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Cetalir "Cetalir" (France)
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J'étais Quentin Erschen
J'étais Quentin Erschen
par Isabelle Coudrier
Edition : Broché
Prix : EUR 20,00

2.0 étoiles sur 5 Glaçant mais décevant, 23 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : J'étais Quentin Erschen (Broché)
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Rarement, je me trouve quelque peu désemparé face à un livre dont j’ai prévu de faire l’analyse, exercice salutaire auquel je me livre depuis plus de huit ans maintenant au fil des milliers d’ouvrages qui me sont passés entre les mains. C’est pourtant le sentiment face auquel je me trouve une fois refermé cet étrange roman d’Isabelle Coudrier.

Reconnaissons d’abord que l’auteur sait créer un climat bien typé et nous plonger dans un microcosme clos et de plus en plus étouffant avec un savoir-faire certain. Ce climat c’est celui dans lequel évoluent quatre jeunes gens dont nous allons suivre la vie sur une quinzaine d’années. Une fratrie faite de deux frères, Quentin, être inaccessible, retiré en sa beauté irradiante mais jamais décrite, supérieurement intelligent et à qui semble tout réussir ; Raphaël, le cadet, cachant ses blessures derrière une façade de boutades et de séduction sans suite ; Delphine, la petite dernière, discrète, la confidente du groupe. Une fratrie complétée par la petite voisine, à peine plus âgée que Delphine, Natacha, fille unique d’un couple d’enseignants et amoureuse folle de Quentin depuis le premier jour.

La fratrie vit depuis toujours sans leur mère déclarée morte dans un accident de voiture alors, qu’en fait, un drame que nous allons découvrir au bout d’une centaine de pages s’est déroulé dans leur plus tendre enfance, créant un environnement de mensonges connu de toute la ville alsacienne dans lesquels les jeunes évoluent mais pas d’eux-mêmes, pourtant directement intéressés.

Les bachots passés comme de simples formalités, voici les quatre jeunes gens cohabitant dans un grand appartement parisien situé dans un quartier où personne pourtant n’habite. Quentin a toujours voulu être médecin et, en leader incontesté du groupe, a implicitement décidé Raphaël et Natacha à entreprendre les mêmes études de médecine tandis que Delphine se résigne à étudier l’Anglais, pour plaire au père qui ne rêve que d’enseignement supérieur, alors que son rêve à elle serait d’être boulangère. Et puis, un jour sans crier gare, Delphine disparaîtra à son tour et à tout jamais.

Isabelle Coudrier explore ici trois thèmes essentiels sans toutefois aller jamais au bout. Celui du mystère de l’enfance et de la difficulté à trouver ses marques d’adultes quand on vit depuis toujours ensemble au point de former une quasi-fratrie mais marquée de non-dits, de dissimulations implicites pudiquement ignorées alors qu’elles créent une atmosphère lourde et peu propice à l’épanouissement.

Thème du mensonge, omniprésent, entre les véritables circonstances de la mort d’une mère et de la découverte brutale, impréparée de la réalité par chacun des membres, à tour de rôle, sans qu’ils n’en parlent jamais aux autres, contribuant ainsi à l’élaboration d’une situation à la tension insoutenable.

Thème de la disparition, de la mère, morte, du père se réfugiant dans son travail et n’échangeant pas trois mots avec ses enfants, des parents de Natacha résignés et sans doute bien contents de se décharger de leur fille envers les Erschen malgré l’inquiétude, jamais traitée au fond, que leur inspire la passion unilatérale de Natacha pour Quentin, puis de Delphine, qui s’évapore sans crier gare.

Thème des amours impossibles, ferment de tous les drames en préparation, enfermant les protagonistes dans des schémas de vie ruinés, les poussant au désespoir s’ils ne trouvent pas la force de sortir d’une spirale destructrice.

Surtout, c’est de passer à côté de sa vie dont il est fondamentalement question ici tant l’existence quasi monacale dans laquelle ces jeunes adultes s’enferment, dans une chape de mensonges, de faux semblants et de non-dit est lourde. Pour en sortir, il n’y a que la fuite ou le courage d’assumer ses vrais sentiments ou ses rêves. Isabelle Coudrier ne nous donnera la clé que pour deux des personnages, nous laissant dans le questionnement pour les deux autres.

