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« J'écris ce livre pour ne pas abonder dans mon sens », cette phrase que le lecteur découvre abasourdi après avoir dévoré un bon tiers du livre d'Emmanuel Carrère est sans doute celle qui peut, en quelque sorte, résumer le mieux l'esprit dans lequel a été écrit « Le Royaume », par un ancien chrétien, plus que jamais intéressé par l'étude du message évangélique.

Essai, roman, enquête ? A la fin des 630 pages de ce livre magnifiquement construit et écrit, c'est du côté du roman que leur lecture me fait pencher. Roman autobiographique d'Emmanuel Carrère, roman historique sur Saint Luc, roman sur l'aventure du premier siècle du Christianisme et sur sa postérité contemporaine, et plus encore roman sur la porte si étroite par laquelle les hommes peuvent envisager d'accéder au Royaume : « ...et il te conduira là où tu ne voulais pas aller ».

Sur le fond, l'ouvrage de Carrère énervera à tour de rôle croyants et non croyants, tout autant qu'il les ravira quelques pages plus loin. In fine il fascinera par sa sincérité évidente, son aspiration ardente à la fidélité et sa révérence à ce qui est amour. Il ne s'agit pas d'un plaidoyer, ni d'une thèse. L'auteur, dans son introspection et son enquête, décortique sans jamais désenchanter, démythifie sans blesser, affirme ou informe avec toutes les précautions qu'inspire une parfaite honnêteté intellectuelle. Il parle aussi tendrement de ceux - marraine, amis, femmes ou personnes recentrées fortuitement - qui l'on accompagner dans son Odyssée (une autre des références préférées de Carrère, avec le Bouddhisme).

L'auteur illustre son propos par de nombreuses comparaisons savoureuses et drôles, bien que peut-être un peu trop souvent inspirée par l'histoire du communisme, qui rendent son texte percutant et imagé. Il apparaît aussi que Carrère admire d'autant plus Saint Luc qu'il semble le comprendre au point de pouvoir, en toute liberté et humilité, imaginer ce qu'il ne sait pas de lui, puis s'identifier à lui. Et c'est là que « Le Royaume » devient particulièrement attachant, en naviguant entre deux enquêtes, celle sur Luc pour rédiger son Evangile qui permet par ricochet de décrypter celle de la genèse du « Royaume » par Carrère lui-même. La question n'est pourtant pas de savoir si Carrère à raison ou pas lorsqu'il attribue la Lettre de Jacques à Saint Luc ou lorsque sa recherche le conduit, après bien d'autres, jusqu'à la fameuse source Q, les 250 versets qui, lorsqu'on les lit, résonnent littéralement du son de la voix de Jésus, de son phrasé si particulier et de ses enseignements sans équivalent. Ce qui compte ce sont les raisons pour lesquelles il emprunte ce chemin et dans quel but.

