Les résumés Amazon des Contes de Beedle le Barde

1. " «Le Magicien et le Chaudron des souhaits " : [ATTENTION : révélations d'éléments clés !]

Comme dans les livres Harry Potter, un dessin enlumine le haut de la première page du premier conte "Le Magicien et le Chaudron des souhaits". Dans ce cas, il s'agit d'un chaudron rond juché au-dessus d'un pied étrangement réaliste (avec cinq orteils, au cas où vous vous posez la question, et nous savons que certains d'entre vous se la posent). Ce conte commence assez joyeusement avec un magicien bienveillant et âgé, que nous ne croisons que brièvement, mais qui nous rappelle tellement notre cher Dumbledore que nous devons faire une pause et reprendre notre souffle.

Cet "homme très aimé" use de sa magie avant tout pour le bien de ses voisins, créant des potions et des antidotes dans ce qu'il appelle son "chaudron de cuisine de la chance". Bien trop tôt après que nous ayons rencontré cet homme bon et généreux, il meurt (après avoir atteint un age respectable) et laisse tout en héritage à son fils. Malheureusement, le fils ne ressemble en rien au père (et bien trop à un Malefoy). A la mort de son père, il découvre le chaudron, et dedans (assez mystérieusement) une seule pantoufle et une note de son père où il est écrit "dans le plus cher espoir, mon fils, que tu n'auras jamais besoin de ceci". Comme dans la plupart des contes, c'est en général à ce moment là que les choses commencent à mal tourner...

Amer de ne recevoir pour tout héritage qu'un chaudron, et complètement indifférent envers ceux qui ne savent pas faire de magie, le fils tourne le dos à la ville, fermant sa porte à ses voisins. En premier vient la vieille femme dont la petite fille est couverte de verrues. Lorsque le fils lui claque la porte au nez, il entend immédiatement un bruit sourd dans la cuisine. De sous le vieux chaudron de son père a surgi un pied ainsi qu'une sérieuse éruption de verrues. Drôle et pourtant dégoûtant. Du pur Rowling. Aucun de ses sorts ne marche et il ne peut échapper au sautillant chaudron verruqueux qui le suit partout, pas même dans son lit. Le jour suivant, le fils ouvre sa porte à un vieil homme qui a perdu son âne. Sans son aide pour porter des marchandises à la ville, sa famille va mourir de faim. Le fils (qui visiblement n'a jamais lu de contes) claque la porte au nez du vieillard. Bien entendu, voici que revient le chaudron aux verrues, sautillant dans un vacarme metallique, doté maintenant en plus à la fois des braiements d'un âne et des grondements de ventres affamés. [Attention: Denouement] Dans la pure tradition des Contes pour enfants, le fils est assiégé par les visiteurs et il amasse quelques larmes, du vomi et un chien hurlant à la mort avant que le magicien ne cède finalement à ses responsabilités, et ne trouve le vrai héritage de son père. Renonçant à sa vie égoïste, il appelle tous les habitants alentour et au loin à venir à lui pour obtenir son aide. Un par un, ils résoud leurs maux et ce faisant, vide le chaudron. A la toute fin, la mystérieuse pantoufle réapparait, celle qui s'adapte parfaitement au pied du chaudron, maintenant tranquille, et les deux ensemble marchent (et sautillent) vers le soleil couchant.

J.K. Rowling a toujours fait ses histoires aussi drôles qu'intelligentes, et "Le Magicien et le Chaudron des souhaits" ne déroge pas à la règle (l'image d'un chaudron de cuisine doté d'un pied et affligé de toutes les plaies du village, sautillant après un jeune magicien égoïste en est un bon exemple). Mais la vraie magie de ce livre et de ce conte en particulier ne réside pas seulement dans sa tournure de phrase mais dans la façon dont elle souligne le "clang, clang, clang"du chaudron avec emphase, et comment son écriture devient désordonnée quand l'histoire s'accélère (comme si elle se dépêchait en même temps que le lecteur). Ces traits de plume font de l'histoire la sienne propre, et ce volume d'histoires un recueil particulièrement spécial.




