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Contenu rédigé par sulpicia
Classement des meilleurs critiques: 5.574
Votes utiles : 129
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Commentaires écrits par sulpicia
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1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Les musiciens parlent peu … ils ont tort, 3 mai 2013
On reconnaît un bon livre à la pluralité des lectures qu’il offre à l’œil polyphonique. On peut ainsi lire celui-ci comme un pur document sur l’Albanie plus-que-stalinienne du camarade Enver Hoxha ; et en cela seul il vaut son prix, par la peinture douce-amère qu’il offre d’un temps qui n’est plus, que nous n’avons que soupçonné, parfois caricaturé et qui se révèle ici pour ce qu’il fut, celui d’un monde fragile qui tentait d’être normal malgré le dévoiement idéologique. Bien entendu, les amateurs de prodiges observeront avant tout l’éveil puis le lent mûrissement d’un violoniste qui s’échappait de la pédagogie du dressage en lisant Tchékhov tandis qu’il travaillait ses gammes ! On trouvera dans cet autoportrait ce qu’il faut de réinterprétation pour que le récit se revête de cette subjectivité du revécu qui seule fait l’objectivité du sentiment, unique constituant de notre réalité psychique, la seule qui soit jamais à notre portée – après tout, qui peut ignorer que la littérature, c’est la vie ! Musicien d’esprit tout littéraire, proustien affirmé, Tedi Papavrami possède la rare capacité à poser sur toute chose ce regard d’émotion paisible que seule connaît l’intériorité assez bien défendue pour ne pas se laisser pénétrer par les toxiques de la vie. Lu comme le récit d’un regard, ce livre trouve alors sa vraie valeur en éclairant le jeu d’un artiste très particulier qui possède comme nul autre la capacité du grand autocentrement psychique, de l’intense intériorité qui fait prendre la note du dedans et non pas du dehors comme le voudrait l’esthétique du moment, qui privilégie le luxe narcissique, la projection d’un soi histrionique qui veut le vite et le fort plutôt que le phrasé. Pour subtile et riche qu’elle soit, palpitante même d’une présence vivifiante, élégante, la forme de jeu d’un Papavrami, où l’obsessionnelle recherche de la précision et de la justesse s’habite d’une ineffable vie, est hélas d’un coût exorbitant car elle impose l’ascèse du renoncement et l’exercice de la solitude, fût-elle mise en majesté par la scène ; elle ne s’impose ni même ne se propose, elle est ; elle exige la mise en harmonie de l’auditeur et de l’exécutant, elle amène à écouter non pas un artiste qui exécute de la musique, mais un homme qui se parle à lui-même – il y a en somme de l’indiscrétion à écouter Tedi Papavrami. A jouer ainsi, on n’a plus guère de chance d’enregistrer chez Deutsche Grammophon' mais on peut atteindre à la seule chose qui vaille, à l’art, à un art qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui d’un certain Glenn Gould. Bien entendu on se procurera le coffret "Tedi Papavrami / Violon seul", qui, en six albums, suscite l’impérieux désir d’en avoir davantage.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Le gros et le petit, 16 avril 2013
Le flou un peu capitonné de l’orgue le fait paraître en un confortable sofa sur lequel s’étirerait voluptueusement un violon tout abandonné à la poésie de l’instant. Cette musique est d’une bienfaisante douceur, d’un équilibre de tendresse où se réconcilient les fracas du tuyau et les stridences de la corde; rien n’y est cédé au bonheur et c’est bien ainsi.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Il faut qu’il enregistre la suite !!!!!!, 15 mars 2013
De cet enregistrement, Mozart sort transfiguré en ce qu’il est réellement : un sale gamin au talent hypertrophié, un peu hyperactif, un peu borderline. En rendant au compositeur son impulsivité et son imprévisibilité, son émotionnalité mal jugulée et son narcissisme revendicatif, Fabio Biondi et sa galante bande font de ces concertos quelque chose d’inhabituellement implacable, d’insupportable à l’oreille de qui s’est gavé de ces Mozartkugeln sucrées et grasses, pas forcément désagréables prises à petites doses, mais plus proches d’une certaine conception de l’esprit autrichien que de ce que fut le monde intérieur tendu et violent de Mozart. Il va de soi que quiconque verrait dans cette interprétation l’application à la musique mozartienne de l’esthétique néo-baroque, se tromperait lourdement. Fabio Biondi sait phraser, il ne joue pas de la scie sauteuse mais du violon et ses grincements, maîtrisés et non subis, sont d’esprit non pas archéologiques mais rock’n’roll – quelqu’un devrait le lui dire ! – ; ils n’ont donc vraiment rien d’archéologique, ils sont artistes.
