Jacques Lacarrière, écrivain nomade, helléniste passionné (lire "L'Eté grec" !), libertaire et athée, a rapporté de ses voyages en Egypte cette étude sur les premiers moines chrétiens qui, à partir du IVème siècle, ont choisi de se retirer d'un monde qu'ils jugeaient en décrépitude, pour se livrer à la solitude et à l'ascèse - allant parfois, aux yeux d'un lecteur moderne, jusqu'au masochisme.
Aucun jugement de valeur pourtant dans cette brillante étude, claire, extrêmement bien documentée, mais la volonté farouche de l'auteur - qui ne partage pas les croyances de ces moines - de comprendre les motivations de gens qui ont poussé à la perfection (l'absurde, parfois !) l'exigence ascétique, la recherche de la sainteté. Tout au plus se permet-il, dans des moments rares et bien choisis, quelques pointes d'ironie.
La seule chose que je reprocherais est qu'il est difficile de distinguer - mais c'est déjà le cas dans les sources de l'auteur - la réalité de la fiction, tant ces "saints" nous sont parfois présentés comme des surhommes, pouvant résister à des épreuves défiant l'imagination, vivre dans des conditions extrêmes, inhumaines, et atteindre des âges plus que respectables : certains sont, selon la tradition, au moins centenaires ! On s'y perd un peu, par endroits.
Cette réserve mise à part, c'est un livre passionnant sur les origines du christianisme, peuplé de figures inoubliables, et conseillé à tous ceux qui voudraient approfondir un moment de l'histoire souvent méconnu, l'Antiquité tardive. Et pour ne pas oublier, enfin, comme nous le faisons trop souvent en notre période de simplification désolante et d'opposition chauvine orient/occident, que le christianisme n'est pas né très loin de l'Afrique...