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Contenu rédigé par Mélomaniac
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Commentaires écrits par
Mélomaniac (France)
(#1 CRITIQUE au Tableau d'HONNEUR)    (TOP 10 COMMENTATEURS)   

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Symphonie n.8 - Blu-Ray Audio
Symphonie n.8 - Blu-Ray Audio
DVD ~ Mahler
Prix : EUR 20,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 On a dompté la « Symphonie des Mille », 16 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Symphonie n.8 - Blu-Ray Audio (Blu-ray Audio)
Disposant d'un plateau vocal prestigieux, de choeurs puissants et fulgurants (Staatsopernchor et Singverein réunis), et d'un orchestre aguerri à toutes les prouesses (ah les cuivres de Chicago...), Solti cumule les atouts pour embraser le colossal "Veni Creator" imaginé par Mahler.

A ma connaissance seuls Bernstein ou Tennstedt (en concert) ont pu déchaîner un semblable déferlement d'enthousiasme dans le « Accende lumen sensibus ».
Et écoutez le maelström de la fin de l'hymne, stoppé net d'un revers de la main ! Epoustouflant.

La vaste deuxième partie (scènes du second "Faust") permet aux huits chanteurs de révéler leur poésie, dans une veine quasi opératique, tandis que le chef hongrois se montre très attentif à illustrer les ambiances délicates suggérées par le texte de Goethe.

Le volet final manque peut-être un peu d'envolée mais ne tergiversons pas : en un seul disque, splendidement enregistré de surcroît, cette interprétation captée en août-septembre 1971 à la Sofiensaal de Vienne reste une des plus incontournables et spectaculaires de la discographie.


Berlioz:Symphony Fantastique O
Berlioz:Symphony Fantastique O
Prix : EUR 14,38

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 Ce CD réédite la seconde des quatre versions de la "Fantastique" par Daniel Barenboïm..., 12 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Berlioz:Symphony Fantastique O (CD)
..., enregistrée en septembre 1984 et initialement publiée chez CBS.
l'interprétation est propre, décente, présentable : cela suffit-il ?
A l'occasion de cette parution, Jean Roy en distinguait la « sobriété » et le « rejet de tout effet spectaculaire », dans le magazine Diapason n°309.
Certes, et à un point qui pour ma part occasionne une cruelle déception quand le résultat semble si fade, tiède et ennuyeux.

Privée de matière, de netteté et de relief, la prise de son noie en outre maints détails d'instrumentation.
Par exemple dans la "Scène aux champs", les dynamiques pianissimo (notamment les trémolos et pizzicati des cordes) deviennent inaudibles, sauf à augmenter considérablement le niveau de l'amplificateur.
Ce tableau pastoral s'engourdit alors dans une torpeur léthargique, embrumée dans les brouillards de la lande. Et que dire de ce phrasé émollient à la mesure 131 (10'36-) où rien ne s'anime ?!

Tout au long des "Rêveries et Passions", on assiste ici aux tristes humeurs d'un héros qui oscille entre neurasthénie et états dépressifs, sans qu'on puisse déceler un véritable élan spontané, même dans l'Allegro agitato (5'28-).
La péroraison amenée par le hautbois à la mesure 358 (11'57-) active une exaltation bien artificielle...
Comment une phalange si virtuose que le Berliner Philharmoniker peut-elle sembler buter sur les croches des mesures 115-118 (6'17-6'20), articulées laborieusement et plombées par les basses. Quelle diction lourde voire emplâtrée...
A-t-on transfusé du sang de navet à notre bouillant amoureux qu'évoque cette première partie de la symphonie ?!

Certains disques se laissent oublier sitôt les avoir entendus. Quels efforts d'attention devra-t-on fournir pour ne pas décrocher au cours de l'écoute de celui-ci ?
Les timbres instrumentaux ? Insipides, déshydratés.

L'ivresse du "Bal" ? Un vague souvenir, un frêle écho de fête perçu à dix lieues...

La grinçante "Marche au supplice" ? Livide, grandiloquente et tétanisée.

Un luxueux cercueil s'ouvre pour recueillir la dépouille du "Songe d'une nuit de Sabbat" rongée par le spleen. Embaumée avec des soins de thanatopracteur.
A entendre cette contre-performance, la "Fantastique" a deux pieds dans la tombe. Dans la sienne, Berlioz se retourne peut-être dans un mouvement de fureur, lui qui voulait secouer les esprits avec cet extraordinaire opus !

