Le harcèlement moral, un véritable problème de société ? Marie-France Hirigoyen, psychiatre et psychanalyste, décrit, à partir de nombreux témoignages, les différents visages de cette violence perverse qui, sous de multiples formes insidieuses et par des sous-entendus perfides, réussit à dégrader l'autre et à détruire la confiance qu'il se porte sans avoir besoin d'exercer sur lui la moindre agression physique. Cette persécution psychique est une véritable manipulation morale qui n'est plus cantonnée aux relations privées. Elle est ainsi devenue, au sein de l'entreprise, une méthode banale et efficace pour faire partir ceux que l'on ne veut pas licencier, au mépris de leurs droits et de leur équilibre psychologique.
Un livre passionnant, qui a l'immense mérite de démontrer que le harcèlement moral n'est possible qu'au prix de la complicité de l'entourage de la victime. Une exhortation donc pour chacun d'entre nous à être plus courageux et à ne pas tolérer au quotidien d'être le spectateur passif d'une telle pratique. --Paul Klein
--Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Dans son ouvrage, Marie-France Hirigoyen prend délibérément le point de vue de la victimologie pour nous parler du harcèlement moral. Elle analyse ainsi la singularité de la relation perverse dans le dessein d'informer, de mettre en garde et de donner des moyens pratiques pour aider les victimes à s'en sortir. C'est que, pour elle, le phénomène n'est pas exceptionnel. C'est une forme de violence plus répandue qu'il n'y paraît dans la vie quotidienne. Nous pouvons être tous concernés dans notre couple, notre famille ou notre travail.
De fait, à la lecture de ces pages très documentées, illustrées de nombreux exemples nous ne pouvons qu'avoir le douloureux sentiment du «déjà connu». Comme si Marie-France Hirigoyen soulevait le voile de scènes oubliées ou occultées et pourtant parfois si proches. En tant que DRH, il m'est impossible de nier l'existence de relations perverses en entreprise. Même si, comme nous le dit l'auteur, le doute et la culpabilité des victimes ainsi que l'aspect sournois de cette violence morale expliquent qu'on ait du mal à la reconnaître, à la nommer et à la combattre. Mais qu'elle est donc l'ampleur de ce phénomène ? Sur ce sujet, l'auteur ne nous permet pas de nous faire une opinion nette. Si l'acte de violence perverse est, comme elle nous le dit, un acte délibéré d'individus qui ne peuvent exister qu'en «cassant quelqu'un» alors, Dieu merci , ce doit être une minorité ! Et cela expliquerait que l'on s'en préoccupe peu.
On peut regretter que ce type d'analyse, avant tout psychologique, ne nous permette pas vraiment de nous interroger sur les raisons qui rendent possible l'émergence de cette violence morale en entreprise alors que la psycho-dynamique du travail la considère comme un phénomène grave et insuffisamment pris en compte.
Si la souffrance morale est aussi répandue que le prétendent les experts, elle ne peut être le fait d'une simple poignée de pervers avérés. Se pourrait-il alors qu'elle soit infligée par des êtres «ordinaires» ? Des femmes et des hommes comme vous et moi ? Pour tous ceux qui chercheraient une réponse à cette troublante question je ne saurais trop les inviter à compléter leur lecture par l'ouvrage de Christophe Dejours intitulé «Souffrance en France» paru en 1998 aux Éditions du Seuil.
Psychiatre et psychanalyste, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers et Directeur du Laboratoire de Psychologie du travail, l'auteur tente d'élucider les ressorts subjectifs de la domination dans le monde du travail : pourquoi les uns consentent-ils à subir la souffrance, cependant que d'autres consentent à l'infliger ?
Pour lui, le processus pervers s'impose de l'extérieur aux victimes comme aux bourreaux. Il s'agit de la psychose de guerre économique qui s'est développée depuis une quinzaine d'années. Au nom de cette «juste cause» sont exclus ceux qui ne sont pas aptes, tandis qu'on exige des autres des performances toujours supérieures. Naît alors la peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas donner satisfaction, source de culpabilité et vecteur de soumission.
