Entretien exclusif avec Bret Easton Ellis : « Je voulais rendre le bourdonnement continu de la peur »

Suite(s) impériale(s)
Les personnages de Moins que zéro, ont vieilli : vingt ans après, on retrouve Clay et les autres dans Suite(s) impériale(s), polar paranoïaque aux relents lynchiens. Ils sont devenus scénaristes, producteurs, actrices et ils sont toujours aussi creux, faux, immatures et seuls. Pour la sortie du livre, Amazon a rencontré Bret Easton Ellis, l’auteur mondialement célèbre de American Psycho qui contrairement à ses personnages, s’est montré tout à fait charmant et n’a tué personne.

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Amazon.fr : Dans Lunar Park, vous dites, ou plus exactement vous faites dire au personnage qui s’appelle Bret Easton Ellis, qu’il est le plus grand écrivain américain vivant de moins de quarante ans. Un commentaire ? Souhaitez-vous ajouter quelque chose à cela, aujourd’hui ?

BEE: Non, c’était une blague ! Je voulais me moquer de moi-même. J’ai fait dire ça à mon personnage, à voix haute, mais je n’ai jamais pensé que j’étais l’un des meilleurs écrivains de ma génération. Il y avait déjà de meilleurs écrivains à l’université : par exemple mon ami Eric, le fameux Eric, il n’a jamais été publié mais c’était le meilleur de nous tous ; il est tombé dans la drogue et s’est égaré en chemin mais c’est lui qui aurait dû être publié. Je n’ai jamais voulu me comparer à mes contemporains, je n’ai jamais eu le sentiment d’être inscrit dans une tradition littéraire ou d’être membre d’une scène littéraire, et je n’ai jamais vraiment accordé d’attention à ces questions de classement, qui est le meilleur écrivain, etc. Par contre, je lis beaucoup d’écrivains contemporains, je me tiens informé de ce que font les romanciers actuels, même si je le fais moins que quand j’étais plus jeune.

Amazon.fr : Quel est l’écrivain qui vous impressionne le plus, actuellement ?

BEE: Jonathan Franzen Son nouveau roman, Freedom, est le meilleur roman américain que j’ai lu depuis vingt ans. Un immense, immense roman ! Pas seulement immense par le récit, la narration, mais par la démarche, c’est un roman d’une importance énorme, parce qu’il montre la nature de ce que le roman peut être. Il est un peu plus âgé que moi, il a 51 ans, j’en ai 46, mais je le considère comme un écrivain de ma génération. La plupart d’entre nous privilégiaient la technique aux sentiments et s’attachaient à des procédés techniques au détriment de l’émotion. Lui milite pour un roman réaliste social, un genre de réalisme social à la Tolstoï mais dans sa version américaine, et il ramène du sentiment et de l’émotion dans la narration là où la plupart des écrivains de ma génération s’intéressaient avant tout à d’autres procédés, d’autres aspects, que ce soit David Foster Wallace ou moi-même, le courant minimaliste ou ma propre esthétique qui n’était pas vraiment fondée sur l’émotionnel. Lui nous réengage là-dedans et c’est très important.

Amazon.fr : Suite(s) impériale(s) , est la suite de Moins que zero, votre premier roman, et l’on y retrouve les mêmes personnages. Dans tous vos livres, d’une manière générale, les personnages de vos précédents ouvrages réapparaissent. Avez-vous l’ambition, comme Balzac avec sa « Comédie humaine », de construire un monde parallèle qui concurrencerait le monde réel ?

BEE: Non, je n’ai pas cette ambition. J’aime réutiliser mes personnages. Je ne sais pas pourquoi, j’aimerais le savoir car c’est la question qu’on me pose le plus souvent : « Pourquoi vos personnages réapparaissent-ils d’un roman à l’autre ? ». Je n’en sais rien, je pense que c’est marrant. Le personnage de Mitchell Allen, par exemple, dans Les Lois de l’attraction : je me demandais à quoi pourrait ressembler le voisin de Bret Easton Ellis dans Lunar Park, en fait je me suis d’abord demandé ce que j’avais envie de raconter sur ce voisin, et puis là je me suis dit : si Mitchell Allen était allé à l’université avec Bret alors je pourrais parler de leurs histoires, mais aussi décrire la vie étudiante à cette époque. J’avais prévu d’aborder le sujet dans le livre et donc l’occasion parfaite se présentait avec ce personnage. C’est une réponse peu élégante, mais c’est vrai.

Amazon.fr : Dans Suite(s) impériale(s), Clay dit à Rain : « Je m’imagine qu’il y a plusieurs versions de ce qui est en train de se passer. » Ne pensez-vous pas que cette phrase pourrait résumer toute votre œuvre ? Car dans tous vos romans, ni le lecteur ni les personnages ne sont jamais vraiment sûrs qu’ils comprennent ce qui se passe, qu’ils ont la bonne version. Il me semble que c’est le sujet principal de tous vos livres.

