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Contenu rédigé par Feron Béatrice
Classement des meilleurs critiques: 353
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Commentaires écrits par
Feron Béatrice (Marbais, Belgique)
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La faiseuse d'anges
La faiseuse d'anges
par Camilla Läckberg
Edition : Broché
Prix : EUR 23,50

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un paradis nommé Valö, 23 juin 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : La faiseuse d'anges (Broché)
En 1908, la sinistre « faiseuse d'anges » est arrêtée et condamnée à mort. C'est chez elle que les mères célibataires et honteuses abandonnent des enfants non désirés qu'elle prétend accueillir, mais qu'elle se charge bien vite de faire disparaître.
Quel rapport ce tragique fait-divers vieux de plus d'un siècle a-t-il avec les événements étranges qui bousculent la paix de l'île de Valö ?
Ebba revient dans cet endroit paisible pour y convertir en maison d'hôte la propriété familiale. C'est comme si elle avait réveillé de vieux démons.
Le jour de Pâques 1974, en plein déjeuner de fête, toute la famille d'Ebba a disparu sans laisser de traces. Seule restait la petite fille à peine âgée d'un an.
Patrick va se lancer à la recherche du passé, secondé par son épouse Erica. Ils vont déterrer de terribles secrets.
Beaucoup d'histoires se croisent dans ce récit palpitant. On y rencontre l'inquiétante faiseuse d'anges, une amoureuse monomaniaque, un bel aviateur du nom de Göring, un pensionnat pour garçons fortunés et indisciplinés, le charismatique leader d'un nauséabond parti d'extrême droite. Et bien d'autres personnes dont les destins vont se télescoper.
Gösta y apparaît sous un jour nouveau. Il n'est plus seulement ce tire-au-flanc uniquement passionné par le golf, mais un homme meurtri par une triste expérience et doté d'un cœur plein d'amour et d'affection.
Le roman est gros (435 pages) mais se lit très vite car les chapitres sont découpés en courts paragraphes où l'on passe sans cesse de l'enquête principale à différentes époques du passé, aux aventures et mésaventures d'Erica, de sa sœur Anna, des garçons qui étaient sur l'île de Valö au moment des terribles événements.
On voit se construire petit à petit l'histoire de chacun. C'est trépidant et on a toujours envie de connaître la suite.
J'ai dévoré ce livre et je l'ai adoré.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 29, 2014 3:57 PM MEST


