|
|
Contenu rédigé par Cetalir
Classement des meilleurs critiques: 39
Votes utiles : 1375
|
|
Chez vous : découvrez nos services personnalisés en pages d'aide !
|
Commentaires écrits par Cetalir "Cetalir" (France)
|
|
|
|
|
Bonita Avenue
|
par Arlette Ounanian Edition : Broché |
| Prix : EUR 22,61 |
|
|
|
5.0 étoiles sur 5
L'innocence perdue, 22 mai 2013
Pour un premier roman, l'écrivain néerlandais Peter Buwalda n'a manqué ni d'ambition, ni de culot, ni surtout de talent. Il nous mène de main de maître dans un récit qui nous fait descendre au tréfonds des âmes humaines, remuant la vase nauséabonde, amenant ses personnages aux confins de leurs démons tout en maintenant un suspense sur les causes d'un suicide annoncé dès les premières pages du livre. Pourquoi Siem Sigerius s'est-il donné la mort ? Telle est la question qui hante le roman de bout en bout. Il avait tout a priori pour être heureux. Champion de judo, génie des mathématiques, détenteur d'une médaille Field, ancien recteur de l'université de la ville néerlandaise d'Enschede, il vient d'être nommé Ministre de l'Education Nationale et est au sommet de sa réussite sociale. Remarié à une Tineke avec laquelle il vit depuis près de vingt ans, il aime ses deux belles-filles comme si elles étaient ses propres enfants. Pourtant, derrière les apparences se dissimulent des fissures, des doutes qui, une fois insérés, vont conduire leur chemin, de plus en plus profondément, de manière inéluctable comme un coin enfoncé dans une souche en produira l'éclatement. L'apparence : voici bien ce qui structure véritablement ce roman aux facettes multiples tant celles et ceux qui se dissimulent dans l'ombre de leurs propres personnages vont révéler ceux qu'ils sont véritablement, au fur et à mesure que le récit progresse et que l'auteur resserre des cercles concentriques de plus en plus étroits autour d'eux. Au premier regard, tout semble normal. Une famille sans histoire, connue, socialement établie et respectée. Pourtant, Siem a un fils d'un premier mariage, exclu de sa vie depuis son emprisonnement pour assassinat. Sa belle-fille aînée, Joni, se livre dans des postures pornographiques sur un site privé et payant auquel Siem est abonné pour oublier une liaison non consommée avec une étudiante et une sexualité quasi inexistante. Son épouse s'enferme de longues heures dans son atelier, se mure dans un silence et son mal-être se traduit dans une prise de poids inexorable qui la transforme en une sorte de mastodonte. Le petit ami de Joni est en proie à une schizophrénie effrayante. Seule la plus jeune fille, discrète, paraît vivre de façon véritablement normale et anonyme. Toutes ces faces cachées vont exploser en même temps que l'incendie d'un dépôt de feux d'artifice de la ville la dévastera. Une fois lancée, une mécanique infernale se mettra alors en branle emmêlant de façon effrayante pornographie, morts violentes, folie, mensonges, dissimulations et manipulations. Alors la plume de Buwalda se fera de plus en plus brutale, plongera dans une encre rouge sang sans nous épargner le moindre détail, la plus petite horreur d'une famille qui a définitivement perdu son innocence, celle du temps où Siem fut professeur à Palo Alto et où tous vivaient aimablement, sans histoires dans une belle villa à Bonita Avenue. Il est certain que ce roman, malgré ses longueurs ici ou là, marquera durablement ses lecteurs par sa construction complexe et habile, sa noirceur, la profondeur de son analyse psychologique, la maîtrise du style et de la langue jusqu'à ce qu'elle a de plus crû. Un roman qui dérangera et mettra mal à l'aise. Un coup de maître, vraiment ! Publié aux Editions Actes Sud - 2013 - 514 pages Retrouvez mes notes de lecture sur thierrycollet-cetalir.blogspot.com
|
|
|
|
|
|
|
|
|
2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
3.0 étoiles sur 5
Une relative déception, 22 mai 2013
