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11 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
UN DUVIVIER D'UNE NOIRCEUR ABSOLUE, 14 septembre 2009
Ca commence par une complainte, avec accordéon, une java : « Au rendez-vous des innocents ». Puis un plan d'ensemble en panoramique au dessus des halles de Paris. Il fait encore nuit, mais c'est l'effervescence. Puis la caméra descend au raz du bitume, entre les cageots, les épluchures, les poubelles , les égouts... Dès le départ, Julien Duvivier opte pour un style quasi documentaire, inscrivant son film dans une veine naturaliste. On est loin du Réalisme Poétique cher à Carné.
On découvre ensuite le restaurant d'André Chatelin (Jean Gabin) où trouvent refuge les commerçants des halles, autour d'un verre et d'un cassoulet bien chaud. Là encore, on visite les cuisines, la salle, on reconnaît les habitués, on s'interpelle, on claque les fesses des filles... Et puis parmi ce généreux grouillement, surgit la frêle Catherine (Danielle Delorme), jeune femme triste, paumée, affamée, qui se présente timidement à Chatelin : je suis la fille de votre ex-femme, qui est décédée la semaine dernière. Chatelin la prend sous son aile, la nourrit, la loge, lui présente Gérard, jeune étudiant en médecine (Gérard Blain) espérant qu'entre eux le courant passe. Mais curieusement, Catherine semble plus attirée par les tempes grisonnantes et l'embonpoint d'André Chatelin. Et elle commence à jouer un drôle de jeu, pervers, dans le but de fâcher André et Gérard, pourtant si proches.
VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS (1956) est un des plus célèbres films de Julien Duvivier, qui s'est illustré dans le Réalisme Noir. Passés ces quelques instants de vie, de joie, Duvivier distille son venin. Deux hommes heureux, normaux, pris dans une spirale dramatique, et qui finiront broyés. Duvivier est un pessimiste. Quand il ne filme pas la nuit, c'est la brume qui emplit l'écran. Catherine cache un secret, un plan, une vengeance, qu'elle entend bien mettre à exécution, y compris par des moyens radicaux. Et même lorsque Chatelin aura compris, il ne pourra pas éviter le pire. Les personnages ne maîtrisent plus rien, ils sont manipulés, brisés, emportés par les délires meurtriers de Catherine.
Les personnages sont profonds, fouillés. Le scénario ne s'éparpille jamais, chaque scène nourrit l'intrigue. La caméra de Duvivier est mobile, et dans plusieurs scènes, il filme dans des contre plongée hallucinantes, écrasant ses personnages sous les plafonds. Les scènes dans la chambre d'hôtel de Gabrielle (je ne dirai pas qui c'est !) sont effroyables, comme cette scène où la mère de Chatelin sort son fouet contre Catherine. Difficile de décrire ce film sans dévoiler l'intrigue.
Le parallèle avec l'autre grand film de Duvivier, PEPE LE MOKO Pépé le Moko est saisissant. Vingt plus tôt, Gabin payait très cher son amourette dans la casbah d'Alger, avec une bourgeoise venue s'encanailler. Gabin le héros romantique de l'avant guerre, s'affiche maintenant dans de tout autres rôles, matures, mais reste époustouflant de naturel. A le voir, on croit qu'il a été chef de restau toute sa vie. Danielle Delorme fragile et vénéneuse est parfaite, Lucienne Bogaert campe une harpie camée et dégénérée absolument terrifiante, et le juvénile Gérard Blain incarne la jeunesse éphémère.
VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS est un film noir, pervers, prenant, dont le ton change insidieusement, une mécanique macabre qui culmine dans un épilogue épouvantable. A ne pas manquer.
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10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Gabin... au sommet !, 16 novembre 2009
Avec son titre emprunté à un poème d'Arthur Rimbaud, ce film noir sera le plus violent réalisé par le cinéaste Julien Duvivier dont la vision du monde ne cesse de s'assombrir.
Le rôle du restaurateur André Chatelin a été écrit pour Jean Gabin dans le septième opus de l'association Gabin/Duvivier. Des retrouvailles au sommet pour le tandem de "La Bandera" et de "Pépé le Moko", mais cette fois ci, l'entente entre les deux hommes perd de son indéfectibilité. Gabin ne comprenait pas pourquoi Duvivier ne l'avait pas sollicité au lendemain de la guerre quand les projets d'envergures lui faisaient cruellement défaut.
Le film commence sur la sortie de la station du métro "Les Halles" telle qu'elle existait jusqu'au début des années soixante dix...avec les mandataires et les agriculteurs qui venaient s'envoyer le "p'tit noir" du matin sur le zinc du comptoir de chez André, restaurant de grande renommée qui, à l'heure du diner accueillait le "tout Paris" venu s'encanailler dans une joyeuse ambiance snobinarde et gourmande. L'enseigne n'est pas sans rappeler le célèbre "Au pied de cochon" seul établissement rescapé de cette époque bénie d'un Paris que les "Forts des Halles" balisaient du marquage au sol pour les approvisionneurs des métiers de bouche.
L'HISTOIRE DU FILM : André Chatelin (Jean Gabin), restaurateur réputé du quartier des Halles recueille et éberge la jeune Catherine (Danielle Delorme) qui se présente un jour à lui comme étant la fille de son ancienne compagne décédée...très vite, le comportement de Catherine révèle une farouche volonté d'isoler André en le brouillant d'avec tous ses proches. l'intriguante réussit avec la complicité de sa mère (Lucienne Bogaert) à gagner son amour motivées par une soif de vengeance sans limite envers André qu'elles tiennent pour responsable de leurs existence misérable. Le mariage met Catherine à l'abri du besoin mais ne suffit pas à satisfaire leurs vengeance...
On a souvent souligné la vision négative des femmes dessinée par l'oeuvre de Julien Duvivier. Ses héroines ne semblent avoir d'autre but que de nuire aux hommes qui croisent leurs chemins. Cette image de la femme diabolique à longtemps été véhiculée par la littérature et le cinéma, mais il est indéniable que les films de Duvivier associent souvent les personnages feminins à des être malfaisants et cette vision culmine dans "Voici le temps des assassins".
André Chatelin est non seulement la proie de deux intrigantes mais il est également étouffé par une mère et une gouvernante désireuses de le maintenir dans un rôle de petit garçon. Au point qu'on se demande lesquelles lui font le plus de mal...
Le tournage débute en Novembre 1955 aux studios de Billancourt où "les Halles" ont été reconstituées de façon saisissante.
Pour le générique du film, c'est Duvivier lui même qui écrit les paroles de "La complainte des assassins" mise en musique par Jean Viener et chantée par Germaine Montéro. Une chanson annonciatrice des turpitudes qui se succèdent au fil du drame...
Ce chef-d'oeuvre du cinéma français aura marqué une page incontournable dans la filmographie de Jean Gabin qui par la suite ne cessa de tourner, enchainant les grands rôles aux postures hiératiques auxquels lui seul pouvait prétendre...
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