Profil de Hugues Orsetti > Commentaires

Fiche d'identité

Contenu rédigé par Hugues Orsetti
Classement des meilleurs critiques: 1.056
Votes utiles : 471

Chez vous : découvrez nos services personnalisés en pages d'aide !

Commentaires écrits par
Hugues Orsetti (Manosque)
(VRAI NOM)   

Afficher :  
Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11-13
pixel
L'Amour, L'Argent, Le Vent [Edition Limitée]
L'Amour, L'Argent, Le Vent [Edition Limitée]
Prix : EUR 14,58

5.0 étoiles sur 5 Volupté, 9 avril 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Amour, L'Argent, Le Vent [Edition Limitée] (CD)
Volupté, pour moi, sera le maître-mot pour résumer la qualité de ce disque. Je peux presque comprendre une critique négative ci-dessous, de la part de quelqu'un qui dit détester la chanson ou la variété française, sauf qu'il est dépourvu de nuances et que c'est justement ce dont il faut se pourvoir pour aimer un tel disque. C'est vrai, l'univers de Carlotti n'est pas celui du rock, même si l'on trouve un bondissant "Quatorze ans" qui rappelle, m'a dit un congénère, les Cars. Mais soyons clairs: quiconque aime la musique sait très bien que celle-ci offre des univers différents auxquels l'oreille peut s'accoutumer. Tout est donc affaire de fréquentation, d'adaptation, d'écoute. J'imagine qu'on aimera plus immédiatement Carlotti si l'on aime Bertrand Burgalat, Brigitte Fontaine, Léo Ferré, Philippe Katerine, Dominique A. On n'est pas forcément disposé à écouter ce genre de musique tous les jours (mais on peut - tout dépend de notre addiction personnelle), mais la volupté, le plaisir qu'elle procure sont réels, aussi vrai qu'on aime la lumière du jour, la saveur d'un bon plat, toutes les nuances, tous les sillons de joie et de tristesse qui emplissent nos vies. Barbara Carlotti évolue dans cet univers lumineusement, avec la confiance, la chaleur, la nourriture charnelle et spirituelle qui font qu'un artiste trace sa route. Elle a raison de revendiquer cette exception française, cette "variété" distinguée, élégante, subtile, qui joue avec les mots et les accords dans l'entre-deux eaux de l'expression chantée. Carlotti opère un mélange sensuel de mots, de sons et de timbres, et la distance stylistique qu'elle semble avoir avec les choses n'est qu'une question de perception personnelle. La volupté qu'on éprouvera à écouter un tel disque peut s'apparenter à celle qu'on éprouve à lire un livre. Personne, à ce jour, ne sait nous démêler la vérité de l'artifice, et les rêveurs ont un rapport abstrait à l'existence. D'ailleurs, je vois mal comment on peut aimer la musique sans avoir une propension à la rêverie, et donc une perception naturellement abstraite, sensible ou interprétée des choses. Ce qui nous liera donc, ici, au delà de toute affinité gustative, est le langage. Le langage est le seul pont entre un autre et soi. L'art (qu'il ait un grand ou un petit "a") est aussi une forme supérieure de communication. Ecouter et réécouter cet album, c'est laisser ses lueurs, couleurs, parfums musicaux infiltrer son cœur. Impossible d'en nier la beauté lorsqu'on s'expose aux chœurs du "Cœur à l'ouvrage", de ses ondulations désillusionnées ; aux flûtes venues souligner l'instant méditatif et vaguement béat de "Mon dieu, mon amour" (en duo avec Katerine) qu'accompagne un orgue hors du temps; à l'hypnose mélodiquement dérivante d'un "Dimanche d'automne" truffée de trouvailles originales dans les arrangements ; à cette voix majestueuse qui projette un paysage vertigineux sur la chanson-titre, propulsée par un élan d'une amplitude bleu-nuit, ou se délaie dans les volutes d'une nostalgie qui avoue à peine son nom ("J'ai changé"). Quant à ce "Quatorze ans" au rythme plus immédiatement accrocheur (dont on peut voir le clip sur YouTube), il est d'autant plus délicieux qu'il s'inscrit dans un album remarquablement maîtrisé d'un bout à l'autre, et ne se danse que pour le contexte évoqué dans le texte. Carlotti a écrit les chansons, et composé les musiques en collaboration avec ses musiciens de scène (Jérémie Regnier, Jean-Pierre Petit) ou de rencontre (Fred Pallem, Philippe Katerine pour le duo). L'album fut réalisé avec Bertrand Fresel et Fred Pallem pour la plupart des chansons.

