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Amazon clientèle (France)
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Bruckner : Symphonie n° 7 - Karajan Gold
Bruckner : Symphonie n° 7 - Karajan Gold
Prix : EUR 18,00

5.0 étoiles sur 5 Une gravure ultime, une interprétation universelle, 19 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Bruckner : Symphonie n° 7 - Karajan Gold (CD)
Sur le coin de la pochette, en bas, à droite, quelques mots : "son dernier enregistrement". Comme si l'essentiel dans ce disque, ce n'était pas la musique, mais le chef d'orchestre. A moins, justement, que la musique ne vienne du chef, et que, derrière le narcissisme marketing ne se trouve une dimension supplémentaire.

Karajan l'Autrichien n'a jamais tant enregistré avec le Philarmonique de Vienne qu'à la fin de sa vie. Entre un concert du Nouvel An d'anthologie en 1987 et cette 7e symphonie de Bruckner, on n'oubliera pas une 8e symphonie du même Bruckner époustouflante. Certes, il y a l'orchestre, magnifique, et l’acoustique unique du Musikverein, cette salle que Karajan connait si bien. Certes, il y a la prise de son, nettemoins moins réverbérée que dans les années 1970.

Il y a aussi l'oeuvre. Parmi les 9 symphonies qu'il a composées, la septième passe pour la plus accessible. Elle n'en reste pas moins un univers sonore exigeant, si particulier. D'autres chefs en ont donné des visions radicalement différentes : Furtwangler, avec Berlin, pendant la guerre ; Klemperer, avec le Philarmonia, dans une lecture puissante, charpentée, cérébrale ; Celibidache, exaspérant au contraire l'émotion et culminant dans un adagio touchant au sublime. Le premier mouvement est d'une construction complexe. Le second mouvement, cet adagio extraordinaire, est un chef d'oeuvre qui pourrait se suffire en lui-même. Le scherzo, toujours animé, reste chez Bruckner une sorte de fuite en avant. Enfin, le final est triomphal, heureux, presque lumineux, ce qui est si rare chez Bruckner.

Ce que réalise alors Karajan touche à la magie, et l'écoute de ce disque suffira à faire taire les critiques. Cette vision est d'une incroyable clarté, et dans les différents plans sonores, et dans sa cohérence d'ensemble. L'ensemble est animé par un souffle réel, et cela chante à merveille. L'architecture est là, sans doute, mais au service du chant, de la mélodie, et Karajan porte ce chant d'un bout à l'autre de l'oeuvre. Le phrasé qui l'a rendu célèbre est là, magnifique. D'autres se perdent dans le premier mouvement ; il s'impose avec évidence. L'adagio n'est pas du tout outré, au contraire, et il évite le côté "musique de film" qui pourrait lui nuire. Porté par le même souffle, il se distingue par sa grande sérénité, presque sa douceur, ce qui n'exclut pas l'émotion : le trois dernières minutes sont d'une belle intensité. Le scherzo, enlevé, est parfait, et sans la pesanteur d'un Klemperer par exemple (attention ! ce n'est pas une question de tempo, Klemperer est plus rapide que Karajan). Quant au final, il est presque joyeux, et se termine dans une ambiance de victoire, loin, très loin d'une vision crépusculaire.

Ainsi, Karajan rendrait presque Bruckner facile. Car son interprétation possède ce charme si particulier de l'évidence. Cela ne retire rien à d'autres versions, celle d'un Celibidache est en tout point différente, voire diamétralement opposée, et ces deux visions sont également intéressantes l'une et l'autre. Mais là où le chef roumain nous emmène dans un univers mystique, d'une élévation presque spirituelle, Karajan semble revenir à l'essentiel, dans une vision épurée. D'où ce sentiment d'évidence.

Ce disque offre donc une très belle version de la septième de Bruckner. C'est aussi une illustration des talents de Karajan. Cela pourrait être une entrée très convenable dans l'univers si exigeant de ce compositeur. Et ce testament musical de Karajan prend alors un autre sens : en comparaison des autres versions, la sienne est d'une joie sereine, presque d'une paix lumineuse. Mieux qu'un testament : une apothéose.


