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Interview de Katherine Pancol

LevyNotre boutique dédiée à Katherine Pancol


Boutique Katherine PancolAmazon.fr : Dites-moi, Katherine Pancol, vous n'arrivez plus à vous en séparer de vos personnages ! "Les Écureuils de Central Park sont tristes le lundi", le tome 3, compte 850 pages ! Est-ce vous qui les relancez ou eux qui viennent vous tirer par les pieds ?

Katherine Pancol : C'est eux ! Ils ne s'en vont pas ! D'habitude, quand j'ai fini un roman, les personnages disparaissent une fois le mot FIN écrit… Ils prennent plus ou moins de temps, mais ils finissent toujours par s'effacer. Or cette fois-ci, - je venais de finir ""les yeux jaunes des crocodiles"- force m'a été de constater qu'ils ne partaient pas. Ils restaient là, campés dans ma vie… Je pensais à eux tout le temps. J'avais laissé trop d'histoires ouvertes et je continuais à me les raconter dans ma tête ! Alors j'ai écrit ""La valse lente des tortues"… et puis quand ça a été fini, ils sont revenus encore sur la pointe des pieds et j'ai eu l'idée de la première scène des Écureuils... Je l'ai laissée longtemps mijoter dans ma tête pour voir si elle tenait bon et non seulement elle est restée mais il y en a eu une autre qui est arrivée ! C'était reparti !

Amazon.fr : Quand vous écrivez, vous pensez à qui ? À vos lecteurs ?

Katherine Pancol : Non ! quand j'écris, je me raconte des histoires à moi toute seule. Je n'imagine pas une seconde qu'elles vont être publiées. Ça a toujours été ainsi… Enfant, je m'endormais en me racontant des histoires interminables que je poursuivais de nuit en nuit.

Amazon.fr : "Les Écureuils de Central Park sont tristes le lundi" ouvre sur une scène avec Hortense et Gary et se referme avec eux aussi. Vous l'avez fait exprès ? "

Katherine Pancol : La première scène est arrivée par surprise. Hortense est énervée et cherche Gary… Ils sont dans une soirée à Londres, elle insulte un pauvre garçon derrière le bar, renverse des bouteilles de champagne… Ah ! Ah ! je me suis dit, Hortense est de retour ! Et puis Gary est apparu, une nuit à Londres, un baiser sous les arbres de Hyde Park, une dispute… Et Joséphine, et Shirley, et Philippe…Tout s'est mis en place et s'est déroulé jusqu'à la fin.

Amazon.fr : Vous avez des règles pour écrire ?

Katherine Pancol : Stevenson disait que l'action dans un roman devait venir de l'intérieur des personnages, de leur psychologie, et ne jamais être plaquée de l'extérieur… Il avait raison. C'est pour cela qu'il faut tellement travailler les personnages. Tout savoir d'eux, y compris des détails qu'on n'utilisera pas dans le récit, mais qui participent à la dynamique du personnage… et donne le rythme du récit. Bien sûr, il y a des moments où je doute, j'hésite, je perds le fil, je me pose des questions, mais ils sont rares finalement… Les personnages sont si intenses, si "incarnés" qu'il suffit qu'ils entrent en scène pour qu'une voix crie "Action" dans ma tête ! Et j'ai envie de dire qu'alors je les regarde faire et je leur emboîte le pas…

Amazon.fr : Vous écrivez comment ?

Katherine Pancol : Je me fais des horaires comme lorsque j'allais à l'école. Le matin, je prends un petit déjeuner copieux, je lis les journaux, je découpe des informations que je classe par personnage… Par exemple, tout ce qui touche à la mode va dans le dossier "Hortense". D'une interview de Karl Lagerfeld à la dernière tendance sur le Net… Quand j'ai fini de boire mon thé et de lire les journaux, j'ouvre l'ordinateur et je relis ce que j'ai écrit la veille. J'appelle ça "faire la balançoire". Parce que je prends l'élan de la veille pour passer au travail du jour. Et je me débrouille toujours, la veille, pour écrire trois ou quatre phrases qui me permettront de me relancer le lendemain. Qui me donneront l'impulsion. Parce que sinon on peut rester paralysé devant la page blanche ! Et ça, c'est horrible…

Amazon.fr : Vous vous inspirez beaucoup de ce qui vous entoure ?