En restituant parfaitement ce que l'on peut savoir du Ier siècle apr. J.-C., au travers de ses héros, mais aussi par l'intermédiaire d'auteurs latins comme Martial, juifs comme Flavius Josèphe et grecs, l'auteur donne une dimension particulièrement vivante à son texte. On s'y croirait et c'est là l'effet d'une écriture savamment élaborée. L'ordonnancement du livre et de son « scénario » impressionne par sa maturité, pour aboutir dans l'épilogue à une remarquable simplicité. « Le Royaume » parvient à rester de ce point de vue la vision d'un homme, l'émanation de sa perception des choses, puisée dans l'observation d'un simple sourire comme dans la consultation des livres d'une bibliothèque trop pleine de textes érudits. Entre ces deux sources, l'auteur semble finalement avoir fait son choix, paradoxal mais logique. Toute enquête sur un autre est avant tout une quête de soi-même.
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le 13 janvier 2015
Indiscutablement une réussite. Carrère mène l'enquête sur les débuts du christianisme, la rupture avec le judaïsme, les pérégrinations de Paul, la rédaction de l'Evangile de Luc, les démêlés avec Rome, etc... On apprend, ou ré-apprend, un tas de choses.
Mais c'est aussi une enquête sur lui-même, sur son rapport à la foi, sur ce que veut dire être chrétien aujourd'hui; cet examen, il le mène avec sincérité, humour, respect des ambiguïtés et de la complexité, à la fois des choses et de ses propres sentiments.
Tout juste ai-je été un peu agacé par un certain nombrilisme et contentement de soi qui, parfois, affleure; on voit bien que Carrère est intelligent, pourquoi éprouve-t-il le besoin de nous le dire 5 ou 6 fois dans le livre?
11 commentaire|6 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 8 août 2015
J'ai fui "Le Royaume" il y a un an, lorsqu'il est sorti, effrayée par le tapage médiatique qui l'entourait. Un livre qui sortait avec autant de moyens marketing, qui en étant publié en septembre se mettait d'office en lice pour tous les prix de la rentrée littéraire, risquait d'être un énième essai laissant le même souvenir qu'une mauvaise glace : un goût agréable pendant une demi-seconde aussitôt oublié par le manque de consistance du produit.
Et puis je me suis lancée dans sa lecture, un an plus tard, titillée par ceux qui m'en parlaient comme d'un chef-d'oeuvre, par son exclusion du Goncourt mais ses nombreux prix ailleurs, et par ceux qui n'avaient pas réussi à accrocher.
Car difficile de faire moins accrocheur que Le Royaume. Le thème est abscons : qui, sinon quelques exégètes, s'intéresse au destin de la poignée d'évangélistes qui ont écrit le Nouveau Testament au premier siècle, dans la foulée de la mort du prophète Jésus ? Le catholicisme n'a pas bonne presse, ou plutôt les cathos, qui sont forcément ultra-conservateurs, anti-progressistes, racistes, homophobes et chez qui les femmes portent des serre-têtes.
Et en même temps difficile de faire plus ambitieux : s'interroger sur ce qui fait que, deux mille ans après, un quart de la population mondiale adule toujours un homme qui pourtant n'a vécu que trente-trois ans, comprendre ce qui a généré au cours des siècles les plus belles œuvres d'art, les plus beaux actes d'amour et les pires actes barbares, s'imprégner des centaines d'ouvrages qui s'y sont essayé au cours des deux cents dernières années, c'est sans doute l'œuvre d'une vie ; Emmanuel Carrère dit y travailler depuis des décennies.
La marque de fabrique d'Emmanuel Carrère, c'est aussi de beaucoup parler d'Emmanuel Carrère. Exhibitionniste, il assume avec candeur et honnêteté intellectuelle chacune de ses propres interrogations qu'il entrelace avec les histoires de Paul, de Luc, de Sénèque et de tous les hommes et femmes qui ont marqué le premier siècle de notre histoire. Chacun de ses livres ne fait que poursuivre le travail d'analyse qu'il a cessé de faire chez son psychothérapeute qui ne parvenait pas à soigner sa névrose. Gageons que quelques centaines de milliers de lecteurs y parviendront un jour.
Ce livre est l'œuvre d'un homme ambitieux qui doute et qui le dit sans le moindre faux-semblant : de sa place sur terre, de sa place en tant qu'écrivain, de sa foi.
Même s'il affirme qu'il ne croit plus, Emmanuel Carrère décrit une quête inassouvie en tant que Chrétien, assène qu'il a fait le tour de la question et soulève pourtant à chaque page des interrogations qui prouvent que son questionnement n'est pas fini - et ne le sera sans doute jamais.
Finalement, c'est un livre très singulier et tout à fait fascinant, servi par une érudition sans faille. Le Royaume ne suit pas une trame linéaire, Emmanuel Carrère nous fait faire tours et détours d'un récit qui oscille au gré de ses divagations entre l'auteur et son sujet. Ce n'est pas une, deux, mais des centaines d'histoires que nous raconte Emmanuel Carrère avec une capacité inégalée à la vulgarisation historique, théologique et philosophique. Un énorme coup de cœur pour un "page-turner" très inattendu.
