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Contenu rédigé par Yves Oswald
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Commentaires écrits par
Yves Oswald (france alsace)
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Strauss, R.: Vier Letzte Lieder; Ein Heldenleben
Strauss, R.: Vier Letzte Lieder; Ein Heldenleben
Prix : EUR 20,90

10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Anna et les Lieder, 24 novembre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Strauss, R.: Vier Letzte Lieder; Ein Heldenleben (CD)
Les Vier letzte Lieder ont été composés à la fin de la vie de Richard Strauss qui souhaitait une dernière fois encore redire son amour à la voix de soprano qu'il a si bien servie toute sa vie. Ces Lieder testamentaires, à l'origine destinés à un grand orchestre symphonique et à une grande voix de soprano furent créés au Royal Albert Hall, le 22 mai 1950 avec Kirsten Flagstad et le Philharmonia Orchestra sous la direction de Wilhelm Furtwängler. Ces Lieder ont été par la suites repris et sublimés par des voix moins imposantes et sont devenus le coeur de répertoire de toutes les cantatrices mozartiennes et straussiennes telles que Lisa della Casa ou Elisabeth Schwarzkopf. Ce sont donc des Comtesses, des Maréchales qui mieux que d'autres ont su traduire la mélancolie apaisée et la sérénité lumineuse de ce chant du cygne du compositeur. Si la génération suivante des grandes mozartiennes a repris le flambeau, d'autres types de voix, plus imposantes ont elles aussi marqué l'interprétation de ces Lieder.

En fin de compte, c'est bien tout un éventail de voix de soprano que l'on retrouve avec au delà des mozartiennes, des sopranos Verdi, des sopranos Wagner également, chacune enrichissant encore les visions possibles que l'ont pouvait avoir de ces chefs d'oeuvre décidément inépuisables. Ces Lieder somptueux, fruits de l'été indien d'un vieux compositeur épris et gourmand d'une vie qu'il a su quitter sans regret, sont en effet non seulement un adieu à la vie mais résument également deux siècles de Lieder dont ils sont à la fois la conclusion et l'apothéose.

C'est peu de dire qu'Anna Netrebko ne chante pas dans son arbre généalogique alors qu'elle aborde ces Lieder, pas plus du reste que Jessye Norman ou que Cheryl Studer par exemple. Les moyens prodigieux et l'art d'Anna Netrebko lui permettent cependant d'aborder ces ultimes partitions et ce n'était de loin pas une mauvaise idée que de les chanter en ce 150ème anniversaire de la naissance du compositeur. L'affiche était plutôt prometteuse et on était finalement en droit d'attendre avec elle une lecture luxueuse et généreuse de l'oeuvre.

La Staatskapelle Berlin qui accompagne la chanteuse est extraordinaire et Daniel Barenboim tire de son orchestre des sonorités magnifiques et opulentes dans une vision puissante mais aussi fouillée de la partition.

Anna Netrebko nous offre son timbre d'une richesse infinie et dit les textes d'une manière admirable. On est cependant surpris dès la première écoute par l'immensité de la voix, enregistrée de trop près qui noie ces Lieder sous un déluge vocal qui stupéfie par sa puissance. L'enregistrement de concert ne flatte pas non plus la chanteuse, dont la voix n'est pas suffisamment échauffée pour un Frühling savonné où la chanteuse est très curieusement mal à l'aise dans les aigus pris trop bas. September détonne un peu également avec une dynamique qui gomme tout le côté frissonnant et automnal de ce Lied. Les choses semblent s'arranger avec Beim Schlafengehen où à la suite du violon solo, la voix semble s'envoler très lentement sur un tempo très retenu. Im Abendrot est impressionnant de concentration mais là aussi toute l'intimité du Lied est brisée par l'immensité monumentale de la voix de la chanteuse.

L'art de la chanteuse est considérable, mais il semble pourtant que ces Lieder ne conviennent pas parfaitement à son type de voix et à son tempérament.

Le disque a capté ce jour là un concert dans son intégralité et peut-on parler d'un complément de programme avec les 46 minutes d'Une Vie de Héros? C'est la présence d'Anna Netrebko qui fait sans aucun doute l'attrait de cet album mais il serait injuste de passer sous silence la richesse et la puissance de l'interprétation du poème symphonique héroïque sous la direction brillante d'un Daniel Barenboim inspiré et visionnaire. Soulignant les fastueuses couleurs de l'orchestre, il met en relief les arêtes vives de l'oeuvre dans une vision luxuriante avec des moments lyriques somptueux et véritablement voluptueux.

