Profil de The Thinker > Commentaires

Fiche d'identité

Contenu rédigé par The Thinker
Classement des meilleurs critiques: 226.782
Votes utiles : 42

Chez vous : découvrez nos services personnalisés en pages d'aide !

Commentaires écrits par
The Thinker (France)

Afficher :  
Page : 1
pixel
L'envers et l'endroit
L'envers et l'endroit
par Albert Camus
Edition : Poche
Prix : EUR 6,20

19 internautes sur 19 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 VOUS NE VIVREZ PLUS LA VIE COMME VOUS L'AVIEZ VECUE, 29 septembre 2011
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'envers et l'endroit (Poche)
'L'Envers et l'Endroit', ou comment comprendre l'oeuvre de Camus et imaginer celle qu'il aurait continué d'écrire si un accident de voiture, survenu le 4 janvier 1960, ne l'avait fauché en pleine gloire.

Ainsi qu'Albert Camus le précise dans la préface qui accompagne cette édition, préface qui est au moins aussi importante que l'ensemble des textes qui composent 'L'Envers et l'Endroit', tout, absolument tout ce qui a pu inspirer et hanter l'écrivain, se trouve dans ce petit livre écrit à l'âge de 22 ans : le silence admirable et mystérieux d'une mère aimée, la proximité de la mort, de la pauvreté et du soleil et, surtout, l'absurde et la révolte qui naissent des questions que l'homme ne cesse de poser à un monde qui demeure à jamais éperdument silencieux.

Lisez ce livre avec ferveur, relisez-le, et vous ne verrez plus jamais la vie comme vous la voyiez; bien plus, vous ne la vivrez plus comme vous l'aviez vécue jusqu'alors.


Landschaften Ewiger Einsamkeit
Landschaften Ewiger Einsamkeit

7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 DE LA MYSTIQUE EN MUSIQUE OU COMMENT SE DETENDRE EN SE CONCENTRANT, 22 mai 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Landschaften Ewiger Einsamkeit (Téléchargement MP3)
' Ce n'est pas à Christoph Ziegler (1) que Phil Collins a dû chanter sa reprise du Hit de Cyndi Lauper, « True Colors », lui suggérant ainsi de déployer sous nos yeux toutes les couleurs de l'arc-en-ciel que chacun de nous abriterait en lui. Et il ne viendrait à l'idée de personne, après avoir feuilleté les livrets des albums de VINTERRIKET, encore moins après avoir visionné le récent DVD qu'il vient de réaliser (2), d'imaginer que Christoph Ziegler puisse un jour préférer une autre couleur au gris. Car VINTERRIKET est gris depuis sa création comme la vie est rose depuis Edith Piaf. Baudelaire de l'Ambient Triste, Christoph Ziegler photographie ainsi son spleen (3) et le met en musique depuis près de dix ans, avec un relatif succès auprès d'un public d'initiés.

' Troisième album du One Man Band VINTERRIKET, « Landschaften Ewiger Einsamkeit », titre que l'on pourrait rendre en français par « Contrées de l'éternelle solitude », tente à six reprises de nous ramener là où le monde et nous-mêmes ne faisons plus qu'un, là où se trouve l'« Un Sans Second » évoqué par les Upanisads de l'Inde antique ou encore par Plotin dans ses Ennéades. J'en entends déjà se dire que j'exagère sans doute en convoquant d'aussi vénérables références pour tenter de situer le point focal vers lequel tend la musique d'un album dont beaucoup ne saisiront hélas jamais ni toute la richesse ni le sens véritable, lequel renvoie en effet à une certaine mystique par définition hermétique. Passant outre ces inévitables incompréhensions et les marques de dédain prévisibles qui en seront les conséquences, je vais malgré tout tenter d'expliquer pourquoi, selon moi, la musique de « Landschaften Ewiger Einsamkeit » tient toutes les promesses suggérées par son titre et peut-être plus encore. Le propos qui suit tient donc à la fois de la rêverie et de la réflexion, celle-ci soutenant celle-là dans un effort commun pour montrer, en partant de quelques remarques, comment la musique de VINTERRIKET est susceptible de transporter aussi bien très loin que tout près, brouillant les repères familiers, créant de nouveaux repères, jusqu'à finir par provoquer ce lâcher-prise qui marque toujours le début de l'expérience mystique, aussi humble fût-elle.

