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Contenu rédigé par D. H. T.
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D. H. T. (Nice)

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DRH : le livre noir
DRH : le livre noir
par Jean-François Amadieu
Edition : Broché
Prix : EUR 19,90

3.0 étoiles sur 5 Honnête et sérieux, au service d'un métier pas si ingrat, 18 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : DRH : le livre noir (Broché)
Autant le dire tout de suite, il y a pire que la situation d'un directeur des ressources humaines au sein d'une entreprise. En terme de rémunération, ce n'est pas une mauvaise place. Sur le terrain, ce métier a même acquis la fâcheuse réputation de servir bassement les intérêts du patronat, dans le mépris des salariés. Voilà pour le rappel en faveur de la grogne des emplois pénibles, dangereux et sous-payés, dans un contexte où les grands décideurs, à la tête de sociétés florissantes, licencient non par nécessité mais pour augmenter encore davantage leurs profits. L'auteur ne manque d'ailleurs pas de dénoncer cette injustice, développant un plaidoyer pertinent pour le mouvement des RH en montrant l'autre facette de la profession, celle d'une posture soumise, impuissante, reléguée à l'arrière-garde du marketing et de la finance, malgré la bonne volonté que certains aimeraient déployer, à leur niveau, pour réparer les torts. En tout cas, plus que leurs clients, les entrepreneurs demeurent les rois, surtout ceux du CAC 40, puisque l'exemple hexagonal sert de référence principale à l'étude, dans un habile chassé-croisé avec les Etats-Unis où, comme en Europe, tout change pour que rien ne change. Avant de l'avoir vécu soi-même à ses dépens, le novice perçoit le piston, la discrimination, les disparités salariales et le harcèlement comme des légendes urbaines. A l'appui des galères vécues par le lecteur au quotidien, le livre confirme toute la réalité du mal, au-delà de l'imagination la plus pessimiste, un mal dont on sent que les chiffres n'arrivent pas à en décrire l'ampleur intégralement, omerta, gêne et isolement obligent. Sans effet d'insistance, de constat pénible en désespoir justifié, toutes les étapes du rapport de force entre la base et la direction ramènent à l'absence d'engagement des pouvoirs publics dans l'encadrement des pontes du secteur privé, vu que le petit entrepreneur, lui, connaît plutôt la souffrance. Là où l'Etat devrait sévir, il se fait le complice des têtes d'affiches et de leurs actionnaires voraces. Elus de la république et hauts fonctionnaires voient donc, de gouvernement libéral en gouvernement social, bonnet blanc et blanc bonnet, l'intérêt qu'ils ont à laisser faire les voyous friqués, lesquels se déchargent sournoisement sur l'assistanat quand il s'agit de mettre les pauvres gens à la porte. Il est tellement plus facile pour eux d'envoyer leurs ouvriers au chômage, arguant que c'est au petit contribuable d'aider son prochain, plutôt que de respecter le labeur en s'engageant à récompenser qui de droit par des salaires décents. On réalise toute la complicité qui unit gourous de l'industrie et planqués du Pôle Emploi, capitalisme et socialisme marchant la main dans la main. Sinon, un programme volontaire visant à faire travailler tout le monde aurait vu le jour depuis longtemps. De là, corrélativement, s'explique aussi la porte ouverte aux dérives les plus délirantes, que la loi devrait fermement condamner et que la justice devrait punir avec autant de fermeté: réseautage franc-maçon, recrutement ésotérique, coaching sectaire, scientologue ou autre. Le chapitre sur la diversité, lui, se découvre sous un jour plus délicat. Certes, il pose les bonnes questions. Le concept est flou, la discrimination positive échouera probablement en France comme elle a échoué aux Etats-Unis. Brouiller toute approche juridique de la discrimination arrange les coupables sous prétexte de tendre la main aux victimes. On comprend aussi que, si les écarts de salaires entre hommes et femmes tendent à se réduire parfois, c'est à cause de la précarité qui gagne aussi les hommes, et parce que quelques dirigeantes privilégiées contribuent à la moyenne d'une population féminine globalement sous-payée. Mensonge et poudre aux yeux, donc. Pour autant, le parti pris républicain de l'universitaire avisé ne permet pas d'épuiser toutes les perspectives. Face aux quotas, il propose le CV anonyme, solution la plus cohérente, il est vrai, dans une civilisation française qui refuse de reconnaître le multiculturalisme et d'accorder un statut aux identités ethniques. Il y aurait pourtant moyen d'aller plus loin, de confier le recrutement aux services de l'Etat, lequel imposerait, sur la base de compétences objectives requises pour un poste donné, les candidats concernés par ordre d'arrivée, sans aucune préférence. Ce serait parier sur une conflictualité salutaire autant qu'inexistante. Et ce serait aussi, en un sens, la fin des ressources humaines.


Le tarot : outil de management
Le tarot : outil de management
par Michel Giffard
Edition : Broché

1 internaute sur 3 a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 Un tissu d'élucubrations sans aucun fondement valable, 18 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le tarot : outil de management (Broché)
Ni professionnel, ni scientifique. Telles sont les deux principales raisons qui condamnent ce type d'ouvrage à ne jamais acquérir la moindre crédibilité. D'un point de vue interne, pour qu'un outil de management soit recevable, il faudrait recourir à des éléments spécifiquement en rapport avec le travail, les compétences du candidat. Même la nécessité de départager deux postulants aux parcours similaires ne saurait justifier le recours à des grilles de lecture déconnectées de la situation d'embauche. Même le tirage au sort serait plus sérieux et plus équitable, car reconnaissant son propre caractère aléatoire. D'un point de vue externe, la rationalité demande aux techniques de recrutement de s'aider d'un véritable apport scientifique et objectif. Le tarot n'en est pas un, pas plus que l'ésotérisme en général. Il faut interdire ces pratiques, au moins dans le cadre de l'entreprise, et ne les tolérer, à la rigueur, qu'à titre de divertissement privé, là où se trouve leur vraie place, même s'il s'agit d'un divertissement de piètre qualité.


Discrimination positive : Pourquoi la France ne peut y échapper
Discrimination positive : Pourquoi la France ne peut y échapper
par Yacine Sabeg
Edition : Broché
Prix : EUR 22,90

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 L'enfer pavé de bonnes intentions, 18 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Discrimination positive : Pourquoi la France ne peut y échapper (Broché)
La notion de discrimination positive se base sur une absurdité logique, énonçant la possibilité pour une attitude de toute façon condamnable de prendre une tournure bénéfique, comme si le mal pouvait devenir bon, comme si une politique vertueuse adoptait le vice comme principe de fonctionnement. Ouvrir le marché de l'emploi aux minorités dites visibles part d'un bon sentiment, celui de n'exclure personne, mais finit par en exclure certains pour en inclure d'autres. Cette méthode, en voie d'abandon aux Etats-Unis, n'a d'ailleurs pas fait ses preuves. Les minorités stigmatisées, déçues, se retrouvent à présent face à leur amertume.


La France Orange Mécanique
La France Orange Mécanique
par Laurent Obertone
Edition : Broché
Prix : EUR 18,00