C'est avec un brin de déception que j'achève la chronique de ce disque, mais en vérité, aucun amoureux d'Anna Netrebko ne souhaitera pourtant se passer d'un témoignage de l'art d'une chanteuse tellement unique, d'une part certainement peu à son aise dans un répertoire qui n'est pas le sien, et d'autre part trahie également par les aléas d'un enregistrement de concert.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 29, 2014 1:34 PM CET


Portraits : Dorothea Röschmann
Portraits : Dorothea Röschmann
Prix : EUR 12,58

2 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 le Lied dans sa quintessence, 19 novembre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Portraits : Dorothea Röschmann (CD)
Rôle après rôle, Dorothea Röschmann construit avec prudence et intelligence une carrière exemplaire où elle brille particulièrement dans la musique baroque, dans Bach, Haydn, Haendel, ou Mozart. Au Lied, on ne la connaissait que peu hormis dans de très beaux Vier letzte Lieder qui cependant ne peuvent prétendre (et ne veulent certes pas) rivaliser avec les gravures légendaires dans lesquelles se sont illustrées les plus grandes.

Il faut l'affirmer, Dorothea Röschmann signe avec ce disque de Lieder un disque exceptionnel, modèle du genre, où elle retrouve toute une tradition d'interprétation du Lied allemand, s'inscrivant à la suite et dans la lignée d'une Lotte Lehmann, d'une Elisabeth Schumann ou d'une Elisabeth Schwarzkopf ! C'est dire !

On retrouve en effet dans cet album cet art de diseuse plus encore que de chanteuse qui est l'apanage des plus grandes au Lied. Rien de spectaculaire cependant, à commencer par un programme ambitieux, difficile et exigeant autour de la Mignon de Schubert, des Lieder de Marie Stuart de Schumann, du groupe des Mignons de Hugo Wolf, avec enfin une petite incursion du côté de Richard Strauss. Tout n'est qu'introspection dans ce récital d'une humilité lumineuse. La chanteuse met tout son art au service de ses personnages, de ses poètes, et de ses compositeurs.

Tout ici est dans la nuance et dans la coloration, le chant suivant alors les intentions de l'artiste, pour se plier au verbe qui s'anime et révèle tout son sens. De nombreux chanteurs masculins comme Matthias Goerne par exemple, ont su nous révéler ainsi ce côté visionnaire et ce qui nous semble la vérité du Lied, mais chez les dames, ou du moins chez les sopranos, on avait plus entendu cela depuis bien longtemps, malgré les très belles réussites qui nous ont comblé les dernières années, mais qui à côté de cet album étonnant, en disent plus sur l'art du chant, au sens vocal ou lyrique du terme, que sur cet art si particulier de dire le Lied et de lui donner vie.

C'est dans la discrétion et dans la modestie, dans l'effacement presque, que Dorothea Röschmann nous mène dans l'intimité de chaque Lied, exaltant les richesses infinies et la profondeur des recueils et des Lieder abordés. Plus encore que dans ses Schubert très réussis, plus encore que dans les Strauss, où il est vrai que son souffle semble atteindre ses limites avec un Befreit très intense, c'est dans Schumann et dans Wolff que la chanteuse donne le meilleur d'elle même. Les Marie Stuart crépusculaires sont confondants de justesse et de renoncement et semblent émaner d'un autre monde déjà. Pour le groupe des Mignon de Wolff, Dorothea Röschmann renouvelle la réussite absolue d'Elisabeth Schwarzkopf, retrouvant aussi bien la richesse de l'interprétation, l'intensité de l'incarnation, ainsi que la variété des couleurs et des nuances de son ainée, avec une ligne de chant et une plénitude vocale admirables.

Cet album discret et sorti sans tapage médiatique, est assurément un témoignage exceptionnel qui réaffirme la subtilité, l'intelligence, la musicalité et l'art mesuré d'une chanteuse trop rare, et qui sait trouver le chemin pour nous mener dans des sphères peu fréquentées, au coeur de l'émotion et de l'intimité du monde secret du Lied.


Mozart: Cosi Fan Tutte
Mozart: Cosi Fan Tutte
Prix : EUR 23,85

11 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Cosí le Nozze ou la folle journée, 19 novembre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Mozart: Cosi Fan Tutte (CD)
Bien servi par le disque, Cosi fan Tutte a déjà donné lieu à l'un des véritables miracles du disque avec la version de Karajan en 1954, alliant une distribution idéale et une direction d'une poésie ineffable. Tardivement devenu populaire après 1950, l'opéra a longtemps souffert d'un livret mal compris et jugé trop futile, avant de rejoindre sa place au sein de la trilogie Da Ponte au firmament des opéras les plus aimés du répertoire lyrique.

Après sa relecture décapante des Noces de Figaro, Currentzis nous offre à présent un Cosi fan Tutte très attendu qui, disons le d'emblée, modifie complètement notre manière d'écouter cet opéra. Une fois encore, le chef jette le pavé dans la marre et reprend la partition note après note, nous offrant là aussi une lecture particulièrement vivante et renouvelée. C'est là véritablement une recréation de l'opéra qui risque autant d'agacer certains que d'enchanter les autres. Tout va très, très vite, et on retrouve en premier lieu une fois encore le pianoforte volubile sinon indiscret de Maxim Emelyanychev qui "anime" les récitatifs et s'invite dans les airs et ensembles, y imposant une présence particulièrement vivante et insolente, transformant presque l'opéra en concerto pour pianoforte, solistes et orchestre... Les merveilleux instrumentistes de l'ensemble Musicaeterna sont au diapason et suivent à la lettre les intentions du chef qui a tout repensé et semble à chaque instant réinventer la partition, nous la faisant découvrir avec une oreille nouvelle. Comme pour les Noces, on retrouve une pertinence, une précision stupéfiante et une musicalité du discours qui colle au texte du livret et au chant intime de la partition. Le Mozart de Teodor Currentzis évoque l'Amadeus de Milos Forman avec ses outrances, ses éclats aussi, sa vivacité, mais aussi son rire, son enthousiasme et son impertinence pourtant tellement pertinente.