I. Le point de départ : la solitude comme piège.

1.1. La solitude et le divertissement comme fuite.

De la naissance à la mort, nous sommes seuls. Personne, jamais, ne pénètrera notre conscience ni n'occupera la place que nous occupons à un instant donné ; « Mets-toi à ma place » n'est ainsi qu'une autre de ces formules qui semblent avoir un sens mais qui n'en ont en réalité aucun. Si Blaise Pascal n'a certes pas été le premier à deviner que tout divertissement, la musique y compris, est une fuite devant le vertige lié à la contemplation de sa solitude vécue comme un piège, c'est sans doute à l'une des formules recueillies dans ses Pensées que nous devons peut-être aujourd'hui d'avoir compris à quel point une telle solitude nous était insupportable, au point que le premier divertissement venu lui soit presque toujours préférable et préféré. Ecoutons donc à présent Blaise Pascal énoncer la conséquence à tirer de cette réflexion tout comme le professeur, dans Le Cercle Des Poètes Disparus, chuchote « carpe diem » en guise de leçon de vie à ses élèves réunis devant les photographies de leurs prédécesseurs désormais absents du monde des vivants : « Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre » (4). Lorsque Blaise Pascal écrit ces mots, il n'est plus le même homme. Il a connu le jeu et les plaisirs, il a été saisi d'effroi devant l'infini, la foi est devenue son refuge. Mais il a compris que le divertissement, quel qu'il soit, est toujours une autre forme que prend la même fuite immémoriale devant la même vérité qu'il nous faut pourtant bien accepter de contempler face à face, un jour ou un soir, au moins une fois avant la dernière fois : la solitude est notre première et notre ultime patrie.

1.2. La solitude, réalité ou illusion ?

Une fois placés devant l'apparente évidence de notre solitude, nous avons alors le choix : 1/ ou bien de tenter par tous les moyens de l'oublier - ce qui n'aura pour effet que de nous renfermer encore plus dans un monde imaginaire ; 2/ ou bien de tenter par un effort lucide de combler le fossé imaginaire entre nous et les autres, entre nous et le monde, fossé qui en ne cessant de se creuser depuis notre enfance, a justement donné une apparence de réalité à cette solitude qui nous effraie autant et que nous fuyons sans cesse. Sur cette dernière voie qui peut nous conduire de la séparation entre nous et nous-mêmes aux retrouvailles avec nous-mêmes, sur ce chemin qui peut nous ramener là-même d'où nous étions partis, mais il y a si longtemps que nous l'avions oublié, la musique du troisième album de VINTERRIKET nous accompagne pendant près d'une heure. Comment cette musique nous aide à comprendre que cette solitude effrayante n'est qu'une illusion créée par nous-mêmes et comment cette musique nous permet de retrouver la voie d'accès à cette union avec tout ce dont nous nous croyions séparés, c'est ce qu'il nous faut à présent à la fois décrire et expliquer. Pour finir, nous replacerons cet album à la fois dans le contexte de la discographie dont il est extrait et dans le contexte, plus large, du genre musical auquel on le rattache en général.

