peu ta Madeleine de Proust, tu te rappelles qui tu es et d'où tu viens. Et le reste a peu d'importance.

Sheer Heart Attack - Remasterisé 2011
Sheer Heart Attack - Remasterisé 2011
Prix : EUR 7,19

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Guaranteed to blow your mind. Anytime., 11 décembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sheer Heart Attack - Remasterisé 2011 (CD)
Ils commencent à y penser une fois les dernières paluches de la journée serrées. S'ils sourient à leurs collègues en leur lançant les dernières vannes d'usage, ils ne sont pourtant plus tout à fait avec eux. On ne peut d'ailleurs leur adresser la parole sur le trajet du retour, car, repliés sur eux-mêmes, ils affrontent l'impensable, livrant une bataille intérieure schizophrène pour entériner leur choix de la soirée. Leurs décisions prises, la plupart redeviennent humains. Soulagés, libres. Mais alors arrive l'excitation. Imperceptible d'abord, elle monte en puissance jusqu'à ce que, fébriles, ils ouvrent la porte, balancent clés, manteaux, godasses et s'écroulent sur le canapé.

Conscients de leur addiction un tantinet malsaine, certains temporisent. Ils savourent quelques instants ce précieux silence qui fait suite à leurs journées bruyantes, prolongent un peu l'attente en se servant un whisky ou un café. D'autres caressent le chat ou allument une cigarette. Mais rapidement, inévitablement, mûs par quelque chose qui les dépasse tous, ils se rendent religieusement devant leur discothèque et se recueillent devant leurs collections de Queen, avec une pensée émue pour chacune des quatorze galettes à qui ils viennent de mettre un vent. Ils s'excusent, se justifient, s'enfoncent, leur promettent solennellement de les sortir demain, puis, enfin, tirent victorieusement à eux la quinzième, l'élue de la soirée, la Reine du bal...

Si l'œil est toujours attiré par le brillant, l'esthétique, les jupes courtes, les talons hauts et les poitrines avantageuses, il arrive, comme dans les films, qu'on découvre la beauté "intérieure" d'une demoiselle, et que celle-ci réussisse par sa rhétorique le tour de force de vous faire oublier ses chaussures plates, ses boutons d'acné, et ses cheveux courts. Non ? Bon, j'avoue... Mais en Musique c'est possible ! La preuve avec ce "Sheer Heart Attack", qui malgré sa cover peu attrayante pourtant signée Mick Rock ("Raw Power" d'Iggy entre autres, c'est lui), est l'un de mes albums favoris des Quatre Fantastiques, un disque qui aurait toutes ses chances devant une bombasse genre "Innuendo" ou "Night At The Opera" !

Car ce troisième opus des britanniques, qui fut conçu entre Juillet et Septembre 1974 pour finalement naître le 23 Novembre, est un grandiose condensé de folie furieuse. On y sent à chaque instant une inspiration débordante et débridée; la fougue, l'envie de tout péter propre à la Jeunesse, cette quasi-innocence et ce je-m'en-foutisme salvateurs; une liberté totale qui repousse bien loin tout ce qui touche aux conventions, limites, barrières, frontières, bienséance et autres gros mots; mais également le petit plus qui fait qu'absolument tout est à sa juste place et qu'il n'aurait pu en être autrement : l'Art, en somme, dans toute sa splendeur. Pour faire bref, "Sheer Heart Attack", encore et toujours produit par le mythique Roy Thomas Baker, tient du pur chef d'œuvre et vous êtes une truffe si vous êtes passés à côté.

D'entrée, Freddie et Brian sortent le grand jeu : une superbe intro plantant un décor de fête foraine lance le grand huit "Brighton Rock" avec cette ligne de chant qui me fait toujours autant tripper, notamment l'hallucinant passage de transition voix de tête/voix de poitrine ("Magic in the air") qui précède le terrible refrain fédérateur qu'on n'entend pourtant qu'une fois. Un violent break basse-batterie construit ensuite un nouveau tremplin pour le solo acrobatique de Brian, une tuerie freelance absolue qui sonne comme une impro et dans lequel le virtuose à la Red Special impose son style, unique, se servant du Delay comme personne, démontrant ainsi qu'Hendrix et Page n'ont pas le monopole du Génie.

Cinq minutes seulement se sont écoulées et on est déjà à genoux, lorsque les claquements de doigts introduisant "Killer Queen" nous subjuguent immédiatement. Terminés les saltimbanques, nous voilà transportés dans l'univers luxueux d'une escort-girl : parfum, bijoux et Champagne Moët et Chandon sont la trame de fond de ce piano-voix sublime auquel vient rapidement se greffer un accompagnement de circonstance : rythmique rétro, chœurs délicieux, arrangements à chialer, notamment le roulement de caisse claire ponctué par une sonnette de vélo - et oui, déjà-, un solo harmonisé d'anthologie; tout est extase et raffinement, et c'est l'orgasme dans la soie.

Et là, Roger nous balance son morceau, "Tenement Funster", placé comme sur "Night At The Opera" en troisième position, et aussi réussi que le génialissime "I'm In Love With My Car". Roger, ce batteur génial, certes pas vraiment technique, mais pourtant irremplaçable de par son charisme scénique (ah le coup de la flotte sur la caisse claire), son énorme son caractéristique qui l'a suivi toute sa carrière, son style particulier caisse claire/charleston ouvert, mais surtout sa voix, sa voix exceptionnelle... Même quand Roger nous parle de ses nouvelles chaussures violettes qui ont fait sensation auprès de ses voisins, on est accroché à ses mots comme si notre vie en dépendait; alors quand il nous lâche une tirade poétique du genre "Give me an open car, I'll make the speed of light out of this place", on jubile et on en redemande.

Et le pire c'est que ça continue : le doublon "Flick Of The Wrist"/"Lily Of The Valley" est encore une merveille. Alors que la structure de "Flick Of The Wrist" qui évoque d'ailleurs "Don't Stop Me Now" frappe par sa modernité, notamment le couplet, la transition "Lily Of The Valley", toute en émotion, nous fait monter une grosse boule dans la gorge en moins de deux minutes, et on en arrive presque aux larmes quand Freddie entonne "Messenger from seven seas has flown".

