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Contenu rédigé par J. Lheuillier
Classement des meilleurs critiques: 7.538
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Commentaires écrits par
J. Lheuillier (Créteil)

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Carrie & Lowell/Coupon MP3 Inclus
Carrie & Lowell/Coupon MP3 Inclus
Prix : EUR 26,47

7 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Boy, you're gonna Carrie that weight., 3 avril 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Carrie & Lowell/Coupon MP3 Inclus (Album vinyle)
Alors que Björk vient de nous livrer un Vulnicura-pansement pour mieux faire le deuil de sa rupture d'avec Mathew Barney, Sufjan Stevens explore quant à lui les souffrances de la perte d'un proche, plus exactement de celles de la mort de sa maman et de son beau-père.
Hourra! Réjouissons-nous du malheur des gens, cela peut parfois nous donner quelques jolis album tels ce Carrie & Lowell.
On pourrait cela dit trouver un peu déplacé que ces chanteurs impudiques nous racontent leurs vies intimes au fil de leurs disques. Pourtant, Sufjan Stevens livre ici un bel album de folk songs, au sens où il les écrit vraiment pour les gens. L'art de ce songwriting se situe probablement dans l'universalité de titres qui partent de sentiments très personnels. L'intimité se place alors dans la musique, avec des arrangements très minimaux, se réduisant à une guitare, quelques autres instruments à cordes, des chœurs ou un piano au son un peu feutré, presque étouffé, terni comme une vieille photo. C'est là, je pense, la grande bénédiction de cet album. Les arrangements aventureux du précédent Age of Adz étaient pompeux à l'extrême, jusqu'à dénaturer la belle voix du gendre idéal dans un Impossible Soul vocodé de 25 minutes à se donner des nausées. Ici, la nudité de chaque titre ne peut vraiment que valoriser chaque mélodie, chaque texte. Il utilise beaucoup sa voix de tête et tout cela paraît bien gentil mais, il faut bien accepter le côté enfant de chœur des disques de Sufjan Stevens. Pour autant, dans les meilleurs moments, on se remémore quelques-uns de ses meilleurs titres comme John Wayne Gacy Jr., merveilleuse épopée folk sur le célèbre tueur en série déguisé en clown.
Avec Carrie & Lowell, Sufjan Stevens livre un bel album sur la mémoire et le deuil en nous susurrant de belles chansons pop, toujours élégamment dressées, sans jamais trop en faire malgré la diversité des sentiments qu'il égraine dans ses textes pouvant aller de la colère à la honte.
La forme peut paraître un peu aride au premier abord mais l'ensemble n'en est pas moins très émouvant.


