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linnetcino31 (France)

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Mansfield park
Mansfield park
par Jane Austen
Edition : Poche
Prix : EUR 8,36

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Jane Austen, égale à elle-même, 5 juillet 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mansfield park (Poche)
J'ai découvert ce roman de Jane Austen par l'intermédiaire des excellents téléfilms de la BBC, où Billie Piper joue le rôle de Fanny Price. J'aimais cette adaptation, mais me suis rendue compte à la lecture du roman que celle-ci, sans en perdre un charme indéniable, était assez infidèle à différents aspects de l'histoire.

Rappelons : Fanny Price, issue d'une famille pauvre, est envoyée vivre dans le Northampton chez son oncle et sa tante Bertram aisés, seigneurs de Mansfield Park. Elle y est élevée pour devenir une jeune fille accomplie, mais est sans cesse rappelée à sa condition de parent pauvre et reconnaissante par une flopée d'égoïstes, depuis sa tante Norris jusqu'à ses cousines, aussi belles et accomplies que discrètement et foncièrement mal élevées. Seul Edmund, son cousin, trouve rédemption dans son cœur (et même plus... bienvenue dans le monde de Jane Austen) par l'attention qu'il lui porte, l'encourageant à reconnaître sa propre valeur et à s'affirmer. Lorsque de riches et élégants voisins, les frère et sœur Crawford, s'installent momentanément dans le voisinage, leur société s'en trouve bouleversée. Fanny voit son cousin adoré s'éprendre de Mary Crawford tout en s'aveuglant sur ses insidieux défauts, et Henry Crawford sème le trouble dans le cœur des deux cousines Maria et Julia Bertram, faisant d'elles des rivales, au moment où la première s'apprête à se marier avec un homme aussi riche que bête.

Plus que tous les autres romans de Jane Austen, celui-ci est son grand roman de l'éducation. Education de Fanny à Mansfield par une famille qui la rabaisse, éducation des Crawford par une société londonienne frivole et viciée, éducation accomplie mais amorale des sœurs Bertram, éducation des enfants Price restés chez leurs parents sans discipline ni manières... Bien entendu, ce thème est récurrent, que dis-je, fondamental chez Austen, car les jeunes filles dont elle raconte l'histoire sont en passe de se marier, aussi leur degré d'accomplissement, prodigué par l'éducation, est-il primordial pour se faire remarquer. Mais "Mansfield Park" semble appuyer plus particulièrement le propos que ne le ferait un "Raison et sentiments", par exemple.

Son héroïne est également très différente des autres romans, et pourtant très austenienne. L'adaptation cinématographique montre une jeune fille jolie (pas un canon, non plus), épanouie comme une rose, mais très réservée et conciliante, même si elle fait parfois montre d'envies de révolte (la question sur l'esclavage pendant le repas, la réponse à Mrs Norris l'accusant d'égoïsme pendant l'organisation du pique-nique). Le livre montre plutôt une jeune fille de prime abord pas très belle (je n'ai pu me départir de cette vision, tant Fanny souhaite peu se mettre en avant, quoique son charme soit réaffirmé à plusieurs reprises par différents personnages), d'une timidité maladive, très nerveuse et prompte aux émois, rougeurs, évanouissements avortés et autres délices de la féminité d'époque. Elle craint constamment ses pensées peu morales, et si parfois elle se contente de boire les paroles de son Edmund adoré et d'acquiescer sans grand intérêt à tous les dogmes qu'il débine, elle sait à son heure ouvrir son cœur et exprimer sa pensée, même si la décence et les scrupules l'empêchent parfois de l'exprimer totalement. Au bout d'un certain temps de l'histoire, lorsque sa sensibilité est trop mise à l'épreuve par Mr Crawford et par les confidences indiscrètes d'Edmund et de Miss Crawford à propos l'un de l'autre, se dessine pourtant une sensibilité, une passion, un feu qui donnent raison à Anne Barbe qui affirmait dans Libération en 1980 "Si Jane Austen mène les jeunes filles au mariage, c'est fortes d'une telle indépendance qu'il faut souhaiter au mari d'être à la hauteur !"

Le mariage est une chose très sérieuse pour Jane Austen, elle-même vieille fille et donc excellente observatrice de tous ses tracas. Mariage d'amour, mariage de raison, mariage heureux, mariage malheureux, toutes les possibilités doivent être envisagées. Si Mme Price s'est mariée par amour (par provocation ?), son couple ne s'en est pas épanoui pour autant. Lady Bertram, belle et sans le sou, s'est mariée à un baronnet et vit dans le luxe et l'indolence. Si Edmund et Mary s'étaient mariés puisqu'ils s'aiment, ils en seraient venus à se haïr à mort, par aveuglement mutuel. Et Maria qui se marie par intérêt, pour devenir la reine des abeilles à Londres, abhorre son futur mari avant même d'aller à l'autel. La situation est donc extrêmement complexe, et les mauvaises langues qui font passer Jane Austen pour une auteure nian-nian n'ont qu'à bien se tenir : la passion n'y est pas toujours récompensée, surtout lorsqu'elle est aveuglante.

L'adaptation de la BBC a le mérite de simplifier des situations qui, si elles semblent nécessaires dans un livre, sont superflues sur le petit écran, et parvient à faire comprendre les choses avec rapidité et efficacité ("On m'avait appris à être sage, il me fallait à présent apprendre à être reconnaissante." Voilà, c'est dit, et le livre met beaucoup plus de temps pour expliquer ce que le téléfilm résume d'une phrase). Elle est d'ailleurs meilleure que le livre à exprimer la manière dont Edmund tombe amoureux de Fanny, ou plutôt se rend compte de ce qu'il éprouve pour elle depuis si longtemps. Il est vrai que cet heureux événement n'arrive que vers les cinq dernières phrases de ce pavé ; on passe donc une bonne partie du roman à dire "Bon sang, crétin, elle est sous tes yeux !" Comme tous les romans de Jane Austen, celui-ci est bavard, et si cette gêne n'est marquée que vers le troisième tiers du livre, on a cependant une véritable impression de réalité. L'amour naît sous nos yeux, avec la plus grande finesse et réalité possible, les discours des personnes, certes rhétoriques et longs, permettent de les cerner avec une grande efficacité. L'adaptation arrive très bien à rapporter les grands déroulements de la pensée des personnages.

