Je me souviendrai toujours du choc que j'ai reçu le jour où j'ai découvert la première saison de cette formidable série. Cela remonte maintenant à trois ou quatre ans. Je n'avais alors jamais entendu parler de Jack Bauer et à peine davantage de Kiefer Sutherland. Pourtant, dès les premières minutes, j'eus conscience que j'avais sous les yeux quelque chose d'exceptionnel.
Il serait vain, je pense, d'attribuer à une seule raison le succès de "24 heures chrono". Ce qui en fait l'intensité inouïe, c'est une myriade de facteurs. Rapidité et inventivité des scénarios. Concept de l'action en temps réel. Jeu intense des comédiens. Richesse du substrat idéologique qui implique fatalement le spectateur et l'oblige à s'interroger sur sa propre éthique. Mais au centre de cet univers, il y a d'abord et surtout la personnalité complexe et passionnante de Jack Bauer, patriote exacerbé prêt à tous les sacrifices pour sauver son pays de la menace terroriste.
L'une des grandes ambiguités morales de cette série, à en croire ses détracteurs, c'est justement que Bauer n'aurait pas de morale et serait prêt à recourir à tous les moyens pour faire parler un suspect. Torture comprise. Débat intéressant mais malheureusement stérile car il oppose deux attitudes irréconciliables. Celle du technocrate qui veut des résultats sans jamais se salir les mains et celle de l'homme de terrain qui se salit les mains et à qui l'on vient ensuite chercher des poux, une fois le danger écarté!
Pour Bauer, ce dilemne n'existe même pas. Si, pour sauver un million de personnes, il lui faut torturer un suspect, il n'hésite pas une seconde. Il ne se connaît qu'une règle, qu'un objectif: "get the job done", un point c'est tout. En fait, Jack recourt à des méthodes extrêmes car il évolue dans un monde paroxystique où les méthodes d'investigation normales ne sont plus de mise.
Et le résultat à l'écran est diablement excitant! Regarder "24 heures chrono", c'est comme s'offrir un tour de montagnes russes. Une fois lancé, plus question de s'arrêter! Les péripéties et les coups de théâtre se suivent à toute vitesse, rythmés par le lancinant tic-tac de la fameuse horloge digitale.
Parmi ces sept saisons, j'avouerai personnellement une préférence pour la cinquième dans laquelle Greg Itzin et Jean Smart forment un couple présidentiel absolument épatant! Mais toutes, à vrai dire, valent leur pesant de frissons et de suspense.
Quel que soit le sort que l'avenir réserve à Jack Bauer, une chose, en tout cas, est sûre. Sa place est déjà assurée au panthéon des grands héros de l'Amérique!