Hormis Simone Kermes, qui s'affirme une fois encore comme une admirable mozartienne, pas de star dans la distribution, mais des voix fraiches et gracieuses sachant donner vie à leur personnage. Et quelle vie! La lecture de l'opéra en ressort vivifiée et ne souffre aucunement de l'absence de célébrités du chant, tant la vision d'ensemble est forte et les solistes en phase avec le dessein général du chef. Evidemment, on ne pourra là comparer les solistes avec les légendaires Dermota, Simoneau, Schwarzkopf, Jurinac ou Ludwig de jadis, mais tous les rôles sont très justement incarnés et l'interprétation des personnages de l'opéra est remarquablement aboutie, avec de superbes moments lyriques notamment lors des nombreux et merveilleux ensembles qui émaillent la partition.

La théâtralité de l'opéra explose à chaque instant. La virtuosité et la vivacité de la direction au début de l'opéra, le rythme accentué et le surlignage des évènements musicaux, semblent tirer l'oeuvre vers la pantomime ou le théâtre italien baroque, mais peu à peu, la vérité des coeurs parle et l'émotion s'impose au Deuxième Acte qui retrouve toute sa grâce viennoise, avant un Finale parfaitement jubilatoire musicalement où chef, instrumentistes et solistes semblent se lâcher littéralement, masquant dans un délire musical très brillant la défaite des sentiments et de l'amour véritable.

Mozart ne s'y était pas trompé, réattribuant au soprano sa place avec le ténor, comme la mezzo avec le baryton. La farce qui révèle les attirances profondes et la vérité des sentiments prend fin avec l'épilogue de l'opéra, chacun retournant avec celui ou celle pour qui son coeur pensait battre au début de l'opéra. Tout cela est tragique, et la musique de Mozart qui s'achève dans une feinte allégresse et que Currentzis magnifie comme un feu d'artifice, transcende le cynisme de cette conclusion cruelle.

Teodor Currentzis signe une fois encore avec cet enregistrement une très belle réussite qui s'impose au sommet comme une des versions les plus intéressantes et passionnantes, sinon la plus belle de Cosi fan Tutte, dans une vision qui s'éloigne décidément de la tradition (aux antipodes par exemple de la perfection et de la tempérance d'un Karl Böhm) mais qui donne un éclairage nouveau, sans le trahir à un des plus hauts chefs d'oeuvre de Mozart. Nous attendons à présent un Don Giovanni qui ne manquera certainement pas de nous séduire et de nous ajouter au long catalogue de ses victoires !
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 22, 2014 9:33 AM CET


St. Petersburg - CD HardcoverBook Tirage Limité
St. Petersburg - CD HardcoverBook Tirage Limité
Prix : EUR 16,99

13 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La Grande Cecilia, 14 octobre 2014
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Mais comment fait elle? Comment peut-on rester à un tel niveau avec déjà une aussi belle carrière derrière soi? C'est L'Affaire Makropoulos !!! Année après année, Cecilia nous gratifie d'un opéra ou d'un récital explorant à chaque fois un répertoire peu connu, voire inconnu qu'elle défriche et nous fait découvrir, créant album après album un évènement artistique majeur et le bonheur des mélomanes, prouvant combien elle règne à la fois sur le répertoire baroque et sur le bel canto.

Nouvelle terra incognita, dans son nouvel album, Cecilia convoque les compositeurs ayant présidé à la naissance de l'opéra à Saint Petersbourg autour des grandes souveraines du XVIIIème Siècle. Si Rastrelli avait importé l'architecture italienne à Saint Petersbourg, dictant ainsi l'avenir architectural de la cité, il en va de même pour les débuts de l'opéra en Russie qui évoquent immédiatement une autre lagune, celle de Vivaldi ou de Caldara, ce qui en soit n'est pas si étonnant dans cette autre Venise du Nord. Les débuts de l'opéra à Saint Petersbourg sont italiens bien avant la naissance d'une école nationale et la chanteuse nous offre en première des enregistrements d'airs variés des compositeurs italiens et allemands Araia, Raupach, Dall'Oglio, Manfredini ou Cimarosa, démontrant combien on a eu tort de laisser dormir dans des bibliothèques des partitions aussi riches et séduisantes.

Cecilia alterne ainsi les airs élégiaques et les airs virtuoses comme une succession de petits bijoux qui feront fondre de plaisir les mélomanes les plus exigeants. Elle aborde une fois encore ce nouveau récital comme une cause à défendre et a sélectionné les airs parmi les plus fascinants et les plus brillants des partitions qu'elle a étudiées. ( Ah ces airs concertants !!!) Ces musiques oubliées sont ciselées avec art et procèdent de la même préciosité que la cité qui les a vues naitre rappelant les façades chatoyantes et chamarrées des palais classiques et baroques le long des canaux de la Neva.

