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5.0 étoiles sur 5
LE PLAISIR TOTAL DU CINEMA, 28 mars 2008
LE PLAISIR (1952) fait partie du dernier quatuor de films réalisés par Max Ophuls. L'année précédente il y avait eu LA RONDE, l'année suivante MADAME DE, et enfin LOLA MONTES. Cette succession de chefs d'oeuvre laisse pantois ! LE PLAISIR est un film à sketches, tirés de trois nouvelles de Maupassant : Le masque, La maison Tellier et le Modèle. A l'origine un quatrième épisode ("La femme de Paul") devait conclure le projet, mais face aux retards et aux difficultés de la production, Ophuls a du y renoncer.
Car LE PLAISIR a été particulièrement difficile à produire, tant Max Ophuls repoussait les limites de sa méticulosité. Les décors ont demandé des semaines de travail, devaient être parfaitement adaptés aux mouvements de caméra et de grue souhaités par le réalisateur (un génial tyran qui influença Kubrick dans ses premières réalisations), mouvements d'appareils, de comédiens et de figurants répétés, calculés, millimétrés. Un véritable casse tête pour les assistants, le décorateur, et le cadreur (à l'époque les caméras pesaient 50 kilos !). Mais le résultat est là, et il est somptueux.
Le premier épisode (15mn) parle de la fuite de la jeunesse, de l'ivresse de vivre, le dernier volet (19mn) est un épisode extrêmement sombre, mettant en scène la tragique rupture d'un couple artiste-modèle. Mais le morceau de choix, le plat principal, est évidemment La Maison Tellier (60mn). On y voit une caméra s'approcher d'une maison close, passer et repasser devant les persiennes fermées, scruter la moindre ouverture. Rien, personne, tout est vide, au grand dam des clients qui trouvent la porte close. Car les pensionnaires sont toutes parties en Normandie, à la communion de la nièce de la patronne ! Parmi les filles, il y a Mam' Rosa (la divine Danielle Darrieux) qui tape dans l'oeil de Rivet, son hôte à la campagne, joué par Jean Gabin. Les scènes entre ces deux-là sont d'une beauté et d'une truculence confondante, et je me demande si on n'a pas ici la meilleure partition de Jean Gabin. La scène de fin de repas, où, éméché, Rivet réclame un dernier baiser à Rosa, la poursuit dans la maison, dans les escaliers, suivit de près par une caméra virevoltante, dans un plan séquence hallucinant (qui passe à travers les cloisons !), est un des plus grands moments de cinéma que je connaisse. Il y a aussi la scène à l'Eglise, et l'émotion palpable qui gagne cette assemblée de cocottes, les scènes plus légères et printanières dans le train, sur la charrette, et bien sûr la scène d'adieu dans les champs. Admirable.
Les sentiments chez Ophuls sont exacerbés par un foisonnement de décors baroques, de prises de vue expressionnistes, de jeu d'ombres, et bien sûr, sa marque de fabrique, ses fameux travellings aériens et ses plans séquences incroyablement étudiés. Dans le PLAISIR il y a 274 plans ! Rendez-vous compte qu'aujourd'hui, n'importe quel film d'une heure et demie en contient 2000 !
LE PLAISIR est un enchantement de tous les instants, une palette très large de sentiments. C'est un film émouvant et cruel, truculent et élégant, servi par une pléiade de comédiens fabuleux (Louis Seigner, Gaby Morlay, Claude Dauphin, Daniel Gélin, Pierre Brasseur), filmé dans des décors naturels somptueux rappelant les tableaux de Renoir. C'est aussi une démonstration technique, car Ophuls (comme Hitchcock, Powell, Kubrick, et bien sûr Welles), même si sa technique est mise au service du récit, elle est aussi pleinement revendiquée en tant que telle. La caméra ne se contente pas d'enregistrer les sentiments, elle les génère. Elle est presque l'acteur principal du film. Elle est le style, la marque, la signature de ce metteur en scène, qui fait encore aujourd'hui référence.
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