Arrivés à ce point, on n'y croit plus car on ne peut monter sans redescendre, mais tout doucement débute "Now I'm Here" que tout le monde connaît, avec sa fabuleuse intro au Delay et ses pêches qui annoncent un gros Hard jouissif et groovy, et c'est trop d'émotion... Alors pour calmer le jeu, Freddie nous fait le coup du seau de flotte sur la tête en nous concoctant un entracte baroque complètement barré sur lequel Roger atteint des notes qui effraieraient Rob Halford, mais c'est pour mieux enchaîner sur la claque destructrice "Stone Cold Crazy" avec son riff de boucher sadique et sa ligne de chant cultissime. Ces génies qui étaient d'ailleurs tous des grosses têtes bardées de diplômes avaient une décennie musicale d'avance et on en reste sans voix lorsqu'on se repasse ça aujourd'hui.

Au point où j'en suis, je ne terminerai pas sans évoquer la première composition du placide John Deacon, "Misfire", un morceau poppy sympathique qui s'intègre parfaitement au reste de l'album, tout comme le délirant "Leroy Brown". S'il faut chercher la petite bête, on dénoncera les deux titres les moins ambitieux de l'album, "Dear Friends" et "She Makes Me", agréables mais avouons-le, pas aussi admirables que les onze autres.

On finit en beauté sur l'hypnotisant "In The Lap Of The Gods… Revisited" qui achève de nous épuiser émotionnellement avec ces chœurs majestueux qu'on ne peut que reprendre à pleins poumons quitte à ce que les voisins nous matent d'un œil inquiet le lendemain en prenant le courrier, quand Boum, tout s'arrête avec cette explosion nucléaire qui nous empêche de continuer ce voyage au plus profond de nous-mêmes... Dur !

Succédant à un "Queen II" parfois perçu comme trop pompeux et grandiloquent, trop progressif finalement, malgré des pépites à l'image de "Seven Seas of Rhye", "Sheer Heart Attack" devient donc le premier véritable chef d'œuvre du groupe, et ce malgré l'hépatite de Brian, absent du studio pendant la majeure partie de l'enregistrement... Ingénieusement construit sur des morceaux antagonistes qui s'imbriquent pourtant parfaitement tout en reflétant admirablement les personnalités des quatre multi-instrumentistes, ce troisième opus a le grand mérite d'avoir soudé les musiciens : Queen s'est trouvé en tant que groupe et sait où il va. La suite est historique.

Oui, les fans de Queen sont une espèce à part. De dangereux intégristes qui ne plaisantent pas avec leur Religion. Et ils sont partout. Maintenant vous savez, et vous verrez les choses différemment. Demain soir dans le métro, lorsque les yeux de votre voisin de gauche se révulseront subitement, ne paniquez pas, ce n'est pas un zombie. Laissez lui du temps... "Innuendo" squattera-t-il pour la cinquième fois consécutive sa platine, ou "The Game" obtiendra-t-il enfin ses faveurs ? Quant au type que vous observiez hier dans les embouteillages, celui qui tenait sa tête à deux mains et qui s'est soudainement redressé un petit sourire aux lèvres, comprenez-vous maintenant qu'il avait simplement décidé de réécouter "Flash Gordon" ? Allez, vivez moins stressés... "Dans la vie tout s'arrange. Y'a jamais de vraies raisons de se biler" disait Gérard cette même année.

Tiens, vos yeux sont opaques...

Lequel choisirez-vous ce soir ?
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 11, 2013 9:07 PM CET


Snake bite love
Snake bite love
Prix : EUR 12,06

4.0 étoiles sur 5 Death Proof, 11 novembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Snake bite love (CD)
Avez-vous déjà senti le souffle de la Faucheuse descendre le long de votre cou ? Connaissez-vous ce frisson glacial qui part soudainement du haut de la colonne vertébrale pour en un éclair fondre vicieusement sur les muscles fessiers qui se serrent alors instinctivement comme si, et c'est le cas, notre dernière heure allait arriver ?

Quant on entrevoit que cette fin, en plus d'être imminente, va également donner dans la violence et la douleur et que ce sera bien fait pour nous, je peux honteusement vous le confier : la Musique qui est pourtant notre principale raison d'exister devient alors bêtement le cadet de nos soucis.

C'était au début du printemps 1998, c'était la fin d'une matinée tranquille passée à sécher mes cours de fac en naviguant dans Reims à bord d'une R5 TL-1984, affectueusement surnommée Lemmy-mobile... Son propriétaire avait effectivement eu l'idée très drôle de coller à l'arrache sur la lunette arrière une photo pleine page du visage particulièrement patibulaire de Mister Kilmister apparaissant sournoisement derrière le nuage de fumée de sa Marlboro. J'attendais donc sur le siège passager défoncé en fumant paisiblement une cigarette avec mon pote Axel dit "Suédois" que le feu rouge du Boulevard Leclerc verdisse, quand... la voiture qui nous suivait a klaxonné. Peut-être parce que nous n'étions plus à un cliché près, ou bien trop entraîné par le groove de ce nouveau Motörhead qui sortait à plein volume du coffre pitoyablement équipé d'un caisson basse premier prix, notre réaction fut en tous cas sans appel. Deux majeurs tendus bien haut sortirent promptement de chaque côté de la voiture. Et histoire d'appuyer un peu notre propos, Axel stationna devant le feu une demi-minute pour bien montrer aux deux costards-cravates que nous n'étions pas particulièrement en retard.

Nous sommes repartis. On se disait en baissant le volume d'un poil qu'après quelques écoutes, c'était peut-être le son de guitare redevenu très Rock qui marquait le plus ce nouvel opus. Exit la distorsion Metal des furieux "Bastards" et "Sacrifice" : le virage plus mélodique amorcé sur l'admirable "Overnight Sensation" se concrétisait donc par un retour aux sources et une production "Roots", sans fioritures, toujours signée Howard Benson. Et puis, on ne pouvait que tomber d'accord sur l'excellence du grand Michael Delaouglou, alias Mikkey Dee, incontestablement à l'honneur sur ce quinzième full-length, propageant au delà de son jeu un enthousiasme exubérant, imprimant une banane binaire communicative sur le très Rock'N'Roll opener "Love for Sale", l'éponyme décontracté "Snake Bite Love", ou encore l'entraînant "Don't Lie To me" et ses chorus 50s . Tiens, la bagnole des Hommes Pressés est toujours derrière nous.

