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12 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Un drame collectif face à une histoire singulière, 5 avril 2007
Alors que je viens de relire le livre du scénario écrit par Marguerite Duras, et non encore assez chamboulée par cette relecture, j'ai regardé le film réalisé par Alain Resnais que j'avoue n'avoir encore jamais vu.
Et là, quelle découverte ! Une réalisation minutieusement ciselée. La collaboration de Marguerite Duras et d'Alain Resnais est vraiment en parfaite osmose. Quant au jeu des acteurs, il est d'une justesse éblouissante.
Il est d'ailleurs fort surprenant que cette lenteur magnifiquement entretenue tout au long du film, renforce aussi intensément la violence de certains ressentis. Cette combinaison de fiction et de documentaire est en tout point remarquable.
Le contexte oppose ainsi l'histoire d'Hiroshima et sa tragédie humanitaire à celle de Nevers à caractère personnel. Mais bien que ne relevant absolument pas de la même échelle de comparaison, elles ont en commun un profond traumatisme et d'incommensurables souffrances dont il faut parvenir à faire le deuil.
Du grand art qui n'en est que plus bouleversant, encore !
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8 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Hiroshima, mon amour ; douleur de la mémoire, mémoire des douleurs, 6 mai 2004
Un peu plus de dix ans après les terribles événements de la bombe d'Hiroshima, Marguerite Duras offre à Alain Resnais un excellent scénario sur fond d'amour mortifié, de quête personnelle quasi impossible et terriblement douloureuse. Dans Hiroshima Mon amour, l'écrivain décortique le tabou de la douleur charnelle et psychologique qu'il s'agisse de celle d'un peuple dont les plaies de la guerre saigneront longtemps encore, celle d'un être dans son entièreté ou d'un amour né du fantasme. Reconnaissons le, cette Douleur peut rester quelque peu hermétique au premier abord, pour tous ceux qui ne seraient pas habitués au style durassien, brut, déroutant, rugueux parfois et si personnel. Duras explore évidemment les mécanismes du souvenir et de la Mémoire humaine dans ce qu'ils ont de plus intime et de plus profond ; ses latences et les errances liées à l'illusion de l'amour et de la vie. L'incident de la détonation de la Bombe atomique réveille un processus de souvenirs où le présent et le passé s'unifient dans l'esprit d'une étrangère venue tourner un film à Hiroshima. On fluctue ainsi entre inventions de cette femme perdue dans ses peurs, mensonges plus réels que la vérité des événements et images de mort, éprouvées et saisies par les autres, qui sont encore du ressort de l'imaginaire.
Servi par Stephane Audran, exceptionnelle dans son rôle de jeune femme fragile qui nourrit sa méditation sur la vie à travers une espèce de rêve éveillé ponctué d'une multitude de souvenirs sur les horreurs de la guerre au Japon, Hiroshima Mon Amour est un film beau, émouvant et captivant du fait même de sa lenteur savoureusement orchestrée, de ses phrases répétitives, ressassées comme tant de fausses certitudes bouleversantes, ces mots violents qui ponctuent les images dures suggérant pourtant avec pudeur les conséquences de la Bombe dans une ville à jamais meurtrie.
On ne ressort pas indemne d'un tel film magnifié par les jeux de noirs et blancs, les dégradés de gris comme autant de références aux doutes et aux peurs et des silences plus forts que les paroles. C'est un hymne à l'amour quel qu'il soit et à l'humanité dans toute sa dimension.
L'un des deux héros, un japonais (Lui) dit à sa compagne (Elle), "Tu n'as rien vu à Hiroshima . . . rien."
"J'ai tout vu . . . tout", répond-elle. Mais Elle continue à insister qu'elle a vu tout au musée à Hiroshima, dans les photographies et les reconstitutions. "Je n'ai rien inventé,". Lui répond:"Tu as tout inventé".
