Le défaut majeur de ce DVD est l'image vraiment médiocre, non seulement mal définie, mais aussi peu contrastée, au point que l'on voit à peine le décor (certes peu spectaculaire ) et guère davantage les danseurs quand ils sont dans la pénombre. C'est d'autant plus regrettable que les danseurs sont excellents et toujours très bien filmés. La mauvaise qualité technique fait que ce DVD n'est recommandable qu'aux passionnés, et que ceux qui voudraient avoir un premier aperçu du ballet s'orienteront plutôt vers la version de l'Opéra de Paris de 2003 (avec Nicolas Le Riche).
Youri Grigorovitch fut à la tête du Bolchoï de 1964 à 1995, et y imposa un style immédiatement identifiable, avec des chorégraphies simples et puissantes, le rejet de la pantomime, et un mépris total pour les beaux décors. Si cette esthétique est très peu convaincante dans la reprise des grands ballets de Petipa, elle donna aussi de vraies réussites, comme un fameux « Spartacus » (1968). « Ivan le Terrible » créé en 1976, est entièrement dans la même veine, mais un peu moins réussi quand même en raison d'une trame dramatique plus lâche, et à peu près incompréhensible pour qui n'aurait pas lu le livret.
En effet, le ballet s'inspire pour l'essentiel du dernier film d'Eisenstein, qui n'est pas forcément dans toutes les mémoires. Or, si le DVD est accompagné de copieuses explications sur les sources du ballet, il n'en donne pas le synopsis, et le spectateur n'a pour comprendre une action assez obscure que les titres des différents morceaux, ce qui est bien peu. En fait, le meilleur moyen de suivre l'action est de posséder la version du même ballet par l'Opéra de Paris (voir mon commentaire par ailleurs), laquelle est accompagnée d'un synopsis détaillé.
La musique du film, écrite par Prokofiev, a été arrangée, transformée et complétée habilement par Michaïl Tchoulaki et le résultat, très cohérent, est dirigé avec fougue par Algis Zhuraitis, chef attitré de l'orchestre du Bolchoï, qui sait obtenir de son orchestre des accents farouches ou rauques quand c'est nécessaire.
Dans le rôle principal, Irek Mukhamedov est titanesque. Il n'interprète pas le personnage : il l'incarne. Très puissant, très expressif, virtuose du saut, soulevant sa partenaire comme s'il s'agissait d'une plume, la chorégraphie de Grigorovitch lui convient parfaitement, et sa performance hallucinée mérite à elle seule le détour. Dans ses solos, il donne une époustouflante leçon d'éloquence, dans le désespoir comme dans la cruauté.
Natalya Bessmertnova, épouse et muse du chorégraphe, reprend un rôle qu'elle créa en 1975 et qu'elle connaît mieux que personne. Si elle est se montre irréprochable, on pourrait préférer une danseuse ayant la moitié de son âge, car elle frise ici la cinquantaine. (Cela n'est d'ailleurs guère gênant, car la médiocre qualité de l'image dissimule l'âge des danseurs.) Son rôle n'est pas le plus développé, et la robe longue qu'elle porte en permanence est probablement appropriée sur le plan historique, mais n'est pas ce qui permet les évolutions les plus faciles. Dans le rôle du rival, Gediminas Taranda est très convaincant aussi. Enfin, le corps de ballet est la plupart du temps remarquablement synchronisé, ce qui est essentiel dans ces cette chorégraphie qui cherche beaucoup plus les effets d'ensemble que les raffinements de détail.
En bref, une version difficilement égalable pour ce qui est du spectacle, mais largement gâchée par un enregistrement défaillant. Si je pouvais, je mettrais la note de trois étoiles et demie.