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Contenu rédigé par Yves Léonard
Classement des meilleurs critiques: 71
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Commentaires écrits par
Yves Léonard (Languedoc)
(TOP 100 COMMENTATEURS)   

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La pensée égarée: Islamisme, populisme, antisémitisme : essai sur les penchants suicidaires de l'Europe
La pensée égarée: Islamisme, populisme, antisémitisme : essai sur les penchants suicidaires de l'Europe
par Alexandra Laignel-Lavastine
Edition : Broché
Prix : EUR 18,00

23 internautes sur 24 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La boussole., 1 juin 2015
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Je ne saurais trop recommander cet essai vigoureux d'Alexandra Laignel-Lavastine. L'auteur, philosophe et historienne des idées y dénonce l'aveuglement de nombreux intellectuels de sa famille politique, la Gauche, dans les années et les mois qui ont précédés les carnages de janvier 2015. Membre de la communauté juive et vivant dans le 93 elle sait ce qu'il en est de l'antisémitisme épidermique dans certaines banlieues mais aussi de celui plus sournois qui dans la Gauche radicale relaie maintenant parfois celui traditionnel de l'Extrême-Droite.
Dans ses ouvrages précédents Alexandra Laignel-Lavastine s'était attaché à tenter de comprendre ce qui caractérise l'esprit Européen et cela notamment à travers l'étude des intellectuels dissidents d'Europe de l'Est lors des dernières décennies du communisme. Jan Patocka, Czeslaw Milosz, Adam Zagajewski entre autres constituent ses références aux côtés de Hannah Arendt et de ceux qui ont réfléchi sur le phénomène totalitaire. C'est en s'appuyant sur l'expérience de ces penseurs tchèques et polonais admirables de dignité intellectuelle et de courage physique qu'Alexandra Laignel-Lavastine nous invite à retrouver notre lucidité en n'étant pas dupe des stratégies de victimisation et de notre mauvaise conscience post-coloniale.
Pour autant Alexandra Laignel-Lavastine n'est pas récupérable par l'Extrême-Droite et se distingue clairement d'un Zemmour. Elle en appelle au fond à un dépassement des antagonismes qui ne fasse pas l'impasse sur les réalités, notamment celles de l'Islam d'aujourd'hui tel qu'il est vécu et perçu. Sur un autre plan ce dépassement est aussi celui de l'opposition entre le romantisme et les Lumières, ou encore entre l'exacerbation individualiste et la fixation communautaire.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 8, 2015 6:09 PM MEST


Ça aussi, ça passera
Ça aussi, ça passera
par Milena Busquets
Edition : Broché
Prix : EUR 17,00

1 internaute sur 4 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Vivre d'abord., 25 mai 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Ça aussi, ça passera (Broché)
C'est un excellent roman que nous propose la jeune romancière catalane Milena Busquets, un roman intense et léger qui se lit d'une traite et parlera à coup sûr à la sensibilité des nouvelles générations. Blanca, la narratrice qui vient d'avoir quarante ans, qui a déjà eu deux maris, un enfant avec chacun, et une belle collection d'amants, vient de perdre sa mère et entretient avec ses souvenirs de celle-ci un dialogue mental quelque peu obsessionnel.
Blanca, intelligente et chaleureuse, revenue de beaucoup d'expériences mais aimant toujours profondément la vie, se trouve désemparée à ce moment de son existence, sa mère à la forte personnalité constituant ses repères, sa boussole, son père étant décédé il y a très longtemps. Elle décide d'emmener toute sa tribu ; ex-maris, amant, enfants, copines, chien, à Cadaquès dans la maison d'enfance familiale. C'est la vie de tout ce petit monde branché avec ses fêtes, ses sorties en mer, ses flirts, ses joints et ses inquiétudes sous-jacentes face au passage du temps et aux aspirations de jeunesse plus ou moins abandonnées qui est décrite. Mais ce qui pourrait paraître superficiel est en fait un portrait d'époque et d'un certain milieu assez juste et qui comporte bien des accents de vérité. L'écriture alerte de Milena Busquets n'y est pas pour rien ainsi que la tension qu'elle sait maintenir dans la vie affective de son personnage et sa quête de la présence maternelle. Blanca ira jusqu'au bout de sa crise intérieure avant d'en émerger apaisée.
J'ai lu quelque part que certains évoquaient Françoise Sagan à propos de Milena Busquets, ce n'est pas idiot.