Par contre, celle-ci passe complètement à côté d'un aspect du livre qui me semble absolument primordial. Les Crawford sont tout d'abord présentés (dans le roman et le téléfilm) comme des gens cyniques, sans véritable illusion sur l'amour et le mariage. Ils viennent à Mansfield Park pour duper, et déploient tous leurs charmes sur les crédules Bertram. Lorsque Mr Crawford laisse partir Maria, il se rabat sur Fanny, et décide de "faire un petit trou dans son cœur". Bien. Jusque là, aucune divergence.

Mais c'est là que réside la grandeur du roman : mettant à l'épreuve Fanny, Jane Austen donne aussi l'occasion à son bourreau libertin de trouver une rédemption dans un amour pur et violent pour elle, alors qu'il n'avait au début que des intentions pernicieuses et frivoles. De même, sa sœur qui semble n'avoir que pour but d'épouser le cadet cultivé d'une riche famille, dans la mesure où il lui sacrifierait sa vocation ecclésiastique, tombe également sous le charme de Fanny, et trouve en elle une amie - enfin, elle croit - d'autant plus précieuse qu'elle est comme une sœur pour Edmund, sa cible. Ces personnages ne sont pas seulement d'horribles libertins, ils sont de véritables personnes, avec leurs paradoxes, leurs défauts, et leurs destins. Ils trouvent à la fin la juste punition, celle de se voir rejetés et eux-mêmes dégoûtés. A titre d'anecdote, c'est la deuxième fois que Jane Austen ne récompense pas un amour véritable, car issu d'une personne dépravée : Mr Willoughby et Mr Crawford (j'espère ne pas écorcher les noms). Tous deux s'avèrent aimer réellement Marianne pour l'un, Fanny pour l'autre, mais paient pour leurs inconduites passées et présentes. Pas de pardon chez Jane Austen ? Marianne de "Raison et sentiments" retourne pourtant sa veste, comme Emma tire des leçons de son impertinence.

Tous les personnages donc ont une profondeur extraordinaire, pas seulement les principaux, certains seconds rôles sont également creusés. Fanny est la plus riche d'entre eux : d'une grande timidité, elle possède pourtant un feu (comme beaucoup de personnes timides) qu'elle n'arrive pas toujours à exprimer autrement que par ses joues et qui fait d'elle une vraie, une grande héroïne austenienne. A lire, quand on est fan de Jane Austen, pour retrouver sa truculence et sa justesse sans pareille, ou quand on ne connaît pas, pour découvrir des personnages passionnants, véritables, victimes des convenances et de leurs propres faiblesses.


Le tramway
Le tramway
par Patrick Longuet
Edition : Broché
Prix : EUR 5,70

4.0 étoiles sur 5 Du pur Claude Simon, 15 juin 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le tramway (Broché)
"Le Tramway" est un roman de Claude Simon écrit en 2001, qui mêle plus ou moins deux histoires (bien que le concept d'histoire semble foulé au pied dans toute son œuvre), celle du tramway qui traverse la ville balnéaire de Méditerranée - Perpignan, où a été élevé l'auteur ? - et celle de cet individu fiévreux à l'hôpital, qui observe autour de lui.
Voilà, c'est ce que raconte le roman. J'exagère à peine, mais c'est bien ainsi que Claude Simon bâtit ses romans, entre descriptions bâtissant à notre insu un récit plus ou moins panoramique et souvenirs s'enchaînant les uns les autres, comme une longue digression, modulée par ce phrasé proustien, sans la ponctuation pour respirer, et avec un jeu de parenthèses dans les parenthèses à vous rendre fou.

Proust, d'ailleurs. Il est l'ombre assumée de ce roman, apparaissant de manière explicite à deux reprises (le saut d'Andrée et l'homosexualité mal déguisée), et parfois plus silencieusement, par l'évocation de la servante explosant les chatons contre le mur (cf Françoise et les poulets à qui elle criait en les égorgeant "sale bête ! sale bête !"), ou qui servait la mère alitée avant de passer au service de la tante (c'est le contraire dans "Combray" ; Françoise passe du service de la tante aux parents du narrateur).
Ce roman n'est peut-être pas le plus abouti de Claude Simon. Ceux qui auront été bluffés, sciés, bouleversés par cette lecture transcendante que représente l'inimitable "Route des Flandres" ne retrouveront pas l'impeccable structure qui en faisait la force. "Le Tramway" a cependant l'avantage d'être plus facile à comprendre (on applaudit pour le saut de ligne ponctuellement, entre les parties "hôpital" et "tramway and Cie"). Peut-être même faut-il considérer que ce roman est une bonne entrée dans l'œuvre simonienne, plutôt que "La Route des Flandres" (il est aussi plus court !) Enfin, c'est une idée. Peut-être même y a-t-il un clin d'œil à celle-ci, à travers la vision que le narrateur aura de Gaguy sur le front, juste avant son propre départ pour le stallag ; on nage en pleine "RdF" !
Bon, assez d'intertextualité. Comme le tramway longe la ville, le roman dévide des souvenirs, au gré des visions. La figure de la mère en prend un coup, mais par elle le petit milieu aristocratique catholique de l'entre-deux-guerres est décrit, sans haine, avec un rire bon enfant, une vision candide, épurée. L'épreuve de la mort fait cependant changer de vision le narrateur, qui voit à la fin du roman ce monde se recouvrir de la poussière de la mémoire.