9 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Bon diagnostic, mauvaise analyse des causes, 8 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La France Orange Mécanique (Broché)
Il ne s'agit pas de nier la criminalité ni la délinquance, encore moins l'horreur décrite. Les faits relatés sont sourcés, ont eu droit à des articles dans divers journaux et magazines, y compris chez ceux pourtant dénoncés comme des autruches au service de la morale dominante. Preuve que ce document n'invente rien, preuve aussi qu'il ne fait que défoncer des portes ouvertes, ou qu'il arrive après la bataille. Mais son travail s'avère utile, utile pour se souvenir et pour réunir un maximum d'informations corroborant la présentation d'une situation dramatique. Plus que les sources journalistiques, bon nombre de concitoyens peuvent en témoigner, à leur grand malheur. Le problème n'est pas là, et ne tient pas non plus aux saines évidences assénées en guise de rappel, à savoir que le crime doit être puni, et que rien ne peut justifier le laxisme des autorités et des experts, qui ont toujours tort quand ils veulent comprendre les bourreaux tout en méprisant les victimes. Le problème de la réflexion menée se situe non au niveau du diagnostic et du plaidoyer en faveur du droit, mais au niveau de l'analyse des causes. D'un point de vue logique, on ne peut à la fois justifier la colonisation au nom de l'esprit de compétition, et blâmer le retour de la violence historique. Il faut condamner toute agressivité, tant celle de l'envahisseur esclavagiste que celle du petit voyou qui n'hésite pas à violer et à torturer. Or, on lit entre les lignes, et parfois même dans les lignes, que l'avocat des Blancs donnerait raison à ses ancêtres qui ont fait main basse sur l'Afrique, tout en expliquant le malheur de la France actuelle par la soi disant faute à l'étranger. Les gouvernements n'ont jamais consenti à mettre en place une politique de gestion de l'immigration, comme celle, qui s'imposerait au bon sens, consistant à n'accueillir de nouveaux arrivants dans un pays donné que dans la mesure où le pays en question garantirait emplois et logements, pour une logique de travail et contre une logique d'assistanat. La faute première en revient aux dirigeants, même si les auteurs d'actes malveillants doivent répondre de leurs actes. Sur ce point, l'ouvrage dénonce à bon droit les politiques de gauche comme de droite. Bien sûr ses adversaires idéologiques ont tort d'encourager le laisser-faire au nom de l'humanisme, pourtant ce n'est pas tant cette motivation qui prime dans leur désertion que l'abandon de l'Etat de droit, les politiciens et leurs cautions universitaires apparaissant comme des carriéristes notoires, vivant sur le dos du peuple tout en investissant le moins possible dans les structures aptes à garantir la sécurité pour tout un chacun et non seulement pour quelques nantis. Là aussi, on reconnaîtra la pertinence de réclamer davantage de moyens et d'effectifs pour la police, la gendarmerie, les pompiers, les tribunaux et les prisons, comme celle de rouvrir le débat sur la peine capitale et sur la légalisation du port d'arme civil. Toutefois, cela ne suffirait pas. Puisque, en plus des faits, les origines ethniques des incriminés se retrouvent ici placées sous les projecteurs, il faudrait rendre aux autres pays, anciennes colonies pour certains d'entre eux, la possibilité d'assurer à leurs autochtones une vie décente sur place, qui endiguerait naturellement les mouvements de population intempestifs et désespérés. L'effort de codéveloppement hors frontières manque tout autant que la juste répression intra muros. C'est ce que "La France orange mécanique" ne dit pas, car son contenu approuve la compétition entre pays, au lieu d'encourager la coopération en amont, laquelle permettrait de lutter, à la source, contre les phénomènes tragiques se multipliant près de chez soi et loin de chez soi, tous corrélés.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 14, 2014 1:37 PM MEST


Comprendre l'Empire
Comprendre l'Empire
par Alain Soral
Edition : Broché
Prix : EUR 15,50

7 internautes sur 22 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Un succès disproportionné, trahissant un manque de recul critique, 2 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Comprendre l'Empire (Broché)
"Comprendre l'Empire" n'a pas tort sur toute la ligne, mais l'auteur n'est ni le premier ni le seul de ses contemporains à souscrire à une telle ligne idéologique. Même les vétérans, sous de Gaulle, connaissaient déjà l'impérialisme américain, ses accointances avec la droite israélienne et l'affaiblissement des Etats-Nations découlant de l'ingérence outre-Atlantique dans le monde. Il s'agit là d'un livre enrichissant mais mineur, d'une portée à relativiser. Attention aussi à tout ce qu'il ne dit pas, sinon à demi-mot. Il faut sortir des bouquins pour décortiquer, en sus, les fameuses vidéos du mois. Des idées intéressantes et d'autres plus discutables, on n'est pas obligé d'être avec lui ni contre lui, ni de partager son humanisme, mais un certain nombre d'aspects qui mériteraient d'être abordés ne sont pas mis en avant dans ce discours pro-national ni dans celui de ses détracteurs, et pour cause: entre autres l'écologie, le problème de la surpopulation et de la surproductivité, la possibilité d'envisager une gestion locale et/ou un fédéralisme régional. Pour user d'une métaphore, l'apprenti-politologue est à l'image de l'amateur de musique que l'on connaît. On assiste à une démystification du phénomène Soral, permettant d'apprécier sa part de pertinence et son effort argumentatif soutenu bien qu'inégal, mais aussi son schématisme réducteur et son manque d'imagination et de créativité, en musicographie comme en analyse géopolitique. Chez les réactionnaires, Lucien Rebatet, lui, était un grand mélomane, incomparable pour sa connaissance de la musique classique. Soral n'a rien apporté à la critique jazz et rock; en musiques ethniques, il est nul. Ce dernier point n'a rien d'anodin et devrait en alerter plus d'un. L'essayiste parle du monde avec le même ethnocentrisme qui le caractérise quand il se penche sur les arts. Il n'a d'yeux que pour ce qu'il appelle les intérêts supérieurs de la France, ne reniant pas le passé colonial de l'Hexagone, passant sous silence le colonialisme gaullien, allant jusqu'à prendre rétrospectivement position en faveur de Sirven dans l'affaire Elf, plutôt que de donner raison aux juges anti-corruption sur ce point. Pire, son chauvinisme antisémite va à l'encontre de l'idée de réconciliation dont il se réclame pourtant. Quand il cite Proudhon comme un de ses maîtres à penser, il se garde bien de préciser quelles étaient les accointances maçonniques de cet anarchiste embourgeoisé, apôtre du double discours autant que judéophobe fielleux, nonobstant l'importance de sa contribution à l'histoire du socialisme. La réconciliation qui semble motiver le pseudo-sociologue de Youtube, c'est d'abord celle, post-mortem, entre Maurras et la Résistance. Ensuite vient la main tendue des catholiques marxistes aux ouvriers musulmans. Qu'en est-il de la réconciliation possible entre catholiques et protestants, entre Juifs et Arabes? Soral n'en a cure, il se nourrit de la naïveté, du désarroi ou de la haine de son lectorat/auditoire acquis à sa cause par dépit, car tel un borgne au royaume des aveugles. Seulement, quand certains de ses militants, habitués tout comme leur patriarche au recours à l'insulte nominative, aux attaques ad hominem et à la violence physique, bien loin de l'envergure et de la dignité d'un Sartre ou d'un Bourdieu, quand ces militants, donc, se laissent aller, sur un forum de jeux vidéo, à se réjouir publiquement du décès de Clément Méric, et quand le site d'E&R en vient à faire la publicité d'Aube Dorée, dont les milices tabassent à mort les immigrés africains et asiatiques dans les rues d'Athènes, on se dit que la coupe est pleine. Même si la France actuelle est tenue par des pourris et que la politique s'annonce sans issue heureuse, une révolution soralienne serait un remède encore pire que le mal. Il faut espérer qu'elle n'aura jamais lieu.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 4, 2013 11:02 AM MEST


La République du copinage: Enquête sur la France des réseaux de pouvoir
La République du copinage: Enquête sur la France des réseaux de pouvoir
par Vincent Nouzille
Edition : Broché
Prix : EUR 22,30

Aucun internaute (sur 2) n'a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Pourquoi les citoyens n'ont jamais pris les armes, 14 juillet 2013
Ces lignes s'adressent à tout le monde et en particulier à ceux qui ont la mémoire courte. Il fut un temps, en France, où la dénonciation du sarkozisme était consensuelle. Il était de bon ton d'être anti-Sarkozy quand Sarkozy régnait. C'est un des mécanismes du régime en place que d'avoir tout fait pour rendre Sarkozy antipathique. C'était une manière de préparer le retour du PS, parti tout aussi pourri que l'UMP et que les principaux partis politiques. C'était une manière de faire oublier que le régime tout entier va à l'encontre de la population.

PS tout aussi pourri que l'UMP pourquoi? Déjà un constat s'impose. Qu'était cette France sarkozique tant décriée? Une France dont les mairies et les régions étaient tenues par le PS. Donc s'il y avait un mécontentement, il n'y avait pas lieu de l'exprimer seulement contre le parti au pouvoir et son président, mais contre les deux partis au pouvoir. Tenir les mairies et les régions, c'est aussi un pouvoir et même un pouvoir considérable, celui de la proximité et du contrôle sur l'échelle locale, celle qui touche directement tout un chacun au quotidien.

Ensuite on peut constater: que le PS a une aussi longue habitude du pouvoir que l'UMP; que certains de ses membres fréquentent les mêmes cercles prestigieux que l'UMP dont la présidence Sarkozy était issue, voir le club Le Siècle entre autres; que ce parti a été touché par les affaires et par la corruption tout autant que l'UMP; que la France où les juges anti-corruption ont été obligés de se déplacer en voitures blindées, la France où un procureur qui veut faire le ménage contre l'affairisme ambiant se retrouve en disgrâce et mis à l'index, cette France-là est autant la France du PS que de l'UMP; que les uns sont tout autant que les autres à la solde des banques, des actionnaires, de la grande industrie, de la grande distribution et des mafias en tous genres, au détriment de l'agriculture, des petites entreprises qui font pourtant vivre le pays et des petits agents de la fonction publique, abandonnés à leur sort pendant que les hauts fonctionnaires, sous couvert d'opacité des comptes publics, mènent un train de vie prestigieux en détournant l'argent des impôts; que la majorité écrasante des financements publics des partis politiques va à ces deux partis, ce qui montre une faille dans le régime car un cercle vicieux dont on ne sort pas même si les électeurs le voudraient, obligés de financer contre leur gré la campagne et la médiatisation quasi permanente du PS et de l'UMP. Même si on éteint sa télé, il ne se passe pas un jour sans qu'un des fournisseurs d'accès à Internet ne fasse la pub en première page pour l'un ou l'autre de ces protagonistes en évoquant leurs affaires internes, leurs rivalités, leurs jeux d'alliance. C'est un véritable conditionnement.