Ces musiques ne pouvaient trouver interprète plus passionnée et plus passionnante que Cecilia Bartoli. Timbre merveilleux de suavité dans les airs élégiaques, technique époustouflante dans les airs virtuoses, tempérament de feu capable de la douceur la plus enchanteresse comme de la fureur la plus noire, on retrouve les qualités exceptionnelles et habituelles de Cecilia Bartoli qui partage avec le mélomane le bonheur et l'enthousiasme de ses éblouissantes découvertes.

Diego Fasolis et I Barocchisti tissent un écrin incomparable autour de la voix de Cecilia Bartoli qui comme la grande musicienne qu'elle est, brille de tous ses feux éclairant et mettant ainsi en évidence la somptuosité et la délicatesse des instruments et des solistes qui l'accompagnent.

Comme les fleurs qui se fanent, comme les étoiles dont l'éclat s'estompe, on a vu l'astre d'autres chanteuses s'éteindre avec le temps, alors même que Cecilia ne cesse de nous éblouir. Le timbre de la chanteuse a certes muri mais n'a rien perdu de sa beauté ni de sa brillance, se bonifiant encore avec les années et nous offrant encore une fois avec ce récital un témoignage exceptionnel de son art.

Merci Cecilia.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 16, 2014 12:39 PM MEST


Rival Queens
Rival Queens
Prix : EUR 19,60

16 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Anything you can do, I can do better (Annie get your gun), 23 juillet 2014
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La couverture de l'album pourrait à elle seule résumer cet enregistrement et le sentiment qui nous envahit après son écoute. Deux divas aimées, au port de reines se tournent le dos et vont s'affronter, habillées de leur plus beau costume d'époque. A y regarder de plus près, on découvre les gants de boxe. Tout est dit. Le meilleur comme le reste.

On ne présente plus ni Simone Kermes, ni Vivica Genaux, qui toutes deux mènent une carrière au sommet, notamment sur la scène de l'opéra baroque où toutes deux se sont illustrées avec bonheur dans Vivaldi, dans Haendel ou dans Porpora, l'une comme soprano et l'autre comme mezzo. Les réunir toutes deux en récital est donc une bonne idée. Choisir des extraits d'opéras baroques inconnus et nous faire découvrir des airs issus de partitions rares de Bononcini, de Vinci, de Hasse, de Porpora ou de Leo, nous comble de bonheur et suscite notre intérêt le plus vif.

Les deux monstres sacrés vont donc, selon le programme annoncé, interpréter les rôles écrits pour les reines rivales de l'opéra baroque Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni, et c'est tout un cortège de coloratures, de vocalises, d'aigus piqués et d'élans passionnés qui vont se succéder selon les codes de l'opéra des débuts du XVIIIème Siècle. Les deux rivales vont donc s'affronter et RIVALISER de virtuosité et de pyrotechnies vocales le long d'airs et de duos aux atmosphères variées, où elles sont amoureusement accompagnées par les instrumentistes raffinés de la Cappella Gabetta.

Admirable musicienne, Vivica Genaux est rompue à ce jeu et nous a prouvé dans ses précédents récitals l'étendue de son art et de sa technique ainsi que la noblesse de ses interprétations. Tout cela est parfait et confondant de virtuosité et de sobre efficacité avec ce timbre riche et onctueux mais toujours un peu froid. En tout état de cause, c'est du très grand art.

Du caractère, Simone Kermes en a à revendre et la cantatrice sort le grand jeu et … les gants de boxe. Ce récital, elle l'aborde comme un défi et veut nous prouver combien elle règne en diva assoluta sur ce répertoire. A côté des airs élégiaques où elle est vraiment souveraine, nous offrant un kaléidoscope de sonorités suaves et ensorcelantes (plage 4), c'est aussi un florilège de vocalises ébouriffées où la chanteuse nous expose son tempérament de feu ainsi que sa virtuosité et l'étendue de sa tessiture, n'hésitant pas dans les cadences à monter à l'octave dans des contres notes insensées que personne ne lui demande, qui n'ajoutent rien à sa gloire et qui sont de plus arrachées et très à la limite de la justesse (plage 8).

A trop vouloir éblouir, la prestation de Simone Kermes en perd un peu de sa pertinence et ce malgré une foule de qualités et de beautés indéniables. La belle élégance classique et la virtuosité aboutie de Vivica Genaux en ressort magnifiée et force de ce fait l'admiration.

Là où nous eussions sans réserve applaudi deux très grandes musiciennes à l'écoute l'une de l'autre, l'enthousiasme se teinte d'une pointe de regret face à cette joute musicale au sommet et cette surenchère virtuose. Le propos de ce récital appelait cependant le duel, il faut le souligner, et l'une de ces reines du chant sort donc victorieuse, de peu il est vrai, mais c'est sa rivale elle-même qui trace pour elle le chemin de la victoire.