2."La Fontaine de la Bonne Fortune" [ATTENTION : révélations d'éléments clés !]
En haut de la première page de ce qui pourrait bien être l'un de nos contes de fées préférés se trouve le dessin d'une fontaine étincelante et abondante. Après avoir lu les trente premières pages du livre, il devient évident que Rowling aime beaucoup dessiner des étoiles et des étincelles, elle est d'ailleurs douée pour ça. Le début et la fin de presque tous les contes sont saupoudrés d'une poudre de lutin (à la Peter Pan – les fans savent que les lutins de Rowling ont peu de chances de laisser une empreinte aussi agréable). La première page de cette histoire est également illustrée d'un petit buisson de roses en dessous du texte. C'est très charmant, et si vous avez déjà essayé de dessiner une rose, vous savez que ce n'est pas un exercice aisé, ce qui rend peu probable le fait que Rowling l'ait dessiné pour camoufler une erreur (de la même façon que certains d'entre nous l'auraient fait). C'est une très belle façon de commencer cette histoire, et on sent que "La Fontaine de la Bonne Fortune" nous réserve beaucoup de bonnes surprises. Peut-être est-ce pour cela que l'histoire commence si grandiosement et dans un décor de conte de fées si luxuriant et mystérieux : un jardin enchanté et clôturé, protégé par un "sort puissant". Une fois par an, on permet à un "malchanceux" de trouver le chemin de la Fontaine, de se baigner dans son eau, et "d'avoir de la chance pour toujours". Ahhh, voici de quoi sont faits les rêves des fans d'Harry Potter. En fait, ce conte se démarque des autres en partie parce qu'il suit le schéma de la quête, schéma que les fans aiment dans ses romans – le genre qui nous plaît toujours.

Sachant que cela pourrait être le seul moyen de changer radicalement leur vie, les gens (dotés ou non de pouvoirs magiques) viennent des plus lointaines contrées du royaume pour tenter leur chance et entrer dans le jardin. C'est ici que trois sorcières sont réunies et partagent leurs tristes histoires. La première, Asha, est touchée par "une maladie qu'aucun Guérisseur ne pourrait soigner", elle espère que la Fontaine pourra lui rendre sa santé. La deuxième, Altheda, a été volée et humiliée par un sorcier. Elle espère que la Fontaine pourra la soulager de son sentiment d'impuissance et de sa pauvreté. La troisième, Amata, a été quittée par son bien-aimé, elle espère que la Fontaine pourra guérir son "chagrin et son désespoir". En peu de pages, Rowling a non seulement créé un conte de fées dramatique et terrifiant mais aussi un conflit intéressant. Les lecteurs – jeunes et moins jeunes – peuvent s'identifier à au moins l'une des souffrances d'Asha, Altheda ou Amata (et nous pourrions également parler de ces noms remarquables), alors comment choisir laquelle sera la gagnante ? Les sorcières (comme les personnages de nos séries préférées) pensent que trois têtes valent mieux qu'une, et elles joignent donc leurs efforts pour atteindre la Fontaine ensemble. Au premier rayon du soleil, une fissure apparaît dans le mur et des "Lianes" venant du jardin se faufilent et entourent Asha, la première sorcière. Elle agrippe Altheda, qui s'accroche à Amata. Mais Amata s'empêtre dans l'armure d'un chevalier, et pendant que les plantes tirent Asha, les trois sorcières et le chevalier passent à travers le mur et entrent dans le jardin.

Étant donné que seule l'une d'entre elles pourra se baigner dans la Fontaine, les deux premières sorcières sont furieuses qu'Amata ait par inadvertance invité un autre concurrent. Le chevalier annonce son intention d'abandonner la quête parce qu'il n'a pas de pouvoirs magiques, qu'il sait que les trois femmes sont des sorcières et qu'il s'est bien habitué à son nom, "Monsieur Guigne". Amata le réprimande promptement et lui demande de rejoindre leur groupe. Il est encourageant de voir que Rowling continue d'utiliser les thèmes de l'amitié et de la camaraderie qui sont prépondérants dans ses romans, sans oublier sa capacité à créer des personnages féminins forts et intelligents. Nous avons passé sept livres à regarder Harry apprendre à accepter l'aide et les encouragements de ses amis, et cette même notion de partage du poids de la responsabilité est importante dans ce conte.