Beau roman donc, de l'auteur salué pour avoir combiné dans son œuvre "la créativité du poète et du peintre avec une conscience profonde du temps dans la représentation de la condition humaine" (Académie Nobel).


Certaines n'avaient jamais vu la mer Prix Fémina Etranger 2012
Certaines n'avaient jamais vu la mer Prix Fémina Etranger 2012
par Julie Otsuka
Edition : Broché
Prix : EUR 14,25

5.0 étoiles sur 5 Des vies : récit avant l'oubli, 15 juin 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Certaines n'avaient jamais vu la mer Prix Fémina Etranger 2012 (Broché)
"Certaines n'avaient jamais vu la mer" ("The Buddha in the Attic") est le second roman de Julie Otsuka, très justement couronné par le prix Femina étranger 2012.
On a souvent salué son écriture très originale et lyrique, où aucun personnage ne se distingue réellement. Le lecteur passe comme une vague d'une histoire à l'autre, en une phrase ou deux, toutes se mêlant comme l'écume. "Roman choral", donc. On a dit que c'était l'histoire de femmes mariées par "correspondance" (les Picture Brides) et déçues, trompées par la réalité de travail et d'humiliation que leur réservait une Amérique cruelle et méfiante, et des maris différents de ce qu'elles attendaient.
Mais le roman ne s'arrête pas là (heureusement) : acceptation ou refus, fuite ou "intégration", bonne ou prostituée, mère ou stérile, elles espèrent revenir chez elles mais finalement sont là, et continuent. Baragouinant à peine l'anglais pour certaines, elles voient leurs enfants renier leurs origines en changeant de prénom, en portant des badges "Je suis Chinois" pendant la 2e GM, se fondre brillamment dans le moule par de belles études. Pour quoi en fin de compte ? Etre finalement pointés du doigt dans chaque commerce, qui ne les accepte pas tous, être pris pour des bêtes de somme, sages, efficaces, pas chers, parfaits. Et lorsque vient la suspicion envers ces exilés, une mécanique officielle et raciste les enserre peu à peu, les faisant vivre dans la peur de la "liste" de déportation (eh oui, les Américains se vantent rarement d'avoir déporté les populations japonaises de leur territoire pendant la 2e GM... les vainqueurs réécrivent TOUJOURS l'Histoire). Lorsque finalement tous sont emmenés vers un ailleurs non évoqué dans ce récit subtil, le processus de l'oubli est explicité, selon le point de vue de la communauté blanche. Incompréhension, indifférence, la population est partagée. Mais finalement, tout passe, les enseignes sont remplacées, les maisons réinvesties, les visages effacés.

C'est la grande force de ce récit d'élever le débat, au-delà de la tromperie dont ont été victimes ces femmes, vers la question de la xénophobie, de l'oubli, de l'intégration, de la sensualité aussi (très belle couverture qui illustre bien cet aspect), celle de l'altérité, sans jamais juger. Dans ce flot d'histoires aussi vite nées que perdues, l'espace d'une phrase, les bons et les méchants sont mélangés, ni applaudis, ni pointés. La marque des grands écrivains.

Ce roman se lit avec une rapidité surprenante, comme un souffle qui ne laisse pas en paix après la fin. Il est probable cependant que cette écriture laisse de marbre certains lecteurs, tant elle est étrange. Cette impression d'inventaire de toutes les histoires possibles trouve un peu sa limite vers la fin, juste avant la partie racontée par les Blancs, où Julie Otsuka raconte ce avec quoi tout le monde est parti (elle parle peu des objets, bien sûr) ; ce passage est légèrement redondant (histoire de trouver un défaut à ce superbe livre !)

Une merveilleuse lecture, à mettre entre les mains de tous. Pour ne pas oublier.


Le Papa de Simon et autres nouvelles
Le Papa de Simon et autres nouvelles
par Guy de Maupassant
Edition : Poche
Prix : EUR 2,66

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Plaisant et triste, comme tout Maupassant, 11 juin 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Papa de Simon et autres nouvelles (Poche)
Cette sélection de nouvelles de Maupassant contient :
- "Le Papa de Simon", comme indiqué dans le titre,
- "En voyage",
- "Aux champs",
- "La Confession",
- "Le Père",
- "Le Baptême",
- "Coco",
- "Mademoiselle Perle",
- "Boitelle".
Cet ouvrage aurait mérité un autre titre, explicitant le lien entre les différentes histoires. Comme elles ont toutes plus ou moins pour cadre la campagne (sauf "Mademoiselle Perle"), une campagne à la Maupassant, crasse et simplette, parfois monstrueuse, parfois attendrissante, il aurait été bon de le préciser.
Néanmoins, chacune de ces nouvelles se lit avec facilité, portée par un style acerbe ou admiratif, mais qui n'en rate pas une pour pointer du doigt les monstruosités des personnages ("Coco" ! "Aux champs" ! Horribles toutes les deux. Il ne manquait plus que "L'Aveugle", absente de cette anthologie mais peut-être la plus noire et la plus efficace des nouvelles de Maupassant). Certaines sont vraiment touchantes, comme "Le Papa de Simon", ma préférée, ou "Mademoiselle Perle" et "Boitelle", et d'autres sentent un peu le nian-nian à la Alphonse Daudet ("Le Baptême", "En voyage").
sinon, les notes de bas de page sont assez pauvres, et n'ont d'intérêt véritable que lorsqu'elles explicites un mot inusité de nos jours. Mais rappelons-nous que c'est une édition scolaire, d'où la présence d'une courte présentation préliminaire, d'un dossier et de questions finales.
Certaines histoires désarçonnent un peu, car elles laissent le lecteur dernier maître de la morale, pour peu qu'il y en ait une ("Le Baptême", "La Confession") ; ainsi elles n'imposent rien, suggèrent seulement, comme toute bonne littérature.
Une lecture plaisante, pour renouer avec un style réaliste au possible. Malgré l'édition scolaire, éviter de mettre ces histoires entre les mains de petits collégiens, car la noirceur de Maupassant les en dégoûterait, et ils risqueraient de passer à côté de leur charme, par manque de maturité. Maupassant, comme Flaubert, est un auteur à ne pas lire trop vite. Professeurs, vous êtes avertis.


