|
|
Contenu rédigé par Marie S
Classement des meilleurs critiques: 346
Votes utiles : 727
|
|
Chez vous : découvrez nos services personnalisés en pages d'aide !
|
Commentaires écrits par Marie S "Jostein" (France)
|
|
|
|
|
|
|
2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
3.0 étoiles sur 5
Un style débordant mais un auteur à suivre, 14 décembre 2011
Habitant en région centre, je ne pouvais pas rater la lecture de ce roman écrit par un jeune prodige orléanais de 19 ans. Prodige par son style littéraire, d'autant plus qu'on apprend qu'il a commencé à écrire ce roman vers 15 ans. " Je lisais une heure le dictionnaire aux toilettes" nous dit le narrateur. Cela doit être du vécu de l'auteur et a porté ses fruits car Marien Defalvard connaît et maîtrise les figures de style et le vocabulaire . Il joue avec les mots et les expressions. " L'air plein de grain à moudre, d'ouvrages sur le métier, de fil à retordre, de chats à fouetter, de fers à battre, de tabac à priser." Le narrateur nous entraîne dans son sillage depuis sa douce vie enfantine à Sacierges, grande demeure et vie bourgeoise qui resteront le regret de sa vie jusqu'aux différentes villes du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest de la France. " Car quand l'aimée, Sacierges, disparut, elle me laissa incomplet, inassouvi, impréparé même, et l'évidence de sa présence changera de nature." Ses descriptions de Paris, Brest, Strasbourg et Lyon sont d'une grande précision, d'une réalité enrichie des observations des rues, des monuments et des climats. Il nous dévoile aussi ses rencontres avec Paul Bonhomme ou François qui ajoutent encore du relief à ses villégiatures. Il évoque peu sa famille, ses parents, une de ses soeurs, un des ses frères mais l'on perçoit une faillite familiale, des regrets, des incompréhensions. Le concret est un peu flou dans cette trop grande volonté de description spatiale. L'auteur gagnerait à maîtriser davantage ses élans littéraires, fougue de jeunesse peut-être. Même si je me suis régalée de cette description du jeu de Monopoly sur cinq pages ou des peintures hautes en couleur des villes et des paysages, j'aurais aimé davantage de fond dans l'histoire de sa vie. Si le lecteur cherche des faits, une histoire, ce ne sera pas vraiment dans ce premier roman. Ici, c'est le style qui prime et le sentiment pessimiste et mélancolique l'emporte. " J'abusais du passé pour me garder de vivre." Ce roman va enthousiasmer certains et en décevoir d'autres. Quant à moi, je reconnais le potentiel littéraire, j'apprécie la richesse du style mais j'espère que la maturité apportera à l'auteur la maîtrise de ses envolées littéraires et lui permettra de nous offrir une histoire plus concrète. C'est indéniablement un auteur à suivre.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
A découvrir, 14 décembre 2011
Sous le biais de nouvelles très courtes, Edgar Keret décrit les inquiétudes d'hommes et de femmes israéliens. Pour échapper à une triste réalité vécue par l'adultère, le divorce, le deuil ou les difficultés au travail, les personnages dérivent vers l'imaginaire. J'ai particulièrement aimé dans ce livre le côté farfelu, décalé, irréel en apposition avec la réalité de la vie. L'auteur a une imagination débordante en réincarnant des personnages en caniche, en nounours ou en goyave. Une hémorroïde géante prend la place de l'humain, un poisson d'or exauce des vœux, le beau temps s'achète et les gens peuvent diviser leur âge. Mon histoire préférée est le pays des mensonges qui a donné son nom au livre. Toutes ces histoires sont contées avec un grand naturel et un humour caustique. Mais derrière cet humour, l'auteur dépeint la société israélienne confrontée au terrorisme. " Il dit, si tu veux obtenir quelque chose en ce pays, tu dois l'exiger de force." Voilà un auteur que je relirais pour son imagination et son humour.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Roman intime sur un sujet actuel, 12 décembre 2011
C'est par petite touche de couleur, ou plutôt d'ombre que Kaouther Adimi nous dépeint la société algéroise dans ce roman polyphonique. Ce sont des bribes de sentiments, des rencontres, des actes qui expriment le désœuvrement de la jeunesse de ce quartier d'Alger. Mais effectivement, on retrouve le mal-être de n'importe quelle jeunesse au monde. Si ce n'est qu'il y a l'environnement culturel, le carcan de la mère directive, enclin à perpétuer le mariage des jeunes filles et craignant le "qu'en dira-t-on" du voisinage mais aussi les paroles inquiétantes de l'imam. Kaouther Adimi montre parfaitement l'errance des jeunes qui n'ont que deux solutions, émigrer ou se battre. Elle émet la solution constructive de pouvoir faire progresser ces jeunes ayant une formation au sein de leur pays. Toute jeunesse qui sent un avenir productif en son pays n'ira pas vers la drogue ou s'exiler vers un eldorado. Sans vraiment entrer dans les détails, l'auteur exprime l'errance affective des membres de cette famille et les conditions de vie en Algérie. C'est une lecture intime et actuelle, un premier roman qui dévoile une profonde humanité et une conscience du monde d'aujourd'hui. Ce roman a été initialement édité aux Editions Barzach sous le titre Les ballerines de Papicha. Actes Sud a choisi de l'éditer en France sous le titre L'envers des autres.