Et si on aimait la France
Et si on aimait la France
par Bernard Maris
Edition : Broché
Prix : EUR 15,00

10 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 L'amour tranquille, 18 mai 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Et si on aimait la France (Broché)
C'est une réflexion de houellebecq estimant "ne rien devoir à son pays" qui a provoqué chez Bernard Maris la réflexion à l'origine de ce livre. Maris n'est pas d'accord, il estime, lui, qu'il y a une dette réciproque entre un pays et ses écrivains, d'une manière plus générale entre un pays et ses habitants. Mais déjà bien avant ce déclic le rapport à la terre nourricière et à la patrie le questionnait. Bernard Maris était le gendre de Maurice Genevoix (auquel il a consacré un beau livre :" L'homme dans la guerre : Maurice Genevoix face à Ernst Jünger"), l'écrivain de la guerre de quatorze mais aussi le chantre du terroir solognot.Son admiration pour l'oeuvre de l'académicien l'avait préparé à cette mutation.
Et donc, ce livre étonnera ceux qui voyaient uniquement en Bernard Maris l'économiste de la Gauche écolo, et il est probable que s'il n'était tombé le 7 janvier sous les balles des frères Kouachi, il aurait eu à affronter certaines polémiques. O bien sûr Maris n'était pas devenu un économiste orthodoxe mais il n'y a pas de véhémence contestataire, d'indignation facile ni de pseudo radicalité à peu de frais dans son livre. Bernard Maris pense en homme libre et ne s'encombre pas trop des positionnements. Aujourd'hui les langages sont codés, aborder tel ou tel sujet vous classe immédiatement sur l'échiquier politique, de même que les références à tel ou tel auteur, les policiers de la pensée veillent à Gauche comme à Droite. Or de tout cela Bernard Maris se fiche comme d'une guigne. Lui, l'homme de Gauche n'hésite pas à parler des voyous de banlieue qu'il ne faut pas confondre avec des révolutionnaires, il se réfère à plusieurs reprises à Alain Finkielkraut, Philippe Muray ou Michel Houellebecq, il s'appuie sur les travaux de Christophe Guilluy qui inspirent généralement davantage les penseurs classés à Droite. Bref, il n'est pas forcément là ou on l'attendait et c'est ce qui fait le prix de cette méditation quand on sait combien depuis le 7 Janvier on a besoin d'une parole non stéréotypée.
C'est pourquoi je dois dire que ce livre, qui souffre un peu de ne pas avoir été relu et peaufiné, m' a été particulièrement agréable. J'ai apprécié que cet homme, tellement sympathique, issu d'un milieu populaire, parle de la France qu'il aime avec simplicité (l'emphase n'est vraiment pas le genre de la maison), avec son humour coutumier, avec lucidité surtout. Curieusement celui qui, dans les jours qui suivaient la remise de son manuscrit, allait être fauché par les balles des assassins exprime sa gratitude envers ses parents et aïeux, le patrimoine de son pays, ses paysages et sa culture, ses paysages cultivés...
Bernard Maris, enfant de la Garonne "redoutable" avait fini par vivre dans la maison héritée de Maurice Genevoix sur les bords de la Loire "paresseuse". Il s'y est pacifié et c'est un amour profond et tranquille pour son pays qu'il a voulu nous transmettre dans cet ultime message.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 9, 2015 12:40 PM MEST