La nuit du Vojd
La nuit du Vojd
par Hervé Bel
Edition : Broché
Prix : EUR 18,30

4.0 étoiles sur 5 Le chef a toujours raison., 15 juin 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : La nuit du Vojd (Broché)
« Pour parler de son patron, mon père utilisait un curieux surnom. Il disait « Le Vojd », un mot russe qui signifie le chef ou le guide. » Ivan écoute les récits de son père. Il est fasciné. Lui aussi, il va entrer à « l'Organisation ». Plein de fougue et d'enthousiasme, Ivan est avide de briller aux yeux de V, son mentor. Aussi est-il heureux de pouvoir mener une enquête avec lui.
A vrai dire, le coupable est déjà connu. Il ne s'agit plus que de trouver des preuves tangibles qui l'accablent et de rédiger un rapport.
Sans le savoir, Ivan a mis le doigt dans un engrenage qui avance de façon implacable. Est-il sûr de ne pas y être broyé ?
Le roman comporte deux parties. « Histoire d'Ivan Zamiatine occupe presque la totalité du livre. Narrée par Ivan, elle retrace son évolution depuis qu'il entre à « l'Organisation » jusqu'au drame final. Lieu et époque sont flous. On sait seulement qu'on se trouve dans la ville de X*** à trois cents kilomètres de la capitale.
La seconde partie, « Suite et fin de l'histoire d'Ivan Zamiatine » compte une quinzaine de pages. Elle nous entraîne à Prague d'abord, à Paris ensuite.
Les repères temporels qui nous sont donnés laissent perplexe. Affairés, les gens se croisent sans se voir et discutent avec leur portable. L'action semble donc se dérouler de nos jours. Pourtant, quelqu'un évoque la récente chute du Mur ou l'accession au pouvoir de Vaclav Havel.
Dans cette partie nous sont données les clefs du roman ainsi qu'un épilogue de quelques lignes.
L'atmosphère du récit est noire, oppressante. Elle m'a fait penser à « l'Enquête » de Philippe Claudel ou à « 1984 ». J'étais désorientée, déstabilisée.
Le rôle de l'enquêteur n'est pas de trouver le coupable, mais bien de récolter, au besoin, fabriquer, les preuves qui serviront à l'incriminer.
Bien que le narrateur soit Ivan, je ne pouvais pas éprouver de sympathie à son égard. Entièrement focalisé sur son travail, il est prêt à toutes les bassesses, toutes les compromissions. Sans cesse, il scrute les traits de V. Le moindre froncement de sourcils le met en transes, le plus pâle des sourires le transporte aux nues.
Il consacre ses jours et ses nuits à la rédaction d'un rapport qui n'est en rien conforme à la réalité, mais colle aux désirs de V, ou du moins à ce qu'Ivan imagine devoir lui plaire. Il soigne son style, peaufine ses phrases. Quelle joie si V y est sensible. Quelle dégringolade pour un lettré qui rêvait de gloire littéraire !
Ivan n'a plus une minute pour ses parents qu'il toise d'un regard méprisant. Quoi, ce vieux débris en chaussons, c'était un des intimes du Vojd ?
Quand son meilleur ami vient le rejoindre lors d'une réunion de « l'Organisation », celui-ci en raille les outrances et les ridicules. Ivan le foudroie : « Où te crois-tu ? A la foire, dans ton épicerie ? » Il déverse sur lui la rancœur de son orgueil blessé : V l'a ignoré.
Et tous les idéaux de sa jeunesse ? Balayés. « Que savait-il du monde du travail, des réalités sociales, du comportement des travailleurs ? Je me rendis compte que depuis longtemps déjà, je ne l'aimais plus, que je ne l'avais gardé que par souvenir. »
L'amour ? Certes, la belle Nathalie a touché son cœur, mais, de rendez-vous manqué en retard, en oubli, la jeune femme s'éloigne. Sans regret de la part d'Ivan ? Pas tout à fait. Mais que sont les sentiments face à « l'Organisation » qui « ne s'attaque jamais sans raison à quelqu'un. »
Ivan est devenu un « chasseur ». Sa traque est « à la fois un travail et un jeu. Les enquêteurs font des paris entre eux sur la capacité de la personne à tenir » et quand on ne trouve rien, « cela prouvait, en négatif, (sa) culpabilité ».
« Pour survivre, il faut être terne en toutes choses, sauf pour le travail, la passion unique de (la) vie. (…) Le spécialiste, le professeur, tout ce qui, de près ou de loin ressemble à de l'érudition, sont moqués, tandis que les charlatans et les hypocrites sont portés au pinacle. (…) En détruisant la valeur du livre, en niant qu'il pût être à la fois plaisant et difficile, nous avons oublié la réalité au profit du mot. On n'a jamais autant parlé du bien, de la culture, et jamais on ne les a autant méprisés. »
Imagination de l'auteur, cette vision infernale ? Pas si sûr ! Rappelez-vous ce président français pour qui « La Princesse de Clèves » était tout juste bon à caler un pied de son bureau !
Et ce monde où honnêteté, respect, solidarité sont des mots creux, obsolètes face à ce « besoin de reconnaissance qui anime les hommes, plus que l'argent qui n'est qu'un moyen de cette reconnaissance, plus que les privilèges ! Des plus médiocres aux plus brillants, ce que l'on veut, c'est être reconnu, exister un moment, être admiré, aimé, estimé ! », fiction, lui aussi ?
Dans le nôtre, ne supprime-t-on pas allègrement les émissions culturelles au profit d'une exhibition sportive, d'un concours de « chant » où le gagnant est désigné par les votes du public, autrement dit, par copinage, ou d'une prestation qui mettra à l'honneur le toc et le choc ?
De même, ces hommes qui n'ont pas de nom (Dog, Dirgé, V, C, W...) sont indispensables au Vojd aujourd'hui, mais demain, sans qu'on sache pourquoi, ils tombent en disgrâce.
Tout cela m'a vraiment mise mal à l'aise, oppressée. Au moment de ma lecture, j'ai vu le film de Marc Dugain « Une exécution ordinaire ». Staline y bouleverse la vie d'une jeune femme médecin magnétiseuse qui doit le soigner. Quand il a besoin d'elle il la fait venir d'un claquement de doigts, quand elle ne lui sert plus à rien, il signe l'ordre de son exécution.
J'ai donc trouvé ce roman intéressant et efficace, dans la mesure où il m'a fait ressentir toute la tension qui y régnait, mais je ne peux pas dire que je l'ai aimé.