Katherine Pancol : Énormément ! J'ai même l'impression physique que, dès la première phrase posée, j'ouvre grand les bras, les yeux, les oreilles et aspire la vie. Avec une grande paille. Je deviens une sorte de bouche vorace qui avale tout ce qui passe… Par exemple, je suis accoudée au zinc d'un café et j'entends un habitué qui dit au garçon " tu me ressers ou t'attends que les mouches s'assoient au fond de mon verre ?"… Je sors mon petit carnet noir et note la phrase pour Josiane ou Marcel. Le personnage d'Hortense est né d'une gamine de 11 ans entrevue dans un magasin de chaussures rue de Passy. Elle m'avait jeté un lourd regard de mépris parce que ce jour-là, je ne m'étais ni habillée, ni coiffée, ni "apprêtée" et que je devais avoir l'air d'une serpillière dans un magasin chic. Oh, ce regard ! Je l'ai reçu en plein visage et quand il a fallu construire les personnages des filles de Joséphine, cette gamine est revenue et s'est faufilée dans Hortense. Je fais feu de tout bois. J'observe, je note, je transforme…

Amazon.fr : Dans "Les Écureuils de Central Park…" vous saviez d'avance ce qui allait se passer ?

Katherine Pancol : Je ne sais jamais ce qu'il va se passer. Jamais ! Je me raconte l'histoire au fur et à mesure… Il y a deux sortes de personnages : les taureaux furieux et les escargots. Hortense, Henriette, Iphigénie sont des taureaux furieux, ils font avancer l'action au pas de charge. Joséphine, Zoé, Philippe sont des escargots, ils apportent réflexion, douceur, répit. Parfois un taureau furieux devient "escargot", le temps d'un ou deux chapitres. C'est le cas de Shirley dans ce tome 3… Les escargots, je sais vaguement ce qu'il va leur arriver, mais pour les taureaux furieux, j'écris à l'aveuglette et découvre souvent en écrivant là où ils m'emmènent… Junior est un cas intéressant aussi parce qu'il grandit si vite et d'une manière si étonnante qu'il bouscule tout sur son passage et emballe l'action.

Amazon.fr : Qu'est ce qui est le plus difficile à écrire pour vous ?

Katherine Pancol : Les descriptions. J'ai un mal fou avec les descriptions. Nous sommes une génération qui a grandi avec des images à profusion et on n'a plus besoin de quatre pages pour décrire une armoire normande comme dans Balzac… Une ligne suffit amplement. Mais parfois, pour installer une atmosphère, il faut composer un décor, déposer des couleurs, des odeurs, comme dans un morceau de musique où chaque instrument participe à l'émotion générale. Sinon cela manque d'amplitude, de résonance… Revenir au détail. Au "divin détail"… Je n'ai aucun mal à trouver des détails dans le registre émotionnel, mais quand il s'agit de décrire un jardin ou une scène bucolique, alors là, c'est du travail !

Amazon.fr : Et ce qui est le plus facile pour vous ?

Katherine Pancol : Les dialogues. Je connais tellement bien mes personnages que je les entends parler et n'ai plus qu'à retranscrire !

Amazon.fr : Vous avez un site Katherine-pancol.com et vous recevez de nombreux mails. Est ce vous qui y répondez personnellement ? Et quelle est la phrase qui revient le plus ?

Katherine Pancol : C'est moi qui réponds. Personne d'autre… Cela me prend d'ailleurs beaucoup de temps ! Et chaque semaine, j'écris un texte que je mets sur le "blablablog" sur le site…
La phrase qui revient le plus ? "Joséphine, c'est moi" ou "Joséphine m'a aidée à traverser une crise, une période difficile". Que ce soient des hommes ou des femmes, des jeunes ou des moins jeunes qui m'écrivent. J'ai reçu un message d'un soldat chinois de 22 ans qui m'écrivait –en anglais- pour me dire qu'à travers Joséphine, il avait appris à affronter les difficultés de sa vie !

Amazon.fr : On peut dire qu'avec ce tome 3, la saga des Cortès est close ou qu'il y aura un tome 4…

Katherine Pancol : Aujourd'hui, à ce moment précis, j'affirme et signe que c'est fini ! Et j'espère bien qu'ils vont tourner les talons et disparaître à l'horizon. Qu'ils vont laisser la place à d'autres histoires… Il me faudra sûrement du temps pour les oublier –cela fait près de six ans que je vis avec eux au jour le jour- je le sais, mais j'aimerais bien passer à autre chose. Quelque chose de totalement différent !

Amazon.fr : Et de plus petit ?

Katherine Pancol : Je rêve d'un livre de 120 pages avec deux personnages enfermés dans une chambre… Je vais commencer à y penser très fort afin qu'il prenne corps !