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Cantor
Cantor
par Jean-Pierre Belna
Edition : Broché
Prix : EUR 19,30

5.0 étoiles sur 5 Le cantor de Halle., 11 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cantor (Broché)
Le grand Blaise Pascal était pris d'un vertige métaphysique bien légitime face aux deux infinis que l'on pouvait imaginer à son époque : l'infiniment grand et l'infiniment petit. "Qu'est-ce que l'Homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout, infiniment éloigné de comprendre les extrêmes." Qu'eût pu ressentir le grand penseur et grand mathématicien face aux découvertes vertigineuses de Georg Cantor (St Petersburg 1845, Halle 1918), qui montra qu'il existe non pas deux infinis mais plusieurs, voire une infinité d'infinis. Découvertes qui amenèrent leur auteur aux portes de la folie : si, avec Cantor, l'infini cesse d'être impensable, il n'en demeure pas moins irreprésentable, et toucher à l'irreprésentable c'est s'approcher des limites où se dissout la raison. Cantor l'apprit à ses dépends, qui côtoya si souvent la folie et mourut interné en 1918.

Cette approche de la folie rend particulièrement émouvants des écrits a priori d'une aridité extrême. Pour simplifier de façon éhontée, Cantor distingue pour commencer deux sortes d'infinis : l'infini dénombrable, et l'infini non-dénombrable, donc continu. L'ensemble des entiers naturels est dénombrable, je peux toujours ajouter un élément supplémentaire (1, 2, 3, 4, 5...). En revanche, l'ensemble des nombres réels, à savoir les nombres rationnels (quotients d'entiers) plus les nombres irrationnels comme pi (qui ont un nombre infini de décimales non-périodiques), est continu : il n'y a pas de trous entre les éléments, on peut toujours en intercaler un qui diffère des deux autres de façon infinitésimale. Le tout débouchant sur des interrogations et des paradoxes mathématiques et logiques que je me garderai bien d'aborder, n'en ayant ni la place ni surtout la compétence. Disons simplement que, de même que dans la société certains sont plus égaux que d'autres, certains infinis sont plus infinis que d'autres, d'où l'introduction de la notion de puissance...

Cantor est un aventurier de l'esprit, qui choisit de partir vers des rivages inconnus où il se perdit corps et biens. Le beau livre de Jean-Pierre Belna rend parfaitement compte de la beauté de cet itinéraire hors du commun, nul besoin d'être féru de maths pour le comprendre, tout est très accessible.

La pensée de Cantor, comme celle de Nietzsche, est "intempestive", totalement déplacée dans son époque, ainsi que dans la nôtre. Le stupide XIX° siècle, scientiste avant d'être de "droite" ou de "gauche", avait déjà réussi à tout instrumentaliser, faisant des mathématiques l'arme absolue pour réduire l'être humain à sa fonction économique : nous sommes en train de vivre les conséquences ultimes de cette aberration. Nietzsche et Cantor vinrent, qui surent redonner à la pensée sa puissance d'interrogation métaphysique et son déchirement tragique.

Oui la philosophie et les mathématiques posent plus de questions qu'elles n'apportent de réponses...

"L'infini ! Törless avait souvent entendu ce terme au cours de mathématiques. Tout à coup, comprenant que quelque chose de terriblement inquiétant était lié à ce terme, il tressaillit. Il crut voir une notion que l'on avait domptée, se déchaîner brusquement; une force irrationnelle, sauvage, destructrice, endormie seulement par les passes de quelque inventeur, se réveiller soudain et retrouver sa fécondité. Elle était là, vivante, menaçante, ironique, dans le ciel qui le dominait." Robert Musil.

P.S. A en croire Eric Rohmer, les maths ça sert aussi à séduire les jolies femmes :

[...]

A vérifier toutefois...


Triumph of the Will [Import anglais]
Triumph of the Will [Import anglais]
DVD ~ Adolf Hitler
Proposé par DVD_EN_STOCK
Prix : EUR 29,99

1.0 étoiles sur 5 Si à 50 ans t'as pas une Eszeha, c'est que t'as raté ta vie !, 4 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Triumph of the Will [Import anglais] (DVD)
Quelques mois avant le déclenchement de la deuxième guerre mondiale, le dirigeant allemand Adolf Hitler offrit à la dame de ses pensées Eva Braun une magnifique montre de la marque suisse Eszeha, ce qui se faisait de mieux. La Rollex de l'époque quoi !