My Secret Heart
My Secret Heart
Prix : EUR 11,74

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 glamorous night, 9 juillet 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : My Secret Heart (CD)
La plus tendre des Pamina, la plus piquante des Suzanne, Sophie de rêve à l'aigu impalpable et aérien ou Daphné inégalée, Hilde Gueden ne fut pourtant jamais meilleure que dans l'opérette. L'opérette selon Johann Strauss avec une Rosalinde pour l'éternité sous la direction racée et aristocratique de Clemens Krauss en 1950 avant celle un rien trop luxueuse et artificielle, dirigée dix ans plus tard par Herbert von Karajan. L'opérette selon Franz Lehar également avec une Lustige Witwe au charme fou, menée comme une "folle journée" sous la baguette de Robert Stolz, à mon goût bien supérieure aux légendaires gravures de la divine Schwarzkopf qu'on lui préfère en général pour son chic, sa classe et sa perfection inimitables. L'opérette encore avec un bouquet de Lehar qui devait concurrencer pour DECCA la luxueuse série Champagne Opérette imaginée chez HMV par un Walter Legge, jamais à cours d'idées quand il s'agissait de donner au disque ses lettres de noblesse et d'inventer pour les générations ce qui demeurera le pilier et la référence de nos collections de disques. L'opérette enfin, avec un album "Operetta Evergreens" qui fera pâlir de jalousie Elisabeth Schwarzkopf, elle même, qui déclarera "Nous pouvons le faire aussi" et qui enregistrera dans un album resté fameux, après y avoir entendu sa rivale, le choeur des nonnes qui faisait alors courir le tout Vienne et admirer le talent d'Hilde Gueden.

Vienne ne se trompait pas. Malgré son timbre peu coloré, avec ce petit voile qui lui conférait un soupçon d'acidité, Hilde Gueden fut une rivale de choix pour Elisabeth Schwarzkopf. Ne pouvant lutter contre la perfection technique de Schwarzkopf ou contre la suavité de ses son filés et de sa voix de tête, Hilde Gueden lui en remontrera pourtant par son naturel, par son abattage et par le charme immédiat de son chant. Sachant transcender les défauts d'une voix, elle sut comme personne en faire des qualités, transfigurant l'acidité en piquant, en pétillant…
le charme des fines bulles du Champagne versus les saveurs richissimes et infinies d'un grand Bordeaux…

Autant le proclamer tout de suite, le Champagne coule à flot dans "My Secret Heart". Inutile d'y chercher la profondeur d'un grand Mozart ou d'un Richard Strauss, ni même d'un Johann Strauss, ou même encore d'un Lehar. Ici régnent la douce romance et le charme facile des mélodies ravissantes et séduisantes d'Ivor Novello et de Noël Coward. Un peu du Lehar qui regarderait vers Walt Disney... Nimbus Records nous avait rendu une sélection de ces petits trésors avec un report qui ne rendait que partiellement justice à ces enregistrements. Brillant comme au premier jour, c'est tout l'album qui nous est offert aujourd'hui dans un son rajeuni, témoignage des meilleures prises de son des années 50, avec son trop plein de charme et ses appas entêtants.

Avec des moyens autrement considérables, La Stupenda enregistrera une quinzaine d'années plus tard un brillant album consacré à Noël Coward, album prestigieux certes, mais où Joan Sutherland restera à la surface de ce répertoire. Quelques décennies plus tard enfin, ce sera le songbook de Coward qui sera enregistré avec d'infinies subtilités par Ian Bostridge dans un de ses plus beaux disques. Avec Hilde Gueden, la comédie musicale prend des allures d'opérette viennoise, et Londres et Broadway s'installent sur le Ring… pour notre plus grand bonheur.

Ce disque est pur ravissement et vous emportera littéralement. Le kitsch est ici sublimé par l'élégance et le talent de la cantatrice qui aime ce répertoire léger comme la brise, et l'aborde avec sa voix naturelle, avec le même engagement que dans ses gravures mozartiennes, straussiennes, pucciniennes ou verdiennes. Du grand art et du charme à revendre. L'album est très heureusement complété par des chants et des musiques populaires issus du folklore viennois, une fois encore transcendés par l'art de la chanteuse, ici à son meilleur.

Il ne faudrait surtout pas bouder son plaisir face à ce trop plein de douceurs, c'est du pur bonheur, et ici la Sachertorte est accompagnée de Chantilly et de Champagne… Alors, allez-y, c'est une valse...


Semiramide - la Signora Regale. Arias & Scènes from Porpora to Rossini
Semiramide - la Signora Regale. Arias & Scènes from Porpora to Rossini
Prix : EUR 11,80

8 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 la bonissima..., 8 juillet 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Semiramide - la Signora Regale. Arias & Scènes from Porpora to Rossini (CD)
Bien trop rare au studio d'enregistrement, Anna Bonitatibus nous a déjà comblé avec un très remarqué récital d'airs issus des opéras de Haydn, dans un bouquet de petites ariettes et canzoni de Rossini où elle était accompagnée au pianoforte, ainsi que dans des intégrales d'opéra de Haendel ou de Vivaldi. Cette présence relativement discrète au disque ne doit pas nous tromper, Anna Bonitatibus est une artiste majeure de notre époque et ses enregistrements brillent d'un éclat tout particulier malgré la constellation de mezzo-sopranos qui règnent actuellement sur le paysage lyrique.