Certes, me disait Suédois, il y a comme toujours chez Motörhead non pas des daubes, mais des titres passe-partout, à l'image de "Night Side" ou "Desperate For you", qu'on oublie sitôt le disque rangé... Certes, certaines compositions sont des copies carbone de morceaux plus anciens : "Assassin" ne peut qu'évoquer "Sacrifice" chez le connaisseur, et le couplet de la speed "Take The Blame" rappelle forcément "Burner" et sa rythmique mitraillette, le côté sombre en moins, et un break psychédélique inattendu en bonus ! Mais le plaisir est intact... Incroyable, me disait Suédois en fixant son rétroviseur... Ils sont encore derrière nous !

Une coïncidence certainement; écoute plutôt la perle du disque, la singulière "Joy Of Labour" qui commence sur un riff groovy désarmant pour enchainer sur un pont mélodique prodigieux durant lequel la ligne de chant de Lemmy touche au divin : "Do you want to see right through the devil's eyes? You must have seen the ground where they all stood before... I was a young man then, I was a young man then, spending my time on the killing floor"... Si vous connaissez le titre, vous l'aurez en tête en relisant ces lyrics, et vous vous rappellerez également de l'émouvant solo de Phil, court mais intense qui clôt le titre magistralement. Je dis Phil, mais rappelez vous qu'à cette époque Campbell, non sans humour, ne mettait plus son nom dans le livret, et qu'un symbole foireux le représentait, faisant référence à Prince / The Artist Formerly Known As Prince... Je t'assure, Axel, j'étais mort de rire en décortiquant le livret car il y prend le pseudonyme de "The Artist Frequently Seen Down The Liquor Store" !

Mais Suédois s'en foutait de "Joy Of labour", il s'en carrait également complètement que je lui fasse une tirade sur "Dead and Gone", ballade fort agréable dans la lignée des plaisantes "Don't Let Daddy Kiss Me" ou "I Ain't No Nice Guy", désormais typique du gang de Lemmy. Suédois était devenu blanc, car les deux types qui nous suivaient, que nous avions à peine entrevus et certainement inconsciemment pris pour deux cadres lambda avaient maintenant enfilé deux paires de Ray-Ban et des gants en cuir, et que dans le rétro nous pouvions distinguer une batte de base-ball dans les mains du passager, et surtout un rottweiler au visage aussi inexpressif que ses maîtres qui passait sa tête entre les deux sièges. Incrédule, je me retournai un instant les yeux écarquillés : l'un des deux Blues Brothers me fit un sourire affable en se passant doucement l'index sur la gorge. C'est à ce moment que j'ai cru me chier dessus.

"Je pense à la mort, tu sais elle est si proche que je la vis dans ma tête"...

Aussi surréaliste que cela puisse paraitre, nous étions apparemment tombés sur les Vincent Vega et Jules Winnfield champenois, ou quelque chose dans le genre, et ces brutes épaisses avaient dû décider de donner une leçon aux deux petits idiots impolis que nous étions incontestablement. Je ne sais plus si nous avons coupé le son dans la panique du moment, mais nous n'avons certainement pas eu l'occasion de deviser sur l'agressif "Dogs Of War" et ses chœurs martiaux qui renvoient eux aussi au passé du Bombardier ("Deaf Forever" sur "Orgamastron"), tout occupés que nous étions à nous taire en serrant les dents, à contenir les lavements rectaux qui menaçaient d'inonder la Lemmy-mobile, et surtout à conduire bien trop vite en prenant des virages serrés dans les petites rues rémoises dans le but de semer la voiture des psychopathes.

Après une dizaine de minutes longues comme l'éternité, mon brillant pilote grilla un feu rouge et traversa l'avenue de Laon comme un dingue, klaxonné par quatre files de voitures qui avaient dû piler devant sa R5 incontrôlable, et cette ridicule course poursuite prit fin. Traumatisés, nous nous garâmes à dix minutes à pied de l'appart de ma copine chez qui nous allions bouffer de peur d'être localisés, et Axel, en sortant de sa caisse, arracha la photo de Lemmy de la lunette arrière, imaginant certainement sur le moment que la bagnole serait méconnaissable, genre repeinte ou ayant changé d'immatriculation... Ce fut la fin de la Lemmy-mobile, et le début d'une ère plus civique nous concernant. Je crois me rappeler avoir fait traverser trois grands-mères durant la semaine suivante pendant qu'Axel se levait dans les bus pour laisser sa place aux dames (la voiture était camouflée dans son garage).

Malgré cette absurde aventure véridique, je prends toujours du plaisir à écouter ce "Snake Bite Love", peut-être parce qu'il me rappelle que je suis moins bête (ou plus vieux) qu'avant, mais surtout parce que je cherche à comprendre pourquoi ce disque est dans l'ensemble peu apprécié. Parce qu'il est moins bourre-pif que les précédents et les suivants? Parce que la recette des accords plaqués pendant le refrain servant une ligne de chant imparable mise en valeur par la dextérité du maestro Mikkey Dee est reprise sur chaque titre ? Parce que ce qu'il y a de plus difficile quand on joue du Motörhead, c'est de ne pas confondre les morceaux ? Mystère... J'attends des révélations, et pas dans l'au-delà, maintenant que j'ai échappé à une fin épouvantable. De toutes façons, "Lemmy is Rock'N'Roll" comme disait une amie très chère.

ZazPanzer pour Spirit Of Metal

Tostaky
Tostaky
Proposé par MEDIA BOX
Prix : EUR 9,00

12 internautes sur 19 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La seule couleur, c'est noir brillant., 3 octobre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tostaky (CD)
24 Janvier 1993.

En cette fin d'après-midi glaciale, quelque part entre Reims et Charleville-Mézières, une voiture progresse, bien trop prudemment, sur l'A34 désertique.

Monsieur conduit. Il a les mâchoires serrées, les mains à 10h10 et les yeux rivés sur le compteur. Madame, les lèvres pincées, tire la tronche en trifouillant nerveusement son sac à main. Seuls le bruit du moteur et quelques raclements de gorge inopportuns viennent briser un pesant silence de mort et une tension dans l'air aussi épaisse que le brouillard à couper au couteau qui vient caricaturalement de tomber sur les Ardennes.

