Je l'ai ouvert et je ne l'ai posé que pour le refermer après l'avoir dévoré. Mon papa non plus il n'a jamais tué personne. Mon papa aussi il me faisait rire, pleurer, il m'étonnait, il m'apprenait la vie. Il m'a donné le goût des mots qui touchent. Mon papa lui il était instituteur. Un instituteur qui aimait son métier, qui sentait parfois le vin rouge quand il s'approchait une peu trop près de ses élèves, qui s'endormait parfois à son bureau l'après-midi. Et moi je raclais la gorge, je faisais tomber ma règle et lui il se révaillait en sursaut. Tout les jours il nous envoyait ma soeur et moi acheter une bouteille de vin à l'épicerie du village. Parfois il rentrait une peu fatigué lui aussi. Parfois il avait envie de nous faire rire parfois tout allait mal, personne ne l'aimait, on ne le comprenait pas. alors il appelait un ami au téléphone et il l'engueulait comme du poisson pourri. Mais il savait tout mon papa, le nom des plantes de la dune en latin, il nous récitait Cyrano, nous parlait des étoiles...C'était mon papa. Aujourd'hui je suis une maman, mais mes enfant n'ont pas de grand-père pour leur dire le nom des plantes en latin, ni pour leur réciter Cyrano et j'ai oublié le nom des étoiles. Aujourd'hui, mon papa à moi, il est sur un lit d'hopital. Il ne marche plus, il parle peu, mais je sais bien que dans sa tête tout est encore là. J'ai beaucoup souri en lisant ce livre, ri aux éclats même. J'avais retrouvé l'innocence de l'enfance. Mais lorsque je l'ai refermé, ma gorge était serrée, et mes yeux remplis de larmes. Les souffrances d'aujourd'hui m'avaient fait oublier le bonheur de l'enfance. Oui, les alcooliques sont parfois des hyper sensibles qui deviennent des êtres merveilleux une fois qu'ils ne sont plus là, mais que c'est dur à vivre au quotidien. Je suis très reconnaissante envers la personne qui m'a fait connaitre ce bouquin, car elle m'a offert une petite lueur pour retrouver le visage de mon père.