C'est l'histoire d'un vieil ouvrier immigré, à Sète, qui jette toutes ses forces dans un rêve : monter un restaurant spécialisé dans le couscous. Le mulet du titre est le nom du poisson, mais cela pourrait être le surnom du héros tant il montre de ténacité désespérée dans son entreprise.
Personnellement j'avais une grande appréhension avant de voir le film : pour ceux qui l'ont oublié, Abdellatif Kechiche est le réalisateur de L'Esquive, où l'on subit pendant une heure et demie les cris et les imprécations d'une bande de jeunes décérébrés s'essayant au théâtre en ponctuant toutes leurs phrases de "bâtard" et de "fils de p...". Mais non, quel soulagement : ici les personnages sont polis, compréhensibles, parfois admirables et le film, en plus d'être l'histoire d'une quête, nous offre une peinture réaliste des milieux populaires, ces gens "normaux" que l'on voit de moins en moins au cinéma.
Malgré des longueurs, notamment au début, le film gagne peu à peu en densité pour finir sur une double séquence montée en parallèle, intense, belle et tragique. Néanmoins, avant d'en arriver là, il faudra accepter d'entrer dans l'histoire : on est loin des studios et des cours d'interprétation, les acteurs ne sont pas tous des professionnels, cela se sent, et si la jeune Hafsia Herzi est remarquable de justesse, certains de ses collègues sonnent parfois un peu faux.
Malgré ces quelques défauts, La Graine et le Mulet est un film sincère, intelligent et sensible qui augure bien de la création française de demain et que je me permets de recommander, notamment aux amateurs de cinéma réaliste.