An Echo in the Bone
An Echo in the Bone
par Diana Gabaldon
Edition : Broché
Prix : EUR 10,23

3.0 étoiles sur 5 Ce n'est plus de la saga, c'est du blabla, 11 juin 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : An Echo in the Bone (Broché)
"An Echo in the Bone" est le septième tome de cette série, et dernier sorti à cette date (on attend encore le prochain). Une série qui avait commencé sur les chapeaux de roue : une histoire d'amour complètement hallucinante, capable de nous transporter pendant des milliers de pages (chaque tome fait un bon millier de pages, on en est donc à plus de sept mille), une profondeur des personnages continuelle, des rebondissements (historiques, notamment) très prenants... Bref, de la très bonne saga historique, avec un brin de paranormal, juste ce qu'il faut.
Sept mille pages. Eh bien je suis au regret de dire que les défauts qui s'étaient esquissés au fil de la série se confirment avec une violence incroyable dans ce dernier tome.
Le premier tome suivait le parcours de Claire, et sa rencontre avec Jamie Fraser. Le second prenait son point de vue, et celui de Roger Wakefield, qui suit la fille des premiers, Brianna. Le troisième tome élargit la narration à Jamie et Lord John Grey ; le quatrième au neveu Ian, si je ne m'abuse, etc, etc. Bref, dans le septième tome, Claire, Jamie, Roger, Brianna, Ian, Grey prennent la parole, mais également William, fils naturel de Jamie, ainsi que Rachel, Quaker amoureuse de Ian, Jem, fils de Roger et Brianna... Que de monde ! Certes, cela permet à l'auteur d'élargir le champ de son histoire, mais n'est-ce pas plutôt une tentative ratée de faire continuer une série qui commençait si bien, et perd progressivement de sa saveur ?
Je dis "ratée" car si certains personnages se sont extrêmement bien insérés dans la narration, et ont acquis une grande profondeur, presque égale à la narratrice première (Claire), comme Roger en premier lieu, Jamie ensuite, John Grey, d'autres sont plus fades quand ils parlent, bien que leurs figures ne manquent pas de promesses et d'intérêt (Ian, Brianna, Rachel, etc). Enfin, nul n'est parfait, donc le lecteur se fait progressivement à ces petits ratages.
Mais le summum est atteint avec le personnage de William. Censé incarné la "faute" de Jamie, et son pendant britannique dans la lutte de la révolution américaine, on suit son parcours dans l'armée sans le moindre intérêt, entre deux aventures où il se perd dans le brouillard ou dans les marais, agit comme un imbécile ou un séducteur du dimanche. Il n'a aucun charisme, alors qu'il est décrit comme beau, gentil, noble, bref tout ce qu'il faut pour faire le parfait héros, mais ici un héros sans envergure. Quel ratage ! Il aurait pu être réellement intéressant, s'il n'avait pas été aussi plat. A tel point que je voyais arriver tous les passages commençant par "William" ou contenant son nom dans la première phrase avec horreur.
Ne croyez pas que j'ai une dent contre ce pauvre William, qui claque la porte à la fin du livre en apprenant qui est son vrai père. Mais il est la démonstration totale de l'énorme défaut de cette série : le rallongement incroyable de ses aventures. Tellement d'histoires n'ont pas d'intérêt... Comme celle du maître-chanteur (ça faisait cinq tomes que j'attendais qu'il arrive, celui-là) qui se fait égorger par Ian en moins de temps qu'il ne lui en faut pour le dire, et puis pfft, plus rien. Mais à quoi donc a servi cet événement ? A rien. Il y en a beaucoup d'autres, si bien que je me suis dit à plusieurs reprises que l'auteur aurait gagné deux mille pages si elle avait enlevé tous les passages sans intérêt de la série. Ce défaut était déjà présent dans les précédents tomes, comme lorsque Claire avait été enlevée dans le 6 par une troupe de bandits de grand chemin, et que l'auteur avait passé trente pages à nous raconté tous les types de viols qu'elle avait subis (alors le petit gars qui n'y arrive pas, celui qui manque la tuer, celui qui pleure en l'appelant comme sa femme...) Inutile, inutile, inutile. A la fin du 6, Jamie et Claire avaient décidé de retourner en Ecosse, ce qui leur prend le trois-quarts du livre 7 : des batailles inintéressantes, des actes de piraterie ennuyeux, des péripéties ridicules... Au moins, les passages concernant Brianna et Roger retournés au XXe siècle sont assez fluides, et intéressants.
Alors, pourquoi trois étoiles, et pas une ? Parce que c'est "Outlander". Et que les histoires d'amour sont encore touchantes (Jamie/Claire, Roger/Brianna, Rachel/Ian), et que certaines histoires sont encore utiles, encore fortes, que la vie à Fraser's Ridge (même s'il n'y en a pas beaucoup ici, je vous l'accorde, mais plutôt dans les autres tomes) ou à Lallybroch est passionnante.
Au regard des autres commentaires sur ce livre, je constate que ce que j'appelle les "défauts" et "ratages" de ce tome et de tout "Outlander" depuis le cinquième tome ne sont pas partagés par les autres lecteurs. Tant mieux. Il y aura toujours des lecteurs pour cette série, et j'en ferai partie, ne serait-ce que pour tout ce qui fait que cette série est géniale. Mais ce dernier tome m'a cordialement barbée, même s'il a fini de manière très intéressante pour tous les personnages. J'ai cependant peur que le défaut n'aille en dégénérant. Ayez le courage de raccrocher, Mme Gabaldon. Vos personnages ont presque soixante ans, ils ont droit à une retraite. Vos lecteurs aussi. Mais faites-le bien, comme vous avez su nous le montrer pendant tant de tomes. Arrêtez juste de tergiverser.