Les commentaires entendus et lus dans divers médias ces dernières semaines m'avaient laissé penser qu'on tenait avec "Walking Shadows" un petit bijou. A son écoute, c'est plutôt une assez grande déception qui s'est emparée de moi. Commençons par souligner que du côté qualité du son, musicalement parlant, il n'y a pas grand chose à en redire. En s'entourant de pointures comme Brad Meldau au piano, son acolyte Larry Grenadier à la basse et Brian Blade aux percussions, Joshua Redman a placé la barre très haut. D'ailleurs, et c'est de là que vient ma réserve, c'est bien dans les titres où ce quartet se produit que le niveau est au top et que l'on adhère le plus naturellement à une brillante réinterprétation de standards comme à une intéressante transcription d'un adagio de Bach. La limite intervient dès lors que Redman a décidé de réemprunter les pistes d'un jazz orchestral que les années 50 et 60 avaient porté au sommet avec des grands noms comme Duke Ellington ou Gil Evans. En voulant imiter le style de ce dernier à qui on ne peut s'empêcher de penser dès le premier titre de l'album, on se dit qu'il manque quelque chose. On tique sur des arrangements pour orchestre principalement à cordes (et ce n'est pas l'apparition quasi anecdotique d'un cor et d'une flûte ici ou là qui y changera quelque chose)vraiment assez basiques et prévisibles au point que la couleur orchestrale sonne de façon sirupeuse et standard, un peu à la façon de l'anonyme musique qui ronronne dans certains halls de grands hôtels internationaux. Tout cela sonne bien fade, manque de pétillance et de rutilance. On comprend bien qu'il s'agit de mettre en avant le beau sax de Redman mais ce ne sont pas ces à plats orchestraux qui lui rendront un grand service. Un Gil Goldstein aurait été sans doute bien mieux inspiré que Dan Coleman sur ce coup là ! Bref, tout cela sonne un peu glamour, parfois beau comme dans le très réussi "Doll is mine" par exemple, mais au total on s'ennuie un peu et regarde un peu trop souvent sa montre...
|
|
|
|
|
|
|
|
|
5.0 étoiles sur 5
Haute voltige, 21 mai 2013
Certains albums ont le pouvoir de susciter une adhésion et un enthousiasme immédiats et c'est inconstestablement le cas avec "Tricoroll" enregistré en 2011 par le trublion de la guitare électrique japonaise qu'est Kazumi Watanabe. Au programme, des compositions originales qui pour l'essentiel vont puiser leur inspiration dans une culturement fortement teintée de rock - surtout progressif - mais qui ne dédaigne pas non plus le jazz bee-bop comme dans "Moment's noise" ou la musique très électronique et planante à la façon du Grand Bleu dans l'étonnant solo de Watanabe "Sea Dream". Ce qui frappe tout au long de l'album, c'est la perfection de l'exécution, cadrée au dizième de millimètre tant au plan technique qu'au plan musical. Pas le plus léger décalage et un toucher exceptionnel. Le morceau le plus fascinant est le très beau Perfect Water où le bassiste Janek Gwizdala joue de bout en bout sur un contretemps de folie, alternant noires et blanches entrecoupées de soupirs (pour simplifier la tâche, les spécialistes apprécieront), tandis que le batteur tient un autre contretemps et que Watanabe nous fait un numéro spécial. Le tout se terminant sur une séquence bassiste - percussions incroyable, toute en légèreté. Du très grand art ! Bref, le quartet composé, outre de Gwizdala et Watanabe, de deux percussionnistes de très haut niveau Obed Calvaire et Horacio El Negro Hernandez, nous délivre de bout en bout un grand moment de musique, bien écrite, superbement interprétée et qui ne devrait certainement pas vous laisser indifférent.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
5.0 étoiles sur 5
Un trio de rêve et l'une des dernières performances de Paul Motian, 19 mai 2013
Comme nous l'explique le grand pianiste de jazz Enrico Pieranunzi, toute sa vie il rêva de se produire dans ce lieu mythique de New-York, The Village Vanguard, où tant de stars se sont souvent révélées ou ont refait, une fois leur carrière bien lancée, de fréquentes et régulières apparitions. Aussi, lorsqu'on lui propose enfin de s'y produire, notre homme ne se fait pas prier et monte un trio de rêve avec ses potes Marc Johnson à la basse et Paul Motian aux percussions. Excusez du peu... Commence alors une semaine de concerts dont les meilleurs moments sont reproduits ici. Huit titres alternant des reprises de standards de Monk à Nino Rota avec des pièces originales, reconnaissables à leur côté très arpégé au piano, de Pieranunzi. Inutile de dire que cela fonctionne à merveille avec ces trois grands artistes en pleine complicité, même si Paul Motian était alors au plus mal. Une vraie leçon de jazz et un témoignage d'une des ultimes apparitions de Motian avant son décès. Belle prise de son qui fait hommage à un disque indispensable à tout jazzman !