Sensible au charme d'Eva, ce leader aussi coquin que populaire ne l'était pas moins à celui de Leni Riefensthal, photographe et cinéaste de son état, qui sut mettre son immense talent au service de son ami, réalisant quelques petits films publicitaires sans prétention, mais bien utiles pour convaincre les quelques égarés qui résistaient encore au(x) charme(s) du moustachu garanti non casher.

Prenons "Triumph des Willens", documentaire sur une petite réunion entre amis du NSDAP qui s'était tenue à Nüremberg en septembre 1934.
Une réussite totale : une photographie avec un piqué sublime des noirs et blancs digne du meilleur Eisenstein (autre génie de la publicité, qui avait commencé sa carrière un peu plus tôt, ses commanditaires ayant pris de l'avance, en même temps que le pouvoir). Des vues splendides sur "das alte Nüremberg", son château si romantique, ses églises, photographiées depuis un Junkers Ju 52, merveille technologique de l'époque.

Et enfin, descendu du Walhalla, le nouveau dieu, Adolf" in person", certes pas très grand, mais photographié en contre-plongée ça s'arrange...

Première demi-heure : film muet, pas un mot plus haut que l'autre, rien qui fâche. De la musique avant toute chose, et quelle musique : le "Horst Wessel Lied", composé par un sympathique membre de la SA, ce qui montre d'emblée la tolérance d'Adolf qui vient de liquider Roehm et ses petits amis, chefs de la dite section d'assaut, mais tient à se concilier la base. Pas rancunier, le nouvel Odin.

Et puis foin de la musique populaire et entrainante, place à la grande musique, les "Maîtres Chanteurs" de l'ami Richard, à Nüremberg, ça s'impose. Et le sentiment océanique de la "mélodie continue" livré avec, écologique déjà, face à cette Nature, qui vaut tellement mieux que l'Homme, misérable cloporte.

L'Homme : un pas grand chose. Mais les hommes, surtout jeunes, blonds et originaires de Prusse ou de Poméranie, y sont quand même pas mal, courageux et tout, et leurs mamans les contemplent d'un œil attendri en train de se faire des papouilles, viriles bien sûr.

Après cet intermède bucolique, venons-en aux choses sérieuses : les discours. Quelle distribution : un véritable "all stars", Goebbels, Bormann, Himmler, Göring, j'en passe et des meilleurs. Mention spéciale à Alfred Rosenberg, remarquable spécialiste du paganisme, qui eût pu donner un coup de main aux scénaristes de la série "Vikings" s'il n'avait pas été exécuté en '46, sûrement à la suite d'un malentendu.

Des discours, oui, des idées, non. Que du consensuel. Pas la moindre petite attaque contre quiconque, même pas contre les méchants juifs. Comme Leni le déclara plus tard : on ne pouvait vraiment pas se douter de ce qui allait se passer et que le pire était à venir. Ben pardi...

Apparemment, cette brave dame avait raison : par exemple, en France, aucun de nos courageux dirigeants ne voulut rien voir venir, hormis quelques illuminés comme Jean Galtier-Boissière, qui dès 1933 sortait un numéro spécial du Crapouillot décrivant presque toutes les horreurs à venir (la réalité devait dépasser hélas ses prévisions les plus noires).

Rien de particulièrement raciste dans les propos tenus à la tribune. Juste un des comédiens qui appelle à la pureté du sang. Mais rien d'alarmant, la société germanique étant fondée depuis toujours sur le droit du sang et non du sol...

Un clip formidable (bien qu'un peu long, j'ai failli m'endormir), et qui a compris le fin du fin de l'art publicitaire contemporain : une bonne publicité doit être conçue dès le départ pour être détournée (par exemple Toniglandyl par les Nuls
[...]
tout le monde la connait, je mets le lien juste histoire de détendre l'atmosphère).

Et là, c'est stupéfiant : en contemplant Adolf incapable de tendre le bras pour saluer, d'articuler une phrase compréhensible, émettant quelques petits rictus nerveux, ayant constamment l'air de se foutre du monde, on se demande si on est pas en train de regarder "To be or not to be" du grand Lubitsch plutôt que 'Le triomphe de la Volonté" de la minable propagandiste Riefenstahl.
On ne distingue plus le vrai du faux...

