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18 internautes sur 25 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
REPORTAGE ? DOCU-FICTION ? NON, DU CINEMA, ET DU MEILLEUR !, 9 mars 2009
(reprise d'une chronique écrite le 12 janvier, et retirée du site pour une obscure raison...)
ENTRE LES MURS est un film de cinéma, écrit, scénarisé, réalisé, monté par un metteur en scène de cinéma, qui a participé à un festival de cinéma, et qui a gagné un prix de cinéma. Je tâcherai dans cette chronique, de parler de cinéma. Et pas d'éducation, de pédagogie, de social, ni de politique.
Ce film méritait-il une Palme d'Or ? Vaste débat, difficile de trancher car nous sommes devant un travail qui ne ressemble pas à ce qu'on voit d'habitude (voir 9/11 de Michaël Moore). Documentaire hurlaient certains, fiction disaient les autres. Dans un cas comme dans l'autre, ces deux genres, fiction, documentaire, appartiennent à la même famille : le cinéma. Et obéissent (presque) aux mêmes règles dramatiques. La construction de ENTRE LES MURS a été pensée, étudiée, il y a des personnages principaux et secondaires, des scènes construites, des climax, du suspens. Il y a une véritable progression dramatique dans ce film. Quand on a un minimum d'expérience dans le cinoche, l'écriture, le montage des images, on reconnaît les « trucs » de mise en scène. A ce titre, c'est une réussite, Laurent Cantet arrive à faire passer beaucoup de passions, de tensions, de sentiments, même avec des acteurs non professionnels.
Les acteurs justement... Acteurs ou pas ? Je dis oui. Car venir devant une caméra, répéter une scène, la reprendre s'il le faut, placer au moment opportun un dialogue pré appris, parmi des improvisations plus ou moins contrôlées, cela s'appelle faire l'acteur. Certains sonnent faux, surtout chez les profs, car ce ne sont pas des professionnels. Le prof de techno qui fait une crise, joue très mal. Mais il joue. L'élève qui balance son sac dans la tête d'une autre, et qui saigne, est une scène écrite et répétée. Et ces personnages sont formidables, émouvants, humains, lumineux, et déchirés par les contradictions, leur jeunesse, leur culture.
La mise en scène. Formidable introduction, vrai moment de pur cinéma, avec ce prof qui boit son dernier café, cadré très serré, avant de filer vers sa classe, comme le dompteur vers sa cage, suivi en travelling épaule. Le spectateur est immédiatement plongé dans le bain. Le film est rythmé par les conseils de classe, les saisons, et jamais la tension ne baisse d'un cran. Laurent Cantet filme au plus près, scrute les regards, vole les réactions. Enorme travail sur le montage. Il n'est pas tendre avec ses personnages, pas tendre avec ce prof qui s'empêtre dans son erreur. Tout cela nous rend mal à l'aise. On aimerait pouvoir prendre parti, ce serait plus simple. Mais Cantet ne nous le permet pas. Il invite sans cesse à la réflexion. Il constate, mais ne juge pas.
ENTRE LES MURS, honnêtement, j'y suis allé à reculons. Mais ce film m'a intéressé d'abord, intrigué, et carrément pris aux tripes ensuite. Je trouve la fin exceptionnelle. J'y ai vu un vrai travail de cinéaste, qui a pris le risque de créer une forme nouvelle, déconcertante, et finalement originale, courageuse, et intense.
Reste une question. Alors que beaucoup de scènes sont basées sur la langue française, sa grammaire, son argot, son histoire (ce qui est logique avec un prof de français), comment ce film peut-il être traduit, compris, et apprécié par des non francophones. La Palme d'Or lui a été décerné aussi pour ses vertus universelles, disait Sean Penn. Soit, mais pas sûr que les petits Texans maîtrisent l'imparfait du subjonctif !
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18 internautes sur 26 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Une adaptation aussi excellente que le livre dont elle est issue, 26 février 2009
Il y avait de quoi faire le film le plus chiant de tous les temps: suivre une classe de français du XX° arrondissement pendant un an... Oui, mais... basé sur un excellent livre (Entre les murs) de Bégaudeau et filmé par le génie du film Ressources humaines, Laurent Cantet, le film prend une ampleur insoupçonnée.
Aucune complaisance, aucun cliché, les élèves ne sont ni des pures racailles ni tout gentils, ils sont humains. On a tout autant envie de leur foutre des baffes que de les aider, d'autant que sous leurs aspects rudes, certains cachent bien leur jeu.
Quant au prof, interprété par Bégaudeau himself, on l'aime bien, il a des idées super démocratiques et idéalistes. Et plutôt que de montrer que l'idéalisme fonctionne, on montre ses limites, et le méchant prof qui agit à l'ancienne n'a finalement peut-être pas tort sur certains points. Libre à chacun de se faire son opinion, le film n'impose aucun dogme, c'est au spectateur de prendre parti (ou de se rendre compte que ce n'est pas possible de prendre parti).
Au sein des acteurs, mention spéciale à la gamine qui intervient dans la dernière scène du film et qui m'a ému comme rarement je l'ai été devant un film.
Je crois que je n'avais pas vu un film aussi humain depuis... je crois que je n'avais jamais vu un film aussi humain. Profondément, viscéralement humain.
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5 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5
En fait de murs, des ruines plutôt..., 7 septembre 2009
Bravo pour le sens de l'opportunisme qui a permis aux réalisateurs de blouser dans les grandes longueurs le jury du festival de Cannes, présidé cette année là par le songe-creux en chef d'Hollywood à savoir Sean Penn. C'est bien là le mérite principal de ce film, car évidemment on est assez loin de l'art cinématographique. Depuis l'encensement moutonnier des grotesques pantalonnades de Michael Moore, ça n'a plus beaucoup d'importance, l'essentiel étant de donner l'impression qu'on agite des idées neuves et originales, tout en enfonçant les portes ouvertes du prêt à penser.
Il n'y a donc à mon sens ici ni intrigue, ni mise en scène, ni esthétique, ni même performance d'acteur, le but du jeu étant simplement de montrer l'école, sans artifice. Les vrais acteurs ne sont pas très bons, constamment en porte à faux, notamment Bégaudeau. Quant aux élèves, ils sont certes meilleurs puisqu'ils ne jouent pas... Tout au plus pourrait-on dire qu'ils se la jouent en exposant avec délectation, l'insolence vaine de leur existence de morveux à la dérive.
L'intérêt de ce docu-fiction, est tout de même de montrer dans sa triste et effarante réalité l'inanité dans laquelle végète une bonne partie de l'enseignement en France. Les profs désabusés ont abandonné l'idée d'enseigner quoi que ce soit de précis. Pour acheter une tranquillité bien fragile, le prof de français imprégné d'angélisme jusqu'à la moelle, passe son temps à palabrer avec la bande de cancres qui ne cessent de le provoquer. Mais en dépit de ses efforts, il finit par craquer et traite de « pétasses » deux filles prises de fou rire pendant le conseil de classe. Il provoque ainsi par son mélange malsain de familiarité, de permissivité et d'autoritarisme, clash sur clash. Au bout du compte ça se termine en conseil de discipline avec exclusion définitive des trublions, ce qu'il voulait justement éviter... Leçon édifiante.
Tout ça est livré brut, sans vraie réflexion, sans piste ni perspective, mais avec un fatalisme assez désespérant. Il est tout de même un moment savoureux : celui dans les bonus où l'on découvre, alors qu'ils commentent quelques scènes, les auteurs en extase devant leur oeuvre, et s'émerveillant de la subtilité des pitreries des collégiens...
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