|
|
|
|
|
|
|
|
|
1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Une passion laïque, 19 mai 2013
Le thème de la passion, sur le mode dont le meilleur défendeur fut Bach, semble retenir l'attention de la génération actuelle des grands compositeurs. Il y a peu de temps, nous assistions à la création de celle de John Adams. Ici, c'est à celle de l'immense compositrice finlandaise vivant en France, Kaija Saariaho, qu'est consacré ce beau disque. Chaque projet de Mme Saariaho est longuement mûri et fait l'objet d'un soin important. Ici, il réunit trois intelligences artistiques habituées à travailler ensemble et une histoire véridique, celle de Simone Weil (pas celle que vous connaissez), mais une autre révoltée, née en 1909, sortie de Normale Sup en 1931, l'une des très rares femmes de son époque à accéder à l'élite et à devenir professeur de philosophie pour très peu de temps. Car cette jeune femme inflexible, au caractère en acier trempé, avait une vision terrible d'un monde qu'elle rêvait de rédempter, à sa manière. D'où son choix de se faire embaucher chez Renault comme ouvrière à la chaîne. La photographie avec son matricule qui est attachée à la jaquette du livret nous donne à voir une jeune femme aux allures de déportée, portant de larges lunettes d'intellectuelle. Mais, la guerre grondait dans une Europe en proie à de multiples tensions et la voici qui s'engagea dans la guerre d'Espagne où elle se blessa stupidement. En 1942, elle rejoindra la Résistance à Londres. Victime de son exigence intellectuelle et d'une vie sans concessions où elle donnait tout ce qu'elle gagnait ne vivement que chichement, diagnostiquée tuberculeuse, elle refusa de s'alimenter et mourut à petit feu de façon sordide dans un hôpital de Londres. Sa façon à elle de racheter les fautes du monde et d'illustrer le fond de sa pensée philosophique qui voyait le monde en proie à deux grandes forces: la pesanteur et la lumière. C'est de cette histoire que se sont emparés Amin Maalouf, le librettiste désormais attitré de Saariaho, Peter Sellars et la compositrice pour imaginer une passion profane, celle d'une femme qui s'est sacrifiée en Christ moderne, quasiment au même âge que Jésus, parce que le monde refusait de se sauver lui-même. Une passion en quinze tableaux, à l'image de la tradition, où dialoguent une soliste, un choeur mixte, un récitant lisant des phrases fulgurantes tirées de l'oeuvre de Weil et un orchestre symphonique. Peter Sellars eut l'idée de faire coincider la création avec le soixantième anniversaire de la compositrice et de lui faire la surprise de monter un spectacle scénographique et chorégraphique. C'est cette création à Helsinky avec Dawn Upshaw, habituelle créatrice de bien des oeuvres de Saariaho, Dominique Blanc en récitante (rôle qu'elle semble affectionner cf le DVD Iolanta - Perséphone [Blu-ray]) et le grand chef Esa-Pekka Salonen à la tête de l'excellent orchestre de la Radio Finlandaise et du choeur de Tapiola qui est captée ici. La musique y est fascinante malgré un certain dépouillement. Saarihao colle au plus près du texte de Maalouf et met en perspective et opposition permanente pesanteur et lumière dans des jeux d'une grande profondeur. Tout cela aurait pu être parfait avec une diction correcte du choeur qui a malheureusement tendance à faire sonner le français de manière locale et Dawn Upshaw qui n'a jamais entendu parler des liaisons. Mais que cela ne gâche pas notre plaisir d'entendre - et de réentendre - une oeuvre d'une très grande profondeur artistique, musicale et intellectuelle.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
4.0 étoiles sur 5
Pour passer un agréable moment, 19 mai 2013
