Septembre 2010

WALL-EToute l'Actu du Livre



20.09.2010 Rentrée littéraire 2010 : la résistance française

Les têtes de pont
Si les Américains ont frappé fort en cette rentrée, les Français ne sont pas en reste. Trois poids lourds sont déjà lancés à pleine vitesse dans la course au Goncourt : Houellebecq, dans La Carte et le territoire, imagine son assassinat et nous fait assister à son enterrement. Amélie Nothomb, dans Une forme de vie, correspond avec un soldat américain obèse basé en Irak. Virginie Despentes, dans Apocalypse bébé, nous emmène à Barcelone avec la Hyène, détective lesbienne prête à écarter très virilement tous ceux qui lui barrent la route. Mais ces trois-là pourrait bien se faire doubler par Maylis de Kerangal qui nous parle des rêves des hommes et de granulométrie dans son très technique et très poétique Naissance d’un pont. Par une étrange coïncidence, Mathias Enard, également dans la sélection, raconte dans Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants comment Léonard de Vinci s’est rendu à Constantinople pour construire… un pont.
L’armée de l’air
Mais l’horizon de la vie littéraire française ne se limite pas au Goncourt. Hors sélection, on citera Le Siècle des nuages, rêverie aéronautique de Philippe Forest (en course pour le Renaudot, néanmoins) et CosmoZ du célèbre traducteur Claro, par ailleurs membre du fric-frac club, qui balade les personnages du Magicien d’Oz à travers ce long cauchemar que fut le XXe siècle.
La relève
Leurs noms sont peut-être moins connus mais ce sont les stars de demain. Après le tonitruant Journal intime d’un marchand de canons, Philippe Vasset nous propose Journal intime d’une prédatice, fable grinçante où une femme d’affaire visionnaire décide de spéculer sur la fonte du pôle Nord. Dans La Fortune de Sila, Fabrice Humbert poursuit son exploration de la violence en retraçant les destins croisés des clients d’un restaurant chic tous pris dans les filets de la mondialisation. Et pour terminer sur une note moins cynique (mais pas moins tragique), Elles vivaient d’espoir de Claudie Hunzinger nous offre une magnifique histoire (vraie) de femmes et de Résistance.

06.09.2010 Rentrée littéraire 2010 : le débarquement américain

L’artillerie lourde
En cette rentrée littéraire, les américains nous ont sorti l’artillerie lourde. Qu’on en juge : Bret Easton Ellis, l’auteur du mythique American Psycho, retrouve, vingt ans plus tard, les ignobles gosses de riches de Moins que zéro, son premier livre, et nous plonge, avec Suite(s) impériale(s), dans l’ambiance à la fois glaciale et étouffante d’un Los Angeles lynchien. Don DeLillo, dans Point Oméga, dresse un tombeau à l’Amérique de Bush partie s’enterrer en Irak et marie symboliquement Kiefer Sutherland avec Hitchcock dans une œuvre d’art contemporaine intitulée « 24h Psycho ». A Los Angeles encore, Thomas Pynchon nous propose avec Vice caché un polar hippie dopé au LSD où défilent des motards néonazis, des masseuses, des macs, et toute une galerie de fantômes loufoques sortis des 70’s. Quant à Jim Harrison, fidèle à son credo d’écrivain du grand ouest, il nous entraîne au fin fond du Montana pour suivre le destin grandiose de trois rebelles dans Les Jeux de la nuit.

L’armée des morts
Mais ces quatre cavaliers de l’Apocalypse ne sont pas venus seuls. Une armée des morts les accompagne. On a vu cet été le Sur la route de Kerouac (1922-1969) ressortir dans sa version originale, inédite, non censurée, non remaniée, plus crue, plus sèche, plus vraie. Même traitement pour le fameux recueil de nouvelles de Raymond Carver (1938-1988), Parlez-moi d’amour,mutilé à sa sortie en 1981 par l’éditeur mais qui nous revient restauré dans une version non amputée, affublé d’un nouveau titre : Débutants. Autre recueil de nouvelles posthume : La Fille aux cheveux étranges du regretté David Foster Wallace (1962-2008) pour ceux qui ont aimé la drôlatique Fonction du balai. On lira du même auteur la stimulante et paradoxale (pour un suicidé) leçon de vie donnée dans C’est de l’eau retranscription d’une brève allocution qui, elle aussi, vient de sortir. Les morts sont décidément très prolifiques. Les Américains sont décidément très inspirés.