Entre deux mers
Entre deux mers
par Axel Kahn
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Que la montagne est belle !, 10 mai 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Entre deux mers (Broché)
De mai à août 2013 Axel Kahn avait traversé en marchant la France en diagonale des Ardennes au Pays Basque. De sa randonnée il avait tiré un livre, "Pensées en chemin" qui m'avait enthousiasmé. L'année suivante à la même période il entreprend une autre diagonale pédestre de la pointe du Raz à Menton, et là aussi il fait le récit de son voyage dans ce " Entre deux mers, voyage au bout de soi".
Je n'ai pas tout à fait retrouvé dans ce second épisode le plaisir que m'avais procuré le premier. Est-ce mon usure de lecteur? Ou bien la sienne de marcheur qu'il confie volontiers car le corps du septuagénaire a été vivement sollicité et a été source de bien des soucis durant le trajet et de questionnements une fois celui-ci achevé (d'où le sous-titre "voyage au bout de soi").
Cette réserve posée il s'agit tout de même d'un très agréable moment que nous passons en compagnie du généticien randonneur qui est aussi un remarquable conteur et un esprit curieux à l'affût de ses propres sensations autant qu'à l'écoute des gens qu'il rencontre chemin faisant. Il faut dire aussi qu'Axel Kahn choisit avec soin et beaucoup de goût ses itinéraires. Il nous emmène à bon rythme mais tranquillement, puisqu'il s'agit de marche, à travers des régions que, peut-être, beaucoup d'entre nous ne connaissent pas car elles sont à l'écart des sentiers trop parcourus. Certains lieux impressionnent particulièrement le marcheur qui s'attarde alors pour les décrire avec justesse, il a le sens des moments privilégiés et sait en faire profiter le lecteur. Il y a chez Axel Kahn une évidente générosité de tempérament.
Parmi ces moments (rives du lac de Guerlédan, traversée de la Brenne, de la haute Auvergne, des villages Drômois...) ,il en est un ou il connaît une sorte d'extase, à proximité de Crozat dans la vallée de la Creuse, comme l'année précédente sur les hautes crêtes du Velay.
Les ingrédients sont donc là. On a pourtant le sentiment que le marcheur a eu peur de s'ennuyer (il est vrai que cette fois-ci il a été amené à traverser de vastes espaces quasi désertiques) au point qu'il était accompagné d'une mascotte en peluche, sorte de double de lui-même avec laquelle il dialoguait. Certains pourront s'agacer de cet enfantillage qui est en fait la manifestation de la fraîcheur d'âme de l'auteur et au fond plutôt sympathique.
A tous ceux qui aiment la France et sont avides de la découvrir au plus près je ne saurais trop recommander ce livre. Au moment de le quitter ils seront sans doute dans l'état d'esprit du marcheur lorsqu'il arrive par les Alpes au-dessus de Menton et qu'il lui faut redescendre vers la civilisation urbaine : Déjà!..J'étais si bien là-haut dans mes rêves..
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 9, 2015 12:41 PM MEST


Malaise dans l'inculture: essai
Malaise dans l'inculture: essai
par Philippe Val
Edition : Broché
Prix : EUR 20,00

6 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Ouvrir les yeux., 9 mai 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Malaise dans l'inculture: essai (Broché)
Certains se souviennent peut-être du Philippe Val bouleversé, presque hagard, qui venait exprimer sa douleur et son indignation sur les plateaux de TV les jours suivant les assassinats du 7 Janvier. Philippe Val, ancien directeur de Charlie Hebdo, venait de perdre quelques uns de ses plus proches amis et notamment Cabu et Wolinski qu'il aimait comme des frères.
L'homme a été secoué, il avait besoin de parler. Ce livre rédigé dans les semaines qui ont suivi les massacres conserve quelque chose du cri, une certaine fureur l'anime. Une fureur maîtrisée, argumentée, mais qui forcément paraîtra excessive à ceux qui sont la cible de l'auteur.
La brûlure impose, lorsqu'on s'appelle Philippe Val et qu'on a connu ce compagnonnage singulier, de ne plus se taire, de ne plus envelopper dans la soie la vérité que l'on ressent, quitte à rompre des lances. Oui Val polémique et son discours écorchera bien des oreilles, notamment chez les sociologues Bourdieusiens qu'il met en cause.
Mais avant Bourdieu, et surtout les disciples de Bourdieu, il y avait Jean-Jacques Rousseau que Philippe Val tient pour responsable des dérives ultérieures. Pour Val c'est Rousseau qui avec son mythe du bon sauvage et son rejet de l'institution est à l'origine du recul de la responsabilité individuelle et de la construction de la personnalité au-travers de l'échange social.
Ce que sont venus apporter les sociologues qui se réclament de Bourdieu, selon Val, c'est une forme de déterminisme, les conditions d'existence entraînant forcément certaines réactions, celles-ci étant justifiées par avance quelles que soient leurs pertinence et parfois leurs crimes. C'est ici évidemment qu'il peut y avoir discussion : la réponse à cette question de la détermination est propre à chacun et ne peut sans doute être exclusive. Mais il faut bien reconnaître que le parti pris systématique en faveur de ceux qu'on estime être les "dominés" peut vite nous amener à excuser toutes les dérives individuelles et collectives.
Philippe Val pense que la société Française est atteinte au plus haut point par ce mal, la sociologie Bourdivine y étant la vulgate intellectuelle. C'est ainsi que l'on n'a pas voulu voir la montée de l'Islamisme radical, les manifestations d'antisémitisme et d'intégrisme étant minimisées par désir de solidarité avec une population immigrée essentialisée en victime au delà même de ses conditions objectives d'existence. Le même prisme de lecture peut-être appliqué à bien des sujets et Philippe Val ne s'en prive pas.
Voilà pour l'axe principal de ce livre, écrit dans l'urgence mais bien écrit avec de fort belles pages sur l'amitié. Par ailleurs Val possède une vraie culture, en rien technocratique ni universitaire, et une expérience large de la vie. Son combat rejoint d'autres voix aujourd'hui à Gauche qui refusent les complaisances communautaristes. Le bras de fer est engagé, Philippe Val est suffisamment armé pour affronter les polémiques.