Initial - Histoire du XXe siècle tome 4 : Des années 1990 à nos jours, vers le monde nouveau du XXIe
Initial - Histoire du XXe siècle tome 4 : Des années 1990 à nos jours, vers le monde nouveau du XXIe
par Jean Guiffan
Edition : Broché
Prix : EUR 12,75

2.0 étoiles sur 5 Le risque de l'histoire du temps présent, 19 octobre 2014
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Dans le Berstein et Milza, cette histoire du XXe siècle souvent présentée comme la Bible des étudiants, il y a les deux premiers tomes, à acheter les yeux fermés. Il y a le troisième, décousu, incohérent, mais avec quelques passages encore solides et utiles. Et puis, pour finir l'aventure, ce quatrième tome. Edition 2010, dit la couverture. 2005, répond le copyright.

On retrouve la faiblesse du troisième tome : 14 chapitres juxtaposés, pas de plan d'ensemble, pas de cohérence interne. On retrouve aussi la confusion du découpage chronologique : alors que le tome 3 menait la France jusqu'en 2002, nous reprenons ici les Etats-Unis en 1993 (alors que le premier chapitre sur la croissance débute en 2000).
Surtout, certains chapitres restent fumeux, en particulier ceux sur les rapports de force (chapitre 2), les pratiques sociales (chapitre 14).
Pour le reste, force est de constater que le propos est dépassé, daté, périmé : les chapitres 5 sur Obama, 7 sur la Russie et 8 sur la France sont à reprendre.

Dans ce volume, la tentation de l'essai tourne à l'impasse. En voulant donner du sens à une histoire immédiate, mais sans avoir le recul nécessaire, les auteurs oublient de mobiliser les connaissances solides qui faisaient la réputation des volumes précédents. Mais surtout, un manuel qui prétend aller jusqu'à nos jours ne peut pas être vieux de 9 ans. Le rajout ponctuel de quelques paragraphes sur la crise mondiale entre 2008 et 2010 ne fait pas illusion longtemps. Une refonte des deux derniers volumes s'impose ; cela permettrait d'isoler un petit volume ultra-contemporain facile à rééditer après une vraie mise à jour.


Initial - Histoire du XXe siècle tome 3 : De 1973 aux années 1990, la fin du monde bipolaire
Initial - Histoire du XXe siècle tome 3 : De 1973 aux années 1990, la fin du monde bipolaire
par Pierre Milza
Edition : Broché
Prix : EUR 12,75

3.0 étoiles sur 5 La fin du monde bipolaire n'est pas celle que l'on croit..., 19 octobre 2014
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Dans les deux premiers volumes de leur histoire du XXe siècle, Berstein et Milza ont donné des manuels dans ce qu'ils peuvent avoir de meilleur : un propos clair, un plan structuré, des connaissances factuelles nombreuses et sûres. C'était aride, mais clair, cohérent.
Ce troisième volume ne tient pas les promesses des deux ouvrages précédents ; la déception est d'autant plus cruelle. Bref, après deux volumes réussis, voici le temps des désillusions.

Les 13 chapitres sont juxtaposés les uns aux autres sans cohérence interne : les grandes parties ont disparu. Le propos est nettement moins maîtrisé, à commencer par la chronologie : alors que certains chapitres courent jusqu'au début des années 1990 (souvent 1992), d'autres s'aventurent jusqu'au début des années 2000.
A ce manque de cohérence s'ajoute le caractère fumeux de certains chapitres, en particulier ceux consacrés à l'économie au début du volume. Il n'y a aucune ligne directrice forte dans certains chapitres, la faute sans doute aux rééditions qui ont surtout consisté à rajouter quelques paragraphes en fin de chapitres pour "être à la page".

On retiendra donc quelques chapitres, sur la crise américaine de 1973 à 1992, sur la France ou l'URSS. Pour le reste, c'est très décevant.


Swiss Piano Quintets
Swiss Piano Quintets
Prix : EUR 16,70

5.0 étoiles sur 5 Un titre peu accrocheur, mais une très belle musique, 19 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Swiss Piano Quintets (CD)
Swiss Piano Quintets... Comment pourrait-on imaginer titre plus rébarbatif ? A moins d'imaginer que la Suisse soit devenue le pays de référence en terme de musique de chambre... Et pourtant, tout n'est pas faux, puisque les deux compositeurs, Joachim Raff et Hermann Goetz, sont nés en Suisse. Sont-ils assez célèbres pour qu'un autre titre, Raff et Goetz Piano Quintets, soit plus accrocheur ? Peut-être pas. Et c'est dommage.