On peut constater aussi que, sur la question de l'identité nationale, il y a dans l'idéologie de ce régime bipolaire un suprématisme qui a toujours favorisé la domination des pays riches de l'hémisphère Nord en général et de la France en particulier, sur les pays pauvres de l'hémisphère Sud en général et de certains pays africains en particulier englobant le Maghreb. Ils ont colonisé ces pays, ils ont fait venir des gens par besoin de main d'oeuvre pas chère pour l'industrie, ils les ont parqués dans des cités, ils ont refusé de les reconnaître comme Français en niant leur culture, leurs traditions et leurs communautés. Ils continuent à piller les ressources de l'Afrique, à maintenir les peuples sous le joug de dictateurs corrompus désignés par l'Occident, et ils refusent d'annuler la dette des pays pauvres. La responsabilité, et même la culpabilité, en est entièrement partagée entre les représentants de cette bipolarité du régime.

Que peut-on proposer comme alternative? Des solutions s'imposent si l'on veut aller plus loin que ce faux débat de l'identité nationale: arrêter de piller l'Afrique, annuler la dette des pays africains et mettre en place une vraie politique de codéveloppement. Aucun des principaux partis politiques n'irait dans ce sens et c'est bien pour cette raison qu'ils sont tous tolérés et même encouragés par le régime comme s'il n'y avait pas d'autre choix possible. Exit les deux pourritures citées plus haut, le PS et l'UMP. Exit les bobos complaisants comme Cohn-Bendit et les siens, pseudo-écologistes qui ne parlent pas plus d'écologie qu'ils ne la mettent en pratique. Exit le faux troisième homme Bayrou, digne successeur de la mafia Léotard. Exit les apparatchiks convenus adeptes de Mélenchon, un vivier d'opportunistes légitimant la mafia des cités et des passeurs clandestins. Exit le faux ennemi Le Pen et sa descendance arabophobe et islamophobe, payés par le régime depuis des lustres pour jouer le rôle de l'épouvantail de service, avant de se faire réhabiliter, d'acquérir une légitimité jusqu'aux yeux de certains rappeurs qui, quelques années auparavant, ne juraient que par SOS Racisme et par Dominique Strauss-Kahn.

L'homme politique républicain est un parasite qui vit sur le dos de l'honnête contribuable. Il ne coûte rien de rappeler simplement le droit dont dispose chaque citoyen: de voter blanc; de s'abstenir; de voter pour des petits partis, régionalistes ou autres alternatifs obscurs dont on n'entend jamais parler, même si leurs chances d'émerger sont quasi nulles puisque les maires font barrage avec leurs signatures; de refuser de fréquenter les hommes politiques et les cercles de pouvoir, les loges et autres confréries de notables et de valets du régime, ce refus étant une question de dignité. La meilleure manière de venir à bout de la république du copinage dénoncée à juste titre, c'est de refuser d'y prendre part.

Tout ce système ne peut perdurer éternellement. Il y a une sorte de justice immanente qui pousse l'incohérence d'une politique à sa propre chute. Et cette incohérence, c'est surtout le mépris envers le peuple: mépris envers le peuple issu de l'immigration, mépris envers le peuple natif, mépris envers le peuple des régions, mépris envers le peuple pauvre comprenant les travailleurs précaires, les chômeurs et les SDF, mépris envers les individus en général qui composent le peuple. Pourtant le peuple, en dépit de ses nombreux défauts, vaut mieux que les prétendues élites car il est la base. C'est la base qui, par son travail ou par le travail qu'elle pourrait fournir et qui lui est refusé, fait vivre le sommet.

Il ne coûte pas davantage de rappeler le fait que la gauche et la droite sont des notions galvaudées par le débat officiel: chaque fois qu'un article de l'actualité parle de la gauche et de la droite, c'est en référence officielle à la localisation dans l'hémicycle parlementaire et aux protagonistes qui l'occupent, principalement le PS et l'UMP. A cette référence s'ajoutent éventuellement quelques représentants d'autres partis médiatiques et non moins adoubés par le consensus politico-médiatique dominant. La presse a donc tendance à utiliser les notions de gauche et de droite: sans définition ni argument idéologique; comme si les partis politiques cités étaient idéologiquement de gauche ou de droite, ce qui est contestable; comme s'ils avaient le monopole de la gauche et de la droite; comme s'il n'y avait pas d'autre point de vue possible sur le débat. Il convient de dénoncer ce galvaudage dangereux. En terme de représentativité, la vraie gauche et la vraie droite tendraient plutôt à se situer hors du débat officiel, dans les aspirations de l'électorat populaire si mal représenté par un parlement et par des institutions qui ne l'écoutent jamais. La démocratie n'existe pas encore. Voilà pourquoi, contrairement à ce que prétend le mensonge historique, les citoyens n'ont jamais pris les armes.

Voici des solutions à envisager: la vraie démocratie, ce n'est pas le pouvoir de la majorité mais le droit des individus, de chaque individu qui compose le peuple. Il faut donc ériger la démocratie en régime, et non plus en simple système au sein de la république, afin que chacun puisse revendiquer le respect de ses droits dans un esprit équitable autant qu'égalitaire. Pour ce faire, il conviendrait d'abolir tous les privilèges de la fonction; de permettre à tout citoyen de se présenter librement aux élections sans obligation de signatures de maires; de privilégier la démocratie directe et la voie référendaire; de pousser la décentralisation jusqu'au fédéralisme des régions; de reconnaître la proportionnelle intégrale au parlement ainsi que le vote blanc aux élections; d'être à l'écoute des citoyens pour mettre au point le programme des partis politiques.

Afin que cette liberté démocratique ne bascule pas dans l'anarchie ni dans la barbarie, le pôle démocratique gagnerait à s'équilibrer par un pôle autoritaire: en donnant des moyens massifs à la police et à l'armée pour veiller à la sécurité du territoire et au respect des lois; en renforçant le pouvoir des institutions et la solidarité civile par un Etat fort qui soit à la fois Etat de droit et services publics, grâce à des nationalisations massives et non négociables.

Dans le même temps, on confierait un maximum de pouvoir aux régions sur la fonction publique afin d'assurer un contrôle démocratique des services. On convertirait autant que possible la macro-économie du secteur privé en micro-économie. On obligerait les grandes entreprises à mettre un terme à leur croissance. On aiderait les petites entreprises à se développer, en supprimant les charges sociales et autres obligations statutaires afin de permettre à chaque créateur de PME de réaliser ses projets. On pratiquerait activement une politique de plein emploi. On réduirait l'écart entre formations et débouchés. On adapterait les cursus aux exigences de la vie professionnelle. On dirigerait les demandeurs d'emploi vers les filières qui recrutent. On faciliterait les licenciements en contrepartie d'une ouverture du marché de l'emploi. On supprimerait le profil du CV pour ne retenir que les compétences. On adapterait les salaires au coût de la vie afin de venir à bout du crédit et du surendettement. On agirait de sorte que flexibilité rime avec solidarité.

On planifierait l'économie. On régulerait la démographie par le contrôle des naissances et par l'abolition des retraites. On stabiliserait la population, œuvrant à une renaissance du monde rural qui permettrait de vivre du produit de la terre, aidant les agriculteurs, arrêtant la déforestation et l'urbanisation sauvage, gérant le nombre d'habitants en fonction des ressources, améliorant la qualité de vie de chacun.

On garantirait les droits individuels contre la société: droit à la liberté, droit à la sécurité, droit à la propriété privée, droit à la solitude et à l'autonomie, droit au respect et à la dignité, droit de bénéficier gratuitement du recours aux autorités judiciaires et pénales en cas de préjudice, droit d'avoir une arme pour se défendre, droit de choisir sa mort.

En résumé: vivre et mourir comme on le souhaite, avec un Etat fort protégeant les citoyens, une libre entreprise à portée de tous, la stabilité d'une économie rationnelle, un travail assuré, un salaire permettant de bien vivre et une qualité de vie optimale pour chacun. Enfin: porter ces aspirations nationales à un niveau mondial, faire en sorte qu'elles profitent à l'ensemble de la planète.


Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée
Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée
par Daniel Kahneman
Edition : Broché
Prix : EUR 25,00

16 internautes sur 25 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Excellente somme psychologique malgré des écueils dangereux, 23 janvier 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée (Broché)
Une remarquable somme psychologique malgré quelques écueils dangereux, qui ont toutefois le mérite de valoriser le lecteur en l'impliquant activement dans l'exercice critique. Avec rigueur scientifique, chaque chapitre montre les limites de l'intelligence émotionnelle et intuitive, sans pour autant nier ses qualités par ailleurs ni son sens pratique au quotidien. Certaines failles de la démarche statistique doivent cependant nous alerter et nous inciter à relativiser le parti pris en sa faveur. Commençons par un exemple concret: quelqu'un qui optera pour 3400 euros tout de suite est-il forcément plus impatient qu'un autre préférant attendre un mois pour toucher 3800 euros? Des événements sans rapport direct avec la psychologie peuvent interférer, comme un besoin urgent d'argent pouvant affecter les personnes les plus posées. Ne pas oublier que certains sujets réfléchissent plus que d'autres, et que l'influence de notre lieu de vote sur nos choix électoraux implique un degré d'inconscience plus élevé que les associations de mots d'un même contexte.

Plus avant, la science psychologique n'a pas entièrement élucidé le mystère de la créativité humaine mais nous aide à mieux entrevoir les facteurs qui entrent en ligne de compte. L'aisance cognitive et la bonne santé de notre mémoire associative certes stimulent l'élan créatif mais ce dernier, paradoxalement, se nourrit de logique, de méfiance et de tristesse: l'art n'est pas que spontanéité, ouverture, allégresse, il est aussi construction rigoureuse, misanthropie, douleur existentielle. Le chapitre 5 consacré à l'aisance cognitive aborde la créativité psychologique au quotidien en occultant la créativité au sens artistique du terme, pourtant déterminante dans la compréhension de l'esprit humain. Il est dommage d'avoir abordé ce sujet sans avoir touché un mot, à ce stade, des spécificités du processus artistique pourtant riche en enseignements touchant au propos du livre.

Plus généralement, de même que le recours systématique à l'intuition peut s'avérer source d'erreurs, de même l'affirmation inconditionnelle de la pensée statistique peut nous éloigner de l'étude parfois nécessaire des phénomènes au cas par cas pour en saisir les véritables causalités. La chance ne suffit pas à tout expliquer même si elle entre en ligne de compte: tout effet a forcément une cause. Ainsi quand l'auteur écrit, à la fin du chapitre 6: "Elle ne peut pas accepter qu'elle n'a simplement pas eu de chance; il lui faut une histoire causale. Elle va finir par penser que quelqu'un a saboté intentionnellement son travail", on peut lui rétorquer: peut-être que le travail de cette femme a été saboté; jusqu'à preuve du contraire cette hypothèse reste à envisager même si elle n'est pas la seule. Et nous aussi, les hommes, pouvons connaître ce genre de situation. Il serait intéressant de voir comment Daniel Kahneman réagirait, lui à qui tout semble réussir, dans une situation de possible malchance ou de possible sabotage.

Dès la fin de la première partie, le lecteur attentif se sentira déjà mieux armé pour répondre correctement aux tests proposés. Finalement, s'il ne tombe pas dans le panneau de l'heuristique en 3D, nul besoin pour cela d'être un artiste visuel. Il suffit de mettre en pratique ce que l'auteur a développé précédemment, de se demander, ce qui semblait moins évident au début: "Où est le piège"? Méfions-nous alors d'une trop grande assurance dans notre lecture et voyons l'ouvrage comme une occasion de tester ce qu'il nous apprend. L'avons-nous bien interprété ou nous livrons-nous à une extrapolation hors de propos? S'il peut paraître réducteur d'expliquer une orientation politique par une préférence affective, au risque de retomber dans une dichotomie primaire entre objectivité et subjectivité, une telle explication a néanmoins démontré ses fondements, sa pertinence, à travers de nombreux exemples. Saisissons donc l'opportunité qui nous est donnée d'apprendre à devenir plus rationnels.

A cette fin, déplorons que l'auteur n'ait pas consacré davantage de pages à définir plus précisément le concept de hasard, autre pilier de la compréhension des biais cognitifs. Il nous laisse ainsi le soin, par déduction, d'identifier les événements aléatoires comme une absence de causalité non pas dans l'absolu mais dans la limite des informations dont nous disposons. Le hasard, c'est une cause inconnue, complexe, qui nous échappe. Nous devons effectivement admettre son éventualité en l'absence de preuve et, selon le contexte, l'opportunité de prolonger une enquête ne se justifie pas toujours. La relative omission autour de ce problème dans le livre s'explique par le fait que ni la psychologie, ni les statistiques ne suffisent à cerner la nature et le fonctionnement de la chance ou de la malchance. Il s'agit d'un autre domaine d'étude à part entière, référence incertaine plutôt que partie intégrante de la psychologie cognitive.

Le biais de l'ancrage et son analyse révèlent des présupposés, côté scientifique, dont la perspective nous inviterait, en retour, à nous livrer à une psychologie des psychologues. Car leurs observations suite aux expériences déjà menées contribuent à dessiner un horizon d'attente susceptible de conditionner leurs expériences futures. Ce qu'ils attendent de nous en viendrait même à prendre le pas sur leur absence de préjugés. Eux-mêmes concluent au déterminisme de l'environnement, comment échapperaient-ils à l'ancrage que constitue leur milieu universitaire, sinon par une prise de conscience dont l'énoncé n'apparaît pas dans le livre? Nulle part l'auteur n'envisage la possibilité, à son niveau, de se retrouver en position de victime de ses propres idées reçues au sujet des personnes qu'il étudie et de leurs réactions. Pourquoi le ferait-il, du reste, puisque tout lui donne raison?

Dans un cercle vicieux, le contexte perdure et se reproduit à travers la validation des expériences qui, de statistiques en tentations normatives, finissent par se comporter en pressions sur les individus pour les obliger à se conduire de manière moins rationnelle. Il ne faut pas oublier que l'environnement humain résulte d'une longue construction inconsciente, affectant jusqu'aux cercles les plus savants. D'où un fatalisme, même raisonné, du psychologue dans sa vision de l'individu en général mais pas dans le regard qu'il porte sur sa propre condition d'observateur statisticien. D'où aussi un développement absent du chapitre consacré au biais des ancres, développement qui aurait pourtant gagné à y figurer, afin de souligner l'absence de méthode caractérisant toute estimation mémorielle effectuée à partir d'un ancrage aléatoire, que cette estimation demande ou non un effort délibéré.

A l'échelle concrète de la vie quotidienne, la rationalité défaillante de la nature individuelle serait moins en cause que celle de l'argent, ou plus exactement du caractère arbitraire du lien établi entre l'argent et les marchandises dont ce dernier représente la valeur. En l'absence de méthode, le constat s'impose également à toute quantité appréhendée avec incertitude et approximation: distance, durée, vitesse, température, etc. non seulement à cause de notre part de rationalité fragile, dont l'auteur a raison de souligner le danger, mais aussi à cause de ce que l'expérience en général et l'expérience psychologique en particulier nous éloignent d'une approche mesurée, fondée, motivée, dans la résolution d'un problème faisant appel à une notion d'équivalence entre deux domaines différents. Pourquoi? Parce que l'expérience psychologique se manifeste elle-même comme un effet d'ancrage, dans l'intimidation du sujet supposé profane face au meneur de l'étude légitimé par son statut et par ses diplômes, aussi involontaire que soit cette intimidation.

Ainsi scolairement conditionnés, même les spécialistes se retrouvent en position de trahir des réponses infantiles, en rapport avec un environnement d'infantilisation plus global, caractérisé par l'absence de méthodes pour calculer des vitesses ou des prix, ou par l'ignorance de ces méthodes quand elles existent. Toute personne confrontée au questionnaire d'une étude psychologique devrait envisager l'option consistant à refuser d'y répondre, ou à se reconnaître dans l'incapacité de le faire faute de référence, d'appui satisfaisant. Car toute interrogation suscitant des réponses non rationnelles ne peut qu'en conclure au manque de rationalité de l'individu. C'est d'ailleurs ce qu'elle vise. En focalisant notre attention sur nos propres défaillances, d'un côté elle nous rend service mais de l'autre elle détourne notre attention des aberrations présentes non plus à notre niveau individuel mais au niveau collectif, y compris celui de la soi disant autorité, fût-elle illégale, illégitime et autoproclamée, du pouvoir relationnel, politique et financier, dans ses pires travers et ses pires abus.