A l'arrière du véhicule, trois adolescents aux coupes de cheveux dites "phases critiques" : ni courtes, ni longues, hirsutes et improbables. Vêtus malgré le froid polaire de T-shirts noirs émergeant de vestes en jean sans manche outrageusement patchées, les jeunes rémois n'osent échanger un regard, de peur peut-être d'exploser de rire ou de voir la voiture faire demi-tour...

Au milieu, le fils. Le fils qui n'a pas assuré du tout la semaine précédente : après avoir ingurgité trop rapidement une demi-bouteille de whisky Leader Price pendant la pause méridienne du lycée, Bruno s'est écroulé dans un bus de ville; et c'est le copain, assis à sa droite, qui avait d'ailleurs lampé l'autre moitié du flacon, qui a appelé les urgences d'une cabine. Je jure que je n'étais pour une fois pas dans le coup (sourire angélique et auréole); bien qu'assis derrière le conducteur, à gauche de Bruno, je subisse moi aussi les conséquences atmosphériques de ce regrettable coma éthylique...

Cette grosse ânerie, qui faisait d'ailleurs suite aux désastreux bulletins scolaires du premier trimestre de notre 1°S, nous fit sur le coup instantanément penser que nous pouvions nous asseoir sur les places du concert de Noir Désir à Charleville-Mézières achetées quelques mois plus tôt, la date rémoise affichant complet. Mais c'était mal connaître les formidables parents de Bruno, qui, ayant proposé en septembre de nous emmener, tinrent leur promesse... mais en silence, et ce jusqu'au Parc des Expos de Charleville.

Remerciements courtois, dernières recommandations de Papa/Maman -"Vous allez avoir froid" / "Mais non"-, sortie de la voiture, soulagement, éclats de rire, et nous voilà devant le Parc des Expos à attendre l'ouverture des portes.

Elles resteront pourtant tragiquement closes. Vers 21h, après une bonne heure et demie d'attente en T-shirt dans un climat sibérien, la foule frigorifiée mais survoltée s'enflamme à la vue d'un petit homme seul qui parcourt timidement l'allée séparant la salle des sinistres grilles. Grosse méprise : le type ne vient pas ouvrir, mais annoncer en balisant sévèrement que le concert est annulé, Bertrand s'étant pété la voix et étant dans l'incapacité d'assurer le chant ce soir. Après une mini-émeute risible et quelques menaces de mort violente et imminente adressées à l'employé qui repart se mettre au chaud plus vite qu'il n'était arrivé, le public éclectique se sépare. Restent sur le carreau trois imbéciles en petite tenue, qui en fouillant leurs poches mettent la main sur une pièce de dix balles et quelques cigarettes; elles nous permettront de commander un expresso pour trois dans un rade et d'y attendre le retour du daron mutique... Noir Désir, noir souvenir...

Je n'ai donc jamais vu les bordelais, mais je les ai beaucoup écoutés. Presque honteusement au début, partagé entre la qualité évidente de leur musique et la culpabilité inhérente à tout jeune metalhead d'ajouter à sa collection des disques radiodiffusés (dits "commerciaux" dans notre jargon), et d'apprécier criminellement des musiciens qui n'étaient visiblement pas "techniques" (oui, toujours ce dialecte d'adolescent découvrant le Hard Rock)... La force exceptionnelle de Noir Désir résidait en effet dans cette rare capacité à créer des œuvres à l'image de ce "Tostaky", parfaitement intègre mais accessible à tous, universel. Tout le monde aimait Noir Désir : les mecs qui n'étaient pas dans la Musique (que Dieu leur vienne en aide) et qui écoutaient donc la radio (d'où ma honte), les fans d'Alternatif, de Rock Indépendant, de Punk-Rock, de Cold-Wave, les métalleux... et même les filles... Admirable.

Cette notoriété que ne cherchait pas le groupe le déstabilisait tout autant que nous, lui qui se voulait underground et authentique, loin de toute démarche mercantile. Cette situation dichotomique amenait Cantat à prendre des décisions inattendues, radicales et mémorables; doigts tendus bien haut à la maison de disques multinationale Barclay, filiale de Polygram, qui serrait les dents sans pouvoir lâcher la poule aux œufs d'or... Ainsi, entre autres exemples, alors qu'«Aux Sombres Héros de l'Amer» rentre dans le Top 50, Bertrand enrage de voir les gens écouter le single diffusé en boucle sans en comprendre le sens profond et annonce publiquement le bannissement pur et simple du morceau des setlists du groupe, refusant ainsi une quelconque assimilation aux "chanteurs" éphémères et à leur public déculturé. Plus tard, lorsque les dirigeants de Barclay lui déroulent le tapis rouge pour l'enregistrement du "Ciment Sous Les Plaines", le bordelais renvoie le chèque et leur impose une autoproduction brute et sèche... Les signaux de fumée étaient sans équivoque : pas de compromission. La Musique avant le fric. Noir Désir trouva donc rapidement son vrai public, celui qui se déplaçait dans le circuit des petits clubs, que le groupe privilégia toujours aux offres des promoteurs qui auraient pourtant aimé leur ouvrir les grandes salles.

En 1991, après une tournée éprouvante, le split est envisagé. Les quatre musiciens se séparent un long moment, mais se retrouvent au retour de leurs différents voyages. Cantat revient notamment d'Amérique du Sud avec le morceau-brûlot "Tostaky" qui ravive la flamme. Les quatre amis s'enferment alors dans une maison bordelaise pour composer, puis s'exilent dans la banlieue de Londres durant deux mois pour immortaliser leur quatrième opus sous la houlette du producteur américain Ted Niceley (Fugazi).

Le premier riff donne le ton : telle une digue qui aurait cédée, "Here It Comes Slowly" vomit d'entrée une rage primale et salvatrice, sublimée par un break meurtrier carrément Heavy; du bonheur en barre. Si Noir Désir s'affiche plus Hard que jamais auparavant avec notamment le furieux single "Tostaky (Le Continent)" ou le Noisy "7 Minutes" qui n'en dure que six, le groupe reste toujours aussi éclectique : portés par les vers de Cantat, les Rock poétiques inimitables tels le fédérateur "Ici Paris" se mêlent à des morceaux minimalistes et pourtant exemplaires ("Oublié", "Marlène"); le Punk Rock guerrier et réjouissant ("Johnny Colère", reprise d'un obscur combo breton appelé Les Nus) côtoie le lancinant et l'hypnotique à l'image de "One Trip / One Noise"... Noir Désir fond le chaud dans le froid, contrastant savamment hargne et délicatesse, atteignant des sommets d'émotion.