En route vers la Fontaine, le groupe hétéroclite va devoir relever trois défis. Nous sommes en territoire connu ici : un conte de fées familier qui porte la marque de Rowling par son imagerie simple et forte ("un vers blanc monstrueux, boursouflé et aveugle") et par la façon dont les personnages triomphent ensemble contre l'adversité, tout ceci fait que la lecture de cette histoire est enrichissante. D'abord ils rencontrent le vers qui demande des "preuves de leurs souffrances". Après diverses tentatives d'attaques stériles par la magie et par d'autres moyens, les larmes de frustration d'Asha finissent par satisfaire le vers, et les quatre personnages peuvent continuer leur route. Ensuite, ils se retrouvent face à une paroi abrupte où on leur demande de payer "le fruit de leurs labeurs". Ils essaient et essaient pendant des heures de gravir cette montagne mais sans résultat. Finalement, l'effort vaillamment fournit par Altheda lorsqu'elle encourage ses amis à continuer (plus particulièrement, la sueur sur son front) leur permet de remporter le défi. Enfin, leur chemin croise une rivière où on leur demande de payer "le trésor de leur passé". Les tentatives de flotter ou de sauter par dessus restent vaines, jusqu'à ce qu'Amata pense à utiliser sa baguette magique pour effacer les souvenirs de son bien-aimé, qui l'a abandonnée, pour les jeter dans la rivière (clin d'oeil à la Pensine !). Des dalles apparaissent dans l'eau, et les quatre personnages peuvent traverser pour arriver à la Fontaine où ils doivent décider qui pourra se baigner. [ATTENTION : révélations d'éléments clés !]
Asha s'effondre de fatigue et est proche de la mort. Elle est dans de telles souffrances qu'elle ne peut pas atteindre la Fontaine, et elle implore ses trois amis de ne pas la bouger. Altheda mélange rapidement une puissante potion pour essayer de la ranimer, et sa concoction soigne en fait sa maladie de telle façon qu'elle n'a plus besoin des eaux de la Fontaine. (Certains doivent s'attendre à ce qui va suivre mais continuez à lire, Rowling à encore quelques surprises). En guérissant Asha, Altheda comprend qu'elle a le pouvoir de soigner les autres et donc un moyen de gagner de l'argent. Elle n'a plus besoin des eaux de la Fontaine pour soigner son sentiment "d'impuissance et sa pauvreté". La troisième sorcière, Armata se rend compte qu'en se débarrassant de la nostalgie de son bien-aimé, elle peut enfin le voir tel qu'il est ("cruel et sans foi") et elle n'a plus besoin de la Fontaine. Elle se tourne alors vers Monsieur Guigne et lui donne son tour à la Fontaine en récompense de sa bravoure. Le chevalier, qui n'en revient pas de sa chance, se baigne dans la Fontaine et se jette aux pieds d'Armata "dans son armure rouillée"(là est le génie de Rowling, l'ajout d'un mot donne l'image hilarante du chevalier se baignant en armure dans la Fontaine) et lui demande "sa main et son coeur". Chaque sorcière réussit son rêve de guérir, un chevalier malheureux prend conscience de son courage, et Armata, la sorcière qui croyait en lui, comprend qu'elle a trouvé un "homme digne d'elle". Un merveilleux "tout est bien qui finit bien" pour notre joyeux groupe qui s'en va bras dessus bras dessous ("bras dessus bras dessous", la symétrie graphique semble figurer le groupe lui même). Mais pour que cette histoire soit une vraie histoire de Rowling, il lui faut un dernier rebondissement à la fin : nous apprenons que les quatre amis vécurent longtemps et que jamais ils ne se rendirent compte que les eaux de la Fontaine n'eurent aucun "effet magique". C'est la meilleure fin possible.

Comme dans ses romans, Rowling met l'accent sur le fait que le véritable pouvoir est à l'intérieur, non pas dans une baguette magique ni dans la tête, mais dans le coeur. La foi, la confiance et l'amour donnent aux personnages la force de relever les défis qui se présentent à eux. Elle ne fait pas la morale à ses lecteurs, mais le message est bel et bien là : si vous vous accordez la chance de faire confiance aux autres et de les aimer, vous pourrez maîtriser le pouvoir que vous possédez déjà. Quel formidable message pour les enfants (et les adultes) pour apprendre, et... quel bel objet inoubliable.


3."Le Cœur Velu du Sorcier" [ATTENTION : révélations d'éléments clés !]
Attention chers lecteurs : Rowling s'inspire des Frères Grimm pour son troisième conte, de loin le plus noir. Dans "Le Cœur Velu du Sorcier" il y a peu d'humour et pas de quête, juste un voyage dans les sombres profondeurs de l'âme d'un sorcier. Il n'y a aucune trace de poudre de lutin sur cette première horrible page, à la place nous trouvons le dessin d'un cœur recouvert d'un poil épais et ruisselant de sang (encore une fois, il n'est pas facile de dessiner un vrai cœur, avec les valves et les détails, mais Rowling s'en sort bien, avec les poils et tout). En dessous du texte se trouve, dans une flaque de sang, une clé ancienne surmontée de trois boucles, ce qui laisse présager que ce conte sera différent des autres. On vous aura prévenu...

Au début du conte, nous faisons la connaissance d'un jeune et beau sorcier, doué et riche, qui est gêné par la folie de ses amis amoureux (Rowling utilise ici le mot "batifoler", un parfait exemple qui montre qu'elle ne dénigre jamais ses lecteurs). Il est si sûr de ne jamais vouloir montrer une telle "faiblesse" que le jeune sorcier utilise la "Magie Noire" pour s'empêcher de tomber amoureux. Les fans devraient reconnaître ici le début d'un conte moral, Rowling a tiré beaucoup de leçons dans ses romans sur l'imprudence de la jeunesse et sur les dangers que représentent un tel pouvoir dans de jeunes mains.