Rendons justice à l'auteur qui a quand même pris le soin de nous alerter sur les méfaits de la communication de masse véhiculée par les grandes enseignes commerciales. En revanche il s'est bien gardé de fustiger l'absurdité du colonialisme et de l'impérialisme, hors sujet qui démontrerait cependant les limites de la psychologie dans la compréhension des dérives qu'il serait bien réducteur, pour ne pas dire faux, d'imputer à la seule nature individuelle. Le problème humain reste un problème collectif. Dans cette optique, le social mérite la stigmatisation plus que l'individu, ce qui ne dispense pas ce dernier d'assumer ses responsabilités. Le monde se présente à nous comme une injonction, celle de payer le prix de nos actions, aussi sommes-nous libres car autrement nous ne pourrions être ainsi tenus pour responsables. La science psychologique, à bon droit, nous enseigne à quel point le contexte nous conditionne et s'attaque parfois à notre libre arbitre. A nous de défendre ce dernier, de prouver qu'il existe, en tirant de cet enseignement les leçons qui s'imposent.

Reconnaître par exemple, à propos des effets d'ancrage, que le plafond d'indemnisation exigible par les victimes sert les grands groupes autant qu'il dessert les petits, montre que la même loi appliquée uniformément produit dans certains cas l'effet pervers d'une justice à deux vitesses, d'un monde à deux vitesses non plus au sens propre mais au sens figuré autant que péjoratif. Puisque les grandes négociations ne se comparent guère aux petites, la menace de quitter la table face à une première offre trop élevée, stratégie préconisée par l'auteur, tient d'autant plus quand les enjeux s'élèvent que cette stratégie s'effondre une fois ramenée au commerce de rue et à son marchandage. Preuve que le pouvoir de nuisance d'une organisation, induisant une plus grande violence dans les réactions de part et d'autre, est proportionnelle non pas au manque de rationalité de l'individu mais à l'importance quantitative que prend cette organisation au fur et à mesure de son développement. L'autocritique, sujet du livre, et la critique du monde, hors sujet, doivent se compléter pour nous rendre plus forts.

Attention aux interprétations téméraires pouvant résulter, à notre niveau de lecteurs, d'une assimilation trop rapide des conclusions de certains chercheurs, comme celle de l'article "Depression and reliance on ease-of-retrievial experiences" de Rainer Greifender et Herbert Bless, expliquant par l'absence de dépression la facilité à "suivre le mouvement". Une personne vigilante n'est pas dépressive pour autant. De même, à la formulation: "Ces derniers temps, elle a regardé trop de films d'espionnage, donc elle voit des complots partout", on ne manquera pas de rétorquer que l'existence des films d'espionnage ne prouve pas l'inexistence des complots. Voir Kurt Kobain: "Ce n'est pas parce que vous êtes paranoïaque que personne ne vous court après". Et, par ailleurs, quoi qu'en disent loi des petits nombres et loi des grands nombres, moins les élèves sont nombreux dans une classe, mieux le suivi personnalisé de chacun fonctionne.

Prenons le cas des politiques environnementales évoquées dans le chapitre 13 sur les rapports entre risque et disponibilité, suite à l'affaire Love Canal. Les inquiétudes du grand public n'ont pas toujours une origine purement subjective, car quand des déchets susceptibles de polluer les cours d'eau sont reconnus, à la base, comme toxiques, il s'agit bien d'une donnée objective. Le débat autour des effets de l'écho médiatique sur l'opinion concerne bien la psychologie, par contre cette dernière occulte le danger dans sa dimension concrète. Les mesures destinées à soustraire l'environnement et la population à toute toxicité doivent être appliquées quoi qu'il en soit et aussi coûteuses soient-elles, sinon les gouvernements, sous la pression de tel ou tel lobby financier pouvant corrompre la communauté scientifique, ont le champ libre pour nous faire admettre l'inadmissible. Cet effet pervers, pourtant d'une évidente plausibilité, n'a pas été mentionné. Un bon point cependant, l'auteur reconnaît aux non spécialistes la pertinence d'introduire des distinctions nuancées (accidents subis / accidents provoqués) là où les statisticiens se bornent à considérer des chiffres (nombre de morts / nombre d'années vécues).

Le chapitre 14 sur la spécialité de Tom W. risque d'être, plus que les chapitres précédents s'il doit y en avoir un, le moment du livre où le lecteur va décrocher des tests et des questions. En tout cas c'est ce que nous devrions tous faire, car poser un problème de probabilités, le domaine d'études de Tom W., sans fournir aucun taux de base sur les filières universitaires, relève de l'absurdité. Il n'existe a priori aucune contre-indication valable à réagir intuitivement dans une situation intuitive. Il n'en va pas de même quand nous avons besoin d'informations utiles au raisonnement et au calcul. Certains questionnaires psychologiques se présentent comme des opérations dont seraient absentes les données requises par le résultat correct.

En même temps, l'étude d'un cas isolé ne saurait se réduire à une approche statistique. Cette dernière ne peut répondre que dans la limite des chiffres pertinents. Compte tenu des proportions d'effectifs, il y a plus de chances que Tom W. se retrouve inscrit dans le département le plus fréquenté, indépendamment de sa personnalité, dont nous savons par ailleurs trop peu pour en tirer des conclusions cliniciennes. Aucun rapport concluant, de prime abord, entre le caractère d'un individu décrit dans les grandes lignes et la profession qu'il exerce ou qu'il se destine à exercer. Sur ce point l'ouvrage a raison à 100%.

Contrairement à ce que le psychologue attend de nous dans sa volonté de révéler nos biais cognitifs, refusons de répondre intuitivement à des questions de chiffres. Posons plutôt l'opération. Non qu'une approche intuitive soit forcément fausse, mais sa marge d'erreur augmente avec la propension de l'énoncé à solliciter le raisonnement. Toute la démarche de l'auteur se légitime par l'expérience et par l'intention louable de nous faire prendre conscience des faiblesses de notre psychologie. Mais comment en retirerions-nous un enseignement quelconque, sinon en apprenant à utiliser nos Systèmes 1 et 2 d'une façon plus appropriée?

D'où une utilité, au début, à foncer tête baissée dans les questionnaires. Ainsi nous réalisons l'ampleur du piège, et à quel point nous offrons prise à la manipulation. Ensuite, reconnaissons encore l'absurdité qui consiste à provoquer l'intuition là où la raison s'impose de préférence, ce qui n'exclut aucune aide intuitive à la raison. Nous généralisons à partir d'un cas particulier, ou nous tirons des statistiques des conclusions hâtives sur les individus, sauf quand ces conclusions remettent en cause l'estime que nous accordons à notre probité.

Autant nous éprouvons des difficultés à intégrer le concept de régression vers la moyenne, autant, si nous y parvenons, se profile un autre danger: celui de tout expliquer par ce concept et de rejeter systématiquement toute causalité. La recherche sérieuse des causes demande tout autant d'efforts. Là où l'auteur mérite les applaudissements, c'est quand il a le courage de s'attaquer à l'excès de confiance en soi qui nous affecte tous, y compris les experts. "Les experts s'en sont moins bien tirés que s'ils s'étaient contentés d'assigner des probabilités à chacun des résultats potentiels. Autrement dit, des gens qui passent tout leur temps à étudier un sujet particulier et gagnent ainsi leur vie, fournissent des prédictions moins sûres que ce qu'obtiendraient des singes en tirant des fléchettes au hasard" (page 265). Ce à quoi l'on pourrait aussitôt ajouter: face à leur échec, ils s'en prennent à la malchance, toujours talentueux quand les faits semblent leur donner raison, toujours victimes du mauvais sort quand ils ont tort.

Notons quand même que l'argument se retournerait contre lui s'il accordait un crédit aveugle à son propre domaine car, en tant que psychologue, il dispose aussi d'une expertise hautement compétente. Sa conviction, statistiquement éprouvée, que l'être humain tend toujours à se comporter de la même manière dans tel type de situation, voir par exemple la dilution de la responsabilité en cas de non assistance à personne en danger, risque de le faire basculer dans une psychologisation de la sociologie, dans une vision essentialiste de la nature humaine au détriment des changements historiques et du détail conjoncturel significatif ou, pire encore, dans une présentation normative des tendances observées, fataliste jusqu'à l'obstination quant à l'égoïsme supposé des individus. Pour ne pas avoir tort, il nous interdirait presque de faire preuve de civisme. Quand il veut nous réduire aux résultats de ses expériences alors que la vie et la mort d'autrui sont engagées, prouvons-lui qu'il a tort en redoublant d'altruisme, tous autant que nous sommes.

Quid de son autocritique et de sa méfiance quant à la valeur des prévisions? Il a raison d'ironiser sur les expertises boursières, mais ferait tout aussi bien de balayer devant sa porte, dans la mesure où il donne parfois l'impression de n'avoir observé les comportements qu'auprès de populations ciblées, toujours plus ou moins les mêmes, soit des Américains aisés, sans lucidité particulière du fait de leur éducation inconsciemment ethnocentriste, soit des soldats israéliens, parfois conquérants et trop sûrs d'eux, voire d'une cruauté avérée mais passée sous silence, occultée tout autant que l'hypothèse plausible selon laquelle les peuples vainqueurs de l'Histoire, aussi intelligents et subtils que puissent paraître certains de leurs avocats, représentent au fond la tranche la moins glorieuse de l'humanité.