BEE: Oui, je crois que c’est parce que c’est ce que je ressens moi-même. Je pense qu’il y a cette question de la réalité et de l’illusion, vous savez, ces vieux amis : monsieur le réel et madame l’illusion, oui, oui, oui… vous voyez, c’est la vie, en fin de compte, qui est comme ça. Je pourrais vous proposer une super théorie pour expliquer pourquoi j’attache autant d’intérêt à cette question dans mes romans mais à l’heure actuelle ma réponse est la suivante : quand je repense à mon enfance, je revois l’image de façade d’une merveilleuse famille bourgeoise, mon père très bel homme, ma mère splendide, mes deux sœurs, une maison magnifique avec piscine, nous étions tous bien habillés et nous avions l’air d’une famille parfaite mais derrière la façade il y avait beaucoup de souffrance, de maltraitance, d’alcoolisme, cela n’a rien d’original, c’est une vieille histoire mais cela a un impact sur vous, vous commencez à vous demander si la réalité que nous présentons est bien la réalité ou juste un spectacle. C’est la raison pour laquelle il y a tant d’allusions aux acteurs, aux actrices, et à la comédie dans mes livres. Je pense aussi qu’il y a eu un tournant quand je suis devenu connu à 21 ans avec Moins que zéro : ma perception de la réalité a été biaisée, j’ai commencé à me demander ce qui était réel ou non : est-ce que ce sont vraiment mes amis, est-ce que c’est vraiment ma petite amie, est-ce que cette personne s’intéresse vraiment à Bret, ou à Bret Easton Ellis… ? Vous ne devenez pas nécessairement fou quand vous réfléchissez à ça mais en tout cas cela altère toute votre perception du monde et cela s’est probablement répercuté dans mes fictions.

Amazon.fr : C’est pour ça que vous avez ensuite écrit Les Lois de l’attraction , votre deuxième livre, qui est probablement celui qui explore le plus cette question ?

BEE: Oui, et c’est très intéressant de constater que c’est celui de mes livres qui est le plus populaire, au sens où c’est celui qui a fait le plus l’unanimité. Il n’est pas aussi clivant que American Psycho, qui est passionnément défendu par certains et détesté par d’autres. Sur Amazon, par exemple, c’est le seul qui a toujours quatre étoiles dans les avis des lecteurs. Les autres ont tous soit une étoile, soi cinq étoiles, on adore ou on déteste. Les gens semblent moins perturbés par ce livre.

Amazon.fr : Vos dialogues, même les plus anodins en apparence, dégagent toujours une énergie et une tension incroyable . Quelle est votre recette ? Est-ce que vous avez une technique particulière à laquelle vous avez recours de façon systématique ou bien est-ce que ça vous vient juste comme ça ? Est-ce que vous suivez des règles précises ?

BEE: Non, ça me vient comme ça. C’est encore une chose que je ne peux pas expliquer. Quand vous travaillez à un roman, tout est très émotionnel, vous avez votre roman dans la tête et vous savez, ou vous sentez comment les personnages doivent s’adresser les uns aux autres, comment ils doivent communiquer entre eux... C’est facile pour moi d’accéder à ça et d’aller là où je veux aller. Ceci dit, je réécris les dialogues plusieurs fois pour voir si ça fonctionne ou pas, si ça me plaît, s’ils ont l’air authentiques. Mais je dois dire que dans Suite(s) impériale(s), les dialogues sont construits légèrement différemment par rapport à ce que j’ai fait par le passé car ce sont les dialogues d’un scénariste, ils ont une fonction d’exposition, ils fonctionnent comme des dialogues de cinéma : des séries de révélations, des successions de questions-réponses. J’avais toujours en tête que c’était un scénariste qui racontait cette histoire et qui usait des techniques scénaristiques pour le faire. En tout cas, merci pour le compliment.

Amazon.fr : Puisque vous parlez de scénario, vos romans se passent la plupart du temps soit à Los Angeles, soit à New York. Etes-vous plutôt Woody Allen ou plutôt 24h chrono ?

BEE: J'aime les deux ! Je ne pense pas que mes livres portent tant que ça sur un lieu. Ce ne sont pas des livres sur Los Angeles ou sur New York. Mes romans prennent place dans ces lieux parce que je vis là.

Amazon.fr : Que répondez-vous à ceux qui disent que Suite(s) impériale(s) évoque l'ambiance des films de David Lynch ?