Ignorant que le sorcier en est arrivé à de telles extrémités pour se protéger, sa famille se moque de ses tentatives pour éviter l'amour, pensant que la fille qu'il lui faut le fera changer d'avis. Mais le sorcier devient arrogant, convaincu de son intelligence et impressionné par sa capacité à être totalement indifférent. Même avec le temps qui passe, le sorcier qui voit ses pairs se marier et fonder leurs propres familles, reste plutôt satisfait de lui et de sa décision, se considérant chanceux d'être débarrassé du fardeau des émotions qui, d'après lui, dessèche et vide le cœur des autres. A la mort de ses vieux parents, le sorcier ne porte pas le deuil, mais au contraire se sent "béni" par leurs morts. A ce moment de l'histoire, l'écriture de Rowling change un peu et l'encre paraît plus noire sur la page. Peut-être appuie-t-elle un peu plus, peut-être est-elle aussi frustrée et effrayée par son jeune sorcier que nous le sommes ? Presque toutes les phrases sur la page de gauche finissent dans le pli du livre, tandis que nous lisons comment le sorcier se fait un nid confortable dans la maison de ses défunts parents, transférant son "précieux trésor" dans leur donjon. Sur la page de droite, où nous apprenons que le sorcier croit être envié pour sa solitude parfaite et "splendide", nous voyons le premier bégaiement dans l'écriture de Rowling. C'était comme si elle ne supportait pas d'écrire le mot "splendide", puisque c'est clairement un mensonge. Le sorcier est leurré, ce qui le rend encore plus furieux quand il entend deux serviteurs en plein commérage, un le prenant en pitié, et l'autre se moquant de lui parce qu'il n'est pas marié. Il décide sur le champ de "prendre une épouse", vraisemblablement la plus belle, la plus riche et la plus talentueuse des femmes pour faire de lui le plus envié de tous.

Et la chance lui sourit, le lendemain le sorcier rencontre une belle, talentueuse et riche sorcière. La considérant comme son "trophée", le sorcier la poursuit de ses assiduités, convainquant ceux qui le connaissent qu'il est un homme nouveau. Mais la jeune sorcière, qui est à la fois "fascinée et dégoûtée" par lui, sent cependant sa froideur, même quand elle accepte son invitation à une fête au château. Pendant la soirée, devant les riches personnalités à sa table et pendant que les ménestrels jouent, le sorcier fait la cour à la sorcière. Finalement, elle lui fait face, suggérant qu'elle aurait confiance en ses mots charmants si elle pensait "qu'il avait un cœur". [Attention révélations !] Souriant (et toujours fier), le sorcier emmène la jeune fille au donjon, où il lui montre un "coffret en cristal", dans lequel se trouve son propre "cœur qui bat". On vous avait dit que c'était un conte noir, non ?

La sorcière est horrifiée à la vue du cœur qui a rétréci et est devenu velu à cause de son exil loin du corps, et elle implore le sorcier de le remettre "à sa place". Parce qu'il sait que cela la rendra encore plus amoureuse de lui, le sorcier "ouvre" sa poitrine avec sa baguette magique et y place son "cœur velu". Frissonnante à l'idée que le sorcier puisse à présent ressentir de l'amour pour elle, la jeune sorcière l'embrasse (surprenant, puisque nous sommes tous en train de lui crier "Va-t-en !" à cet instant), et l'horrible cœur est "percé" par la beauté de sa peau et le parfum de ses cheveux. "Devenu étrange" à cause de sa longue déconnexion d'avec son corps, le cœur, à présent "aveugle" et "pervers", se venge violemment. Cela pourrait se terminer ainsi, nous laissant imaginer le destin de cette jeune sorcière et du sorcier au cœur velu, mais Rowling continue l'histoire en faisant intervenir les invités de la fête qui se demandent où est leur hôte. Des heures plus tard, ils fouillent le château et les trouvent dans le donjon. Au sol, gît la jeune fille morte, la poitrine ouverte. Accroupi à ses côtés se trouve le "sorcier fou", caressant et léchant son "cœur brillant et écarlate" et projetant de le mettre à la place du sien. Mais son cœur est robuste et refuse de quitter son corps. Le sorcier, jurant de ne jamais se laisser "diriger" par son cœur, empoigne une dague et sort son cœur de sa poitrine, s'octroyant une victoire de courte durée, un cœur dans "chaque main sanglante" avant de s'effondrer sur la jeune fille et de mourir. Le dernier paragraphe qui décrit la mort du sorcier est le premier d'apparence inégale, l'écriture oblique vers la droite juste assez pour qu'on le remarque, rendant la fin encore plus abrupte et dérangeante.