Face à cette complexité (non directement apparente lors de la lecture mais évidente a posteriori), pourquoi des réserves, donc ?
Et bien parce que, par deux fois au moins, on s’attend à ce que le roman prenne un nouveau chemin. Lors de la révélation des circonstances de la mort de la mère, puis, lors de la disparition de Delphine. Mais non, rien, si ce n’est des vies qui se résignent de plus en plus, se nécrosent dans un climat de plus en plus insupportable. Il y a comme une prédétermination à vivre dans la fatalité, une résignation à passer à côté de sa vraie vie tout en développant un système d’apparences qui ne trompent que celles et ceux qui les créent. On est surpris de ces coups de théâtre et encore plus de l’absence de réactions qu’ils entraînent.
Ensuite, et surtout, parce que l’écriture est d’une platitude et d’une banalité navrante. Certes, on peut y voir là un système renforçant le malaise qu’inspire ce livre. Mais fallait-il inonder le récit de lieux communs, de dialogues d’une vacuité désespérante ?

Enfin parce que la fin était prévisible. Tant qu’à n’apporter aucune réponse, le roman aurait peut-être gagné à laisser planer le doute sur le sort de Quentin, cet ange troublant et froid, si peu vivant, pour lequel on ne peut qu’éprouver à la fin de l’antipathie pour le mal qu’il crée, volontairement ou non, autour de lui.

Pourtant, ce roman sut trouver son public et gagner une certaine reconnaissance. Le mieux sera de vous en faire votre propre opinion même si, pour ma part, je le range plus dans la catégorie des dérangeants que des indispensables.

Publié aux Editions Fayard – 2013 – 401 pages

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Armide
Armide
DVD ~ Jean-Baptiste Lully
Prix : EUR 39,00

4.0 étoiles sur 5 Un grand moment d'opéra, 21 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Armide (DVD)
On aura beaucoup décrié la mise en scène de Robert Carsen d'ailleurs sifflée lors de la Première au TCE avant que de trouver son public et de recevoir les applaudissements mérités comme en témoignent les saluts du metteur en scène en fin de représentation.

Pour ma part, j'aime à y voir ce qu'elle a d'essentiel, en dépit de ses insuffisances certaines ou de ses parti-pris (mais quel metteur en scène n'en a pas comme une sorte de signature immédiatement reconnaissable tel un Olivier Py qui parsème ses interventions de corps totalement dénudés sans qu'on en saisisse toujours - loin s'en faut - l'intérêt ou la nécessité...).

Pour décoder cette approche scénique, il me semble qu'il faut avoir en tête quelques éléments fondamentaux. D'abord, Armide est un drame psychologique, le premier du genre en matière d'opéra tout court. En cela, il marqua son temps et les esprits. Ecouter avec attention la versification merveilleuse de Quinault nous montre, outre la beauté irrésistible d'une langue qui a gardé toute sa force et son immédiateté à travers les siècles, combien la tension psychologique et érotique est permanente, comment les coeurs et les esprits sont troublés au point de faire perdre toute raison, toute volonté même à ces deux êtres de fer que sont Armide, la princesse musulmane magicienne et Renaud, le chevalier chrétien sans peur. Une telle tension est traduite de façon constante dans la musique, comme dans le fameux air de l'Acte II, monstre sacré de la musique française, véritable révolution musicale dans l'approche scripturale puisque Lully, au lieu de donner toute la puissance de l'orchestre au moment où la belle tient en son pouvoir Renaud et peut l'achever, cède sans comprendre au choc de l'amour passion, Lully donc, concentre tout sur le texte et un récitatif inouï jusqu'ici, accompagné de la seule basse continue. Oublier ce moment essentiel de l'oeuvre, c'est passer à côté de tout ce qui y est écrit, avant et après. Or, c'est ce moment que Carsen a avant tout en tête. Un moment qui tire Armide de son lit princier qu'elle occupe seule et altière pour y revenir ensuite avec l'être aimé, le soumettre à ses désirs et s'enchaîner à lui au point d'en devenir définitivement dépendante. Un moment d'une densité folle et qui appelle, du coup, une mise en scène resserrée, en clair-obscur comme ces sentiments qui ne cessent de passer de la haine à la passion, de la violence au calme qui suit l'amour.

Quinault et Lully ont voulu un opéra centré sur Armide (d'abord) et Renaud (plus accessoirement). Une Armide prête à tout pour assumer son pouvoir seule avant que d'être ravagée par la découverte de l'amour et d'en perdre ses moyens. C'est cela que souligne avec une justesse absolue la mise en scène de Carsen avant tout.