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16 internautes sur 22 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Probablement le plus grand film de toute l'histoire du cinéma !, 17 septembre 2005
Véritable bombe cinématographique éclatant lors du festival de Cannes 1959 dans la stupeur générale, « Hiroshima mon amour » a marqué profondément le cinéma à l'échelle de la planète, à l'instar d'« A bout de souffle » et des « 400 coups » sortis la même année, mais d'une manière plus durable que ces deux derniers. Le film connut cependant une sortie plutôt houleuse puisqu'il fut déprogrammé de la sélection officielle du festival afin de ne pas risquer de créer un incident diplomatique avec la délégation des USA, tant il rappelait avec pertinence et audace la barbarie qu'avait commise la perfide Amérique en lâchant deux bombes atomiques sur les populations civiles de deux villes japonaises.
Etant donc à l'origine surtout perçu comme un manifeste courageux dénonçant l'une des plus terribles tragédies de l'histoire de l'humanité ce premier long métrage de l'incontournable Alain Resnais symbolise surtout de nos jours la modernité cinématographique aux yeux de la majeure partie des cinéphiles et de la presse. Un virage esthétique, littéraire et pictural inégalé depuis 1959, manifeste incandescent et lyrique proposant une magnifique méditation sur le destin, le temps qui s'écoule, la mémoire, et le fait d'être au monde. Aussi sur la vie passée qu'il ne faut jamais exclure de la vie présente même si c'est douloureux, sans quoi nous ne pouvons pas comprendre ni appréhender les évènements de notre existence.
L'une des nombreuses surprises du film réside dans le fait qu'il donne l'impression, de part sa modernité sidérante, d'avoir été tourné l'an dernier et de ne pas être concerné par le temps qui passe malgré ses 49 ans d'âge, le concept de la temporalité et de l'érosion du souvenir restant d'ailleurs parmi les sujets principaux du scénario. L'un des autres thèmes majeurs reste le « travail de deuil », au plan individuel ou à l'échelle d'une nation, dans un chassé-croisé thématique entre le poème la fiction et le documentaire.
Soulignons aussi la mise en scène sophistiquée et insolite, les images et dialogues d'une beauté et d'une élégance hors du commun, le montage digne du plus minutieux travail d'orfèvre, le mélange savant et audacieux de musique et de richesse picturale, le style éclaté et fragmentaire s'autorisant des audaces narratives (40 années avant David Lynch et Wim Wenders !) et enfin le jeu des comédiens d'une profondeur et d'une justesse rares : Eiji Okada, acteur japonais d'une grande prestance et à la voix émouvante, face à lui la lumineuse et gracile Emmanuelle Riva dans un premier rôle qui la marquera à vie.
Sans oublier la collaboration inédite entre Resnais, réalisateur inspiré, et Marguerite Duras, écrivain majeur à la singularité irremplaçable qui pourtant fut envahie par le doute et tétanisée au commencement du projet, d'où la première phrase du script clamée par Okada, le fameux « Tu n'as rien vu à Hiroshima » sonnant comme le propre aveux initial d'impuissance de la romancière.
Je tiens à conclure ma chronique avec quelques extraits des dialogues essentiels de Marguerite Duras puis avec quelques citations des critiques de l'époque :
Elle : « Je te rencontre. Je me souviens de toi. Qui es-tu ? Tu me tues. Tu me fais du bien. Comment me serais-je doutée que cette ville était faite à la taille de l'amour ? Tu me plais. Quel évènement. Tu me plais. Quelle lenteur tout d'un coup. Quelle douceur. Tu ne peux pas savoir. Tu me tues. Tu me fais du bien... Je te rencontre. Je me souviens de toi.
