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18 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
une réécriture simplifiée mais à méditer , un beau film, 11 février 2005
Giono a réécrit pour le cinéma au début des années 60 son livre "Un roi sans divertissement "(1946) . Disposant de peu de moyens, le film tourné par François Leterrier sur les plateaux enneigés de l'Aubrac (région choisie par Giono qui n'est pas celle du livre) est cependant d'une étonnante beauté plastique, avec des couleurs estompées proches du noir et blanc destinées à faire ressortir les quelques taches de rouge significatives sur l'écran vierge. Ce cinéaste intéressant a bien recréé dans le village isolé l'atmosphère oppressante de menace sombre et proche, ainsi que l'ambiguïté effrayante de la nature humaine. Il ne cède pas à la facilité du film policier même si l'histoire conserve certains thèmes du genre, mais oriente son œuvre vers la méditation existentielle radicalement pessimiste voulue par Giono . Le film a le mérite de ne jamais être une illustration du livre mais une véritable réécriture. Quand on connaît le roman il est toutefois impossible de ne pas faire de comparaisons : on déplore alors les grandes coupes vraiment mutilantes du film, le retour à une narration chronologique trop resserrée pour être crédible , la lourdeur des explications démonstratives et la disparition du pittoresque de certains personnages comme la truculente Saucisse devenue une jeune Clara fort avenante . La suppression de Mme Tim élimine toute vision positive du divertissement, ce qui accentue la noirceur de l'inquiétante thèse proposée. La référence à Pascal est écartée au profit d' une admirable complainte écrite et chantée par Jacques Brel . Des bonus pédagogiques consistants et très judicieux pour qui s'intéresse à cette œuvre de Giono.
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Admiré par Jean Cocteau., 6 septembre 2009
Un film atypique et unique du cinéma français (1964). L' oeuvre est écrite et voulue par Jean Giono d' après son roman. Elle est réalisée par le comédien de Robert Bresson, François Leterrier qui incarnait le résistant de "Un condamné à mort s' est échappé". La photo de Jean Badal est belle à couper le souffle. Les étendues neigeuses n' ont pas été aussi bien filmées depuis "Track of The Cat" (1954) de William Wellman où le directeur de la photo William H.Clothier créait le "noir et blanc en couleur". Il ne faut pas la visionner sur un petit écran.
La description psychologique des personnages en font un rapport criminologique plus pertinent que n' importe quelle série télé fût-elle américaine. "Cet assassin n' est pas un monstre, c'est quelqu' un comme vous et moi" dit le procureur du roi Charles Vanel. Le premier et meilleur rôle de Claude Giraud qui fera oublier les nanardesques "Angélique" et "Rabbi Jacob". Complainte de Jacques Brel écrite spécialement pour le film.
Proche de part sa poésie de "The Beguiled" de Don Siegel, voire de "The Night of The Hunter" de Charles Laughton.
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Un polar métaphyisque, 21 août 2008
L'intrigue du film est très simple: envoyé pour enquêter sur la disparition d'une jeune fille dans un village de l'Aubrac sous Louis-Philippe, un capitaine de gendarmerie va découvrir que l'assassinat peut être un remède à l'ennui, et va devoir faire le plus périlleux des voyages: le voyage jusqu'au fond de sa propre âme.
Résumé de cette manière, le film semble n'avoir rien d'attirant, et pourtant, c'est un des plus beaux films que j'ai vus, et l'on ne s'ennuie pas un instant.
Il faut d'abord parler des qualités esthétiques du film: la photographie est exceptionnelle, le but recherché - et atteint - ayant été de faire un film en noir et blanc en couleurs; il est difficile d'oublier la première image du film - le capitaine Langlois (Claude Giraud) semblant surgir de la nuit sur son cheval, ou de ne pas être impressionné par la manière dont est filmé le procureur (Charles Vanel)sur son traîneau, dans un contraste admirable entre les couleurs vives de ses vêtements et le gris du paysage.
Ensuite, le film, lors de la partie consacrée à l'enquête de Langlois, sait à merveille distiller l'angoisse; les amateurs de mystère et de suspense en auront aussi pour leur argent.
Enfin, c'est aussi un film qui donne à réfléchir; on ne fait pas que se distraire, on médite aussi sur certaines questions, et, de ce point de vue, le film peut aussi apparaître comme une mise en images de la problématique pascalienne du divertissement, et il a au moins le point commun avec "Ma nuit chez Maud" de Rohmer d'être un film pascalien. De ce point de vue, il est utile de regarder les bonus, qui sont vraiment bien pensés et utiles, après avoir vu le film; cela permet de saisir tout le sel du film.
J'abonde dans le sens de l'auteur du commentaire précédent quant au fait que le film est différent du livre. Giono a fait du scénario du film une création originale par rapport au livre qu'il avait écrit une quinzaine d'années auparavant. L'intrigue, qui, dans le livre, s'étale sur plusieurs années, se trouve, dans le film, ramassée sur une saison, et le personnage de l'hôtesse dans le film recoupe en fait plusieurs personnages féminins du livre (Saucisse, Mme Tim et Delphine). Pourtant, le thème reste le même, traité avec autant d'efficacité, simplement d'une manière différente.
Au terme de ce commentaire, je ne voudrais surtout pas donner l'impression que le film de Leterrier n'est qu'un film cérébral. Regardez-le même sans réfléchir, vous ne le regretterez pas; vous verrez des images d'une beauté envoûtante et vous aurez droit à un moment de vrai cinéma.
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