Dire que parce que Carsen permet à une bande de choristes déguisés en touristes de faire irruption dans la salle avant de nous emmener dans une visite guidée de Versailles est parce qu'il nous traite en touristes de l'oeuvre me paraît être un contresens absolu.

La question qui se posait était celle du traitement de l'imposant prologue. Pensez : presque trente minutes de musique à la gloire du Roi Soleil, Quinault faisant assault d'intelligence pour passer la brosse à reluire sans oublier la moindre couture de l'auguste personnage royal, souverain de la terre. Du coup, tourner cela en une visite guidée commençant par l'exposition des tableaux gloire du Prince puis se transmuant en un spectacle de danse débridé et drôle dans la salle des glaces aimablement mise à disposition par le Conervateur, est plutôt un trait de génie, un moyen incroyablement moderne et réussi pour rendre supportable et lisible la partie la plus historiquement datée de l'oeuvre.

Enfin, il convient de garder en tête qu'Armide est un opéra-ballet. Comme tel, la chorégraphie y tient une place essentielle. Carsen, en accord avec Christie, n'a procédé à aucune coupure, la musique se justifiant en soi. Il en a fait une suite de mouvements accompagnant le lent déroulement de l'intrigue. L'unité des costumes tout d'argent ou tout de robes rouges unisexes troublantes apporte beaucoup au propos du centrage psychologique. Le gris tranche sur le noir des décors, la noirceur de l'âme tourmentée d'Armide, souligne le hiératisme d'une vie sans amour. Le rouge dit le désir, la tentation, le viol, la puissance et la gloire, l'amour et la mort à venir. On passe sans cesse de l'un à l'autre au rythme des changements d'état d'esprit des protagonistes. Seulement, effectivement, les mouvements auraient mérité à être travaillés. On est loin du code baroque et plus proche des gesticulations de boîte de nuit au goût douteux...

Voici donc pour ma lecture de la mise en scène que je souhaite défendre pour son intégrité intellectuelle globale, sa logique décodable malgré ses faiblesses.

Armide reste, avant et après tout, un opéra majeur où la musique l'emporte superlativement. Or, c'est bien une superlative Stéphanie d'Oustrac qui nous subjugue tant par sa voix que par son jeu d'actrice qui habite entièrement son personnage. Regardez ses yeux, ses postures : tous les sentiments y sont affichés avec intégrité. C'est la folie, l'amour du pouvoir, la détresse de la perte, le sourire de l'amante, le trouble de ne pas comprendre qui sont incarnés.

Du coup, Paul Agnew paraît bien fade avec un jeu très sobre. Sans doute est-ce voulu pour souligner qu'il n'est in fine que la victime non-consentante d'un enchantement et que, sa lucidité retrouvée, le naturel reprendra ses droits comme semble le souligner l'ultime scène.

Vocalement, tout est parfait. Musicalement, on est sur un nuage avec des Arts Florissants au sommet de leur art et une captation de très haut niveau.

Alors oui, le côté féérique si important dans l'opéra de l'époque, a plutôt disparu et ce ne sont pas exactement les danses lascives de la très belle jeune femme nue du IVeme acte, à peine dissimulée derrière des voiles, rappelant les pouvoirs ensorcelants d'Armide qui y changeront grand chose. Mais le spectacle n'en reste pas moins total et totalement cohérent, de très haut niveau, nous faisant passer trois heures (interviews à voir comprises) de bonheur.


Lakmé
Lakmé
DVD ~ Leo Delibes
Prix : EUR 28,00

4.0 étoiles sur 5 Un choix par défaut qui trouve sa place malgré d'indéniables limites, 21 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lakmé (DVD)
Les amoureux de l'opéra de Delibes n'ont pas vraiment l'embarras du choix en matière de DVD de son chef-d'oeuvre Lakmé. En toutes zones n'existe que cette production de l'opéra australien de Sydney qui, malgré ses faiblesses sur lesquelles nous allons revenir, se tient.

Les trois bonnes surprises pour commencer par le meilleur sont à mettre au compte d'Emma Mathews, de la mise en scène et du chef, Emmanuel Joel-Hornak.