Primitive & Deadly
Primitive & Deadly
Proposé par reflexgb
Prix : EUR 29,81

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le chant de la terre, 27 septembre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Primitive & Deadly (Album vinyle)
On classifie généralement le groupe Earth comme groupe de rock expérimental, de drone ou parfois même de doom métal. En réalité, la musique de Dylan Carlson, figure imposante de la scène rock de Seattle (meilleur ami de Kurt Cobain, "celui par qui le scandale arrive", premier suspect à la mort de ce dernier pour lui avoir fourni le fameux fusil de chasse...) et seul membre fixe du groupe depuis ses débuts vers 1990, a produit des musiques bien différentes. En effet, si le génial Earth 2 paru en 1993 pouvait réellement s'apparenter à un disque de drone, le groupe nous a habitués à un autre type de rock, toujours instrumental et caractérisé par des tempos très lents.
Le son de cette musique très singulière, est extrêmement travaillé. Les résonances de chaque note de guitare semblent très finement maîtrisées et on peut même entendre de belles tenues de violoncelle sur les deux volumes de Angels of Darkness, Demons of Light (le premier s'en trouvant un peu mieux inspiré que le second.) Les morceaux sont généralement assez longs et fonctionnent par la répétition de thèmes simples, au caractère assez crépusculaire.
La magnifique pochette du dernier album, ne peut donc qu'augurer une suite dans la lignée des disques précédents.
Pourtant, une révolution s'est opérée puisque trois titres de cet album sont chantés. Cela pourrait paraître banal pour n'importe quel groupe de rock mais à l'échelle de Earth, autant dire que la secousse est aussi importante que celle qui ébranla le monde de la critique musicale en 1824 quand on jouait pour la première fois la neuvième symphonie de Beethoven.
Cependant, point de chœur ou de solistes lyriques ici mais deux invités prestigieux: Mark Lanegan, que l'on connaît notamment pour son travail au sein des Queen of the Stone Age, présent sur deux titres ici et Rabia Shaheen Qazi, chanteuse plus obscure de Rose Windows, groupe de rock psyché originaire de Seattle.
La musique, dans une simple formation guitares (Brett Nelson de Built to Spill vient enrichir le son de Carlson), basse, batterie (Adrienne Davies, toujours lentement métronomique derrière les fûts) conserve toutes les caractéristiques des longues plages instrumentales des albums précédents. En revanche, ce sont les trois titres vocaux qui attirent franchement l'attention des premières écoutes de ce disque. Quand on est vraiment fan de ce groupe, il est même au début assez difficile de se faire un avis.
Puis, au fil des répétitions, des écoutes inlassables, on comprend mieux. La voix est un instrument. Comment ne pas y avoir pensé plus tôt? Le violoncelle posait un jeu qui lui était propre sur les deux albums précédents, fait de longues tenues qui pouvaient rappeler le drone des débuts et là, c'est la voix qui exploite ses caractéristiques, s'adaptant parfaitement à la musique de Earth.
Mark Lanegan, pose une voix rocailleuse, empreinte ici d'une forte culture blues qui confère sur certains passages un aspect davantage "classic rock" à la musique de Earth. Ainsi, "There Is a Serpent Coming" est un superbe morceau, profond, obscur, aux larsens que l'on croirait sorti d'un désert glacial dans lequel résonne une batterie martiale.
Mais le climax de l'album est probablement "From the Zodiacal Light", titre sur lequel Rabia Shaheen Qazi pose sa voix au timbre incroyable, assez grave. Les 11 minutes 30 de ce titre sont complètement hypnotiques et semblent ne durer qu'un court instant tellement le temps parait suspendu.
C'est donc à nouveau un magnifique album, toujours apocalyptique et plein de moments de grâce faits de notes tenues, de résonances ou d'intervalles dissonants que livre Dylan Carlson. Sa terre nous livre un chant fait de superbes tremblements et autres vrombissements que je vous recommande vivement d'offrir à vos oreilles.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 29, 2014 12:36 PM MEST


Someday World
Someday World
Prix : EUR 22,73

10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 World Music., 15 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Someday World (CD)
Il semble que l'on s'étonne toujours que Brian Eno paraisse d'excellents disques. Pourtant, de 1973 à aujourd'hui, à quelques albums anecdotiques près, la carrière d'Eno est assez exemplaire. Pionnier de la musique ambient, défricheur de sons électroniques, expérimentateur hors pair, inutile de dresser davantage le portrait de ce musicien génial. Aussi, on peut lui reconnaître également le bon goût de ses fréquentations, de Robert Fripp à David Byrne, pour les plus célèbres, jusqu'à Karl Hyde aujourd'hui.
Karl Hyde, c'est la moitié d'Underworld, duo britannique qui fit danser les 90's au son d'une techno envoûtante. Sa voix parsème ainsi les albums Dubnobasswithmyheadman (1993) et Second Thoughtest in the Infants (1996) qui restent des modèles du genre.
Pour Someday World, quatrième album d'Eno sur le prestigieux label Warp, les deux comparses ont voulu créer une musique qui corresponde au concept de "Reickuti", contraction de Reich et de Kuti pour une rencontre fantasmée entre la musique de Steve Reich et celle de Fela Kuti. On pourrait alors s'attendre à des procédés de déphasage joués par divers instruments sur fond de rythmiques afrobeat mais ce serait finalement assez éloigné de la vérité, puisque l'album sonne de prime abord beaucoup plus pop. Les influences africaines que l'on peut y trouver rappellent davantage celles qui avaient déjà inspiré Brian Eno pour les productions des albums des Talking Heads (Remain in Light en tête) que la musique du roi de l'afrobeat nigérian.
Les 9 chansons mettent en valeur la très belle voix de Hyde, dans un registre finalement assez new wave et les arrangements sont toujours magnifiques et sonnent parfaitement. C'est d'ailleurs de ce côté qu'on peut trouver les traces du concept de départ, de manière beaucoup plus subtile. Le titre d'ouverture, The Satellites, propose par exemple le mélange audacieux entre une section cuivres synthétique et de vrais saxophones. Le résultat est assez saisissant, tout comme dans le titre suivant, premier single de l'album qui nous plonge dans un afro-funk anglo-saxon, un peu plus enlevé. Tous les titres n'ont cependant pas cette même couleur de new wave tropicale et les influences techno sont également assez présentes. Ainsi, A Man Wakes Up peut rappeler les grandes heures d'Underworld (et du célèbre Born Slippy très célèbre pour avoir été utilisé dans la bande originale du film Trainspotting) par la voix monocorde de Hyde, scandée sur une note avec un accompagnement électronique. Aussi, l'influence de Reich se trouvera dans les décalages d'accents sur quelques pistes comme par exemple celle de la partie de piano de Strip it Down ou l'écriture des fameux cuivres du premier titre.
Chacune des neuf chansons présentes sur ce disque révèle sa couleur au fil des écoutes et je ne saurais trop vous recommander cet excellent album du maître Eno, qui se renouvelle à chaque parution et réussit ici un savant mélange d'influences et de styles créant une musique singulière et actuelle avec des références plus anciennes. Comment ne pas céder à cette réunion des Talking Heads, de Bowie, New Order, Underworld avec Fela Kuti et Steve Reich?
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 14, 2014 1:29 PM MEST


