Profil de L. Pascal > Commentaires

Fiche d'identité

Contenu rédigé par L. Pascal
Classement des meilleurs critiques: 2.465
Votes utiles : 270

Chez vous : découvrez nos services personnalisés en pages d'aide !

Commentaires écrits par
L. Pascal (Cannes)
(VRAI NOM)   

Afficher :  
Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6
pixel
La guerre sans l'aimer: Journal d'un écrivain au coeur du printemps libyen
La guerre sans l'aimer: Journal d'un écrivain au coeur du printemps libyen
par Bernard-Henri Lévy
Edition : Broché
Prix : EUR 22,40

7 internautes sur 37 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Surprenant BHL, 2 avril 2012
BHL vous a toujours agacé... ce style de dandy s'en va en guerre, philosophe grand reporter au long cours, mannequin à la chemise blanche méticuleusement-négligemment ouverte, professeur de conscience donnant dans son bloc-note les bons points et surtout les mauvais, VRP en chef vantant et vendant son œuvre chez Ardisson... et bien lisez ce livre ! Oui, je sais... certains crient au crime... que la France s'est fourvoyée dans cette guerre... la preuve, le sud du pays serait à l'heure où j'écris à feu et à sang. Si c'est votre opinion, inutile d'aller plus loin. Pour les autres ce livre peut se lire sous l'angle de cette très belle phrase de Léon Bloy "Quand une personne qui se croit importante se présente devant vous, demandez-lui d'abord où est sa douleur." BHL se croit important. Il croit en l'Histoire. Il croit à l'influence déterminante que peut avoir un individu sur le déroulement de l'histoire. Sa vie est tentative de peser sur les évènements. Ambitieux de faire. Ambitieux de dire. Ses héros sont Malraux et Lawrence. Son arme, une audace incroyable. Mais quelle est donc cette terrible douleur qui habite cet homme ? Et c'est là justement que le livre surprend. Que ce qui pourrait dans les premiers chapitres passer pour un ridicule cabotinage, prend de la profondeur ; le ridicule laissant place au tragique. Car au-delà des reportages entre les balles et du grand jeu dans les antichambres des ambassades, BHL fait preuve d'une rare lucidité sur cette boulimie de faire qui ne le laisse pas au repos. Retour sur ses précédents engagements. Ses échecs en Bosnie, Afghanistan, Somalie et ailleurs. Echecs qui l'obsèdent. Sa peur de se tromper en Libye comme il s'est déjà trompé ailleurs. Et là, toujours sous l'œil de Léon Bloy, on voit ce Sisyphe juif en terre d'Islam, qui ne peut pas ne pas faire, parfaitement lucide sur ce drame qui est le sien, qui tente tant bien que mal d'en tirer le meilleur, dans un pur pari Pascalien. Cet homme est courageux et surprenant. Il faut le dire. Il faut le lire. Pour le reste, l'histoire jugera.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 21, 2014 7:57 PM MEST


Rien ne s'oppose à la nuit - Grand prix des Lectrices de Elle 2012
Rien ne s'oppose à la nuit - Grand prix des Lectrices de Elle 2012
par Delphine Vigan (de)
Edition : Broché
Prix : EUR 19,30

4.0 étoiles sur 5 Livre d'amour à une mère pas comme les autres, 19 février 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rien ne s'oppose à la nuit - Grand prix des Lectrices de Elle 2012 (Broché)
Difficile d'écrire sur sa mère, surtout quand le drame et la folie s'en mêlent. DDV réussit pourtant ce portrait, et plus généralement celui de sa famille maternelle, qui comme dit sur la 4ieme de couverture " incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre." L'auteur cherche à comprendre comment sa mère qui au départ semblait avoir tout pour elle, a pu sombrer si loin. Cette quête se fait à bonne distance, sans verser ni dans le pathos ni dans l'explication forcée. Si DDV n'a pas (encore) la maîtrise du Carrere d'un Roman Russe, elle réussit pourtant son pari de faire revivre sa mère. On compatit à la douleur de cette femme, de ses filles et de sa famille. Rien n'est simple. S'y mêlent l'amour, la joie, la terreur et la mort. Un récit vivant, hommage à sa mère telle qu'elle était, dans ses excentricités, sa folie mais aussi son humanité et son être. L'amour commence par le respect de l'autre pour ce qu'il est. En cela ce livre est une déclaration d'amour à une mère pas comme les autres.