Mieux vaut oublier qui le joue ainsi.
Si vous voulez vraiment entendre l'orchestre de Berlin dans cette oeuvre, cherchez plutôt les anciens témoignages de Willem van Otterloo (1951) ou Igor Markevitch (1953), trouvables en téléchargement. Voire Karajan (mouture 1964).

Quant à Barenboïm, on se tournera plutôt vers le troisième de ses quatre enregistrements de l'oeuvre : celui qu'il réalisa à Chicago.


Berlioz : Symphonie fantastique - Roméo et Juliette : scène d'amour
Berlioz : Symphonie fantastique - Roméo et Juliette : scène d'amour
Proposé par MusicaNapoletana . com
Prix : EUR 16,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Outre la spécifique clarté de ses timbres instrumentaux, rappelons que l'orchestre de Boston..., 12 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Berlioz : Symphonie fantastique - Roméo et Juliette : scène d'amour (CD)
...peut se prévaloir d'une historique connivence avec le répertoire français, cultivée notamment avec ses anciens directeurs, Pierre Monteux (1919-1924) et Charles Munch (1949-1962).
Dans cet enregistrement de février 1973, faisant suite à une précédente version à Toronto en 1967 pour CBS, Seiji Ozawa requerrait toute la discipline et la netteté d'articulation de cette phalange américaine, qu'il soumet à une rectitude de phrasé bien différente de la chaleureuse spontanéité d'un Munch.

Dans la "Scène aux champs", le chef nippon sait capter l'attention en accélérant progressivement l'allure. Mais la prosodie me semble hélas parfois mécanique.
Par exemple, mesures 48-49 (4'00-) : le resserrement rythmique (cinq do en croches, do do si do en doubles croches) est aridement réalisé.
Mesures 69 à 76 (5'20-5'52) : la mélodie d'altos et violoncelles défile au pas cadencé, sans véritable souplesse lyrique.
Dans le « poco animato » des mesures 87 à 106 (6'28-7'32) : sur le trémolo des violons et altos, on note la diction drue et le galbe athlétique des violoncelles et contrebasses.
Aux mesures 131 à 138 (9'15-9'46) : sur les saccades en triples croches des archets, le chant des violons 2 se déroule sans grande expressivité, presque atone.
Que reste-t-il de la bucolique poésie de cette page quand on la trace ainsi à la pointe sèche ?

Ozawa illustre les "Rêveries et passions" sans théâtre ni folie, et n'exploite qu'une dynamique restreinte. Exemple à la mesure 111 (5'29) : la fulgurante escalade débouche sur un tutti plutôt timide, pourtant noté « ff ».
Les accords à 6'06 et 6'09 (mesures 152-) ne doivent-ils claquer comme des coups de feu ?
On ne saurait néanmoins dénier à cette lecture une exemplaire méticulosité. Ainsi, les raclements de contrebasses ne s'activent en stringendo qu'à 7'39 (mesure 254) comme prévu par Berlioz.
Mais à d'autres endroits, les options surprennent : Ozawa profite du « piu animato » (mesure 461, 11'21) pour déchaîner un tempo (abusivement ?) cavalier, dont la précipitation parait aussi incongrue qu'artificielle.
L'interprétation « semble dénuée de sentiment » écrivait Pierre-émile Barbier en décembre 1973 dans le magazine Diapason. A entendre joué ainsi le premier volet de la symphonie, on accrédite volontiers ce propos.
Idem pour cette exécution méthodique du "Bal" : privée de séduction. Valse ânonnée frigidement. Ce que l'on regrette d'autant plus que les pupitres de Boston s'avèrent remarquablement pointus et homogènes.

En moins de quatre minutes, le maestro diligente une "Marche au supplice" glabre, lapidaire, acerbe.
Les timbaliers fourbissent hargneusement leurs mailloches ; les trompettes résonnent implacablement : voilà une conduite à la guillotine presque sadique dans la précision maniaque de son cérémonial.
Idem pour le "Songe d'une Nuit de Sabbat" : notez la ponctuation staccato des trombones et tubas mesure 81 (2'24).
Dès le cortège du Dies Irae, Ozawa organise une constriction inexorable, asphyxiante, avec un zèle fanatique qui fait froid dans le dos (grosse caisse mesure 187-, 4'07-)
Mais il desserre un peu l'étau pour la ronde sabbatique (mesure 241-, 4'54-), certes prescrite « poco meno mosso » dans la partition. Saluons ce respect des indications de mouvement, alors que d'autres baguettes solennisent trop le Dies Irae et se hâtent ensuite pour l'épisode orgiaque.
En revanche, je suis moins convaincu par le tempo très pressant qu'Ozawa active après la mesure 403 (7'22) : ces appels en triolets des cordes qui annoncent l'édifiante superposition de la fanfare funèbre et de la danse sabbatique. Cette péroraison n'appellerait-elle pas davantage de retenue ?
En tout cas, le chef attise avec brio l'exaltation qui conclut cet infernal Rondo.