Les livres prennent soin de nous : Pour une bibliothérapie créative
Les livres prennent soin de nous : Pour une bibliothérapie créative
par Régine Detambel
Edition : Broché

12 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 L'équilibre par le livre, 27 avril 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Les livres prennent soin de nous : Pour une bibliothérapie créative (Broché)
Régine Detambel s'intéresse depuis toujours à la souffrance psychique et aux possibilités thérapeutiques. Avec ce dernier ouvrage elle nous fait part de son expérience de bibliothérapeute à Montpellier. Une expérience fort éloignée des techniques de développement personnel et même d'un emploi trop évident des contenus conscients des récits. Elle cite Léon Chestov : "les sources de l'être sont en effet dans ce qui est caché et non dans ce qui est découvert" et utilise donc essentiellement le roman, éventuellement la poésie car elle cherche à créer une identification qui permet une meilleure compréhension des situations et par suite une capacité de détachement. Pour elle "le travail discret du bibliothérapeute est simplement de pousser son lecteur à devenir le propre lecteur de soi-même, selon cette théorie de Marcel Proust, qui prône que "l'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument d'optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans livre, il n'eût pas vu en soi-même. La reconnaissance en soi-même, par le lecteur, de ce que dit le livre est la preuve de la vérité de celui-ci."
Elle-même grande lectrice, Régine Detambel étaye ses arguments de nombreux exemples tirés de la grande littérature (Colette, Le Clézio, Semprun, Guyotat...) et la fluidité de son style rend son livre aussi plaisant à la lecture que pertinent dans son propos.
Au moment de l'immédiateté d'internet et des réseaux sociaux elle montre bien le caractère indispensable de la lecture dans le processus de distanciation qui permet la création d'un espace personnel et la construction d'un sujet autonome, un sujet qui ne soit plus uniquement dans la réactivité mais qui se pose et par là s'apaise.


Ce qui nous échappe : pour un universalisme des différences
Ce qui nous échappe : pour un universalisme des différences
par Virginie Martin
Edition : Broché
Prix : EUR 16,00

