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Contenu rédigé par Valnoise
Classement des meilleurs critiques: 674
Votes utiles : 396
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Commentaires écrits par Valnoise (Paris, France)
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5.0 étoiles sur 5
À redécouvrir à neuf, 16 mai 2013
Né dans la crotte (une dame banquière dixit) mais vite parvenu parmi les hommes les mieux mis de Paris, et devenu l’amant de l’héritière la plus enviée du faubourg Saint-Germain, l’altière Mathilde de la Mole (« une grande poupée blonde »), Julien Sorel meurt guillotiné à vingt-trois ans. C’est l’histoire de son irrésistible ascension, suivie d’une chute dramatique, que nous raconte un narrateur faisant profession d’athéisme, dans un récit comparé à un voyage sur une grande route. Tout commence au bord du Doubs, à Verrières, lieu imaginaire donné pour emblématique des villes de province sous la Restauration, dans une France qui s’ennuie, « cette France grave, morale, morose, écrit quelque part Stendhal, que nous ont léguée les jésuites, les congrégations et le gouvernement des Bourbons de 1814 à 1830. » Fils d’un charpentier illettré, et destiné à la prêtrise, Julien est un petit jeune homme de dix-huit à dix-neuf ans, « mais faible en apparence, et à qui l’on en eût tout au plus donné dix-sept », avec « la figure d’un jeune paysan presque encore enfant ». Le narrateur de poser la question : « Qui eût pu deviner que cette figure de jeune fille, si pâle et si douce, cachait la résolution inébranlable de s’exposer à mille morts plutôt que de ne pas faire fortune ? » Quatre ans plus tard, le couperet tombe : « Le jour où on lui annonça qu’il fallait mourir, un beau soleil réjouissait la nature. » Mis à part dans le livre II un tunnel de presque trois chapitres, où la tension faiblit un peu (« ce sont là les landes de notre voyage », concède le narrateur), le lecteur, sans jamais rien perdre des pensées intimes (se dit-il, se disait-elle) des protagonistes, minutieusement transcrites au long d’incessants monologues intérieurs, suit de rebondissement en rebondissement les atermoiements de Julien Sorel, entre sincérité et cynisme, hypocrisie et « sublimité », dans une quête incessante de la volupté et du bonheur. Oublier Castex, Surer, Lagarde, Michard, le morne ennui des lointaines heures de classe, sauter une préface inutile, et entrer dans ce texte à lire et relire, et toujours à redécouvrir à neuf.
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4.0 étoiles sur 5
Fin de partie, 2 mai 2013
Se défendant de toute inclination particulière pour Napoléon, mais avec tout de même un faible pour Bonaparte, Jean-Paul Kauffmann, qui a cherché des traces de l’histoire napoléonienne sur les champs de bataille (Austerlitz, Eylau, Tilsit, Waterloo) et jusqu’à Cuba, où se visite un musée Napoléon, a séjourné une semaine à Sainte-Hélène, en plein Atlantique sud, pour y « absorber les bruits, les odeurs, les images ». Ainsi dans la salle à manger de l’empereur déchu : « L’odeur d’humidité évoque la laine mouillée. S’y ajoute une note pharmaceutique, vaguement poivrée, entêtante qui semble assombrir un peu plus l’atmosphère pesante de la pièce. » Celui qui avait « porté le monde sur ses épaules » n’a plus que cinq ans à vivre quand il arrive à Longwood en 1815, et ce sont ces cinq annnées de réclusion, pleines de mélancolie, qu’au terme d’une enquête approfondie J-P Kauffmann raconte avec talent, dans un récit riche d’anecdotes et nourri de fructueuses lectures.
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7 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile
2.0 étoiles sur 5
De la morgue, 29 avril 2013
Quand l'académicien s'accroupit derrière un buisson pour soulager ses boyaux, le lecteur ne manque pas de sourire, sans plus. Ce qui frappe dans ce journal de randonnée un peu pesant, plutôt caricatural, et parfois non sans naïveté, c'est un certain contentement de soi, finalement assez désagréable. Malgré des pèlerins jugés trop nombreux, des commerçants trop peu aimables, des prêtres trop peu édifiants, l'auteur fait le chemin, à son corps défendant (c'est "Compostelle malgré moi" et malgré les autres). On préférera, et de loin, Alix de Saint-André dans En avant, route !