Beat Box: A Drum Machine Obsession
Beat Box: A Drum Machine Obsession
par Joe Mansfield
Edition : Relié
Prix : EUR 54,00

5.0 étoiles sur 5 Obsédé des beat., 11 avril 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Beat Box: A Drum Machine Obsession (Relié)
Que l'on soit fan de pop, de musiques électroniques ou de hip-hop, nous avons tous entendu et aimé le son des boîtes à rythmes qui se cachent derrière de nombreux titres de nos discothèques. De la Maestro MRK-2 du génial 'There's a Riot Goin'On' de Sly Stone à la mythique Roland TR-808 qui sera la base rythmique de pléthore d'albums de hip hop (d'Afrikaa Bambataa au Beastie Boys en passant par Ice-T), toutes ces petites boîtes magiques y passent.
Le classement est chronologique et une double page est généralement consacrée à chaque modèle de boîte à rythme, avec un court texte d'explications. Certaines sont cependant davantage développées (par exemple la Linn Drum, dont le portrait est augmenté d'une interview de Roger Linn ou encore la fameuse TR-808.)
Les photos sont superbes et la mise en page est également très soignée, avec un code graphique qui rappelle celui de ces jolies machines et parfois des reproductions de publicités d'époque ou de copies du manuel d'utilisation.
Aussi, quelques hits qui ont fait le succès de boîtes à rythmes sont recensés à la fin. On apprend ainsi que Jean-Michel Jarre a composé 'Oxygene' à l'aide d'une Univox SR-95 qui servira plus tard à R.E.M. pour leur single 'Everybody Hurts'... Ou bien encore que Depeche Mode a enregistré les rythmiques de l'album 'Speak & Spell' avec une Boss DR-55, que Massive Attack et Aphex Twin utilisent une Roland Drumatix, que la boîte à rythme de 'Thriller' de Michael Jackson est une Linn LM-1 et que celle d''Heart of Glass' de Blondie est une Roland CR-78, etc.
Ce livre fera donc rêver tous les amoureux des rythmiques analogiques, qui pourront regarder les images comme des enfants devant un catalogue de jouets avant Noël (plutôt que d'enchérir des sommes déraisonnables pour tenter de se payer une TR-808!)
Enfin, l'auteur a eu le bon goût de glisser un coupon de téléchargement avec des échantillons en mp3 des boîtes à rythmes présentées ici!
Planet Rock!


Extended Play
Extended Play
Prix : EUR 3,56

5.0 étoiles sur 5 The noise made by (good) people., 4 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Extended Play (Téléchargement MP3)
1. Papercuts
2. Belly Dance
3. Where Youth and Laughter Go
4. Dave's Dream