|
|
|
|
|
|
|
Ad Unum
|
par Didier FOSSEY Edition : Broché |
| Prix : EUR 19,96 |
|
|
|
1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5
Enquête du 36 quai des orfèvres, 7 décembre 2011
Le statut professionnel de l'auteur donne un ton très véridique au roman. Toutes les opérations policières, le vocabulaire (expliqué au préalable), l'ambiance du commissariat, même le comportement du psychopathe sont très réalistes. J'ai vraiment eu l'impression d'être dans l'équipe, de vivre au quotidien cette enquête. C'est une équipe très française avec un patron moderne et paternaliste, ouvert et dynamique. On retrouve un peu l'ambiance d'équipe du commissaire de Fred Vargas avec les périodes de décompression autour d'un repas au restaurant habituel. L'auteur tente de maintenir une certaine humanité en dévoilant un peu la vie privée des membres de l'équipe. On reste tout de même dans l'ambiance des "feuilletons policiers du jeudi", ce qui n'est pas forcement négatif mais traduit plutôt une lecture "divertissante". Le style est très simple mais efficace. L'intrigue est bien menée avec tous les ingrédients pour faire frémir et déclencher l'intérêt. Par contre, j'ai senti le dénouement bien avant la fin et il est dommage que l'intérêt soit désamorce avant les dernières lignes. Je n'avais pas lu le premier roman de Didier Fossey mais nul doute que son expérience professionnelle lui permettra de continuer à faire vivre l'équipe de Boris Le Guenn.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
11 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Témoignage lucide d'un contemporain des deux guerres, 2 décembre 2011
A 98 ans, Henry Bauchau témoigne par un récit autobiographique d'une période historique importante puisqu'elle comprend les deux guerres mondiales et la crise économique de 1929. L'enfant rieur, enfant miraculé sauvé de l'incendie de la maison de Louvain où il était avec ses grand-parents pendant la première guerre mondiale, perd cette légèreté en rencontrant son premier soldat allemand. A 3 ans, il reconnaît la langue de l'ennemi et son sourire s'éteint. Après une jeunesse difficile marquée par la guerre, le chômage de son père, les déménagements successifs et ses problèmes de santé, Henry peine à grandir et à retrouver son sourire. Pourtant, il observe à la manière naïve mais lucide de l'enfance cette période tourmentée. Tout d'abord, grâce aux histoires de son père puis par la lecture, il découvre l'imaginaire et l'action. Elevé dans un milieu bourgeois et religieux, il se pose des questions sur son engagement envers Dieu et l'humanité. Il se laisse influencer par Raymond, qui veut créer un ordre monastique laïc. Il découvre la politique, une autre littérature et l'amour. Tout d'abord, ce sont des émois de jeunesse, puis une attirance étrange pour le beau Théo et ensuite l'amour piège pour Mary, une émigrée russe, ancienne fiancée de son frère. Jalouse, violente, dépensière, elle deviendra vite une charge pour Henry. J'ai beaucoup aimé les premières parties parce que l'on y sent la maladresse du jeune homme. Il observe, emmagasine et essaie de comprendre les autres, lui-même et les évènements de son époque. Derrière chaque émotion, on ressent cette blessure, cette peur de l'ennemi allemand. L'auteur abandonne parfois la narration à la première personne pour laisser parler le personnage qu'il représente, cet enfant rieur caché. La dernière partie est consacrée à son engagement lors de la seconde guerre mondiale et se termine sur le regret d'avoir du obéir à l'ordre de capitulation du roi belge. Henry semble alors avoir failli personnellement et l'on perçoit que cela restera pour lui une blessure profonde. " Pour la première fois, je ressens ce que c'est d'être prisonnier et sans arme. Sans arme! C'est comme cela que je me suis senti depuis lors. Heureusement, il y a eu l'écriture, qui est une autre arme." J'aurais aimé alors en savoir plus sur la suite de sa vie. Bien sûr, retrouver Laure qui concrétise enfin le réel amour réciproque et vivre les engagements ultérieurs de cet homme sage et lucide, qui se lance pourtant si facilement dans l'action, comme pour contrer cette fragilité de l'enfance. J'avais déjà beaucoup apprécié Le boulevard périphérique, roman écrit en 2008, pour la qualité de l'écriture et la fragilité de l'émotion. Ici, c'est, en plus, un témoignage important et inespéré puisque vécu par l'auteur d'une large période historique capitale. Je ne peux que remercier et respecter cet auteur poète belge qui témoigne avec une grande émotion. A noter qu'une fois de plus, Actes Sud réunit un superbe texte et une très jolie couverture pour cette édition.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