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3.0 étoiles sur 5
Transgressif, 20 avril 2013
Dans L’Enfant de chœur (1947), roman réputé autobiographique, où l’on pourra trouver à la fois du sordide façon Zola et du Sartre (L’Enfance d’un chef), le jeune normalien René Étiemble y va carrément : homosexualité, inceste. Après s’être livré sans retenue aux plaisirs de dortoir entre garçons, puis raté son dépucelage au bobinard, André voit la nudité de son horrible mère (une marâtre syphilitique, demi-folle), il touche son corps, la pénètre. Puis l’auteur règle son compte à la philosophie scolaire et au néothomisme, et c’est moins excitant. Abus de guillemets, posés là comme autant de scrupules d’écriture, francisation folklorique de mots anglais (foute, choute, gaule...), et vocabulaire suranné, (bath, mazette, ratichons…), restes morts d’un temps bien révolu. Mais un vrai talent, assez grinçant.
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5.0 étoiles sur 5
Prends ce livre, lis le !, 7 avril 2013
Publié en 1936, année de parution d’Autant en emporte le vent (M. Mitchell), Des souris et des hommes (J. Steinbeck, Nobel 1962), Les Neiges du Kilimandjaro (E. Hemingway, Nobel 1954), Absalon, Absalon ! de William Faulkner est tenu par certains comme le chef-d’œuvre de l’écrivain américain, qui reçut le prix Nobel en 1949. Lecteur averti de la Bible (« cette antique et violente mystique vengeresse »), W. Faulkner choisit pour son neuvième roman un titre en référence au Second livre de Samuel (Samuel 2, 19 : 5), où le roi David pleure la mort de son fils et s’écrie : Mon fils Absalom ! Absalom, mon fils, mon fils ! C’est donc sur le registre de la déploration que se place d’emblée le romancier pour évoquer une lignée maudite qu’il suit de 1807 à 1910, avec au cœur de toutes ces années mortes la guerre de Sécession, dont l’échec historique — les grands-pères vaincus, les fils de Cham (les esclaves) libérés — va se trouver métabolisé par son œuvre (« Il faut toujours quelqu’un pour ratisser les feuilles mortes avant de pouvoir en faire un feu de joie »). Ainsi s’entrecroisent avec virtuosité récit historique et récit de fiction, et se chevauchent temps du récit et temps de la narration, celle-ci étant conduite par quatre narrateurs qui font le récit du récit (le jeune Quentin raconte que son père lui a raconté que son grand-père (à lui, Quentin) lui avait raconté que Thomas Sutpen, le personnage-clé du roman, lui avait révélé que…), dans « une effluescence presbytérienne de lugubre et vindicative prescience. » Un roman paradoxalement sans alcool, alors que son auteur ne manquait pas d’appétence pour la boisson, ni scènes de sexe (juste une main sur les fesses, en 417 pages). Tout est cupidité, violence, haine de la femme, de sa « chiennerie » (voir Lumière d’août), de la menace de souillure qu'elle représente, la crainte du mélange des races qui anime Thomas Sutpen — sombre figure aux couleurs de Heathcliff — laissant place in extremis, sous la plume de Faulkner, au pressentiment d’un inexorable métissage universel. Roman particulièrement complexe, à la chronologie disloquée, Absalon, absalon ! sollicite toutes nos ressources d’attention et de mémoire, nous donnant le sentiment d’évoluer comme sur un mur d’escalade, où le risque de se trouver bloqué ou de lâcher prise est à la mesure de l’effort. La traversée de cette immense forêt de mots, où chacun pourra tour à tour éprouver la peur de se perdre et le sentiment de se retrouver, dans un dévoilement progressif comparable à celui d’une psychanalyse, où la révélation de la vérité reste partiellement obfusquée, s’avère une expérience du domaine de l’envoûtement, entre poésie et délire, lucidité et folie, parfois à la limite de l’intelligibilité. Lecteur, si tu es fatigué, préoccupé ou impatient, passe ton chemin. Mais si ton esprit est libre, et que tu ne redoutes pas le longue distance, alors prends ce livre, lis le.