La volupté de ce disque m'a évoqué par moments mon album préféré de Ron Sexsmith: Whereabouts.


History Of
History Of
Prix : EUR 23,73

5.0 étoiles sur 5 Inestimable, 11 mars 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : History Of (CD)
On parle toujours du jeu de slide d'Elmore James. Et bien moi ce qui m'a frappé, c'est son chant. Il ne chante pas, il hurle, s'écorche la voix, et donne ainsi à ses morceaux, dont l'enregistrement semble toujours sorti d'un bouge enfumé (comme chez Otis Rush), une urgence saignante qu'on retrouve rarement ailleurs. Lorsqu'il éjecte une sorte de boogie ("Cry for me baby", "Shake your moneymaker"), ce n'est jamais lisse, ça ne déboule pas comme un bolide façon ZZ Top, c'est égratigné, tressaillant, éructé avec un feeling hors pair. Lorsqu'il rocke, Elmore James est plus du côté du Gun Club que de Chuck Berry. Il ne jubile pas, il est possédé par le Démon, un Démon qui sait qu'il ne faut croire en rien, et que seul le feu de la désillusion, mêlé de désespoir et de colère, lui réchauffera le coeur. Je me dis souvent que Bob Dylan devait chercher ces braises-là lorsqu'il enregistrait "Like a rolling stone". Rhino a fait un excellent travail une fois de plus, en dénichant les bons enregistrements, les plus crus et les plus étincelants, qui rendent justice à l'inestimable authenticité du blues d'Elmore James.


Where Are You ( Rem. )
Where Are You ( Rem. )
Prix : EUR 19,60

5.0 étoiles sur 5 Chef d'oeuvre, 11 mars 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Where Are You ( Rem. ) (CD)
Si vous connaissez mal Frank Sinatra ou même si vous croyez bien le connaître en ne possédant qu'un Best Of, je vous suggère de le découvrir, ou d'appronfondir votre découverte, avec cet album original de 1957 qui est d'une beauté saisissante. Les cordes de Gordon Jenkins sont spacieuses et soufflantes, comme lorsqu'on voit se projeter devant soi un panorama vertigineux, tandis que la voix de Sinatra, profonde comme le cor, languissante, imprégnée de soupirs et de regrets, installe un givre d'émotion dévoilée, mise à nue par la brume qui se dissipe. Depuis le début des années 50, Sinatra est à la pointe du 33 tours microsillon, et voit grand: les albums sont des oeuvres, qui présentent un admirable effort d'unité du début à la fin. Where are you? n'échappe pas à cette haute vue, et nous comble de ballades lentes, à la mesure de l'humeur du chanteur, qui ne se remet pas de sa rupture amoureuse (Ava Gardner). Mais cette humeur n'a rien de déprimante pour l'auditeur: elle est voluptueuse, se console et s'enorgueillit de ne rien oublier, de garder vif le souvenir d'un amour intense et parfumé. Une des chansons de cet album en particulier, "Maybe you'll be there", atteint des sommets, mais on peut en dire tout autant du reste, dont la superbe reprise des Feuilles Mortes en anglais. La maîtrise vocale de Sinatra - le dosage du grain, de la tessiture, du phrasé - est incomparable.


History
History
Prix : EUR 20,73

Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Excellent album, 10 mars 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : History (CD)
Loudon Wainwright III est un des singer-songwriters les plus passionnants de l'Amérique, parce que sous des apparences strictement individualistes, où il ne parle thématiquement que de lui ou de ce qui lui arrive, est assimilée une inspiration musicale aussi personnelle qu'universelle, puisée dans tout ce que Loudon a pu aimer chez ses pères spirituels (Stephen Foster, Jimmie Rodgers, Charlie Poole) ou chez ses contemporains (Bob Dylan, auquel il rend hommage ici sur le délicieux pastiche "Talking new Bob Dylan"), si bien qu'on trouve réunis chez lui à la fois la musique roots (le folk, la country) et le music hall, bien que ce dernier univers reste avec Loudon déguisé en folk, et c'est précisément ce qui en fait la discrète élégance, la subtile beauté ("The picture"). Dès son arrivée en 1970 avec un premier album qui pouvait évoquer une sorte de Neil Young aristocratique, Loudon Wainwright impressionna par une personnalité si forte qu'elle déborde constamment du cadre des clichés, des étiquettes, des idéaux (les sujets délibérément personnels, pour ne pas dire anecdotiques, déjouant radicalement l'idéologisme sous toutes ses formes), au point, souvent, de paraître dérisoire, en se dégonflant de toute prétention. Une personnalité qui peut se révéler, sur scène, hilarante, car Loudon a aussi un talent d'interprète qui peut le rendre irrésistible. Et tout cela ne serait peut-être rien sans d'autres atouts comme le chant, la composition, l'intelligence parolière, et une productivité sans faille qui l'a conduit à sortir une trentaine d'albums jusqu'à aujourd'hui. Paru en 1992, History est sans nul doute un des tout meilleurs albums, un des plus riches à tout niveau - autant dire qu'il est indispensable.