Emma Mathews n'a guère le physique de l'emploi, Lakmé étant censée être une jeune femme irrésistible à peine sortie de l'enfance et à la sensualité à fleur de peau. Mais comme le reste de la production est étagée dans une zone d'âge où l'on est plutôt censé vivre des amours moins tumultueuses, on se dit qu'il s'agit d'une distribution relativement homogène par défaut probablement. Elle compense son manque de sex appeal par une présence scénique remarquable et, surtout, par un timbre de voix et une facilité à se déjouer des airs redoutables concoctés par Delibes qui laisse assez pantois. L'émission est toujours claire, naturelle, pas du tout forcée et semble être effectuée avec une aisance (trompeuse) qui suscite l'adhésion. Et c'est bien là l'essentiel de ce que l'on attend d'une chanteuse lyrique bien évidemment. Le fameux duo de l'acte un est une pure merveille avec une autre Matthews (Malissa) parfaite dans son rôle de dame de compagnie et confidente.

Finalement, la mise en scène un peu kitch et naïve avec ses lotus peints, ses floraisons abondantes, ses costumes chatoyants sert à la perfection une distribution un peu suranée. Les mouvements de foule, les maquillages outranciers parfois, les jeux de lumières et les broderies superbes des costumes à commencer par les robes de Lakmé rendent bien cette chatoyance, cette explosion de couleurs dans une chaleur de four qui caractérisent l'Inde. On s'y fait très vite d'autant que cela donne une grande cohérence à une oeuvre au livret un brin pompeux et daté.

Le chef (que je découvrais) sait tirer le meilleur de l'orchestre de l'opéra de Sydney dans une partition française pleine de subtilités et soutient admirablement ses chanteurs en proposant un équilibre absolu entre partie vocale et orchestrale.

Les limites viendront tout d'abord de la prononciation française parfois massacrée, toujours un brin laborieuse ce qui affaiblit l'oeuvre. Mais c'est surtout côté distribution masculine que l'on restera sur une certaine réserve. Si les graves de Stephen Benett sont bien assis, la voix montre vite ses limites dès qu'il s'agit de monter dans les aigüs et le beau chant de disparaître. De même, Di Toro (qui lui non plus n'a rien du physique de l'emploi au point que cela en devient parfaitement ridicule) éprouve bien des difficultés à conserver légéreté et aisance dès qu'il s'agit de monter ou de passer au-dessus de l'orchestre.

On ne tient donc pas là une référence absolue car les réserves sont trop nombreuses. Mais cette seule version au catalogue saura trouver sa place et rendre suffisamment grâce à l'une des grandes pages de l'opéra romantqiue français, ceux d'une époque où l'orientalisme et ses rêveries érotiques ont su inspirer de fort belles choses.


Descente aux grands crus
Descente aux grands crus
par Paul Torday
Edition : Poche
Prix : EUR 8,10

4.0 étoiles sur 5 A lire sans modération, 19 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Descente aux grands crus (Poche)
Après s’être illustré dans « Partie de pêche au Yemen », très remarqué et qui devint rapidement un best-seller mondial, l’inclassable Paul Torday nous livre avec son deuxième roman, « Descente aux grands crus », une sorte de farce incroyablement sournoise et douloureuse, sans concession pour les personnages typiquement britanniques qu’elle met cyniquement en scène.

En dépit d’une écriture d’une grande simplicité, Torday a la capacité immédiate à solliciter l’attention de son lecteur, à l’attirer dans l’univers qu’il met rapidement en place, grâce à l’originalité des situations envisagées ainsi qu’à la densité psychologique de ses personnages.

Car, au final, c’est bien le processus psychologique global qui est mis en scène pour décrire par le menu ce qui va faire de Wilberforce, un trentenaire à qui jusqu’ici tout avait réussi, une épave ravagée par l’alcoolisme. Comme, en outre, Torday illustre avec la juste dose, les processus de la chimie du cerveau qui conduisent à l’auto-destruction de Wilberforce, on assiste, fasciné, à ce qui constitue au fond un suicide plus ou moins conscient d’un homme dont on comprend qu’il a tout perdu, à commencer par le sens à donner à une vie qui fut périodiquement violemment, presque sismiquement, ébranlée par des ruptures de sens, mal préparées, subies ou provoquées, souvent excessives. Au fond, Wilberforce devient la victime excessive d’un excès d’excès.

La grande originalité et la force du récit tiennent au parti pris narratif. Au lieu d’avoir un discours narratif qui avance, Torday choisit d’organiser son roman en quatre grandes sections qui remontent dans le temps de 2006 à 2002.