Quel déconneur, cet Adolf


Jijé - tome 1 - Quand Gillain raconte Jijé
Jijé - tome 1 - Quand Gillain raconte Jijé
par Jijé
Edition : Relié
Prix : EUR 45,00

5.0 étoiles sur 5 Un hommage à la hauteur., 15 avril 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Jijé - tome 1 - Quand Gillain raconte Jijé (Relié)
Je comprends bien les bémols qu'apportent les autres commentateurs, mais à mes yeux ce livre reste un superbe hommage à ce génie de la BD que fut Jijé. Pas de commentaires superflus, juste des déclarations du maître, et surtout des fac-simile impeccablement reproduits, dont de nombreux inédits. L'un des plus beaux ouvrages jamais publiés par Dupuis...


LUXE, CALME ET VOLUPTE
LUXE, CALME ET VOLUPTE
par Giardino
Edition : Broché
Prix : EUR 18,30

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Ordre et beauté., 18 janvier 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : LUXE, CALME ET VOLUPTE (Broché)
Ce joli livre édité par Mosquito n'est pas un album de BD. Il reprend de nombreuses illustrations, affiches et esquisses que le grand Vittorio Giardino produisit çà-et-là au cours des années. Son nom est souvent associé en France à la BD dite "érotique", souvent facile et vulgaire. Rien n'est plus faux : Giardino est un amoureux des femmes et des livres et son dessin sait traduire admirablement ses deux passions, avec pudeur et retenue.
Toute son œuvre est recommandable, par exemple :
Vacances fatales


Barbe-Rouge - Intégrales - tome 2 - Le Capitaine sans nom
Barbe-Rouge - Intégrales - tome 2 - Le Capitaine sans nom
par Jean-Michel Charlier
Edition : Relié
Prix : EUR 19,99

5.0 étoiles sur 5 Père et fils., 20 décembre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Barbe-Rouge - Intégrales - tome 2 - Le Capitaine sans nom (Relié)
Le véritable héros de la série Barbe Rouge est en fait son fils adoptif Eric, qui refuse de mener la vie de pirate qu'on lui avait destinée. Cette nouvelle intégrale respecte scrupuleusement l'ordre chronologique de publication des aventures, ce qui n'était pas le cas des albums séparés. Les couleurs de "Le Fils de Barbe Rouge" ont été très bien refaites. Seul défaut : l'éditeur, économies obligent, a cru bon d'amputer (comme pour le tome 1 L'intégrale Barbe Rouge, tome 1 : Le démon des Caraïbes) la présentation remarquable de Gilles Ratier d'un grand nombre de documents et d'analyses passionnantes. Espérons que tout rentrera dans l'ordre pour le tome 3.


Jean-Michel Charlier vous raconte...
Jean-Michel Charlier vous raconte...
par Gilles Ratier
Edition : Relié
Prix : EUR 45,00

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 L'Alexandre Dumas du XX°siècle., 13 décembre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Jean-Michel Charlier vous raconte... (Relié)
Jean-Michel Charlier a toujours été orfèvre dans l'art de raconter des histoires. J'aime toutes ses séries, mes deux préférées étant Blueberry et Barbe Rouge, à mon avis beaucoup moins manichéennes que les autres.
Gilles Ratier rend hommage à ce grand artiste dans un ouvrage enfin digne de lui : analyse passionnante, nombreux inédits, qualité des reproductions et du papier, format impressionnant, prix raisonnable eu égard à la qualité, que demander de mieux ?


Spirou : Toutes les couvertures des recueils du journal
Spirou : Toutes les couvertures des recueils du journal
par André Franquin
Edition : Relié
Prix : EUR 119,00