Le premier quintette est celui de Raff. Être né en Suisse, avoir ensuite fait une belle carrière en Allemagne, avoir été le secrétaire de Liszt mais avoir composé de la musique de chambre... Raff est inclassable, il n'entre dans aucune des grandes catégories que l'histoire de la musique allemande a donné au XIXe siècle, sauf celle des compositeurs oubliés.
On sera frappé par l'élégance virtuose de chacun des mouvements, et par l'habileté avec laquelle les thèmes sont énoncés, repris par chacun des instruments. Orchestrateur de talent, Raff fait de même ici, sans placer le piano en position prééminente par rapport aux autres instruments. L'ensemble est donc dense. Le premier mouvement, complexe, ne se dépare pas d'un sens évident de la mélodie. Le second mouvement, plus rapide, est cinglant. On retrouve une écriture brillante sans être appliquée. Le sommet du quintette est ce mouvement lent hallucinant de lyrisme, qui semble presque être une transcription de Mahler (alors que ce quintette date de 1862 !). Le final est brillant et triomphal, comme souvent chez Raff. Bref, de la belle ouvrage.
La fantaisie qui suit est une oeuvre d'un seul mouvement, d'un seul jet... de presque 20 minutes. C'est clairement une oeuvre pour cordes et piano, car cette fois le piano est mis à part. Raff y témoigne de ses qualités habituelles : une écriture élégante et habile, un sens évident de la mélodie, un lyrisme éloquent sans être trop appuyé, un goût du grandiose sans tomber dans la grandiloquence. Ce n'est pas simplement bien écrit, c'est aussi très beau.

Le quintette de Goetz est encore plus ambitieux : en associant un violon, un alto, un violoncelle et une contrebasse et un piano, il fait le pari de favoriser les sonorités graves. L'oeuvre est plus austère que celles de Raff, mais tout aussi complexe et habile. Mais là où Raff est brillant, Goetz est douloureux. Et le final, loin du triomphalisme de Raff, reste inquiet et tourmenté.

On trouvera donc sur ce disque trois oeuvres assez différentes, mais unies par leur beauté, la solidité de leur composition, et aussi, malheureusement, le caractère assez méconnu de leurs auteurs. Une notice trilingue assez complète apporte toutes les informations utiles. Voici de quoi s'aventurer hors des chemins trop connus sans partir à l'aventure.


Histoire du XXe siècle, tome 1 : 1900-1945 La fin du monde européen
Histoire du XXe siècle, tome 1 : 1900-1945 La fin du monde européen
par Pierre Milza
Edition : Broché
Prix : EUR 12,75

5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage classique, mais complet, 19 octobre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Histoire du XXe siècle, tome 1 : 1900-1945 La fin du monde européen (Broché)
Le Berstein et Milza est un classique, depuis longtemps. Etudiants d'histoire, candidats aux IEP ou aux ENS le retrouvent souvent dans leurs bibliographies. Mais on n'oubliera pas qu'il s'agit en fait de 4 volumes, finalement assez différents les uns des autres. Ce premier volume porte sur les années 1900-1945, incluant donc deux guerres mondiales, la révolution russe, les régimes totalitaires, la crise de 1929...

Des quatre volumes, ce premier tome est sans doute le meilleur. Le découpage des grandes parties, puis des chapitres ne souffre aucune critique. C'est très facile à mettre en fiche, et donc à retenir. Le propos est simple et clair. Ce qui se pense bien s'énonce clairement : tout est maîtrisé. Les illustrations sont peu nombreuses, la mise en page est austère. Bienvenu dans le monde des manuels du supérieur !

Certains regrettent l'absence de grande mise en scène des événements. C'est peut-être justement la grande qualité de ce manuel : des faits, des éléments concrets, des dates et des chiffres, et pas de grandes théories fumeuses. Les qualités de synthèse des auteurs sont évidentes et suffisent amplement à nourrir dissertations et commentaires. On appréciera en particulier les passages sur l'histoire britannique, car les bons manuels d'histoire de la Grande-Bretagne sont rares.

Bref, voici un outil de travail, un atelier à fiches bien fait et bien écrit. Pour la mise en perspective et les grandes théories sur le sens de l'histoire, il faudra aller voir ailleurs. Ce manuel rempli parfaitement son rôle et atteint son objectif, en particulier ce volume précis.