Et c'est tout au sommet qu'il faut placer la chanteuse, pour la beauté de son timbre charnu déjà, quelque part entre celui de Cecilia Bartoli et celui de Sara Mingardo, avec sa couleur et son léger vibrato très émouvants, pour son engagement théâtral singulier aussi évoquant immédiatement l'art d'une Cecilia Bartoli une fois encore et son art de captiver l'auditeur tout le long d'un récital, sachant différencier le caractère de chaque air. Il faut également admirer l'artiste pour sa grande virtuosité, jamais vaine, et pour sa musicalité enfin rappelant l'art d'une Magdalena Kozena ou d'une Bernarda Fink. Est-ce assez dire tout le bien qu'on pense d'Anna Bonitatibus…

La chanteuse nous offre à présent un récital tout à fait passionnant consacré à Semiramide, où elle nous promène à travers les siècles avec des airs issus de la multitude d'opéras dédiés à cette Reine mythique. Les airs rares voisinent ainsi avec les tubes, et on découvrira, à côté de Rossini, des extraits de partitions de Haendel, de Porpora, de Jomelli, de Traetta, de Paisello, de Catel ou de Meyerbeer ainsi que de nombreux autres compositeurs moins connus.

Le récital explore donc aussi bien des styles musicaux aussi différents que le baroque, la musique galante, le classicisme et le romantisme… le bel canto dans tous ses états… et dans toutes ses humeurs, les airs choisis montrant un éventail des sentiments et des affects de la belle Semiramide, allant de la plainte élégiaque à la fureur la plus virtuose.

Les différents styles et le caractère de chaque air témoignent des qualités de la chanteuse, ne la prenant jamais en défaut, aussi bien à l'aise dans la douceur, dans la colère que dans la virtuosité. El l'on passe ainsi d'un air à l'autre, d'une époque à l'autre, d'un style à l'autre et d'un caractère à l'autre, avec toujours le même intérêt dans un album décidément enthousiasmant.

Federico Ferri accompagne avec bonheur la chanteuse sachant tisser autour d'elle un écrin de sonorités chatoyantes et rares.
Pour couronner cette belle réussite, un livret captivant très documenté et illustré nous apprend tout ce que l'on peut souhaiter sur Semiramide, sa légende et ses musiques.

C'est Babylone...


Capriccio [Blu-ray]
Capriccio [Blu-ray]
DVD ~ Fleming
Prix : EUR 33,72

12 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 le chant du cygne, 1 juin 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Capriccio [Blu-ray] (Blu-ray)
Après Paris (Schirmer/Carsen), après New York (Davis/McClintock), nous disposons à présent d'une nouvelle captation sur scène de Capriccio avec l'ineffable Comtesse Madeleine de Renée Fleming, à Vienne, sous la direction de Christoph Eschenbach, dans une mise en scène de Marco Arturo Marelli. Une Troisième version de plus de Capriccio?

Opéra élitiste pour happy few, Capriccio traite, sur un sujet tiré de l'abbé Casti déjà mis en musique par Salieri au XVIIIème Siècle, du mariage entre musique et mot et s'interroge sur la primauté de l'un par rapport à l'autre dans l'opéra. Sujet bien abstrait que les librettistes Clemens Krauss et Richard Strauss en personne magnifient et vivifient dans un livret débordant d'esprit et de finesse, où une intrigue amoureuse se tisse entre des personnages allégoriques représentant la musique, la littérature, le théâtre et l'opéra. c'est à Stefan Zweig que revient l'idée de ce projet que Richard Strauss mettra en musique à la fin de sa vie, où lui-même et ses complices du temps passé Hugo von Hofmannsthal et Max Reinhardt sont symboliquement représentés rendant hommage à l'opéra et s'interrogeant sur sa raison d'être. Le vieux musicien au sommet de sa maturité, transcende son savoir faire et déploie tous les sortilèges de son art dans une partition sublime où il accumule les clins d'oeil et les exercices de style avant une éblouissante scène finale qui met un point final à son oeuvre lyrique et où il redit une dernière fois avant les Vier letzte Lieder, son amour pour la voix de soprano qu'il a si bien servie. Enfin, Capriccio est en ce début des années 40, une tour d'ivoire dans laquelle se réfugie le musicien exorcisant dans son dernier opéra les forces maléfiques et la barbarie qui embrasent alors l'Europe et le monde.