Sur ces quatre années, un processus inéluctable va se mettre en œuvre faisant de Wilberforce ce qu’il est devenu, sans espoir de retour. Quatre années durant lesquelles la vie du personnage principal va se trouver chamboulée. Quatre années au terme desquelles, il se retrouve presque par hasard, en tous cas sans s’y être préparé, à la tête d’une cave de cent mille bouteilles qu’au lieu de gérer et de faire fructifier, il va se mettre à boire un peu, puis de plus en plus jusqu’à descendre un minimum de cinq bouteilles par jour.

Comment cet homme sobre, qui détestait l’alcool, qui était tout entier consacré à son entreprise qu’il avait créée avec succès a-t-il pu en arriver là ? C’est à cette question fondamentale que Torday apporte une réponse troublante qui démontre que la vie de chacun de nous peut tout à coup sombrer dans une spirale infernale faute de pondération, de préparation, de force de volonté minimale surtout si elle subit les assauts inéluctables que la vie nous réserve.

Ces quatre années firent passer Wilberforce du statut d’entrepreneur à celui de dilettante, de célibataire à marié puis veuf, d’asocial à celui d’un garçon entrainé malgré lui dans les excès de l’aristocratie anglaise, de cadre sans bien à celui d’un indépendant riche et qui n’a pas su gérer sa fortune.

Quatre années pour se détruire, tout perdre et sombrer dans une vie qui gomme la réalité mais reste persécutée par des scènes imaginaires, fabriquées par un cerveau qui se nécrose au point d’effacer toute frontière entre la réalité et les constructions de l’esprit.
Il en résulte un livre fascinant, noir et troublant, un de ces livres que nous aimons sur Cetalir.

Publié aux Editions JC Lattes – 2009 – 332 pages

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Un hasard nécessaire: Roman - traduit de l'allemand par Frédérique Laurent
Un hasard nécessaire: Roman - traduit de l'allemand par Frédérique Laurent
par Martin Mosebach
Edition : Relié
Prix : EUR 21,50

3.0 étoiles sur 5 Un livre qui ne se laisse pas facilement appréhender, 11 juillet 2014
Il est encore trop tôt pour dire si Martin Mosebach deviendra le Thomas Mann de la société allemande de ce début de XXIème siècle. Toujours est-il qu’il est impossible de ne pas penser à son aîné à la lecture de ce roman social, complexe et aux multiples enchevêtrements.

Un roman qui part d’un prétexte, anodin et à peu près sans importance car, à la fin, il importe peu de savoir si l’épouse à laquelle son mari confie le coup de foudre qu’il a éprouvé un jour pour une jeune inconnue dans un train et qu’il pensait, à tort, ne plus revoir, prendra mal ou non cette confession.

Ce n’est pas cette passion et ses circonvolutions qui sont le thème du roman mais simplement la trame sur laquelle repose l’analyse acérée des grands et petits maux de la haute bourgeoisie allemande. Un microcosme obnubilé par la puissance qu’apporte l’argent, soucieux de préserver ses intérêts mais surtout ses apparences, celle d’une unité, surtout si elle est familiale, malgré les déviances, les brebis galeuses, les coups de canif répétés au conformisme ambiant.

Ce sont ces fissures qui deviennent des lézardes abyssales qu’explore en détail Mosebach, sans concession ni tendresse pour ses personnages aux travers bien humains, faits beaucoup plus de petitesse que de noblesse. L’amitié compte peu quand elle doit être sacrifiée aux apparences. La loyauté familiale doit survivre à tout, y compris aux pires trahisons.

Ce théâtre presque Brechtien se déroule souvent dans un grand appartement sous les yeux d’un cacatoès blanc acheté pour servir de symbole vivant de la beauté, sorte d’esthète emprisonné pour le plaisir un peu dédaigneux de contemplateurs qui finissent par l’oublier. Plus l’oiseau devient malgré lui le témoin des déviances de ceux qu’il croise malgré lui, enfermé dans sa cage, plus il plonge dans la mélancolie et la folie au point qu’il en finira mal, devenant une sorte de victime expiatoire d’un microcosme qui évacue allégoriquement ses péchés capitaux.