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5.0 étoiles sur 5
Juillet brûlant, 26 février 2013
Œuvre de fiction magnifiquement portée à l’écran par Andrzej Wajda en 1979, Les demoiselles de Wilko est une nouvelle écrite en 1932, après les dévastations du premier conflit mondial en Pologne. Proche de la quarantaine, un ancien combattant resté célibataire se voit prescrire une période de repos, à la suite d’un deuil qui l’a plongé dans une sorte de dépression. Parti à la fin du mois de juin visiter sa famille, il s’arrête au manoir de Wilko, qu’il avait fréquenté avant la guerre. Les jeunes femmes qui habitent cette vieille demeure ne l’ont pas oublié, et son retour suscite une grande excitation. Mais l’amour va-t-il renaître, par ces chaudes journées d’été ? Ce que Victor n’avait pas réalisé autrefois, sera-t-il à même de l’accomplir quinze ans plus tard ? Peut-on forcer le temps à rebrousser chemin ? Non sans rappeler Keyserling, ou encore D. H. Lawrence, Les demoiselles de Wilko est un récit empreint de nostalgie, où la terreur de la tombe le dispute à la joie de la vie.
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Ladivine
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par Marie NDiaye Edition : Broché |
| Prix : EUR 20,42 |
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8 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile
2.0 étoiles sur 5
Laborieux, 23 février 2013
La quatre de couverture de Ladivine nous promet une « écriture fluide et élégante, riche d’une infinité de ressources qui s’offrent au lecteur avec une fascinante simplicité », mais la mise en route du roman s’avère d’un laborieux pénible. L’auteure tire tant et plus à la ligne, sur un thème pourtant hautement recevable : la honte de son ascendance (de toute une postérité, écrit curieusement M. Ndiaye pour dire de toute une lignée). L’irruption aussi insolite qu’incongrue du mot riotement — ignoré du CNRTL et de tous les meilleurs dictionnaires —, qui va resurgir cinquante pages plus loin (un « riotement nerveux », où l'on attendrait peut-être un petit rire nerveux), ne change pas grand chose à l’affaire. Le père a disparu dans la nature mais la mère ne perd pas espoir de le voir réapparaître. Extrait : « Elle demeurait gaie mais d’une gaieté qui se fit avec le temps un peu abstraite, comme si l’habitude d’être contente et optimiste lui faisait oublier qu’elle n’avait plus autant de raisons de l’être que lorsque, toute jeune, fraîchement débarquée avec l’enfant dans son ventre, elle avait fondé son espoir et sa joie sur le sentiment enchanté que ces contrées savaient produire chaque jour de plus invraisemblables prodiges que celui d’une figure désirée surgissant parmi la foule. » Les éloges médiatiques recueillis par ce dixième roman de Marie Ndiaye laissent un peu pantois.