4 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Grand roman à la découverte du Vietnam, 28 novembre 2011
Quand en 1985, Thanh quitte le domicile familial où il était protégé, adoré, il ne peut que rêver à ce paradis empli des senteurs des pamplemoussiers et des vols amoureux des lucioles. " Lui, le jeune Thanh, le fils prodigue, avait voulu cette vie de vagabond mais n'avait pas du tout imaginé à quoi elle ressemblerait." Le jeune homme va alors connaître les plus durs combats contre la misère. Alors âgé de seize ans, Thanh réagit avec fougue et inconscience devant cet outrage qu'il lui est fait. Quoi de plus vexant qu'un amour bafoué, le rejet d'une jeune fille que l'on aime platoniquement depuis toujours. Comment retrouver la confiance et l'amour? En 1999, alors qu'il est devenu le gigolo d'une femme riche cinquantenaire, Thanh se souvient. C'est l'occasion pour l'auteur de nous plonger dans différentes histoires. Elles s'emboîtent et se succèdent afin de comprendre l'itinéraire du jeune homme. Elles illustrent les injustices sociales et politiques courantes au Vietnam, les vies détruites par les réformes agraires ou la réforme du commerce. Même le fils d'un mandarin, héros de la Révolution, peut se retrouver acculé et sans ressources. Drogue, sexe, corruption semblent les maîtres mots des hauts fonctionnaires vietnamiens. Les jolies filles sont violées ou séduites par des hommes parvenus de l'âge de leur père ou leur grand-père, les femmes sont trompées ou battues. Et quelque soit leur destin, l'opinion publique les désigne coupables. A côté de cette vie misérable, certains font des affaires et dépensent leur argent futilement pour reculer les effets de la vieillesse, comme Kim, la maîtresse de Thanh. L'auteur juxtapose l'horreur et la misère avec la poésie et le lyrisme. Grâce à son pouvoir d'évocation et ses perceptions sensuelles, l'auteur nous fait profiter des saveurs, des parfums de ce pays. L'évocation des pamplemoussiers, des vergers, de sa maison familiale sont un point d'ancrage pour le jeune homme perdu. Je me suis attachée au personnage de Thanh parce que son cheminement est logique. Le roman commence avec un jeune enfant protégé, naïf et il grandit au fil de son errance. Il doit se libérer de ce mal qu'on lui a fait mais ce ne sera pas par la souffrance de la vie en prison, ni par la prostitution. Serait-ce par le pardon et le retour aux sources? C'est un grand roman qui nous emporte au cœur d'un pays riche de ses paysages, ses traditions familiales mais où il peut être difficile de vivre. Duong Thu Huong, grâce à son talent de conteuse, nous emporte dans cette vibrante histoire d'enfant prodigue abandonné.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Jeunesse nouvelle ou perdue, 14 novembre 2011
Nous sommes en 1951 dans une petite ville du Texas, Thalia, pour suivre le désoeuvrement de la jeunesse et des adultes de ce coin perdu d'Amérique. A part la salle de billard, le cinéma et le café, il y a peu de distractions. Duane et Sonny finissent le lycée et font des petits boulots comme livreur ou sur les plate formes pétrolières. A part le sport, leur principale distraction est de" sortir les filles". " Aux jeunes, on en disait le moins possible sur le sexe, et ils passaient tout leur temps à essayer d'en découvrir davantage." Et ils nous en font découvrir, un peu trop à mon goût, puisqu'on va jusqu'à la zoophilie. Mais j'ai réussi à passer ce cap pour trouver des personnages exceptionnels, de évènements touchants. Il y a d'un côté, les jeunes, leurs amours, leurs coups de tête, leurs amitiés et puis, les adultes qui affrontent difficilement la fuite de l'amour, la vieillesse et le constat d'une vie ratée. L'auteur évoque la jeunesse des lycéens, leurs découvertes et en écho, la jeunesse perdue des mères de quarante ans ou de Sam le Lion. Les histoires d'amitié entre Duane et Sonny ou entre Sonny et ce jeune demeuré Billy sont très touchantes. Et puis, il y a tous les petits évènements d'un village texan: la dénonciation d'un professeur supposé homosexuel, le