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un éclairage utile., 15 avril 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Ce qui nous échappe : pour un universalisme des différences (Broché)
Cet essai de Virginie Martin est courageux, voire téméraire. Courageux parce qu'il prend crânement le contre-pied des théories les plus en vogue actuellement. Téméraire parce que l'auteure tire des conclusions hasardeuses de constats justes. Elle est d'ailleurs consciente du caractère risqué de son projet et nous avertit dés les premières lignes que cet ouvrage ayant été achevé avant les tueries de janvier 2015, les mots en sont devenus plus difficiles à entendre.
Le sous-titre résume bien l'ambition :"Pour un universalisme des différences". C'est un fait, notre monde, surtout dans sa partie occidentale, est de plus en plus cosmopolite. Les flux migratoires, que nulles barrières ne peuvent efficacement arrêter, la généralisation des voyages à bas coûts, et surtout internet et les réseaux sociaux, nous mettent en permanence en contact avec l' autre, le différent. Ce cosmopolitisme est un facteur d'hybridation que l'on retrouve dans d'autres domaines tels que la robotique, la génétique, les liens entre la technologie et la médecine (organes artificiels, implantations diverses) mais aussi dans les récentes revendications liées au genre, génératrices d'inquiétudes mais difficiles à endiguer (il suffit de passer la frontière pour s'offrir une gestation pour autrui). Face à ces processus qui ont aussi leur volet économique (flux financiers incontrôlables, grandes entreprises transnationales affranchies des états, paradis fiscaux) les gouvernements des états-nations sont ressentis comme impuissants par les électeurs. Ceux-ci ont le sentiment d'un monde qui leur échappe, sur lequel ils n'ont plus de prises. Là est certainement la première explication des votes de repli constatables un peu partout en Occident, notamment en France vieil état-nation.
A l'issue de ce constat difficilement niable l'auteure nous incite à accepter une évolution historique inéluctable. Et c'est ici que son essai courageux devient téméraire car il faut bien dire que certaines de ses propositions laissent perplexes : ainsi par exemple l'idée de remplacer l'élection par un tirage au sort, certes la politique ne doit pas être un métier coupé de la vie quotidienne des autres citoyens mais l'envie et l'expérience, dans des sociétés complexes, ne sont pas des facteurs négligeables de réussite. On peut aussi ne pas être d'accord avec son rejet de la loi sur le voile au nom du respect de la diversité. Mais plus fondamentalement Virginie Martin nous abandonne un peu au milieu du gué car s'il est utile et sain d'attirer l'attention sur une réalité qu'on n'exorcisera pas en criant "République ! République !" mais en pensant très fort "Homogénéité ! Homogénéité !" on voit mal comment aujourd'hui des politiques qui souhaitent redevenir crédibles pourraient ne pas entendre ce qui monte du peuple et exprime l'angoisse de l'avenir. Nous vivons dans des sociétés ouvertes et qui, du fait de la technologie, le seront de plus en plus, mais la contrepartie est la montée des peurs et des replis. Tout politique responsable doit en tenir compte quelle que soit sa réponse partisane. La diversité et plus encore l'hybridation sont facteurs d'insécurité culturelle (pour reprendre le titre du récent ouvrage de Laurent Bouvet). Il faut bien en tenir compte sauf à générer des catastrophes (pas seulement électorales, le nihilisme est tout aussi grave).
L'éclairage qu'apporte ce livre est donc intéressant et nous change de certaines rengaines (exemple: la laïcité comme remède miracle) mais il nous laisse quelque peu démuni face aux exigences de la responsabilité. Un dernier constat, personnel celui-là, même si certains auteurs comme Alain Finkielkraut font souvent la même observation, c'est que l'action politique est décidément bien difficile aujourd'hui, partagée qu'elle est entre de multiples exigences contradictoires, et l'opprobre qui frappe les politiques dans leur généralité est bien outrancière.


Populisme. Les demeurés de l'Histoire
Populisme. Les demeurés de l'Histoire
par Chantal Delsol
Edition : Broché
Prix : EUR 17,90