Toute prétention à l'universalisme érigée à partir d'un modèle culturel spécifique tombe à plat, mais l'humanisme, qu'il soit américain, britannique, français, judéo-chrétien ou autre, s'efforcera toujours d'imposer sa propre souche éducative comme une référence globale. Daniel Kahneman en connaît peut-être un rayon sur le monde arabo-musulman ou sur la diversité des tribus africaines, mais dans ce cas il n'en a rien laissé transparaître. Peut-être aussi, comme chacun d'entre nous, ignore-t-il plus qu'il ne sait et répugne-t-il à reconnaître sa propension à commettre des erreurs.

Déjà se profile la cohorte d'étudiants malléables, d'éducateurs panurgistes, de thérapeutes consensuels et de managers lourdingues qui vont, tête baissée, ou bien le rejeter en bloc sans une once d'intelligence, ou bien crier au chef d'aeuvre absolu après avoir lu "Système 1 / Système 2", attachés à la promotion d'un nouvel esprit de chapelle, obtus et dogmatique, fasciné par sa propre méthodologie ou pas, puisque "le monde est imprévisible". Soyons justes et anticipons les mauvaises interprétations de ce que ce livre, en d'autres mains, apporterait de bon. Mieux, afin de couper court à tout procès d'intention déplacé jusqu'à preuve du contraire, allons jusqu'à invoquer la présomption d'innocence, innocence toute relative dès lors qu'il s'agit de sonder les arcanes de notre pensée.

Au moment d'aborder les algorithmes comme méthode d'évaluation, certaines précisions auraient pu rendre le propos plus convaincant en l'affinant. D'autres remarques, superflues, auraient mieux fait de disparaître. Contrairement à ce que laisse entendre le chapitre dédié, la prise en compte d'un grand nombre de paramètres n'implique pas toujours un jugement purement subjectif. La complexité n'interdit pas l'objectivité. L'argument selon lequel ladite complexité aurait pour conséquence d'étouffer la fiabilité d'une estimation ne tient que dans le débat réducteur opposant les statistiques à l'intuition pure.

Au fond, peu importe qu'un algorithme soit d'une simplicité enfantine ou élaboré jusqu'à l'épuisement. Ce qui compte, c'est la pertinence des paramètres. Les compétences techniques d'un candidat compteront toujours car la réalisation d'un objectif quel qu'il soit engage un savoir et un savoir-faire. La prise en compte de la personnalité, quant à elle, se voit sujette à caution. La sphère personnelle n'est pas professionnelle. On y attache trop d'importance là où il ne faudrait pas, jusqu'à l'intrusion. Rappelons que des lois protègent encore la vie privée, heureusement.

Dès lors que, par un accord contractuel sur la base de missions clairement définies, il apparaît que la personnalité ne s'affirmera pas de manière contre-productive mais susceptible, selon toute éventualité, d'apporter une valeur ajoutée, seules les compétences doivent rester, non le profil, sauf réduit au strict minimum acceptable: bonne présentation, attitude correcte et respectueuse dans la réciprocité, élocution correcte dans les métiers de communication verbale et, bien entendu, aptitude à honorer les termes du contrat. Les résultats obtenus valideront ou non le choix opéré, à condition de faire la part entre la responsabilité de l'employé, d'une part, et l'ensemble des facteurs extérieurs, d'autre part: conjoncture économique, santé du secteur, équilibre entre l'offre et la demande, implantation et importance de la concurrence, probité de la clientèle, des confrères, des collègues et des patrons, entre autres éléments dont la part d'indétermination restante constituera ce qu'il convient alors d'appeler la chance.

A moins d'apporter la preuve d'une faute professionnelle, l'employeur devra laisser à sa recrue le bénéfice du doute. Or, ce que le management commercial a tendance à faire et qu'il faut dénoncer, consiste à culpabiliser systématiquement les commerciaux de terrain sans jamais se plier à l'effort d'une analyse contextuelle, politique d'autant plus inadmissible quand les agents, payés à la commission donc au lance-pierre, esclaves des temps modernes, se présentent comme de simples mandatés, autrement dit des travailleurs indépendants, qui n'ont en principe aucun compte à rendre. Exigez un salaire sinon rien, et dites à votre hiérarchie que si elle n'est pas contente, elle n'a qu'à engager une procédure, ce que ne vous manquerez pas d'envisager de votre côté. La profession doit servir notre vie, non l'inverse.

"Supposons qu'il vous faille engager un commercial pour votre entreprise" (page 280). Encore faut-il avoir une entreprise. L'auteur ne s'adresserait-il qu'à un lectorat relativement privilégié? Si c'était le cas, il devrait craindre que son discours ne parvienne à d'autres curieux moins nantis, qui pourraient le retourner contre lui. Donc acte. Combien d'aspects recommande-t-il d'intégrer à ses algorithmes? "N'en faites pas trop, six est un bon chiffre". Voilà une affirmation sans valeur démonstrative. Peu importe le nombre, encore une fois, puisqu'il y a toujours intérêt à connaître les données en rapport avec le domaine concerné. En ce sens, plus la grille sera complexe, plus grande ressortira la précision de l'analyse.

Laissez tomber les considérations d'ordre strictement privé, car non pertinents, et concentrez-vous sur les compétences, car incontournables. Plutôt qu'une approche grossière de la psychologie et de la technique, ne gardez de la première que ses incidences professionnelles, et détaillez la seconde autant que possible. Un algorithme simple présente autant les avantages de la maniabilité que les inconvénients cumulés du Système 1 et du Système 2, soit la facilité de l'intuition et la paresse du raisonnement, quand l'intuition se satisfait d'elle-même ("Six est un bon chiffre") et que le raisonnement s'arrête à mi-chemin ("N'en faites pas trop"). Rien de plus facile que de tomber dans son propre piège, la preuve.

Des preuves, en voici une autre: "Quand on leur demande s'ils préfèreraient manger une pomme bio ou produite industriellement, les gens disent qu'ils choisiraient la pomme "entièrement naturelle". Même quand on leur explique que les deux fruits ont le même goût, la même valeur nutritive et qu'ils sont tout aussi sains, une majorité continue à préférer le fruit bio" (page 275). Et cette majorité a probablement raison, car celui qui pense au goût, à la valeur nutritive et à la santé ne devrait pas oublier les répercussions de l'industrie sur l'environnement, ni la conscience écologique du consommateur envers et contre cette même industrie qui le tient en otage. On peut se demander pour qui travaille vraiment un scientifique se laissant aller à des conclusions aussi simplistes, d'ailleurs hors sujet, autour d'un enjeu majeur, notre nourriture, dont l'étude mérite des ouvrages deux fois plus épais que le sien, à charge contre une économie polluante et destructrice. Ceci dit, on sait pour qui il travaille: pour Obama, dont les principaux concurrents, à sa décharge, ne sont pas plus écolos que lui.

Voilà une autre preuve: "Une personne rationnelle investira une forte somme dans une entreprise qui a toutes les chances d'échouer si les bénéfices associés à un succès éventuel sont assez importants, sans se leurrer sur les chances du succès en question" (chapitre 18, page 235). Cette conviction plus que téméraire repose sur des bases fragiles, car ne prenant en considération qu'un nombre trop limité de caractéristiques conjoncturelles pertinentes: la somme investie, le risque d'échec et le bénéfice potentiel, là où il faudrait aussi inclure le capital restant et les autres sources de revenu par ailleurs (salaire, patrimoine, gains divers) compensant par avance les pertes.

Primo, un risque supérieur au bénéfice, avec plus de chances de perdre gros que de gagner plus, alertera et dissuadera tout investisseur sensé, même si le monde des affaires souffre de la mauvaise réputation que lui confère son lot de flambeurs et de décideurs incompétents autant que vaniteux. Secundo, la formule en citation supra peut vous mener à la ruine si vous n'avez pas les épaules assez solides. Un tel entrepreneur ne serait pas une personne rationnelle mais une personne débile ou un pauvre pigeon.

Des algorithmes simples, oui, quand il faut agir vite et que des vies sont en jeu, comme dans une maternité. Mais quand on a le temps, il vaut mieux le prendre et discerner le danger avec davantage de subtilité. Jamais un ami qui vous veut du bien ne vous encouragera à préférer le risque à la sécurité, sauf en cas de nécessité absolue. De quoi avons-nous les preuves à travers ces citations? De ce que l'ouvrage lui-même s'efforce de démontrer par ailleurs, à savoir que les experts, motivés par une trop grande confiance en soi, en viennent à proférer des absurdités dans leur spécialité ou dans des spécialités qui leur sont étrangères.