Derrière cette bravoure à sensation, on peut se demander si un tel apparat n'est pas trop superficiel.
Dans sa revue pour le magazine Répertoire (n°31), Laurent Barthel résumait fort bien ce que l'on peut globalement penser de cette prestation de la Fantastique : « brillante et sèche, d'une virtuosité démonstrative mais qui n'émeut guère. »

Une opinion que l'on peut méditer en écoutant la Scène d'amour de "Roméo et Juliette" qui complète le programme de ce CD.


Organ Landscape
Organ Landscape
Prix : EUR 22,97

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Panorama des orgues du Schleswig, 23 mars 2014
Achat authentifié par Amazon(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Organ Landscape (CD)
Inutile de gloser sur le complet commentaire de Monsieur Alibert, qui a dit l'essentiel sur cet album à marquer d'une pierre blanche pour tout amateur d'orgue baroque nord-allemand.
Hormis Niels Gade (1822-1890) et Johann Peter Emilius Hartmann (1805-1900), tous les compositeurs ici réunis datent d'avant le XIX° Siècle.

Aux côtés de quelques figures majeures de ce répertoire (Buxtehude, Bruhns, Hanff, Tunder), on trouve aussi quelques noms plus rares. Notamment une étonnante pièce de Johann Christian Schieferdecker (1679-1732), jouée sur l'instrument de l'église de Kahleby, où l'interprète valorise un succulent dialogue de registres : admirez l'effet des anches de "trempeth" qui s'entretoisent au clavier principal quand se tait le pédalier !

Pour prolonger cette visite bordée par les embruns de le Mer du Nord, on peut se diriger vers cet autre CD de la même collection, où Wolfgang Baumgratz nous promène dans le patrimoine organistique de la région de Holstein / Lübeck.

Et encore cet autre album où Martin Rost nous fait découvrir les trésors à tuyaux de la région du Mecklenburg.


Don Juan/Till/Morte E Trasfigurazione
Don Juan/Till/Morte E Trasfigurazione
Prix : EUR 11,71

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 On peut se réjouir de la réédition de ce programme straussien..., 20 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Don Juan/Till/Morte E Trasfigurazione (CD)
...qui fut salué en France par un Diapason d'or à sa parution initiale en 1983.

Le rideau s'ouvre en rafale sur un "Don Juan" que Claudio Abbado fait bondir impétueusement, comme un cavaleur toujours prompt à fondre sur ses proies en jupon !
La tourbillonnante réapparition du thème à 4'52, sa réexposition à 12'59 réactiveront le même élan ravageur.
Le triomphant motif du plaisir de la possession (9'24) est clamé par quatre cors libidineux, suintant de désir !
Tandis que la grâce de Zerline (1'39-) se trouve tendrement ciselée par le violon de Michael Davies, et que le hautbois obombre le boudoir de Donna Anna (6'32) avec une impalpable délicatesse.

Le maestro italien évoque pudiquement le premier tableau de "Tod und Verklärung", laissant imperceptiblement palpiter le coeur du misérable grabataire.
Certes trop chichement captées par les micros, les contrebasses londoniennes manquent un peu de rein pour scander la menaçante irruption de la Mort. Mais la souplesse agogique qui anime le climax (les couleurs restent chatoyantes même quand l'orchestre se déchaîne à plein régime), la subtilité du canevas de cordes à 9'16 pour moirer le souvenir des jours heureux, la confiante plénitude que conquiert la transfiguration après le fatidique coup de tam-tam (quel grand art du sostenuto pour supporter les grandes arches expressives !) : tout cela traduit la sensuelle connivence d'Abbado avec ce monodrame symphonique.

Verveuse voire euphorique, la phalange anglaise réagit avec une étourdissante virtuosité à toutes les péripéties de "Till Eulenspiegel" !