Joachim Raff
Joachim Raff
Prix : EUR 10,92

2.0 étoiles sur 5 Pour les ouvertures, mais surtout pas pour la pire version de la 5e symphonie de Raff !, 4 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Joachim Raff (CD)
Ce disque ne manque pas d'intérêt : une sélection d'ouvertures, dont certaines originales et rares, une élégie pour orchestre (Abends), une symphonie extraordinaire... Ajoutons à cela un chef réputé, un orchestre talentueux, une prise de son claire et brillante : toutes les conditions étaient réunies pour faire de ce disque un must, une référence.

La concurrence est rude : de toutes les œuvres de Joachim Raff, la cinquième symphonie est la plus enregistrée. Et c'est justice, tant cette symphonie à programme est d'une grande richesse, d'un raffinement évident. Certes, comparaison n'est pas raison. Mais...

A l'écoute de cette nouvelle version de la symphonie Léonore, stupeur ! Et revoilà la question du tempo. Quel est le bon tempo ? celui porté sur la partition par le compositeur ? celui transmis par la musique, pour que la clarté sorte de la composition elle-même ? celui imposé par le chef, qui donne ainsi sa patte à la musique qu'il dirige ?
Jarvi va vite, très vite. Mais la vélocité n'est pas le dynamisme, et des tempos très retenus peuvent être autrement plus animés que des prestations supersoniques. On ne prétendra pas faire l'apologie d'une divine lenteur pour elle-même. Simplement, rapidité et efficacité ne riment pas toujours.

Dans cette cinquième de Raff, quatre versions antérieures ont formé (déformé ?) l'oreille. Celle, mythique, de Bernard Hermann : le compositeur fétiche de Hitchcock était aussi un mélomane et un chef averti, qui osa remettre Raff sur le devant de la scène par cette symphonie. C'est lent, très lent, même dans la marche du troisième mouvement. Et, parmi les versions plus modernes, celle de Stadlmair avec Bamberg, qui s'impose par son homogénéité, son lyrisme mesuré. Cette symphonie, inspirée par un poème ténébreux, directement issu du romantisme gothique, se déployait comme un beau chant d'amour, avec un deuxième mouvement lent au lyrisme déchirant, un chant d'amour éperdu. Le premier mouvement posait habilement les ressorts du drame, alors que le final courrait vers la mort, avant de revenir à l'amour.

Le premier mouvement est rapide, si rapide qu'il est survolé. Pas de construction, pas de relief, mais un empressement certain. L'orchestration riche et habile de Raff est certes portée par l'orchestre, mais tout cela va trop vite car la musique perd son sens.
Le deuxième mouvement, ce chant d'amour, est trahi, défiguré, massacré. Pas le moindre lyrisme, pas le moindre amour, mais une précipitation inutile, qui tourne à vide. Un beau son, soit ; mais pas de musique, pas de message. Une sécheresse étrange. Un contresens total. On réécoutera avec intérêt et profit la version de Hermann, qui porte à son paroxysme la lenteur, mais aussi l'expressivité, car en termes de chant d'amour, Hermann est à son affaire (doit-on rappeler le love theme de la musique de Vertigo ?)...
Le troisième mouvement s'ouvre par une marche triomphale. La marche est une musique militaire ; elle doit illustrer justement une carrière militaire ; c'est donc un pas, une cadence qui ne s'improvise pas. Pourquoi la transformer en sprint ? Certes, le mouvement reste cohérent, bien plus pertinent que les deux mouvements précédents. Mais les autres versions, plus lentes, n'en sont ni moins éloquentes, ni moins puissantes. Quant au passage médian, qui illustre l'attente, l'amour de celle qui attend son bien-aimé, il passe à nouveau à côté de toute expressivité.
Le final est une course vers la mort ; c'est le mouvement le moins raté de la symphonie (il y a enfin de l'émotion dans les deux dernières minutes de l'oeuvre)... quoique... pas de suspens, pas de tension dramatique. La version Hermann reste là encore beaucoup plus expressive.

On pourra aimer la vitesse à laquelle Jarvi mène sa symphonie. Mais encore faudrait-il que cela éclaire l'oeuvre, lui donne du relief. Or le premier mouvement est d'une inquiétante platitude. Faut-il s'étonner de la virtuosité de tel ou tel pupitre ? Le massacre du deuxième mouvement suffit à répondre, car la vitesse ne devrait pas nuire à l'émotion.