II. Musique, expérience mystique sauvage et libération.

2.1. Apaisement, purification de nos sens et abolition des contraires.

« Landschaften Ewiger Einsamkeit », « Contrées de l'éternelle solitude », en ces six atmosphères uniquement composées à l'aide de claviers et de sons enregistrés en pleine nature, commence d'abord par rendre possible l'apaisement préalable à la purification de nos sens, elle-même indispensable à l'accès à un autre niveau de conscience, ainsi que l'avait noté Aldous Huxley citant le poète William Blake (5). Pour renforcer encore la cohérence de sa démarche, chacun des six morceaux porte le même titre que l'album, suivi d'un numéro en chiffres romains. Dans le premier morceau, c'est portée par le souffle du vent que notre rêverie accède à une dimension insoupçonnée et pourtant familière où résonnent, à intervalles réguliers, les échos d'étranges coups de canon tirés au loin. Est-ce pour nous accueillir, pour nous effrayer ou pour chasser, déjà, les démons du passé ? On se pose encore la question lorsque débute le second morceau et que nous nous abîmons déjà dans la contemplation d'un flot continu d'images charriées par un fleuve de musique tandis que résonnent de nouveau d'étranges coups qui écrasent au hasard images et souvenirs tout en nous empêchant de sombrer dans une somnolence ennemie de la méditation à laquelle nous sommes désormais conviés (6). La formule musicale n'a pas varié mais nous avons changé et un seul mot résume l'ambiance des premières minutes du troisième morceau : sérénité. Ces premières minutes sont à ce point magiques qu'elles font songer à ces passages magnifiques de la Bande Originale du film Le Grand Bleu où le spectateur, captivé par la musique, en vient à oublier la terre pour rejoindre la mer en compagnie de Jacques. De fait, dès ce troisième morceau de « Landschaften Ewiger Einsamkeit », nous sommes nous aussi désormais immergés dans ce qui semble bien être cet autre monde que nous évoquions, un monde où la joie se confond avec la tristesse, le vent avec la pluie et la musique avec la pensée. Cette abolition des contraires se poursuit encore et encore et c'est comme un sourire qui s'esquisse sur nos lèvres cependant que les contraires disparaissent les uns après les autres, au terme d'une danse de réconciliation scandée par des percussions énergiques, lesquelles précèdent un nouveau moment où chantent le vent et les claviers et où presque plus rien ne nous est étranger.

2.2. L'expérience mystique sauvage : la diversité comme aspects de l'unité ; la libération.

Au terme de la première demi-heure de musique proposée par « Landschaften Ewiger Einsamkeit », nous sommes donc à présent presque parvenus à rejoindre notre propre centre d'équilibre, lequel n'est autre que celui de ce que nous appelions encore un peu plus tôt « le monde ». Les trois morceaux qui vont se succéder pendant la seconde demi-heure ne feront que nous accompagner le long d'un cheminement spirituel à peine troublé, parfois, par le bruit du vent qui remue des feuillages, par la pluie qui tombe ou encore par ces pulsations qui mesurent un temps qui n'en finit pas. Mais pourquoi un tel minimalisme ? Pourquoi tant de répétitions, où est donc passée la variété que l'on pouvait espérer ? On peut certes se poser de telles questions mais elles n'ont plus de sens dès lors qu'est franchie une certaine frontière et que nous ne distinguons plus entre le Soi et ce qui n'est pas le Soi, comme on dirait en terre indienne. Et c'est en effet la possibilité de faire l'expérience de la non-dualité qui peut se produire, si les conditions propices sont réunies, quelque part au milieu de l'écoute de « Landschaften Ewiger Einsamkeit ». Et après ? Après il n'y a plus d'après, ni d'avant, il n'y a plus ni question, ni réponse. Il y a tout ceci et rien de tout ceci, il y a seulement cette musique dans notre rêve et l'éternité retrouvée, « la mer allée avec le soleil » ainsi que l'exprimait Arthur Rimbaud. Au début du dernier tiers du cinquième morceau, on ne sait plus si c'est la pluie qui tombe ou bien nos souvenirs, nous sommes nés une seconde fois, une autre vie s'est dévoilée à nous et plus rien ne sera plus jamais pareil. Le dernier morceau n'est ainsi que l'occasion de percevoir autrement les mêmes choses, quelques notes égayent de temps à autre un étrange voyage sur place et nous appréhendons déjà ce qui apparaîtra un peu plus tard comme une nouvelle chute de ce que nous avions cru être le paradis' et qui l'était en effet.

' « Landschaften Ewiger Einsamkeit », « Contrées de l'éternelle solitude », est donc cet album de VINTERRIKET qui a su nous libérer peu à peu du piège d'une solitude comprise comme étant en définitive illusoire. A six reprises, sa musique a su décrire la solitude éternelle qui est notre lot commun et nous libérer de la crainte qu'elle nous inspirait en provoquant, d'abord, le lâcher-prise indispensable à l'accession à un niveau de conscience supérieur et, ensuite, en nous accompagnant le temps de vivre cette autre vie qui nous attendait depuis si longtemps de l'autre côté de nous-mêmes. A ce titre, cet album restera unique dans l'abondante discographie du One Man Band allemand qui ne retrouvera jamais vraiment cette magie capable de faire passer d'une vie à une autre sans que la mort nous tue d'abord.