Fils et petit-fils de chefs-d'orchestre respectivement français et belge, Eugene Goossens (1893 - 1962) fit principalement lui-même une carrière internationale de chef partageant son temps entre Londres où il fit ses études et résidait, et les Etats-Unis où il dirigea l'orchestre de Rochester et celui de Cincinnati. Mais c'est d'abord en tant que compositeur que Sir Eugene Goossens commença de se faire connaître ce qui lui valut d'être repéré par Thomas Beecham qu'il remplaça de plus en plus souvent au pied levé. Il ne cessa d'ailleurs jamais de composer de la musique de chambre, des pages orchestrales symphoniques ou de ballet principalement ainsi que deux opéras jamais joués de nos jours. Sir Andrew Davis nous avait déjà enchanté lors d'un précédent enregistrement consacré à la première symphonie de Goossens et ce nouveau disque ne fait que confirmer l'intérêt qu'il y a à redécouvrir un musicien rarement joué du moins dans nos contrées. Au programme un menu fort dense et qui nous donne un excellent aperçu du style du compositeur, fortement influencé par Debussy, Ravel et ici ou là un peu de Stravinsky. Le disque réunit toute une série de petites pièces orchestrales très caractéristiques de la musique anglaise raffinée du vingtième siècle fait de beaucoup de classicisme et d'un zeste d'élégante modernité. Des petites miniatures très souvent tirées de pièces pour piano que Goossens a réorchestrées avec un goût sûr et des couleurs superbes. Certes, il n'y a là aucun véritable chef-d'oeuvre mais on prend un plaisir véritable à se laisser bercer par ces musiques élégiaques. Les deux morceaux de choix, plus substantiels, sont respectivement la pièce de concert pour cor anglais et deux harpes et les deux poèmes de la nature. La première fut écrite en 1957 et dédiée au frère et aux deux soeurs du compositeur respectivement solistes de cor anglais et harpistes. On y trouve tout le savoir-faire du compositeur qui se sait au soir de sa vie. La musique y atteint un niveau de perfection presque absolue et dégage un sentiment de plénitude immédiatement perceptible. Voici une musique d'une grande originalité à écouter d'urgence ! Les deux poèmes de la nature composés entre 1937 et 38 nous donnent à entendre une musique beaucoup plus expressive que le reste de la production proposée ici et font penser à ce que Delius écrivit dans le même genre. Comme c'est la règle avec Chandos, la prise de son est très claire donnant une impression de naturel. Sir Andrew Davis à la tête du symphonique de Melbourne ne fait que confirmer qu'il est un grand chef très à l'aise dans ce genre de musique chatoyante. Un beau disque.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
4.0 étoiles sur 5
Un thriller bien charpenté, 17 mai 2013
Une fois de plus, T.C. Boyle, un des grands romanciers américains contemporains, a frappé fort. « Talk Talk » (qui signifie en Anglais le langage des sourds qui combine agitation fébrile des mains – fébrile pour les entendants du moins – avec onomatopées) est un trhiller solidement charpenté, riche en rebondissements et qui, nous sommes en Amérique, se terminera en forme de relative happy end… Le vrai danger en est, qu’une fois commencé, nous risquez de ne plus vouloir décoller du bouquin, rivé par l’intrigue et le sens du suspens que distille en maître, l’auteur. « Talk Talk » est aussi un roman sur l’identité. Qui sommes-nous vraiment, quelles sont nos véritables aspirations, comment réagirons-nous face à un effondrement de notre quotidien rassurant ? Mais également, à l‘heure de l’internet et du redoutable accès qu’il peut permettre y compris à des données censées être confidentielles, que sommes-nous lorsque nos codes d’accès sont violés, nos comptes en banque vidés, notre passé de citoyen vertueux et respectueux soudain anéanti par la faute d’un criminel usurpateur de votre identité ? C’est précisément ce qui arrive à Dana Halter, devenue sourde à l’âge de quatre ans suite à une maladie. Dana menait jusqu’ici une vie relativement aisée, malgré son handicap. Professeur de littérature dans une école pour sourds de Californie, portant une resplendissante trentaine, amoureuse et aimée d’un homme plus jeune qu’elle, sa vie va basculer lorsque, à l’occasion d’une banale vérification d’identité, elle va se retrouver menottée, arrêtée et emprisonnée pour des délits financiers qu’elle n’a jamais commis. Quand sa bonne foi sera enfin reconnue, elle n’aura de cesse que de traquer celui qui lui a emprunté son nom, ses comptes, son numéro de sécurité sociale etc… en embarquant avec elle son ami, un peu