Une femme fuyant l'annonce - prix Médicis étranger 2011
Une femme fuyant l'annonce - prix Médicis étranger 2011
par David Grossman
Edition : Broché
Prix : EUR 22,80

15 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Géant, 5 février 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Une femme fuyant l'annonce - prix Médicis étranger 2011 (Broché)
Dans ce roman, Grossman part du quotidien des hommes et de leurs vicissitudes, pour atteindre la grâce. Cette grâce, c'est la rencontre de l'homme, de la nature et des mots. Rien d'extraordinaire, juste de petites choses mais qui rassemblées, racontées, mises en perspectives, touchent à l'universel.

Petit conseil cependant. Ne vous laissez pas décourager par le premier tiers du livre (200 pages), les choses se mettent en place lentement, avec des flashback et on pourrait par moment s'impatienter. Laissez vous le temps de rentrer dans le monde de Grossman, d'apprendre à connaître les personnages (Ora, femme universelle, belle, maternelle, contradictoire et tellement femme), de suivre le pas de cette randonnée, de raisonner au rythme des phrases, et alors la magie prendra.

Merci monsieur Grossman,


Country Driving: A Chinese Road Trip
Country Driving: A Chinese Road Trip
par Peter Hessler
Edition : Broché
Prix : EUR 13,34

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Masterpiece of journalism, 5 février 2012
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Country Driving: A Chinese Road Trip (Broché)
Forget the first story, "the wall" which is just average. The 2 other ones, "the village" and "the factory" are just masterpiece of journalism. I have never read something like that before. I guess because to achieve this level of journalism, you need a lot of time, commitment, humility and of course excellent writing skills, things very rare to find in one single man (or you may have the skills but not the time). I would recommend this book both for those who want to learn about modern China, and to those who want to write investigation journalism.


Le quai de Ouistreham
Le quai de Ouistreham
par Florence Aubenas
Edition : Broché
Prix : EUR 19,30

2 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
1.0 étoiles sur 5 Décevant, 6 janvier 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le quai de Ouistreham (Broché)
Il me semble que le procédé « se faire passer pour », puis écrire son expérience, n'est pas un bon procédé. Car l'auteur doit déployer une part importante de son énergie à ne pas se faire démasquer, et cela se fait au détriment du reportage. Un reportage, cela demande de se concentrer sur son sujet, d'observer librement, en toute confiance. Sinon on perd beaucoup, car on ne peut pas demander ouvertement les choses. A l'inverse un journaliste qui ne cache pas l'objet de son reportage, aura certes certainement au départ du mal à trouver les gens qui acceptent d'être suivis, mais ensuite il pourra faire son travail convenablement, et aller là où un simple collègue ne pourra jamais aller. Quant à l'expérience personnelle de FA dans ces 6 mois, elle est finalement d'une grande banalité. C'est triste à dire mais le même livre écrit par un autre journaliste n'aurait certainement pas été publié.


Monsieur le Président : Scènes de la vie politique (2005-2011)
Monsieur le Président : Scènes de la vie politique (2005-2011)
par Franz-Olivier Giesbert
Edition : Broché
Prix : EUR 20,20

2.0 étoiles sur 5 Vite écrit, vite lu, 4 janvier 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Monsieur le Président : Scènes de la vie politique (2005-2011) (Broché)
Intéressant pour les anecdotes. En revanche fâcheuse impression à la lecture que FOG voulait vite s'en débarrasser. Ainsi dans ce terrain peu conviviale, tant dans le fond que dans la forme, on accélère car on a tout sauf envie de s'y attarder.

Quelques passages relevés

"Enfant roi. Si vous cédez tout de suite, vous êtes mort. Si vous résistez, il vous déteste. Mais bon cela ne sert a rien d'être aimé par lui. Il vaut mieux être respecté."

"Tout est un rapport de forçe pour lui. Il n'a que ennemis ou esclaves."

"Il ne faut jamais se laisser dominer par lui, sinon c'est l'horreur, il finira par vous bouffer. Il n'y a aucune méchanceté chez lui, juste un instinct de mâle dominant que rien n'arrête jamais."

"Le surmoi est le produit de l'éducation et s'acquiert quand la mère décide de lutter contre les manifestation de toute puissance de son rejeton"

"Il humilie trop mais ne punit pas assez. Il n'a pas la main tranchante. La parole en revanche l'est."