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1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Arrêt sur lecture, 14 mars 2013
Agonie, clivage et symbolisation de René Roussillon. Sa lecture est d’une austérité extrême, mais sa richesse est luxuriante jusqu'à l'impénétrable, compacte, dense et pourtant parfaitement géométrique, et donc claire - mais la psychanalyse ne s'effraie d'aucun paradoxe. Dans ce bref livre-monde, il faut savoir s'arrêter aussi souvent qu’il le faut pour faire le point, car l’arrêt méditatif y est seul capable de faire rendre aux phrases véhémentement complexes de Roussillon cette substance qui ne prend de réalité que reliée à une pratique personnelle, fût-elle celle de l’analysant. Ce n’est donc qu’arrêté que le lecteur de Roussillon peut parvenir à se sentir un peu intelligent, voire grandi d’une pensée qui, pour être de la race des inépuisables, n'en est pas moins de celles des dures à la dent. Cela dit, qui aura le goût linguistique, lira ce très beau texte pour y trouver de la phrase conçue non pour la communication avec autrui mais pour la seule réflexion de soi à soi – il y a du mentalais dans la parole de Roussillon.
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2.0 étoiles sur 5
On ne parle pas à un borderline, on l’écoute, 8 mars 2013
Un livre qui promet beaucoup et ne tient pas grand-chose. Son auteur, qui prétend instruire le monde psychiatrique de l’art de communiquer avec des patients borderline, prend son public pour un ramassis d’idiots qui auraient appris leur métier en coloriant des bandes dessinées. En réalité, cette dame n’est que de ces thérapeutes qu’agite le prurit de la notoriété, et qui ne font des livres que pour mettre leur propre excellence en scène – Mais si, cela existe !! Et de fait, au final d’une lecture en attente perpétuelle de révélations, on se retrouve à n’avoir rien appris de la manière de parler à un borderline ; en revanche, l’on sait tout des performances et exploits de Madame Lachkar, adepte d’une thérapie qu’elle qualifie de « dialectique », qu’elle elle se garde bien d’exposer, mais que l’on finit par soupçonner de n’être que du Marsha Linehan recuisiné par ses soins. Enfin, Madame Lachkar, qui s’affirme non seulement psychohistorienne mais encore spécialiste du terrorisme, nous étourdit d’un intéressant chapitre où elle nous explique que les terroristes et les dictateurs sont des borderline qui n’ont pas eu l’immense bonheur de bénéficier de ses curatives lumières. Amen.