14 internautes sur 21 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Intégrer les "demeurés".., 29 mars 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Populisme. Les demeurés de l'Histoire (Broché)
C'est une hygiène de l'esprit de lire de temps à autres les auteurs dont, à priori, nous ne sommes pas proches. Chantal Delsol est une essayiste de Droite assumée et sa proximité, sa sympathie, pour l'objet d'étude de son livre : le populisme, nous permet de mieux comprendre ce phénomène, d'esquisser des solutions pour tenter de le guérir autres que la désormais classique et inefficace diabolisation.
Le populisme n'est pas nouveau et la nécessité de lutter contre était une préoccupation majeure de l'antiquité grecque, laquelle voyant là le risque des tyrannies. Chantal Delsol montre bien comment la Démocratie était indissociable de la quête du logos, la recherche de la vérité, et s'opposait à l'"idiotès", celui qui se laisse aveugler par ses désirs et ses préjugés. Dés ses origines la Démocratie était considérée comme un mouvement vers la civilisation, une marche vers l'universel, et avait pour adversaire l'idiot(le demeuré sans éducation qui ne participe pas à la vie politique) à l'horizon mental borné et proie facile des démagogues. Ainsi les effets pervers de la célèbre formule de Jean-Marie Le Pen "J'aime mieux mes filles que mes cousines, mes cousines que mes voisines, mes voisines que des inconnus" étaient déjà dénoncés par les penseurs de l'antiquité comme sapant les fondements de la Démocratie.
Les élites ont donc toujours été associées à une capacité de dépassement de l'immédiat et du particulier pour parvenir à une vision globale, une conception de l'intérêt général. A l'époque contemporaine les difficultés viennent de ce que ce processus de conceptualisation se fige trop souvent en "vérité" abstraite assénée, en généralisation n'acceptant plus la remise en question. On trouverait mille exemples de cela dans notre actualité, particulièrement dans le domaine économique. Quand dans le même temps les élites ne sont pas exemplaires (notamment dans leur rapport au pouvoir et à l'argent et parfois dans leurs mœurs), quand on s'aperçoit que les sacro-saintes vérités censés être d'intérêt général, servent aussi des intérêts particuliers indécents alors le peuple fait l'idiot, le "demeuré", il ne veut plus avancer et refuse la nécessaire adaptation que symbolise le plus souvent l'Autre, l'étranger.
Nous en sommes là, et s'il est clair que pour les esprits lucides, Chantal Delsol en est un, les populismes, par définition aveugles, constituent depuis toujours de graves dangers pour la Démocratie, il apparaît tout aussi évident que la stigmatisation est impuissante à endiguer la vague de la colère et ce d'autant plus lorsque des démagogues prétendent conduire ce peuple désemparé.
Ayant tenté d'éclairer le sujet Chantal Delsol laisse chacun tirer les conclusions politiques de son constat mais on voit bien que les attitudes d'orgueil et de surplomb ne sont plus de mises. Au contraire il est indispensable de partager les soucis qui se font entendre même si le langage de la plainte n'est pas agréable, il faut savoir écouter, prendre en compte les difficultés qui s'expriment par le prisme du populisme sans pour autant céder aux délires xénophobes, accepter la réalité vécue des problèmes d'insécurité et du malaise identitaire, de l'angoisse quand à l'avenir personnel et collectif.
Ne pas prétendre détenir la vérité, écouter, prendre en compte...Bref,faire de la politique.


