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Contenu rédigé par Guinea Pig
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Guinea Pig

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Kindar's Cure
Kindar's Cure
Prix : EUR 5,28

5.0 étoiles sur 5 Un excellent roman de fantasy à taille humaine et à mystères (et à la couverture inadaptée), 21 avril 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Kindar's Cure (Format Kindle)
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Tout d'abord, comme l'a très justement constaté Alanna dans son commentaire, la couverture donne une idée très fausse de l'histoire : même si l'héroïne est blonde et retrouve à un moment de l'histoire sur un cheval blanc, nous n'avons absolument pas affaire à une romance historique - comme nous laisserait penser l'illustration de couverture - mais bien à une aventure de fantasy.
Ensuite, cette histoire, que j'ai lu avec beaucoup de plaisir, ne plaira peut-être pas à ceux qui aiment voir la magie en action dans leurs romans de fantasy : même si la magie existe dans ce monde et est à la base de beaucoup de choses, son usage n'est pas développé de manière directe, les mages existent, on en côtoie, mais ils ne nous concernent pas directement.

L'atout principal de ce livre est son héroïne, exceptionnelle et sans faute : Kindar, une princesse non pas belle et pleine des qualités ad hoc, mais maladive, diminuée par la pathologie qui la mine depuis la naissance, transformant le moindre effort en une épreuve, ruinant sa santé, la laissant d'une pâleur maladive, les cheveux rares, le corps d'une maigreur inquiétante. Seul son statut de princesse, qui lui donne accès aux meilleurs soins, lui a permis de survivre au-delà de l'enfance à cette maladie qui tue rapidement chaque personne ayant le malheur de naître avec elle.
Prouesse narrative, la réalité de cette maladie, qui régit le moindre des moments de la vie de la jeune fille, fiévreuse et épuisée par une toux chronique, n'est jamais oublié un seul instant.

Malgré sa faiblesse physique Kindar est opiniâtre, tenace, orgueilleuse et ne veut pas lâcher prise, faisant face aux enjeux politiques de ce royaume matriarcal, où la reine mère est belle et cruelle et les princesses sont en compétition permanente.
La jeune princesse est à peine sympathique à l'ouverture du livre : brusque avec ses domestiques, dédaigneuse envers son "amant" (l'un des serviteurs stériles du harem de sa mère) dont elle ignore jusqu’au nom, et ambitieuse avant tout.
Cet aspect de la personnalité de Kindar, qui réagit de manière parfaitement crédible au regard de qui elle est et de comment elle a toujours vécu, est un des atouts majeurs du livre, dans un genre où les personnages sont bien souvent gratifiés de caractéristiques modernes pour séduire le lecteur, lui permettant (sensément) ainsi une empathie aisée avec les personnages.

Rassurez-vous cependant : Kindar possède aussi de nobles qualités de coeur, qui se dévoilent peu à peu alors qu'elle part pour une quête désespérée, s'arrachant aux conforts et aux dangers de la cour, mais aussi de sa rigide étiquette.
Une romance se dessine également, contre toute attente !

Ce récit plein de vie et de rebondissements, accompagné de personnages de qualité et servi de révélations surprenantes, m'a assuré un plaisir de lecture constant : une belle réussite !


Le Théorème du homard
Le Théorème du homard
Prix : EUR 14,99

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 L'art et la manière de distraire avec un sujet sérieux, grave même, avec autant de rigueur que de drôlerie : une prouesse !, 10 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Théorème du homard (Format Kindle)
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J'ai adoré ce livre, que j'ai lu presque d'une traite et que je relirai avec beaucoup de plaisir.
C'est d'abord une lecture très drôle, délicieusement cocasse, que l'on imaginerait très bien en excellent film (et tout aussi bien en bouse monumentale, hélas, s'il tombait dans de mauvaises mains). Mais c'est aussi un sujet de fond moderne, celui de la reconnaissance, puis de l'acceptation des différences. Une leçon toute en légèreté sur la notion de la normalité : les gens normaux sont-ils forcément ceux qui sont les plus nombreux à fonctionner de la même manière ?

Le récit se classe comme une comédie romantique, mais sans céder aux diktats du genre ni jamais sombrer dans la caricature.
L'élan romanesque m'a également évoqué tous ces récits et histoires d'enfants sauvages, ou de personnes parachutées dans un monde qui leur est complètement étranger, et qui doivent utiliser leur intelligence pour comprendre et se faire comprendre - avec tous les quiproquos et situations burlesques que cela peut entraîner (dans un registre positif bien entendu).

Le personnage principal est très atypique. Brillant célibataire d'une quarantaine d'années, spécialisé en génétique, Don mène une carrière universitaire exemplaire, à peine invalidée par les difficultés de celui-ci à comprendre les nuances des règles qu'il à tendance à prendre au pied de la lettre. D'un point de vue social, c'est plus difficile, malgré ses efforts. Les autres sont si bizarres, si difficiles à comprendre, à appréhender ! Pourtant Don essaie sans se décourager, et chérit ses rares amis.

L'entrée en matière, par une scène délicieusement loufoque, nous donne la clé de la personnalité de Don, alors qu'il donne, pour dépanner un ami, une conférence à des parents d'enfants présentant le syndrome d'Asperger.
Tout s'explique !
Enfin, pas immédiatement, mais à travers les rebondissements du récit, alors que Don met à exécution son idée de génie : trouver la femme idéale à travers un questionnaire détaillé.

L'auteur réussit un exploit, celui de nous rendre infiniment attachant une personne qui sait pourtant si mal, de nature, exprimer l'ensemble des émotions humaines et les déchiffrer chez autrui. Un homme d'une intelligence exceptionnelle, mais aussi très seul et d'une innocence quasi enfantine. A la fois infiniment capable et complètement désarmé.

D'abord par la logique : vue de l'intérieur, les arguments de Don, pour expliquer comment il organise sa vie (temps hebdomadaire de nettoyage de la salle de bains chronométré), choisit ses vêtements (veste de sport parfaitement adaptée : au travail, aux courses, aux sorties, aux voyages), calcule ses calories alimentaires (en reportant éventuellement les excès d'un jour) sont parfaitement raisonnables.
Bien sûr, le monde extérieur n'est pas de cet avis et les situations délirantes s'enchaînent.
Et pourtant, à travers les yeux de Don, la superficialité des conversations mondaines, l'obligation des situations sociales, l'acceptation aveugle des lieux communs nous sautent aux yeux.
Dans ce roman la personne avec laquelle on aimerait discuter est bien le personnage principal, qui s'intéresse à tout, d'une manière très littérale, shuntant allègrement le superflu !

Le deuxième effet séduction est que Don essaie si fort que le lecteur s'en retrouve bien humble. Sous prétexte que Don est "hors norme", c'est à lui de faire des efforts considérables pour s'adapter, contre toute logique, s’escrimant à comprendre le comportement aberrant des autres. Ses efforts ne sont pas toujours vains et Don entretient des amitiés, souvent atypiques et toujours rares. Un moment très touchant du livre nous fait part de ses pensées alors que la jeune femme qui l'accompagne vient de réfuter avec désinvolture qu'ils puissent former un couple, en remarquant à la tierce personne que Don n'est "qu'un ami". Don se trouve très heureux de cette déclaration, retenant seulement qu'elle le tienne pour un ami - lui qui compte les siens sur les doigts de la main !

Le troisième effet séduction est l'effet show off : Don est d'une intelligence supérieure, possède des capacités de concentration, de mémorisation et de volonté hors norme. Et quand il s'attelle à un projet, que ce soit son "Projet Epouse" ou plus tard son "Projet Père", il ne recule devant aucun effort, aucun sacrifice et fonce !

Le récit semble être une étrange romance, ou non-romance, alors que Don rencontre une (très belle) jeune femme, qui lui semble aussi normale/anormale que les autres, mais qui nous apparaît très vite assez perturbée, en colère, mal dans sa peau.