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le 3 août 2015
-Ce que j'ai aimé : on passe un moment agréable en lisant ce livre, surtout la 1ère partie autobiographique, dont certains passages sont franchement hilarants. E. Carrère a de l'humour, c'est certain.
-Ce que je n'ai pas aimé : plein de choses hélas. D'abord le livre n'est pas construit, c'est comme de l'eau qui coule ; je n'ai pas réussi à lire intégralement la partie "essai sur le christianisme", parce qu' elle est en rupture avec ce qui précède, ce qui produit une gêne à la lecture, et aussi parce qu'elle ne m'apprenait rien historiquement (je ne suis pas spécialiste pourtant, j'ai seulement vu le CD de 30 h. sur les Origines du christianisme de Prieur et Mordillat, auquel Carrère fait référence d'ailleurs). Il y a rupture de construction car soudain on ne sait plus qui parle, et d'où ça parle ; un théologien du CD pourrait dire la même chose, ou un historien quelconque. Carrère se mue en gentil professeur, c'est sympa sans plus.
Ensuite, le livre dans sa meilleure partie (autobiographique) manque de profondeur, je trouve. Le problème est que E. Carrère n'arrive pas à se considérer autrement que comme "typique socialement", une sorte d'échantillon, un exemple parmi d'autres. Il ne se demande jamais ce qui, dans son histoire personnelle, dans son enfance, explique qu'il se soit jeté à corps perdu vers 20 ans dans des croyances que par la suite il jugera absurdes. Une exception : la parole de l'analyste qui lui fait prendre conscience que son recours au Père est peut-être un effet "collatéral" de l'analyse. C'est tout. Or il me paraît évident que la relation que notre père a établie avec nous, par exemple, est pour qqchose dans la représentation que nous avons du Père. De cela il n'est jamais question, E. Carrère reste vraiment à la surface.
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500 PREMIERS RÉVISEURSle 11 septembre 2014
Ce livre porte sur les premières cinquante années du christianisme. Emmanuel Carrère a réalisé une passionnante enquête sur les premiers disciples du Christ, notamment sur les quatre évangélistes et les groupes qu'ils ont formés. Ou comment le message du Christ est retraduit, mis en forme, diffusé dans les premières communautés autour de la Méditerranée. On assiste aux différentes stratégies de recrutement des premiers disciples, les rivalités et les alliances, les péripéties de ces grands voyageurs que sont les évangélistes, tout est décrit dans les moindres détails. Souvent, Carrère imagine comment cela aurait pu se passer, faute de documents ou de documents assez précis, mais quand il invente il a l'honnêteté de le dire. Avec toujours des comparaisons avec des évènements ou des acteurs de l'époque contemporaine (Ben Laden, Lénine, Trotski, Staline) qui, tout en évitant les anachronismes, permettent de faire comprendre ces évènements vieux de 20 siècles mais qui ont contribué à façonner notre Histoire. Certes, des livres plus compétents, plus érudits, ont été écrits sur le sujet. J'ai essayé d'en lire l'un ou l'autre, mais ces ouvrages me sont tombés de la main après quelques pages. Ce gros livre-ci, je l'ai dévoré du début à la fin. Une évocation extraordinaire de ce qu'a pu être l'ambiance et la vie de l'époque, on croirait y être.
Mais avant ça nous avons droit au compte rendu de la conversion et des trois années de christianisme d'Emmanuel Carrère lui-même, dont il fait une analyse assez fascinante. Surtout qu'il a rempli à l'époque une vingtaine de cahiers de commentaires de la bible, conservés dans une armoire, et qui lui permettent de passer en revue ces années à partir du matériel d'époque. Le ton est distancié et quelque peu étonné : il découvre la volonté de "croire" à tout prix, en excluant même les racines de sa foi de la psychanalyse qu'il entreprend, la conviction que c'est le caractère contre-intuitif de ses croyances qui est l'indice de leur vérité, les pratiques religieuses assidues comme bouée de sauvetage face à la dépression. Mais c'est la réduction de la spiritualité à des croyances, si répandue dans le monde chrétien, qui caractérise surtout cette période de sa vie. Et les pratiques inspirées du bouddhisme et de l'hindouisme comme la méditation et le yoga qui l'amènent à une certaine réconciliation avec ce qu'a été l'aspiration de cette époque.
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le 29 août 2014