L'armée furieuse
L'armée furieuse
par Fred Vargas
Edition : Poche
Prix : EUR 7,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Bizarre, vous avez dit bizarre?, 7 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'armée furieuse (Poche)
Est-il possible de commettre un meurtre à la mie de pain ?
Un pigeon blessé ne mérite-t-il pas qu'on recherche son tortionnaire ?
Est-ce une petite frappe de banlieue qui a mis le feu à une voiture dans laquelle dormait un vieil homme ?
Mais surtout, est-il possible qu'une troupe de fantômes qu'on nomme « l'Armée furieuse » vienne se saisir d'hommes coupables de crimes impunis ?
Toutes ces questions titillent la curiosité du commissaire Adamsberg, un flic vraiment décalé.
Y a-t-il un lien entre ces affaires bizarres ? Le flegmatique enquêteur va tenter de le découvrir et, là où le lecteur est mené en bateau, Adamsberg dénoue les fils des intrigues les plus tortueuses avec une facilité déconcertante.
Bien sûr, il existe une réponse rationnelle aux énigmes apparemment totalement ésotériques. Mais ne cherchez pas la méthode Adamsberg : il fonctionne au flair et à l'instinct!
J'ai beaucoup aimé ce roman, comme tous les autres du même auteur.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 23, 2014 10:38 AM MEST


Le Jeu des ombres
Le Jeu des ombres
par Louise Erdrich
Edition : Poche
Prix : EUR 6,10

3.0 étoiles sur 5 Amour et manipulations, 29 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Jeu des ombres (Poche)
Quand Irene découvre que son mari lit son journal intime, elle décide d'en tenir deux. L'agenda rouge qu'il a découvert, lui servira à le manipuler. Le carnet bleu, elle l'enferme dans un coffre à la banque.
Un terrible jeu du chat et de la souris commence entre ces deux amants-ennemis, dont personne ne peut sortir indemne.
Louise Erdrich, je l'ai découverte avec « La chorale des maîtres bouchers » que j'avais beaucoup aimé. Puis, j'ai lu « Ce qui a dévoré nos cœurs » qui m'avait passablement ennuyée.
J'étais donc curieuse de découvrir un autre roman de cette auteur.
Le résumé de ce « Jeu des ombres » m'attirait : j'ai toujours été outrée par les gens qui se permettent de lire journaux intimes et correspondance personnelle en faisant fi de la vie privée de leurs propriétaires (ce que faisait ma mère).
Ce roman compte cinq parties plus une, qui nous en livre la clé.
La première couvre près de la moitié de l'ouvrage, la deuxième est assez longue, les autres n'occupent plus que quelques pages.
La narration est en général prise en charge par un narrateur extérieur, mais certaines pages sont celle écrites par Irene, soit dans l'agenda rouge où, feignant de rédiger pour elle-même, elle s'adresse en fait à Gil, puisqu'elle sait qu'il la lit, soit dans le carnet bleu, où l'on peut supposer qu'elle est sincère, puisque celui-ci est protégé de tout regard indiscret.
Les dialogues sont très confus. Présentés sans guillemets ni tirets, ils s'enchevêtrent de telle sorte qu'on ne sait plus qui parle, finalement. C'est du moins ce que j'ai ressenti. J'ai dû plusieurs fois relire ces passages en me concentrant : « Je n'ai pas arrêté de travailler, dit Gil. Je n'en peux plus. Qu'est-ce qu'il y a aux nouvelles ? Je vais voir . Allons nous asseoir. Attends. J'allume le four. J'y ai mis le dîner. Oh, parfait, dit Irene. »
C'est peut-être courant dans la vie quotidienne de sauter ainsi du coq à l'âne . Dans un roman, c'est assez déstabilisant.
Les enfants, par exemple, ont un échange surréaliste qui m'échappe un peu : « Allez, dit Florian. Parle-moi. Riel n'arrivait toujours pas à parler. Excuse-moi, finit par dire Florian. S'il te plaît, murmura Riel. Ne refais jamais ça. On est si seul sur cette terre, Smuon. Florian lui tapota le bras. D'accord, je ne suis peut-être pas un smuon, c'est trop dingue. Le boson W a un super partenaire inobservé qu'on appelle un Wino. Je suis juste un Wino. Wino comme poivrot. C'est pas marrant, là. D'accord, je sais. Je serai un WIMP. C'est une particule massive peu interactive. Wimp comme mauviette. »
Ces termes (Puon, Smuon, Wimp...) me sont étrangers. Je ne sais pas s'ils existent réellement ou non.
L'atmosphère du roman m'oppresse. Il fait tout le temps froid, il y a des mètres de neige, le lac gèle presque à vue d’œil. L'hiver me stresse. Ce temps est donc angoissant pour moi. Il correspond bien au huis clos décrit dans ce récit.
Les personnages ne me paraissent pas sympathiques. Irene fait tout ce qu'elle peut pour pousser Gil à bout. Elle veut qu'il la laisse partir. Pourtant, elle ne part pas et revient toujours vers lui, quoi qu'il fasse.
Gil est odieux. Il rabâche sans arrêt que c'est lui qui a payé la maison. Or, sans Irene, il n'aurait pas eu le succès qu'il connaît. Il peint des images avilissantes de sa femme « à quatre pattes, l'air vaincu, une autre fois montrant les dents comme un chien et perdant son sang, son sang menstruel. »
Il est brutal et violent : « As-tu une petite idée de ce que c'est ? Gil, à l'autre bout de la pièce agita un bout de papier dans sa direction. A ton avis ?
Florian, la tête basse, était assis à la table de la salle à manger. Ses mains étaient réunies derrière son crâne et ses épaules tremblaient.
Stoney, dit Irene, monte dans ta chambre.Tout de suite. Riel était à son cours d'espagnol, tant mieux. (…) Quoi que cela puisse être, dit Irene, ce n'est pas un drame. Ah bon ? C'est un mot, Irene, un mot.
Très bien, dit Irene en s'approchant de Florian. Fais voir. Oh, pour ça tu vas le voir, oui, tu vas le voir ! Gil froissa le mot et l'écrasa violemment sur le crâne de Florian. Le front de celui-ci heurta la table dans un grand craquement. »
Souvent, Riel assiste en cachette aux disputes de ses parents. Elle imagine qu'elle va devoir sauver sa famille d'une apocalypse. Elle stocke de la nourriture, cherche un endroit où ils pourraient être à l'abri.
Cette tension permanente est difficile à supporter. Les personnages sont exaltés. Ils me mettent mal à l'aise.
Bien sûr, c'est cette âpreté, cette violence que voulait rendre l'auteur. Elle y a parfaitement réussi. Mais cela me perturbe.
C 'est pourquoi mon avis est mitigé. J'ai trouvé ce livre intéressant, bien réussi, mais j'étais contente de le terminer.