En ce qui concerne la langue du livre, elle est toujours difficile à suivre, même pour des gens qui parlent couramment anglais. Pour cela je ne saurais que conseiller d'avoir un bon dico sous la main, ainsi qu'un ordinateur, avec la page Urbandictionnary.com ouverte. Même si, à force de lire, on s'habitue à deviner le sens, il n'est jamais inutile d'en savoir plus. Mais tout sauf les mauvaises traductions qu'on trouve en France de cette belle série, trop peu connue chez nous pour être décemment considérée. A bon entendeur traducteur, salut.


Voyager: (Outlander 3)
Voyager: (Outlander 3)
par Diana Gabaldon
Edition : Broché
Prix : EUR 13,40

5.0 étoiles sur 5 Aussi bon que le premier tome ? Possible, 4 mai 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Voyager: (Outlander 3) (Broché)
"Voyager" est le troisième tome de l'époustouflante série "Outlander", appelée "Le Chardon et le Tartan" en français. Dans le premier tome, on suivait la rencontre et l'amour naissant entre Claire, une infirmière du XXème siècle et Jamie Fraser, un Highlander du XVIIème siècle, unis par le destin qui a amené Claire à voyager dans le temps. Le second tome nous fait comprendre que Claire est revenue dans son siècle natal avec sa fille Brianna, la fille de Jamie, et que les deux amoureux ont été séparés. Claire raconte donc à sa fille le mystère de ses origines et toute son histoire. Elle et Jamie ont vainement tenté de changer le cours de l'HIstoire, pour empêcher Charles Stuart de vouloir remonter sur le trône d'Angleterre, et provoquer le massacre de Culloden et la fin des rêves jacobites. A la fin de ce tome, Roger Wakefield laisse entendre à Claire que même s'il en avait l'intention, Jamie n'est peut-être finalement pas mort à Culloden, comme en témoigne un document presque inédit.
"Voyager" commence donc là où "Dragonfly in amber" s'arrêtait, c'est-à-dire sur les recherches que font Claire, Roger et Brianna qui a finalement accepté le fait que Frank n'était pas son vrai père : ils suivent sur le papier la destinée de Jamie, et le livre alterne pendant environ trois cents pages trois ou quatre points de vue : celui de Roger, celui de Claire, qui lui raconte certains souvenirs de sa vie à Boston avec son mari Frank, puis Jamie et enfin Lord John Grey, le commandant de la prison où est enfermé ce dernier, et qui semble fasciné par ce Highlander meurtri. Cet espèce de jeu de cache-cache dure trois cent pages, et reconnaissons-le, même si le lecteur ne rêve que de voir les retrouvailles entre Jamie et Claire, ces quelques centaines de pages sont franchement époustouflantes : aventures, sentiments (tristes, malheureusement), on retrouve vraiment la veine du premier tome. En le lisant, je n'ai pas pu m'empêcher de verser des larmes, surtout pendant les récits de Claire (et pourtant, il en faut beaucoup pour me faire pleurer sur un livre...), à tel point qu'il m'a semblé que c'était presque obscène de raconter la douleur d'une telle séparation pendant vingt ans. Mais arrivée au moment des retrouvailles, il m'a vraiment semblé que ces passages-là avaient finalement été indispensables pour comprendre la tension et la magie de ce moment.
Jusqu'à la moitié du livre, l'auteur ne perd pas son temps et nous fait voyager de rebondissement en rebondissement sans pour autant nous assomer, ces rebondissements étant généralement des révélations et des péripéties liées au passé de Jamie, que Claire découvre plus ou moins brutalement.
Intervient ensuite, vers la moitié du roman, une autre péripétie qui oblige Jamie et Claire, puis quelques habituels (Fergus) et d'autres moins (Innes, Marsali) à traverser l'océan pour se rendre en Jamaïque. Là, le roman s'essoufle légérement. Ok, le voyage en bateau est long, et ils s'ennuient tous un peu, mais jusqu'à ce que Claire monte à bord du Porpoise, l'intrigue perd un peu de sa saveur : un des rares rebondissements de ce moment est les problèmes intestinaux de Innes, c'est vous dire...
Ensuite le problème s'inverse : si l'aventure reprend avec force, arrive un moment où on a presque le sentiment d'un délire total, qui dure plusieurs pages et se situe vers la fin (la prophétie dont on ne comprend pas très bien les aboutissants, le crocodile à Rose Hall, la séance de spiritisme avec des esclaves, l'affrontement dans la caverne), tout part presque à vau l'eau. Mais bon, mieux vaut cela que de s'embêter...
Je dois reconnaître que le fait de lire en anglais ne m'a pas toujours aidé, et si certaines fois on peut se passer d'une compréhension exacte du passage, d'autres fois c'est impossible. La langue est assez difficile, et la densité de l'action, des noms, etc fait qu'il est parfois un peu ardu de suivre. Quelques descriptions ralentissent le rythme, mais permettent aussi de souffler, et peuvent être passées. L'autre problème linguistique est que le livre est truffé d'abréviations (j'ai mis quatre cent pages à comprendre que "ken" veut dire "know", oui je suis un peu lente), moins dues à l'écossais qu'à l'américain je pense. Lire cette série en anglais recquiert donc un certain niveau, mais de la patience et de l'attention sauront venir à bout de cette dificulté.
Un autre point faible me semble être l'image que le tome délivre des Chinois (en la personne de Mr Willoughby) et des Africains (particulièrement Ishmael) ; ces personnes-là passent franchement pour des gens étranges et on ne peut que le regretter, surtout de la part de Claire, qui n'a pas l'excuse d'avoir une mentalité XVIIIème hostile aux Asiatiques et Africains. J'avais également ce sentiment dans les deux premiers tomes à propos des personnages incarnant l'homosexualité (Jack Randall et le Duc de Sandrigham), car les deux passent pour des monstres ou des manipulateurs ; heureusement, dans ce troisième tome intervient un autre personnage homosexuel, lui cependant assez attachant. Ouf ! Mon sens du politiquement correct s'est vu rassuré.
Je recommande cependant chaudement cette série, en anglais bien sûr, notamment parce que les tomes français en poche sont introuvables à des prix abordables, car ils ne sont plus édités. C'est de la littérature sentimentale, certes, mais d'un excellent niveau, bien loin des clichés que l'on a sur ce genre en général. L'amour entre Jamie et Claire a toujours été intelligemment traité, et dans ce tome il a acquiert une maturité (due à la séparation) qui ne l'essoufle pas, bien au contraire. La question de la foi est également traitée à travers les nombreuses interrogations de Jamie, ainsi que le rapport à la paternité/maternité, etc ; on ne va pas compter tous les thèmes qu'abrode cette oeuvre immense, mieux vaut la lire !
Dans le même genre, je conseille "Coeur de Gaël" (ou "La Vallée des Larmes", c'est le même bouquin mais avec un autre titre) de Sonia Marmen, quique le personnage de Liam me semble moins etoffé que celui de Jamie (et pourtant je l'ai lu avant !)