D'une manière générale l'une des forces de ce roman, fluide et drôle, est la manière très subtile dont les personnages nous sont présentés à travers les yeux de Don. Procédé courant soit, mais qui prend toute sa force quand le personnage principal possède un profil psychologique décalé. On comprend très bien la logique des actes et des pensées de Don, on devine très vite qui il est et ce qu'il recherche. En revanche le doute persiste longtemps pour les quelques autres personnages qui gravitent autour de lui, dont on ne perçoit que le reflet, à travers le miroir déformé - pour nous, là encore - de son point de vue.
Bien des caractéristiques fondamentales d'un interlocuteur (attraits physiques, âge, situation socio-économique) qui auraient été présentées d'emblée dans un récit classique, n'apparaissent que très tardivement : l'essentiel pour Don, sont les capacités de conversation "vraie", les centres d'intérêt, le goût pour la discussion de l'autre. Le reste est réellement, à ses yeux, secondaire. Enfin, Don se concentre quand même sur le physique... à travers l'IMC de la personne, qu'il calcule systématiquement, au jugé !

L'auteur (un Australien, décidément il y a des perles de romanciers de ce pays !) arrive à un exploit : faire rire sur un sujet très sérieux sans jamais le galvauder, avec une histoire rythmée et bien tournée, en mettant en scène une personne hors norme, avec beaucoup de drôlerie et de générosité mais aussi une rigueur sans faille.
De brillants récits sur des personnalités autres existent, bien sûr (La vitesse de l'obscurité, Des fleurs pour Algernon) mais sont des récits graves, voire tragiques.
Rien de tel ici ; car si l'histoire de Don est presque douloureuse parfois, l'ensemble est léger, positif et... a son happy ending !

(remarque : lu en anglais, Rosie Project)

(remarque bis : un film est bien prévu, l'auteur s'est attelé à l'écriture du scénario - ce qui est de bon augure ! Une suite va également paraître, dès septembre en Australie, "The Rosie Effect". Là, je suis un peu plus dubitative... ce qui ne m'empêchera pas de me jeter sur le livre, bien entendu ^_^)
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 16, 2014 8:20 PM MEST


The Rosie Project
The Rosie Project
Prix : EUR 5,49

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 L'art et la manière de distraire avec un sujet sérieux, grave même, avec autant de rigueur que de drôlerie : une prouesse !, 9 avril 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : The Rosie Project (Format Kindle)
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J'ai adoré ce livre, que j'ai lu presque d'une traite et que je relirai avec beaucoup de plaisir.
C'est d'abord une lecture très drôle, délicieusement cocasse, que l'on imaginerait très bien en excellent film (et tout aussi bien en bouse monumentale, hélas, s'il tombait dans de mauvaises mains). Mais c'est aussi un sujet de fond moderne, celui de la reconnaissance, puis de l'acceptation des différences. Une leçon toute en légèreté sur la notion de la normalité : les gens normaux sont-ils forcément ceux qui sont les plus nombreux à fonctionner de la même manière ?

Le récit se classe comme une comédie romantique, mais sans céder aux diktats du genre ni jamais sombrer dans la caricature.
L'élan romanesque m'a également évoqué tous ces récits et histoires d'enfants sauvages, ou de personnes parachutées dans un monde qui leur est complètement étranger, et qui doivent utiliser leur intelligence pour comprendre et se faire comprendre - avec tous les quiproquos et situations burlesques que cela peut entraîner (dans un registre positif bien entendu).

Le personnage principal est très atypique. Brillant célibataire d'une quarantaine d'années, spécialisé en génétique, Don mène une carrière universitaire exemplaire, à peine invalidée par les difficultés de celui-ci à comprendre les nuances des règles qu'il à tendance à prendre au pied de la lettre. D'un point de vue social, c'est plus difficile, malgré ses efforts. Les autres sont si bizarres, si difficiles à comprendre, à appréhender ! Pourtant Don essaie sans se décourager, et chérit ses rares amis.

L'entrée en matière, par une scène délicieusement loufoque, nous donne la clé de la personnalité de Don, alors qu'il donne, pour dépanner un ami, une conférence à des parents d'enfants présentant le syndrome d'Asperger.
Tout s'explique !
Enfin, pas immédiatement, mais à travers les rebondissements du récit, alors que Don met à exécution son idée de génie : trouver la femme idéale à travers un questionnaire détaillé.

L'auteur réussit un exploit, celui de nous rendre infiniment attachant une personne qui sait pourtant si mal, de nature, exprimer l'ensemble des émotions humaines et les déchiffrer chez autrui. Un homme d'une intelligence exceptionnelle, mais aussi très seul et d'une innocence quasi enfantine. A la fois infiniment capable et complètement désarmé.

D'abord par la logique : vue de l'intérieur, les arguments de Don, pour expliquer comment il organise sa vie (temps hebdomadaire de nettoyage de la salle de bains chronométré), choisit ses vêtements (veste de sport parfaitement adaptée : au travail, aux courses, aux sorties, aux voyages), calcule ses calories alimentaires (en reportant éventuellement les excès d'un jour) sont parfaitement raisonnables.
Bien sûr, le monde extérieur n'est pas de cet avis et les situations délirantes s'enchaînent.
Et pourtant, à travers les yeux de Don, la superficialité des conversations mondaines, l'obligation des situations sociales, l'acceptation aveugle des lieux communs nous sautent aux yeux.
Dans ce roman la personne avec laquelle on aimerait discuter est bien le personnage principal, qui s'intéresse à tout, d'une manière très littérale, shuntant allègrement le superflu !

Le deuxième effet séduction est que Don essaie si fort que le lecteur s'en retrouve bien humble. Sous prétexte que Don est "hors norme", c'est à lui de faire des efforts considérables pour s'adapter, contre toute logique, s’escrimant à comprendre le comportement aberrant des autres. Ses efforts ne sont pas toujours vains et Don entretient des amitiés, souvent atypiques et toujours rares. Un moment très touchant du livre nous fait part de ses pensées alors que la jeune femme qui l'accompagne vient de réfuter avec désinvolture qu'ils puissent former un couple, en remarquant à la tierce personne que Don n'est "qu'un ami". Don se trouve très heureux de cette déclaration, retenant seulement qu'elle le tienne pour un ami - lui qui compte les siens sur les doigts de la main !

Le troisième effet séduction est l'effet show off : Don est d'une intelligence supérieure, possède des capacités de concentration, de mémorisation et de volonté hors norme. Et quand il s'attelle à un projet, que ce soit son "Wife Project" ou plus tard son "Rosie Project", il ne recule devant aucun effort, aucun sacrifice et fonce !

Le récit semble être une étrange romance, ou non-romance, alors que Don rencontre une (très belle) jeune femme, qui lui semble aussi normale/anormale que les autres, mais qui nous apparaît très vite assez perturbée, en colère, mal dans sa peau.

D'une manière générale l'une des forces de ce roman, fluide et drôle, est la manière très subtile dont les personnages nous sont présentés à travers les yeux de Don. Procédé courant soit, mais qui prend toute sa force quand le personnage principal possède un profil psychologique décalé. On comprend très bien la logique des actes et des pensées de Don, on devine très vite qui il est et ce qu'il recherche. En revanche le doute persiste longtemps pour les quelques autres personnages qui gravitent autour de lui, dont on ne perçoit que le reflet, à travers le miroir déformé - pour nous, là encore - de son point de vue.
Bien des caractéristiques fondamentales d'un interlocuteur (attraits physiques, âge, situation socio-économique) qui auraient été présentées d'emblée dans un récit classique, n'apparaissent que très tardivement : l'essentiel pour Don, sont les capacités de conversation "vraie", les centres d'intérêt, le goût pour la discussion de l'autre. Le reste est réellement, à ses yeux, secondaire. Enfin, Don se concentre quand même sur le physique... à travers l'IMC de la personne, qu'il calcule systématiquement, au jugé !