Le confident
Le confident
par Hélène Grémillon
Edition : Poche
Prix : EUR 7,40

5.0 étoiles sur 5 Et l'amour?, 20 mai 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le confident (Poche)
Camille Werner est une jeune éditrice déstabilisée par la mort de sa mère et l'annonce de sa grossesse.
C'est alors qu'au milieu du courrier, elle découvre une étrange lettre non signée. Ce qu'elle y lit la laisse perplexe. L'auteur y raconte l'amour de deux enfants en 1933, Annie et Louis.
Qui peut lui avoir envoyé cette missive ? Et pourquoi ?
Et voici un deuxième envoi. Puis un autre.
Quel rapport peut-elle bien avoir avec cette histoire sortie du passé ?
Au fil de sa lecture, la jeune femme se sent de plus en plus troublée par les lourds secrets qu'elle découvre.
C'est à travers différents points de vue que le récit se construit peu à peu.
Au début, les chapitres actuels (nous sommes en 1975) dont Camille est la narratrice, alternent avec les lettres de Louis, présentés dans une autre police de caractères.
Quand la jeune femme se met à envisager des hypothèses pour comprendre pourquoi Louis lui adresse ces mystérieux plis, elle se heurte à des impasses. Il lui manque des pièces du puzzle.
Ce n'est qu'à la fin qu'elle complétera le tableau avec la lecture des cahiers relatant la confession d'un autre personnage.
Nous aurons donc deux visions de la même histoire. Celle-ci s'éclaire d'un jour nouveau. Le lecteur ne peut s'empêcher de frémir en découvrant une machination diabolique élaborée par un protagoniste qu'il avait cru triste et désemparé et qui, au contraire, s'avère froid, calculateur, manipulateur.
Comment peut-on penser obliger quelqu'un à aimer ?
En refermant le livre, j'ai éprouvé un sentiment de grande admiration.
Comment ? Il s'agit là d'un premier roman ?
Quelle maîtrise dans la construction et dans l'écriture !
J'ai adoré cette lecture. C'était pour moi un vrai coup de cœur .