La mise en scène de Marco Arturo Marelli rejoint la pensée du compositeur et évite très justement croix gammées et uniformes nazis dans cet hommage d'un vieux compositeur au monde raffiné de l'esprit et de la conversation en ce Paris des années 1770, en pleine querelle des bouffons où les seuls conflits sont amoureux, intellectuels et esthétiques. Et de la beauté, il y en a dans les décors superbes évoquant les plus exquises créations rococo de François Cuvilliés dans le pavillon de l'Amalienburg à Munich. La scène tournante passe d'une pièce à l'autre en permanence, les acteurs évoluant constamment en mouvements dans ces arabesques de miroirs et de cristal où ils se reflètent. Les costumes intemporels évoquent ce même XVIIIème Siècle sublimé et épuré et se fondent avec bonheur dans le décor. La mise en scène évite à tout prix le statisme et les personnages presque toujours debout évoluent avec grâce lors des différents tableaux de l'opéra qu'ils rendent particulièrement vivants. Visuellement, cette version de Capriccio est infiniment plus somptueuse et plus aboutie que les deux autres évoquées.

Une distribution particulièrement homogène complète cette réussite où les personnages pris dans le feu d'une conversation raffinée vivent intensément les passions qui les animent et c'est toute la prosodie straussienne qui semble prendre vie et pétiller dans ce jeu d'acteurs chanteurs visionnaires maitrisant à merveille le langage du compositeur. Le chant s'épanouit tandis que le mot parle à l'esprit, c'est là tout l'art du chant straussien. Citons le Comte de Bo Skovhus, son magnétisme masculin et son aisance sur scène notamment dans son jeu galant avec la Clairon d'Angelika Kirschlager qui elle, joue à merveille sa grande tragédienne avec beaucoup de classe et d'élégance. Michael Schade dresse un portrait amoureux de Flamand donnant la réplique à l'Olivier passionné de Markus Eiche. Kurt Rydl ranime le souvenir de Hans Hotter avec un La Roche malicieux et tendre. Et Renée Fleming… on croyait connaître bien déjà sa Comtesse Madeleine, mais avec cet entourage et dans ces costumes et décors, c'est une révélation. La voix souple et onctueuse semble n'avoir pas pris un voile depuis ses premières Madeleine et s'épanouit avec bonheur tout le long de l'opéra dans un rôle qu'elle maîtrise parfaitement jusque dans une scène finale incandescente et bouleversante de beauté vocale et d'intensité lyrique.

Il faut enfin applaudir l'admirable travail de l'Orchestre de l'Opéra de Vienne et la direction aboutie de Christoph Eschenbach qui détaille et partage avec nous toutes les beautés d'une partition dont il connait tous les secrets, nous prenant par la main, nous guidant dans cet opéra complexe et nous en dévoilant le langage. Nous n'aurons pas eu le bonheur de voir sur scène la Comtesse d'Elisabeth Schwarzkopf ou de Lisa della Casa, ni celle de Gundula Janowitz qui nous ont fait rêver au disque. Relevant le défi, dans la grande tradition du chant viennois, Renée Fleming nous livre ici le meilleur de son art et la plus délicate et la plus subtile de ses Comtesse Madeleine dans une production véritablement superlative. Un très vibrant hommage au compositeur en cette année Richard Strauss et un DVD de référence à chérir.
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Mozart : Le nozze di Figaro ("Les Noces de Figaro")
Mozart : Le nozze di Figaro ("Les Noces de Figaro")
Prix : EUR 29,90