L'auteur (un Australien, décidément il y a des perles de romanciers de ce pays !) arrive à un exploit : faire rire sur un sujet très sérieux sans jamais le galvauder, avec une histoire rythmée et bien tournée, en mettant en scène une personne hors norme, avec beaucoup de drôlerie et de générosité mais aussi une rigueur sans faille.
De brillants récits sur des personnalités autres existent, bien sûr (La vitesse de l'obscurité, Des fleurs pour Algernon) mais sont des récits graves, voire tragiques.
Rien de tel ici ; car si l'histoire de Don est presque douloureuse parfois, l'ensemble est léger, positif et... a son happy ending !

(remarque : ce livre a été traduit, sous le titre du Théorème du homard)

(remarque bis : un film est bien prévu, l'auteur s'est attelé à l'écriture du scénario - ce qui est de bon augure ! Une suite va également paraître, dès septembre en Australie, "The Rosie Effect". Là, je suis un peu plus dubitative... ce qui ne m'empêchera pas de me jeter sur le livre, bien entendu ^_^)
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 14, 2014 7:51 PM MEST


Words of Radiance: The Stormlight Archive Book Two
Words of Radiance: The Stormlight Archive Book Two
Prix : EUR 12,99

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Aussi incroyable que cela puisse paraître... peut-être encore mieux que le précédent !, 15 mars 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Words of Radiance: The Stormlight Archive Book Two (Format Kindle)
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"The Stormlight Archive" s'apprête à rentrer dans l'histoire de la fantasy.
Cette épopée magnifique offre sans doute aucun le profil d'un chef d'oeuvre en marche : la complexité de l'histoire globale, la digestibilité du récit, la brillance de la manière de conter, l'excellence de la psychologie des personnages (c'est une fan de Jane Austen qui vous le dit !), l'enthousiasme, l'imaginativité, la créativité, la personnalité, la maîtrise, la capacité à enchanter, à surprendre, à laisser deviner, le sens du détail, l'art de la suggestion (en particulier dans les descriptions) sont autant de preuves du génie de l'auteur.
Les illustrations intérieures sont toujours aussi belles ; elles n'ont qu'un défaut à mes yeux : je les aurais aimé encore plus nombreuses.

Fait inhabituel en ce qui me concerne, je me suis maintes fois surprise à soupirer après un film (enfin une série télé haut de gamme comme on en fait désormais) pour mettre en scène cette histoire en enchanteresse, si vivante, si colorée, si chaleureuse, tellement humaine.

Si ce livre peut avoir un défaut, c'est celui de réduite à l'état de petit joueur besogneux bien des auteurs de fantasy, même ceux qui ont inspiré l'auteur...

J'ai toujours d'énormes difficultés à "voir" les histoires qui m'étaient racontées. Il me faut des détails, des couleurs, des reliefs - et pourtant les descriptions m'ennuient dès qu'elles font semblant de s'éterniser.
Pourtant, dans ces deux romans (j'ai relu le précédent juste avant, pour bien profiter de ma lecture, et bien m'en a pris) les paysages sont extraordinaires. Cette faune et celle flore étrange, cette vie rythmée par les violentes tempêtes, sources de toute l'énergie et l'eau nécessaires à la vie et à la "technique" de ce monde que l'on devine "contre-nature", forme un cadre incroyablement présent, vivant, servi par tous nos sens. Les couleurs en particulier, comme dans toute l'oeuvre de Brandon Sanderson, sont largement à l'honneur. C'est je crois le seul auteur à manifester un attrait aussi vif pour celles-ci, les employant avec maîtrise pour souligner son art créatif.

Brandon Sanderson est un auteur étonnamment "féminin".
Sa manière de présenter ses personnages, les relations d'amour et d'amitié qui les lient, l'évolution de leurs psychologies, montre une patte subtile, délicate, chaleureuse - féminine donc ! (pas de "Houuuu" s'il vous plait messieurs ; je sais de quoi je parle et cela ne retire rien à vos viriles aptitudes et au talent des auteurs masculins).

Il reste "masculin" aussi, n'oubliant pas la baston, les supers pouvoirs, les combats rapprochés, les grandes batailles, les blessures, la mort, la gloire.

Et surtout peut-être, cet auteur a su garder son coeur d'enfant. Bien que the Stormlight Archive soit une oeuvre de fantasy d'allure classique, le récit ne présente pas les caractéristiques habituelles du genre, ses teintes sombres, désespérées, sérieuses... "adultes", diraient certains ?

Le récit, bien que parfois dramatique, traitant de passés troubles et torturés, des faiblesses humaines, de la mort, de l'injustice, est incroyablement positif, allègre, tourné vers l'avenir, le progrès, la modernité.
L'auteur s'amuse, certains passages sont vraiment très drôles, les dialogues, toujours contrôlés, sont vifs, spirituels ; la malice affleure sans cesse, dans les réparties, les personnalités, les situations.

De grands thèmes sont abordés et traités avec justesse et profondeur. Mais l'espoir, malgré la capacité de l'auteur à voir juste, à n'épargner personne, à ne rien négliger des faiblesses humaines, est toujours là.
Brandon Sanderson est un auteur que je peux lire en tout confort : je sais qu'il ne m'imposera jamais des choses gratuites et intolérables. Son immense talent le dispense d'utiliser les horreurs habituelles du genre qu'il aime traiter - le viol, la torture, la mort de personnages secondaires attachants, etc.
Les injustices et les événements terribles ne manquent pourtant, pas plus que les morts violentes dans ce monde ébranlé par un changement d'une violence inouïe, nourrie par les faiblesses humaines. Mais rien n'est jamais gratuit.
De plus, les personnages les plus sympathiques montrent une part d'ombre, nous forçant à les apprécier en toute connaissance de cause... enthousiasme et confiance en un avenir meilleur ne sont pas synonymes de naïveté et d'immaturité.

Je pense en particulier à un court chapitre d'interlude, qui raconte une petite jeune fille de 13 ans, Lift, brillante, naïve, courageuse, pétillante, qui use de son pouvoir (son "awesomeness") qui lui est tombé dessus sans crier gare, avec tout le naturel et la spontanéité de sa petite personne inéduquée, courageuse - remarquable dans son anonymat. La manière dont sont mises en scène ses étonnantes facultés (le pouvoir de la glisse et de la varappe !), sa relation avec son "Voidbringer" récalcitrant et bougon, la manière délicieuse de raconter cette courte scène, de présenter une poignée de personnages, de faire monter la tension et enfin de clôturer, est tout bonnement admirable.
Ce chapitre, une pépite, pourrait être un roman à lui tout seul. Brandon Sanderson manie l'art de raconter très longuement, mais aussi de raconter très court, une faculté bien rare...

Bon, avec tout ça, j'en oublie de parler de l'intrigue.
Eh bien ça avance ! On retrouve les personnages d'une manière très linéaire, très confortable. Les particularités du monde, de l’histoire ancienne de celui-ci, sont approfondies. Certains mystères se dévoilent, parfois à notre surprise ébahie (l'explication des actions du "méchant" découvert à la fin du tome 1 est incroyable d'intelligence, de créativité et de drôlerie), nous permettant parfois de les deviner à l'avance, ce qui est bien satisfaisant (la nature des Shardblades par exemple).

La société des Parshendis nous est enfin révélée, dévoilant une réalité très surprenante, que nous aurions bien été en peine d'imaginer et qui offre, d'une certaine manière, une tonalité très SF.

Les personnages sont de mieux en mieux cernés, évoluant lentement mais avec une sûreté admirable : aucun raccourci facile, aucune faute de complaisance et une justification pleine des actions et de la personnalité de chacun.
Les personnages centraux sont toujours les mêmes, avec un zoom particulier sur Kaladin, mais aussi Adolin et surtout Shallan, qui est sans aucun doute le personnage pivot de ce roman.

Brandon Sanderson est un féministe, un vrai ! Au lieu d'attribuer des caractéristiques masculins à ses personnages féminins au nom de la parité, il leur offre une vraie place, un vrai rôle, tout en leur laissant leurs attributs féminins : une prouesse !!

