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17 internautes sur 24 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Un paillon littéraire pour un joyau philosophique., 23 juillet 2004
Jolie prestation que nous offre Nietzsche dans cet ouvrage. Effrayé à première vue, comme nombre d'entre nous "n'est-ce pas mes amis?", devant ce "monstre froid" que l'on décrit je me suis finalement décidé à "lire du Nietzsche" comme disent les esclaves... Et je fus loin d'être déçu.Cet ouvrage est assez léger à lire, contrairement à ce que l'on peut imaginer : M. Nietzsche écrit de manière exquise, à telle enseigne que même la traduction française réussit encore à nous captiver par son style alerte. Sa pensée est claire, presque dialectique et dans tous les cas facilement abordable avec un minimum de formation (ou d'intérêt) philosophique. Entendu qu'on ne saisit nullement ni la profondeur de sa pensée ni ses nombreuses "piques" adressées au "grand Chinois de Königsberg", sans un socle philosophique solide. Ses aphorismes restent obscurs, presque ternes à vrai dire sans celui-ci. Lisez plutôt "Qu'est-ce que l'aristocratie?" pour être convaincu de son talent, de sa lucidité et surtout de son avancée sur son temps : car Nietzsche prévoyait déjà la décadence, la démocratie, le "dernier homme", les guerres en Europe ("le temps de l'ancienne politique est terminé en Europe", écrit-il dans "Nous, les savants") et surtout le malaise futur de l'exécrable "on" amorphe de nos sociétés contemporaines. Vous aurez sans doute beaucoup de plaisir à lire cet ouvrage, et plus encore à vous initier par là à la pensée de Nietzsche. Vous en prendrez encore plus si, vous aussi, vous vous réveillez finalement aristocrate.
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11 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
S'il ne devait en rester qu'un..., 6 mars 2003
"Par delà le bien et le mal" reste à mon avis la meilleure oeuvre de Nietzsche. Se situant à la croisée de deux périodes de la vie du philosophe, entre les premiers émois d'"Aurore" au "Gai Savoir" - qui ne sont que des étapes d'une maturation, sans compter Zarathoustra et ses envolées sous-messianiques - et l'effondrement final qui engendra les dernières oeuvres génialement cyniques mais lourdes à digérer, cette oeuvre semble marquer l'apothéose de la méthode nietzschéenne. Le psychologue a atteint son point d'orgue, le visionnaire a raffermi ses vues, les douleurs et les désillusion sont passées ; ne reste que la lucidité froide et impartiale qui fait de ce "Par-delà le bien et le mal" le coup d'oeil le plus lucide qu'un philosophe ait jamais jété sur l'Homme et ses tristes dérives. Incoutournable.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5
Un homme en colère, 22 novembre 2008
"La morale est une longue falsification hardie grâce à laquelle il devient possible de manière générale de jouir du spectacle de l'âme". Jolie définition du problème pour commencer. L'animal étant touffu, j'ai pris la liberté de le découper en 3 parties.
Ce qu'on y trouve :
- une critique des philosophies - et des philosophes - ayant précédé notre ami Nietzsche
"A supposer que la vérité soit femme, eh bien, n'est-on pas en droit de nourrir le soupçon que tous les philosophes, pour être dogmatiques, ne comprenaient pas grand chose aux femmes ?" [Nietzsche est d'ailleurs sans doute bien placé pour en parler]
- des observations brillantes
"Dans toutes les âmes, un nombre égal d'expériences fréquemment récurrentes a pris le dessus sur celles qui reviennent plus rarement : sur la base de celles-là, on se comprend vite, et toujours plus vite - l'histoire de la langue est l'histoire d'un processus d'abréviation."
- de l'humour caustique
"Qui a une fois ressenti de manière radicale à quel point cette proposition [neminem laede immo omnes, quantum potes, juva]est fausse à force de platitude sentimentale dans un monde dont l'essentiel est volonté de puissance, admettra volontiers qu'on lui rappelle que Schopenhauer, tout pessimiste qu'il était, jouait *véritablement* - de la flutte."
- un peu de mépris - on s'étonne moins du fait que Nietzsche ait eu du mal à se faire entendre, encore moins écouter :
"L'idée commence peut-être à se faire jour dans cinq, six têtes que la physique aussi n'est qu'une interprétation et un réarrangement du monde (en fonction de nous ! ne vous déplaise ?) et *non* pas une explication du monde : mais, dans la mesure où elle s'appuie sur la foi dans les sens, elle passe pour plus que cela. Elle a pour alliés les yeux et les doigts : sur une époque au goût fondamentalement plébéien, cela exerce une influence ensorcelante, persuasive, *convaincante*. Là où l'homme n'a plus rien à voir et à saisir, il ne lui reste rien à chercher non plus - c'est là sans conteste un autre impératif que celui de Platon , mais qui, pour une espèce rude et dure à la tâche de machinistes et de constructeurs de ponts futurs, qui n'auront à accomplir que du travail *grossier*, pourrait bien être précisément celui qui convient."
Ce qu'on n'y trouve pas :
- les fondements d'une nouvelle morale satisfaisante - voir Kant (fondements de la métaphysique des moeurs) ou La généalogie de la morale (présentée par Nietzsche comme un commentaire, un accompagnement de Par-delà bien et mal, qui est déjà lui-même un commentaire / explicitation d'Ainsi parlait Zarathoustra - à croire que Nietzsche s'est aperçu que c'était un peu obscur quand même au départ.
"Les écrits d'un ermite font toujours entendre aussi un peu de l'écho du désert, du chuchotement et du coup d'oeil inquiet propre à sa solitude"
La question qui fâche :
Pourquoi Nietzsche a-t-il cru avoir besoin de - camoufler - sa pensée ? Difficile d'accepter de s'arrêter au niveau de lecture "morale des maîtres / morale des esclaves", morale du petit cercle des élus, mais délicat aussi d'y voir plus. Serait-ce l'expression de ma nature plébéienne ?
En réalité, Nietzsche est donc un excellent *observateur* du phénomène historique de fondation de la morale, des morales vues comme des mécanismes qui s'ajustent aux situations des hommes et des peuples, les protégeant des dangers du jour. Mais quid d'une morale inconditionnée ? Un petit côté self-service finalement, qui peut laisser le lecteur sur sa faim.
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