Les choix secrets
Les choix secrets
par Hervé Bel
Edition : Broché
Prix : EUR 18,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 La loméchuse., 18 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les choix secrets (Broché)
A plus de quatre-vingts ans, Marie vit quasi-recluse dans la maison de son enfance avec un mari malade.
Chaque jour, elle accomplit avec minutie tout un rituel pour s'assurer que chaque porte, chaque fenêtre est bien fermée, qu'aucune lampe ne reste allumée.
Une nuit, le bruit d'une tuile qui dégringole la plonge dans les affres des suppositions : la pluie qui s'infiltre, la charpente qui pourrit, la toiture qui s'effondre... C'est sûr, demain, il faudra que Roger vienne réparer.
Peu à peu, Marie s'immerge dans les souvenirs. L'amertume l'envahit. Existe-t-il sur terre un seul être dont le destin fut aussi tragique ?
En une journée unique, Hervé Bel fait se dérouler tout le film d'une vie. L'histoire nous est racontée par le biais d'une vision unique : celle de Marie. Tantôt, le narrateur est extérieur, tantôt, Marie prend le relais, toujours, c'est son point de vue qui nous est exposé.
Mais, à la fin du roman, brutalement, la vision change. Michel et Christine, le fils et la belle-fille, alertés par Roger, pénètrent dans la maison En même temps que leur regard, le lecteur balaie la pièce avec stupéfaction. Il découvre l'horreur. Il sent l'odeur. Elle lui pique le nez. Il ne peut s'en débarrasser.
Repliée exclusivement sur elle-même, Marie a endossé le costume du tyran domestique. Tout et tous doivent se plier à sa volonté de fer : « - Jure-le ! Dit-elle. - Je te le jure, ma Ririe. - Sur la tête de Pierre ? - Oui ! - Qu'il meure en Algérie si tu mens. - Oui. - Répète ! - Qu'il meure en Algérie si je mens. »
Quand Michel, son deuxième fils, lui annonce qu'il aime Christine : « C'est une fille, une fille ! Elle prononçait le mot « fille » comme elle eût parlé d'une matière fécale. »
Marie ne sait pas que l'amour est un trésor qui s'accroît quand on en donne. Pour elle, il n'y en a qu'une portion finie. En le partageant avec quelqu'un d'autre, ses proches lui en prennent.
« Elle a toujours vécu dans cette illusion que le monde était un parterre et qu'elle était sur la scène, aimée de son public et elle, la vedette, tantôt indifférente, tantôt gentille, tantôt méchante, mais toujours pardonnée. »
Un magistral portrait de femme, un monstre, une « loméchuse », cet insecte qui s'arrange pour que les fourmis abandonnent leurs propres larves afin de s'occuper de celles de l'intruse, faisant le vide autour d'elle, réduisant la fourmilière à l'état de cimetière.
Une construction maîtrisée avec un effet final saisissant. Un style limpide, raffiné, poétique, parfois : « le vent se lève, légèrement, comme une expiration humaine ». Et la capacité magistrale de fixer des images, des sons, des odeurs surtout.
J'ai tout aimé dans ce roman splendide, en dépit de son âpreté, de sa cruauté, même, parfois. Je l'ai adoré et je le recommande chaudement.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : May 20, 2014 2:49 PM MEST


Les notes de Jimi H.
Les notes de Jimi H.
par Thilde Barboni
Edition : Broché
Prix : EUR 20,00