malgré lui. Commence alors une longue course poursuite qui nous fera parcourir la totalité des Etats-Unis d’Ouest en Est et au cours de laquelle la haine, la soif de vengeance, la volonté de faire définitivement établir son innocence vont se renforcer. Chaque occasion de croiser, virtuellement ou physiquement, l’usurpateur donnera l’opportunité à T.C Boyle de déployer des trésors d’inventivité pour continuer de rendre vraisemblable un scenario qui, cependant, tend à s’effilocher au fur et à mesure que les chapitres défilent. Pas au point de lasser le lecteur mais le livre perd en intensité à force de multiplier les rebondissements et de faire, un peu trop, appel au facteur chance. L’un des atouts de ce roman est de bien analyser les ressorts psychologiques qui poussent un individu instable, violent et manipulateur à mener grand train de vie en faisant payer celles et ceux qui n’y sont pour rien. C’est probablement même la partie fondamentalement la plus aboutie du livre. Si vous vous satisfaites d’une intrigue hollywoodienne et d’un style simple, idéal sur la plage par exemple, alors vous trouverez en « Talk talk » de quoi répondre à vos attentes. Publié aux Editions Grasset – 440 pages Retrouvez mes notes de lecture sur thierrycollet-cetalir.blogspot.com
|
|
|
|
|
|
|
|
|
3.0 étoiles sur 5
Eclectique et surprenant, 16 mai 2013
Exploring the Vibe est la suite, en quelque sorte, d'un précédent disque qui avait pas mal enthousiasmé la critique, This is R*Time, et d'ailleurs plus disponible aujourd'hui. Entre ces deux opus, le groupe à géométrie variable a tourné et s'est en particulier produit au festival de jazz de Berlin où la leader tromboniste israélienne Reut Regev a fait la connaissance du guitariste au style unanimement apprécié et si particulier qu'est Jean-Paul Bourelly. Du coup, ce dernier remplace David Phelps comme d'ailleurs le bassiste Mark Petreson remplace Brad Jones. Seuls Reut et son mari, Igal Foni aux percussions, subsistent de la formation originale. Après s'être enfermé pendant quelques jours pour improviser et trouver leurs marques, tout ce petit monde s'est mis en studio pour produire un album dense (plus de soixante dix-minutes), éclectique, surprenant et souvent assez étrange. Du coup, cela ne plaira certainement pas à tout le monde tant ce qu'on entend ne ressemble à peu près à rien de ce que la scène jazzistique actuelle produit. Une avalanche de titres nous plonge dans un mélange de jazz, de rock, de blues, de folk, de rythmes traditionnels juifs où la préoccupation mélodique n'a qu'une très faible importance. Ce qui compte, c'est la sonorité globale, rugueuse, faite d'exploration de toutes sortes d'instruments à vent dont Reut Regev tire des sons souvent étranges et en tous cas inhabituels tandis que les guitares se déchaînent et que les percussions se lancent dans d'inattendus riffs et variations. Tout cela grattera les adeptes d'un jazz traditionnel et plaira sans doute aux amoureux d'un jazz qui ne cesse de repousser ses propres limites. On regrettera toutefois sur deux titres l'intervention vocale de Bourelly qui n'apporte rien si ce n'est un certain déséquilibre dans l'architecture d'un groupe qui semble s'en être donné à coeur joie. A vous de vous déterminer en toute connaissance de cause cet enregistrement étant de toute évidence réservé à un certain public.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
5.0 étoiles sur 5
A se procurer absolument., 12 mai 2013
Richard Wagner rêva toute sa vie d'un art total, chacun de ses opéras contribuant à ériger un nouveau genre. Il y a trois cent cinquante ans, en Angleterre, Purcell inventa un art total reposant sur quatre pivots essentiels : une musique, sublime, dont les lignes essentielles imposaient l'improvisation de la part de spécialistes pour en faire jaillir l'harmonie sur la base d'un tempo que seul le sens du texte devait guider à trouver; la chorégraphie omniprésente destinée à habiller les passages purement musicaux; le théâtre par le choix d'un livret tout droit inspiré du Songe d'une nuit d'été de Shakespeare mais dans une langue du dix-septième siècle simplifiée; le