Verbatim - Data Vinyl - 10 x CD-R - 700 Mo 52x - boîtier CD étroit
Verbatim - Data Vinyl - 10 x CD-R - 700 Mo 52x - boîtier CD étroit
Proposé par DigiBits (FMCE LTD)
Prix : EUR 12,21

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Excellent son!, 4 mars 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Verbatim - Data Vinyl - 10 x CD-R - 700 Mo 52x - boîtier CD étroit (Accessoire)
Avant d'acheter ces CD-R séduisants de par leur apparence, j'avais une appréhension suite à un ou deux commentaires clients négatifs sur la qualité du son (dont ne parlent pas beaucoup les autres commentaires positifs, s'attardant surtout sur la qualité du design). Je suis plus que rassuré, je suis emballé: le son est excellent! Encore meilleur que les autres CD-R d'apparence classique que j'ai. J'en ai pour l'instant gravé et réécouté trois, aucun problème, je suis totalement satisfait.


Alas I Cannot Swim
Alas I Cannot Swim
Prix : EUR 13,82

5.0 étoiles sur 5 Une vraie révélation, 25 février 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Alas I Cannot Swim (CD)
Il se passe quelque chose d'immédiat lorsqu'on découvre Laura Marling, bien qu'elle n'offre a priori aucun signe extérieur de singularité. Avec moi, cela s'est passé avec "New romantic", dont on trouve la vidéo sur le net, mais qui n'est jamais sorti sur disque. Ce qui frappe, c'est une sorte d'éloquence directe, sobre, limpide, comme si Laura avait le don d'exprimer des humeurs furtives rien qu'en respirant. Certains artistes ont ce don, de laisser couler ce qui les habite. Mais ce don ne tombe pas du ciel, il vient d'une longue et intime expérience avec soi-même. Laura Marling chante et joue de la guitare depuis l'enfance, et avait à peine 18 ans lorsque parut ce premier album, où sa maîtrise, son aisance, sa finesse musicale, son sens des nuances, font déjà merveille. Il s'agit bien là d'une sorte de prodige, vu la précocité et la quasi perfection des chansons. De plus, elle n'en restera pas là et deux albums ont déjà suivi à un rythme régulier. Elle a aussi, selon la majorité des critiques, évolué favorablement vers des arrangements moins pop, moins mignons, plus rugueux et dépouillés, en témoigne un commentaire amazon (fort bien tourné, ma foi) de façon un peu radicale, avec lequel je suis toutefois en désaccord. Objectivement, ce premier album n'est peut-être pas le meilleur de Laura, et ne mérite peut-être que quatre étoiles sur cinq. Objectivement, certaines chansons manquent d'une certaine originalité, musicalement parlant. Objectivement, l'ensemble est un peu tristounet, propret, morose. Mais moi, je garde une préférence pour cet album, précisément à cause de ses arrangements folk-pop, dont le contraste avec l'univers plutôt sombre de Laura ajoute à son charme intrigant, tandis que les deux albums suivants sont un peu trop unidimensionnels dans la noirceur, bien qu'admirables, et certainement plus "mûrs". Ce qui est précisément fascinant avec ce premier album, c'est que le talent de la jeune femme se devine tout autant, avec la même fulgurance, dans son écrin de rêvasserie douillette, confidentielle et faussement innocente. "Ghosts", qui ouvre le disque, est un authentique joyau, et l'interlude "Crawled out of the sea", on se le prend en pleine poire comme une vague impétueuse. Et que dire de tous ces "Old stone", "Tap at my window", "My manic and I", "Night terror", qui composent l'univers intérieur de Laura, somnolant ou chancelant entre hantise et enchantement? C'est une petite fille qui rêve, qu'on entend là. Inquiétante, lucide, pas comme les autres, qui cultive son monde depuis longtemps, perdu dans les brumes anglaises, et qui nous le fait partager en grandissant, depuis plus de cinq ans maintenant. Une artiste qui nous rappelle autant Bob Dylan que Nick Drake, qui s'est affirmée d'ores-et-déjà comme une des plus talentueuses de la décennie, et ne paraît pas près de s'arrêter en si bon chemin.