Que dire du "Royaume"? C'est un livre riche, très riche (un "péplum" comme son auteur le décrit lui-même). Beaucoup d'informations pour le moins variées, sur des thèmes parfois franchement opposés.
Alors c'est l'histoire du début du christianisme, quand Jésus est mort puis ressuscité, mais finalement plus là, et que ce sont ses disciples, ou même des gens qui ne l'ont pas connu de son vivant (Paul notamment) qui prêchent en son nom et établissent des églises un peu partout autour de la Méditerranée. Mais ce n'est pas que ça, c'est même loin d'être aussi simple.
C'est aussi une confidence sur ces quelques années durant lesquelles Emmanuel Carrère a cru. Il a été chrétien, il a passé des matinées à commenter dans des cahiers les Évangiles, il a fait baptiser son fils, et il s'est intéressé de manière approfondie aux mystères de chrétienté. Et en fait, ce livre vient de là, de cette période d'il y a vingt ans, qu'il avait préféré enfouir et oublier.
Mais c'est encore plus que ça, puisqu'Emmanuel Carrère n'est plus croyant aujourd'hui, et qu'il expose clairement dans son livre que sa démarche est avant tout celle d'un enquêteur soucieux de rétablir la vérité historique, plutôt que celle d'un croyant cherchant à convertir ses lecteurs. Il s'appuie notamment sur la démarche d'Ernest Renan et sa "Vie de Jésus" dans laquelle il essaye de rendre compte, en toute objectivité, de la Vie de Jésus de Nazareth, en tant qu'homme plutôt qu'en tant que Messie. Ici finalement, c'est pareil, Emmanuel Carrère nous restitue les péripéthies de Luc, auteur d'un des quatre Evangiles qui sont la base même de la chrétienté, depuis sa rencontre avec Paul, jusqu'à sa décision de prendre la plume pour raconter tout ça, Jésus, le Temple de Jérusalem, la guerre de clans entre les premiers chrétiens, la propagation jusqu'à Rome, la traque organisée par Néron après l'incendie, le massacre des chrétiens puis des juifs, bref tout ce qu'on connait peu et mal, et qui finalement a permis à cette aberrante histoire de résurrection de devenir la religion la plus pratiquée dans le monde pendant des siècles et de perdurer aujourd'hui encore.
Mais tout cela ne vous donne pas mon avis sur le livre. Et là aussi c'est compliqué.
D'une manière générale, j'ai aimé ce livre, plus spécifiquement, j'ai préféré certains passages à d'autres. Emmanuel Carrère nous époustoufle par sa connaissance des textes bibliques, mais aussi des ouvrages qui gravitent autour de ces textes, et qui servent aussi de base à son roman. Il nous touche par la confiance qu'il nous accorde en nous dévoilant cette partie étrange de sa vie où il s'est mis à croire de manière compulsive en Dieu. Il nous fait réfléchir aussi, on nous présentant la vérité historique, et ses propres hypothèses, en nous montrant que notre monde est tel qu'il est aujourd'hui grâce (ou à cause) d'infimes détails, petits moments de l'histoire où tout aurait pu être interprété différemment, relaté différemment, où certaines actions auraient pu se dérouler d'une autre manière. Pourquoi a-t-on fait circuler le bruit d'une résurrection après avoir retrouvé le tombeau de Jésus vide? Et si les Romains avaient fait disparaitre le corps justement pour empêcher le développement d'un culte autour de cet homme, mort d'une manière atroce, condamné par Ponce Pilate, probablement sous l'influence du tribunal juif d'Israël? Tout reste bien sûr à l'état d'hypothèse, mais tout de même, ça fait réfléchir.
Mais par ailleurs, Emmanuel Carrère trouve un juste milieu, comme dans ses livres précédents, entre le récit informatif et l'autobiographie. Et finalement le mélange des deux est vraiment passionnant, puisqu'on retrouve dans ce récit d'une autre époque, d'un autre âge des références toutes contemporaines (notamment le parallèle entre la secte juive de l'époque et le Politburo soviétique). Et aussi parce qu'on assiste, au cours de ces 630 pages, à la progressive transformation de l'auteur, qui parvient finalement à être en accord avec cette période de sa vie où il a été si différent de lui-même et si versé dans la religion. Et c'est ça que j'ai finalement trouvé le plus beau, au-delà des considérations historiques, et des questionnements philosophiques et théologiques.
Un nouvel ouvrage de Carrère qui ne déçoit pas.
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le 26 janvier 2015
Et voilà, il fallait que ça arrive. C'était un dimanche à la gare de Lyon, j'avais oublié de prendre mon exemplaire du Loup des steppes d'Herman Hesse, et j'ai cédé dans un Relais pour un livre "contemporain" contre toutes mes préventions (à l'exception notable de Houellebecq). Bien mal m'en a pris. Ceci est aussi ma première critique, car devant les écrits dithyrambiques et les "prix" décernés par la presse, il est grand temps de crier à l'imposture, pour ton profit lecteur.