Lire ce roman nécessite un effort certain : celui d’accepter la profusion des personnages, de jongler avec des époques, des lieux et des situations qui se chevauchent, de se laisser perdre dans un réseau d’histoires qui finira par plus ou moins se démêler avec un modeste coup de théâtre final. Pas forcément un immense roman, comme pourraient le laisser supposer les commentaires dithyrambiques de la jaquette, mais un roman qui compte.

Publié aux Editions Bernard Grasset – 2013 – 379 pages

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Un bébé d'or pur
Un bébé d'or pur
par Margaret Drabble
Edition : Broché
Prix : EUR 22,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 L'un des plus beaux livres de Drabble, 7 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un bébé d'or pur (Broché)
Margaret Drabble, à soixante-dix ans, avait déclaré renoncer à l’écriture et se couler dans une paisible retraite. Cinq ans plus tard, la parution de son dix-huitième roman, celui-ci, vient démentir ses dires pour nous donner l’un de ses meilleurs livres.
« Un bébé d’or pur » est une figure de style imaginée par la femme de lettres Sylvia Plath dans l’un de ses poèmes. Une expression douce et lumineuse pour parler de ces enfants qui sont différents des autres simplement parce qu’attardés ou handicapés d’une manière ou d’une autre. Du coup, Margaret Drabble a concocté ici un bien beau roman sur l’innocence, sur la façon dont la venue d’un tel être, qu’il faut aimer et protéger, bouleverse les vies de ceux qui les accueillent, des renoncements auxquels ils obligent irrémédiablement.

C’est une amie de la famille qui tiendra ici la plume et nous contera ce qu’elle aura vu, perçu ou entendu des vies qu’elle aura côtoyées et dont elle aura retenu les confessions partielles, intimes, magnifiquement douloureuses et dignes.

Du coup, c’est l’histoire contemporaine de l’Angleterre qui défile aussi sous nos yeux, des années soixante à nos jours. Une histoire marquée par la libération des femmes qui auront appris à se méfier des hommes au point de s’en passer, comme Jess, cette ethnologue de formation, devenue journaliste indépendante par nécessité, qui élève seule sa fille Anna, son bébé d’or pur. Du père, son professeur à la fac, nous ne savons presque rien si ce n’est qu’il fut veule, absent mais bon amant. D’ailleurs les hommes ne font que de brefs passages dans ce livre où des femmes ordinaires doivent apprendre à faire face à des situations extraordinaires. Ils sont tolérés pour un moment, plus ou moins bref, s’ils amusent, contentent les besoins du corps, apportent un réconfort avant que d’être gentiment et proprement écartés.

Pendant que l’Angleterre voit la pilule arriver, bouleversant le rapport de force homme/femme, et la spéculation immobilière devenir galopante au point de faire des propriétaires de petites maisons dans un coin de banlieue londonienne verdoyante des multimillionnaires potentiels, Jess consacre sa vie à sa fille Anna. Une fille qui malgré l’âge qui avance, reste et restera dépendante de sa mère car incapable de lire, d’écrire, de comprendre ou de faire le mal, toujours souriante quelles que soient les circonstances. Lorsque l’éloignement devient une nécessité pour se sociabiliser, enseigner les gestes et les comportements fondamentaux, il n’est que le prétexte à des retrouvailles fusionnelles que rien, et surtout pas un homme, ne pourra entamer.
Il ne se passe finalement pas grand-chose dans ce roman qui prend son temps, celui de deux vies intimement liées ; deux vies qui s’écoulent pendant que la société se transforme et rend progressivement « normal » ce qui apparaissait au début comme un comportement pour le moins inhabituel, celui d’une mère célibataire élevant seule sa fille attardée.

Avec autant d’intelligence qu’elle en donne à ses personnages tous issus de milieux intellectuels, capables d’analyser ce qui se passe en eux et autour d’eux, Margaret Drabble nous livre un roman touchant, sincère et simplement beau.

Publié aux Editions Christian Bourgeois – 2014 – 434 pages

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L'open-space m'a tuer
L'open-space m'a tuer
par Thomas Zuber
Edition : Poche

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 Un titre accrocheur pour un contenu à peu près vide..., 4 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'open-space m'a tuer (Poche)
L’open space m’a tuer – Alexandre des Isnards et Thomas Zuber

Derrière ce titre racoleur qui fait référence à l’assassinat jamais résolu de la vieille dame de Nice, se cache un pamphlet contre les méthodes des entreprises informatiques en général envers leurs jeunes embauchés.

