Georges Henri Soutou est un universitaire français, historien du XXème siècle, qui enseigne à Sciences Po Paris et à la Sorbonne. Il est membre de l'Institut.
La guerre froide recouvre une longue période d'opposition qu'on croit bien connaître parce qu'elle est encore dans notre mémoire vivante. Ce livre est très complet bien sûr avec plus de 700 pages et des références nombreuses avec des citations d'archives encore mal connues aussi bien du côté occidental que communiste (même si aujourd'hui encore un partie des archives du Politburo restent consignées). Cependant le mérite de ce livre est de ne pas sombrer dans les détails, les chifrres ou statistiques mais bien de s'élever au niveau stratégique et de retranscrire ce qu'ont pu être les jeux de pouvoir ou les sensibilités des différentes administrations américaines ou des politburos successifs au milieu de cette opposition idéologique et militaire : entre Eisenhower, Kennedy et Nixon, les perceptions des signaux et les modes d'action seront différents au delà des apparences et des discours. De même, la dimension révolutionnaire qui peut aujourd'hui nous paraître dépassée est très importante dans la vision des dirigeants soviétiques. L'auteur parvient à montrer ces décalages dans les perceptions des uns et des autres et comment se sont élaborées les stratégies et on prend conscience du rôle fondamental de la Chine dans cette vision des grandes puissances. Ainsi Georges-Henri Soutou montre avec efficacité que la séparation sino-soviétique est plus tardive qu'on ne le dit souvent et qu'elle est liée aussi à des considérations révolutionnaires de Mao et à la supposée faiblesse des soviétiques dans la répression des mouvements dans les pays satellites.
Ce livre est remarquable. Il est un vrai travail d'universitaire, s'appuyant sur des démonstrations très bien construites mais aussi sur des citations d'archives qui corrigent parfois des analyses un peu trop simplistes que les Occidentaux ont pu avoir de la situation.
Il faut prendre le temps de lire ce livre.