Résumons le problème que les critiques négatives ont très justement mis en évidence :

- Les points négatifs:

1/ Absence TOTALE de style (ça n'est même pas mal écrit, pas écrit du tout). Un internaute a très justement noté: "sujet, verbe, complément". Pas mieux.
2/ Ouvrage d'un égocentrisme difficilement supportable. Et d'une fatuité plus indigeste encore. Effectivement, "sujet, verbe, complément", et le "sujet", c'est "JE". L'auteur évoque sa remarquable intelligence (sic), son "amitié avec Luc Ferry" (d'où des passages d'un comique involontaire), et égrène divers jugements de valeur sur sa tante (qui a mal fini parce qu'au soir de sa vie, cette "mystique" avait des pressentiments apocalyptiques), et sur d'autres personnages comme si l'auteur était le détenteur de la vérité absolue...
3/ Et tout naturellement, cet alpha et oméga n'a pas trouvé Dieu en lui. Sans doute parce qu'il n'y avait pas de place pour autre chose que "me, myself and I".
4/ L'ouvrage évoque, parfois lourdement, un certain nombre de récits "avortés" de l'auteur, et si la technique est parfois assez bien maîtrisée dans la dimension anecdotique (talent de scénariste?), le lecteur finit par avoir la triste impression qu'on lui sert des restes réchauffés... et peu digestes.

NOTE: ce commentaire ne concerne que le premier quart de l'ouvrage, je n'ai pas pu aller plus avant. Le masochisme a ses limites.

Le point positif:
En plus de ces quelques anecdotes qui font sourire, la culture certaine de l'auteur - qui vire le plus souvent à la cuistrerie la plus éhontée - lui permet quelques références intéressantes pour qui les ignore. Dommage qu'une nouvelle fois, ces dernières soient "survendues".

En conclusion:

Un ouvrage qui, en plus de susciter en général un ennui profond, irrite souvent sans dessein. Son auteur, pratiquant assidu de yoga, selon ses dires, m'a fait penser à ces Occidentaux rencontrés en Inde, qui à la manière du presque homonyme Carrière, cherchent à masquer des oripeaux avantageux de la spiritualité orientale leur narcissisme féroce et leur matérialisme forcené (l'épisode du mariage en Egypte témoigne d'un égoïsme glaçant).

Je me suis laissé entraîner à cet achat par les louanges de Houellebecq. Sans doute une autre perversité de l'auteur de Soumission dont la fiction que je recommande ici aux usagers, est l'oeuvre mineure d'un auteur en l'occurrence un peu fumiste, mais bien au-dessus à tous les niveaux de cette pathétique et besogneuse compilation d'"états d'âme".

Le Deuv
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le 31 juillet 2015
J'ai adoré ce bouquin que je viens juste de terminer et l e premier que je lis de Carrère dont j'ignorais qu'il avait tout ce talent.
Quel décapage! Enfin une histoire tonique des Actes des Apôtres et Epîtres que j'ai fréquentées avec ennui en tant qu'enfant élevée dans le plus pur catholicisme traditionnel qui dans les années 50 rabâchait sans y croire un message usé jusqu'à la corde puis plus tard en préparant l'Agrégation d'Histoire dans la fréquentation de Tacite et Flavius Josèphe mais sans parvenir à en dégager un message cohérent...
J'aime beaucoup les découvertes et j'ai pris plaisir à sentir que Carrère -en plus du travail considérable que représente la rédaction d'un tel bouquin- avait du jubiler plus d'une fois en l'écrivant !
A défaut de LA VERITE , c'est captivant!
Bravo au scénariste et bravo à l'écrivain!
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le 15 novembre 2015
Cet ouvrage est merveilleusement bien écrit. Emmanuel Carrère analyse l'histoire des débuts du christianisme, avec comme point d'entrée l'histoire de l'évangéliste Luc, et dans une moindre mesure celle de Paul.
La talent de pédagogue d'Emmanuel Carrère est remarquable. Il mêle une information abondante et issue de recherches fouillées sur la Bible, avec une réflexion sur sa condition d'ex-croyant et sur sa vie d'écrivain. Tout ceci crée une proximité avec le lecteur et permet de captiver son attention. Le procédé des parallèles avec des exemples d'actualité est aussi très efficace, il permet de mieux comprendre les réactions des contemporains de Jésus à son message, alors même qu'aujourd'hui nous baignons tellement dans cette religion (croyant ou non) que ce qui était subversif à une époque nous paraît évident.
Pour l'agnostique que je suis, il est intéressant de lire les différents textes qui composent la Bible avec une dimension politique et historique. Il y avait des jeux de pouvoir et des conflits de personnes entre les différents successeurs de Jésus, et les textes ont été écrits par ces personnes avec une finalité bien précise (se défendre, s'opposer, convaincre, s'en prendre à quelqu'un d'autre...). Dans ce contexte, considérer la Bible comme un texte sacré est une croyance qu'on ne peut que tolérer mais qui apparaît quand même comme assez artificielle...
Je suis attachée à l'idée que le discours de Jésus est complexe à comprendre, et cette perspective non-croyante nous aide à mieux le connaître sans verser dans la facilité d'une description trop démonstrative, des parts d'ombre demeurent afin que chacun puisse se l'approprier et mener sa propre réflexion.
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1000 PREMIERS RÉVISEURSle 1 septembre 2014
Le Royaume, bien sûr ... "Je te donnerai les clés du royaume des cieux" dit Jésus à Pierre dans l'évangile selon saint Matthieu. Celui qui ne connaît rien à la Bible, les Évangiles, saint Paul, les Juifs, Néron, saint Luc, la Source recueil des paroles de Jésus, et la résurrection aura un peu de mal à suivre au début, et ressortira de sa lecture beaucoup plus savant. Celui qui sait tout (par exemple un lecteur de la Vie de Jésus d'Ernest Renan (excellente édition gratuite pour le Kindle, ne vous en privez pas) se sentira un peu ébranlé dans sa certitude d'avoir compris. Celui qui aime la bonne littérature sera comblé. Le roman est construit par un professionnel: c'est la vie d'un écrivain (les jours ordinaires artisan en scénarios de feuilletons télévisés et autres ouvrages, mais pour qui seul un vrai livre est un travail noble) pendant qu'il écrit sur saint Paul, Luc, Pierre, et quelques autres qui croient que Jésus est ressuscité et construisent cette communauté humaine qui sera un jour l'Église catholique. Le lecteur devra être attentif à chaque phrase pour savoir à quel étage du discours il est: l'Histoire telle qu'on peut la tirer des textes, le roman des héros des origines du christianisme que l'écrivain est en train d'assembler avec son imagination, les pensées et souvenirs et projets de l'écrivain en train de travailler, qui a une femme, des amis, une santé physique et morale. Circonstance aggravante: un des héros du livre est lui aussi un écrivain en train d'écrire un roman à thèse (l'évangile selon saint Luc) après avoir terminé un honnête récit de ses années avec Paul, autre héros (les Actes des apôtres).