' A mi-chemin entre, d'une part, une Ambient sereine telle que celle que propose, par exemple, JEFF PEARCE dans son album intitulé « To The Shores Of Heaven » ou encore STEVE ROACH dans "Quiet Music" et, d'autre part, une Ambient oppressante comparable à celle que fait entendre LUSTMORD dans « The Place Where The Black Stars Hang » ou INADE dans « The Crackling Of The Anonymous », il y a donc place pour une Ambient Triste en apparence et magique en réalité, celle que nous aura offert VINTERRIKET avec son troisième album.

(1) Christoph Ziegler est le fondateur de VINTERRIKET, un One Man Band allemand qui s'intéresse, tout comme PAYSAGE D'HIVER, aux expériences de « mystique sauvage » vécues en pleine nature. L'adjectif « sauvage » qualifiant les expériences mystiques en question désigne ici simplement le fait que ces expériences ne se déroulent pas dans les cadres religieux traditionnels ni ne font appel aux imageries qui les accompagnent.

(2) Ce DVD, intitulé « Kontemplative Antagonismen Des Augenblicks » et paru en 2007, sera bientôt chroniqué ici-même.

(3) Tous les livrets des albums de VINTERRIKET que nous avons consultés contiennent les mêmes reproductions de photographies, en dégradés de gris, de paysages montagneux et de forêts sauvages, photographies réalisées par Christoph Ziegler lui-même.

(4) Blaise Pascal, Pensées, Fragment 139, Edition Lafuma.

(5) Aldous Huxley, dans un texte intitulé Les Portes de la perception, titre qui a inspiré à Jim Morrison le nom de son groupe, The Doors, cite les paroles de William Blake : « Si les portes de la perception étaient nettoyées, toute chose apparaîtrait à l'homme telle qu'elle est, infinie».

(6) Les moines « zen » craignent à ce point cette somnolence qu'un des leurs est chargé, lors des séances de méditation communes, de réveiller à coups de balai ceux qui donneraient des signes d'endormissement.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 9, 2012 1:53 PM MEST


Paysage D'hiver
Paysage D'hiver
Prix : EUR 3,87

7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 UNE MERVEILLE DU BLACK METAL, 17 novembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Paysage D'hiver (Téléchargement MP3)
One man band suisse né en 1997, PAYSAGE D'HIVER - désormais abrégé « PH » dans la suite de cette chronique -, est l'auteur de nombreuses démos déjà considérées comme des albums à part entière et il est présent sur deux splits. Aux commandes de PH, Tobias Möckl, alias "Wintherr", dont on sait seulement qu'il officie aux côtés d'autres musiciens dans un side-project nommé DARKSPACE. La Suisse n'étant ni la Scandinavie, ni l'Europe de l'Est ni l'Ukraine, le propos de PH est, officiellement et jusqu'à preuve du contraire, différent de celui de bon nombre des formations issues de ces régions. Ici, nul désir d'enflammer d'antiques églises, aucun démon malsain de l'histoire récente à réveiller, point de référence obligée au Malin et, surtout, point d'exaltation, même subtile, d'un quelconque nationalisme ou paganisme. Officiellement, PH se préoccuperait plutôt du côté sombre de certaines expériences mystiques vécues en pleine nature. Si le Black Metal est, parfois, cette musique unique qui peut aussi bien piéger que libérer les âmes tourmentées et si nous ne nous trompons pas sur son propos, alors PH représente donc très certainement l'incarnation la plus originale d'un Black Metal enfin débarrassé de ses attributs les plus dérangeants. Mais il y a plus. PH est en effet un janus bifrons. Semblable à cette divinité de l'antiquité romaine, PH possède ainsi deux visages dont chacun regarde dans une direction opposée. D'un côté, PH est alors attiré par une ambient sombre - écoutez par exemple «Landschaften Ewiger Einsamkeit (2004)», tandis que, de l'autre côté, PH se tourne vers un Black Metal original, "underground", donc sans prétentions quant à la production et dont « Paysage d'Hiver » fournit le plus bel exemple. La cohérence de chacune des oeuvres de PH étant une des préoccupations majeures de leur auteur, nous respecterons ce choix artistique en présentant l'une après l'autre les trois pistes d'environ dix-huit minutes chacune qui composent « Paysage d'Hiver », avant de livrer quelques réflexions personnelles concernant PH en général et ce titre en particulier.

