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59 internautes sur 67 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Un grand livre - tout de même, 7 février 2008
La sortie en poche des Bienveillantes, 18 mois après le coup de tonnerre de la première publication, offre l'occasion de juger plus sereinement le Goncourt 2006 dont la réception a été largement polluée par des débats somme toute annexes (Littel et son agent, Littel et les prix, Littel et la langue française...) mais rendus inévitables par le succès proprement incroyable du livre, qui en a fait l'objet d'une querelle littéraire (elles sont si rares qu'on peut s'en réjouir), puis un « sujet de société ».
Comme plus personne ne l'ignore, les Bienveillantes dépeint l'odyssée de l'improbable Maximilian Aue, nazi homosexuel, matricide, incestueux et néanmoins cultivé - il est aussi, entre autres qualités, à moitié français et en proie à de graves problèmes intestinaux. Acteur de la campagne d'Ukraine au sein des Einsatzgruppe, il suit l'avancée allemande jusqu'en Crimée puis à Stalingrad, avant, ayant été blessé, de servir d'officier de liaison entre la SS (et les camps de la mort) et Albert Speer (et l'appareil économique) puis de subir la débâcle finale.
Les critiques innombrables faites au roman ont parfois frappé juste : le personnage central est totalement improbable du fait de ses tares innombrables comme de ses traits contradictoires ; les descriptions de ses perversions sont fréquemment complaisantes ; l'onirisme (voulu par la structure mythique adaptée d'Eschyle) tombe fréquemment à plat (par exemple dans l'assommant chapitre « Air » sur la retraite poméranienne de Aue). D'autres ne me semblent pas devoir être retenues : non, le style n'est pas plat ou maladroit et c'est bien la preuve d'un réel talent de romancier que de dépeindre aussi admirablement les paysages et les ambiances des contrées traversées comme les états d'âme collectifs des combattants. Et que de personnages remarquables ! Il n'est pas donné à tout le monde de créer des types comme le beau-frère Von Uxküll, artiste ostracisé et néanmoins antisémite fanatique (sauf en matière de musique - admirable, sa déclaration d'amour pour Schönberg !), l'ami Thomas, nazi zélé et viveur, le monstrueux Dr Mandelbrot. Non, la lecture n'est pas rendue malaisée par l'abondance de termes allemands, les longs développements sur les rivalités bureaucratiques au sein de l'Etat nazi et plus généralement la documentation prodigieuse rassemblée par Littel, car c'est bien cet effort de réalisme qui donne finalement tout son prix au roman. Non, enfin, le personnage principal n'écrase pas le lecteur sous ses fautes : c'est peu dire que le narrateur nous tient à bonne distance (ce qui est admirablement explicité dans le brillant chapitre introductif).
Cet énorme roman charrie donc perles et maladresses, passages admirables (la rencontre avec le bolchévik, l'explication par Mandelbrot de l'opposition entre Juifs qui veulent devenir des Allemands policés et économes et Allemands qui veulent devenir comme les Juifs antiques, mais soumis à un Dieu völkisch...) et ratés, voire ridicules (le nez d'Hitler, ici proposé dans une version différente de celle de la première édition - on n'y gagne pas). Il lui manque la rigueur des classiques et le brio des génies pour prétendre au titre de chef d'oeuvre dont on l'a abusivement qualifié. Ceci dit, au regard de l'état actuel de la littérature française, c'est évidemment un OVNI à lire toutes affaires cessantes.
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42 internautes sur 51 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
l'évènement de la rentrée?, 19 octobre 2006
Voilà une somme, parfois ardue à suivre, mais qui tient la distance. Difficile et dérangeant de s'imaginer dans la peau d'un bourreau, surtout s'il est un homme "ordinaire", cultivé, probablement intelligent, avec ses amours, ses haines et également ses perversions.
De tout le roman, car c'est avant tout un roman - très bien documenté, Littell a du passer beaucoup de temps dans les écrits des historiens, les minutes des procès de l'après guerre et les cartes d'état-majors - je reste frappé par le rationnalisme morbide qui se dégage de la narration. le "héros" se décrit avec une distance impressionnante, une véritable analyse déviante et désincarnée, sans sentiments pour ses victimes ni vraiment pour ses proches et amis. Il semble vouloir nous pousser à nous demander si, en en de mêmes circonstances, nous aurions été, nous aussi, identique à cet homme.
C'est peut être la description actuelle la plus réussie de ce que l'homme peut avoir de monstrueux en lui. Je ne connais de comparable dans cette analyse que le livre de Robert Merle "la mort est mon métier" qui se base sur le vie de Rudolf Hoess, le concepteur et chef du camp d'Auschwitz.
Cela dit, ce roman ne doit pas constituer la seule référence dans ce domaine. Ce serait réducteur et malsain. Je vous invite à lire Primo Levi, Raul Hilberg, Léon Poliakov qui font oeuvre d'historien et de témoignage dans ce domaine. Bref, c'est un livre qui invite à la réflexion et c'est en cela qu'il est le plus réussi.
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34 internautes sur 42 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Glauque et fascinant, 24 octobre 2006
On a beaucoup critiqué, que ce soit positivement ou pas, l'oeuvre de Jonathan Littell. Signe que le livre est un succès, finalement, puisqu'il déclenche des passions. Le "pour" ou "contre" n'ayant finalement que peut d'importance, tous s'accordent à dire "ce livre est un évènement".
Malgré quelques lourdeurs dûes principalement à l'utilisation permanente de l'allemand pour les sigles, les grades, les ministères, les tactiques ; mais également à des digressions psychiatriques souvent très lourdes et indigestes, voire trop poussées ; le livre reste une merveille littéraire.
L'Histoire nous touche tous, ne serait-ce que par sa proximité palpable, et pour l'inconscient collectif. L'Histoire nous fascine, cette histoire vue de l'intérieur, les évènements vus d'une façon à laquelle on avait jamais vraiment songé, avec un regard et une idélogie toute autre. Rien ne rend la chose glorieuse, mais on ne comprend que mieux l'idéologie nationale-socialiste du siècle passé.
Jonathan Littell signe ici une oeuvre de fiction merveilleuse, un roman sur l'Homme et sur l'Histoire comme je n'en avais pas encore lu. J'ai été totalement captivé par ce texte, ressentant une étrange nostalgie lorsqu'enfin, le souffle court, je le referme après presque 3 semaines de lectures, 900 pages plus loin.
Un livre à lire absolument. Qu'on aime, ou pas.
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