Je crois avoir lu tous les John le Carré, alternativement en anglais et en français dans quelques cas, y compris ceux d'avant « L'Espion qui Venait du Froid ». « Un Homme très Recherché » s'inscrit parfaitement dans ce que ses admirateurs appellent la « seconde période » de cet auteur, qui a commencé vers 1993-95. J'ai donc été déçu de ne pas avoir retrouvé cette atmosphère particulière qui caractérise les romans de John le Carré écrits avant cette date, et qui atteignit son paroxysme dans des titres tels « La Taupe », « Un Pur Espion », « Les Gens de Smiley », et bien sûr « L'Espion qui Venait du Froid ».
Depuis le milieu des années 1990, John le Carré semble s'être engagé dans l'activisme politique, ainsi que beaucoup d'artistes ont tendance à le faire de nos jours, et cela a considérablement nui au plaisir que je trouvais dans la lecture des romans de cet auteur. Le déclin des ventes des romans de John le Carré témoigne d'ailleurs avec éloquence du fait que je ne suis pas un cas isolé. La raison en est simple à comprendre : on a beaucoup moins de chances de séduire un client en tentant de lui vendre nos idées personnelles là où on a prétendu lui apporter un moment de détente...
Cela ne retire tout de même rien au fait au fait que John le Carré nous a donné de grand moments de plaisir, et qu'il est le créateur d'un genre qui a replacé, en son temps, James Bond dans la catégorie à laquelle cet autre genre appartient : le heroic fantasy. Comme tout le monde, John le Carré n'est pas censé rester un homme mur et vif d'esprit jusqu'à son dernier jour, et c'est bien pourquoi il serait malhonnête de ma part de lui jeter la pierre au prétexte des faiblesses de l'âge canonique. Il a l'immense mérite d'avoir montré la voie à bien d'autres auteurs, qui ne sont d'ailleurs pas encore parvenus à l'égaler. J'ai pour l'instant trouvé un début de compensation à la lecture de « Grandoria », de Dominique Raymond Poirier, lequel tente lui aussi de s'inspirer du maître, et à celle de Michael M. Thomas qui n'est malheureusement pas encore traduit en français.
J'assorti donc cette critique de cinq étoiles, non pas pour « Un Homme très Recherché », mais pour l'aeuvre de John le Carré, et pour son immense contribution au genre thriller de la littérature contemporaine.