Grass Is Singing
Grass Is Singing
Prix : EUR 17,59

5.0 étoiles sur 5 Enchantement, 24 février 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Grass Is Singing (CD)
Ce premier album de Lonely Drifter Karen est mon préféré de l'année 2008, juste devant le premier album de Laura Marling (que, pur hasard, j'avais acheté en même temps), tout simplement parce qu'il m'enchante profondément à chaque fois que je l'écoute. La chanteuse, une autrichienne du nom de Tanja Frinta, chante divinement juste, d'une voix délicate et mélodieuse. Son anglais a aussi un accent charmant, qui accentue son côté enchanteur et bizarre, comme surgi de contes pour enfants. Car écouter ce disque revient à ouvrir un livre de contes, d'une atmosphère onirique, surréelle et poétique. On avait la même impression en écoutant le Sgt. Pepper des Beatles, celle d'entrer dans un autre monde, de s'immerger dans un univers interne, psychédélique, sauf qu'ici il n'y a rien d'acide, tout est plutôt doux, mais aussi baroque. On pense aussi à l'univers du Baron de Münchhausen, le film de Terry Gilliam. C'est en tout cas d'une sensibilité très européenne, et plutôt de l'Europe de l'Est, neigeuse et fabulesque. Pourtant l'homme-orchestre est un espagnol, Marc Melia Sobrevias, il est pour beaucoup dans l'imagination des arrangements (même si Tanja a aussi une formation classique), notamment aux claviers. Mais trêve d'analyses: avec ce genre de disque, il faut se laisser porter, car tout est là pour nous enchanter, nous faire redevenir enfant ou lutin, à hauteur d'herbe chantante. Lonely Drifter Karen n'a pour l'instant pas refait de disque aussi réussi: le deuxième fut inégal (avec de très jolis moments quand même), et le troisième déconcertant, le groupe changeant quasi radicalement d'univers et de sonorité. Rien au niveau de ce véritable voyage imaginaire qu'est Grass Is Singing, dont le dépaysement intérieur relève du miracle, de l'art et de la poésie.


Dory Previn
Dory Previn
Proposé par EliteDigital FR
Prix : EUR 72,95

5.0 étoiles sur 5 Une merveille, 24 février 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dory Previn (CD)
Si vous ne connaissez pas Dory Previn, imaginez une correspondance féminine de Randy Newman, ou une correspondance américaine de Barbara, et vous aurez une petite idée du niveau. Cet album, réédité chez Collector's Choice il y a quelques années, est le cinquième de la dame, et sans doute son meilleur. Pour vous en convaincre, allez donc écouter "Atlantis", "Brando" ou "New rooms" sur le net. Et demandez-vous, comme moi, pourquoi cette artiste n'est pas davantage connue, et pourquoi cet album fut si tardivement réédité. Bah, j'ai bien une réponse: l'univers de cette dame est trop noir, trop bizarre, trop amer, trop ironique, d'une ironie vulnérable et blessée (qui la distingue du cynisme humoristique de Randy Newman), trop marginal, trop intelligent... dans un monde où le divertissement prédomine, où la poésie ennuie... un monde où l'âme n'a sa place que dans l'ombre. Cela ne date pas d'hier, remarquez bien. En passant je remercierai Tracyanne Campbell du groupe Camera Obscura, qui m'a indirectement incité à découvrir Dory Previn en donnant son nom au titre d'une chanson du magnifique album Let's Get Out of this Country.