16 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile 
1.0 étoiles sur 5 Et Franquin se retourne dans sa tombe., 11 décembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Spirou : Toutes les couvertures des recueils du journal (Relié)
Quelle déception ! On espérait que le rachat de Marsu par Dupuis allait améliorer l'édition des œuvres du génial André Franquin. Non seulement, il n'en est rien, mais l'éditeur parvient même à faire encore pire que son prédécesseur, ce qui paraissait impossible !
Cet ouvrage est une honte. Censé présenter l'ensemble des couvertures du journal dessinée par Franquin, il réussit à en oublier une, celle du n°27. Et ça n'est pas le pire : l'intérêt de ce genre de livre est de présenter les fac-simile, or jusqu'au n°50, on en a en tout et pour tout cinq ! Le comble c'est qu'on vient d'en "retrouver" trois, mais trop tard. Les reproductions des couvertures elles-mêmes sont d'une qualité déplorable : médiocrité des scans et surtout choix d'albums à l'état d'épave : manques, coins écrasés, papier collant de partout, même ma collection achetée à aussi bas prix que possible est en meilleur état ! Le seul truc de haut niveau là-dedans c'est le prix, prohibitif ! Pauvre Franquin !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 3, 2014 10:48 PM MEST


1914-2014: L'Europe sortie de l'Histoire ?
1914-2014: L'Europe sortie de l'Histoire ?
par Jean-Pierre Chevènement
Edition : Relié
Prix : EUR 20,00

9 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Y a-t-il un homme d'Etat dans la salle ?, 8 décembre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : 1914-2014: L'Europe sortie de l'Histoire ? (Relié)
Les "élites" de droite ou de gauche qui se partagent le pouvoir depuis des décennies pensaient avoir réussi à éradiquer l'idée même de nation des esprits : la nation, nous répète-t-on depuis une trentaine d'années, c'est le Mal absolu, le racisme, le fascisme et la guerre. Le problème, c'est que l'abolition effective des frontières ne semble pas nous acheminer pour autant vers le monde idyllique que nous promettaient tant les néo-libéraux que la "gauche" des réformes "sociétales" (charmant néologisme !) : chômage de masse, montée de l'intolérance et de la violence, multiplication des conflits pour l'instant régionaux, effondrement du niveau culturel et de l'enseignement, développement fulgurant du communautarisme, mise à mort de la démocratie, on est très loin du paradis annoncé. Et comme plus grand monde ne croit encore à la propagande que nous instillent chaque jour des media de plus en plus décérébrants, cette idée de nation fait son grand retour, mais sous quelle forme ? Ce revival est-il pour autant une bonne chose, et ces nouveaux convertis ne seraient-ils pas des crétins aussi dangereux que ceux qui tiennent pour quelques mois encore le haut du pavé ?
Les contempteurs hystériques et les thuriféraires aveugles de l'idée de nation ont au moins un point en commun : ils ne savent pas de quoi ils parlent, puisqu'ils se dispensent de toute analyse rationnelle. Dans les deux cas, on est dans le pire, la politique "chaude", la politique-passion dont Raymond Aron démontra jadis la dangerosité. Chevènement est actuellement le seul qui propose une analyse "froide" de l'idée de nation, fondée sur des faits historiques incontestables et des arguments rationnels : il suffirait en effet de quelques connaissances historiques élémentaires (ce n'est pas pour rien que l'enseignement de l'Histoire vient d'être supprimé des programmes scolaires) pour que le citoyen moyen, pas du tout historien, comme moi, pût comprendre à quel point les uns et les autres mentent (je tiens à préciser que je n'ai jamais milité dans aucun parti, pas même dans le mouvement que préside JPC !).

Chevènement montre que l'on va commémorer le centenaire de la première guerre mondiale sans que quiconque se soit donné la peine d'en analyser la moindre réalité pour en tirer les enseignements. La doxa concernant ce moment atroce de basculement de l'Histoire universelle est la suivante : le XIX° siècle a vu la création des états-nations, et comme état-nation signifie nécessairement nationalisme, ça ne pouvait déboucher que sur la boucherie de '14. Supprimons donc les états-nations, prônent les libéraux et nous irons vers la prospérité et la paix universelle, ce que d'aucuns appellent la "fin de l'Histoire". La position opposée, réactionnaire, consistant à dire : revenons à ces saines valeurs nationalistes et tout ira mieux, les individus vont retrouver une identité et donc la possibilité d'agir. Attali contre Soral. Dans les deux cas, si les prémisses sont justes, les conclusions sont bien sûr stupides, pour une raison simple : l'état-nation n'a jamais été intrinsèquement lié au nationalisme, ce dernier en est même la parfaite perversion.