"Tout faire soi meme. Litanie des mauvais managers qui ne savent ni déléguer, ni responsabiliser"

Sarko nommé ministre du budget en discute avec Elkabbach.
"Qu'est ce que t'y connais au budget demande JPE
Rien, je m'en fous. J'apprendrai. Je travaillerai, j'ai l'habitude. A Bercy on marche sur les inspecteurs des Finances. Je prendrai le meilleur et il fera mon cabinet."


The Long March: The True History of Communist China's Founding Myth
The Long March: The True History of Communist China's Founding Myth
par Sun Shuyun
Edition : Broché
Prix : EUR 14,18

5.0 étoiles sur 5 Excellent book, 2 janvier 2012
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Long March: The True History of Communist China's Founding Myth (Broché)
I was a bit scared after reading the first pages, where the author mixes journalism, history and fictional writing, but then the field investigation takes the lead and the author makes an excellent job both as a journalist and also as an historian. I do recommend this book for those who want to understand the roots of the creation of the new China. It is also an excellent book about what is history, propaganda and myth. Last but not least, it is very well written, a real pleasure to read.

"Mao's foresight was quite extraordinary. To think of turning the Long March, which was essentially a retreat, into a glorious victory, was itself a stroke of genius. To be able to make it the founding legend of Communist China showed a political acumen, a gift for propaganda and an optimism and self assurance that few possess."

"The anti-Japanese propaganda turned a dispirited reteat of the Red Army into a lofty march of salvation for the whole nation. It gave the soldiers a purpose without which the army could easily have disintegrated and, crucially, it gained them public sympathy and support. Wherever they went, anti-Japanese propaganda heralded the way. "


Limonov Prix Renaudot 2011
Limonov Prix Renaudot 2011
par Emmanuel Carrère
Edition : Broché
Prix : EUR 20,30

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Excellent livre pour comprendre la Russie d'aujourd'hui, 2 janvier 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Limonov Prix Renaudot 2011 (Broché)
Très bon, même si certainement pas le meilleur Carrère. Les 200 premières pages rament un peu, faisant de l'enfance russe puis de l'exil new-yorkais de Limonov, un récit moyen sans autre intérêt que de planter le décor. En revanche à partir de l'aventure parisienne on retrouve le Carrère du Roman russe, mêlant enquêtes de terrain, expériences personnelles et surtout cette incroyable justesse du regard de l'auteur. Carrère a besoin de voir, de connaître, de toucher pour parler juste. Il a connu Limonov dans les années 80 à Paris ; quant à la Russie, elle coule dans ses veines. Le matériau est alors là pour sortir d'un récit classique et, à travers Limonov, de parler de la Russie, de Carrère et quelque part aussi de chacun de nous. C'est ce procédé mêlant l'intime à l'Histoire qui nous rapproche du sujet et nous aide à comprendre ce qu'est la Russie d'aujourd'hui, dans toutes ses nuances et ses contradictions.

Quelques citations relevées en passage

Carrère sur lui-même (toujours dans l'adoration) « Cela m'ennuie de parler avec aussi peu d'indulgence de l'adolescent et du très jeune homme que j'ai été. Je voudrais l'aimer, me réconcilier avec lui, et je n'y arrive pas. Il me semble que j'étais terrorisé par la vie, par les autres, par moi-même, et que la seule façon d'empêcher que la terreur me paralyse tout à fait, c'était d'adopter cette position de repli ironique et blasé, de considérer toute espèce d'enthousiasme ou d'engagement avec le ricanement du type pas dupe, revenu de tout sans être jamais allé nulle part».