3.0 étoiles sur 5 C'est chouette, un ado!, 15 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les notes de Jimi H. (Broché)
Roxane est sans cesse en conflit avec Neil, son fils. Il lui rappelle trop le souvenir idéalisé de son cousin Manu, un musicien de génie disparu en 1969.
Un jour, après une violente dispute, Neil déchire en mille morceaux une photo dédicacée de Jimi Hendrix à laquelle sa mère tenait comme à la prunelle de ses yeux.
Et quelques jours plus tard, l'adolescent disparaît en laissant à sa mère un message qui lui rappelle le mot laissé par Manu avant son départ.
Pour Roxane, le monde s'écroule. Va-t-elle revivre le cauchemar qui l'a détruite voilà plus de quarante ans ?
Le roman est composé de chapitres assez longs dont Roxane est la narratrice. On est plongé tour à tour dans le présent et dans les années soixante. On a la sensation qu'elle est restée bloquée à cette époque et n'a jamais pu évoluer. La disparition de Neil est le moment où le temps va se remettre en route et reprendre son cours.
Roxane a gardé des rêves de préadolescente. Elle n'a vu que le beau côté des choses.
Pour elle, Manu était un héros, une idole, un être idéal. Ne se rendait-elle pas compte qu'il la coupait du monde et des autres, empêchant quiconque de l'approcher comme si elle était son bien ? A présent, en parlant avec Mark, un des musiciens du groupe, elle va petit à petit découvrir une autre facette de celui qu'elle adulait.
Mais, pour que cette évolution soit possible, il faut un drame. Neil, son fils, qui ressemble tellement à Manu, part sans crier gare. Il reproduit presque mot à mot le message d'adieu de Manu. Il savait pourtant bien à quel point cela blesserait et terroriserait sa mère.
Il se croit très fort et très mûr, mais agit comme un enfant. Perdu dans un monde virtuel, il ne fait pas bien la différence entre rêve et réalité. Il joue non stop à des jeux de combat en ligne. Dans ce monde, on a plusieurs vies, mais en réalité, on n'en a qu'une, et elle est précieuse !
Thilde Barboni a bien rendu les atmosphères des années 60 et du monde de la toile.
Les dialogues avec l'adolescent sont assez comiques, vus de l'extérieur s'entend, car gérer un enfant tel que Neil ne doit pas être rose tous les jours !
Malgré quelques invraisemblances, j'ai bien aimé cette lecture.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : May 20, 2014 2:48 PM MEST


L'été avec Montaigne
L'été avec Montaigne
par Antoine Compagnon
Edition : Broché
Prix : EUR 12,00

4.0 étoiles sur 5 Un vrai maître à penser!, 11 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'été avec Montaigne (Broché)
Antoine Compagnon est professeur au Collège de France et à Columbia University. En 2012, Philippe Val lui demande de tenir une chronique estivale à propos de Montaigne.
Montaigne ? C'est qui ? Un vieux philosophe de XVIème siècle ? Qui cela peut-il intéresser de nos jours ? Tout le monde l'a oublié depuis belle lurette ! Mais bien sûr, tous les amis du génial Bordelais savent qu'il n'en est rien, et Antoine Compagnon relève le gant et s'attache à nous présenter la modernité de l'humaniste.
Première difficulté : comment choisir ? Car l'émission ne durera que quelques minutes. « Quiconque aurait osé découper Montaigne et le servir en morceaux aurait été aussitôt ridiculisé, traité de « minus habens », voué aux poubelles de l'histoire. (…) Ensuite, choisir une quarantaine de passages de quelques lignes afin de les gloser brièvement, d'en montrer à la fois l'épaisseur historique et la portée actuelle, la gageure paraissait intenable. »
Pourtant, Antoine Compagnon va accepter et ce petit livre passionnant rassemble quarante textes de trois pages et demie, abordant les sujets les plus divers. Les responsabilités politiques de Montaigne qui, ne l'oublions pas, fut maire de Bordeaux pendant les guerres de religions et la peste. Sa fonction de magistrat, son besoin de vérité, sa philosophie du scepticisme.
Mais Montaigne est aussi un être humain souffrant. Il est atteint de la gravelle (pierre aux reins) et doit accepter sa maladie, la douleur, la mort. Toutes ses réflexions l'amènent à vouloir profiter de chaque instant.
Sérieux, philosophique, ce livre ? Certes. Mais non pontifiant et austère. De nombreuses anecdotes nous permettent d'aborder l'auteur des « Essais » de manière plus amusante. « A Rouen, en 1562, Montaigne rencontra trois Indiens de la France antarctique, l'implantation française dans la Baie de Rio de Janeiro. Il furent présentés au roi Charles IX, alors âgé de douze ans, curieux de ces indigènes du Nouveau Monde. Puis, Montaigne eut une conversation avec eux. » A partir de là, l'auteur nous prouve combien Montaigne est moderne. « Par un renversement que les « Lettres persanes » de Montesquieu rendront familier, c'est maintenant au tour des Indiens de nous observer. » Ils s'étonnent de voir des hommes forts, adultes, se plier à obéir à un enfant (le roi, je le rappelle, n'a que douze ans). Et que se passerait-il si le peuple arrêtait d'obéir ? De là à la résistance passive prônée par Gandhi, il n'y a qu'un pas.
Les Indiens s'étonnent aussi de voir une telle quantité de pauvres, alors qu'une poignée de riches dominent tout, possèdent tout. Il suffirait que cette majorité se soulève pour balayer cette injustice.
D'autres histoires sont abordées, si nombreuses, si variées, qu'on ne peut les citer toutes : l'accident de cheval dont fut victime Montaigne, percuté par un poids lourd. J'entends « un de mes gens grand et fort, monté sur un puissant roussin (…) vint à le pousser à toute bride dans ma route, et fondre comme un colosse sur le petit homme et le petit cheval. » Plus loin « la chute d'une dent donne lieu à une petite fable sur la mort ».
Montaigne, comme moi, se sent bien dans sa « librairie » (sa bibliothèque), « son refuge contre la vie domestique et civile, contre l'agitation du monde et les violences du siècle. »
Montaigne, je le connaissais bien, je l'ai beaucoup pratiqué. Je l'ai retrouvé avec grand plaisir et j'ai découvert dans ce petit ouvrage des aspects que je ne connaissais pas, cependant.
C'est pourquoi cette lecture m'a vraiment beaucoup plu.