Le chardon et le tartan, tome 2 : Le Bûcher Des Sorcières
Le chardon et le tartan, tome 2 : Le Bûcher Des Sorcières
par Diana Gabaldon
Edition : Poche

5.0 étoiles sur 5 Dans la continuité du premier : excellent, 2 avril 2012
Achat authentifié par Amazon(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le chardon et le tartan, tome 2 : Le Bûcher Des Sorcières (Poche)
"Le Bûcher des sorcières" est le deuxième tome de la série "Le Chardon et le tartan" de Diana Gabaldon. Dans la version originale, cette série ne compte pas quatorze tomes mais sept, car les éditions J'ai Lu ont pris le parti de diviser chaque tome américain en deux. "Outlander", le premier tome aux US, est donc constitué en France de "La Porte de pierre" puis "Le Bûcher des sorcières".
Ce jumelage se ressent dans la qualité et la continuité du deuxième tome. Contrairement au troisième tome ("Le Talisman", premier tome de "Dragonfly in amber"), ce 2e tome garde la qualité, la richesse et l'émotion qui rendait déjà "La Porte de pierre" si fameux ; non pas que le 3 soit mauvais, mais il est différent, et à mon avis moins bon.
On reprend l'histoire là où elle s'est arrêtée, c'est-à-dire au château de Leoch, où Jamie et Claire sont revenus et partagent des jours paisibles. Cependant, Claire sait qu'elle devra retourner à son époque, idée déchirante puisqu'elle a pris conscience de son amour pour son mari, et espère que celui-ci saura se consoler de son départ mieux qu'elle-même. Mais lorsque Jamie est amené à quitter momentanément le château pour tenter de convaincre le duc de Sandrigham de plaider pour sa cause et régler l'affaire de meurtre dont on l'accuse, Claire se retrouve à la merci de ses ennemis, en la personne de Laoghaire, une adolescente amoureuse de Jamie Fraser et jalouse de sa nouvelle femme, mais peut-être aussi du laird lui-même. Prise au piège, elle est accusée de sorcellerie et condamnée au bûcher. Acculée, elle aura ensuite à faire le grand choix de sa vie, s'entend Frank ou Jamie.
Ce 2e a autant de souffle que le premier, et ses personnages sont tout aussi intéressants, quoique certains soient moins convaincants que d'autres (Jenny Murray pourrait, par exemple, être un peu plus que la version féminine de Jamie, Dougal semble de plus en plus machiavélique et improbable ; Murtagh ne devient plus que l'homme de main de Jamie, excepté lorsqu'il part à sa recherche avec Claire ; Laoghaire) ; on remarque cependant que certains personnages évoluent (la personnalité de Jamie s'étoffe, ainsi que celle, étonnemment, de Rupert, etc). Historiquement, cette saga est toujours aussi intéressante, émotionnellement toujours aussi riche, convaincante et grandiose. Le passage de la fin à l'abbaye m'a cependant paru un peu long, et le dénouement de la convalescence retors et facile - vulgaire ? (se faire passer pour Randall pour faire enrager Jamie, et comme par hasard le retrouver guéri le lendemain matin... bof).
Au fil du commentaire, il m'apparaît qu'il n'est pas nécessaire de chanter à nouveau les louanges du tome 2, celles-ci pouvant être lues sur le commentaire que j'ai fait du tome 1 en poche sur Amazon ; le fait même de faire un commentaire est assez aberrant, car ces deux livres ne font qu'un en anglais. A nouveau, je ne peux donc que conseiller largement cette série, divertissante et agréable, ne pleurant que le fait que, n'étant plus éditée, il faut l'acheter à des prix exorbitants sur Internet ou la lire en anglais (mon choix).