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5.0 étoiles sur 5
Du barreau de chaise, 6 mars 2013
Le cigare freudien fut l’inanalysé et l’inanalysable ; Philippe Grimbert s’y attaque en psychanalyste et en fumeur de cigarettes – le Freud de Totem et tabou aurait certainement compris que l’élève, plus chichement pourvu que son maître, en conçoive à son endroit quelque haine meurtrièrement dévoratrice, sublimée en un livre rival des siens. Le résultat est historique, analytique et littéraire, c’est-à-dire que tout ce qu’il faut de masturbatoire, de phallique, d'oral et d’anal nous y est servi en chronologie et en dentelles. Le résultat est indéniablement réussi et le lecteur se laisse prendre à un agrément qui porte sans défaillir la lecture jusqu’à un terme qui survient avant la lassitude. En bon psychanalyste français, Philippe Grimbert y va bien entendu d’un lacanisme ethnologiquement distinctif qui l’amène à voir un destin dans un nom : une victoire (Sieg) produite par la bouche (Mund) et obtenue dans la joie (Freude). Philippe Grimbert ne manquera évidemment pas de rappeler que c’est par la bouche que Freud périra ; en revanche, il rate le fait que le jeune Sigismund s’est voulu Sigmund et perd ainsi sur le phantasme de castration une belle page que chacun fantasmera selon ses besoins. On arrivera au bout de ce livre peut-être un peu déçu quand même de n'y avoir nulle part lu bien clairement exprimé deux faits massifs toujours négligés; le premier est que le fumeur est un impénitent suçoteur de pénis et le second qu'un cigare planté au milieu d'une figure en est un autre, surtout lorsque cette figure s’orne d'une barbe - qui n'a jamais remarqué que nombre de barbus ont leurs poils pubiens sur la figure ! Philippe Grimbert termine son livre par un éloge de l'usage tabagique plein de redondances artistement adjectivées; on le lira comme la manifestation ultime d'une défense - le cigare freudien ne fut donc pas le seul inanalysé ni inanalysable, et l'analyse peut être une défense contre l'analyse.
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
1.0 étoiles sur 5
Sniffez et vous serez !, 25 février 2013
Porté par une conviction apostolique, l’auteur tente de montrer que la psychanalyse doit à la cocaïne d’être ce qu’elle est. En réalité, il ne montre rien, car il est bien en peine de relier quoi que ce soit de la psychanalyse à quoi que ce soit de l’état mental du sujet qui se trouve sous cocaïne. Car ce n’est pas la psychanalyse qui intéresse cet auteur dont le seul désir est de faire l’histoire panégyrique des drogues récréatives. On pourrait lire son livre pour cela et l’on y trouverait alors rien que de banalement rebattu. Bien plus intéressant en revanche est le style cognitif du propos qui nous sert une manière de pensée compacte, émotionnellement surinvestie, fébrile et dépourvue de toute articulation logique, tangentielle et obsessionnellement dirigée vers un propos toujours dérivant. En bref, si c’est en historien que l’on se lance dans la lecture de ce livre, c’est en psychiatre que l’on en sort ! On peut concevoir que l’on fasse l’apologie de la révélation d’un soi impuissant, transcendé par quelque Viagra de l’âme ; il reste que cette sorte d’éclairage de l’esprit se montre pour ce qu’il est : un vibrionnement chaotique et dépourvu de profondeur, une illumination qui n’est que celle de la dégradation cognitive, véhémentement déguisée en accomplissement psychique et culturel, sinon même mystique – rhétorique connue ! Ce livre très mauvais – ou très instructif, c’est selon – s’aggrave encore d’un désagréable fourmillement de fautes de français. Quant au traducteur, il déshonore sa profession.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
That’s Music!!!, 9 janvier 2013
Les concertos pour violon de Vieuxtemps sont ce qu’il y a de plus jouissivement juteux, généreux, romantique au sens que l’école franco-belge de violon a donné à ce terme. Rien d’émotionnellement contorsionné donc ni de vertigineusement métaphysique - cette délictueuse torture de soi, si prisée des Germains, n’y est jamais convoquée ; en revanche que de vie dans ces émotions claires et vives, revendiquées sans mégottage par un compositeur qui a compris que les complications sont inutiles à la beauté, que l’élégance est soustractive et que, si l’artifice n’est pas nécessairement la négation de l’art, se laisser aller à une certaine forme de facilité fait beaucoup de bien ! On se précipitera donc sur les trois disques constitutifs de l’intégrale de ces sept concertos – dont aucun n’est faible ! – que l’on trouvera servis par des orchestres et des chefs solides et débarrassés de tout complexe et surtout par un Misha Keylin dont le plaisir de jouer donne un surcroît de « joufflu » à cette musique qui éclaire la vie.