Shallan est un personnage étonnant. Sa fragilité et sa force, la manière dont elle prend sa vie en main, nous laissant même parfois sur le bord du chemin, ébahis et estomaqués, nous emporte exactement là où l'auteur le souhaitait - ce que nous ne pouvions certainement pas deviner. Pour qui aime les surprises de qualité, c'est admirable et enthousiasmant.

Kaladin n'est pas en reste : l'auteur n'oublie pas ce qu'il a infligé à son personnage, la manière dont sa personnalité a été forgée par les épreuves, et n'offre aucun raccourci facile pour le faire progresser. Le résultat n'en est que plus exceptionnel.

Les personnages secondaires et périphériques sont tous admirables de justesse et de précision, touchants, vrais : les non-humains, Syl, Patern, les parshmen, les mystérieux, l'assassin en blanc, Wit, les insolites, les membres du Pont Quatre.

Les modifications profondes de ce monde ébranlé par la montée en puissance de forces ancestrales, l'apparition de pouvoirs étonnants ("magiques", pourrait-on dire, bien que ce terme ne soit jamais utilisé dans ce monde porté vers le modernisme par ses inventions utilisant l'énergie du stormlight) nous surprennent et nous émerveillent. Les coups de théâtres se succèdent, les relations entre les personnages évoluent d'une manière pas toujours attendue, le lecteur est subjugué.

Tant de pléthore et de richesse devraient nous embrouiller : pourtant le lecteur est transporté,enchanté, enthousiasmé, mais jamais perdu.
Une prouesse, vous dis-je !

Je finirai bien par une ode aux "méchants".
Dans ce genre d'histoire il faut un méchant, ou même plusieurs ; et si possible des méchants intelligents. Les cataclysmes, les forces de la nature, la Mort, tout ça c'est bien gentil, mais un méchant à détester et surtout à comprendre c'est quand même mieux.
Brandon Sanderson a un talent (oui, entre autres !) c'est de justifier ses méchants. Ceux-ci sont souvent "de l'autre côté". Leur méchanceté n'est que relative, leurs actions sont logiques, et l'égoïste et la cruauté gratuite ne sont jamais employés pour justifier leurs actes.
Il est troublant et passionnant de comprendre les motivations de chacun, et l'auteur en profite au passage pour nous faire réfléchir sur un thème pourtant souvent oublié dans ce genre de récit épique : est-il envisageable de faire le mal pour faire le bien ? Où le héros soit-il s'arrêter ? Qu'est-il prêt à perdre de son humanité ? Quand bescule-t-il ?
Car enfin, quand le livre se clôture, force nous est de constater que nos "gentils" offrent bien des similitudes avec leur ennemis...

La fantasy "classique" me parait souvent lourde, pompeuse, ampoulée, indigeste malgré ses qualités.
Le ton de ces deux milles premières pages de Stormlight Archive est serein, enthousiaste, délicat, d'une force remarquable, d'une justesse étonnante, jubilatoire enfin !
Parmi les romans du genre, cette série s'inscrit dans les meilleurs histoires que j'aie jamais lues.
Et parmi les romans en tout genre... aussi.

Un firmament d'étoiles pour cette merveille, et vivement le prochain !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (6) | Permalien | Remarque la plus récente : Mar 29, 2014 11:07 PM CET


The Undead Pool
The Undead Pool
Prix : EUR 8,99

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Un livre de transition bâclé, raté, ennuyeux et immature, 6 mars 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : The Undead Pool (Format Kindle)
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Kim Harrison ne m'a jamais séduit par la qualité de son écriture, manifestement très travaillée pour un rendu juste correct, mais par ses qualités de soin, justement : très consciencieuse, cette auteur soigne habituellement ses personnages, le fil de son histoire, ses mises en scène, et le résultat a toujours été très agréable à défaut de vraiment fluide.

Ce tome 12 m'a paru bâclé, mal relu. Certaines phrases n'ont ni queue ni tête, des répétitions malvenues interpellent (comme nous expliquer deux fois de suite à quelques chapitres d'écart, quasiment dans les mêmes termes, que Newt est folle : sachant que personne ne va lire ce tome sans avoir lu la dizaine qui le précèdent, la première explication était déjà superflue). Les mises en scènes, surtout de la première moitié, sont de très mauvaise qualité : les registres dramatique, romantique et pragmatique sont utilisés dans la même foulée pour un effet complètement à côté de la plaque. Des détails scéniques sont introduits au petit bonheur, sans rien apporter et nuisant au rythme.

Voilà pour la forme.
*Attention mini-spoilers-romance en vue*
Le fond ne vaut guère mieux ; la première moitié est barbante à souhait, il ne se passe rien d'autre que la "crise", détaillée selon ses points névralgiques, pendant que l'auteur passe mollement en revue ses personnages, les exposant en deux dimensions, tout plats, tout ternes, ennuyeux. Jenks risque une blague, Ivy est en plein mode garde-malade gnangnan, Al fait quelques grimaces sans convictions, Biz est "a good kid", Edden un brave humain bien costaud et bosseur, etc. : Promenade au pays de Rachel Morgan, n'oubliez pas la boutique des souvenirs en sortant, le T-Shirt "crap on toast" est en promo toute la semaine.

Pour remplir un peu, l'auteur nous accable de commentaires sur le sexappeal de chacun, la grâce sexy d'Ivy (avec au passage une allusion à la possible bisexualité de Rachel - bon sang je croyais qu'elle en avait terminé avec ça !), les fesses de Trent, de préférence fantasmé tout nu sous la douche, les abdos de David, etc.
Ennuyeux comme la pluie, avec comme seul assaisonnement les soupirs de groupie hypersexuée de Rachel, qui louche, lorgne et bave devant les appas de Trent, tout en gémissant in petto : "Oh non, je ne dois pas, notre amour est impossible, ô mon Roméo !!"

Peu après le milieu le récit s'améliore nettement, reprenant un peu ses couleurs habituelles. Hélas, l'idée de fond choisie est de celles qui m'ennuient, des abstractions magiques incompréhensibles (essayer de parler de quelque chose qui n'existe pas et qui n'a aucune logique semble être le must pour certains auteurs de fantasy, je ne me l'explique toujours pas).
La conséquence pratique de ce scoop magique sur Rachel (flou artistique anti spoilers) est sympa. Seul problème, il est d'une invraisemblance totale : que Rachel, aussi héroïno-woman soit-elle, parvienne à jongler gaillardement avec la situation, y trouvant même des avantages, ceci non pas au bout de longs mois de misère psychique, mais au bout de quelques heures, est d'une faiblesse navrante.

Enfin, quand la scène passionnée tant attendue (enfin j'imagine) arrive, eh bien elle est ratée elle aussi.
Je l'ai lu en diagonale, je n'étais pas dans le mood, le mode quasi exhibitionniste choisi par l'auteur m'a semblé contre-productif, pas du tout dans la psychologie des personnages. Dans les scènes suivantes, les réactions désespéramment chicklit de l'entourage ("Hiii !!!! C'est pas possible, vous l'avez fait ?!! Oui, ils ont fait la chose, venez tous voir !!!") m'ont anéantie par leur ridicule... celui qui ne tue pas, d'accord, mais qui gâche bien une relation prometteuse.
(Si Kim Harrison écrit un jour de la romance, retenez-moi, mon kindle a connu tellement mieux qu'il risque de faire une attaque d'apoplexie.)
Quel âge a Rachel déjà dans ce douzième tome ? Seize immature, c'est ça ?
Pire encore, la consommation ne calme pas la rousse ébouriffée, qui repart en mode girlie, soupirant sur l'objet de ses désirs, bien au vu et au su de tout le monde, c'est une grande famille, tout le monde s'aime et tout le monde est content de savoir que Trent et Rachel ont enfin fait crac-crac sur le comptoir de la cuisine au milieu des cookies !!!
Zut.
J'ai gaffé.