Si le talent, le charisme et l'aura de Bertrand sautent aux oreilles à tout moment, et que le couple rythmique Frédéric Vidalenc / Denis Barthe se contente inversement d'un second plan parfois transparent en préparant parfaitement mais sans esbroufe le lit pour les ébats du chanteur habité, le cas Serge Teyssot-Gay n'est pas aussi tranché. Plus habitué au Heavy-Metal virtuose qu'au Noise-Rock, j'ai personnellement toujours été peu réceptif à son jeu particulier et à ses influences, trouvant même certaines de ses interventions dissonantes insupportables, notamment la "mélodie" concluant le "Zen Émoi" qui massacre à mon sens un morceau génial du "Ciment Sous Les Plaines". Je suis pourtant enthousiaste quant à sa prestation sur ce disque, trouvant enfin du charme à ces notes volontairement approximatives et à ce jeu saccadé et singulier.

J'ai d'ailleurs une affection particulière pour la doublette "Sober Song" / "It Spurts" unie par un larsen liant les deux morceaux. Alors que la glauque "Sober Song" décrit brillamment, tant dans l'ambiance que dans l'écriture, un lendemain de cuite épouvantable et ce qui arrive irrémédiablement lorsque l'on se retrouve à affronter ses démons après une nuit blanche, à savoir le dégoût de soi-même et une envie amère de baisser les bras et de se laisser couler, l'avertissement "It Spurts", violent, agressif, menaçant, prend aux tripes et atteint son paroxysme sur un final brutal encore une fois immédiatement contrasté par la litanie "Lolita Nie en Bloc" qui je l'avoue, avait fini par me gaver à l'époque où les ondes se l'étaient appropriée, mais qui, à l'instar d'un amour lointain, refait son petit effet après une longue période de sevrage.

Vingt ans déjà... 1992... Le monde déifiait le Grunge, la France aimait (un peu) le Rock. "Tostaky" devenait Disque D'or en quelques semaines avec 100 000 exemplaires écoulés, replaçant Noir Désir sur le devant de la scène médiatique, et faisant surtout de Bertrand Cantat le porte-parole d'une certaine jeunesse, désenchantée mais avide de culture et de liberté de penser, rebelle dans la tête, mais avouons-le peu dans les actes, une jeunesse fière de pouvoir pour une fois pousser un tonitruant cocorico. Il est temps de le rappeler même si nous ne l'avons jamais oublié. Merci Bertrand. Merci.

Si quelques malheureux sont passés à côté de ce grand disque, qu'ils sachent que "Tostaky" est à consommer sans modération, contrairement aux bouteilles de sky Leader Price.

ZazPanzer pour Spirit Of Rock
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Oui Avant-Garde a Chance
Oui Avant-Garde a Chance
Proposé par EliteDigital FR
Prix : EUR 49,95

4.0 étoiles sur 5 Douce misanthropie, 17 septembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Oui Avant-Garde a Chance (CD)
1990. Malgré le succès de "Dreamweaver", l'ambiance est tendue dans le local de répétition du combo Thrash britannique Sabbat. Le pognon ne rentre pas malgré des ventes plus qu'honorables et un following qui ne cesse pourtant de croître comme vient d'en témoigner le UK Tour 1989 en compagnie de Xentrix. Il faut se rendre à l'évidence, le contrat signé avec Noise est un leurre, et les thrasheurs de Nottingham qui vivent chichement de l'équivalent de notre RMI national ne sont pas près de voir la couleur de leurs royalties.

Pour ne rien arranger, le guitariste Andy s'est récemment mis à composer des morceaux épiques de plus en plus complexes dépassant souvent les dix minutes. Ces titres n'intéressent absolument pas le chanteur Martin, qui a depuis quelques temps une autre idée en tête : saupoudrer de parties de violon les riffs teigneux de ses camarades. Les inévitables "divergences musicales" paraissent vite insurmontables; la situation financière des jeunes adultes précipite la scission : les deux têtes pensantes de Sabbat se séparent.

Nos protagonistes ne pouvaient alors l'imaginer, mais cette rupture peut être considérée comme historique pour deux raisons. Si quelques années seront nécessaires au guitariste Andy Sneap pour devenir le producteur starifié que l'on connaît aujourd'hui, il ne faudra en revanche que quelques mois au vocaliste Martin Walkyier pour réunir un nouveau groupe, Skyclad, et composer avec ses compères "The Wayward Sons of Mother Earth", qui marque la naissance d'un nouveau sous-genre aujourd'hui particulièrement populaire : le Folk-Metal.

Épaulé par l'inséparable paire Steve Ramsey (Guitare) / Graeme English (Basse), recrutée chez Pariah, et tous deux ex-Satan et Blind Fury, Martin accouche entre 1991 et 1995 de cinq albums pionniers. Si Skyclad adoucit son propos avec le temps, passant d'un Thrash-folk martial et furieux à un Heavy-Folk bien plus tempéré mais également plus mature, une constante persiste : la qualité. On ne manquera pas de citer à ce propos les contributions du guitariste Dave Pugh (ex DAM - Destruction And Mayhem) et du regretté batteur Keith Baxter (RIP) qui quittent tous deux le groupe en 1995, laissant Skyclad dans une situation délicate qui ne les empêche pourtant pas d'ouvrir pour Black Sabbath sur le "Forbidden UK Tour".

Remplacer Keith s'avérant compliqué, le quatuor Walkyier/Ramsey/English/ Georgina Biddle (violoniste du combo depuis 1995) tranche : des batteurs de session (Paul Kinson et Paul Smith) feront provisoirement l'affaire pour immortaliser les nouvelles idées qui ne cessent de fuser, à tel point que deux albums sortiront en 1996 : "Irrational Anthems" en début d'année, suivi dans la foulée de ce septième opus au titre mystérieux "Oui Avant-Garde á Chance".

Si sur le papier, l'album n'est pas particulièrement attrayant, patchwork de huit nouveaux morceaux, de deux reprises et de deux réinterprétations de titres de l'opus précédent ("History Lessens" et "Penny Dreadful"), c'est au final une excellente surprise qui m'avait à sa sortie complètement transporté.