Sur le fascisme (au sens large, comme volonté de hiérarchiser les valeurs et les hommes) et la sagesse « Bien que comme Liminov je ne puisse pas rencontrer un de mes semblables sans me demander plus ou moins consciemment si je suis au dessus ou au dessous de lui et en tirer soulagement ou mortification, je pense que cette idée « l'homme qui se juge supérieur, inférieur ou égal à un autre ne comprend pas la réalité » est le sommet de la sagesse et qu'une vie ne suffit pas à s'en imprégner (...). Faire ce livre pour moi, est une façon bizarre d'y travailler. »

Sur l'URSS et le mensonge « Ils [les écrivains affiliés au parti] savaient bien qu'ils servaient un régime pourri, qu'ils avaient vendu leur âme et que les autres le savaient. Soljenitsyne l'a noté : un des aspects les plus pernicieux du système soviétique, c'est qu'à moins d'être un martyr on ne pouvait pas être honnête. On ne pouvait pas être fier de soi.» Plus loin « Soljenitsyne l'avait annoncé, dès qu'on commencera à dire la vérité, tout s'effondrera. » Ou encore « Il ne faut pas seulement exécuter les coupables, disait le commissaire à la justice Krylenko, l'exécution des innocents impressionne davantage ».

Limonov sur Gorbatchev « le chef de l'Union soviétique n'est pas là pour plaire à des petits cons de journalistes occidentaux, mais pour leur faire peur. » Gorbatchev apparaît comme complètement dépassé par l'histoire, plaisant aux occidentaux mais incapable de contrôler les forces destructrices qui accompagnèrent la désintégration de l'URSS. Limonov pleure ce « peuple qui n'a plus confiance en lui et n'inspire plus de respect à ses voisins »

Sur la contre culture des nasbols et Limonska, version russe de l'idiot international « tu es jeune ; ça ne te plait pas de vivre dans ce pays de merdre ; tu n'as envie de devenir ni un popov ordinaire, ni un enculé qui ne pense qu'au fric, ni un tchékiste ; tu as l'esprit de révolte ; tes héros sont Jim Morrisson, Lénine, Mishima, Baader. Eh bien voilà, tu es déjà un nasbol ».


The Shift: Taking Your Life from Ambition to Meaning
The Shift: Taking Your Life from Ambition to Meaning
par Wayne W. Dyer
Edition : Relié
Prix : EUR 14,98

3.0 étoiles sur 5 Good although a bit radical on some points, 11 décembre 2011
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Shift: Taking Your Life from Ambition to Meaning (Relié)
I like Wayne's first part about the concept of 'oneness'. We all come from the same source. Big bang theory tells us the story. A unique source of energy created the whole universe, hence all atoms, hence all beings and non-beings. Therefore as Wayne points out 'begin to view yourself as connected to every person you encounter by valuing and loving the part of you that flows through all life. Feel your connection to all of nature and practice non-judgment and love, beginning with yourself'. As the Catholic and mystic writer Thomas Merton said 'We are already one. But we imagine that we are not. And what we have to recover is our original unity'. 'Ego insists on separation because that's how it undermines allegiance to the authentic self. When we recognize and respect our connectedness to each other, the air we breathe, the water we drink and the sun we rely on; and most significantly, the invisible Source we're animated by, the ego can return to its rightful space'. 'If we are aware that there's no separation, no others, then we do not need to prove our superiority.' More' is the mantra of the ego'. And also 'leave me alone' I would add.

What I like less in this book is Wayne's radical attitude toward the need to 'surrender to the invisible force'. Wayne develops the idea that we should simply let the universe drive us. No interference. Just let it be, and 'surrender to the invisible force that administers everything'. I believe that to a certain point we should indeed 'let it be' and 'practice the art of allowing' in order to find 'the authentic me'. But for Wayne this process is radical and unconditional. Worse, he does not make any difference between people. I could indeed accept that after reaching a certain spiritual level, people have the ability to 'feel the force' and then let it be. But what about for the majority of us? Jumping in the river and 'let it be' does not make you learn how to swim. There is a process for that. And it might be a life long process. But reading Wayne you have the feeling that what you need is just to jump and not to worry about the future. 'Let go and let god'. Is that really practical? I'd rather recommend to read The Power Of Now: A Guide To Spiritual Enlightenment for a practical spiritual shift process.

Here are various quotations I liked:

About 'the authentic me'. 'More than anything else, what the world truly needs are men and women who have come alive. What the world needs is the natural sincerity of people living their passion in a way that makes other people's lives better.'

About Love and service. 'Love cannot remain by itself, it has no meaning. Love must be put into action, and that action is service'.

About gratefulness. 'If you only say one prayer in a day, make it 'Thank you''. Thank you to make all this possible... not my poor little life, but life in the universe.

