Flammarion réédite dans sa collection Champs Histoire à la couverture refondue (toujours jaune, mais liftée) ce classique sur la Révolution qu'est l'ouvrage de Daniel Arasse, paru à l'origine en 1987.
Daniel Arasse, historien de l'art, cherche à comprendre, dans cet ouvrage, la réputation et la répulsion qu'a pu inspirer cette machine, la guillotine. Une machine d'ailleurs qui n'est pas due au docteur Guillotin : elle existait déjà en Europe, sous plusieurs formes, dès la fin du XVème siècle. Quand Guillotin présente la machine à l'Assemblée, les députés lui rient au nez. Pourtant, les commandes afflueront bientôt, à une cadence déjà quasi-industrielle. La guillotine est le fruit des Lumières et des médecins, qui cherchent à ôter à la mort son caractère inique et réactionnaire : fini la torture, fini la roue et le plomb fondu versé dans les plaies, place à l'acte chirurgical et sans douleur. La mort du roi Louis XVI est un tournant : c'est l'acte fondateur d'un nouveau régime politique, et en même temps le début d'une nouvelle sacralité autour de la machine. Le lien entre la mécanique et le gouvernement révolutionnaire s'établit : curieusement, le mot guillotine n'est pas employé à la Convention. Mais la guillotine a échoué : elle n'a pas réussi à forger une nouvelle société, marquée par ses fournées de condamnés. La Terreur, traduite par la froideur de la machine, a cependant donné lieu à une nouvelle théatralité du macabre. Pour l'imagerie révolutionnaire, c'est un colosse dévoreur de tyrans et autres adversaires de la Révolution.
Le mérite du livre de Daniel Arasse est de replacer l'utilisation de la guillotine dans la Terreur et dans une suite chronologique, contrairement à tout un pan de l'historiographie du sujet qui interprète les événements révolutionnaires au prisme des totalitarismes du XXème siècle. Il manque peut-être une remise en contexte sur la Révolution elle-même, avec la Convention et ses organes de gouvernement, étroitement liés à l'emploi de la machine. La guillotine était au départ un instrument d'égalisation sociale de la mort. Elle est devenue un élément de mécanisation de la mort, et de l'homme, par sa mutilation. Elle finit par être un moyen de gouvernement destiné à forger une nouvelle société.