Construit sur le fruit des observations personnelles des auteurs, largement complétées par les contributions motivées de leurs réseaux, ce livre donne une image désastreuse, et déformée, du monde de l’entreprise moderne. C’est à croire que les employeurs des grandes entreprises de conseil et d’informatique n’ont d’autres buts que de presser le citron à leurs collaborateurs pour les jeter le plus vite possible ensuite.

C’est donc un procès à charge qui est instruit par accolage d’anecdotes ou d’histoires personnelles. Même si, comme partout ailleurs, il existe des comportements condamnables et des dérives, je puis assurer que ce n’est pas la pratique institutionnelle de cette Industrie. Voilà donc un livre trompeur et fort peu recommandable.

Etant dans le métier depuis 28 ans et dans des fonctions de responsabilités importantes depuis 15 ans, je pense pouvoir prétendre savoir de quoi il retourne. Il est vrai que j’ai pu observer par moi-même des situations à la limite du harcèlement. Elles sont le plus souvent l’expression de managers en butée de capacités et qui, de ce fait, seront les victimes suivantes de leurs pratiques inacceptables.

Comment croire qu’une profession qui emploie des centaines de milliers de collaborateurs en France n’aurait d’autres buts que de dégoûter les jeunes embauchés qu’elles ont par ailleurs eu le plus grand mal à recruter ? C’est juste stupide.

Il est regrettable que ce livre, par ailleurs assez mal écrit, fasse l’impasse sur la moindre démarche scientifique et ne donne pas la parole à ceux contre qui il s’adresse. Il ne pourra séduire que les convertis d’avance mais ne peut en aucun cas se prétendre représentatif d’une norme professionnelle. La seule réalité est que le monde du travail moderne et occidental est beaucoup plus demandeur qu’il ne l’était il y a vingt ou trente ans. En sont la cause la rapidité des mutations technologiques, la pression incessante de la concurrence, l’exigence croissante des clients et c’est cela qui engendre une pression effectivement considérablement plus forte qu’elle ne l’a jamais été. Sauf à remettre en cause notre société et à se voiler la face sur la détermination des pays asiatiques à prendre la main (et là, je parle d’expérience, la pression n’a rien à voir !), c’est un fait établi avec lequel il faut composer. Il requiert capacité à s’adapter, à travailler en équipe, à faire preuve d’imagination et de créativité renouvelée pour conserver un avantage concurrentiel déterminant. Si un jeune diplômé n’y est pas prêt, il y aura inadéquation avec le monde du travail privé, quelque soit l’industrie. C’est sans doute la seule chose à retenir de cette navrante lecture.

Publié aux éditions Hachette Littérature – 2008 – 212 pages


Penderecki : A sea of dreams did breathe on me. Matula, Rehlis, Skrla, Rajski.
Penderecki : A sea of dreams did breathe on me. Matula, Rehlis, Skrla, Rajski.
Prix : EUR 20,74

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Superbe !, 2 juillet 2014
Décidément, la collection spéciale éditée par la maison DUX à l'occasion du soixantième anniversaire des choeurs et orchestre de Podlosie nous réserve bien des trésors !

"A see of dreams breathe on me" est un cycle de lieder pour orchestre composé sur des poèmes polonais souvent écrits par des auteurs en exil, ayant du quitter un pays en proie aux outrances communistes. En tant que tel, il fait donc partie des très rares pièces jamais écrites par Penderecki en polonais, sa langue maternelle, qu'il considère comme pratiquement inchantable surtout par des non polonais.

Ici, tous les artistes sont polonais et maîtrisent donc, outre la technique musicale, la langue des textes et cela fait assurément une différence. La musique y est de forme très classique, multi-tonale, très caractèristique des oeuvres récentes, apaisées, du compositeur.On se coule dans ce cycle comme dans un bain apaisant tant la musique y est captivante et enveloppante.

Pour moi qui connais très bien l'oeuvre de Penderecki, on tient là une de ses plus belles réalisations avec "Les Portes de Jérusalem" dans son catalogue d'oeuvres pour orchestre.

Superbe interprétation et prise de son idéale font de ce disque un must.


Gabriel Dupont / Oeuvres pour Piano
Gabriel Dupont / Oeuvres pour Piano
Prix : EUR 19,43

4.0 étoiles sur 5 A découvrir absolument, 2 juillet 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Gabriel Dupont / Oeuvres pour Piano (CD)
Gabriel Dupont connut un destin tragique. Il contracta la tuberculose lors de son service militaire et mourut à trente six ans, à l'aube de la première guerre mondiale après avoir passé l'essentiel de son temps, malade, enfermé dans des santoriums ou dans des petites chambres parisiennes.