clivage riche et pauvre, les difficultés d'accéder aux soins, l'importance de l'équipe de sport de la ville, les tribulations du pasteur et de son fils, l'approche de la guerre de Corée, les mariages à la sauvette, les escapades au Mexique. C'est un roman foisonnant d'actions et de rencontres humaines. Tous les personnages sont magnifiques, à la fois agaçants et touchants. Même Jacy, cette jeune fille bourgeoise qui ne sait que jouer avec les autres pour attirer le regard sur elle, nous fait craquer quand elle comprend qu'elle ne sera jamais aussi adulée que sa mère. Et puis, il y a Ruth, cette quadragénaire qui veut vivre une dernière romance. Si vous arrivez à faire fi des scènes scabreuses, vous aurez la chance de découvrir des personnages , des amitiés, des amours remarquables.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
3.0 étoiles sur 5
Liaison dangereuse, 9 novembre 2011
" Pour oublier, il faut que j'écrive." Michel veut éclaircir cet amour qu'il avait pour son frère Bernard de huit ans son aîné. Car il fallait trouver sa place dans cette famille de 9 neuf enfants nés de quatre pères différents, tous élevés par Laurent, pianiste homosexuel, père de deux des enfants. Marthe, sa femme, est une mère volage, absente qui sombre dans l'alcool. Elle a toutefois une adoration particulière pour Bernard et Michel. Bernard adulait son père qu'il voyait comme un héros de la résistance. Michel adorait Bernard, ce demi-frère qui, pourtant, n'hésitait pas à le frapper et l'humilier. Près de cinquante ans après, Michel reçoit une lettre de Luc, une femme sulfureuse, premier et seul véritable amour de Bernard. C'est le déclic pour enfin essayer de comprendre et d'écrire la vie de son frère. Il aimerait en savoir plus sur ce qui s'est passé en Algérie lorsque Bernard était dans les paras. Il aimerait comprendre pourquoi il a choisi de se suicider en 1976, par le biais de ces armes qu'ils aimaient tant. L'auteur alterne les chapitres où Michel s'exprime à la première personne, ceux que je préfère parce qu'ils sont plus dynamiques et empreints de sentiments et les chapitres où sont racontés à la troisième personne les souvenirs des deux frères. Est-ce parce que ces parties sont recréées à partir d'un lien évoqué précédemment, qu'elles m'ont parues plus ennuyeuses, détachées du réel? En tout cas, j'ai beaucoup aimé le style très sensible qui effleure cette histoire, qui montre toute l'ambiguïté de la relation avec son frère. "Michel, enfant, le suivait comme son ombre : faites qu'il m'aime." Ce frère qu'il admire, qu'il imite jusqu'à aimer la même femme ou s'engager dans les parachutistes, qu'il renie aussi en prenant le contre pied sur L'Algérie. Ce frère qu'il ne comprend pas quand il tombe dans l'alcool. Est-ce cet amour destructeur avec Luc, est-ce la nostalgie qu'il éprouve pour Laurent ou le souvenir des atrocités vécues et perpétrées en Algérie? Autant de questions que Michel se posent et qu'il voudrait évacuer en les écrivant dans ce roman. Les personnages sont très fuyants. Il est difficile de les aimer. Sauf, peut-être Luc qui m'a émue par la fragilité de sa vieillesse, par le souvenir de cet amour ravageur, par son attachement aux Liaisons dangereuses.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
4 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Faut-il adapter nos religions à notre siècle?, 7 novembre 2011
Nul doute que ce roman de James Frey ne laissera pas indifférent. Il peut choquer, notamment les croyants car, Ben Zion Avrohom, sans toutefois jamais s'exprimer directement, remet en cause les religions actuelles. Mais, c'est aussi un livre passionnant, car sous la forme d'une vulgarisation, l'auteur reprend les grandes notions philosophiques sur la foi, l'amour et le pouvoir. Regardons tout d'abord la forme. Treize personnages ayant approché Ben s'expriment tour à tour et évoquent leurs impressions suite à cette rencontre. Unanimement tous reconnaissent son physique christique et le réconfort, le calme qu'il leur a apportés. Le style des paragraphes est très différent puisque l'auteur l'adapte au narrateur. Et, je dois avouer que j'ai eu du mal à supporter certains langages. Mais l'auteur colle parfaitement au caractère de son narrateur. Visuellement, le livre de Flammarion fait inévitablement penser au sang tant répandu de Ben puisque les tranches du livre sont couvertes de tâches