"If I Die Laughing, It'll Be An Act Of God" ouvre les hostilités dans une veine typique de Skyclad : gros riff up-tempo, mélodie entêtante au violon et vocaux hargneux; on se croit en terrain conquis. Ce titre d'ouverture, le très noir "Badtime Story" et la pernicieuse reprise "Master Race" du combo post-punk New Model Army [extrait de "Ghost Of Cain" -1986-] seront pourtant seuls parmi les nouvelles compositions à rappeler le glorieux passé des britanniques; d'où l'utilité, je l'ai compris plus tard, des deux remix qui équilibrent le disque, et notamment de l'impétueux "Penny Dreadful" qui le clôt comme il a commencé. Car dès le second morceau, le ton est donné : si les mélodies celtiques occupent toujours le premier plan, les guitares saturées s'effacent pour laisser plus de latitude aux guitares folk et aux nappes de synthé, créant des ambiances certes très différentes, mais absolument délicieuses, naviguant entre celles d'un pub enfumé ("Great Blow For A Day Job") et d'un cimetière ("Constance Eternal" / "Jumping My Shadow").

Disque incompréhensible pour certains, pas assez Metal, pas assez Folk, pas assez complexe, trop mou, "Oui Avant-Garde á Chance" a effectivement tous ces défauts, mais l'on doit lui reconnaître une certaine réussite dans la sobriété, en témoignent par exemple la fabuleuse et minimaliste "Postcard From Planet Earth", la reprise enjouée du tube de 1982 des Dexys Midnight Runners ("Come On Eileen") enregistrée avec les musiciens de Subway To Sally ou encore la décalée "Bombjour" s'adressant directement à notre ancien président à propos des essais nucléaires de 1995 dans le Pacifique : "Frère Jacques Chirac dormez-vous ?"

Si la musique tranche donc largement avec les productions précédentes, les textes passionnants de l'éloquent Martin, toujours aussi en verve, restent dans leur continuité et nous plongent dans une opaque noirceur; suie dans laquelle il est nécessaire de s'enfoncer pour percevoir l'essence de ce disque à la fois plein d'humour ("Great Blow For A Day Job" !), de tristesse ("Constance Eternal") et de résignation. "Planet Earth is great to visit - It's great to visit, but you wouldn't want to live there", nous assure sinistrement Martin. A force de le passer en boucle, on finit par le croire, et le titre francisé prend alors tout sons sens : ... "Oui Avant-Garde á Chance" = "We haven't got a chance"...

Œuvre libre, misanthrope et souvent incomprise, "Oui Avant-Garde á Chance" mériterait pourtant une seconde chance que personne ne lui donnera, le disque étant épuisé et le groupe pratiquement oublié. Ainsi va la vie.

"And when you know the ways of men,
Then you can only pity them."

Bad Reputation
Bad Reputation
Prix : EUR 9,42

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 The Ace With The Bass, 15 août 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Bad Reputation (CD)
J’avais imaginé qu’à son contact une vague d’émotion me submergerait; que toutes ces images, lourdes de symboles, de rêves et de joie, visionnées en boucle pendant mon adolescence, défileraient dans ma tête; que sa voix, peut-être une présence, ou au moins la ligne de basse de «Dancing In The Moonlight» illuminerait secrètement mon esprit. Mais il n’en fut rien.

Derrière Grafton, dans cette rue un peu paumée du centre de Dublin, mes yeux se sont posés sur elle. Tout comme le personnage, elle imposait de loin son élégance majestueuse, et tout comme lui, la première impression qu’elle me fit est qu’elle n’était pas à sa place, complètement décalée devant cette devanture de pub portant le nom paradoxal de «Bruxelles». Ce n’était qu’une statue, même si c’était celle de Phil ; et je me suis finalement juste senti un peu bête de faire le touriste et de prendre la pose au côté de la représentation de celui qui est toujours pour moi et beaucoup d’autres un de mes compagnons constant et éternel, un soulmate qui ne me quitte jamais complètement et dont le génie se manifeste notamment sur ce huitième opus répondant au patronyme glacial, menaçant et parfait de «Bad Reputation».

L’histoire de ce disque commence le 26 Novembre 1976 à Londres, au mythique Speakeasy Club, lorsque le jeune chien fou Brian Robertson, tout juste vingt piges, décide de venir en aide à son pote et compatriote Frankie Miller (le second chanteur donnant la réplique à Phil sur «Still In Love With You» sur «Nightlife», c’est lui, et Robbo jouera également sur son excellent album «Dancing In The Rain» de 1986 avec Simon Kirke à la batterie, avis aux amateurs). Miller est pour l’heure aux prises avec le guitariste du groupe de Reggae Gonzalez qui vient de finir son set, et le type, dénommé Gordon Hunte, est armé d’une bouteille cassée. Robbo se lève, lui pète la jambe, broie au passage la clavicule d’un autre type, mais se blesse profondément la main dans la manœuvre en venant s’empaler sur le tesson destiné à Frankie. Les nerfs sont touchés, il faut opérer…

Les dates américaines de Décembre sont annulées. Phil n’en décolère pas. Les tensions existant déjà entre les deux hommes arrivent à un point de non-retour. Lynott décroche alors le téléphone pour appeler à l’aide l’ami de longue date Gary Moore, et Thin Lizzy peut finalement rejoindre Queen comme prévu le 13 Janvier 1977 à Milwaukee pour dix semaines du «Day At The Races Tour». Punaise, que j’aurais voulu voir ça…

Robertson n’est pas officiellement viré, mais Phil et Robbo ne communiquant plus, les choses restent dans le flou. L’écossais commence de son côté à jouer avec Jimmy Bain dans les prémices du combo qui deviendra Wild Horses l’année suivante. La tournée américaine Queen / Thin Lizzy terminée, Phil offre la place vacante à Gary, qui refuse. Une rumeur voudrait que le poste ait également été proposé à Brian May, ce qui me paraît difficile à croire au vu de la popularité de Queen et du jeu si particulier de Brian qui occupe l’espace sonore sans l’aide de personne… Il y a en tous cas un disque à enregistrer, un studio de réservé à Toronto (pour échapper aux impôts britanniques), et seulement un guitariste dans un groupe célèbre pour ses harmonies à la tierce. Phil met la pression à Scott. A lui de faire le boulot pour deux, on recrutera plus tard. Le trio s’envole pour le Canada en Mai 1977, et les sessions commencent en Juin, au Sounds Interchange Studio.