La Terre comme soi-même : Repères pour une écospiritualité
La Terre comme soi-même : Repères pour une écospiritualité
par Michel Maxime Egger
Edition : Broché
Prix : EUR 25,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Peut-être la vraie révolution ?, 2 mars 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La Terre comme soi-même : Repères pour une écospiritualité (Broché)
Le livre de Michel Maxime Egger ne peut pas laisser indifférent. Il ennuiera ceux qui nient toute pertinence aux religions et se cantonnent à une perspective exclusivement matérialiste. En revanche il devrait passionner ceux qui accordent une dimension spirituelle à l'homme auquel les religions tentent plus ou moins bien d'apporter une réponse et chez qui la vision holistique inhérente à l'écologie implique aussi un travail sur l'intériorité.
Pierre Rahbi dont on connaît, au delà de ses compétences d'agrobiologiste, les préoccupations spirituelles a préfacé ce livre et validé sa démarche. Mais il faut prévenir le lecteur, il trouvera là assez peu de recettes de réalisations écologiques, quoique l'auteur soit bien informé, mais celles ci sont disponibles dans d'autres publications.
La volonté de l'auteur est de montrer comment une pratique spirituelle authentique et exigeante induit un comportement écologiquement responsable, comment il y a continuité entre, non seulement les principes, mais aussi l'économie interne d'un système religieux et la transformation de la vie quotidienne de ceux qui en sont imprégnés.
Pour ce faire l'auteur s'appuie sur la religion qu'il connaît et pratique: la religion Chrétienne dans sa tradition Orthodoxe qu'il embrasse des origines à nos jours, puisant chez les Pères de l'Eglise: Irénée de Lyon au 2éme siècle, les Cappadociens Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse au 4éme siècle, et surtout Maxime le Confesseur au 7éme siècle, mais aussi chez les philosophes religieux Russes tels Vladimir Soloviev et Serge Boulgakov et jusqu'à des théologiens contemporains comme Olivier Clément et Jean Zizioulas, métropolite de Pergame.
Il faut bien reconnaître que certaines pages paraîtront un peu abstraites à ceux qui ne sont pas initiés aux subtilités de la théologie byzantine mais des notions telles que les énergies divines, le Christ cosmique, le processus de divinisation de l'homme par participation, sont indispensables pour comprendre les résonances profondes avec les approches holistiques.
L'écologie ne peut se satisfaire de discours, elle implique des changements concrets, souvent dans des dimensions très personnelles de nos vies. Mais pour ces changements profonds il faut que tout l'être soit engagé d'où l'intérêt de cette intériorité mobilisée, disons le, de cette foi.
La notion Chrétienne d'humilité est centrale ne serait-ce que par ses liaisons étymologiques avec l'humanité mais aussi avec l'humus = la terre et sa fécondité. A l'inverse l'attitude d'orgueil est la plus anti-écologique qui soit.
L'auteur affirme que d'autres traditions religieuses bien comprises et authentiquement vécues peuvent conduire aux mêmes attitudes de sagesse. Toutefois il est clair qu'il a trouvé dans le Christianisme Oriental le bon équilibre entre anthropocentrisme et cosmocentrisme, entre affirmation et dissolution, entre individu et collectif.
Au total voilà un livre riche, très intéressant, évidemment pour ceux qui ont cette curiosité là.


Le chant de l'abbaye d'En-Calcat
Le chant de l'abbaye d'En-Calcat
Prix : EUR 13,99

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Sereine beauté, 11 février 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le chant de l'abbaye d'En-Calcat (CD)
Certains sont insensibles aux chants monastiques. Ce disque n'est pas pour eux. Ils sont moins nombreux qu'on ne croît. Chez la plupart ces chants suscitent la curiosité et provoquent un recul. Pour reprendre un titre du philosophe Jean-Louis Chrétien il y a un "effroi du beau" et chacun pressent derrière la beauté de ces cantiques l'intensité des vies intérieures, la rigueur des ascèses.
Pour ma part à plusieurs moments de ma vie j'ai vécu des instants exceptionnels dans des abbayes : à Aiguebelle dans un vallon boisé de la Drôme Provençale, à La pierre qui vire au cœur du Morvan mystérieux, à Notre Dame des neiges dans les Cévennes du Vivarais, toujours en hiver et sous un manteau blanc enveloppant de silence la nature. Difficile alors d'échapper à l'empreinte durable de ces chants, notamment ceux des vigiles au milieu des nuits.
Je ne connais pas En-Calcat, abbaye bénédictine au pied de la Montagne noire, mais cet enregistrement agit comme un aimant. Un aimant de sobre et infinie douceur, nous sommes tellement habitués en guise de magnétisme à ces tyrans qui usent de la violence verbale pour fasciner les foules...L'éloquence du chant des moines d'En-Calcat n'est pas celle des hommes de pouvoir, ferveur et dépouillement sont leur manière de conquérir les cœurs, de les porter au diapason de leur foi.
Les bénédictins d'En-Calcat appartiennent à la congrégation de Subiaco, leurs chants sont donc essentiellement en Français, c'est le cas de tous ceux enregistrés ici, mais l'esprit du grégorien est toujours là à travers de superbes compositions dues, pour la plupart, à des moines de l'abbaye, notamment le célèbre Dom Clément Jacob.
Les textes, hymnes ou psaumes, participent bien sûr d'une théologie, mais il semble que l'essentiel ici soit, comme dans les liturgies des églises orientales, de goûter à la saveur du divin. La louange est pacification et anticipation des joies célestes.
A toute personne qu'un anticléricalisme virulent ne tient pas éloigné de cet univers monastique je ne peux que recommander une plongée dans cet océan de paix.


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