Dans la course à l'avantage concurrentiel que se livrent entre elles les entreprises mais également les institutions et administrations, la recherche de "la" bonne idée qui donnera une longueur d'avance est un enjeu majeur. Cette recherche ne peut cependant pas résulter du hasard et réclame un minimum de méthode. Sous-titré « le secret de la réussite durable », le livre d'Isaac Getz et Alan G. Robinson l'expose clairement. Ses racines plongent dans les très classiques théories du management. Derrière le titre très « marketing » de l'ouvrage se cache en réalité les mécanismes de développement d'un système de confiance au sein de l'entreprise. En effet, la mise en place un système de management des idées(SMI) est non seulement une marque de confiance envers les salariés de l'entreprise, mais également la reconnaissance que la croissance de l'entreprise passe par l'ensemble des innovations produites par les collaborateurs et non plus seulement par ses capacités financières ou sa capitalisation boursière. Les acteurs de la performance de l'entreprise se placent sous la bannière de la valorisation des actifs immatériels. Rupert Gasser (Nestlé) le souligne clairement quand il affirme : « les deux tiers de la croissance [de Nestlé] viendront de l'innovation, alors que dans le passé, ils provenaient d'acquisitions ».
Si MM. Getz et Robinson soulignent l'importance de la mise en place d'un SMI dans les entreprises, ils font également remarquer que cela implique l'ensemble du management, avec une volonté forte venue des équipes dirigeantes. « L'appliquer à une organisation qui ne s'engage pas dans le changement ne servira pas à grand-chose », soulignent-ils. L'exemplarité doit venir d'en haut ! Etayés par une enquête rigoureuse et de nombreux cas d'entreprise, les auteurs battent en brèche l''idée commune selon laquelle les suggestions d'améliorations viennent uniquement des cadres ou du bureau R&D. Sans méconnaître leur rôle, MM Getz et Robinson préfèrent déplacer le centre de gravité de production des idées vers ceux qui sont aux frontières de l'entreprise, c'est-à-dire au contact des clients finaux. Cela semble logique et empreint de bon sens mais réclame en contrepartie une bonne appréciation des modalités de mise en œuvre. C'est ainsi que de simples "boites à idées" qui ne seraient pas assorties du processus de traitement et de valorisation ad hoc seraient tout bonnement vouées à l'échec.
D'un point de vue pratique, il convient de souligner deux principes essentiels pour la mise en place d'un SMI performant: d'abord avoir un processus de traitement des idées efficient, c'est-à-dire rapide ; ensuite de mettre en place un dispositif de récompense des salariés qui ne soit pas lié à leur rémunération mais à leur reconnaissance, en faisant en sorte que les idées lauréates soient réellement mises en pratique. Les auteurs constatent très simplement que plus l'entreprise s'éloignera de ces principes, plus la démarche sera contre-productive. Deux points très simples mais qui exigent un management volontariste et suivi.
Initiés dans les entreprises industrielles, les SMI commencent à avoir leur place dans les entreprises de services, surtout au-delà de cinquante salariés. Elles sont également légitimes dans les organismes public et peuvent être très complémentaires des démarches de Knowledge Management et de travail collaboratif.