Rowling, comme la plupart des grands écrivains de contes de fées, n'a aucune pitié pour les faibles. Guidé par la fierté et l'égoïsme depuis le début de l'histoire, s'isolant et s'endurcissant contre tout sentiment, le sorcier s'ouvre à la folie, prend ensuite une vie innocente, et détruit la sienne par la même occasion (cela ressemble à un autre méchant que vous avez rencontré ?). Comme dans les autres contes que nous avons lus, le secret réside dans l'imagerie, à la fois réelle et imaginaire (particulièrement quand on a vu les dessins de la première page). La vision dérangeante et indélébile du sorcier fou léchant le cœur sanglant concurrence les images les plus sombres des Frères Grimm. Sachant que cette histoire (et tout le livre en fait) est un recueil de fables pour jeunes magiciens et sorcières, Rowling a voulu faire un conte sur la mauvaise utilisation de la Magie Noire, la plus horrible et la moins rédemptrice de toutes les magies. La Magie Noire, comme tous les fans le savent, n'est pas un jouet, jamais.


4."Lapina la Babille et sa queue qui caquetait " [ATTENTION : révélations d'éléments clés !]
Une large souche d'arbre (avec vingt cernes – on a compté) trône en haut de la première page du quatrième et plus long conte de fées de Rowling. Cinq racines, telles des tentacules, s'étendent de sa base sur de l'herbe et des aigrettes de pissenlits en pleine éclosion. Au milieu de la base de la souche se trouve une fente noire, avec deux cercles blancs comme deux petits yeux qui scrutent le lecteur. Au bas de la page, l'empreinte d'une étroite patte (à quatre orteils). Moins horrifique que le coeur velu et sanglant du dernier conte (et cette fois nous voyons de la jolie poudre de lutin sur la première page), mais nous n'aimons pas trop l'aspect de cette souche.

"Lapina la Babille et sa queue qui caquetait" commence (comme de nombreux contes de fées) il y a longtemps dans une lointaine contrée. Un "roi extravagant" et cupide décide de garder la magie pour lui seul. Mais il a deux problèmes : d'abord, il doit rassembler toutes les sorcières et tous les magiciens ; ensuite, il doit vraiment apprendre la magie. En même temps qu'il organise une "Brigade de Chasseurs de Sorcières" armée d'une meute de chiens noirs féroces, il annonce également qu'il a besoin d'un "Professeur de Magie" (pas très malin, notre roi). Les sorcières et les magiciens rusés préfèrent se cacher plutôt que de répondre à son appel ; mais un "charlatan astucieux" et sans aucun talent magique, endosse hardiment le rôle de magicien avec quelques simples tours de passe-passe.

Une fois en place en tant que sorcier en chef et professeur privé du Roi, le charlatan demande de l'or en échange de contributions magiques, des rubis pour la création de sorts et des coupes en argent pour des potions. Le charlatan amasse ces objets dans sa maison avant de retourner au palais, mais il ne remarque pas que Lapina, la vieille "lavandière" du Roi, l'a vu. Elle l'a vu casser des brindilles d'un arbre puis les présenter au Roi comme des baguettes magiques. Rusé comme il est, le charlatan a dit au Roi que sa baguette magique ne fonctionnerait que lorsque "sa Majesté en serait digne".

Tous les jours, le Roi et le charlatan répètent leur "magie" (Rowling excelle ici, faisant le portrait du Roi ridicule brandissant sa brindille et "criant des inepties au ciel"). Mais un matin, ils entendent un rire et voient Lapina qui les observe depuis sa maisonnette, riant si fort qu'elle peut à peine se tenir debout. Le Roi humilié est furieux et impatient, il demande à ce qu'ils donnent une vraie démonstration de magie, devant ses sujets, le lendemain. Le charlatan désespéré dit que c'est impossible car il doit quitter le royaume pour un long voyage, mais le Roi à présent suspicieux, le menace de lancer la Brigade à ses trousses. S'étant mis dans une colère noire, le Roi ordonne également : si "quelqu'un se moque de moi" le charlatan sera décapité. Ainsi, notre Roi extravagant, cupide et sans pouvoir, se révèle être également orgueilleux et pitoyablement anxieux. Même dans ses contes courts et simples, Rowling est capable de créer des personnages complexes et intéressants.

Cherchant à "libérer" sa frustration et sa colère, le charlatan rusé se dirige directement vers la maison de Lapina. En regardant par la fenêtre, il voit une "petite vieille femme" assise à sa table en train de nettoyer sa baguette magique pendant que les draps se "lavent tout seul" dans un petit bassin. La considérant comme une vraie sorcière, à la fois la source et la solution de ses problèmes, il lui demande son aide, sans quoi il la dénoncera à la Brigade. Il est difficile de décrire fidèlement ce moment clé de l'histoire (et de chacun de ses contes, d'ailleurs). Essayez de vous rappeler la richesse et la couleur des romans de Rowling et imaginez comment elle pourrait remplir ces jolis petits contes d'images éclatantes et de personnages pleins de nuances subtiles.