Alors que l'an 2000 venait d'être célébré, que nous subissions encore les affres de la fin du siècle précédent et que les machines avaient commis leur fameux bug comme un bambin ferait son rot, le groupe anglo-saxon Broadcast, qui vivait probablement dans un autre continuum espace-temps, préparait un nouvel album. La gestation de celui-ci devait atteindre son terme en avril et nous étions impatients tant nous avions aimé l'élégance de 'Work and Non Work' trois ans plus tôt.
Et pour agrémenter cette attente, fidèles à cette coutume chère à l'industrie du disque, les groupes paraissent des EP qui dévoilent petit à petit les titres phares du Long Play à venir.
Broadcast sortait 'Echo's Answer', titre flottant et minimal sur fond de clavier, au mois de novembre précédent sous le format d'un deux titres. Mais c'est 'Papercuts' qui sera mis en avant dans le premier EP sorti le 21 février. On en découvre alors un peu plus, et on peut se rassurer car le groupe n'a rien perdu de sa distinction. Les coups de caisse claire qui appuient les premiers accords martelés au clavier soutiennent parfaitement la magnifique voix de Trish Keenan. Le charme britannique si délicat qu'on lui conférait transparaît ici dès le début du titre et on pense immédiatement à la classe du John Barry de 'The Persuaders'. Les mélodies parfaites de Trish sont impeccablement valorisées par des chœurs ou des contre-chants de claviers. La musique de Broadcast, qui paraît assez désuète par l'emploi de références constantes aux années 60 ou début 70, n'en demeure pas moins résolument visionnaire et contemporaine tant le travail sonore, notamment celui des claviers et des machines, est méticuleux.
Les titres qui suivent en sont la preuve. L'univers cinématographique de l'instrumental 'Belly Dance' s'ouvre par une mélodie de clavier d'inspiration orientale. Les cloches tintinnabulent et les trémolos des claviers s'emportent au rythme d'une cavalcade de batterie dont les toms résonnent comme des timbales.
La deuxième face s'ouvre par 'Where Youth and Laughter Go', touchante comptine qui nous amène, enfant, à rêver d'être bercé par la douce voix de la regrettée Trish Keenan. Le sentiment de nostalgie, sans cesse revisité par Broadcast, s'éveille ici en une mélodie enfantine, un carillon et des clochettes de rennes.
Le quatrième et dernier morceau redonne à nouveau sa place à l'expérimentation. Les sons des claviers s'enchevêtrent sur une rythmique jazz et les arrangements classieux mettent en valeur l'onirisme d'une mélodie de voix sans paroles, nous plongeant profondément dans le 'Dave's Dream'.
Le rôle d'un EP est de dévoiler l'ambiance d'un album futur par le choix d'un single qui lui sera représentatif tout en permettant quelques audaces sur les titres suivants. En ce sens, Broadcast réalise un parfait EP et on comprend alors mieux le choix de la sobriété, en le nommant 'Extended Play'. Et de la même façon que 'Extended Play Two' qui paraîtra en septembre 2000, il permet une réelle lecture étendue du groupe et de son talent. L'honneur est ainsi rendu au 'Noise Made By People' et le mot bruit ne devrait jamais s'appliquer aux recherches sonores du groupe qui produit une musique parmi les plus belles.


Galactic Supermarket
Galactic Supermarket

4.0 étoiles sur 5 Le supermarché galactique., 4 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Galactic Supermarket (CD)
Klaus Schulze: synthétiseurs
Manuel Göttsching: guitare
Jürgen Dollase: mellotron & piano
Harald Grosskopf: batterie
Dieter Dierks: basse & mixage
Rosi Müller et Gille Letmann: chant