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Eté brûlant
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par Eduard von Keyserling Edition : Poche |
| Prix : EUR 5,32 |
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
La lumière et la vie, 19 février 2013
Originaire d’Aizpute (Lettonie), le comte germano-balte Eduard von Keyserling, qui était né en 1855, mourut en 1918. Il n’aura donc pas connu les grands désordres qu’allait vivre cette région du nord de l’Europe, où fut commis en décembre 1941 un des crimes les plus monstrueux de la seconde guerre mondiale, le massacre de près de 3 000 juifs dans les dunes de Skede, près de Liepāja. Le monde de Keyserling est le monde d’avant, celui d’une classe privilégiée qui chaque été venait en villégiature sur la Baltique, s’adonnait en automne à la chasse dans les forêts de Courlande, et multipliait les réceptions dans des châteaux où l’on parlait français pour n’être pas compris des domestiques. Bref roman paru sous le titre original de Schwüle Tage (Temps lourd), Été brûlant évoque avec bonheur ce milieu aristocratique en apparence si soucieux de tenue, mais secrètement animé par d’intenses passions, durant un été caniculaire (« les glaïeuls brûlaient comme des flammes ») où le jeune maître d’un domaine assiste à l’effondrement et à la mort de son père, mais l’appel de la vie et l’amour de la lumière seront plus forts que la mort.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Lumière sombre et claire obscurité, 17 février 2013
De même qu’au début du vingtième siècle la peinture entreprit de déconstruire la réalité pour la recomposer, de même des auteurs comme William Faulkner se sont-ils attachés il y aura bientôt un siècle à dynamiter une conception trop linéaire de la narration pour faire advenir de nouvelles configurations narratives. Si l’on se souvient que le mot intrigue vient du latin intricare, qui signifie embrouiller, empêtrer, embarrasser, on peut dire que le lecteur de Lumière d’août, délibérément mystifié par W. Faulkner, ne manque pas d’être dérouté par les multiples intrications de ces différents récits qui s’entrecroisent, s’interpénêtrent, si bien que dans son esprit tout risque de s’emmêler. On soutiendra assurément que le prix Nobel 1949 figure parmi les plus grands romanciers de son temps, bien que ce ne soit pas faire injure à cette gloire consacrée de la littérature moderne que d’en souligner les limites, quand la raison de l’écrivain paraît basculer, abandonnant le lecteur à l’impression d’être en présence d’une sorte de délire. Il n’en reste pas moins que Faulkner, dont l’influence sur des personnalités aussi différentes que Marguerite Duras, Truman Capote ou Joyce Carol Oates est manifeste, nous frappe par son évocation puissante du sud des Etats-Unis entre 1860 et 1920. C’est avec bonheur qu’il donne à voir la lumière du matin sur la campagne du Mississipi, ou la nuit qui tombe sur Jefferson. Nourri de violence et de haine (phrases terribles sur les noirs ou sur les femmes), Lumière d’août est un roman particulièrement sombre. La psychogenèse du principal personnage, pour qui ça va très mal se terminer, se révèle d’une criante vérité.
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13 internautes sur 22 ont trouvé ce commentaire utile
2.0 étoiles sur 5
Un requin-taupe et une petite souris, 8 février 2013
Célébré pour ses qualités d’écriture, car s’il n’a pas le talent de Yasmina Reza il écrit tout de même mieux que Giscard, et nourrissant comme son mentor Villepin une ambition littéraire, avec pourquoi pas la perspective d’une entrée glorieuse quai Conti à l’horizon 2050, il est presque aussi indiscret que Jacques Attali. Comme une petite souris qui gratte dans l’ombre, Bruno Le Maire a durant deux ans noté tout ce qu’il voyait à l’Élysée ou ailleurs, et livre en 427 pages, sous le beau titre de Jours de pouvoir, un récit de sa jeune expérience gouvernementale. Côté littérature on pourra bien sûr trouver mieux sur Amazon, et côté analyse politique aussi. Juste un étonnant désenchantement, le sentiment que « tout est faux et de plus en plus faux de ce que nous regardons de la politique. » Pas une grande idée, beaucoup de voyages dans l’avion présidentiel ou de déplacements en hélico, et trop de comptes rendus de barbantes réunions eurocratiques. Ce qui fascine Le Maire, c’est la main parfumée de Sarkozy. Sa main puissante, courte, légèrement tavelée, aux ongles impeccables. Son bracelet tressé. Tout son être, qui le sidère, le subjugue, mais qu’il moque, et que sans doute il méprise. L’auteur déplore la « condamnation injuste » (sic) d’Alain Juppé, compatit aux malheurs d’Éric Wœrth, victime de « procureurs sans scrupules » (sic), et d’ajouter cette phrase aussi bancale qu’inquiétante : « Chaque vérité a ses pratiques et ses mots : aucune n’est moins conciliable que la vérité politique et la vérité de la justice. » On vous l’a bien dit et répété, un grand écrivain donc, mais qui n’aime pas trop la justice ni non plus l’écologie, ministre de la pêche qui aurait bien laissé vider la mer, même si Port-Joinville ne lui pardonne pas d’avoir cédé à Bruxelles en interdisant la capture du requin-taupe.
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