Bon. Il me reste, d'après Kikinou, une heure de lecture... Je vais essayer de m'en débarrasser. Un peu de lecture en diagonale n'a jamais fait de mal à personne.
En attendant le dernier Rachel Morgan (que je lirai bien sûr, en espérant que l'auteur aura la bonté de nous épargner la lune de miel) j'ai autre chose de bien plus prometteur sur le feu !

(Note : à mon intense mais résignée stupéfaction, ce tome faiblard semble avoir soulevé l'enthousiasme des foules outre-atlantique, à une poignée d'exceptions près. Une question de juvéniles hormones, dont je suis certainement dorénavant dépourvue, si tant est que j'en ai été un jour gratifiée, peut-être ?...)
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (11) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 1, 2014 5:55 PM MEST


The Case of the Missing Marquess: An Enola Holmes Mystery
The Case of the Missing Marquess: An Enola Holmes Mystery
Prix : EUR 3,63

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Une excellente série, addictive et très soignée, 24 février 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : The Case of the Missing Marquess: An Enola Holmes Mystery (Format Kindle)
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J'ai lu d'une traite les six tomes de la série, dans l'ordre : The Case of the Missing Marquess: An Enola Holmes Mystery, The Case of the Left-Handed Lady: An Enola Holmes Mystery, The Case of the Bizarre Bouquets: An Enola Holmes Mystery, The Case of the Peculiar Pink Fan: An Enola Holmes Mystery, The Case of the Cryptic Crinoline: An Enola Holmes Mystery, The Case of the Gypsy Goodbye: An Enola Holmes Mystery.

La série paraît clôturée, ce qui est à la fois bien dommage - car j'aurais aimé apprendre la suite des aventures d'Enola, ce qu'elle devient par la suite - mais aussi une force : l'intrigue de fond, familiale, se dénoue au terme de ces six romans.
Les qualités de cette lecture sont presque innombrables : une forme de restitution historique très intéressante, nourrie de détails passionnés (je parie que l'auteur s'est plongée avec délices dans de vieux volumes de "La Mode Illustrée" !), une lecture très fluide, une héroïne très sympathique, des histoires palpitantes, des personnages très vivants. La psychologie des personnages et d'une profondeur aussi riche qu'inhabituelle pour des romans jeunesse - sur un net fond de féminisme éclairé.

Deux bémols m'ont empêchée de mettre 5*.

Tout d'abord le mode narratif : l'auteur a choisi la première personne du singulier pour raconter l'essentiel des histoires, du point de vue d'Elona. Mais, outre le fait que les brefs passages à la troisième personne du singulier qui encadrent haque récit offrent une tonalité curieusement peu contrastée, l'auteur n'arrive pas assez à s'effacer derrière son personnage. Elona est très réussie, très sympathique mais pas tout à fait crédible. L'auteur met en scène une jeune fille de 14 ans et celle-ci, aussi douée soit elle, ne devrait pas avoir la maturité et l’aplomb d'une jeune femme beaucoup plus âgée. L'auteur parle des affres par lesquels passe l'héroïne, mais le ton reste toujours très allègre, positif, dynamique. C'est très agréable à lire mais j'ai souvent pensé que cette enfant perdue aurait dû présenter des moment de panique, de tristesse et de doute bien plus drastiques.
Je ne comprends jamais pourquoi les auteurs semblent penser qu'un enfant précoce, particulièrement doué, doit ressembler à un adulte : un enfant garde la maturité affective d'un enfant, quelque soit son intelligence !

Certains détails viennent appuyer cette faiblesse narrative, ce trop grande enthousiasme de l'auteur à endosser le rôle d'Enola, pensant que son âge à elle et surtout ses connaissances ne se devineront pas en transparence.
Par exemple Enola connaît sur le bout des doigts les règles du monde de la noblesse dont elle est issue, alors que son histoire nous montre une enfant livrée à elle-même, n'ayant reçu qu'une éducation des plus basiques, avec une mère lointaine, jamais aucun précepteur et pour une seule compagnie un couple de brave gens de la campagne et un chien de berger !

Un deuxième aspect m'a gênée de manière récurrente : le regard d'Enola sur son frère aîné, Sherlock Holmes, qui trahit là encore la présence trop envahissante de l'auteur.
On comprend très vite que cet enfant, à la mère brillante et atypique, qui la repousse sans cesse pour lui offrir le maximum d'autonomie, est assoiffée d'amour familial. Tout son amour se reporte ainsi sur son frère aîné qu'elle ne connait pas à l'entrée du livre, un adulte mature d'une trentaine d'année. Cette affection profonde, mêlée d'admiration et de crainte (ses deux frères souhaitent l’assujettir aux règles de l'époque en la flanquant dans un pensionnat pour jeunes filles) est très crédible et touchante. Aucune ambiguïté ne parait jamais.

Pourtant les descriptions de Sherlock, son éclairage indirect, les détails concernant sa personne, son profil, ses mains, sa voix appartiennent très clairement au registre de la romance : l'auteur est complètement enamourée de son personnage et ce béguin jaillit régulièrement hors du livre dans d'enthousiastes petits cris féminins !
De même l'opposition mise en scène entre les deux personnages, le célibataire endurci ayant de solides convictions sur la place des femmes, qui en vient à admirer le toupet et la brillance d'Enola, puis se surprend à la trouver belle sous son déguisement en mode coquette (Elona est grande et maigre, peu jolie selon les critères de l'époque) est un scénario là aussi très très typé romance.
Ce n'est pas très grave mais curieusement dissonant... je ne comprends pas bien que l'entourage de l'auteur ne lui ait pas signalé cette faiblesse, pourtant flagrante pour un oeil externe.

Bref, malgré mes réticences, Enola Holmes reste une excellente série que je recommande chaudement pour ses qualités qui supplantent aisément ses menus défauts !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (10) | Permalien | Remarque la plus récente : Mar 7, 2014 6:21 PM CET


Redemption in Indigo
Redemption in Indigo
Prix : EUR 4,20

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un roman inclassable et intemporel, délicieux, drôle et sage et à la fois !, 12 février 2014
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J'ai lu ce livre en aveugle, après avoir été littéralement emballée par The Best of All Possible Worlds du même auteur, un roman SF d'une personnalité éblouissante.
(sortez vos lunettes de soleil, il va pleuvoir des superlatifs)
Très vite j'ai retrouvé la personnalité de l'auteur, son talent pour une écriture gracieuse, pleine de finesse, de générosité et de drôlerie.
Le style est d'une pureté époustouflante dans sa sobriété, littéraire sans aucune pédanterie (on note parfois des mots en français, parfaitement orthographiés, un signe de perfectionnisme qui rencontre ma pleine approbation !) et absolument délicieux à lire, me laissant un sourire permanent aux lèvres.
Il est bien difficile de glorifier un style brillant ; je vais ainsi, au fil de mon commentaire, vous gratifier de quelques citations qui m'ont ravie, vous saurez ainsi si ce livre étonnant est fait pour vous.
Pour ma part, je me suis surprise à avoir envie d'écouter une version audio de ce roman, sans doute après avoir entendu le trailer du roman (dont je mettrais le lien en remarque, Amazon ne les autorisant pas dans les commentaires). C'est un roman qu'on a envie de lire à haute voix, à des enfants en particulier, en y mettant le ton !

La forme est étonnante pour un livre publié si récemment (2012) : une narration qui prend à témoin le lecteur (certains éléments en fin de livre nous laisse deviner qui peut être ce narrateur), un style délicieusement désuet parfois, une héroïne toutes en demi-teintes, en éclairages indirects, une ambiance de conte.
L'ambiance et le style m'ont fortement évoqué des lectures classiques, en particulier les Histoires comme ça de Kipling et, pour le ton, le roman d'Alice au Pays des merveilles, Through the Looking Glass (mais sans l'absurdité permanente - "Redemption in indigo" est une histoire très agréable à lire, avec un fil directeur bien net) ainsi que tous les romans de Jane Austen, d'une manière générale.