Il manque probablement un nom à la liste ci-dessus évoquée, celui de Rolf-Ulrich Kaiser. Rolf-Ulrich n'est pas, comme son nom pourrait l'indiquer, la doublure de l'inspecteur Derrick mais l'un des plus grands pontes de la Kosmische Musik, musique que l'on pourrait représenter comme étant la branche rock progressif du grand arbre krautrock. Apôtre du LSD et autres puissantes drogues hallucinogènes, mari de Gille Lettman qui prête sa voix à ce disque des blagueurs cosmiques, il a entre autres organisé un grand festival de musique à Essen en 1968 réunissant Amon Düül I & II, Tangerine Dream, Guru Guru et même Frank Zappa! Il est également fondateur du célèbre label à l'oreille, Ohr, qui verra naître quelques uns des plus grands disques de rock de mangeurs de choucroute (comme l'avait dénommé John Peel).
Mais arrêtons plutôt là ce long curiculum vitæ avant d'en venir à évoquer les problèmes fiscaux que Rolf-Ulrich connaîtra à partir de 1975... Revenons plutôt une bonne paire d'années auparavant: par une belle nuit étoilée, allongé dans l'herbe à savourer tranquillement les doux effets des acides auprès d'une ferme à la campagne, Rolf se sent soudain happé par un incroyable rayon lumineux qui s'abat sur tout son être, irradiant son âme et ne laissant en lui que l'hypnose d'une mission qu'il doit dès lors effectuer. Et cette mission, au lendemain du succès de sa dernière production Seven Up d'Ash Ra Tempel, sera de recruter tel le roi Arthur réunissant ses chevaliers autour de la table ronde, tous les meilleurs messagers cosmiques (les kosmische kuriere) pour enregistrer des trips de transe rock illuminée sur son nouveau label Kosmische Musik. De cet enthousiasme naîtront donc bien vite des disques complètement barrés de Witthuser und Westrupp, Sergius Golowin ou encore Walter Wegmuller avec le grand projet Tarot (disque dont chaque titre représente une carte d'un jeu de tarot) qui décevra quelques uns de ses invités. Une période plus sombre s'en suivra et verra le split des Ash Ra Tempel. Et pour emprunter un bon gros raccourci, on peut dire que les Cosmic Jokers sont nés de cette séparation. On trouve alors Klaus Schulze (batteur sur le premier Tangerine Dream!) qui venait d'enregistrer Cyborg pour les messagers, Manuel Göttsching (génial guitariste de Ash Ra qui inventera plus tard la house music avec l'album à damiers E2-E4) sa femme Rosi Müller et Gille Lettmann, la femme de Kaiser mais aussi Dieter Dierks, à qui le groupe doit probablement beaucoup. Dierks produisait nombre de galettes kraut dans son studio aux expérimentations sonores perpétuelles. L'enregistrement devait tourner toute la journée et Dierks mixait alors les bandes entre elles, y ajoutant effets et fondant certains instruments dans la masse au gré des trips que lui et Kaiser s'enfilaient.
Le supermarché galactique est donc de ces albums. On y trouve la configuration habituelle à ce style de musique, c'est-à-dire deux titres de quasi vingt minutes chacun, à raison d'un par face.
Le premier, Kinder des Alls (les enfants de l'univers), commence par "un groove épais au piano et à la batterie, genre John Cale et Terry Riley" selon l'excellent Julian Cope (duquel il faut absolument lire le Krautrock-Sampler, somme de mauvaise foi et géniale introduction à la musique cosmique). La ressemblance n'est pas si flagrante et on est d'emblée frappé par l'improvisation simultanée de claviers de l'espace et par la guitare space de Manuel Göttsching. Le mixage est très étrange et on entend parfois soudainement un instrument beaucoup plus fort que tout le reste. L'assise rythmique s'arrête ensuite après quelques breaks bien sentis et laisse place à un imposant mantra de clavier et de mellotron sur lequel apparaît un apocalyptique piano passé en delay ainsi que des synthétiseurs semblant tout droit venus d'une lointaine galaxie. La batterie reprend part au fracas et les voix de Gille ou de Rosi résonnent en écho tandis que les instruments se confondent en dissonances.
Le Galactic Supermarket de la deuxième face n'a rien d'une entreprise commerciale, même si Kaiser y cherchait probablement un profit. Les claviers de Klaus Schulze tiennent à nouveau des drones et la batterie amorce des rythmiques jazzy. On a l'impression que chaque musicien cherche à emprunter un chemin différent pendant de longues minutes jusqu'à la rythmique finale du morceau, tribale, possédée, amorçant une transe rock'n'roll sur les coups de guitare acérés de Göttsching, jusqu'à la fin, maelström de claviers vrombissants.
Le projet cosmique de Kaiser s'écroulerait peu de temps après et son vaisseau intergalactique n'aura transporté que quatre albums des Cosmic Jokers, dont celui-ci qui est un des meilleurs. Le suivant vantera les qualités de la quadriphonie et plus tard Göttsching déclarera "la kosmische c'est bien gentil mais moi, j'ai pas un rond"! Et bien que la pyramide de la pochette, qui nous emmène vers le supermarché de l'espace de Kaiser se soit éfondrée, on peut au moins reconnaître en sa démarche de magnifiques albums sur le label Kosmische (Popol Vuh, Mythos, Ash Ra Tempel, etc) qui ne cesseront de nous faire planer, et plus encore alors que la mode est à exhumer ses disques de rock progressif allemand des 70's.