Bref, c'est la pire version de cette symphonie, car elle n'a aucun sens, elle ne délivre aucun message, elle ne parle pas au cœur. Elle voulait surprendre, elle déçoit.


Oeuvres Orchestrales /Vol.1
Oeuvres Orchestrales /Vol.1
Prix : EUR 23,52

3.0 étoiles sur 5 Presque parfait, 30 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Oeuvres Orchestrales /Vol.1 (CD)
Joachim Raff n'en finit plus de sortir de l'ombre, et on sera loin de le regretter ! Ce disque propose un programme équilibré et très représentatif des qualités de ce compositeur trop méconnu : quatre ouvertures inspirées de Shakespeare, et la très belle deuxième symphonie. Neeme Jarvi se saisit de ce corpus à bras le corps, avec dynamisme et enthousiasme, à la tête d'un orchestre très bien capté par une prise de son multidirectionnelle.

Ce disque se démarque par les quatre ouvertures, animées, fougueuses, parfois fiévreuses. Roméo et Juliette glisse doucement vers Richard Strauss, Othello articule à merveille le thème lyrique de Desdémone et celui, sombre et funeste, d'Othello ; Macbeth nous plonge dans un monde de folie et la Tempête ne manque pas d'allure. Cordes et vents sont superbes, et l'articulation, le phrasé de la direction transcende des oeuvres agréables à défaut d'être géniales.

La deuxième symphonie présente les mêmes qualités techniques dans un très beau premier mouvement. Il faut dire que cette symphonie, très classique dans sa forme, et typiquement romantique avec son final triomphal, est sans doute la plus facilement abordable parmi les 11 symphonies que Raff a composé. Le scherzo est animé à souhait. Quant au final, impétueux, il défend une lecture très dynamique de l'oeuvre.
En revanche, le mouvement lent semble gâché par une épouvantable précipitation. Ce n'est ni un problème de chronomètre, ni un parti-pris en faveur d'une divine lenteur. Mais Jarvi semble être abusivement pressé, et d'autres gravures (Hans Stadlmair chez Tudor, Urs Schneider chez Marco Polo), avec un tempo bien plus retenu, semblent vraiment plus riches, profondes, éloquentes. C'est dommage, car techniquement, tout est en place et les différents pupitres s'articulent à la perfection. Mais le message ne passe pas. Con moto, certes, mais andante, tout de même.

Sans ce mouvement précipité, on aurait eu là un disque de référence. Il reste néanmoins de très beaux moments, et surtout quatre très belles ouvertures. Agréable, ce disque ? Sans doute. Mais presque parfait.


Joachim Raff: Piano Trios 1 & 4
Joachim Raff: Piano Trios 1 & 4
Prix : EUR 11,02

5.0 étoiles sur 5 Un disque superbe !, 27 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Joachim Raff: Piano Trios 1 & 4 (CD)
Pourquoi les œuvres de Joachim Raff restent-elles encore si confidentielles ? A l'écoute de ce disque, où chaque mouvement de ces deux trios témoigne toujours des mêmes qualités (clarté, virtuosité, élégance), la question devient même dérangeante.

Raff, quand il est connu, est vu comme le secrétaire et l'orchestrateur de Liszt ; cette proximité en fit un partisan de la nouvelle école musicale allemande, lors de l'opposition farouche de ces derniers avec les tenants de la vieille école germanique, représentée par Brahms et d'autres. Dans cette opposition, on retrouvait aussi celle de genres musicaux : poèmes symphoniques et œuvres à programme d'un côté, symphonies rigoureuses et musique de chambre de l'autre. Mais s'il a été un orchestrateur talentueux et un compositeur habile, Raff s'est aussi illustré dans la musique de chambre. Ces deux trios le montrent.

La notice de CPO, éditeur allemand audacieux qui n'hésite pas à élargir les horizons musicaux, présente une analyse musicologique en bonne et due forme.
On notera ici que le premier trio s'ouvre par une sorte de révérence du piano aux préludes de Bach, avant d'enchaîner sur un développement vigoureux et élégant et un dialogue équilibré entre les trois instruments. Le deuxième mouvement est un canon virtuose, d'une écriture dense, qui laisse la part belle aux cordes. Le troisième mouvement atteint des sommets de poésie et de lyrisme, mettant au premier plan le piano cette fois. D'une tendre délicatesse, c'est le coup de cœur de ce disque. Enfin, comme dans ses symphonies, Raff conclut par un final grandiose et virtuose.