What I suggest is first to watch Wayne's movie from which this book was written. You can find it on youtube (search for 'Dr. Wayne - El Cambio'' there are 9 episodes of 30mn each). It is quite an interesting and good movie. Then just let it be and see if you buy the book ;)

Last but not least, here is a Carl Jung nice quotation about the fact that we are not necessarily prepared for the spiritual shift (from ambition, to meaning) advocated by Wayne and more generally by all spiritual leaders. 'Thoroughly unprepared, we take the step into the afternoon of life; worse still, we take this step with the false assumption that our truths and ideals will serve us as hitherto. But we cannot live the afternoon of life according to the programme of life's morning; for what was great in the morning will be little at evening; and what in the morning was true will at the evening have become a lie' (The stages of life)


Dans les forêts de Sibérie - Prix Médicis essai 2011
Dans les forêts de Sibérie - Prix Médicis essai 2011
par Sylvain Tesson
Edition : Broché
Prix : EUR 18,20

12 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Sylvain Tesson, ce poète..., 11 décembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dans les forêts de Sibérie - Prix Médicis essai 2011 (Broché)
On le savait déjà, mais il semblait vouloir le dissimuler: Sylvain Tesson est poète avant d'être aventurier. Alors disons-le tout de suite. Si vous chercher de l'aventure, allez plutôt voir Mike Horn crapaüter dans le grand nord sibérien (Conquérant de l'impossible). Sylvain Tesson c'est pas (c'est plus) du Horn, c'est du Nicolas Bouvier. L'un est à la Sibérie ce que l'autre est au Japon. Poète voyageur enfin sédentaire, Tesson évacue la dispersion que crée la cadence du pas pour se poser, regarder, observer, écouter, embrasser le temps et nous livrer ses plus belles pages.

On lit l'évolution de l'auteur à mesure des pages et des saisons. Février, arrivée près du lac. « L'essentiel est de mener sa vie à coup de gouvernail. De passer la ligne de crête entre des mondes contrastés. De balancer entre le plaisir et le danger, le froid et l'hiver russe et la chaleur du poêle. Ne pas s'installer, toujours osciller de l'une à l'autre extrémité du spectre des sensations. ». Puis progressivement la solitude et le temps font leur effet. « Privé de conversation, de contradiction et des sarcasmes des interlocuteurs, l'ermite est moins drôle, moins vif, moins incisif, moins mondain, moins rapide que son cousin des villes. Il gagne en poésie ce qu'il perd en agilité. » Pour laisser place à l'émerveillement « On ne se lasse pas de la splendeur, vieux principe sédentaire. De quoi se plaindre d'ailleurs ? Les choses sont moins figées qu'elles n'y paraissent : la lumière nuance la beauté, la métamorphose. Celle-ci se cultive et jour après jour se renouvelle. (...) Finalement, avec la vodka, l'ours et les tempêtes, le syndrome de Stendhal, suffocation devant la beauté, est le seul danger qui menace l'ermite. ». Une certaine sagesse vient avec l'été. « Par un mystère, je me suis dépossédé de tout désir au moment précis où je conquérais le maximum de liberté. Je sens se développer dans mon cœur des paysages lacustres. J'ai réveillé le vieux Chinois en moi. ». Tesson vit l'instant présent en poète « Sur les pentes, la lumière ne veut pas descendre, s'accroche aux éperons des falaises. Un éclat d'argent au bout de la ligne : le lac lâche ses fruits. Ecrire, peindre, pêcher, trois façons de rendre ses devoirs au temps. »

Plus on avance dans le livre, plus le récit se fait poésie. Une poésie belle, sobre, juste, à l'opposée du lyrisme béat. « Le soir est un songe qui meurt. Tous les ingrédients de la rêverie romantique se déploient vers 8 heures devant mes loges : l'eau dormante, les haillons de brouillard, les risées teintées de pastel, les oiseaux qui gagnent leurs couches en planant. La nature frôle le kitsch sans y verser jamais. » « Le monde que je foule chaque jour, de la clairière au bord de l'eau, recèle des trésors. Dans l'herbe, sous le sable, des armées vaquent. Leurs soldats sont des bijoux. Ils portent armures vernissées, carapaces d'or, cottes de malachite ou livrées rayées. Aux Cèdres du Nord, je marche sur des joyaux, des brillants, des camées sans m'en douter. (...) Tenir en considération les insectes procure la joie. Se passionner pour l'infiniment petit précautionne d'une existence infiniment moyenne. Pour l'amoureux des insectes, une flaque d'eau deviendra le Tanganyika, un tas de sable prendra les dimensions du Takla-Makan, une broussaille se changera en Mato Grosso. Pénétrer dans la géographie de l'insecte, c'est donner enfin aux herbes la dimension du monde. » Il cite Hugo. « Tout travaille à tout... Il y a entre les êtres et les choses des relations de prodige... Aucun penseur n'oserait dire que le parfum des aubépines est inutile aux constellations» et poursuit... « Prolonger la question hugolienne : qui prétendrait que le ressac n'est pour rien dans les rêves du faon, que le vent n'éprouve rien à se heurter au mur, que l'aube est insensible aux trilles des mésanges ».