Definitive [Box]
Definitive [Box]

5.0 étoiles sur 5 Un individualiste frondeur, 22 février 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Definitive [Box] (CD)
Le blues des années 20 et 30 était une sorte de folk. Ce n'est pas pour rien que Harry Smith regroupait le blues comme la country dans la musique folk américaine sur sa fameuse anthologie publiée dans les années 50 qui eut une influence si profonde sur le mouvement du folk revival emmené par Bob Dylan et bien d'autres (Pete Seeger, Joan Baez, Fred Neil, Karen Dalton, Dave Van Ronk...). Le blues ne préfigurera le rhythm'n'blues qu'en s'électrifiant, à quelques exceptions près (Memphis Minnie en est une, qui faisait du rhythm'n'blues acoustique dans les années 30). Pour en venir à Blind Willie Mctell, qui comme son nom l'indique était aveugle, son blues fut une sorte de folk urbain (il vivait à Atlanta), et ce qui frappe sur ses enregistrements, c'est son chant, et le côté provocateur de son chant, qui a souvent un aspect frondeur, tout en restant attachant, presque attendrissant. L'individualisme, le caractère de sa voix nous frappe comme nous frappera, bien plus tard, celle d'un Bob Dylan (qui lui a, d'ailleurs, consacré une chanson). Je ne suis pas sûr qu'il y ait lieu d'insister sur la qualité de ses chansons ou de son jeu de guitare, qui ne sont pas plus remarquables que chez n'importe quel grand nom du blues, si ce n'est qu'il sortait de sa guitare des sons d'une grande résonance, dûs à l'utilisation d'une douze cordes. Mon affection particulière pour McTell vient de l'univers qu'il crée par son chant et le caractère de ses enregistrements. On s'identifie plus immédiatement à McTell qu'à la plupart de ses contemporains, parce qu'il possède quelque chose d'intemporel, d'intime, de domestique. C'est une voix qui nous vient par delà le temps, 90 ans plus tard, avec un tissu de blessure sans afféterie ni justification qui, mêlé à une forme de désinvolture et d'habileté apprises de la vie, continue de nous captiver, intriguer.


Her All Time
Her All Time
Prix : EUR 17,74

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Bienvenue au Paradis, 18 février 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Her All Time (CD)
Pour découvrir Dionne Warwick, cette compilation est parfaite. Il faut d'abord dire qu'elle a un très bon son, et que le label Rhino est une référence. Je fus si enchanté par le répertoire de Dionne (dont la majeure partie des chansons est signée Hal David/Burt Bacharach - respectivement paroles et musique) que je me suis ensuite procuré tous les originaux dispo en CD, du moins jusqu'en 1970, et je déconseille fortement les rééditions Collector's Choice dont le son est désastreux (stéréo désincarnée, sans vie et sans relief, bref une horreur). Par contre d'autres originaux ont été réédités par Rhino (de fort belle façon par Rhino Handmade, mais cher), et j'ignore ce que vaut le coffret des cinq originaux labellisé par Rhino (cette collection des 5 originaux pour de nombreux autres artistes, parue sur le marché ces dernières années, est de qualité variable, et très "cheap" en termes de présentation). Cette collection, qui contient 24 succès, reste une entrée idéale dans l'oeuvre de cette dame au style exquis. Ensuite on pourra toujours se procurer aussi le coffret consacré à Burt Bacharach (The Look of Love), tant qu'on y est, pour comprendre ce que Dionne lui doit, mais aussi ce que Burt doit à Dionne, puisqu'elle fut son véhicule vocal rêvé. En effet, je ne vois pas qui d'autre que Dionne aurait pu mieux chanter "Windows of the world", pour ne mentionner que cette infiltration d'un Jardin d'Ailleurs tout imprégné de peine et de paix comme d'une berçante pluie exotique, que miroite le regard de Dionne elle-même, femme svelte, nonchalante et distinguée, pareille à une dame créole qu'évoqua si bien Baudelaire. La musique de Bacharach atteint toujours ces régions de volupté mystérieuse, par le raffinement, la légèreté de ses arrangements, et défilent sous l'oreille enchantée, doucement extasiée ou somptueusement captivée, des rayons de Paradis: "Don't make me over", "Anyone who had a heart", "You'll never get to heaven", "Trains and boats and planes", "I say a little prayer", "I'll never fall in love again", "The green grass starts to grow"... sans oublier bien sûr l'une des plus belles chansons du monde, "Walk on by", avec ces accords de piano d'une élégance infinie, et ce chant de Dionne, incomparable, adoucissant les vocables comme des bulles de savon ou de champagne. C'est en découvrant ce genre de musique qu'on se dit que la vie vaut d'être vécue, et qu'un Paradis, un Ailleurs, plus beau, plus doux, plus radieux, plus secret, existe. Une oeuvre de poète, somme toute.


Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11-13