Le quatrième trio adopte des tonalités plus chaudes, presque schubertiennes, et accorde davantage d'importance aux cordes. Le deuxième mouvement confirme combien Raff savait faire chanter ses trois instruments. Le mouvement lent, en troisième position, est une romance sans parole d'une belle émotion, avec une succession de variations délicatement virtuoses. Le final ne manque pas d'allure.

Ainsi, Raff se montre à nouveau doué dans un autre domaine : symphonie en quatre mouvements, symphonie à programme, ouverture, concertos (pour piano, violon, violoncelle), et musique de chambre : sans innover ou révolutionner le genre, il s'y illustre avec talent, et s'écoute avec plaisir et intérêt. Surtout, il se pose en dehors des schémas et des écoles de son époque, ni "ancien" ni "moderne" ; cet entre-deux explique sans doute pourquoi sa musique, solidement écrite, est rapidement passée de mode dans les salles de concert.
Ce disque permet ainsi de savourer une musique agréable, virtuose sans être trop démonstrative, solide sans être laborieuse, en un mot élégante.


Raff : Oeuvres pour choeur, piano et orchestre. Nguyen. Quinn.
Raff : Oeuvres pour choeur, piano et orchestre. Nguyen. Quinn.
Prix : EUR 17,00

5.0 étoiles sur 5 Génial !, 21 septembre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Raff : Oeuvres pour choeur, piano et orchestre. Nguyen. Quinn. (CD)
Joachim Raff fait partie de ces compositeurs qui, célèbres en leur temps, sont tombés dans l'oubli ensuite. Passé de mode, peut-être ; souffrant de l'absence d'élèves célèbres qui transmettent une ou deux œuvres phares du répertoire, sans doute ; négligé des solistes et écarté des concerts, assurément. Grâce au disque, ces compositeurs sont redécouverts ; on entend alors des œuvres solides, parfois brillantes, souvent agréables ; quelques pépites émergent alors d'une production sans surprise.

C'est le cas des œuvres portées sur ce disque. Intitulée "concertante" par Raff lui-même, la première oeuvre est une sorte d'objet musical non identifié : placée dans la filiation de la fantaisie chorale de Beethoven, voici une fantaisie pour orchestre, chœurs et piano (comme son modèle), articulée en quatre mouvements (comme une symphonie), consacrée au déroulement de la journée (Die Tageszeiten, en écho aux Saisons-Jahreszeiten de Haydn). L'ensemble est surprenant : non, Raff n'est pas un compositeur routinier, et l'ambition portée par cette fantaisie concertante est évidente.
Le premier mouvement est le plus long (plus d'un quart d'heure), c'est aussi le plus virtuose. Le piano ouvre le mouvement en solo, accompagné ensuite par l'orchestre ; les chœurs n'arrivent qu'ensuite. Le thème triomphal correspond bien à l'ambiance solaire, lumineuse du texte chanté. L'articulation entre les chœurs, l'orchestre, le piano témoigne des qualités de composition de Raff. Le deuxième mouvement, plus calme, correspond au crépuscule ; voici une berceuse très réussie. La nuit, ensuite, court vers le retour de la lumière ; on retrouve l'allant des chasses des troisième et dixième symphonies, pour illustrer la douce folie des rêves. Le final, qui correspond à l'aube, retrouve la joie et l'exubérance du premier mouvement, avec la reprise du thème triomphal. On notera que le texte chanté par les chœurs est une oeuvre de la propre fille de Raff. Voici une oeuvre lumineuse, ambitieuse, originale, vivante, mais stylistiquement inclassable. Un vrai petit chef d'oeuvre, à découvrir au plus vite.

Deux pièces pour chœur et orchestre abordent des thèmes plus graves ensuite ; elles témoignent des qualités d'orchestration de Raff, et surtout de son sens de l'écriture chorale. On retrouve les thèmes de prédilection du compositeur : la forêt, le soleil, le matin, dans ce Morgenlied tout en délicatesse. La deuxième oeuvre met en musique un poème de Raff lui-même. Tout est en retenue, finesse, à la fois dans le texte et la musique. Voici une miniature, délicatement ornée.