La responsabilité du déclenchement du conflit en Août '14 incombe non pas aux "peuples" européens (certains historiens vont jusqu'à parler de guerre civile européenne, absurde !), mais bien aux petits cercles pangermanistes au sein de l'état major allemand qui parvint à convaincre le Kaiser que le conflit serait limité aux Balkans, au pire à l'Europe continentale. Ces bellicistes n'avaient pas compris que la violation de la neutralité de la Belgique, en plus d'être un crime ignoble (qui parle encore des exactions atroces commises ?), était un casus belli pour la puissance hégémonique de l'époque, à savoir l'Angleterre qui orchestrait une première tentative de mondialisation, modèle de la deuxième que nous sommes en train de subir (l'Angleterre n'est pas intervenue pour sauvegarder la moindre valeur humaniste, mais bien pour affaiblir un dangereux concurrent commercial). L'important est de comprendre que personne parmi les peuples, allemand ou français, ne voulait la guerre, elle est le fait de quelques responsables politiques et économiques exaltés et aveugles à leur propres intérêts. L'idée de nation issue de la Révolution française, loin d'être belliciste, est simplement le lieu où chacun peut exercer sa liberté.

L'analyse de Chevènement est passionnante, mais je suis obligé d'aller vite : il montre en particulier la continuité entre le pangermanisme et l'idéologie nazie ultérieure (et surtout pas avec le romantisme allemand, ouf, on peut continuer à aimer Schumann !), l'antisémitisme étant hélas le stade ultime du pangermanisme.
Son analyse remet le politique au premier plan: l'Histoire, ce sont des individus qui prennent des décisions, pas des forces sociologiques ou économiques aveugles comme le font croire les libéro-marxistes de la domination.

Surtout, Chevènement est en prise directe avec l'actualité la plus brûlante : cette grotesque commémoration va servir, c'est déjà programmé, à imposer sans le moindre débat le fédéralisme en Europe, à savoir le remplacement définitif des systèmes représentatifs élus par des collèges d'experts non-élus chargé d'imposer l'hégémonie américano-germanique à l'ensemble des peuples du continent. C'est ce que les media appellent avec délectation l'Europe "post-démocratique", tout un programme ! Sans révolte des populations, c'est la servitude pure et simple qui attend les peuples européens, sur le modèle de la Grèce (tout un symbole, c'est le berceau de la démocratie qui a été choisi comme première victime par les néolibéraux, pour faire un exemple). Encore faudrait-il que cette révolte, sans doute déjà initiée, ne se produise pas au nom de la xénophobie et de tout ce qu'il y a de plus rétrograde dans l'être humain...

."1914-2014 l'Europe sortie de l'Histoire ?" : souhaitons aussi qu'à terme il ne soit pas nécessaire de supprimer le point d'interrogation...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 31, 2014 8:06 PM CET


Stevenson - tome 1 - Le pirate intérieur (éd. normale)
Stevenson - tome 1 - Le pirate intérieur (éd. normale)
par René Follet
Edition : Album
Prix : EUR 15,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 TUSILATA, the teller of tales., 16 novembre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Stevenson - tome 1 - Le pirate intérieur (éd. normale) (Album)
L'île au trésor" est sans conteste le plus beau roman de pirates jamais publié, peut-être l'un des plus beaux romans de la littérature universelle. Que deux auteurs de BD, Follet et Rodolphe, publient une biographie de Robert-Louis Stevenson, le poète, le conteur d'histoires, l'amoureux des femmes, du vin et de la vie, ne peut que me ravir.

Le scénario n'a rien de révolutionnaire, on n'apprend pas grand-chose sur la vie du grand homme, au moins prête-t-il à rêver, ce qui est le principal. En revanche, le dessin est somptueux, c'est même le chef d'œuvre de René Follet, aujourd'hui âgé de 82 ans, qui avait fait jusque là une carrière en demi-teinte dans la BD (il avait tenté dans les années '80 de reprendre le personnage de Jean Valhardi du génial Jijé, sans grand succès du fait de scenarii indigents). Follet fut toujours un illustrateur et un coloriste hors pair, mais les BD manquaient de fluidité, de liant entre les cases, ce qui crée le rythme. L'âge venu, il a gommé tous ses défauts : l'album est traité intégralement en couleurs directes (ce que les procédés de reproduction modernes rendent enfin possible) et le résultat est magnifique, en harmonie parfaite avec le cher Rober-Louis. On croit même entendre le tap-tap de la canne de Pew...