Le Chardon et le Tartan, Tome 1 : La porte de pierre
Le Chardon et le Tartan, Tome 1 : La porte de pierre
par Diana Gabaldon
Edition : Poche

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Magnifique, 1 avril 2012
Achat authentifié par Amazon(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Chardon et le Tartan, Tome 1 : La porte de pierre (Poche)
"Le Chardon et le tartan", ou pour reprendre le titre original, "Outlander", est une série de Diana Gabaldon dont le premier tome, qui lui donne son nom, est sorti en 1991. En édition de poche, il est édité par les éditions J'ai Lu, qui divisent chaque tome original en deux tomes. Ainsi "Outlander" est-il composé en français du "Cercle de pierre" puis du "Bûcher des sorcières".
Le premier tome français, "Le Cercle de pierre", raconte l'arrivée fracassante de Claire Randall en 1743, alors qu'elle-même est une infirmière de 1945. Elle venait passer une sorte de deuxième lune de miel à Inverness avec son mari Frank, et après exploration d'un dolmen, elle se trouve propulsée en plein combat entre Highlanders et soldats anglais, faisant ainsi la connaissance du capitaine Jack Randall (ancêtre de son mari ! Mais beaucoup moins aimable) et des hommes du clan MacKenzie, qui, autant pour la protéger des Anglais que pour en apprendre plus sur cette mystérieuse bonne femme, la prennent sous leur coupe. Elle découvre donc le château de Leoch, où règne le laird, Colum MacKenzie, ses habitants, mais avant (et surtout) le jeune Jamie MacTavish, alias James Fraser, neveu du dernier et hors-la-loi en errance, avec qui se crée tant bien que mal une idylle. Kidnappée, menacée, brutalisée, Claire vit de nombreuses aventures, où se mêlent (quelle recette originale !) amour, action, histoire, humour, émotions, etc.
On ne peut pas dire que ce soit du grand art. Si certains personnages sont quand même assez bien travaillés psychologiquement (Jamie avant tout, Colum, Dougal aussi dans une certaine mesure, Frank), d'autres sont franchement caricaturaux (Laoghaire, Mme Graham en sorcière des temps modernes, et oserais-je le dire, Claire aussi par moments, qui pourrait parfois pousser plus loin la réflexion sur ses sentiments et sa situation) ; notons que certains personnages, au fil des tomes, perdent de leur épaisseur (Murtagh, Jamies parfois aussi). Il y a pas mal d'aventures, mais ce n'est pas trop difficile à lire dans ce tome, on repère bien tous les personnages, leurs histoires, on apprend pas mal de choses sur l'histoire de l'Ecosse et la mentalité de l'époque.
Mais à part ça, j'ai mis cinq étoiles parce que c'est extrêment prenant, on ne s'ennuie jamais (ok, on a bien envie que le début, en 1945, soit un peu plus rapide, mais il permet de camper les personnages, et notamment la relation Claire-Frank, qui apparaît - un peu à la première lecture, mais surtout à la seconde - finalement comme vouée à l'échec, même s'il n'y paraît pas toujours). L'histoire d'amour entre Jamie et Claire est magnifique, car elle est très originale (obligés de se marier pour des raisons compliquées, ils s'apprennent sexuellement, psychologiquement, et enfin affectivement), ne démarrant pas trop sur un coup de foudre comme souvent (ah ah ! lire le tome deux français pour en savoir plus), mais au contraire étant développé de manière très intéressante, très réaliste, bref profonde (on passe de "Elle est pas commode, la gueuse" à des mots beaucoup plus doux comme "mo duinne", et ce de manière très sensible et délicate).
Même si, comme dit précédemment, ce n'est parfois pas très profond, et donc qu'on puisse comprendre que cette série soit rangée parmi la littérature sentimentale, elle consitue cependant le haut du panier. La qualité de ce livre est indéniable (malheureusement, le premier tome - anglais, donc les 2 tomes français - est le meilleur, mais la suite est tout de même bien), on a affaire à une auteure non dénuée de talent et d'idées, et cette lecture n'est pas une perte de temps. "Le chardon et le tartan" n'est pas à prendre comme de la grande littérature, mais comme une série appartenant à cette tradition des grandes sagas, pleines de souffle et d'émotions, qui savent transporter intelligemment de nombreux lecteurs, d'où d'ailleurs le succès de la série. C'est peut-être comme de regarder un de ces blockbusters hollywoodiens, avec leur lot de conneries mais aussi d'idées et sentiments authentiques, ce qui exclue de le ranger dans la catégorie "Série B", me semble-t-il.
Un très agréable et excellent divertissement donc, mais pas un chef-d'oeuvre, loin s'en faut. A recommander.

Ps : si vous décidez de commencer cette série, il faut vous avertir que seul le premier tome est encore édité, et que les suivants doivent être achetés d'occasion. Cependant, se faisant, leur prix devient délirant (le deuxième tome en poche, sorti en 2003 et coûtant sans doute 8€ à l'époque, est désormais à plus de quinze sur Amazon, PriceMinister et EBay, pouvant même atteindre les 46 ou 60€ me semble-t-il ; même chose pour les tomes à partir du quatrième, et malheureusement la version poche consiste en quatorze tomes). Je ne peux que conseiller les lecteurs emballés comme moi et capables de lire l'anglais de se rabattre sur la version originale, très peu chère neuve et même d'occasion, toujours éditée aux Etats-Unis, et consistant à ce jour en seulement - ! - sept tomes).