Brillante, solide et spacieuse, la prise de son restitue une importante dynamique, malgré un niveau de gravure assez faible qui nécessite de pousser le volume de l'amplificateur.


Brahms : Un Requiem Allemand
Brahms : Un Requiem Allemand
Prix : EUR 10,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Mes goûts me portent plutôt vers les témoignages de Karajan, Klemperer ou Giulini..., 14 mars 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Brahms : Un Requiem Allemand (CD)
..., mais cette exécution de Gardiner en 1991 m'a autant intéressé que conquis.
Comme on s'en doute, le chef anglais vise à dégraisser la partition, à la soustraire d'un lourd romantisme wagnérien issu d'une certaine tradition interprétative, à révéler le subtil canevas rythmique, les accentuations habituellement dissimulées derrière l'épais manteau orchestral et choral.
On peut ainsi percevoir maints détails de phrasés rarement entendus ailleurs. Et comme Gardiner veille aussi au grand souffle de l'architecture (on n'en dirait pas autant de la version Norrington chez Virgin), la minutie ne s'oppose pas au sens de la forme globale mais magnifie le schéma expressif.

Ce projet authenticisant ne pouvait se dispenser d'une réflexion sur la facture et les modes de jeu : sont ainsi sollicités des cors en fa, des hautbois viennois, des timbales à baguette dure. Et un travail sur le maniement d'archet, qui limite le vibrato à bon escient.
Les textures instrumentales apparaissent méticuleusement ouvragées et se moirent d'une agréable patine, reflétant de délicates couleurs, et répondant à la subtilité des inflexions vocales presque chorégraphiques dont le compositeur a parsemé son Requiem.

On ne vante plus les qualités de précision, de justesse du Monteverdi Choir, qui cisèle le chant avec une netteté et une exactitude à peu près sans équivalent.
En contrepartie, l'élan, les saillies sembleront plus abrupts que dans la plupart des formations concurrentes. Quant à la puissance déclamatoire, l'apogée de la marche funèbre "Denn alles Fleisch" ne laisse aucun doute sur l'éloquence de ces vaillants choristes. Quelle fulgurante dynamique, avec des irruptions, des extinctions à couper le souffle !
Charlotte Margiono et Rodney Gilfry, sensibles et attachants, ne sauraient effacer le souvenir des prestigieux solistes qui les ont devancés, mais s'apparient adroitement à ce projet.

Au travers cette entreprise rayonnent le texte et la pensée luthériens. Une émotion pure, intime et intelligente. Autant que se dessine la virtuosité des anciens modèles baroques qu'admirait Brahms. Car plus d'une fois en écoutant ce disque on pense aux sublimes eaux fortes polyphoniques d'Heinrich Schütz.

L'enregistrement montre un certain recul mais un vrai relief, dont on profitera à condition de pousser le volume habituel de l'amplificateur.


Berlioz : Symphonie fantastique. Cluytens.
Berlioz : Symphonie fantastique. Cluytens.
Prix : EUR 6,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 La rencontre d'André Cluytens avec le Philharmonia remontait à novembre 1952..., 9 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Berlioz : Symphonie fantastique. Cluytens. (CD)
...(Concertos 2 et 4 de Beethoven, avec le pianiste Solomon). En novembre 1958, il revint à Londres afin d'enregistrer la "Fantastique" pour Columbia, qui la publia sous référence 33CX1673. Lors du même mois furent aussi gravées "La Valse" de Ravel puis de la musique russe, ce qui marqua la dernière collaboration occasionnelle du chef belge avec la phalange fondée par Walter Legge.
C'était la deuxième fois qu'elle enregistrait la symphonie de Berlioz : la première sous la baguette sophistiquée de Karajan en juillet 1954.
Bien plus sobre se montrait ici Cluytens, privilégiant une neutralité de bon aloi, moins typique que sa précédente version de 1955 avec notre orchestre de la Radiodiffusion.
A tel point que R.M. Hoffmann put écrire dans la revue "Disques" n°122 (1961) : « le chef a ici moins de flamme et les musiciens anglais moins de chaleur, mois de conviction que nos spécialistes français de l'oeuvre ».

Il tend certes vers un classicisme qui assagit le nerveux romantisme de la partition.