Ne disposant pas des éventuelles paroles en allemand qui accompagneraient la musique, nous nous en remettrons essentiellement au pouvoir évocateur de la musique dans la suite de cette chronique. La première piste a pour titre, traduit de l'allemand, "Monde de glace". De fait, à peine quelques secondes se sont écoulées qu'un monde fait de glace et de musique nous happe dans la tourmente d'une tempête de neige et de notes pour ne plus nous lâcher, nous entraînant dans un périple tortueux à une vitesse incroyable tandis qu'une voix, lovée dans la musique comme un insecte dans sa toile, crie et hurle et déchire tout espoir que cela cesse jamais. La batterie, légèrement en retrait, accompagne avec obstination et ponctue un propos dont on devine qu'il est inspiré par les passions les plus sombres. Les distorsions des guitares, quant à elles, provoquent de tels grésillements qu'il faut concentrer son attention pour distinguer, dans cet avalanche de notes, tantôt la mélodie apaisante d'un violon qui s'envole vers un ciel lourd de menaces, tantôt un chaeur qui entame un hymne martial, tantôt enfin un passage acoustique qui égrène des idées fixes tout en aménageant un bref moment de répit aux alentours du premier tiers du morceau. Le contenu de cette première piste, longue de près de dix-huit minutes, est donc très éloigné de la répétition d'une même formule modulée par d'infimes variations. Ainsi, régulièrement, de providentielles accalmies continueront jusqu'à la fin d'aérer l'atmosphère oppressante et de redonner un peu d'espoir avant que ne reprenne cette course folle jusqu'au bout de nous-mêmes. Vers le second tiers de la première piste, après une ultime accalmie offerte par un violon joyeux et le départ pour une nouvelle course encore plus loin en direction de nous-mêmes, toujours rythmée par la même batterie impitoyable, la première piste s'achèvera alors lentement sur les tintements d'étranges clochettes ralentissant la course et scintillant dans la musique tandis que les claviers se chargeront, en soufflant leurs notes, de relever au-dessus de nos têtes l'horizon et le ciel.

L'analyse de la première piste va nous permettre à présent d'avancer plus vite. Prenant en effet pour acquis le fait que les trois pistes sont liées l'une à l'autre dans un souci de cohérence, il nous suffira de mentionner en quoi la seconde piste - " Respiration gelée" -, et la troisième piste - " La Route "-, diffèrent de la première et la complètent. Le début de la seconde piste est moins abrupt que ne le sont ceux de la première et de la troisième piste. Pour autant, la menace plane déjà et de nouveau la même course folle reprend et nous emmène encore plus loin. Cette fois, la boîte de Pandore de nos espérances déçues est ouverte et il s'en échappe dans un flot continu ce passé qui n'était jamais passé, cependant que la voix se fait plus que jamais furieuse, hurlant notre misanthropie retrouvée, alibi de notre désespoir. Ici point d'accalmies, les claviers ne sont là que pour esquisser les virages aussitôt disparus de notre périple et la batterie, imperturbable, mesure seulement la distance qui nous sépare du point d'impact avec notre vérité. Il faudra attendre près de douze minutes pour que s'achève enfin cette chute à l'horizontale, pour que vienne une nouvelle accalmie initiée par des claviers malgré tout menaçants et pour que se révèle dans la musique cette antique vérité : « Memento mori », « Souviens-toi que tu es mortel ». Des chuchotements énigmatiques précèdent alors un passage aux accents de Funeral Doom, puis c'est sur un long silence que s'achève la seconde piste. La troisième piste débute aussi abruptement que la première et, très vite, le violon nous rejoint sur la route, puisque tel est d'ailleurs le titre de ce morceau. Bientôt, c'est au tour d'un clavier de remplacer le premier instrument et les notes qui tombent comme des flocons nous rappellent les plus douloureux moments de nos précédents périples. Vers le premier tiers du morceau, une nouvelle accalmie, assez brève, ralentit le tempo et, vaincus, nous sommes désormais bien plus traînés qu'entraînés par la musique. La voix elle-même semble l'avoir deviné et se fait moins vindicative. C'est ce moment que choisissent les claviers pour tisser un ciel rempli d'étoiles, le voyage entrepris semble donc prendre fin là-haut, parmi les étoiles, et tandis que battent à l'unisson les pulsations de notre caeur et de la musique, un vent de musique souffle dans nos poitrines un nouvel avenir, sans lien avec ce passé enfin laissé là où il s'est passé. Désormais, les claviers dictent seuls leur loi et cette loi est celle de l'éternel recommencement. Peu à peu, les instruments se taisent comme s'éteignent les étoiles à l'approche de l'aube, quelque chose d'indéfinissable enveloppe tout ce qui nous entoure et, sur un ultime chuchotement, presque un souffle, tout s'arrête...pour un nouveau commencement.