Ainsi s'est mis en place progressivement, pour Christophe Dejours, un processus complexe de management par la terreur. Résignation d'abord (en clivant le malheur de l'injustice), banalisation voire déni de la souffrance ensuite (qui condamne les uns au silence et les autres au mensonge), et enfin acceptation du «sale boulot», rationalisation et banalisation du mal. Un processus basé sur la déresponsabilisation que l'auteur n'hésite pas à comparer à celui mis en oeuvre dans les camps et les industries nazis.
Ce type de management par la terreur est-il aujourd'hui le plus répandu, comme l'affirme Christophe Dejours ? Au contraire les entreprises misent-elles - elles le prétendent souvent - sur la reconnaissance et la valorisation de leurs collaborateurs ? C'est toute la question du sens du travail qui est ici en jeu. L'homme en est-il le moyen ou la fin ? Acceptons enfin de nous poser authentiquement cette question essentielle. -- Michel Fabre -- -- Business Digest
Halte au mot qui tue !
"Un mot qui vient bien, ça peut tuer ou humilier sans qu'on se salisse les mains. Une des grandes joies de la vie, c'est d'humilier ses semblables. " Lapidaire, le mot de Pierre Desproges, en épigraphe du Harcèlement moral, résume parfaitement l'ambition de Marie-France Hirigoyen. A l'heure où les employeurs se disent de plus en plus préoccupés par le mal-être des salariés, où congé de maladie rime avec dépression, l'auteur, psychiatre et psychanalyste, dévoile les mécanismes insidieux qui, de regards en sous-entendus, plongent parfois certains de nos collaborateurs dans une spirale dépressive. L'approche, nouvelle, s'appuie sur de nombreux exemples issus d'une solide expérience clinique, et se fait troublante.
Victime ou agresseur, tout lecteur se retrouve dans ces situations d'isolement, de discrédit, voire de harcèlement sexuel, qui " n'est qu'un pas de plus dans le harcèlement moral ". C'est que le cadre familial n'est pas nécessairement le plus secret ; non seulement l'entreprise laisse faire, mais elle va parfois, comme le rappelle l'auteur, jusqu'à encourager les méthodes perverses : atteindre ses objectifs n'a pas de prix. L'ouvrage de Marie-France Hirigoyen tient nettement moins ses promesses en ce qui concerne les solutions. Les conseils pratiques qu'elle délivre aux entreprises en fin de volume sont vagues, et la prise en charge psychologique, finalement traditionnelle. Il reste une prise de conscience : peut-être rirez--vous moins, ou autrement, en visionnant pour la énième fois Tatie Danièle, le film d'Etienne Chatiliez. --Lamia Oulalou-- -- L'Entreprise
Le harcèlement moral n'est pas à prendre à la légère
C'est un phénomène qui constitue une forme de violence quotidienne dans la sphère privée ou publique et peut avoir de graves conséquences psychologiques et somatiques sur la personne qui est la proie de cette forme de perversion.
Le propre du pervers est d'agir insidieusement
Il est donc nécessaire de repérer ce processus masqué afin de se libérer de l'emprise perverse et d'agir. Il faut apprendre à résister psychologiquement, à ne pas culpabiliser et à cesser de se justifier car les actes et les paroles du pervers sont un tissu de froideurs et de mensonges.
Le harcèlement moral est un véritable meurtre psychique
La victime est acculée et prisonnière d'une lourde souffrance psychique. Elle ne peut véritablement guérir qu'en se séparant de son agresseur et en reconstruisant son identité. Pour ce, une prise en charge psychologique est souvent nécessaire afin de verbaliser la souffrance et de comprendre ce qui s'est passé pour pouvoir oublier et construire un nouvel avenir. -- Idées clés, par Business Digest