Ces 6 mois en cabane ne sont heureusement pas privées de rencontres. Derrière son apparente carapace, Tesson aiment trop les hommes pour s'en isoler complètement. Parmi les plus belles pages de ce livres, des rencontres, dialogues, scènes où Tesson excelle dans l'art du croquis. Ce qu'il aime chez les hommes ? « Je préfère les natures humaines qui ressemblent aux lacs gelés à celles qui ressemblent aux marais. Les premiers sont durs et froids en surface mais profonds, tourmentés et vivants en dessous. Les seconds sont doux et spongieux d'apparence mais leur fond est inerte et imperméable. » Quant à la solitude. « De mon duvet j'entends crépiter le bois. Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux, il me manque quelqu'un à qui l'expliquer. »

Quelques belles pages aussi sur la figure de l'ermite. « La cabane est le lieu du pas de côté. Le havre de vide où l'on n'est pas forcé de réagir à tout. Comment mesurer le confort de ces jours libérés de la mise en demeure de répondre aux questions ? ». « L'ermite sait d'où vient son bois, son eau, la chair de ce qu'il mange et la fleur d'églantier qui parfume sa table. Le principe de proximité guide sa vie. Il refuse de vivre dans l'abstraction du progrès et de ponctionner une énergie dont il ignore tout. Etre moderne, refuser de se préoccuper de l'origine des bienfaits du progrès. »

Tesson est aussi un admirable lecteur qui aime citer. Peut être d'ailleurs pourrait on lui reprocher de sacrifier l'expérience immédiate à trop de lecture. La mise en garde de Nietzsche, qu'il cite le frappe. « Je l'ai vu des mes yeux : des natures douées, riches et portées à la liberté, crevées par la lecture dès trente ans, devenues de simples allumettes, qu'il faut frotter pour qu'elles donnent des étincelles, des pensées. ». Tesson admire « le rayonnement de ces gens qui posent sur le monde une vue libérée de toute référence. Les souvenirs de lecture n'interposent jamais leur écran entre ces êtres et la substance des choses. ». Heureusement Baïkal est là pour veiller au bon équilibre et éviter l'overdose de lecture.

Ce qu'il a appris de ces 6 mois. « J'ai découvert qu'habiter le silence était une jouvence. J'ai appris deux ou trois choses que bien des gens savent sans recourir à l'enfermement. La virginité du temps est un trésor. Le défilé des heures est plus trépidant que l'abattage des kilomètres. L'œil ne se lasse jamais d'un spectacle de splendeur. Plus on connaît les choses, plus elles deviennent belles. ». Dit autrement « S'il veut garantir sa santé mentale, un anachorète jeté sur un rivage doit habiter l'instant. Qu'il commence à échafauder des plans, il versera dans la folie. Le présent, camisole de protection contre les sirènes de l'avenir. » Une leçon qu'il a appris notamment en observant ses 2 chiens. « Mes deux chiens se tiennent face au lac, clignant des yeux. Ils goûtent la paix du jour, leur bave est action de grâce. Ils sont conscients du bonheur de se reposer là, au sommet, après la longue grimpée. Heidegger tombe à l'eau et Schopenhauer aussi. Plouf, la pensée. ». Ces 2 chiens pour lesquels Tesson a d'admirables pages. « Une sieste sur les galets de la plage avec les chiens couchés sur moi. Aïka et Bêk, mes maîtres en fatalisme, mes consolateurs, mes amis qui n'attendez rien d'autre que ce que l'immédiat vous réserve dans la gamelle de la vie, je vous aime bien. »

Un beau livre, qui comme toute poésie, est à lire et à relire.


Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6