21 internautes sur 24 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 mariage heureux..., 25 février 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Mozart : Le nozze di Figaro ("Les Noces de Figaro") (CD)
Voila des Noces comme on n'en a pas entendues depuis longtemps. Depuis les Noces haletantes de Karajan, depuis l'élégance de Kleiber, le clacissisme de Böhm, depuis la version solaire de Solti, l'italianité revigorante de Muti, depuis le retour au baroque d'Östman et le baroque retrouvé de Jacobs (pour ne citer que quelques unes des gravures marquantes de l'oeuvre), chaque nouvelle vision de l'oeuvre nous en apprend davantage sur une partition décidément inépuisable. On pouvait du reste penser avoir fait le tour de la question et épuisé l'éventail des grandes visions possibles des Noces. Teodor Currentzis nous prouve le contraire dans une interprétation superlative et renouvelée sinon traditionnelle de l'oeuvre. Dans ce nouvel enregistrement de studio, Teodor Currentzis fait en effet fi du poids d'une certaine tradition avec une relecture, voire une recréation de l'oeuvre, et son propos stupéfiant décape singulièrement la vision qu'on avait de l'opéra. On pourra toutefois être surpris par certains partis pris qui ne manqueront d'agacer certains mélomanes. Et pour commencer un continuo éloquent un rien bavard, animé par le très volubile pianoforte de Maxim Emelyanychev dont les interventions suivent l'action au plus près, jusque dans les airs soulignant la théâtralité voulue par le chef. Le cinéma muet n'est pas loin et pourtant jamais Noces ne furent moins muettes! Et les contrastes dynamiques… Les instruments d'époque déploient des sonorités magiques jusque dans les tutti et des éclats parfois, qui rythment régulièrement le déroulement de la partition mais de manière toujours pertinente. On pourrait redouter l'outrance et une surenchère d'effets gratuits mais pourtant rien d'arbitraire, le chef ne suit que la partition de Mozart et les affects contrastés du livret de Da Ponte. Et c'est cette vision du chef et de l'ensemble qu'il convient d'admirer en premier. Aucune routine dans cette vision où tout est réfléchi et mesuré au millimètre, où chaque détail est repensé et où rien n'est laissé au hasard. La mise en place est d'une précision absolue et fabuleuse qui laisse pantois. Le rythme et les contrastes sont animés par un chef soucieux du moindre détail et qui pense avant tout en musicien. Et le théâtre? Et la vie? A foison…la vision précise du chef, loin d'étouffer les solistes leur offre un écrin qui exalte leur tempérament et où le théâtre et les sentiments coulent de source. Ces Noces, sont celles qui couronnent la vie, les passions et la sensualité des personnages de l'oeuvre. Sensualité de la Suzanne de Fanie Antonelou et du Comte d'Andrei Bondarenko qui tous deux jouent au chat et à la souris durant les quatre actes de l'opéra. Autorité virile et tendre du Figaro de Christian van Horn. Comtesse de rêve avec Simone Kermes toute de discipline et de legato exprimant toute la douce mélancolie de son personnage avec une ligne de chant qui force l'admiration. Et le Cherubin boutonneux (il sait pourquoi!) un peu dégingandé de Mary-Ellen Nesi, très peu sage on vous l'assure… et tous jusqu'aux petits rôles (sublime Barbarina de Natalya Kirillova) de prendre vie et de s'enflammer au cours d'une folle journée dictée par l'urgence d'aimer et d'être aimé. L'interprétation visionnaire et aboutie de Teodor Currentzis et de ses solistes se passe de l'image tant la vie semble affleurer et s'échapper de tous les côtés de cet album surprenant qui prend place d'emblée parmi les plus grands. Cosi est déjà en boite et Don Giovanni suit avec la même équipe. On patientera (on aura du mal) en écoutant et en réécoutant ces Noces de Figaro aussi indispensables pour découvrir l'oeuvre que pour l'approfondir. BRAVO, et on le proclame debout!
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Du côté de chez Swann, «Combray»: Fac-similé et transcription
Du côté de chez Swann, «Combray»: Fac-similé et transcription
par Marcel Proust
Edition : Relié

6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 magnifique !, 9 novembre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Du côté de chez Swann, «Combray»: Fac-similé et transcription (Relié)
édition somptueuse déjà difficile à acquérir et qui sera très rapidement un objet de culte sinon de spéculation comme en atteste déjà le prix de l'occasion. Ce n'est évidemment pas un ouvrage pour découvrir LA RECHERCHE mais un objet de collection à découvrir, à travailler, à admirer, et à chérir. Proust ne peut laisser indifférent et provoque d'emblée ou bien l'amour le plus passionné, ou parfois un rejet sans appel. Le monde pourrait du reste bien se diviser entre ceux qui seront allés jusqu'au bout, ne perdant pas une miette de la précieuse pensée initiatique et qui en feront la religion d'une vie, et les autres, ceux qui vomissent. Cet ouvrage est assurément pour les premiers, et à côté de L'OEUVRE, à côté de l'édition complète dirigée par Jean-Yves Tadié, ce must sera au coeur du culte. Du culte uniquement? Au delà de l'objet à chérir il est un (autre) moyen de pénétrer dans la Pensée-Même de l'auteur (non pas seulement comme LA RECHERCHE) mais dans le cheminement de sa pensée, dans l'évolution du processus intellectuel et d'écriture, dans l'élaboration enfin de la cathédrale. L'amoureux aura évidemment déjà vu des reproductions des fameuses paperoles, mais ici c'est tout un ouvrage, dans sa continuité qu'il est possible de découvrir, correction manuelle après l'autre, ratures, reprises et paperoles également. On est ainsi précipité au coeur du processus créateur, aux côtés même de l'écrivain prenant la place céleste d'un témoin de l'expression littéraire et de la mise au point artistique du chef d'oeuvre. Passionnant et bouleversant, cet ouvrage appelle l'édition des autres volumes et des fameux carnets et provoquera à la fois un bonheur à la Jacques Guérin ( celui de posséder un objet si intime et si précieux ) et vous donnera également des ailes enthoveniennes et les yeux et l'esprit d'un Tadié (pour ne citer que ces quatre là) pour vous envoler et découvrir un peu plus les clochers... le coeur des Flèches, de la cathédrale. Outre la qualité des reproductions faut-il encore souligner un travail d'édition superlatif et louer enfin le sérieux et la pertinence des textes explicatifs en marge des Précieux Manuscrits et tapuscrits. Pour achever de convaincre les personnes intéressées, il faut évoquer enfin la magnificence de l'ouvrage, de sa reliure et de son coffret et enfin son format géant à l'image de celui de ses auteurs et de celui à qui ils rendent hommage. Un sublime cadeau en ce centenaire. Un grand merci à l'éditeur qui tente depuis cent ans de racheter et d'effacer le péché originel. Cet ouvrage pèsera beaucoup dans la balance...


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