Malgré ce contexte d’incertitude quant au line-up, le gang de Lynott, affuté par les tournées intensives, est au taquet, bien décidé à frapper très fort. Tony Visconti, le producteur de Bowie, leur amène un son solide qui valorise parfaitement chaque instrument. Si la grosse caisse sonne vraiment ‘70s, peut-être trop pour certains aujourd’hui (pas moi), Visconti a en tous cas incontestablement réussi un coup de maître avec le son et le mixage de la basse, lumière-phare dans la nuit de chacune de ces chansons.

L’album, dans la lignée des grands Lizzy, se déguste à la gourmande, variant les plaisirs en alternant concentrés Hard Rock («Bad Reputation», «Opium Trail», «Killer Without A Cause»), sucreries irrésistibles gorgées de mélodies imparables (Soldier Of Fortune, Southbound), friandises douces-amères plus intimes et donc écartées des setlists live (Downtown Sundown, Dear Lord), ou ovnis inclassables à l’image de «That Woman's Gonna Break Your Heart» ou de ce «Dancing In The Moonlight (It's Caught Me in Its Spotlight)» insouciant et empreint de liberté, un morceau unique et salvateur dont les notes me ramènent invariablement à des souvenirs d’Enfance et à ces moments où tout semblait possible, un lieu à part et hors du temps où le ciel est toujours bleu et les cartes pas encore distribuées; une invitation au rêve et à la nostalgie engendrant une torpeur apaisante dont on ne sort que pour mieux apprécier les soli divins du maître guitariste californien et de son beau-frère John Helliwell, saxophoniste de Supertramp, invité par Scott à venir faire des merveilles.

Du coup de gong ouvrant son pamphlet antimilitariste au dernier verset de sa prière désespérée, Phil, égal à lui-même, distille à l’irlandaise son phrasé pur Malt, grave, violent et doux à la fois, tout en drivant les morceaux de son jeu de basse incroyablement mélodique et énergique caractérisé par une attaque main droite inimitable. Prophétique et toujours si poétique, Lynott enthousiasme, émeut et émerveille, touche nos cordes sensibles, rentre dans la légende du Rock.

Brian Downey, batteur visionnaire qui, à l’instar de Ian Paice, balançait déjà des rythmiques double grosse caisse en 1974, cinq ans avant Philthy Taylor et huit ans avant Stefan Kaufmann, joue comme toujours avec groove et subtilité, mais sans faire d’esbroufe, restant à priori en retrait pour mieux frapper aux moments cruciaux, envoyant des breaks de haute volée notamment sur «Opium Trail» et évidemment «Bad Reputation», cours magistral truffé d’interventions techniques que Mark Nauseef sera incapable de reproduire sur la tournée d’été 1978…

Quant à Scott, que dire… Il abat un travail titanesque, riche et hétéroclite : des riffs sans concessions aux rythmiques folk, des soli lumineux aux arrangements plus discrets en passant évidemment par les mélodies harmonisées, cet album est son chef d’œuvre personnel; et le sobre artwork de Jim Fitzpatrick lui rend finalement hommage, Robbo ayant pourtant réintégré Thin Lizzy à la sortie du disque après avoir participé à la fin des sessions en tant qu’ «invité». L’écossais apposera sa patte sur trois titres : «Opium Trail», «Killer Without A Cause», et «That Woman’s Gonna Break Your Heart». Gorham, en s’attribuant la paternité de la quasi totalité des parties de guitare de l’opus, s’impose à la postérité comme LE guitariste de Thin Lizzy. Il racontera d’ailleurs avoir été stressé par la situation avant de se libérer complètement : “I was a bit nervous about it at first, then when we got half-way through, I realized I could do anything I wanted to do all the time”.

«Bad Reputation» arrive dans les bacs le 2 Septembre 1977. Si Robbo n’a logiquement pas été réintégré sur la cover, il apparaît sur la photo arrière, shootée à New York. Son retour ne durera que le temps de la tournée, mais ces dix mois seront suffisants pour permettre à Thin Lizzy de rentrer définitivement dans l’Histoire avec le mythique «Live and Dangerous», immortalisant Gorham et Robertson comme l’un des premiers couples de guitaristes indissociables et complémentaires. Alors que Robbo s’enfonce dans un alcoolisme exubérant, Phil et Scott qui consommaient déjà de la cocaïne festive commencent à prendre de plus mauvaises habitudes. Les tensions reviennent et Robbo claque la porte définitivement le 6 juillet 1978, après le concert d’Ibiza.

Les pèlerinages sont vains, certainement, mais inéluctables, nécessaires. «Et moi je traînais la patte derrière eux, comme je l'ai toujours fait quand les gens m'intéressent, parce que les seuls qui m'intéressent sont les fous furieux, les furieux de la vie, les furieux du verbe, qui veulent tout à la fois, ceux qui ne bâillent jamais, qui sont incapables de dire des banalités, mais qui flambent, qui flambent, qui flambent, jalonnant la nuit comme des cierges d'église» disait magnifiquement Kerouac.

ZazPanzer pour Spirit of Metal
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Operation : Mindcrime
Operation : Mindcrime
Prix : EUR 9,86

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 La belle et le clochard, 1 juillet 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Operation : Mindcrime (CD)
Allez, sois franc, tu préfères'

- Sortir de ton dressing ta cartouchière et ta veste patchée sans manche, ou te saper comme un pingouin et t'étouffer avec le nœud de ta cravate?

- Faire la tournée des bars avec tes vieux potes, ou dîner en tête-à-tête avec ton amoureuse ?

- Organiser un pique-nique charcutaille + fromage sur les quais de Seine, ou réserver chez Drouant ?

- Engloutir une bière bien fraîche, ou déguster lentement avec mille précautions un Château Margaux 2003 ?

- Mettre "Never Mind The Bollocks" à bloc et sauter pieds écartés de ta table basse façon David Lee Roth, ou t'installer confortablement dans ton fauteuil avec un peignoir et une pipe pour décortiquer les lyrics de ce "Operation : Mindcrime" ?