BEE: Je réponds que je ne pensais pas spécialement à ça quand j’ai écrit mon livre mais je comprends pourquoi les gens font ce parallèle. Je viens juste de lire quelque chose sur David Lynch ce matin, sur Mulholland Drive. L’idée était très intéressante, l’article portait sur le sujet véritable du film : c’est un film sur des gens coincés dans un film. Et ils réalisent qu’ils sont coincés dans un film. C’est très compliqué…

Amazon.fr : … mais on pourrait dire la même chose à propos de Suite(s) impériale(s), non ?

BEE: Oui, encore une fois, quand je relis mes romans, je suis stupéfait par le nombre d’acteurs et d’actrices : les filles dans Glamorama, ma femme dans Lunar Park, Rain dans Suite(s) impériale(s)… Les femmes sont souvent des actrices dans mon œuvre.

Amazon.fr : Pourtant vous n’avez pas grandi dans ce milieu, si ?

BEE: Non, c’est vrai, mais ma mère voulait être actrice. Hmm… Qu’est-ce que ça peut bien signifier ? (rire)

Amazon.fr : Vous avez dit que vous élaboriez d’abord, avant d’écrire, un plan assez précis. Dans Suites impériales, est-ce que vous saviez exactement au début où vous alliez ? Aviez-vous en tête tous les éléments pour élucider l’enquête ?

BEE: Une fois que j’ai décidé qui était le narrateur, alors l’histoire en découle. Quand j’ai cerné le narrateur, je me dis : « Ok, voilà l’histoire ! » Si le narrateur est comme ça, alors l’histoire sera comme ça : puisque c’est un scénariste, alors il va avoir une histoire avec une actrice, qui va avoir un ami, il va être question de trahison…et puis l’intrigue se met en place.

Amazon.fr : Mais lorsque le narrateur rentre chez lui, au début du livre, et qu’il voit que quelqu’un a pénétré dans son appartement, que des objets ont été déplacés, est-ce que vous avez déjà en tête l’explication ?

BEE: : Oui ! Je rédige d’abord un brouillon bien plus gros que le roman lui-même. Le premier jet du livre est deux à trois fois plus long que la version finale, parfois quatre. Puis je me transforme en technicien et je commence à façonner le brouillon pour lui donner la forme d’un roman, e là je supprime beaucoup de choses.

Amazon.fr : Est-ce que c’est douloureux de couper ?

BEE: :Non, pas du tout. Quoique… si, une fois ! En fait, quand j’y pense, il y a eu deux coupures très douloureuses dans Suite(s) impériale(s) ! La première a été faite à la demande de mon éditeur : j’ai eu un désaccord avec lui à propos de la séquence à Palm Springs, vers la fin, avec le garçon et la fille. Il a trouvé que j’allais trop loin, que certains détails étaient trop grotesques et il m’a dit : « tu vas devoir les enlever parce que ça détourne l’attention du lecteur. Tu as fait passer ce que tu voulais dans cette scène, inutile d’en rajouter, là tu en fais trop alors, s’il te plait, allège-là de quelques détails. » C’est ce que j’ai fait et je le regrette. Mais j’avais eu une mauvaise semaine alors j’ai accepté
Et l’autre fois, c’est plus tôt dans le livre lorsque Clay emmène une actrice à déjeuner au restaurant. C’est un restaurant où je vais souvent à Los Angeles, qui s’appelle Luques mais que j’ai appelé Comsa. Au fond, il y a un mur argenté, et j’avais écrit cinq phrases qui décrivaient ce mur, j’en étais très fier, je trouvais que c’était superbement écrit, c’était de la pure poésie, cinq phrases splendides !… et puis j’ai réalisé que Clay n’aurait jamais remarqué ce mur. J’ai quand même essayé de les garder mais tout le propos de la scène porte sur le fait que son attention est concentrée sur cette actrice qu’il a envie de baiser et je me suis dit : « Il n’y a pas moyen que ce mur serve à quoi que ce soit, c’est juste toi qui frimes ou qui crois frimer, mais tu dois couper ça ! » Cela s’est produit souvent dans American Psycho : dans les notes que j’avais prises sur la perception réduite du narrateur, j’avais écrit « pas de métaphore » parce que Patrick Bateman ne voyait que la surface des choses. Enfin bref ! J’aime travailler avec la voix d’un narrateur mais dans certains cas, ça limite les possibilités. Pour que le narrateur sonne authentique, il faut que ses propos collent ensemble. Tous les narrateurs ne peuvent pas s’exprimer comme des profs de fac. Dans la plupart des romans américains, peu importe si le narrateur est une pauvre fille qui vit dans une cabane dans les bois ou un garagiste, tout le monde parle comme un prof de fac avec des accès lyriques sur le ciel et les champs.

Amazon.fr : Le fait que quelqu’un s’introduise dans l’appart de Clay en son absence, et que le concierge n’ait rien vu, il me semble, n’est pas vraiment expliqué. Est-ce que ne pas tout expliquer est un parti-pris esthétique ou est-ce de la flemme de votre part ?