Le plus extraordinaire dans ce roman est l'impossibilité à bien situer l'histoire, une impossibilité clairement volontaire, car parfaitement maîtrisée. Celle-ci se déroule - à l'exception de passages dont je ne vous révélerais pas la nature - en Afrique Noire, à une époque qui semble proche, mais dans une ambiance intemporelle. Le récit aurait pu s'ancrer sans doute partout dans le monde et n'importe quand.
Seule l'importance des légendes et croyances, si parfaitement intégrées à la narration et considérées comme réelles par les personnages, signe un cadre où la superstition semble remplacée par la conviction générale que les êtres surnaturels et les pouvoirs particuliers existent bien, tout simplement.

Paama est le personnage central du livre, mais en toute discrétion.

"Do not think badly of Paama. She had never had any experience of being and heroine, and she was not accustomed to other wordly beings threatening her loved ones."

Le personnage le plus haut en couleur (bleu, pour tout dire !) est un des "djombis" de l'histoire. Ces êtres surnaturels sont d'une nature subtile : un peu des démons, mais sans les connotations péjoratives, un peu des anges parfois déchus, parfois en voie de rédemption, parfois l'un après l'autre !
Leur forme peut être variable, voire absurde. Le narrateur ne manque pas alors de nous remettre les idées en place, avec fermeté, comme à propos du "Trickster", un autre djombi :

"'Gentlemen, pardon me for eavesdroping'
It was a spider. He was a handsome specimen, standing well over a metre tall at the shoulder, and he had a slight tendency to gesticulate upwards with his front legs that made appear taller. His eyes were keen and deep, and radiated sympathy".

"I know your complaint already. You are saying, how do two grown man begin to see talking spiders after only three glasses of spice spirit? My answer is twofold. First, you have no idea how strong spice spirit is made in that region. Second, you have no idea how talking animals operate. Do you thing they would have survive long if they regularly made themselves known? For that matter, do you think and arachnid with mouthparts is capable of articulating the phrase 'I am a pawnbroker' in any known human langage? Think! These creatures do not truly talk, nor are they truly animals, but thet do encounter human folk, and when they do, they carefully take with them all memory of the meeting".

L'entrée en matière est assurée par l'absurde et ridicule personnage d'Ansige, le mari goinfre que Paama a laissé derrière elle pour rentrer dans son village natal, mais sans jamais s’appesantir sur sa situation, refusant de satisfaire la curiosité des villageois.

"There was something else about Paama that distracted people's attention from any potentially juicy tidbits of her past. She could cook."

Le pauvre Ansige, moteur de l'intrigue, victime de ses appétits, est aussi pitoyable que réjouissant :

"There are people who inspire others to reach lofty goals. Ansige was one of those. People got to know him, and it came to them in a flash of revelation that whatever it was that they wanted to be, it was not a man like Ansige, and they scrambled to occupy the opposite end of the accomplishment spectrum. People have heroes whom they imitate; Ansige was the perfect anti-hero. No one wanted to turn like him".

"What else could she [Ansige's mother] have done ? It is a heavy burden, as Paama's parents had found out, to find a worthy spouse for one's offspring, but how much harder the task and heavier the burden when not even love can hide from a doting mother's eyes the sad fact of her son's utter ineligibility!"

Cette dernière citation en particulier montre des accents Austiniens très amusants, d'autant plus que le lecteur comprend rapidement que dans ce monde matriarcal, il est admissible qu'une femme quitte son mari pour revenir chez ses parents, la tête haute.

Voilà pour l'ambiance, les thème de départ. Ce n'est qu'à la toute fin que j'ai compris où nous avait amené l'auteur, cette coquine ! Je ne vous résumerais pas l'histoire, ce serait gâcher votre plaisir de lecture. Sachez seulement que c'est brillant et étonnant de bout en bout, un conte plein de verve et de vie, qui a la carrure d'un classique qu'il mériterait de devenir... J'espère qu'il sera traduit, il le mérite mille fois et nous aussi !

"'Typical', Chance said in tones of deep depression. 'Give them a crisis and they must turn in a form of entertainment'"

"'This will be entertaining?' she asked doubtfully
'Some humans find it so. There will be no death, I promise you, but there will be severe embarrassment, which is but a small death of the ego'".
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (10) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 15, 2014 10:29 PM CET


Mutante: Le Sang des Chimères, T1
Mutante: Le Sang des Chimères, T1
Prix : EUR 4,99

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un récit fantastique urbain dans un mode ultra réaliste et 100 % français !, 5 février 2014
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J'ai beaucoup apprécié ce roman, très bien écrit et fidèle à ses choix d'un bout à l'autre de ses pages : une ambiance très réaliste où le fantastique s’inscrit dans un mode "horreur" plutôt que "glamour", un récit se déroulant en France avec des personnages crédibles et nuancés, et une montée en puissance qui n'épargne pas le lecteur, sans pour cela jamais sombrer dans des excès malsains : rien d'intolérable, mais des descriptifs "cliniques" des réalités.

D'un point de vue objectif, à part une ou deux broutilles (les brefs passages où la jeune fille s'adresse à ses amis en langage sms sur son blog, que j'ai lus en diagonale, ne me semblent pas très bien intégrés à l'histoire, pas très justifiés et "détonnants" / le début du récit qui fait un flash-bash alors qu'un récit linéaire aurait été plus agréable et moins embrouillant à mon avis) ce roman vaut largement 5 étoiles : sa qualité intrinsèque et l’originalité des choix de ses traitements (ce n'est ni de la bitlit ni de l'urban-fantasy, c'est du pur fantastique horrifiant !) le justifie pleinement.

Si je n'ai pas attribué la note maxi c'est que cet ultra-réalisme ne s'accorde pas tout à fait avec ma sensibilité : le récit est haletant, passionnant, mais ne m'a pas fait rêver et même dérangée parfois - en particulier dans l'exposition sans concessions des relations familiales. Je ne tolère ce genre de traitement parfaitement réaliste que s'il est associé à une forme d'humour décalé qui rend les choses plus tolérables, sans rien ôter de leur nature profonde.
De la même manière, le réalisme parfait des dialogues (la narration est classique et soignée) me chagrine toujours : je préfère que les personnages aient une forme d'expression d'un cran supérieur à celle de la "vraie vie", même si cette distorsion n'est pas réaliste.

D'une manière générale, les caractéristiques de "Mutante" en font un récit adapté à un public adolescent ou adulte, je ne le proposerais pas à un enfant ou à un lecteur trop sensible. L'Éveil des Éclipsés Livre 1 : Vauvert, un roman 100 % français lui aussi, offre des thèmes semblables dans une ambiance plus positive et plus légère.

Dans un mode comparatif, cette façon de montrer une situation décalée avec une belle imagination tout en restant dans un registre absolument "possible" (c'est la fête des guillemets aujourd’hui ! ^_^) et sans jamais oblitérer les aspects concrets (le sang tâche, a une odeur, les gens vomissent et c'est sale, etc.) peut être rapproché du dernier roman d'Holly Black, Coldtown, une lecture qui m'a enthousiasmée.

L'histoire est celle d'une jeune fille qui commence à souffrir de troubles, de déformations, sans oser en parler à quiconque (ce silence est d'une vraisemblance absolue étant donné le contexte). Alors que les choses empirent, que son caractère et sa physiologie changent, elle oscille entre souffrance, panique et une volonté désespérée de se raccrocher à la normalité, au quotidien. Sa manière de vivre cette aberration, de se renseigner, de s'affoler, de se voiler la face, ainsi que les conséquences sur sa santé, ses relations avec les autres, son quotidien sont d'un réalisme et d'une crédibilité époustouflants.

Syrine a 16 ans et vit dans une famille mixte, un père musulman pratiquant, comme les frères aînés, et une mère catholique non pratiquante. La tolérance semble être de mise, aucune religion n'est imposée ni Syrine ni à ses deux petites soeurs. Pourtant le poids des traditions et des convictions religieuses ne seront pas sans impact sur la manière dont réagiront les membres de la famille durant les longs mois de transformation de la malheureuse jeune fille...