Des réjouissances différentes mais pas incompatibles...

Pourquoi a-t-on souvent lorsqu'on est jeune l'impression qu'il faut choisir un camp et s'y tenir ? Pourquoi apprend-t-on trop souvent sur le tard que l'Amour se conjugue au pluriel, qu'un plaisir ne se prend pas au détriment d'un autre... Et qu'on peut un soir emmener sa chérie endimanchée dans un bon restaurant, jouer à l'œnologue et au chevalier servant, puis réintégrer le lendemain son statut naturel de Badass-Hard-Rock-Dude et prendre avec ses joyeux camarades une taule hollywoodienne... Vivons libres et sans carcans, et laissons également nos oreilles vagabonder...

Je vous propose aujourd'hui de vous embourgeoiser avec le quatrième Queensrÿche qui, vous l'aurez deviné, fait plutôt partie de la Haute... Oubliez pour l'heure vos disques tirés en mode "Ten Seconds To Love", dont vous avez obtenu les faveurs avec un bijou plaqué or et un tour de R12 Gordini; "Operation : Mindcrime" appartient à la race des albums classieux et intellectuels, des trois étoiles sophistiqués à sortir le Dimanche; ces disques dont on tombe amoureux dès la première écoute et qui vous font l'Amour toute une vie...

L'histoire est classique, mais elle fonctionne de cette façon depuis la nuit des temps : vous aurez tout d'abord un petit frisson d'envie en dévorant des yeux sa belle carrosserie, son artwork hypnotisant, habile montage photo d'une révolution [bolchevik ?!] sur laquelle se dressent les silhouettes de Sister Mary et du Dr X, contrasté par un logo qui, vous ne le savez pas encore, fera bientôt partie intégrante de votre âme. Puis, le coup de foudre...Inévitable... Comme tout hétérosexuel normalement constitué ne peut rester de marbre devant le sourire salace de Bobbie Brown [Miss "Cherry Pie'], il est impossible à un Heavy-Metal Kid d'être insensible à la Musique de "Mindcrime".

Expliquer la magie dont est empreint ce mythe semble être une tâche insurmontable... Est-ce le thriller bien ficelé narré par ce concept-album qui le rend si addictif ? [La descente aux enfers de Nikki, un junkie paumé devenu le tueur à gage d'une organisation anarchiste dirigée par le Dr X, et à qui l'on demande un jour de tuer la femme qui le ravitaille en héroïne et dont il est tombé amoureux, Sister Mary...]

Est-ce sa production miraculeuse (un son de batterie qui claque couplé à la basse la mieux mixée de toute l'histoire du Metal, rien que ça), signée Peter Collins (Rush évidemment, mais également Gary Moore, Alice Cooper ou Bon Jovi) qui nous recolle une claque monumentale à chaque écoute ?

Est-ce la richesse des orchestrations de Michael Kamen, les mélodies incroyables des guitaristes Chris DeGarmo et Michael Wilton, dont les soli ont dans cet album une place prépondérante, qui rend "Mindcrime" intemporel ?

Ce duo d'anthologie entre Geoff et Pamela Moore sur "Suite Sister Mary", qui m'hérisse les poils presque autant que la joute Tessa Niles / Fish sur "The Last Straw", peut-être ?

Après avoir longuement réécouté tous ces titres, encore une fois majoritairement composés par le maître à penser DeGarmo, je me dis finalement, à l'instar de Dana Scully, que la vérité est ailleurs... "Operation : Mindcrime" est en fait plus accessible de par ses compositions et ce son fédérateur que l'avant-gardiste et sombre "Rage for Order", même si le propos y est tout aussi ambitieux.

Non, ce quatrième full-length n'est en définitive pas une révolution, mais un aboutissement. Celui du parcours glorieux de cinq banlieusards de Seattle, certes; mais également bien plus que ça. Il me semble finalement que "Mindcrime" est universel car il est simplement la synthèse parfaite du Heavy Metal pratiqué dans les 1980s : du mid-tempo écrasant porté par une ligne de basse ("Operation : Mindcrime") aux tueries speed ( "The Needle Lies", "Speak"); du Hard presque FM ("I Don't Believe in Love", "Breaking the Silence") aux hymnes fédérateurs ("Revolution Calling", "Eyes of a Stranger") en passant par le morceau épique orchestré ("Suite Sister Mary"), le disque passe en revue brillamment tous les codes inventées durant cette décennie sacrée et s'impose comme l'un des derniers poids lourds du "Classic" Heavy Metal, remis en question deux ans auparavant avec l'explosion du Sleaze Rock.

En cette sainte année 1988 qui vit quand même naître au bas mot une cinquantaine de classiques (dont la moitié estampillés Hair Metal), Queensrÿche et quelques insoumis (entre autres Iron Maiden, Chastain, Virgin Steele, Crimson Glory, Helloween, King Diamond et Manowar) brandissent donc encore fièrement l'étendard du Pur Heavy Metal (merci de ne pas confondre avec l'insupportable adjectif "True") en tendant bien haut, mais plus pour longtemps, leurs majeurs aux envahisseurs permanentés et à leurs complices cloutés, qui malgré ces derniers sursauts grandioses, imposent le Hard FM, le Sleaze Rock, le Speed Metal, le Thrash et le Death comme références elles aussi incontournables des late-80s.

"Operation : Mindcrime" marque donc la fin d'une époque, mais c'est avant tout un disque jouissif. La reconnaissance méritée qu'il obtint alors, de la presse, mais surtout du public qui acheta l'opus par millions (50ème place du Billboard 200) fit passer le combo dans la catégorie des remplisseurs de stades, mais également des groupes légendaires ayant marqué l'Histoire du Rock avec un concept album, le nom de Queensrÿche cohabitant désormais pour l'Éternité au côté des Beatles (Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band), des Who (Tommy), de Pink Floyd (The Wall), ou d'Alice Cooper (Welcome To My Nightmare)...

Il est regrettable que le groupe en pleine crise (financière ?) ait honteusement cédé à la tentation trop évidente de donner une suite à ce succès en se ridiculisant et en souillant ce mythe. Il y a des jours où les bourgeois feraient mieux de réenfiler leurs perfs et de s'encanailler en réécoutant leurs vieux disques des Sex Pistols.

ZazPanzer pour Spirit of Metal

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