Dévore-moi. Déforme-moi jusqu'à la laideur. Pourquoi pas toi ? Pourquoi pas toi dans cette ville et dans cette nuit pareille aux autres au point de s'y méprendre ? Tu me tues. Tu me fais du bien... Dévore-moi. Déforme-moi à ton image afin qu'aucun autre, après toi, ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir. La nuit ne va pas finir. »
Lui : « Tu n'as rien vu à Hiroshima... »
Elle : « J'ai tout vu. Tout. »
Lui : « Tu n'as rien vu, rien... Tu as tout inventé. Tu ne sais rien... »
Elle : « J'ai toujours pleuré sur le sort d'Hiroshima. Toujours. »
Lui : « Non. Sur quoi aurais-tu pleuré ? »
Elle dit, ou plutôt elle récite :
« Contre qui, la colère des villes entières ? La colère des villes entières qu'elles le veuillent ou non, contre l'inégalité posée en principe par certains peuples contre d'autres peuples, contre l'inégalité posée en principe par certaines races contre d'autres races, contre l'inégalité posée en principe par certaines classes contre d'autres classes. »
Elle : « Ecoute-moi. Comme toi, je connais l'oubli. »
Lui : « Non, tu ne connais pas l'oubli. »
Elle : « Comme toi, je suis douée de mémoire. Je connais l'oubli. »
Lui : « Non, tu n'es pas douée de mémoire. »
Elle : « Comme toi, moi aussi, j'ai essayé de lutter de toutes mes forces contre l'oubli. Comme toi, j'ai oublié. Comme toi, j'ai désiré avoir une inconsolable mémoire, une mémoire d'ombres et de pierre. J'ai lutté pour mon compte, de toute mes forces, chaque jour, contre l'horreur de ne plus comprendre du tout le pourquoi de se souvenir. Comme toi, j'ai oublié... Pourquoi nier l'évidente nécessité de la mémoire ? »
Lui : « Il était français l'homme que tu as aimé pendant la guerre ? »
Elle : « Non... il n'était pas français... Oui, c'était à Nevers... On s'est rencontrés dans des granges. Et puis dans des ruines. Et puis, dans des chambres. Comme partout... Et puis il est mort... Moi dix huit ans et lui vingt trois ans. »
Elle : « Pourquoi parler de lui plutôt que d'autres ? »
Lui : « Pourquoi pas ? »
Elle : « Non, pourquoi ? »
Lui : « A cause de Nevers, je peux seulement commencer à te connaître. Et, entre les milliers et les milliers de choses de ta vie, je choisis Nevers. »
Elle : « Comme autre chose ? »
Lui : « Oui. »
Elle : « Non, ce n'est pas un hasard. C'est toi qui doit me dire pourquoi ! »
Lui : « C'est là, il me semble l'avoir compris, que tu es si jeune... si jeune, que tu n'es encore à personne précisément. Cela me plaît. »
Elle : « Non. Ce n'est pas ça. »
Lui : « C'est là, il me semble l'avoir compris, que j'ai failli... te perdre... et que j'ai risqué ne jamais te connaître. »
Elle : « Non. Ce n'est pas ça. »
Lui : « C'est là, il me semble l'avoir compris, que tu as dû commencer à être comme aujourd'hui tu es encore. »
CRITIQUES :
« Une oeuvre admirable, pure, hors de toute comparaison » (Paris-Presse).
« Un film qui exprime les angoisses et les espoirs de notre époque » (L'Humanité).
« Marguerite Duras et Alain Resnais nous donnent le premier témoignage cinématographique d'une femme de notre époque sur l'amour » (Le Figaro Littéraire).
« Un film brûlant, intemporel, une histoire d'amour et d'éternité » (Télérama).
« Alain Resnais s'affirme le plus grand cinéaste français depuis Renoir » (Témoignage Chrétien).
« Quel cinéaste peut-il être considéré comme génial ? Je vais vous dire son nom, car il existe, c'est Alain Resnais qui, avec Hiroshima Mon Amour, vient de se révéler l'égal de notre père à tous : Jean Renoir » (François Truffaut pour Les cahiers du Cinéma).
« Un film qu'on était dans l'impossibilité de prévoir par rapport à ce que l'on savait déjà du cinéma » (Jean-Luc Godard).
« On est subjugué, fasciné, bouleversé par tant d'émotion et de modernité » (Le Parisien Libéré).
« Le plus déchirant, le plus inoubliable hymne à l'amour qu'il m'ait été donné de voir » (Combat).
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