Saat
Saat
Prix : EUR 17,17

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Semence de champignon, 4 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Saat (CD)
Je suis entré dans l'univers du Krautrock en jettant une oreille sur quelques disques de Can, comme 'Tago Mago' ou 'Ege Bamyasi', mais je m'en suis surtout fait une idée à partir des rééditions en compact disc des albums de Neu! en 2001. Je pensais alors que le krautrock pouvait se définir à la fois comme une musique très répétitive (ayant en tête le 'Hallogallo' de ces derniers), électronique autoroute (les albums de Kraftwerk qui hantent désormais notre inconscient collectif) ou totalement planante, sous influence de rock progressif (Tangerine Dream). Le raccourci est un peu grossier mais je m'imaginais en tout cas, que tous les disques de productions allemandes des années 70 mélangeaient à doses différentes ces seuls styles musicaux, augmentés généralement d'un caractère assez expérimental.
En approfondissant le sujet, la découverte de 'Saat' (prononcez "Zâte") d'Emtidi, sorti sur Pilz en 1972 m'a démontrée que ce qui se trouvait englobé sous la définition de krautrock était en réalité un ensemble de musiques assez vaste qui ne peut se cantonner à quelques styles. Le groupe, composé de deux membres, Maik Hirschfeldt et Dolly Holmes, produit en effet une douce musique folk. On y entend la voix haut perchée de Dolly Holmes sur de jolis arpèges de guitare acoustique. Parfois son acolyte l'accompagne dans quelques chœurs ou lui répond dans un esprit folk des plus traditionnels. Ce qui ne l'est pas en revanche, ce sont les nappes, contre-chants et autres ponctuations de synthétiseurs et de mellotron. 'Walkin' in the Park' emprunte quelques sentiers psychédéliques... Emtidi reste cependant un duo baba cool et ne soutient jamais ces digressions par une batterie, préférant alors leur fidèle tambourin à clochettes tels ceux qui ornaient nos salles de classe lorsque nous étions bambins.
Parfois, on entend la nature et on s'imagine qu'Emtidi serait sans doute aujourd'hui de ceux qui mettent des vêtements en laine de lama, s'alimentent de quinoa bio et élèvent des chèvres à la campagne. Aussi, les titres les plus ambient mettent en avant les sons de claviers cosmiques et on sent alors un esprit de cueillette aux champignons hallucinogènes qui nous évoque celui du label Pilz (ça ne s'invente pas) de Rolf-Ulrich Kaiser (on pourra se reporter à la chronique sur les Cosmic Jokers du 12/11/12). Les autres morceaux mettent davantage en valeur les chansons, alternant les deux voix sur fond de guitare folk. Cependant, les deux titres qui terminent chaque face du disque sont plus longs que les autres: la grande envolée lyrique de 'Touch the Sun' pour la première face et 'Die Reise', seul titre chanté dans la langue de Goethe pour la seconde. 'Die Reise' est un voyage rapide sur fond de guitare qui bat un rythme de cavalcade. Hirschfeld braille en allemand un rock sec jusqu'à ce que les dissonances de claviers partent dans l'espace de la pochette. La belle affaire! Nous voilà, planant au milieu d'une constellation en épi de blé! Après bien des sonorités inquiétantes, la guitare dépouillée reparaît pour s'unir aux synthétiseurs conclusifs de l'album.
Ce disque est un chef d'œuvre et il ne faut pas négliger sa semence dans la musique allemande. Il démontre d'ailleurs à quel point la galaxie kraut est immense et sans bornes! Il y résonne probablement encore les harmoniques de guitare de 'Saat'. Restons donc perchés dans les aigus de la voix de Dolly Holmes et mangeons une bonne fricassée de champignons de chez Rolf-Ulrich!
Wunderschön!