visuel par le choix de décors fantastiques et somptueux, sans cesse renouvelés et surgissant comme de nulle part et l'utilisation de costumes plus extraordinaires les uns que les autres. Tout cela donna une oeuvre unique que William Christie comme le metteur en scène Jonathan Kent qualifient de semi-opéra : "The fairy Queen". A la clé, plus de trois heures de spectacle total sublimé par une mise en scène de génie et l'écrin du théâtre de Glyndebourne absolument parfait pour cette pièce féérique, sensuelle et intimiste. Jonathan Kent a mené ici un travail véritablement remarquable pour rendre cette pièce unique, si spécifique de son temps, absolument audible, compréhensible et admirable à nous, spectateurs et auditeurs du vingt-et-unième siècle. Tout commence comme une pièce de théâtre du dix-septième siècle avec acteurs en costumes d'époque et perruques. Mais, au bout de deux tableaux, tout se met à vriller avec l'apparition d'une troupe d'acteurs hilarants surgis du présent, puis l'entrée sur scène de danseurs et enfin, plus tard, beaucoup plus tard seulement la musique qui s'écoule avec une évidence incroyable. Malgré la longueur de l'oeuvre, malgré la langue surannée, malgré l'intrigue farfelue, on reste fascinés et scotchés à ce qui est un spectacle total, d'une magie, d'une poésie, d'une beauté sans pareille. Tout est intimement mêlé, le théâtre et le chant, la danse et la musique, le théâtre et la danse, les acteurs qui se font chanteurs. J. Kent nous donne à voir une mise en scène d'une oeuvre typiquement anglaise, concentré de génie et de mauvais goût à la Benny Hill, mélangeant bon goût et vulgarité la plus absolue dans le seul souci de nous plaire et de nous faire rire. Et cela fonctionne à la perfection, le public, et nous avec, se tordant de rire face à l'inventivité d'une mise en scène décapante. William Christie dirige selon son habitude l'orchestre "The age of enlightment" : précision, implication totale, énergie apportent tout l'éclat au travail d'orchestration qu'il a dû mener de bout en bout comme cela nous est expliqué dans le très intéressant bonus du premier DVD. Acteurs et chanteurs sont parfaits. Le très beau travail de production nous permet d'apprécier la mise en scène grâce au recours à de nombreux plans larges alternant avec des gros plans mettant en évidence tout le jeu des acteurs. Très belle prise de son à la fois présente et transparente. Voici avec Atys et Platée un autre must absolu du baroque sous la baguette du génial Christie. Merci à Glyndebourne pour cette réinterprétation qui fera date !
|
|
|
|
|
|
|
|
|
1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Formation unique, 12 mai 2013
C'est à l'occasion d'un concert donné sur la péniche "A l'improviste" que ce quartet s'est réuni pour la première fois. Autour d'Henri Texier, son fils Sébastien au sax alto et aux clarinettes, François Cornelou au sax baryton et Louis Moutin aux percussions. Pas de répétitions mais une plongée en direct dans huit partitions laissant la part belle aux improvisations et toutes écrites par la tribu Texier. Et la magie fonctionna immédiatement comme cela arrive parfois au point qu'Henri Texier déclara même penser avoir trouvé ici la combinaison idéale d'une formation dont il rêvait. Est-ce là l'augure de futurs enregistrements ? A voir... On se laissera bercer par cet assez long concert (plus de soixante-dix minutes) alternant morceaux relativement calmes et classiques avec des incursions dans certaines pages aux allures, au moins momentanées, de pur free jazz que j'ai trouvées, pour ma part, moins intéressantes. L'invitation à la rêverie, à la poésie, au plaisir de se laisser porter par ce que quatre musiciens de premier plan sont capables de produire sont heureusement omniprésents. La réserve principale ira à la prise de son. Captation faite à l'origine par l'ingénieur du son de la péniche, retravaillée en console par Philippe Teissier du Cros. Malgré la qualité de la remasterisation, tout cela reste assez mat et les percussions de Moutin ont souvent l'air d'avoir été prises dans la cale. C'est la grosse réserve de ce disque.
|
|
|