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5.0 étoiles sur 5
Si vous n'avez pas lu le Journal clinique de Ferenczi, lisez-le !, 8 janvier 2013
Rédigé en 1932, le Journal clinique de Sandor Ferenczi est le compte rendu de la dernière année d’exercice d’une psychanalyse émotionnellement investie, fusionnelle, pratiquée selon une méthode du corps-à-corps qui horrifiait un Freud phobique au point d’obliger ses patients à regarder le plafond plutôt que lui-même. Le résultat est un long chaos parsemé d’éclairs de prodigieuse lucidité clinique. Le cas de la patiente dont il relate la très difficile analyse, est un prétexte à percer ce qui sera, un quart de siècle plus tard, la personnalité borderline et son faux self. Il va de soi que de voir dans les réflexions de Ferenczi une sorte de je ne sais quelle archéologie anticipatrice des travaux de Winnicott, de Linehan et de quelques autres est une réduction qui n’amusera même pas les historiens. Le Journal clinique de Ferenczi est un fourmillement d’idées visionnaires, d’autant plus nourricières de l'actuelle pratique analytique et/ou thérapeutique qu’elles ne sont presque pas rédigées. Laissées au nu de l’instant, elles échappent à cet empêtrement de langue que les psychanalystes contemporains prennent pour leur mode propre d’expression; et elles en apparaissent dans l’aveuglante évidence de leur pertinence. Mon exemplaire du Journal clinique est rayé de soulignements, barbouillé d’annotations, épinglé de ces points d’exclamation qui signifient « Mais pourquoi n’y ai-je pas pensé !! » Si vous avez lu le Journal clinique de Ferenczi, relisez-le ! Si vous avez relu le Journal clinique de Ferenczi, relisez-le encore !
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5.0 étoiles sur 5
A la recherche de l'ego perdu, 8 janvier 2013
La lecture de la biographie de Freud par Ernest Jones est une entreprise austère et passionnante. Freud a suscité l’admiration de deux bons garçons – Ferenczi fut l’autre, mais d’un format intellectuel bien supérieur -; tout amène et gracieux qu'il soit, Ernest Jones ne dresse pourtant pas de Freud le monument d’immortalité louangeuse que l’on pourrait redouter, mais tente de conserver au plus près de son honnêteté la trace d’une évolution intellectuelle qu’il suit avec une application de limier et une probité qu’il faut lui reconnaître. Il est évident que Jones est fasciné par la puissance intellectuelle d’un Freud qui le domine de toute la puissance d’un narcissique assez manipulateur pour ne rien lui laisser désigner des scories et aménagements de travaux dont la recherche contemporaine a montré les escamotages - Jones ne se fait pourtant pas d'illusion sur la manière dont furent par exemple menées les fameuses Cinq psychanalyses. Ni l’adjectif laudateur ni l’émotion admirative n’excèdent ainsi ce que l’on doit attendre d’un intellectuel séduit mais intelligent et d’un analyste conscient de lui-même. Une fois donc quelques précautions prises, il n’est que licite de se laisser fasciner par ce très gros livre. Il possède de fait non seulement une valeur de conservatoire mémoriel que personne ne peut lui contester mais offre, en connivence d'analyste, un coup d’œil irremplaçable sur la personnalité intellectuelle de Freud, sur son psychisme de chercheur, sur les strates et méandres d’une personnalité que l’on sait désormais évaluer avec les nuances requises. On quitte ainsi ce livre moins informé de ce que l’on savait en général déjà, que plein du regret de ne plus être en mesure d'avoir avec le maître viennois cette heure d’entretien qui permettrait d’investiguer une personnalité dont la nature réelle restera à perpétuité de l’ordre de l’intuition clinique.
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