rouges. Plus on avance dans le récit et plus on pense à ces éclaboussures de sang. Maintenant, voyons ce que j'ai pensé du fond. Même si je n'adhère pas à toutes les réflexions de Ben, je reconnais que le sujet est parfaitement traité. Tout d'abord, Ben est epilleptique et cette maladie a souvent touché de nombreuses personnes ayant eu des apparitions (Jeanne d'Arc, Sainte Thérèse...).Ensuite, l'auteur remet en évidence le pouvoir abusif des religions, leur refus d'évoluer avec notre siècle, leur volonté millénaire de maintenir les hommes dans la peur, de les amener à gâcher une vie terrestre au profit d'une hypothétique vie éternelle. Ben Zion Avrohom remet en cause les livres saints qui ne sont ni plus ni moins que des romans dépassés, ne pouvant plus s'appliquer à notre époque moderne. " Il faudrait considérer ces livres de la même manière que nous considérons tout ce qui est de la même époque, en reconnaissant leur importance historique, mais sans leur accorder la moindre valeur." Dieu est infini, Dieu est amour. Ces deux notions sont parfaitement expliquées par notre messie. Par contre, la dérive de l'Amour vers des rapports sexuels multiples me fait davantage faire penser à une secte. Ben explique que le meilleur de rencontrer Dieu est au cours d'un orgasme. Dans les discours et les comportements de Ben, j'ai plus d'une fois penser à une secte bien que le leader très charismatique ne retienne pas ses fidèles contre leur gré et ne leur demande pas d'argent.Toutefois, son charisme pousse les gens à accepter n'importe quoi. " Nous le croyions, nous croyions tout ce qu'il disait, même quand c'était bizarre." Globalement, il me semble que ce roman exprime bien le malaise de la religion à l'heure actuelle, les contraintes que les religieux ou les dirigeants politiques imposent au peuple, soi disant pour le bien des hommes et des nations mais surtout pour assouvir leurs besoins de pouvoir. Dans ce monde actuel où l'homosexualité est reconnue, où les maladies nécessitent des modifications de comportement, où l'homme égoïste détruit la planète, comment doivent évoluer les instances religieuses? Comme toute foi implique le doute, l'auteur nous laisse avec beaucoup de questions à la fin de ce roman. James Frey a le courage de poser clairement les questions qui dérangent.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
20 internautes sur 22 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Face à sa traîtrise, 31 octobre 2011
Sorj Chalandon avait déjà évoqué la vie de son ami, Denis Donaldson dans Mon traître publié en 2008. Ici, l'auteur nous livre une fiction biographique de Tyrone Meehan, membre de l'IRA qui en viendra à trahir en collaborant avec le MI5 et le Special Branch, ce qui évoque bien entendu le destin de Donaldson. Ce récit alterne la voix de Tyrone à ses derniers jours, reclus en la maison de son père à Killybegs et celle du jeune Tyrone qui s'engage auprès des jeunes républicains comme Tom Williams. Depuis le suicide de son père Pat, homme violent par l'alcoolisme mais engagé, jusqu'à son acte de traîtrise, Tyrone Meehan symbolise les points forts de l'IRA. Les combats entre catholiques et Britanniques, les emprisonnements, la torture, les grèves de la faim pour obtenir le statut de prisonniers politiques, tout traduit l'engagement complet des hommes et des femmes de l'IRA. Le second volet de ce roman est la réflexion d'un homme obligé de trahir pour garder un secret, pour protéger les siens, pour empêcher la mort des gens qu'il apprécie ou pour éviter des morts violentes suite aux bombes artisanales. Tyrone Meehan semble chercher tous les motifs pour atténuer ou justifier son acte. Cet enchaînement est très bien amené par l'auteur jusqu'au dénouement. J'ai beaucoup apprécié les conversations sur la traîtrise avec le Père Byrne qui compare le rôle de Tyrone à celui de Judas. " Comme le Christ avait besoin de l'iscariote, ton pays avait besoin de toi." La discussion avec son fils Jack est elle aussi très forte et émouvante. Comment les membres de la famille engagée de père en fils peuvent-ils comprendre cet acte ? Les amis ont-ils été manipulés par ce traître? En plus du témoignage historique, ce roman est une fabuleuse histoire d'homme, histoire d'un engagement qui va jusqu'à l'acceptation de la déchéance humaine. Ce roman a obtenu le Grand Prix du Roman de l'Académie Française 2011.
|
|
|