Ainsi le "Bal" joué avec pudeur et discrétion ne s'échauffe qu'en fin de parcours quand cela devient nécessaire.
Dans les "Rêveries et Passions", Cluytens tempère tout débordement. A 4'12- (mesure 49), un des pivots structurels et émotionnels, pourtant annoté « sans ralentir », on constate que le chef permet un fléchissement d'énergie : une récession qui bride l'élan vers l'Allegro agitato (5'20). Lui-même joué ici sans véritable fougue et en deçà du vif tempo requis. Les 102 mesures de cet épisode (5'20-7'02) réclament une blanche à 132 ; elle est ici négociée à 120 -mais se ressaisit ensuite à 140 pour faire sentir les grondantes menaces proférées jusqu'au silence de la Grande Pause (7'55).

Sous cette baguette, la "Scène aux champs" respire une calme sérénité. Mesures 67-68, on appréciera la douceur des chants d'oiseau sur le la-sol qu'échangent hautbois, flûte et clarinette : intervalle de seconde descendante qui va aussitôt engrener la mécanique des triples croches aux violons (5'56-6'06). Cluytens dévide ce passage avec une certaine placidité, installant là une plage de détente avant de remobiliser l'orchestre pour l'apparition de l'idée fixe mesure 87 (7'33).
Certes les archets britanniques n'arrachent pas un fulgurant "poco animato" (8'21), et la tension se relâche encore mesure 117 quand la clarinette s'épanche sur des pizzicati (9'26-) modérés par la prudence.

L'articulation laisse à désirer pour les deux timbaliers qui introduisent la "Marche au supplice", désynchronisés dans leur dernier sextolet alors que les mailloches doivent frapper à l'unisson les croches en crescendo. Bref, un cafouillage, bénin mais malencontreux.
En revanche, on aurait aimé davantage entendre les timbales ponctuer la fanfare de trompettes, qui apparaît trop doucereuse. Toutefois l'ensemble arbore un panache distingué, et résonne d'une incontestable puissance dans la salle du Kingsway Hall.

Pour le "Songe d'une nuit de Sabbat", le maestro reste fidèle aux mensurations et tempos de son enregistrement de 1955.
Les timbres instrumentaux sont ici plus ronds, policés qu'à Paris, mais ne manquent cependant pas de saveur (les bois qui piaillent à 2'44-)
On regrette que les cloches restent trop peu audibles pour accompagner la procession du Dies Irae.
Cluytens n'est pas Munch mais il anime ces visions fantasmagoriques avec un art descriptif qui ne sacrifie pas l'abatage.

Voilà globalement une interprétation très fréquentable, qu'on conseillera aux mélomanes sensibles à l'élégance de l'oeuvre plutôt qu'à ses audaces : à classer auprès des témoignages de Thomas Beecham ou Colin Davis.

Ce CD se trouve complété les "Nuits d'été" que Suzanne Danco enregistra pour la filiale américaine de Decca en avril 1951. Diction parfaitement idiomatique, sensible, chaleureuse, et soutenue avec ce qu'il faut de poésie par l'orchestre de Cincinnati que dirige Thor Johnson.


Spalicek
Spalicek
Prix : EUR 17,03

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Difficile de trouver une traduction éloquente de "Spalicek", dont le titre évoque un bouquin, un gros livre, 8 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Spalicek (CD)
Martinu désignait aussi cette œuvre par « année tchèque », et la décrivit comme « ballet de jeux, coutumes et contes populaires ».
La composition s'étala sur une dizaine d'années (1931-1940), moyennant de premières représentations à Prague et Brno en 1933.

Elle se présente effectivement comme une guirlande d'inspiration folkloriste. Des comptines et légendes (dont celle de Sainte Dorothée, bien connue en Bohême) s'entremêlent à trois contes qui se succèdent à chacun des actes : Le Chat botté, Le Savetier et la Mort, Cendrillon.
Les scènes portent des titres évocateurs : Danse avec le lièvre, Au château du magicien, Combat du papillon avec le géant, Aux portes de l'enfer...
La démarche a audiblement stimulé l'imagination de Martinu, qui a répondu par une grande fraîcheur d'inspiration, un langage immédiatement accessible, une orchestration habile et délicieuse, montrant une fois de plus qu'il sait écrire avec une désarmante facilité.

