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9 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Chef d'oeuvre, 28 juin 2008
Attention littérature avec un L majuscule. Dès les premières pages du livre on sent qu'on entre en littérature et non dans un simple roman. Indépendamment du thème ou de l'intrigue, la puissance de l'écriture, le souffle puissant derrière des mots simples ne trompent pas. Il ne s'agit pas d'une vulgaire piquette, mais d'un crû charpenté et gouleyant, dont les arômes puissants restent longtemps en bouche, un régal, un chef-d'aeuvre. J'ai découvert Cormac McCarthy récemment (voir ma chronique de son dernier roman La Route) et je suis bien décidé à rattraper le temps perdu car lire un grand écrivain accroît le plaisir de la lecture en élargissant le champ de la conscience. Paru en 1994 Le Grand Passage se déroule dans les années 1920 entre l'Arizona et le Mexique. Un adolescent de seize ans, Billy, après avoir pris au piège une louve, décide de la relâcher dans son territoire natal, le Mexique, tel est souvent dans les chroniques, le résumé de ce roman. Nous sommes loin de la réalité et de l'ampleur du livre dans lequel l'anecdote de la louve ne représente que le tiers à peine du roman. Il y aura aussi, le retour au ranch familial où le drame prendra son envol avec les parents décédés et les chevaux volés, le frère cadet Boyd seul rescapé et leur quête à la recherche des voleurs Mexicains. Passage de l'adolescence à l'état d'adulte, la violence et la souffrance, émois et amour suggérés, la solitude et la faim, les traditions de partage entre les errants, ce fabuleux livre condense tous les thèmes essentiels de la vie et donc de la mort. A lire absolument.
« Il dit qu'à son avis il était imprudent de croire que les morts n'ont pas le pouvoir d'agir en ce monde, car leur pouvoir est grand et c'est sur ceux qui s'en doutent le moins qu'ils ont le plus d'influence. Il dit : ce que les hommes ne comprennent pas c'est que ce que les morts ont quitté n'est pas le monde lui-même mais seulement l'image du monde dans le caeur des hommes. Il dit qu'on ne peut pas quitter le monde car le monde sous toutes ses formes est éternel de même que toutes les choses qui y sont contenues. »
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6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
La liberté âpre et la réalité rêvée, 26 mars 2008
Un livre qui nous plonge dans une atmosphère si particulière, celle des grands espaces, si bien rendue par l'écriture imprégnée d'un auteur qui ne pourrait être comparé à nul autre tellement sa plume est particulière, tellement sa plume est enlevée et serrée à la fois. Un livre, une histoire et la liberté qui n'est pas assimilée au bonheur mais comme l'âpre accomplissement de soi de deux adolescents, deux frères qui vont murir sous les soleil et les intempéries implacables de la vie.
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4.0 étoiles sur 5
Un livre puissant (http://rat-a-la-page.blogspot.com/), 26 février 2010
"Car ce qui est profondément vrai est vrai aussi dans le coeur des hommes et nul récit ne peut en contrefaire la vérité. C'était donc cela son idée. Si le monde n'est qu'un récit qui d'autre que le témoin peut lui donner la vie ? Pourrait-il trouver ailleurs son existence ? Telle était de plus en plus sa vision des choses. Et il commençait à voir en Dieu une terrible tragédie."
N'étant pas férue de littérature américaine, la lecture de La route en 2009 avait été un vrai saisissement. Le lecteur est frappé de plein fouet par la force de l'écriture, de l'histoire, des dialogues. Les phrases sont réduites à leur essentiel et c'est parce qu'elles sont épurées à l'extrême qu'elles sont si fortes. Il est vrai qu'il y a dans La route une vraie synchronisation entre la nudité des mots et celle de l'intrigue : dans un monde chaotique au bord du néant et où l'humanité survit sans espoir, cette écriture drastique se trouvait parfaitement justifiée.
On retrouve ce style tout à fait marquant dans Le grand passage, le deuxième opus d'une trilogie dans laquelle McCarthy explore "les confins". Il s'attarde ainsi dans le territoire à la frontière des Etats Unis et du Mexique : grandes contrées sauvages, déserts et montagnes, bush et forêts enneigées. Si la nature est sauvage, elle l'est moins que l'homme, qui ressort dans toute sa violence et sa complexité. Mais également dans tout son humanisme et sa perplexité face au monde qui l'entoure.
Le grand passage a des accents de récit initiatique au début : le lecteur suit le jeune Billy Parham, fils de fermiers américains, qui un jour, ne pouvant se résoudre à tuer une louve prise dans l'un des pièges qu'il a tendu avec son père, décide de la ramener de l'autre côté de la frontière, de là où elle vient. Variation sur le thème de croc-blanc. La suite du récit est jalonnée de rencontres fortes et pleines d'enseignements pour le jeune homme de seize ans, et pour le lecteur qui le suit. Réflexions et questions sur le sens de la vie, sur les épreuves que nous envoie dieu pour nous tester (que l'on croit en son existence ou non), sur la fatalité, le destin, le lien entre l'homme et la nature, l'homme et la société... Un roman riche, très riche, à l'écriture puissante. Une vrai force littéraire ressort de chaque page tournée. Avec comme thème dominant la liberté insaisissable, la confrontation entre les aspirations humaines et les murs contre lesquels elles se fracassent violemment. Les longues pages de descriptions ne doivent pas effrayer le lecteur, les considérations auxquelles elle mènent valent vraiment le détour.
http://rat-a-la-page.blogspot.com/
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