Yellow House
Yellow House
Prix : EUR 14,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 C'est une maison jaune, adossée à la colline..., 4 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Yellow House (CD)
Si le grizzly s'est maintenant bien engraissé, devenu l'un des groupes pop les plus influents et appréciés depuis son 'Veckatimest' à succès de 2009, il n'était, ourson, qu'un duo de bricoleurs new-yorkais. Un fils de prof, Edward Droste, associait ses talents à ceux du multi-instrumentiste Christopher Bear pour créer une musique expérimentale sans limites stylistiques, pouvant se revendiquer de l'electronica comme du free jazz. C'est dans ce contexte qu'est né leur premier album 'Horn of Plenty' en 2004, le groupe ayant été augmenté pour les concerts de Chris Taylor et de Daniel Rossen (que l'on connaît également pour son superbe Department of Eagles.)
'Yellow House' est donc l'album qui suivra deux ans plus tard. C'est une maison jaune, adossée à la colline, on y vient à pied... Par contre, on pense à frapper, car cette maison est celle de la mère d'Edward Droste et c'est à l'intérieur de celle-ci que le disque a été enregistré, en bord de mer, à Cape Cod dans le Massachusetts. Cet album, en plus d'apporter un lieu de création, amène également son petit lot de nouveautés. Il est en effet produit par Chris Taylor, qui y jouera de la basse, programmera de l'électronique et soufflera dans tout un tas de jolis instruments de la famille des bois. Aussi, ce disque laisse de la place pour les compositions de Daniel Rossen, qui y prêtera également sa voix ainsi que des guitares, du banjo et de l'autoharp. En somme, Rossen, c'est le côté folk de l'ours. Et de manière assez étonnante, ce deuxième LP est signé sur le label Warp, qui nous habitue davantage à des disques d'electronica froide qu'à de savants mélanges de folk et de pop chorale expérimentale!
Dès l'ouverture, "Easier", on est d'emblée saisis par la délicatesse des arrangements. Le son de chaque instrument est très soigné. La voix de Daniel Rossen chante librement sur un tapis d'arpèges de guitare acoustique et de choeurs que viennent ponctuer les mélodies d'un banjo et d'un glockenspiel.
La musique de Grizzly Bear valorise la voix de chaque musicien du quatuor et chaque partie semble écrite. La fin de 'Lullabye' par exemple, éclate en un jaillissement choral électrique. 'Knife' qui fut édité en single en 2007, est un morceau à la fois plus rock et plus psychédélique. Les chœurs y sont traités avec des effets. 'Central and Remote' commence par un délicat tissu de xylophone et de guitare acoustique annonçant un climat de nouveau plus folk puis les nuances sont encore très contrastées. Des explosions harmoniques balayent un large ambitus d'un grave profond à des aigus angéliques comme si les Beach Boys avaient chanté l'apocalypse. On retrouve également ces atmosphères dans le titre suivant et il semble que chaque morceau suive sa propre trajectoire, jamais linéaire. 'Marla' est sans doute le plus intriguant et peut en ce sens constituer le climax du disque. La maison jaune, qui nous apparaissait comme sympathique et nous berçait de ses mélopées étranges et de plus en plus tortueuses serait peut-être hantée. Hantée par la présence de Marla, la grand tante d'Edward qui a cassé sa pipe assez jeune dans les années 40 mais a laissé derrière elle un enregistrement précieux. Si précieux qu'il a été exhumé par le quatuor de Brooklyn en une valse lente et mélancolique d'un piano grinçant habillé par les arrangements de cordes d'un Owen Pallett inspiré. L'alternance de couplets mineurs avec un refrain plus lumineux nous amène au fond du grenier poussiéreux de la maison jaune pour un instant privilégié où tout paraît suspendu, le temps d'un tête-à-tête avec Marla.
Warp est une maison de disque très exigeante au contrôle parfait de ses signatures. Et on comprend alors pourquoi Grizzly Bear en fait partie même s'il ne pratique pas la musique électronique représentative du label tant son travail est celui d'un orfèvre, méticuleux et délicat. La place des arrangements et des chœurs est prépondérante et chaque élément est finement placé. Chacun des dix chansons suit sa courbe et le goût de l'expérimentation reparaît souvent dans une fin de morceau ou une introduction. En ce sens, 'Yellow House' est probablement l'album de Grizzly Bear qui sait trouver le meilleur équilibre entre chaque inspiration et chaque influence respectant aussi une équité parfaite entre chaque membre du quatuor. Et plus encore, il nous transporte loin, dans la maison du Massachusetts aux planchers craquants où croiser le fantôme d'une vieille tante ne nous effraie pas mais au contraire, nous réconforte.