Sa musique aurait pu, du coup, être d'une grande tristesse et exprimer les regrets d'une vie gâchée. Au contraire, elle est la joie même, celle que l'esprit imagine et élabore quand le corps épuisé interdit les déplacements. C'est donc spirituellement et musicalement que Gabriel Dupont se transporta, écrivant une musique typiquement française, encore très romantique. Une musique essentiellement pour piano ainsi qu'un superbe quintette avec piano enregistré ici (pour la première fois, je pense...). On y entend les grands espaces, la mer, le vent, le soleil mais aussi les jeux d'enfants comme dans certains des extraits des cahiers de piano proposés ici.

Ecouter ces pièces, c'est tomber sous le charme d'une musique totalement méconnue. De la très grande musique qui mérite qu'on s'y arrête, qu'on prenne le temps de l'écouter et de la savourer. On doit ce petit miracle à la pianiste un peu iconoclaste qu'est Marie-Christine Girod qui défend avec acharnement l'oeuvre de Dupont ainsi que celle de bien des compositeurs de talent mais qui n'on pas forcément les faveurs d'un public non averti.

Si vous aimez la musique française de facture classique, la belle musique de chambre, le piano raffiné, ce disque est assurément pour vous !


Claude Debussy: Musiques du Prix de Rome, Vol. 1
Claude Debussy: Musiques du Prix de Rome, Vol. 1
Prix : EUR 32,90

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4.0 étoiles sur 5 Raretés absolues, 2 juillet 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Claude Debussy: Musiques du Prix de Rome, Vol. 1 (CD)
La magnifique collection consacrée aux grands compositeurs français ayant bénéficié d'une pension à la Villa Médicis présente le double avantage de nous révéler des oeuvres absolument inconnues, voire jamais enregistrées, et d'emballer le tout dans un coffret livre toujours très documenté et instructif.

On y découvre ici le jeune Debussy, celui que ses professeurs au Conservatoire voyaient comme un élève assurément doué mais indomptable car obstiné à rechercher des nouvelles sonorités, des rythmes et des accords qui se voulaient résolument choquants pour les prudes oreilles conformistes de l'époque.

Concourir pour le Pirx de Rome fut un exercice hautement académique et pour le coup, très conformiste. C'était, surtout à cette époque (fin XIXème tout début XXème, l'étape obligée pour tenter de se faire un nom et une place au soleil, accéder à la reconnaissance, espérer bénéficier de commandes officielles et, surtout, d'une pension pendant les quatre années du séjour romain. Du coup, il ne faut pas attendre du genre imposé qu'il permette une grande liberté d'expression. Le style et la forme y importaient plus que le fond...

Il fallait donc se plier à la composition de pièces imposées dont le fameux oratorio censé condenser sur un texte obligé tout ce que l'opéra est capable de produire en aria, duo, effets choraux ou d'orchestre. La pièce écrite par Debussy répondit parfaitement au schéma imposé et sut séduire les jurés. Aujourd'hui, elle nous paraît surtout artificielle comme un savant mais pas très original mélange de Meyerbeer, Massenet voire un brin de Berlioz. Une rareté mais qui ne constitue pas la pièce maîtresse du lot.

Ce sont finalement surtout les pièces pour piano et voix qui traduisent le mieux la personnalité en construction du compositeur. On y entend déjà la subtilité et la perfection pianistique dans un style qui préfigure l'impressionisme tout proche, très français et d'une grande élégance. On y entend ici aussi, très furtivement, l'echo à venir du chant de Pelleas et Mélisande, cette prosodie unique et qui fera date, changeant à tout jamais le cours du genre opératique.

L'interprétation de ces pièces de genre est excellente, convaincue et convaincante malgré un intérêt formellement variable. Personnellement, ce sont surtout les oeuvres les plus tardives, celles composées comme pensionnaire et non comme appliquant au concours qui m'ont le plus séduit. Il y règne une plus grande liberté de ton dans la recherche d'une grande élégance restant encore fondamentalement classique.

On sera plus réservé sur la prise de son, d'habitude excellente dans cette collection, mais qui ici a tendance à saturer dans les aigüs et à placer les voix de façon un peu lointaine.


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