Impassible devant cette demande (c'est une sorcière après tout), Lapina sourit et accepte de faire "tout ce qui est en son pouvoir" pour l'aider (il y a ici un double sens énorme). Le charlatan lui dit de se cacher dans un buisson et de réaliser tous les sorts pour le Roi. Lapina accepte, mais se demande à voix haute ce qu'il se passera si le Roi essaie de lancer un sort impossible. Le charlatan, toujours plus convaincu de son intelligence et de la stupidité des autres, balaie son inquiétude d'un rire, assurant que la magie de Lapina est certainement beaucoup plus puissante que ce que pourrait fomenter "l'imagination d'un extravagant".

Le matin suivant, les membres de la cour se rassemblent pour assister à la démonstration de magie du Roi. Depuis une scène, le Roi et le charlatan lancent leur premier sort : faire disparaître le chapeau d'une femme. La foule est stupéfaite et étonnée, et ne pense pas une seule seconde que c'est Lapina, cachée dans un buisson, qui lance le sort. Pour son prochain exploit, le Roi pointe la "brindille" (chaque référence à sa brindille est hilarante) sur son cheval, et l'élève haut dans le ciel. Cherchant autour de lui une idée encore meilleure pour son troisième sort, le Roi est interrompu par le Capitaine de sa Brigade, qui tient dans ses bras le corps d'un des chiens du Roi (empoisonné par un champignon). Il implore le Roi de ramener le chien "à la vie", mais quand le Roi pointe sa brindille sur le chien, rien ne se passe. Lapina sourit dans sa cachette, n'essayant même pas de lancer un sort, car elle sait qu'aucune magie ne peut "ramener les morts" (du moins pas dans cette histoire). La foule commence à rire, suspectant que les deux premiers sorts n'étaient que des tours de passe-passe. Le Roi est furieux, et quand il demande à savoir pourquoi le sort n'a pas fonctionné, le charlatan fourbe et rusé désigne la cachette de Lapina et crie qu'une "méchante sorcière" empêche les sorts. Lapina sort du buisson en courant, et quand les Chasseurs de Sorcières lancent les chiens à ses trousses, elle disparaît, laissant les chiens "fouiller et aboyer" au pied d'un vieil arbre. Désespéré, le charlatan hurle que la sorcière s'est changée en "pomme" (ce qui fait ricaner même à ce moment intense et dramatique). De peur que Lapina ne redevienne une femme et ne donne sa version des faits, le charlatan donne l'ordre de couper l'arbre, parce que c'est ainsi qu'on "traite les méchantes sorcières". C'est une scène plutôt intense, non seulement à cause du dramatique "qu'on lui coupe la tête !", mais aussi parce que l'habileté du charlatan à galvaniser la foule rappelle les vrais procès de sorcières. Au fur et à mesure de la construction de la tragédie, l'écriture de Rowling semble être de moins en moins lisse, les espaces entre les lettres de ses mots s'agrandissent, créant l'illusion qu'elle invente l'histoire au fur et à mesure qu'elle avance, écrivant les mots sur la page aussi vite qu'elle le peut.

[Attention révélations !] L'arbre est coupé, mais alors que la foule se réjouit sur le chemin du palais, un "caquètement bruyant" se fait entendre, venant cette fois de l'intérieur de la souche. Lapina, en sorcière intelligente, déclare que les sorcières et les magiciens ne meurent pas quand on les "découpe", et pour le prouver, elle suggère qu'on essaie de couper "en deux" le professeur du Roi. Sur ces paroles, le charlatan implore la pitié et se confesse. Il est emmené au dongeon, mais Lapina n'en a pas terminé avec son roi extravagant. Sa voix, sortant toujours de la souche, déclare que ses actes ont lancé une malédiction sur le royaume, de telle sorte qu'à chaque fois que le Roi fera du mal à une sorcière ou à un magicien, il souffrira lui-même si intensément qu'il souhaitera "en mourir". Le Roi désespéré tombe à genoux et promet de protéger tous les magiciens et les sorcières du pays, leur permettant d'utiliser leur magie sans leur faire de mal. Contente, mais pas encore entièrement satisfaite, la souche caquette encore et demande à ce qu'une statue à l'effigie de Lapina soit placée sur elle pour rappeler au Roi "sa propre folie". Le "Roi honteux" promet de faire sculpter une statue en or, et il rentre au palais avec sa cour. Enfin, "un vieux lapin corpulent" avec une baguette magique entre ses dents sort en sautillant d'un trou en dessous de la souche (Aha ! L'explication de ces petits yeux blancs) et quitte le royaume. La statue en or resta sur la souche pour toujours, et les sorcières et les magiciens ne furent plus jamais pourchassés dans le royaume.