Un long dimanche de fiançailles
Un long dimanche de fiançailles
DVD ~ Audrey Tautou
Prix : EUR 9,99

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un chef-d'oeuvre, incontestablement, 26 mars 2012
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Sorti quelques années après l'énorme succès du "Fabuleux destin d'Amélie Poulain", J-P Jeunet nous livre une autre perle du cinéma . Adapté du livre éponyme de Sébastien Japrisot, j'ai lu une fois que Jeunet, en rencontrant Tautou, avait pensé "C'est Mathilde" ou qqch comme cela : "Amélie Poulain", répétition avant "Un long fimanche" ? L'humour similaire ("Chien qui pète, joie sur ma tête", "Si ceci arrive, Manech reviendra vivant", etc), le personnage de Mathilde, grand enfant, asociale, têtue et renfermée, des acteurs présents dans les deux films (of course Tautou, mais aussi Dominique Pinon, etc) le laisse penser. Si d'autres commentateurs s'en sont offusqué, j'ai plutôt apprécié cette dimension : ces clins d'oeil intertextuels que les auteurs (G. Pérec par exemple) ou réalisteurs font au lecteur/spectateur sont une façon de faire réfléchir à leur oeuvre comme un tout, et pas des morceaux sans lien ; cette démarche est habile, me semble-t-il. De même que l'humour du livre de Japrisot est assez déjanté ("ma ni belle ni soeur"), et accentuer le trait par un humour enfantin, très amélien (excusez le barbarisme) permet une lueur d'espoir, de joie, de rire dans ce film si sombre : quel meilleur moyen que le rire pour combattre la haine et la violence ?
Mais pour en revenir au film en général, l'histoire est magnifique (ok, la fin est assez prévisible), la photographie splendide, la musique d'Angelo Badalamenti époustouflante ("Why Do You Cry ?") et pourtant tout en finesse, feutrée et pas larmoyante pour un sou. La reconstitution historique semble être très fidèle ; le casting fait rêver : Audrey Tautou au sommet de son art, Gaspard Ulliel touchant et crédible, Marion Cotillard déjà excellente, Clovis Cornillac extraordinaire (pour moi l'acteur le plus bluffant du film), et Dominique Pinon, Albert Dupontel, J-P Daroussin, André Dussollier, Jodie Foster, Jean-Paul Rouve, Tcheky Karyo, Ticky Holgado, etc : bref, que des pointes du cinéma (français ou pas) ou en passe de le devenir !
Certains passages du film sont un peu durs, on pourrait dire -10 ans interdits (scène du miroir au dessus du lit, présentation d'Ange Bassignano, et autres moments qui pourraient choquer les jeunes âmes).
Je comprends que des Corses se soient offusqués de la veulerie et lâcheté du personnage de Bassignano, d'autant plus que beaucoup de Corses s'étaient engagés dans la guerre de 14-18. On ne peut cependant que regretter que cette réprobation soit allée aussi loin : ce n'est pas un film sur la lâcheté des soldats corses, et personne n'a voulu réduire la Corse à ce personnage (Jeunet voulait initialement un personnage marseillais, mais il a voulu filmer l'île de beauté et a donc changé un peu : le choix de la Corse n'est donc pas politique, mais plutôt esthétique et à la gloire de celle-ci !). L'image donnée de la Corse me semble cependant assez amusante (chaleur, beauté, mais aussi violence, fierté et autisme des grands-mères sur le banc qui ignorent M. Pire) : je ne connais pas assez la Corse pour juger de la véracité de cette image, mais cette représentation me semble surtout amusée, comme on parlerait avec tendresse d'un enfant attachant qui fait des bêtises.
Sinon, que dire ? Si vous ne l'avez pas vu, il faut absolument que vous le regardiez, c'est un film extraordinaire, bouleversant, terrifiant, qui permet de reparler de cette "première des dernières guerres" (Sardou) qu'on a tendance à oublier. Un grand film sur le courage, l'amour, et le refus de l'oubli.


Les Liaisons dangereuses
Les Liaisons dangereuses
DVD ~ Michelle Pfeiffer
Prix : EUR 9,99

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un chef-d'oeuvre adapté d'un chef-d'oeuvre : indispensable, 11 février 2012
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On a coutume de dire que les adaptations cinémtographiques sont toujours moins bonnes que les romans dont ils sont inspirés. Cela est vrai de beaucoup de films ; mais "Les Liaisons dangereuses" de Stephen Frears feraient je le pense exulter M. de Laclos, paix à son âme. Ce film est d'abord un bijou par sa musique (une BO introuvable, quelle honte quand on sait tous les navets qu'on trouve dans le commerce) qui reprend les couleurs musicales du XVIIIème siècle, ainsi que le thème d'Ombra Mai Fu de Haendel, présent à plusieurs reprises dans le film.
Le choix des acteurs est excellent : une Uma Thurman qui s'éclot comme une rose, et confirmera son talent par la suite ; un Keanu Reeves touchant, néanmoins convaincant ; une Michelle Pfeiffer magnifique, tragique, bouleversante. Mais bien sûr aussi, Glenn Close, d'une maîtrise aussi totale que son personnage, parfaite pour ce rôle de méchante sublime, de comédienne absolue, de femme grandiose. Au-dessus d'elle cependant, il faut avouer que la palme revient largement à John Malkovitch, qui donne une dimension absente du livre (dont le format épistolaire laisse évidemment des non-dits, que le film exploite) : le personnage de Valmont semble gagner en profondeur (en humanité ?), la fin appuyant particulièrement cette idée.
Le maquillage, le décor sont également sublimes : utilisation très perspicace des miroirs, des entrées et sorties des personnages (reste de la pièce de Christopher Lampton, qui inspire l'esthétique théâtrale du film), prises de vues très signifiantes et un montage subtil.
Il n'est pas assez d'éloges pour qualifier ce film, d'une grande fidélité au chef-d'oeuvre de Laclos et à son esprit. Quelques passages diffèrent, mais très peu, et si c'est le cas les changements n'altèrent en rien la qualité du film : la fin de Merteuil (maladie cutanée) est absente chez Frears, mais il m'a toujours semblé qu'elle revêtait chez Laclos un caractère assez artificiel, quoiqu'elle lui ait inspiré une sentence célèbre ("son âme était sur sa figure") ; de même le futur des personnages n'est pas évoqué (ces considérations intéressent en général plus les lecteurs que les spectateurs).

Un des grands films du XXème siècle, à n'en point douter.


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