Pour sa défense, les pronostiqueurs qu'il contredit sont bien pires que lui. "Dans le modèle rationnel de l'économie classique, les gens prennent des risques parce qu'ils pensent avoir la chance de leur côté - ils acceptent la probabilité d'un échec coûteux parce que la probabilité de réussite est assez importante. Nous avons proposé une autre idée" (page 305). Oui, vous avez proposé une autre idée certes moins mauvaise page 235 mais insuffisamment fondée, au final parfaitement absurde. Ce n'est pas parce qu'ils ont tort page 305 que vous avez raison page 235.

Somme toute, il y a simplement lieu de corriger un excès au regard d'une intention plutôt louable. "Chaque fois qu'il est possible de remplacer le jugement humain par une formule, nous devrions au moins l'envisager" (page 281). Soit. Mais rien n'interdit de mettre les deux en balance, ni de complexifier les formules afin de minimiser la marge d'erreur. Les experts peuvent s'améliorer, même si leurs prestations reviennent plus cher que des méthodes parfois trop lapidaires pour honorer une démarche psychologique nous incitant, dans les situations critiques, à réfléchir avant d'agir et, ce, à juste titre.

Attention à certains effets pervers pouvant découler d'une mauvaise appréhension des enseignements quant à la nature du jugement intuitif. Nous savons que les situations qui ont suscité notre peur nous amènent à redoubler de vigilance quand nous revenons sur le lieu d'une agression ou d'un accident. De ce point de vue, il est possible d'en déduire que la peur possède des vertus formatrices. C'est d'ailleurs, par images et vidéos interposées, l'une des méthodes employées dans les stages de sensibilisation à la sécurité routière. Ce cas de figure mis à part, si les chocs et traumatismes subis ont parfois valeur d'expérience, les méthodes de management fondées sur la provocation de la peur constituent une dérive qu'il vaut mieux contrecarrer. Ne pas confondre leçon de choses et abus de position hiérarchique.

Voilà l'exemple typique d'un non-dit, résultant d'une extrapolation facile à laquelle pourraient se livrer des personnes mal intentionnées qui prendraient connaissance de ce livre. Elles ne l'ont d'ailleurs pas attendu. De telles méthodes d'intimidation existent dans les entreprises, appliquées par des chefs dénués de scrupules et pertinemment conscients du pouvoir de la peur sur l'intuition, de l'emprise qu'ils exerceraient sur leurs employés par ce biais afin de les conditionner à leur guise. L'auteur, pour avoir travaillé avec des militaires, n'ignore sans doute pas l'aberration que constituent de telles pratiques. Bien sûr, il ne peut avoir pensé à tout au moment de rédiger ses chapitres. La rigueur du développement et la clarté du propos exigent de suivre un fil conducteur, de ne pas se perdre en digressions. Mais, puisqu'il a évoqué le chien de Pavlov conjointement à ses réflexions croisées au sujet de l'intuition et du rôle de la peur, il aurait pu profiter de l'occasion pour régler leur compte, d'une pierre deux coups, aux adeptes de la cruauté disciplinaire.

Au lieu d'opposer vision interne et vision externe, il faut les conjuguer. Le statisticien ne se met à dos médecins et avocats que dans la mesure où, volontairement ou pas, il alimente l'impression de vouloir liquider toute approche clinicienne et toute étude des singularités, toute expérience de terrain, toute pertinence du jugement humain en la matière. Le but des algorithmes n'est pas de se déconnecter de la vie, ce que leurs partisans devraient mettre plus de zèle à souligner. L'ajustement des statistiques en fonction du cas qui se présente en temps réel, et de tout ce qui pourrait le différencier de sa catégorie de référence, a d'ailleurs été évoqué à propos de la méthode visant à minimiser l'erreur de prévision: "Se servir d'informations particulières au projet envisagé pour ajuster la prédiction de base" (page 304).

Partant de ce constat, toute formule devrait se confronter à la mise en place d'une contre-procédure visant à essayer de démonter point par point chacun des critères invoqués dans l'analyse, à en rechercher systématiquement les failles ainsi que les éléments contradictoires internes ou externes sinon présents dans la situation, du moins susceptibles de le devenir. Même une bonne méthode incite à une trop grande confiance en soi et nous éloigne de l'humilité nécessaire à la conscience de nos erreurs. Allons plus loin et proposons statistiques + ajustement + étude clinique approfondie + intuition + leçons du passé + tentative de définition des aspects aléatoires + contre-méthode.
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Un Etat dans l'Etat : Le contre-pouvoir maçonnique
Un Etat dans l'Etat : Le contre-pouvoir maçonnique
par Sophie Coignard
Edition : Broché
Prix : EUR 20,30

2 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Il faut aller encore plus loin: dénoncer, combattre, interdire la franc-maçonnerie, 18 janvier 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un Etat dans l'Etat : Le contre-pouvoir maçonnique (Broché)
L'ouvrage de Sophie Coignard contribue à révéler au grand jour, avec rigueur et intelligence, les travers de la franc-maçonnerie. Voilà un bon début mais le combat doit aller encore plus loin, sous peine de n'être qu'un contre-feu. Plus qu'un réseau d'influence, la franc-maçonnerie est une véritable mafia, c'est à dire une organisation officieuse et contraire à l'Etat de droit, fondée sur les secrets et rites initiatiques, la solidarité confraternelle interne, la reproduction sociale par voie de cooptation, l'infiltration de l'Etat et de l'ensemble des catégories professionnelles et collectives, l'affairisme et la corruption, les baronnets ripoux, grisonnants et goguenards pactisant avec la racaille de bas étage, l'intrusion dans la sphère privée à des fins de manipulation, la prise de pouvoir illégitime dans l'ombre et au détriment des citoyens ordinaires.

Certes le phénomène mafieux opère à divers niveaux, débordant le cadre de la franc-maçonnerie. Ainsi il caractérise en même temps qu'il affecte toutes sortes de réseaux, que ces derniers soient pseudo-religieux, juifs, ésotériques, homosexuels, rotariens, universitaires, journalistiques, littéraires, médico-pharmaceutiques, informaticiens, corporatistes, administratifs, associatifs ou politiciens. La franc-maçonnerie n'en compte pas moins parmi l'un d'entre eux. C'est la société tout entière qui est en cause et en accusation, le fait social lui-même et l'idéologie humaniste et fraternelle au fondement de cette construction maléfique de l'Histoire qu'est le socius, impliquant à la fois les relations sociales, la doctrine socialiste et la démarche sociologique quand cette dernière trahit sa complaisance scientifique, ou comment se complaire dans son objet d'étude.

Il s'agirait de démontrer que la société est mafieuse par nature, que l'humanisme social ne peut qu'engendrer la mafia, que la fraternité sociale se veut perverse à juste titre mais sans l'avouer, et que la franc-maçonnerie n'est qu'une force en oeuvre parmi d'autres, mais malheureusement puissante, dans l'accomplissement d'un projet intrinsèquement incohérent, malsain, sournois, celui d'instrumentaliser et/ou de détruire l'Etat afin de bafouer les droits individuels les plus élémentaires et d'asseoir ainsi, par le biais de l'oppression sociale, le contrôle d'une petite élite outrancière et irrationnelle sur l'ensemble de la population. Si la société n'était pas une arme au service des seigneurs de ce monde contre les faibles et les opprimés, on ne nous en vanterait pas les mérites à longueur de temps. L'éducation elle-même pose comme un fait acquis que le social incarne le bien au sein de l'humanité, coupant court à tout débat.

Et pourtant... Que la société soit mafieuse par nature, il suffit d'en juger par le panurgisme aveuglant les foules et par le laisser-faire encourageant les rapports de lutte et de pouvoir et donc l'injustice, deux tares au fondement de toute définition honnête du social. Que l'humanisme engendre la mafia, c'est l'Histoire qui l'a prouvé: l'homme divinisé, mesure de toute chose, se perd dans la frénésie révolutionnaire au profit de la bourgeoisie, laquelle fait appel aux bandits pour ramener l'ordre sur le continent mis à feu et à sang; deux siècles plus tard, la criminalité en col blanc, financière et transfrontalière, profite de la mondialisation pour régner sur le monde sans entrave ni partage. Ainsi en a décidé l'Homme, proclamé centre de la création et mesure de toute chose. Quant à la perversité des liens confraternels que ses artisans spéculatifs s'efforcent de tisser contre notre gré, elle parle d'elle-même. Si tout le monde était fait pour fraterniser, on le saurait.