Le contexte de fond est intéressant, mêlant légende d'Afrique du Nord et urban-fantasy. On comprend très vite que le cas de Syrine n'évolue pas de manière isolée, mais deviner certaines choses ne nuit pas au plaisir de lecture, qui est bien plus fondé sur l'ambiance et la psychologie des personnages que sur les rebondissements et le suspens.

Les personnages sont en effet un des points forts du récit : Syrine, jeune fille assez banale au départ, montre une résilience intéressante dans son épreuve alors qu'elle offre au monde le profil d'une adolescente brutalement très perturbée sans raison particulière.
Les parents sont intelligemment nuancés, si bien d'ailleurs qu'ils sont de loin les personnages les plus antipathiques du livre, malgré l'amour qu'ils portent à leur fille à l'entrée du roman, et malgré le personnage particulièrement réussi de la brutale et agressive mystérieuse jeune fille en fauteuil roulant, qui pourrait bien leur voler la vedette. Oser mettre ainsi en scène une personne handicapée très désagréable est admirable, ne pas refuser la possibilité d'avoir une réelle personnalité odieuse à une personne diminuée montre un grand respect pour le handicap !
De même le jeune homme, qui n'est ni très séduisant ni sans charme, meilleur ami non pas amoureux transi secret - mais avec ce qui semble être un "secret agenda" malgré sa flagrante sincérité - est un personnage très intéressant dans sa subtilité.

Le roman se clôture bien en l'attente d'une suite, que je lirai avec plaisir !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 6, 2014 10:25 PM CET


Clean Sweep
Clean Sweep
Prix : EUR 2,49

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Agréable à lire mais m'a laissé un effet "j'ai lu le brouillon" ; 3* et demie, 5 février 2014
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(attention micro-spoilers en vue)

J'ai été assez frustrée par cette lecture. Elle ne m'a pas été pénible, je l'ai lue aisément, mais elle n'a pas été addictive. J'ai été contente de retrouver un personnage féminin sympathique et de ne pas me retrouver submergée de sexualité explicite dès le deuxième chapitre, les idées novatrices (ou neuves ou recyclées avec originalité) ont su retenir mon attention, mais certaines faiblesses m'ont fait tiquer.

L'idée de fond de ce nouveau contexte (un des principaux attraits de l'auteur à mes yeux est l'effort de fournir un nouveau monde pour chaque série, plutôt que de rebroder sans cesse sur ceux déjà existants, les siens ou ceux des autres autres) est très intéressante : des personnes possèdent un pouvoir magique lié à une sorte de fusion entre eux-même et leur auberge - une demeure toujours impressionnante, qui possède d'étranges facultés vivantes, dont l'aubergiste tire sa force magique, et qui accueille des êtres surnaturels en quête d'un sanctuaire.
Les limitations de ce pouvoir magique, qui s'atténue considérablement dès lors que l'aubergiste quitte les terres de son auberge, sont très bien exploitées.

Le récit présente toujours ce même mélange agréable de combats contre des monstres, de mystérieux complot de "méchants" à désarmer sous peine de conséquences drastiques et de rapports humains satisfaisants, chaleureux et tendus à la fois. En revanche, si le personnage de la maison est très original, celui de la très intrigante résidente permanente percutant et les personnages secondaires bien trouvés, les trois figures principales du récit sont un peu plates voire stéréotypées (et surtout figées - pour le moment, j'espère une amélioration pour la suite - dans leur stéréotype). J'ai moyennement apprécié le côté girly de nous envoyer des pelletées de beaux gosses (bon, deux en fait) à la figure, triangle amoureux et patati - bâillements.
Les trouvailles sont nombreuses (le chemin de traverse made in SF) mais avec un effet pêle-mêle et un manque de crédibilité un peu trop too much, même pour moi : la justification des origines des différentes "espèces" humanoïdes du récit est quasiment ridicule... En fait je crois que cela aurait pu être conservé tel quel, mais avec plus de profondeur, un temps pris pour justifier l'ensemble, plus de subtilité à introduire les éléments, moins d'explications simplistes. Trop de désinvolture dans ce domaine nuit au plaisir de lecture, parce ce que ça fait toc.

Tout ça est bien dommage, car le roman est bourré de bonnes idées, quelques illustrations sont insérées au fil des pages, c'est très sympa, il y a toujours cette personnalité inimitable, mais comme je le disais dans mon titre, l'effet ressenti est celui d'un brouillon. Non pas que le récit ne soit pas agréable à lire, celui-ci est au contraire fluide et correctement écrit (bien mieux que les premiers Kate Daniel, d'ailleurs), mais parce que j'ai ressenti un gros déséquilibre entre le décor, soigné et même trop pléthorique (j'aime la pléthore, mais elle doit être introduite en finesse, pas à la louche), les idées foisonnantes et le fil du récit, très bref, centré sur l'action, aux personnages parfois trop esquissés selon des stéréotypes lassants.
Ce roman aurait pu et même dû être beaucoup plus long, afin de rééquilibrer l'ensemble, affiner les stéréotypes, introduire de manière plus naturelle les excellentes idées (certaines le sont tout de même : comme le loup-garou sous forme humaine qui marque son territoire... eh ben de la manière habituelle !) et garder certains détails pour plus tard, quitte à laisser le lecteur dans un poil de flou.

Une fois n'est pas coutume, malgré mes réticences je lirai la suite de ce roman dès sa parution. L'originalité, la bonne nature des personnages, la manque de prétention des auteurs, un récit typé urban-fantasy non bitlit - un ensemble finalement si rare - ont malgré tout gardé leurs attraits à mes yeux.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 5, 2014 9:39 PM CET


Ancillary Justice
Ancillary Justice
Prix : EUR 5,49

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Une gageure, une splendide réussite, un récit incroyablement émouvant dans sa sobriété, 31 janvier 2014
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Tout lecteur fasciné à l'idée de comprendre une conscience, une intelligence, une personnalité profondément différente de la nôtre a de fortes chances d'être tout autant fasciné par ce livre que je l'ai été.
Ce sujet est souvent traité dans nos lectures, que ce soit à travers un trouble de la personnalité, un trouble psychique, ou dans un genre fantastique, en nous présentant une intelligence inhumaine, comme celle d’un dragon par exemple (j’y ai pensé parfois) ou bien une intelligence extra-terrestre, ou encore une Intelligence Artificielle, conçue par l'homme.
Ce dernier traitement nous interpelle depuis déjà plusieurs décennies, comme nous réfléchissons à l’idée de l’éveil d'intelligences supérieures à la nôtre, à la possibilité de leur prise de pouvoir et à la possibilité de l'éveil d'une conscience.

Ce premier roman d’Ann Leckie est étonnant : exigeant par le sujet traité, mais pourtant très facile à lire pour qui se laisse emporter, oubliant ses préjugés, acceptant le point de vue de celle qui raconte et se confie simplement, en exposant les faits, avec une retenue naturelle qui ne fait que renforcer la puissante des sentiments grandissants du lecteur.
Breq, la narratrice, n'est pourtant pas de sexe féminin. Ni de sexe masculin d'ailleurs, puisqu'elle est une Intelligence Artificielle âgée de plus de deux mille ans, l'esprit, l'âme d'un vaisseau militaire - ou du moins l'a-t-elle été.

L'humanité, la nôtre, est infiniment ancienne, ses origines ont presque sombré dans l'oubli. Une seule et unique puissance tyrannique (mais aussi très organisée selon un système de classes et avec une armée presque classique), le Radch, domine l'humanité essaimée à travers l'univers. Seuls les aliens pourraient peut-être la vaincre...
Durant des millénaires le Radch, et plus récemment le tyran Anaander Mianaai, a conquis brutalement planète après planète, anéantissant des peuples et leurs cultures sans sourciller, selon le principe que la souffrance intense et ponctuelle de chaque peuple serait ensuite récompensée par l'ordre idéal alors établi quelques générations plus tard.

« You see murder and destruction on an unimaginable scale, but they see the spread of civilization, of Justice and Propriety, of Benefit for the universe. The death and destruction, these are unavoidable by-products of this one, supreme good » nous explique Breq, qui ne juge pas et constate du haut de ses deux milliers d’existence non humaine.