Même si on perçoit un changement d'atmosphère et de style pour chacun des trois actes/contes, on pourrait juste regretter qu'un tel potentiel descriptif n'ait conduit à caractériser plus distinctivement des scènes si riches d'imagerie.
La veine semble inépuisable, d'une fluidité et d'une homogénéité remarquables, mais aucune tournure ne semble plus mémorable qu'une autre, ni pour la mélodie, ni pour l'instrumentation.
On passe un merveilleux moment, on a envie d'y revenir, mais de là à dire qu'on est surpris par un moment particulier... Bref le plaisir se savoure dans la durée !

Martinu avait prévu que l'audition de ce ballet, qui dure déjà une heure cinquante, soit suivie par la cantate "Les Chemises de noces", qui nous est ici judicieusement proposée en complément.
Sont également inclus dans le programme : "La Primevère", série de chants pour voix féminines, violon et piano. Et la dramatique "Romance des pissenlits", une des derniers opus du compositeur tchèque.

Voilà d'excellentes interprétations, partagées entre deux très bons chefs (František Jílek, Jiří Bělohlávek), captées entre 1985 et 1988, qui bénéficient d'orchestres capables de faire sentir l'idiome de ces pages, et de chœurs et chanteurs aux accents parfaitement authentiques.

Ce coffret dispose d'un livret traduit en français, essentiel pour goûter le sens du texte.


Messager : Les deux pigeons - Isoline (Extraits de ballet)
Messager : Les deux pigeons - Isoline (Extraits de ballet)
Prix : EUR 5,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Seulement des extraits, hélas, de ces deux plaisantes oeuvres chorégraphiques d'André Messager (1853-1929), 7 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Messager : Les deux pigeons - Isoline (Extraits de ballet) (Téléchargement MP3)
Mais les a-t-on jamais mieux dirigées depuis cet enregistrement réalisé par Pathé en 1951 ?
Joués par l'orchestre du Théâtre national, "Les Deux Pigeons" roucoulent ici dans leur arbre généalogique puisqu'ils connurent près de deux cents représentations à l'Opéra de Paris.
Louis Fourestier enhardit ses pupitres avec un entrain, un crépitement absolument irrésistibles. Clarinette délurée, des cordes qui frisent le crin dans une folle ardeur, des cuivres éclatants... Qu'on écoute la Danse hongroise, le Finale... Quel panache !
Pour qui souhaite entendre l'intégralité de l'histoire du jeune Pépio qui va tromper sa routine conjugale chez les Gitans, on pourra se tourner vers l'habile Richard Bonynge chez Decca (1991), plus tiède et routinier, mais comment égaler la prestance de ce qu'on entend ici ?

De par son intrigue, "Isoline" offre un matériau plus désuet, que Fourestier et ses troupes servent là encore avec beaucoup de caractère.

Des témoignages aussi authentiques que charismatiques, à thésauriser par tous les amateurs de musique de ballet !


Messager:les Deux Pigeons
Messager:les Deux Pigeons
Prix : EUR 8,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Sans jeu de mots, l'histoire ne vole pas haut, 7 mars 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Messager:les Deux Pigeons (CD)
Un jeune paysan un peu blasé, Pepio, vivait d'amour tendre au logis. Il profite de l'arrivée de Gitans pour les suivre dans leur camp où sa fiancée, qui l'a rejoint à son insu, danse pour lui sous un déguisement. Pepio perd son argent au jeu, et revient penaud à la maison, retrouvant sa promise qui lui pardonne son escapade.

Sur cette intrigue plutôt mince, André Messager déroula une musique très plaisante, aux emprunts folkloristes (on reconnaît un célèbre air des "Danses hongroises" de Brahms pour illustrer la fougue tzigane), mais qui selon moi ne rivalise pas avec le charme mélodique ni l'habileté instrumentale de Léo Delibes.
Ceci dit, on ne boudera pas son plaisir, d'autant que Richard Bonynge, grand spécialiste du répertoire chorégraphique, dirige ici avec tact et finesse, rappelant que ce ballet longtemps apanage de l'Opéra de Paris, a connu son essor outre-Manche depuis sa production au Sadler's Wells en 1961.

Pour qui souhaite l'intégralité des deux actes, cet enregistrement de 1991, généreusement capté par les micros de Decca, propose un très bon choix dans l'état actuel de la discographie disponible.
Un surcroît d'enthousiasme, de ressort rythmique, d'instinct dramatique auraient permis de rivaliser avec les éclatants extraits que grava Louis Fourestier en 1951 pour Pathé, d'une criante authenticité de timbres, et d'une irrésistible vitalité scénique.


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