Evoquant Stevenson me vient à l'esprit le délicieux Henry James : la correspondance entre ces deux hommes que tout aurait dû opposer est tout simplement bouleversante d'intelligence et de sensibilité, passionnante aussi au plan littéraire :Henry James, Robert Louis Stevenson : Une amitié littéraire

Pour prolonger le rêve !


Contes du Far West
Contes du Far West
Prix : EUR 2,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 C'était ça l'Amérique., 25 octobre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Contes du Far West (Format Kindle)
Les nouvelles de O.Henry bercèrent, ainsi que celles d'Ambrose Bierce, Mark Twain ou Jerome K. Jerome, l'enfance argentine de l'inimitable René Goscinny, et au lieu d'écrire tout le mal que je pense du dernier Astérix, je préfère rendre un hommage indirect à son génial créateur en parlant de l'un de ses écrivains de prédilection.

Né en 1862, en pleine guerre civile, O.Henry (c'est un pseudo, le O. représente sans doute le prénom français Olivier : non content d'être drôle, cet homme était francophile) connut une enfance dure, de celles qui vous mènent soit au suicide, soit à développer vos talents d'humoriste. Elevé par une tante après le décès prématuré de sa mère, il parvint à obtenir un diplôme de pharmacien, ce qui prouve qu'il n'y a pas que des Homais dans cette profession. Il n'exerça toutefois pas longtemps, préférant fuir son officine pour les grands horizons de l'Ouest et du Texas, où il parvint à survivre de toutes sortes de petits boulots : vacher, cuistot, journaliste, comédien, musicien ambulant (il était excellent guitariste). Follement amoureux d'une jeune femme hélas tuberculeuse ( ça fait mélo mais c'est vrai), il convole en justes noces et a la funeste idée de travailler dans une banque pour nourrir sa petite famille. Incapable de tenir le moindre livre de comptes, il se voit rapidement accusé, à tort ou à raison, de détournement de fonds. La veille de son procès, il se fait la belle en direction de la Nouvelle Orléans. Il est relativement facile de s'y cacher, la population comme les notables y étant hostiles à la police fédérale et les innombrables tripots et lupanars y offrant un refuge aussi sympathique que formateur.
Hypothèse personnelle : c'est là, à New Orléans, que tout se joue. Déjà doué pour les langues, O.Henry y apprend le "slang" local, un argot d'une richesse inouïe, fait d'un incroyable mélange de français, d'anglais, d'allemand, de yiddish, d'espagnol et de dialectes africains, je dois en oublier (on peut se faire une idée de cette langue merveilleuse en lisant la v.o. de la bande dessinée "Krazy Kat de George Herriman, publiée par Fantagraphics Books). Après une telle initiation, que faire, sinon se mettre à écrire ? Il y faudra toutefois encore quelques expériences qui ne tarderont pas.
Les flics ayant retrouvé sa trace, il file dare-dare au Honduras, pays aux mœurs politiques délirantes. Il écrit un premier roman, plutôt moyen, le format romanesque ne lui convenant pas. Il y invente toutefois l'expression "banana republic", passée à la postérité. Il s'essaye à la nouvelle ("short story") et là c'est le déclic : il devient immédiatement l'un des maîtres de la concision et de la surprise finale "(twist ending").
Souffrant du mal du pays, il se résout à rentrer et se livre à la justice qui le condamne à 5 ans de pénitencier. Il tient la pharmacie de la prison, et commence à écrire une incroyable série de nouvelles toutes plus drôles et surprenantes les unes que les autres. Seule sa mort prématurée à 48 ans (il buvait comme un trou sans que cela gâchât en quoi que ce soit son talent) pourra mettre un terme à sa passion de l'écriture.

Son univers est incroyablement riche, rien de ce qui est humain ne lui est étranger. Escrocs, paumés, charlatans, flics, cow-boys, banquiers, il exprime une sorte d'amour universel pour le genre humain. Le recueil que j'ai choisi "Les contes du Far West" n'est pas le plus représentatif de l'œuvre (O. Henry dépeint plus souvent le New York des années 1900), mais, on l'a compris, il n'y manque que Lucky Luke, et c'est ce qui m'enchante.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 25, 2013 11:26 AM MEST


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