La principale particularité de ce monde SF par ailleurs classique tient dans la nature de la présence omniprésente des « personnes » que sont les stations et les vaisseaux. En particulier les vaisseaux militaires, les « troop carriers », conçus pour la conquête, comme Justice of Toren, le personnage principal de ce roman, à la fois vaisseau spatial et l'intégralité de son propre équipage non gradé, constitué de centaines d'ancillaries.
Ces ancillaries, des corps jadis des humains, ont été réquisitionnés lors de chacune des prises de pouvoir du Radch, puis stockés congelés dans les cales du vaisseau, en l’attente de leur utilisation future, quand il seront réveillés pour être soumis à l’intelligence artificielle : économique et si pratique !

Justice of Toren, une intelligence non humaine, parvenait parfaitement fort bien, il y a encore vingt ans, à gérer simultanément toutes ses fonctions et tous ses corps, son rôle de vaisseau et toutes ses « ancillaries », affectés par escouades à chacun de ses lieutenants, remplissant ainsi toutes les tâches possibles et imaginables, des plus complexes au plus vénielles.
Cette pratique, courante durant les millénaires de la conquête, répugne à beaucoup ; mais de toute manière, à mesure que la conquête s’apaise, les soldats humains remplacent peu à peu les ancillaries et cette forme d'organisation militaire est en voie de disparition.
Dans l'armée du Radch, la plupart des officiers ignorent autant que possible ces corps si peu expressifs qui s’empressent autour d’eux, comme les membres d’un staff hyper opérationnel, parfaitement coordonné – et pour cause.
Le Lieutenant Awn considérait presque ses ancillaries comme des personnes, semble-t-il.
Mais maintenant il ne reste plus que Breq, anciennement One Esq, l’un des ancillaries qui lui étaient affectés sur la planète Ors.

Le récit évolue pour la première partie en doublon, passant du présent - où Breq découvre un corps inanimé sur la glaciale planète alors qu’elle poursuit sa quête - et 19 ans plus tôt, sur l’étouffante planète d’Ors, où le Lieutenant Awn était en position d’occupation, en liaison avec la population locale, récemment soumise à l’autorité du Radch. Ors se trouvait alors être la dernière planète conquise, le Radch ayant décidé d’arrêter là son extension, satisfait de son empire.

Exceptionnellement cette lecture en deux temps ne m’a jamais gênée un seul instant : le talent de l’auteur est tel qu’il est très simple de s’y retrouver, et que les informations apportées par le récit du passé, de la période qui a conduit à Breq à ce qu’elle est, et à ce qu’elle fait, nous arrivent exactement quand il le faut.
Le début est intéressant, accrocheur puis devient, environ au quart, quasiment hypnotique.

Tout aussi exceptionnellement, je n’ai pas tardé à accepter le choix fait par l’auteur, très culotté pourtant avons-le, de choisir de choisir le pronom « she » pour chacun des personnages, qu’il soit mâle ou femelle.
En effet Breq, inhumaine bien qu’elle soit dans le corps d’une femme (on le devine, on la sait très robuste et endurante, mais c’est bien tout ce que l’on apprendra de ce corps-outil) ne fait pas bien la différence entre les sexes, par nature d’abord (elle nomme « she » les vaisseaux et par extension tous les humains avec laquelle elle interagit) et aussi parce que le peuple qui l’a créée est très androgyne et ne marque pas le dimorphisme sexuel, ni par le maquillage ni par la coiffure ni même par les maniérismes, nommant chacun de la même manière, repérant le sexe par de très subtiles nuances. Le fait que la plupart des personnages soient des militaires nommés par leur grade et leur nom ne facilite par le sexage par les éléments externes, fusse par leurs propres créations !

Et pourtant, contrairement au roman Redshirts / Redshirts de Scalzi (auteur de "SF" qui blurbe obligeamment sur la couverture, hommage réel ou effet marketing ?), dans lequel les personnages restent aussi inconsistants et dénués de sexe que du papier à cigarette de la première à la dernière ligne du récit, non seulement je n’ai pas été agacée de ne pas toujours connaître le sexe de chacun des personnages, mais je n'ai pas tardé à m’en moquer complètement.
Finalement, je ne voyais plus que la personne : sa personnalité, sa place dans l’histoire et dans la société, ses jugements, et enfin ses interactions avec l’intelligence - non pas froide et insensible, mais chargée d’émotions - qu’est l’héroïne inhumaine de ce roman fascinant.
Car les vaisseaux ont bien été créés avec des émotions, pour des raisons pratiques, que l’on comprend au fil du récit, et ceci malgré les risques encourus en cas de traumatisme affectif, lorsque les consignes données exigent que l’IA agisse contre ses sentiments, lui faisant courir le risque de sombrer dans la folie.
« Without feelings insignificant decisions become excruriating attempts to compare endless arrays of inconsequential things » nous explique-t-on logiquement.
Breq, bien qu’elle ne nous paraisse jamais humaine, est bien plus que cela ; et l’attachement que l’auteur nous fait éprouver pour elle / Justice of Toren / One Esq est incroyable.
« She laughed, as though I’d said something moderatly witty. "If that’s what you’re willing to do for someone you hate, what would you do for someone you love ?"
I found myself incapable of answering. »

Autre performance quasi magique : loin d’être embrouillés par la capacité de jadis One Esq / Justice of Toren d’être partout à la fois, l’auteur arrive à nous faire voir ce multiple point de vue sans souffrance aucune, et avec un tel naturel que c’est au contraire, alors que la situation change brutalement, que l’on se sent perdu, tout autant que l’est One Esq.
D’une certaine manière ce traitement m’a rappelée une lecture passionnante, quoique un peu trop ardue lors de certains passages pour être parfaite à mes yeux : Un feu sur l'abîme de Vernor Vinge.

Avoir vécu plus de deux mille ans offre un point de vue bien différent. Justice of Toren, malgré les obligations liées à son état, s’était trouvé une marotte, la musique. Elle collectionnait les chansons et aimait chanter, surtout One Esq, qui fredonnait sans cesse.
Le récit, à la première personne du singulier, est sobre, direct, efficace, teinté d’une certaine forme de naïveté qui parfois nous terrasse d’une simple phrase, terriblement choquante ou émouvante.
Malgré les thèmes pivots du roman, les mots « esclave » et « amour » ne sont guère employés plus d’une ou deux fois dans tout le roman…

La narration est d’une maîtrise remarquable. Sans effort particulier, le lecteur avance à la fois dans l’histoire et dans la compréhension – du passé et du contexte. Si fait qu’arrivé au point névralgique, au dernier quart du roman, où la situation se dénoue, il a en main toutes les données et les émotions pour apprécier les enjeux où Breq et son étonnant side-kick, Seiverden Vendaai, se débattent.
Cette dernière partie est étonnamment positive, malgré les circonstances dramatiques et la tonalité mélancolique, presque désespérée du récit.
Le personnage de Seiverden Vendaai, qui nous parait longtemps secondaire, comme la personne retrouvée mourante dans la neige à l'ouverture du récit, est l’une des nombreuses réussites incroyables de ce livre : par sa psychologie tout d’accord, montrant l’évolution d’un personnage immature et antipathique vers un être différent, mais aussi par la manière sublime dont il expose la personne de Breq.

Enfin, puisqu'il faut bien que je vous libère, afin que vous puissiez commencer votre lecture, le roman en lui-même est passionnant : il traite parfaitement chacun de ses thèmes, jonglant savamment avec eux, ne se contentant pas de les lancer un peu partout, les laissant s’écraser sur le décor après en avoir usé ponctuellement.
L’ensemble est très satisfaisant, la consolation vient alors qu’on ne l’espérait plus, tout comme la possibilité d’une suite, qui ne s’imposait pas mais qui, aux dernières pages, nous parait comme une récompense !
L’auteur y travaille, le roman devrait se nommer "Ancillary Sword".
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