Pour le roman des temps évangéliques, Emmanuel Carrère n'est pas le premier, c'est un genre honoré (quand ça s'adresse aux enfants ça s'appelle l'Histoire sainte) et il ne prétend pas faire du neuf; et il réussit, l'histoire tient le lecteur jusqu'au bout. Pour l'étude de ce qu'on sait par les documents historiques, il ne prétend pas remplacer Renan (à qui il rend hommage et qu'il utilise comme s'il était dans son métier de scénariste); il se risque quand même à l'exégèse et démonte le travail d'illusion d'un confrère. Pour le roman de sa propre vie, il se peint en héros moderne tout à fait acceptable, qui cru en Dieu mais ne croit plus, qui essaie d'être bon époux, bon père et bon ami, à qui l'âge a apporté non pas la sérénité, mais l'acceptation de son sort pas si mauvais. Il n'y a pas de doute, il s'aime et voudrait que nous l'aimions; c'est agaçant par moment mais tellement meilleur pour l'âme du lecteur que s'il se plantait devant lui en déchet de l'humanité. Et les "vrais gens" du roman (son ami Hervé qui écrit sur le bouddhisme, son médecin, son épouse, la baby-sitter dingue, son agent, sa marraine, le père Xavier qui lui a prescrit d'écrire chaque jour sur un verset d'Évangile), on aimerait les rencontrer.

Mise en garde: ce n'est pas un ouvrage universitaire, c'est un roman. La "Vie de Jésus" de Renan est entourée d'un nuage de notes; la moindre affirmation renvoie aux textes originaux, aux historiens, aux exégètes qui ont travaillé avant, à la parole de ceux qui sont d'un autre avis. Emmanuel Carrère pourra être pris en flagrant délit de citation illusoire, de reconstruction hasardeuse et de pure imagination. Il prévient le lecteur, mais quelques pages plus loin le lecteur a oublié. Le lecteur sérieux (que je ne suis pas) devrait avoir à côté de lui un Nouveau Testament (plusieurs traductions de préférence) et une Bible annotée (la TOB, version Kindle disponible, moins cher que "Le Royaume"). Le lecteur de bonne volonté se contentera de lire avec attention. Non ce n'est pas un roman de plage, c'est un monde (le Royaume) dont on ne fait pas le tour en une fois. Je vais commencer à le lire une deuxième fois.
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