Les sources de la mafia sont multiples car nourries par la pluralité des milieux sociaux qui composent le tissu social, garant de l'aliénation et de l'emprisonnement des individus. La franc-maçonnerie est l'une de ces sources, et non la moindre. Comme toutes les autres, elle trahit les mêmes comportements, à la fois mafia universelle et une mafia parmi d'autres, universelle car mue par la volonté de se mélanger à toutes les couches de la population, une mafia parmi d'autres car les autres réseaux sociaux, dans leur dessein d'influence, tendent eux aussi à établir leurs représentants, comme des espions, à tous les niveaux. Toutes les mafias veulent être partout et s'imbriquent donc les unes dans les autres. La rivalité et la violence qui en découlent ne remettent pas en cause le lien qui en résulte, c'est une évidence. Les maîtres d'ouvrage de la fraternité sociale sont des obsédés du lien, même négativement et parfois même négativement de préférence. Ils se délectent du pathos, de la trivialité affective et de la bassesse des empoignades. Ils sont pires que des porcs.

En termes de civilisation et de domination, et ce en dépit de la fascination maladive et fantasmagorique d'une partie d'entre eux pour l'Egypte pharaonique, cette Egypte des pharaons qui, au nom du prestige dérisoire et de la gloriole, avait érigé l'esclavage de masse en vertu politique, en termes de civilisation et de domination, donc, la franc-maçonnerie partage avec les autres mafias son assise historique occidentale, barbare, colonisatrice, chauvine, raciste et tortionnaire, dans le droit fil des impérialismes sumérien, babylonien, judaïque, romain, versaillais et parisien qui ont inspiré la veulerie et l'agressivité des souverains à la peau blanche, aux défauts desquels s'ajoute la bêtise mondaine, la sophistication rhétorique et la préciosité ridicule, ainsi que la misogynie autant que la dégénérescence effeminée des hommes. Cette propension à répandre le sang sur terre dans le but de s'approprier les ressources des autres peuples a pour corrolaire l'affirmation de son modèle social au détriment des différences ethniques et de l'auto-détermination des peuples.

L'humaniste social, donc le mafieux, donc le franc-maçon, veut tout socialiser. Même quand il colonise, acteur ripoublicain de la Françafrique, il entend créer du lien social. Face à un champ de mines, pendant que ses Frères dépouillent les autochtones de leurs richesses, il continue d'affirmer que si tous les hommes pouvaient se donner la main, le monde serait différent. L'humaniste confraternel veut réduire toute forme de vie collective au social. Il nie toute communauté, toute ethnie, toute civilisation. Pour lui, tout n'est que société. Et la société dont il se sert comme d'une matraque ou comme d'une cage à bestiaux, c'est le pouvoir des forts sur les faibles déguisé en lumière universelle, en voie du progrès technique et en république des droits de l'homme. Il n'y a pas au monde de pire imposture que la sienne. Sous son masque difforme, à la fois discret par lâcheté et triomphant par vanité, il porte le visage du mensonge, de l'escroquerie et de la cruauté, doté d'un esprit tordu et d'un coeur impur.

Le mal ne réside pas seulement dans le secret mais dans la franc-maçonnerie elle-même, dans cette mafia comme dans toutes les mafias, dans la société en général, dans la république enfin, cette république dont ils sont les gardiens parce qu'elle n'a rien de démocratique. Obliger à révéler le secret ne suffit pas, aussi légitime que serait cette obligation dans la mesure où, contrairement à ce qu'ils prétendent avec leur mauvaise foi d'avocats véreux, le dit secret ne concerne en rien la vie privée ni la liberté de conscience. Il existe des communautés légitimes, ethniques, dont l'appartenance est transparente et dont l'oppression dont elles sont victimes devrait renforcer la volonté de les défendre et de protéger leurs droits. Et puis il existe des fraternités de notables magouilleurs, comme la franc-maçonnerie, qui ne méritent aucune compassion car leurs membres en sont eux-mêmes totalement incapables. Ils n'ont de place nulle part, tout comme les sionistes n'ont pas leur place en Palestine.

Leurs intentions sont troubles et donc mauvaises. Il faut leur couper les vivres, arrêter de financer publiquement les associations, interdire l'accès des Frères à la magistrature et, pour finir, interdire la franc-maçonnerie purement et simplement, combattre la pseudo-autorité qu'elle incarne par l'autorité du droit, l'autorité officielle, la seule qui vaille. Il faut déclarer la franc-maçonnerie hors la loi une bonne fois pour toutes et mettre tous les hors la loi hors d'état de nuire, qu'ils soient franc-maçons ou peu importe la bannière de leur mafia. Le projet d'une civilisation vertueuse, fondée sur le pouvoir d'un Etat au service de tous ses citoyens, demande l'affaiblissement de la société. L'invidu, assuré de ses droits et devoirs, droit de disposer de sa propre vie comme bon lui semble et devoir de respecter les droits des autres individus, ne peut grandir que si l'entité sociale et ses lois non écrites perdent leur influence. Seule l'autorité de l'Etat peut y contribuer, un Etat démocratique, prompt à intervenir sur le marché du travail pour garantir un emploi à toutes et à tous selon les seules compétences, et faire en sorte que le règne du copinage et de la soumission ne soit plus qu'un mauvais souvenir.
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La mafia française : Ses méthodes, ses réseaux
La mafia française : Ses méthodes, ses réseaux
par Bruno Mercier
Edition : Broché

7 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Ce livre prend la défense de la franc-maçonnerie... dommage!, 12 juin 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : La mafia française : Ses méthodes, ses réseaux (Broché)
Il est louable de dénoncer la mafia en France, d'affirmer et de montrer que le phénomène mafieux existe dans ce pays, non seulement parce que les mafias étrangères s'y exportent, mais surtout parce que l'Hexagone dispose de ses propres réseaux criminels organisés et infiltrés dans les services de l'Etat. Les institutions françaises sont maculées du sang de leurs passé colonial, qui est un passé criminel, ainsi que de leurs crimes présents, crimes contre l'Afrique notamment que la France continue d'exploiter.

Malheureusement, l'auteur écarte la possibilité d'inclure la franc-maçonnerie dans sa définition de la mafia hexagonale. Il va même plus loin en dressant un portrait élogieux de cette organisation, selon lui minoritairement infiltrée par la mafia, osant même la présenter comme un rempart contre la criminalité organisée, comme un espoir de lutter contre celle-ci. C'est là que le bât blesse car la franc-maçonnerie, extérieurement, présente des caractéristiques similaires à celles de toute mafia si on les considère conjointement: hiérarchie interne, organisation de type confraternel, cooptation, rites et codes ésotériques, obscurantisme, élitisme, complaisance à l'égard des notables, des puissances politiques et financières en place, discrétion et tentative de s'ériger, implicitement, en autorité susceptible d'exercer un pouvoir sur l'Etat et sur la population.

L'Etat dans l'Etat, le gouvernement parallèle et officieux en marge du pouvoir principal et officiel, s'efforçant de prendre la place de ce dernier, reproduisant ses réseaux de génération en génération de manière à pérenniser son influence tout en augmentant sa puissance et sa fortune au détriment de toute équité, telle pourrait être la définition de toute mafia. L'auteur a certainement raison de dénoncer ceux qu'ils dénoncent, mais force est de reconnaître que cette définition va comme un gant à la franc-maçonnerie, qui mériterait d'être épinglée elle aussi dans ce tableau de chasse.

Dès lors, ce que ce livre, quand même à lire, laisse entrevoir, c'est l'existence non pas d'une, mais de plusieurs mafias en France, en relation de rivalité les unes avec les autres, et qui se rejettent mutuellement la faute les unes sur les autres. Tout se passe comme si la mafia française était une mafia qui ne s'assume pas, une mafia qui en est bien une mais qui refuse de le reconnaître et qui passe son temps à dire: "La mafia, c'est les autres." Mais la franc-maçonnerie est également une mafia. Ce livre n'a donc raison que partiellement. Si on veut lutter contre la corruption confraternelle, ce que nous pouvons faire, à notre échelle de simples citoyens, c'est répéter inlassablement autour de nous, surtout aux jeunes: ne faites jamais partie d'aucune fraternité, et vous resterez des individus libres et intègres.
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Réussir sa mort
Réussir sa mort
par Fabrice HADJADJ
Edition : Broché
Prix : EUR 26,50

13 internautes sur 28 ont trouvé ce commentaire utile 
1.0 étoiles sur 5 Ce livre est mon ennemi, 2 février 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Réussir sa mort (Broché)
L'acceptation de la mort et tout aussi légitime que l'acceptation de la vie. Hélas ce livre nous incite à accepter non pas la mort mais l'échec, et à renoncer au contrôle que nous exerçons sur notre propre vie. Pourtant ce contrôle est ce qui nous protège du monde. Sournoisement, ce livre entend nous pousser à la soumission, au rabaissement face à la société. L'individualisme est un combat: un combat contre la société pour mener sa vie comme on l'a choisi, et pour mourir quand on le décide. Au nom de ce combat, individu contre la société, individu et fier de l'être.
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