L'intérêt du livre de Nathalie Heinich, ancienne disciple de Pierre Bourdieu, est de démonter les ressorts de la pensée de celui qui fut le grand gourou de la sociologie française. Il ne s'agit pas d'un règlement de compte pour autant. Heinich ne renie rien de sa dette à l'égard de Bourdieu mais elle montre d'une part la pregnance idéologique d'une sociologie déterministe récusant chez l'individu l'existence de presque tout libre arbitre et toute liberté d'action. D'autre part, l'auteur démontre avec brio l'imposture d'une pensée se présentant comme "scientifique" alors qu'elle fut au service d'un combat politique marqué par la radicalité. D'où cette lecture du monde manichéenne chez Bourdieu qui impose sa marque, aujourd'hui encore, chez une large majorité de sociologues : d'un côté le monde des dominants de l'autre celui des dominés...