BEE: (rire) Oui, c’est ça, j’ai la flemme, je m’en fous ! Oui, c’est vrai, j’ai oublié, quelqu’un est venu dans l’appartement ! Non, vous voyez, spécialement dans ce livre, il y a de nombreuses menaces qui planent, et je voulais rendre le bourdonnement continu de la peur, que l’on ne sache pas ce qui se passe, la paranoïa, le silence qui enveloppe chaque chose... Oui, je crois qu’il y a une explication logique. Quelqu’un est bien venu dans l’appartement, Clay n’a pas rêvé et je sais qui c’était !

Amazon.fr : Mais comment a-t-il fait ? Est-ce qu’il a payé le concierge ?

BEE: : Je ne sais pas. Mais Rip a dit qu’il connaissait quelqu’un dans l’immeuble et souvenez-vous que plus tard Clay revient chez lui et que Rip l’attend dans son canapé en buvant une téquila.

Amazon.fr : Dans Moins que zéro, le jeune Clay se remémore un jour où il a trouvé un paquet de Lucky Strike vide au bord de la piscine dans la résidence familiale, alors que personne ne fume de Lucky Strike chez lui. Est-ce que vous vous rappelez de ce paquet de cigarette ? Sa présence n’est pas élucidée. Quelle en était la signification ?

BEE: : Il s’agissait de suggérer que quelqu’un rôdait autour de la maison, quelqu’un de l’extérieur, je ne sais pas qui c’était, un cambrioleur, quelqu’un qui voulait du mal à la famille, une présence étrangère qui était sur le point de s’introduire dans cette famille.

Amazon.fr : Peut-on considérer que c’est le symbole inaugural du rapport paranoïaque que votre œuvre semble entretenir avec la réalité ?

BEE: : Oui, c’est vrai. Vous devez comprendre les premiers mots de Moins que zéro : « Les gens ont peur… »

Amazon.fr : Une autre phrase qui revient tout le temps dans votre œuvre est « Disparaître ici. » Pourquoi cette phrase est-elle si importante pour vous ?

BEE: : Je ne sais pas. Ecrire un livre est une démarche très émotionnelle, pas toujours logique. La logique n’est pas bonne pour les romans. Je pense qu’un livre est un rêve, composé de vos nombreux fantasmes. Cela ne doit pas forcément avoir du sens, c’est une forme de poésie, d’une certaine façon.

Amazon.fr : Mais ressentez-vous cette phrase comme un fantasme ou comme une crainte ? Est-ce quelque chose auquel vous aspirez ou que vous redoutez ?

BEE: : Je crois que le sens de cette phrase change d’un livre à l’autre. La signification est très différente dans Moins que zéro et dans Suite(s) impériale(s). Dans Moins que zéro, les implications sont plus culturelles, presque politiques, car Clay lit cette phrase sur une affiche publicitaire lumineuse qui éclaire la ville et Sunset Boulevard. Dans Suite(s) impériale(s), ces mots sont inscrits sur le miroir de sa salle de bain… vous savez, voilà pourquoi je ne peux pas expliquer pourquoi je fais ce que je fais parce que, souvent, ça a l’air idiot ! Habituellement, je ne réponds pas à ces questions mais pour vous j’ai fait une exception, c’est la fin de la journée, vous avez de la chance !

Amazon.fr : The Informers, d’après votre deuxième livre, Zombies, avec Kim Basinger et Mickey Rourke va bientôt sortir en DVD en France mais il n’était pas sorti en salle. On dit que vous n’avez pas aimé le film. Pourtant le casting était impressionnant avec Kim Basinger et Mickey Rourke.

BEE: Mais Mickey Rourke et Kim Basinger n’ont pas aimé le film non plus ! Et aussi beaucoup de gens qui ont participé au film ! Vous savez, il y a des centaines de choses qui ne marchent pas comme prévu quand vous faites un film et c’est toujours un miracle quand le film aboutit. Ce n’est pas un très mauvais film mais c’est brouillon, il y a de bonnes choses mais nous avions le projet de faire mieux. Le casting était très bon, il y avait Chris Isaak aussi, et le résultat, sans être désastreux, n’a pas été à la hauteur. Et à cause de ce casting prestigieux et parce que c’était d’après l’un de mes livres, le film a été éreinté par la critique. Ce n’était pas totalement injuste mis à l’arrivée, c’était un ratage qui ne manquait pas de panache.

Amazon.fr : Est-ce que vous avez une définition de la modernité ?

BEE: : Hmm… non, je n’en ai pas. Vous ne m’en voulez pas trop ?

Amazon.fr : Je vous demande cela parce que l’on vous considère comme un symbole de la modernité en littérature …

BEE: : Mais c’est vous qui m’avez collé cette étiquette ! Je ne me considère pas comme moderne.