PAYSAGE D'HIVER est à n'en pas douter une entité à part, qui a su aussi bien tenir compte de son héritage musical -on peut penser à DARKTHRONE et aussi, sans doute, à EMPEROR- tout en ne cessant jamais d'affirmer sa personnalité propre. Car il y a bien, dans cette aeuvre, au moins l'ombre portée du « Transilvanian Hunger » de DARKTHRONE - cette atmosphère pesante, cette impression d'étouffer, ce minimalisme apparent -, mais aussi quelque chose d'une formation moins connue comme OBTAINED ENSLAVEMENT (période « Witchcraft » et « Soulblight ») - je pense notamment à cette façon qu'ont des instruments tels que le violon de venir égayer et aérer ce qui ne serait sinon qu'une chape de plomb musicale. Il y a également ici quelque chose de l'ambient sombre de VINTERRIKET, elle-même en partie inspirée du meilleur de celle de BURZUM et, enfin, une utilisation ingénieuse des claviers qui rappelle le travail effectué dans « In The Nightside Eclipse » d'EMPEROR. Aux amateurs des formations citées, je ne peux ainsi que recommander cette oeuvre de PAYSAGE D'HIVER. Elle nous invite en effet à éprouver que, parfois, lorsqu'enfin nous sommes rendus à nous-mêmes, lorsque nous acceptons de déposer notre fardeau, la tristesse aussi caresse comme caresse la tendresse. Le piège que j'évoquais au début, en somme, n'était là que pour nous libérer de nous-mêmes et nous rendre à la vie. Si le Black Metal révèle bien des surprises, cette oeuvre de PAYSAGE D'HIVER en est donc, sans conteste, l'une des plus somptueuses et des plus recommandables, en particulier pour découvrir le genre musical auquel elle appartient.


Le Grand Robert
Le Grand Robert

9 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Presque parfait :-), 30 janvier 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Grand Robert (CD-Rom)
Le Robert électronique, dans sa boîte-écrin, est un bijou surprenant. Une fois installé le logiciel, et passé le premier moment d'étonnement devant une interface de recherche aux dimensions réduites et d'aspect austère en comparaison des interfaces actuelles, on est agréablement surpris par la qualité de l'information fournie et que tant de définitions et de précisions puissent tenir en si peu de place, lorsque s'ouvre la fenêtre, redimensionnable et déplaçable, contenant toutes les informations disponibles pour un mot donné - et il y en a près de 100000 !
Et c'est là que devient possible une interactivité très positive avec son logiciel puisque, par exemple, on peut copier des définitions ou même passer d'un mot à un autre mot simplement en cliquant dessus, comme sur internet avec les hyperliens. Mais n'était-ce pas justement le parti-pris des concepteurs de ce logiciel que d'avoir voulu que la consultation du Grand Robert électronique soit non seulement aussi intuitive que possible (pas besoin de se reporter sans cesse au manuel) mais puisse même se prolonger chez certains lecteurs en véritable exploration du savoir ?
La plupart des entrées de ce dictionnaire électronique proposent en effet aussi bien une définition abrégée qu'une définition plus complète de chaque mot, mais également des éclaircissements concernant son étymologie, et des synonymes ou des homonymes lorsqu'ils existent. De plus, aussi souvent que possible, des illustrations possibles de l'emploi du mot au travers de citations empruntées à la littérature nous rappellent l'étroite relation des mots à la vie.
Le Grand Robert est donc selon moi un outil à posséder absolument, si l'on hésite encore, d'abord parce qu'à ma connaissance il n'a pas de rival à l'heure actuelle, ensuite parce qu'il satisfait pleinement et le professionnel que je suis et l'enfant que je continue d'être, puisqu'on se prend très vite au jeu -pour peu qu'on soit curieux ! - de vérifier ses connaissances et de découvrir, en même temps que des mots dont la définition nous était inconnue, un peu plus chaque jour de l'univers qui nous entoure.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 13, 2012 9:10 AM CET


Page : 1