"Lapina la Babille et sa queue qui caquetait" met en valeur l'ingéniosité malicieuse de la vieille sorcière, qui devrait rappeler aux fans un certain magicien sage et plein de ressources, et l'on peut imaginer que la vieille Lapina devienne un héroïne de conte populaire pour un jeune magicien ou une jeune sorcière. Mais plus qu'une simple histoire sur la victoire d'une sorcière intelligente, le conte nous met en garde contre les faiblesses humaines : la cupidité, l'arrogance, l'égoïsme et la duplicité. Il nous montre également que ces personnages errants (mais pas méchants) arrivent à apprendre de leurs erreurs. Le fait que ce conte suive celui du sorcier fou souligne l'importance que Rowling accorde à la conscience de soi : Lapina révèle au Roi son arrogance et sa cupidité, de la même façon que la Marmite Sauteuse dévoile l'égoïsme du magicien et que la Fontaine nous montre la force cachée des trois sorcières et du chevalier. Des quatre premiers contes, seul le sorcier au cœur velu est voué à un destin vraiment horrible, puisque son impardonnable utilisation de la Magie Noire et sa volonté de ne pas connaître sa vraie nature l'excluent de toute rédemption.


5."Le Conte des Trois Frères" [ATTENTION : révélations d'éléments clés !]
Si, comme nous, lors de la première lecture du dernier tome, vous avez survolé "Le Conte des Trois Frères" pour enfin connaître La Fin, alors vous avez raté un sacré conte (qui pourrait compter parmi les meilleurs d'Esope). Heureusement pour vous, vous pouvez ouvrir votre Harry Potter et les Reliques de la Mort au chapitre vingt-et-un et le lire quand vous le voulez. Si vous n'avez pas encore lu le dernier tome de la série de Rowling (que de bons moments en perspective), il vaudrait mieux ne pas lire cette critique... pour l'instant. Faîtes-vous le plaisir de lire d'abord le conte dans son contexte. Vous ne serez pas déçu.

Trois crânes dentés contemplent le lecteur du haut de la première page du dernier des cinq contes (ah ! Comme j'aimerais qu'il y en ait encore une douzaine). Le crâne du milieu a un symbole gravé sur son front, une ligne droite verticale dans un cercle, le tout au milieu d'un triangle. Au bas de la page, il y a une pile de tissu sur laquelle trônent une baguette magique (d'où jaillissent des tourbillons d'étincelles) et ce qui semble être une petite pierre.

Ce sinistre conte qui nous narre l'histoire de trois frères, de trois choix et de trois destins différents demande à être lu à voix haute ; en fait, nous rencontrons les trois frères pour la première fois lorsque Hermione lit le conte à Harry et à Ron (et à Xenophilius). Trois frères voyageant sur une route déserte au "crépuscule" (à minuit d'après la version de Mme Weasley) arrivent à une rivière "perfide" qu'ils ne peuvent traverser. Connaissant bien la magie, ils créent un pont d'un mouvement de leurs baguettes magiques. Au milieu du pont, ils sont arrêtés par une "silhouette au visage caché". La Mort est en colère et dit aux trois frères qu'ils l'ont empêchée de faire de "nouvelles victimes" car les gens se noient généralement en essayant de traverser la rivière (dans un passage amusant des Reliques de la Mort, Harry interrompt l'histoire : "Excusez-moi, mais la Mort leur a parlé ?"). Mais la Mort est astucieuse et offre une récompense à chacun d'entre eux pour avoir été assez intelligent pour lui "échapper" (pour ceux intéressés par les petits détails, notre livre utilise le verbe "échapper" et non pas "évader" qui est utilisé dans le Tome 7). Nos contes de fées préférés ont la même sorte d'intrigue basée sur le schéma "choisis ton destin", on peut apprendre beaucoup sur un personnage d'après un seul de ses choix, et les meilleures histoires, comme celle-ci, nous font sortir des sentiers battus et se terminent d'une façon inattendue.