Strawberry Jam
Strawberry Jam
Prix : EUR 7,00

4.0 étoiles sur 5 Animal Collective, l'ami du petit déjeuner., 4 janvier 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Strawberry Jam (CD)
Une bonne confiture de fraises, voilà comment attaquer l'année du bon pied! Un rayon de soleil passe au travers des fenêtres de la cuisine, l'odeur de café frais envahit nos narines et une bonne tartine d'un pain à la croûte craquante est prête à recevoir le doux nectar cuit dans un vieux chaudron de cuivre par les Animal Collective. Cela dit, il est peut-être préférable de rester méfiant. Un jus bleuâtre parsemé de quelques reflets jaunes traverse le fond de la coupelle, puis les fruits ont encore leur feuillage. Ce petit déjeuner pourrait vite tourner au psychédélisme.
Le collectif animalier qui nous l'a préparé est né dans la grosse pomme en 2000 et compte en son sein quatre hurluberlus aux blases pas piqués des vers: Avey Tare, Panda Bear, Geologist et Deakin, vieux copains d'école de longue date qui cultiveront ensemble un goût prononcé pour Pavement et les films d'horreur. On comprend alors leur amour du bazar et de la dissonance, qui sur certains de leurs albums peut devenir franchement pénible. Ils font cependant des chansons au format plutôt pop nappées d'une marmelade expérimentale de divers sons de claviers prenant pour modèles, peut-être un peu prétentieux, György Ligeti ou Krzysztof Penderecki. La recette, qui ravit les hipsters et autres fan de cultures indépendantes souterraines, peut alors énerver et la discographie abondante d'Animal Collective est assez inégale. 'Strawberry Jam' est cela dit de ceux que je préfère. On y trouve facilement ses repères et l'équilibre entre le foutoir d'Avey Tare et les chœurs sunshine pop de Panda Bear est assez juste. D'ailleurs le disque commence par un joyeux bordel de synthétiseurs sur lequel se pose un joli tube enthousiaste aux paroles farfelues (il y sera notamment question de jugulaire, d'aile de dinosaure et de couleurs intéressantes). On entendra ensuite d'étranges bruits, un orgue et des samples de cordes sur l'interrogatif 'Unsolved Mysteries'. L'énergie dingue de ces joyeux drilles revient ensuite sur 'Chores', morceau balancé comme un calypso qu'on aurait accéléré et qui bute parfois comme si le sillon était bloqué. C'est d'ailleurs la même formule qui fera le succès du morceau 'Brothersport' sur 'Merriweather Post Pavillon' deux ans plus tard...
Sur un quelconque album folk, 'For Reverend Green' serait une ballade de milieu de disque jouée à la guitare sèche mais chez les new-yorkais, un épais clavier se fait métronome et mène cette chanson ponctuée de cris sauvages. Arrive ensuite le second tube du disque, 'Fireworks', dans lequel, une boîte à rythme fluette passée dans un phaser emmène la chanson dont la mélodie flotte sur quelques notes tandis que les cymbales éclatent comme autant de feux d'artifices. D'ailleurs, dites-moi, j'ai pensé à vous souhaiter la bonne année? Une petite bise sous les 'Fireworks' d'Animal Collective, ça serait pas mal, non? En vous la souhaitant bien cosmique et psychédélique.
L'album se termine par les voix célestes de Panda Bear, comme pour annoncer la fin de ce premier petit déjeuner de l'année en un mur sonore d'échos à la Phil Spector. Le goûter cosmique est pris, l'année peut commencer. On peut désormais vaquer sereinement à nos occupations, quitter nos pantoufles pour des souliers fraîchement cirés, l'esprit détendu par les résonances encore présentes des chœurs angéliques des animaux d'outre-atlantique,
Avec tous mes meilleurs vœux.


The Four Seasons Recomposed By Max Richter
The Four Seasons Recomposed By Max Richter

8 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Y'a plus de saisons ma pauvre dame., 31 mars 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : The Four Seasons Recomposed By Max Richter (Album vinyle)
On pourrait recommander de multiples interprétations des 4 saisons de Vivaldi: celle de Fabio Biondi et son Europa Galante, celle de Trevor Pinnock chez Deutsche Grammophon ou encore la sublime version de l'Akademie für Alte Musik Berlin chez Harmonia Mundi. Cependant, vous feriez fausse route en pensant trouver en Max Richter un interprète de plus qui viendrait s'ajouter à la longue liste de ceux qui se sont essayés aux célèbres concertos du maître vénitien.
En effet, Richter, davantage connu pour son travail sur les musiques de film, a ici recomposé l'œuvre. La démarche peut paraître bien ambitieuse mais c'est finalement avec modestie que l'allemand envisage sa recréation. Comme l'indique la pochette du disque, il a ainsi épluché les partitions, trié, retiré, ajouté du matériel sonore à partir de l'œuvre originale. Il en résulte alors un savoureux mélange d'esthétiques baroque et post-moderne. Comme si Philip Glass avait été baroque ou comme si Vivaldi était un compositeur minimaliste américain. Des musiciens berlinois jouent donc des parties réelles réarrangées par Richter, tandis que ce dernier dessine de jolies nappes électroniques de son laptop. Ses choix sont d'ailleurs plutôt judicieux et pertinents. On ne ressent aucune lassitude puisque les refrains les plus connus sont passés à la trappe. Pour exemple, dans le premier mouvement du printemps, il choisit de développer le passage pendant lequel les violons imitent les oiseaux plutôt que le joyeux refrain que vous êtes sans doute en train de vous chantonner. On sent alors dans la plupart des mouvements une atmosphère assez mélancolique qui tend à effacer les contrastes entre les saisons. Le ciel de Richter, bien que toujours un peu grisâtre, s'ouvre à une écriture beaucoup plus riche qu'elle n'y paraît.
Le disque s'adresse donc davantage à ceux qui voudront trouver un nouvel éclairage des quatre saisons qu'à ceux qui penseront y trouver une nouvelle interprétation. L'œuvre n'est pas centrale mais constitue un point de départ pour le travail de Richter, comme une source d'inspiration qui finalement introduit un beau mélange dans les saisons. L'hiver est omniprésent dans les tristes et froides ambiances répétitives tandis que les cordes des musiciens berlinois nous bercent de leur douce chaleur. Vraiment, y'a plus de saisons ma pauvre dame et c'est peut-être pas plus mal...


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