Après la fin
Après la fin
par Barbara ABEL
Edition : Broché
Prix : EUR 18,50

3.0 étoiles sur 5 Une similitude troublante., 1 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Après la fin (Broché)
Nora Amrani s'installe dans la rue Edmond Petit avec ses deux enfants, Inès, une adolescente charmeuse et hyper sexy et Nassim, un petit garçon de sept ans. Elle vient de quitter son mari et veut commencer une nouvelle vie.
Les voisins ont l'air accueillants et bien sympathiques. Pourtant, cette femme si affable, c'est Tiphaine. Elle a pourri la vie de David et Laetitia, quelques années plus tôt. Va-t-elle recommencer ?
Je me suis laissé prendre par l'histoire malgré quelques invraisemblances et des erreurs de l'auteur qui parasitent parfois la lecture. Par exemple, il lui arrive de se tromper dans les noms de ses personnages et c'est perturbant. Il faut relire attentivement pour démêler qui est qui.
La tension monte efficacement cependant et, quand on a lu « Derrière la haine », on sait de quoi Tiphaine est capable. Pourtant, une nouvelle fois, on est bluffé par la fin.
J'ai lu le roman presque d'une traite et il m'a plu. Néanmoins, j'ai été frustrée en le refermant. L'auteur ne nous préparerait-elle pas un troisième tome ?
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 12, 2014 8:22 PM MEST


Derrière la haine
Derrière la haine
par Barbara ABEL
Edition : Poche
Prix : EUR 6,80

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 De si gentils voisins., 1 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Derrière la haine (Poche)
Les Brunelle et les Geniot sont voisins et les meilleurs amis du monde. Lorsque Laetitia et Tiphaine se retrouvent enceintes presque en même temps, c'est le bonheur absolu. Ils formeront ainsi une grande famille. Les deux petits garçons, Milo et Maxime, seront comme des frères. Mais voilà, un beau jour, une distraction fatale et c'est le drame, provoquant la haine.
Le roman commence par une violente dispute qui oppose les deux femmes. On comprend tout de suite que quelque chose de grave va se passer. Mais comment en sont-elles arrivées là ? Au chapitre suivant, on retourne sept ans en arrière. Nous allons découvrir toute la genèse de l'histoire. La tension monte inexorablement. Elle est d'autant plus terrible que les maisons sont mitoyennes, construites en symétrie miroir.
Un chapitre est pris en charge par Milo qui nous explique sa vision des faits en contrepoint de celle des adultes. Deux chapitres sont presque identiques, mêmes mots, mêmes phrases. Seule la fin diffère. Elle fait froid dans le dos.
Les rapports entre les personnages sont complexes. Tous ont quelque chose à cacher. La mécanique progresse diaboliquement sans que rien ne puisse l'arrêter.
Le roman se lit très vite, on est tenu en haleine. On se doute bien que la fin sera terrible, mais on est vraiment surpris en arrivant à la dernière page. On ne pouvait pas s'attendre à un tel dénouement !
J'ai bien aimé.


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