Enfin, une autre composition ambitieuse en cinq mouvements, Die Sterne, permet à Raff de composer une cantate sur un autre texte de sa fille. L'articulation du texte chanté et de la musique permet au compositeur de réaliser une musique ouvertement programmatique, mais purement descriptive et évocatrice. La construction en est plus simple que dans les Tageszeiten, en l'absence de piano. Pourtant, il s'en dégage la même douceur, la même finesse. L'écriture chorale, sacrée comme profane, était à la mode à la fin du XIXe siècle ; mais Raff n'oublie pas son héritage romantique : le solo de cor qui ouvre le quatrième mouvement, n'est-il pas un clin d’œil à Mendelssohn ? Le final adopte une forme fuguée ambitieuse, qui correspond bien au texte lui-même : car, au-delà du Soleil, de la Lune, et des étoiles, quelle est cette puissance supérieure qui règne en maître ? Comme chez les romantiques, Dieu se manifeste dans la Nature. Et la cantate profane se termine sur des échos sacrés.

Certes, il pourra paraître convenu de crier au génie. Mais pourquoi modérer son enthousiasme pour des œuvres belles, riches, originales, et inédites au disque ? L'ambition musicale de Raff plonge dans le romantisme le plus évident, mais aussi le plus sûr : Beethoven, Mendelssohn. Mais ces symphonies chorales ouvrent vers d'autres mondes, comme le Mahler de la symphonie des Mille. Loin d'être un obscur tâcheron, Raff s'impose ici comme un compositeur digne d'intérêt, à redécouvrir sans attendre.


Raff,Joseph:Shakespeare Ovt.
Raff,Joseph:Shakespeare Ovt.
Prix : EUR 27,06

4.0 étoiles sur 5 Un flamboiement de couleurs orchestrales, 21 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Raff,Joseph:Shakespeare Ovt. (CD)
S'il est largement tombé dans l'oubli, Joachim Raff retrouve un nouveau public grâce au disque. Hans Stadlmair, avec l'orchestre de Bamberg, a ainsi pu graver l'intégrale des onze symphonies, mais aussi les deux concertos pour violons, les deux concertos pour violoncelle, et d'autres pièces orchestrales. Ici, il complète ces enregistrements par six nouvelles pièces : quatre ouvertures inspirées de Shakespeare, une élégie pour orchestre, et une ouverture festive.

Au XIXe siècle, l'ouverture de concert occupe une place toute particulière : alors que les genres sérieux, académiques, reposent sur des règles de construction bien établies, l'ouverture offre une liberté de traitement et aussi la possibilité d'écrire une musique ouvertement programmatique. Raff ayant été le secrétaire de Liszt, il a ainsi été au contact des poèmes symphoniques et de la symphonie à programme. D'ailleurs, parmi ses onze symphonies, 5 sont "à programme" et les quatre dernières forment un vaste ensemble programmatique.

En s'inspirant de Shakespeare, Raff retrouve l'inspiration romantique d'un Mendelssohn. La tempête lui permet d'exposer une écriture brillante et virtuose, alternant les tourments agités et les passages grandioses. Othello lui permet de composer une ambiance inquiète ; après un épisode de calme, la tension monte toujours davantage, avec des cordes de plus en plus acides et animées jusqu'à la disparition de toute tendresse et de tout amour dans le final.
Macbeth permet à Raff de retrouver les ambiances de sa troisième symphonie ; les références à Mendelssohn sont explicites dans la danse des sorcières. Enfin, Roméo et Juliette lui permet de décrire l'amour, mais aussi la lutte entre les deux familles. Son sens du grandiose comme de l'intime trouve à s'y exprimer pour notre plus grand bonheur.

L'élégie pour orchestre, en fait un mouvement de symphonie mis à l'écart, rappelle que les mouvements lents des symphonies de Raff sont souvent sous-titrées : élégie, églogue. C'est un mouvement au lyrisme évident, une sorte de marche triste.
Enfin, l'ouverture festive est un moment grandiose et triomphant, agréable sans être pompeux.

Ce disque vient illustrer l'art et la manière de Raff, confirmer son talent évident pour les thèmes majestueux, la solidité de son métier d'orchestrateur. Voici donc un disque agréable, porteur d'une musique agréable, bien écrite, mais aussi sans surprise.


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