Le plus vieux des trois frères, "un homme belliqueux" demande la plus puissante des baguettes magiques jamais créée, une baguette magique qui ferait gagner n'importe quel duel à son propriétaire, une baguette qui conviendrait à un magicien qui a "conquis la Mort". Alors la Mort crée la (funeste) baguette magique à partir d'un "Ancien arbre" (avec majuscule dans notre livre) et la donne au frère vantard et bagarreur. Le deuxième frère, un "homme arrogant" déterminé à rabaisser un peu plus la Mort, demande le pouvoir de ramener les morts à la vie. Ramassant une pierre sur le sol, la Mort dit à l'homme qu'il détient le pouvoir de ressusciter les morts. Le plus jeune des frères, le plus humble et le plus sage des trois, ne faisait pas "confiance à la Mort" et demanda alors quelque chose qui lui permettrait de partir sans être "suivi par la Mort". Sachant qu'elle avait peut-être trouvé quelqu'un de plus malin qu'elle, la Mort lui donne "sa propre" cape d'invisibilité de "très mauvaise grâce" (à la différence de "malgré elle" dans le Tome 7). Chaque choix en dit long sur les motivations des personnages : le frère le plus vieux veut que la Baguette de Sureau le rende plus puissant que les autres ; le deuxième frère veut contrôler la Mort ; et le frère le plus jeune veut être en sécurité et laisser la Mort derrière lui.

[Attention révélations !] Ensuite, les frères prennent leurs récompenses et se séparent pour affronter des destins très différents. Le premier va dans un "certain village" ("éloigné" d'après le Tome 7) et piste un magicien contre lequel il s'était déjà battu pour le défier au cours d'un duel qu'il ne pourrait perdre. Après avoir tué son ennemi, il va se reposer dans une auberge où il se vante de sa Baguette de Sureau, que la Mort elle-même lui a donné, faisant de lui l'homme le plus puissant. Cette nuit-là, un magicien se faufile auprès du frère le plus vieux et vole la baguette magique, égorgeant l'homme pour faire "bonne mesure". Le refrain entêtant dans lequel Rowling décrit la Mort prenant le frère "comme un dû", aide à ancrer l'histoire à la fois comme conte moral et comme une leçon sur l'inéluctabilité de la mort. Un des messages les plus importants de ce conte, et de ce frère en particulier, est l'idée que le pouvoir doit être utilisé pour faire le bien (conseil que Rowling prend vraiment à cœur).

Le deuxième frère rentre dans une maison vide où il retourne la pierre "trois fois dans sa main" (le texte du Tome 7 dit "tourner" au lieu de "retourner"), pour "appeler les Morts" (majuscule dans notre livre). Il est très impatient de voir revenir la fille qu'il aurait dû épouser, cependant celle-ci est "silencieuse et froide" ("triste" dans le Tome 7) et souffre car elle n'appartient plus au "monde des mortels". Inconsolable et empli d'un "désir inaccessible", le deuxième frère se suicide pour la rejoindre, permettant à la Mort de reprendre sa deuxième victime.

Le plus jeune des frères utilise la "Cape d'Invisibilité" pour se cacher de la Mort, jusqu'à "un âge très avancé" où il l'enlève pour la donner à son fils (même ceux qui n'ont pas encore lu le Tome 7 devraient comprendre qu'il ne s'agit peut-être pas d'un simple conte de fées après tout). Puis il accueille la Mort "sereinement" et "comme une veille amie" et quitte "cette vie". Quelle fin merveilleuse pour ce conte, même après une deuxième lecture il ne perd rien de sa force. Simple, puissant et poignant, "Le Conte des Trois Frères" présente des théories sur l'utilisation et l'abus du pouvoir (également important dans le cycle Harry Potter) et fait passer d'importants messages sur la vie et la mort. Ce conte explique et met en valeur Harry Potter et les Reliques de la Mort de plusieurs façons (les curieux devraient relire le Chapitre trente-cinq, "King's Cross" et y réfléchir), la meilleure étant soulignée par le message que Dumbledore lui-même transmet à Harry sur l'acceptation de la Mort et l'amour de la vie : "N'aie pas pitié des morts, Harry. Aie pitié des vivants, en particulier, de ceux qui vivent sans amour". Le plus jeune des frères n'a pas essayé de tromper la Mort ou de faire du mal aux autres avec son pouvoir ; au contraire, il a utilisé son don pour vivre simplement et sans crainte de la Mort, si bien qu'au terme de sa longue et heureuse vie, il a voulu quitter ce monde de lui-même.

Les messages forts transmis par ces contes de fées témoignent du talent de Rowling, d'autant plus qu'ils ne sont jamais moralisateurs ou ouvertement didactiques (ceci vaut également pour ses livres et explique en partie pourquoi ils sont si uniques). Les Contes de Beedle le Barde font passer beaucoup des messages d'Harry Potter, et les histoires sont le reflet des avertissements de Dumbledore sur choisir entre "ce qui est juste et ce qui est facile". Soit elle met en garde contre l'arrogance et la cupidité, mettant en valeur les responsabilités qu'impliquent un pouvoir immense, soit elle exalte l'importance de l'amour propre et de la confiance en soi ; l'imagination sans borne de Rowling et sa maîtrise de l'écriture font que ses fidèles lecteurs (jeunes et moins jeunes) en redemandent, toujours en quête d'une nouvelle leçon.